Skip to main content

Full text of "Études biologiques sur les géants"

See other formats


^,Âû*3f. 


Digitized  by  the  Internet  Archive 

in  2011  with  funding  from 

Open  Knowledge  Gommons  and  Harvard  Médical  School 


http://www.archive.org/details/tudesbiologiquesOOIaun 


ÉTUDES  BIOLOGIQUES 


SUR 


LES  GÉANTS 


Tous  droits  résenws. 


ÉTUDES  BIOLOGIQUES 


SUR 


LES  GÉANTS 


P.-E.    LAUNOIS 

Professeur  agrégé,  chargé  de  cours  à  la  Faculté 
de  médecine,  Médecin  de  l'hôpital  Tenon 


PIERRE  ROY 

Ancien  interne  des  hôpitaux 
Chef  de  clinique  à  la  Faculté  de  médecine 


Introduction  par  M.  le  Professeur  BRISSAUD 


Le  séant  irlandais  Cornélius  Magbath,  mort  en  1760, 
dont  le  squelette  fut  reconnu  acromégalique  par  Cux- 
wiNGHAM  en  1891.  —  (Vieille  gravure  allemande). 


PARIS 

MASSON  ET   C'%  ÉDITEURS 

LIBRAIRES     DE     l'aGADÉMIE     DE     MÉDECINE 

120,    BOULEVAUD    SAIM-GEP.MAIN 

1904 


i^b0 


M.  LE  Professeur  Ed.  BRISSAUD 

dont  les  travaux,  faits  avec  la  collaboration  de  notre  ami 
Henry  MEIGE,  ont  guidé  nos  recherches,  nous  dédions  le  livre 
dans  leqtiel  nous  les  avons  rassemblées. 

Juillet  1904. 


En  inscrivant  sur  la  première  page  de  ce  beau  livre  mon  nom 
auquel  ils  associent  celui  de  mon  cher  collaborateur,  M.  Henry 
Meige,  les  auteurs,  MM.  P.-E.  Launois  et  Pierre  Roy  me  font 
un  trop  vif  plaisir  pour  que  j'essaie  de  le  dissimuler;  ils 
m'obligent  presque  à  le  rendre  public;  je  m'y  résous  donc  sans 
fausse  honte. 

Ce  travail  consacre  des  idées  qui,  à  la  première  heure, 
avaient  paru  prématurées  et  téméraires,  car  elles  manquaient 
de  la  véritable  sanction  scientifique,  celle  des  faits  universelle- 
ment reconnus.  MM.  P.-E.  Launois  et  Pierre  Roy  apportent 
les  preuves  matérielles  de  ce  que  nous  avions  avancé.  Si  nos 
travaux  ont  —  comme  ils  veulent  bien  le  dire  —  guidé  leurs 
recherches,  les  résultats  de  ces  recherches  leur  sont  tout  per- 
sonnels. Nous  avions  procédé  par  induction;  ils  ont  procédé 
par  démonstration.  Eux  seuls  ont  fait  œuvre  de  savants  :  ce 
livre  est  bien  à  eux  tout  entier. 

Voici  donc  les  géants  dépouillés  de  leur  antique  et  fabuleux 
prestige.  La  mythologie  cède  la  place  à  la  pathologie.  Ces 
êtres  qui,  par  leur  taille  exceptionnelle,  dépassaient  le  niveau 
des  humains  ne  sont  en  somme  que  des  malades.  Leur  supé- 
riorité légendaire  n'est  plus  qu'un  stigmate  de  déchéance.  Plus 
ils  gagnent  en  hauteur,  plus  ils  s'écartent  des  conditions  biolo- 
giques normales  :  et,  dans  la  lutte  pour  la  vie,  leur  infériorité 
fonctionnelle  n'a  pas  de  plus  exacte  mesure  que  leur  énormité. 

Il  y  a  peu  de  temps,  un  original  avait  légué  par  testament 
une  somme  destinée  à  doter  chaque  année  un  couple  de  géants, 
dans  le  décevant  espoir  de  perfectionner  notre  mesquine  espèce 
par  la  sélection  méthodique  des  individus  de  haute  stature.  Ce 
philanthrope  ne  savait  rien  du  gigantisme.  Parmi  les  géants, 
les  uns,  véritables  «  infantiles  »,  sont  inaptes  à  la  reproduc- 
tion; les  autres,  les  «  acromégales,  seraient  plutôt  à  décourager  : 


ils  mulliplieraient  une  race  d  individus  au  faciès  mastoc,  aux 
mâchoires  énormes,  avec  des  mains  en  battoirs,  des  pieds  mas- 
sifs, et,  par  surcroît,  la  double  bosse  de  Polichinelle  ».  Cette 
sélection  heureusement  irréalisable  ne  porterait  pas  d'autres 
fruits.  Tel  n'était  pas  certainement  l'idéal  rêvé  par  l'ignorant 
donateur  qui,  à  son  insu,  évoquait  une  des  plus  anciennes 
utopies  de  notre  vieux  monde,  celle  de  la  )itégalanlhropogénésiel 

L'anthropologie  —  qui  est  une  science,  quoi  qu'on  en  ait  dit 
—  s'est  trompée  lorsqu'elle  a  voulu  s'approprier  l'étude  des 
géants.  Du  fait  qu'ils  sortent  du  commun,  c'est-à-dire  qu'ils 
sont  monstrueux,  ils  ne  relèvent  pas  de  l'histoire  naturelle  de 
rhomme. 

La  tératologie  était,  à  la  rigueur,  plus  fondée  à  la  réclamer. 
Mais  aujourd'hui  il  n'est  plus  contestable  que  le  gigantisme 
doit  faire  retour  à  la  médecine.  Et  s'il  a  plu  à  MM.  P.-E.  Lau- 
nois  et  Pierre  Roy  d'étudier  incidemment  les  géants  au  point 
de  vue  anthropologique  et  tératologique,  leur  livre  prouve 
qu'ils  ont  surtout  considéré  le  gigantisme  en  cliniciens.  Là  est 
le  grand  mérite,  la  réelle  originalité. 

D'ailleurs,  une  étude  nosographique  des  géants  s'imposait; 
on  l'attendait,  et  voici  pourquoi  :  le  nanisme  vulgaire,  qui  est 
en  quelque  sorte  le  contraire  du  gigantisme,  nous  était  apparu 
comme  un  fait  morbide.  Les  extrêmes  se  touchent,  et  il  n'est 
pas  paradoxal  de  dire  que  le  nanisme  et  le  gigantisme  peuvent 
être  rapportés  à  un  processus  analogue,  quoique  de  signe  con- 
traire. Déjà,  depuis  quelques  années,  on  avait  décrit  quelques 
types  de  monstruosités  morphologiques  bien  caractérisés  : 
d'une  partl'acromégalie,  d'autre  part  l'idiotie  myxœdématcuse; 
et  il  avait  été  démontré  que  ces  monstruosités  résultent  de 
l'insuffisance  fonctionnelle  de  certaines  glandes  préposées  à  la 
régularisation  harmonique  des  diverses  parties  du  corps  au 
cours  du  développement.  Sur  cette  origine  de  l'acromégalie  et 
de  l'idiotie  myxœdémateuse,  aucun  doute  ne  subsiste.  Le 
mystère  de  la  croissance  normale,  ayant  pour  fin  un  ensemble 
de  proportions  et  de  dimensions  spéciales  à  chaque  espèce  et 
communes  à  tous  les  individus  de  cette  espèce  se  trouva  donc 


IX 


subitement  éclairci  le  jour  où  l'on  reconnut  que  l'atrophie  ou 
l'hypertrophie  des  glandes  qui  règlent  et  dirigent  la  crois- 
sance, produisent  fatalement  les  anomalies  ou  les  difformités 
tantôt  de  l'idiotie  myxœdémateuse,  tantôt  de  l'acromégalie. 

Mais,  comme  il  n'est  pas  de  limite  entre  l'état  normal  et 
l'état  morbide,  comme  les  frontières  de  la  maladie  sont  tou- 
jours indécises,  il  nous  a  semblé  que  ces  nouveaux  types 
pathologiques,  idiotie  myxœdémateuse  et  acromégalie,  ne 
représentaient  que  les  degrés  extrêmes  d'états  morbides  entre 
lesquels  il  y  avait  encore  place  pour  des  formes  intermédiaires, 
également  pathologiques,  quoique  moins  brutalement  tran- 
chées. C'est  ainsi  que  nous  avons  pu  —  MM.  P.-E.  Launois  et 
Pierre  Roy  veulent  bien  le  reconnaître  —  établir  tout  d'abord 
la  morbidité  de  V infantilisme.  Là  où  l'on  ne  voyait  qu'un  état 
morphologique  d'origine  fortuite,  il  existe  des  influences 
pathogènes  constantes,  identiques  dans  leur  mode  d'action 
nocive  à  n'importe  quelle  autre  influence  pathogène.  Il  y  a  des 
adultes  qui,  par  la  taille,  restent  infantiles;  il  y  a  des  infantiles 
qui  imr  leur  taille  deviennent  des  adultes,  et  même  plus  que  des 
adultes,  puisqu'ils  atteignent  au  gigantisme. 

Dans  cet  ordre  de  faits,  on  rencontre  donc  une  série  ininter- 
rompue de  degrés  morbides,  dont  le  déterminisme  pathogé- 
nique  est  établi  désormais  d'une  façon  définitive.  Le  hasard 
ou  l'on  ne  sait  quelle  mystérieuse  influence  n'y  sont  pour  rien. 
On  ne  se  contente  plus, de  dire  aujourd'hui  que  tel  individu  est 
resté  nain  ou  est  devenu  géant  en  vertu  d'une  exception  écliap- 
pant  à  toute  loi.  C'est  l'exception  même  qui  est  expliquée;  et  la 
loi  de  cette  exception  a  trouvé  sa  formule. 

Donc  Nanisme  ou  Gigantisme  sont  deux  maladies  véritables. 

C'est  cette  variation  des  troubles  pathologiques  de  la  crois- 
sance qui  a  fait  l'objet  des  recherches  que  MM.  P.-E.  Launois 
et  Pierre  Roy  rappellent  au  début  de  leur  travail. 

La  première  en  date  de  toutes  ces  constatations,  la  plus 
retentissante,  et,  il  faut  le  dire,  la  plus  féconde,  a  été  celle  à 
laquelle  M.  Pierre  Marie  a  pour  toujours  attaché  son  nom. 
C'est  en  effet  de  la  découverte  et  de  l'incomparable  description 


de  Facromégalie  que  datent  les  travaux  dont  se  sont  inspirées 
et  nos  propres  recherches  et  toutes  celles  des  observateurs,  qui 
ont  depuis  lors  élargi  et  prolongé  cette  voie  nouvelle  vers  un 
horizon  si  vaste  et  si  imprévu. 

On  ne  saurait  trop  le  répéter,  le  mémoire  de  M.  Pierre  Marie  a 
donné  à  la  pathologie  des  fonctions  de  croissance  une  orienta- 
tion et  une  impulsion  dont  nul,  jusqu'à  lui,  n'avait  eu  l'idée. 
La  relation  de  cause  à  effet  d'une  lésion  de  l'hypophyse  et  des 
lésions  hyperplasiques  du  squelette  est  une  découverte  de  tout 
premier  ordre.  Elle  équivaut  à  la  découverte  des  rapports  du 
myxœdème  et  des  lésions  de  la  glande  thyroïde.  Dès  à  présent, 
nous  voyons  cette  relation  se  confirmer  d'une  façon  nécessaire 
dans  tous  les  faits  normaux  et  pathologiques  qui  concernent 
l'histoire  du  développement. 

Le  rôle  des  corps  jaunes  dans  révolution  de  la  grossesse  en 
est  une  attestation  nouvelle. 

A  l'époque  où  nous  avions  énoncé  cette  formule  :  «  Le  gigan- 
tisme est  Facromégalie  de  l'adolescence  »,  nous  étions  loin  de 
prévoir  que  la  preuve  en  pourrait  être  fournie  du  vivant  même 
de  nos  malades.  Aujourd'hui,  il  n'est  pas  besoin  d'attendre 
l'autopsie;  nous  saisissons  sur  le  vif  les  troubles  de  l'ostéo- 
génic  qui  engendrent,  soit  l'infantilisme  myxœdémaleux,  soit 
le  gigantisme.  Les  rayons  X  nous  permettent  de  distinguer  les 
lésions  et  de  les  étudier,  comme  si  nous  avions  les  pièces  du 
squelette  entre  les  mains.  Grâce  à  la  photographie  de  l'invi- 
sible, MM.  P.-E.  Launois  et  Pierre  Roy  ont  pu  confirmer  l'exac- 
titude de  nos  prévisions.  Ils  ont  eu,  en  outre,  la  bonne  fortune 
de  recueillir  un  nombre  respectable  de  documents  anato- 
miques,  qui  sont  venus  corroborer  les  témoignages  radiogra- 
phiques.  Aussi,  ont-ils  pu  modifier  de  la  façon  la  plus  heureuse 
notre  formule  initiale,  et  dire  avec  plus  de  précision  anato- 
mique  :  «  Le  gigantisme  est  l'acromégalie  des  sujets  aux  carti- 
lages ëpipliysaires  non  ossifiés,  quel  que  soit  leur  âge.  » 

L'accroissement  inusité  de  la  taille  d'un  individu  ne  justifie 
pas  la  création  d'une  catégorie  distincte.  S'il  fallait  prévoir 
pour  chaque  type  de  croissance  un  groupe  spécial,  on  multi- 


plierai L  à  l'infini  le  nombre  déjà  trop  grand  des  catégories 
arbitraires.  Tous  les  anthropologistes  ont  jugé  cette  difficulté 
insurmontable. 

Il  fallait  donc  chercher,  en  dehors  et  au  delà  des  limites  de 
l'anthropologie,  les  attributs  les  moins  variables  du  gigantisme. 
C'est  sur  le  terrain  de  la  clinique  qu'on  a  su  les  découvrir. 

Il  s'est  trouvé  précisément  que  la  maladie  de  Pierre  Marie 
consistait  en  une  anomalie  de  l'évolution  squelettique,  dont  le 
gigantisme  est  fréquemment  le  prélude;  et,  s'il  est  bien  certain 
qu'un  acromégalique  peut  n'être  pas  géant,  il  n'est  pas  moins 
certain  que  le  gigantisme  emprunte  ses  traits  les  plus  caracté- 
ristiques à  l'acromégalie.  Le  dualisme  des  deux  états  n'est 
qu'apparent.  Par  nature,  la  déviation  trophique  qui  les  produit 
est  la  même. 

MM.  Launois  et  Roy  ont  adopté  une  distinction  déjà 
proposée  par  M.  Henry  Meige  dans  une  étude  récente  sur  le 
gigantisme.  M.  Meige  réserve  le  nom  de  géants,  non  pas  à  tous 
les  individus  d'une  haute  stature,  mais  seulement  à  ceux  qui, 
outre  la  haute  stature,  présentent  certaines  anomalies  térato- 
logiques  et  pathologiques  bien  définies;  l'ensemble  de  ces 
anomalies  constitue,  avec  la  taille  excessive,  le  syndrome  auquel 
doit  être  réservé  le  nom  de  gigantisme. 

La  langue  scientifique  peut  se  permettre  de  restreindre 
ainsi  le  sens  des  mots.  Elle  en  a  même  le  devoir.  Peu  importe 
que  la  langue  courante  continue  à  appeler  géant  tout  individu 
dont  la  taille  excède  sensiblement  la  moyenne.  Après  tout, 
cette  façon  de  parler  a  aussi  sa  raison  d'être  ;  car  le  gigantisme 
ramené  à  une  définition  centimétrique  comporte  des  variétés 
innombrables.  On  peut  être  géant  dès  la  naissance,  on  peut 
avoir  été  un  fœtus  gigantesque,  on  peut  être  géant  à  15  ans, 
à  20  ans,  à  tout  âge....  La  définition  pathologique  s'appuie 
sur  une  base  bien  plus  solide. 

Le  développement  anormal  de  la  taille  indique  simplement 
une  exagération  du  processus  de  croissance;  voilà  tout  le  gigan- 
tisme. C'est  donc  l'excès  de  la  fonction  ostéogénique  qui 
constitue  l'anomalie   pathologique,   ou  qui  va  créer  la  nions- 


XII 


Iriiosité.  Que  ce  dérèglement  de  rosléogénic  soit  précoce  ou 
tardif,  passager  ou  permanent,  la  définition  n'a  pas  à  s'en 
préoccuper  :  c'est  toujours  dans  la  nature  intime  de  ce  trouble 
que  nous  devons,  nous,  médecins,  chercher  les  éléments  de 
notre  définition.  En  effet,  s'il  y  a  des  gigantismes  passagers, 
comment  les  définir?  Les  exemples  n'en  sont  pas  rares  :  un 
enfant,  qui  reste  de  taille  ordinaire  jusque  vers  sa  douzième 
année,  et  qui  soudain,  en  deux  ou  trois  ans,  subit  une  poussée 
excessive  de  croissance  (laquelle  d'ailleurs  se  termine  vers  la 
quinzième  année),  un  tel  enfant  n'a-t-il  pas  traversé  une  crise 
passagère  de  giga7itismel  Cela  revient  à  dire  que,  pendant  une 
période  de  sa  vie,  la  fonction  ostéogénique  a  subi  une  exalta- 
tion maladive.  Rien  de  plus. 

D'autres  fois,  elle  se  prolonge  au  delà  de  l'adolescence  :  la 
taille  continue  de  s'élever,  elle  s'élève  encore,  elle  dépasse 
notablement  la  mesure.  Mais  c'est  toujours  la  même  exaltation 
de  la  fonction  ostéogénique.  Et  lorsqu'elle  s'apaise,  le  sujet 
garde  forcément  ses  dimensions  acquises.  Une  fois  parvenu  à 
l'âge  adulte,  il  restera  un  spécimen  de  gigantisme  définitif. 

Mais  les  choses  vont  souvent  plus  loin.  Si  l'ostéogénèse 
conserve  son  activité  au  delà  de  son  temps  normal,  l'adulte, 
parvenu  à  làge  où  il  devrait  fixer  en  quelque  sorte  sa  taille, 
continue  encore  de  grandir,  et  il  grandirait  indéfiniment,  si  les 
organes  qui  président  à  la  croissance  subsislaient  encore  ou 
se  renouvelaient  indéfiniment  eux-mêmes.  Car,  normalement 
l'allongement  squelettique  est  régi  par  le  processus  d'ossifica- 
tion dont  les  cartilages  juxta-épiphysaires  sont  le  siège  ;  et  ces 
derniers  tendent  à  disparaître  vers  la  vingtième  année.  Mais 
qu'on  suppose  pour  un  instant  que  cette  disparition  n'ait  pas 
lieu,  et  que  les  cartilages  juxta-épiphysaires  ne  perdent  rien 
de  leur  aptitude  ostéogénique,  la  taille  continuera  de  s'ac- 
croître. On  concevrait,  grâce  à  cet  audacieux  a  priori,  la  possi- 
bilité d'une  lujpermégalie  squeleUique  progressive.  Certains  géants 
seraient  ainsi  condamnés  à  grandir  à  perpétuité.  Or,  ceci  n'est 
pas  une  simple  hypothèse.  Des  faits  indéniables  (et  les  plus 
significatifs    sont    rapportés    par    les    auteurs     de    ce    livre) 


XIII 

démontrent  la  persistance  illimitée  des  cartilages  de  conju- 
gaison et  de  leur  pouvoir  ostéogénique.  Sans  doute  les  sujets 
ne  continuent  pas  de  grandir,  dans  chaque  unité  de  temps, 
d'une  quantité  égale.  Le  processus  se  ralentit,  mais  il  dure.  Le 
tracé  graphique  de  leur  croissance  correspond  à  une  asymptote. 
MM.  Launois  et  Roy  en  fournissent  ici  la  démonstration. 

Il  y  a  quelque  dix  ans,  nous  disions  : 

«  La  croissance  normale  se  fait  surtout  par  les  cartilages 
épiphysaires;  mais  lorsque  ces  cartilages  sont  ossifiés  et  que  la 
soudure  des  épiphyses  est  irrévocablement  parachevée,  il  n'est 
plus  possible  de  grandir.  » 

C'est  donc  à  la  persistance  des  cartilages  juxta-épiphysaires 
de  conjugaison  qu'est  dû  le  gigantisme.  Pas  d'élévation  exces- 
sive de  la  taille  sans  un  excès  de  la  fonction  ostéogénique  des 
cartilages  juxta-épiphysaires;  pas  de  gigantisme  sans  la 
persistance  au  delà  du  terme  normal  de  ces  organes  ostéogé- 
niques  et  de  leur  pouvoir  d'ossification. 

Mais,  ajoutions-nous  :  «  A  partir  d'un  certain  âge,  fixé 
d'avance  pour  tous  aux  environs  de  la  vingtième  année,  les 
cartilages  épiphysaires  s'ossifient  et  le  géant  cesse  de  grandir. 
Il  n'en  est  pas  moins  vrai  que  le  travail  pathologique  peut 
durer  plus  longtemps  encore,  et  le  même  géant,  qui  ne  peut  plus 
grandir,  va  devenir  un  acromégalique.  » 

Il  existe  donc  un  gigantisme  acromégalique. 

L'existence  du  gigantisme  acromégalique  est  aujourd'hui  hors 
conteste,  et  le  remarquable  faisceau  d'observations  rassemblé 
par  les  auteurs  de  ce  livre,  achèverait  de  convaincre  les  in- 
crédules, s'il  en  restait  encore.  Ilfautlouer  MM.  Launois  et  Roy 
d'avoir  impartialement  collationné  tant  de  faits  dont  la  con- 
cordance suffit  pour  que  la  vérité  s'en  dégage  spontanément. 

«  Nos  études  sur  le  gigantisme,  disent  MM.  Launois  et  Roy, 
entreprises  sans  parti  pris  et  sans  avoir  pu  prévoir  à  l'avance 
les  résultats  qu'elles  nous  donneraient,  nous  ont  tout  naturel- 
leriient  conduits  à  des  conclusions  identiques  :  nous  avons 
tenu  à  remonter  aux  sources,  à  relire  soigneusement  et  dans 
le  texte  original  la  plus  grande  partie  de  la  littérature  gigan- 


tologique,  et  nous  nous  trouvons  obligés  de  déclarer  que  nous 
sommes  encore  à  chercher  l'observation  précise  et  complète 
d'un  géant  (squelette,  géant  vivant  ou  géant  autopsié)  qui  ne 
présente  ni  déformations  acromégaliques,  ni  tumeur  du  corps 
pituitaire.  Nous  ne  voulons  pas  affirmer  qu'un  tel  géant  ne 
puisse  se  rencontrer;  mais  en  ce  qui  nous  concerne,  nous  ne 
l'avons  pas  trouvé.  » 

Toutefois,  comme  le  disait  M.  Pierre  Marie  lui-même,  s'il 
est  vrai  que,  «  plus  on  observe  de  géants,  plus  on  rencontre 
de  géants  acromégaliques  »,  il  n'est  pas  douteux  non  plus  que 
certains  individus  de  taille  gigantesque  peuvent  ne  pas  pré- 
senter les  grosses  difformités  de  l'acromégalie.  Il  nous  semblait 
à  nous  plus  juste  de  dire  qu'ils  ne  les  présentent  jxis  encore,  et 
que  les  géants  de  cette  catégorie  sont  des  acromégaliques  en 
puissance.  MM.  Launois  et  Roy  le  disent  à  leur  tour  :  «  Si 
tous  les  géants  ne  sont  pas  des  acromégaliques,  tous  ceux  du 
moins  qui  ne  le  sont  pas  déjà,  sont  aptes  à  le  devenir.  »  L'étude 
que  MM.  Launois  et  Roy  ont  faite  du  «  grand  Charles  »  et  du 
«  géant  Constantin  »  est,  à  cet  égard,  particulièrement  démon- 
strative. 

Existe-t-il  donc  des  caractères  propres  aux  géants  qui  ne  sont 
pas  encore  acromégaliques?  Oui,  assurément.  Ces  candidats 
gigantesques  à  l'acromégalie  sont  marqués  de  stigmates  mor- 
phologiques qui  s'accordent  parfaitement  avec  l'anomalie  des 
organes  ostéogéniques  d'où  dépend  leur  gigantisme.  Ces 
sujets,  chez  lesquels  la  fonction  des  cartilages  juxta-épiphy-- 
saires  sait  entretenir  son  activité  au  delà  de  l'âge  où  elle  devrait 
s'éteindre,  ces  sujets,  qui,  grâce  à  une  lamelle  ostéogénique, 
conservent  une  portion  de  jeunesse  déconcertante,  ces  mêmes 
sujets  témoignent  également  par  leur  forme  corporelle,  qu'ils 
ont  gardé  nombre  des  caractères  propres  à  l'enfance;  autrement 
dit,  ce  sont  des  infantiles. 

Par  conséquent,  il  existe  un  gigantisme  infantile. 

Si  l'on  peut  considérer  a  priori  comme  un  paradoxe  biolo- 
gique la  coïncidence  d'une  stature  colossale  avec  une  confi- 
guration   enfantine,    rien,    au    contraire,  ne   semblera    moins 


paradoxal  si  Ton  se  rappelle  à  quoi  Lient  et  se  réduit  cet 
accroissement  inusité  de  la  taille. 

Tant  que  persistent  les  cartilages  de  conjugaison,  le  sque- 
lette n'abandonne  aucun  des  attributs  de  l'enfance  et  de  l'ado- 
lescence. Alors  la  période  de  l'adolescence  se  poursuit  avec 
l'accroissement  en  hauteur  qu'elle  comporte;  si  bien  qu'il  est 
permis  de  dire  que,  si  l'on  grandit  démesurément,  c'est  par 
suite  d'un  «  arrêt  de  développement  ».  On  voit,  en  effet,  des  ado- 
lescents de  trente  ans,  comme  ce  géant  Charles,  qui  a  fait 
l'objet  de  tant  d'intéressantes  observations;  on  en  trouvera 
dans  ce  volume  une  étude  descriptive  infiniment  curieuse. 

Ainsi,  avant  d'être  acromégalique,  un  géant  reste  un  infantile. 

Les  caractères  de  l'infantilisme  ont  été,  depuis  ces  dernières 
années,  déterminés  avec  assez  de  précision  pour  qu'on  soit 
désormais  en  mesure  d'affirmer  que  tout  géant  digne  de  ce  nom, 
et  qui  grandit  encore^  non  seulement  n'est  pas  acromégalique, 
mais  que,  nécessairement,  il  est  un  infantile.  La  radiographie, 
en  effet,  n'a-t-elle  pas,  dès  ses  débuts,  rendu  évident  chez  tous 
les  infantiles  le  retard  de  l'ossification  des  cartilages  juxta- 
épiphysaires? 

En  résumé,  malgré  l'élévation  inusitée  de  la  taille,  beaucoup 
de  géants  conservent  les  apparences  extérieures  de  l'enfance  : 
appareil  génital  incomplètement  développé,  absence  de  poils 
sur  le  visage  et  sur  le  corps,  un  pannicule  adipeux  assez  épais, 
une  voix  grêle,  la  figure  d'un  enfant  vieillot.  Chez  ces  géants 
infantiles.  MM.  P.-E.  Launois  et  Pierre  Roy  ont  prouvé  que  les 
soudures  épiphysaires  sont  exagérément  tardives.  Tant  que  la 
fusion  des  épiphyses  n'est  pas  un  fait  accompli,  le  sujet  reste 
encore  capable  de  croître  en  hauteur.  Mais  vienne  le  jour  où 
l'ossification  est  achevée,  et  alors  l'intempérance  de  la  fonction 
ostéogénique  se  traduit  par  des  déformations  nouvelles  :  le 
géant  infantile  se  transforme  en  un  géant  acromégalique. 

Ainsi,  un  trouble  général  domine  le  processus  morbide  qui 
aboutit,  suivant  l'âge,  soit  au  gigantisme,  soit  à  l'acromégalie. 
Ce  «  trouble  »  n'est,  en  somme,  qu'une  exagération  de  l'ostéo- 
génie  de  croissance.  Nous   disons  «   suivant  l'âge  »,  et  nous 


XVI 

sommes  tout  prêt  à  dire,  avec  MM.  Laiinois  et  Roy,  «  suivant 
la  précocité  ou  le  retard  de  la  soudure  des  épiphyses  ». 

Mais  quelle  est  la  cause  lointaine  de  ce  dérèglement?  A 
quelle  stimulation  inusitée  riposte  la  suractivité  des  cartilages? 
Quel  est  Tagent  infectieux?  Quelle  est  la  toxine?  Quel  organe 
directeur  oublie  son  rôle  et  laisse  aller  sans  frein  le  processus 
hyperplasique?  Ici,  il  faut  bien  l'avouer,  nous  en  sommes 
réduits  aux  conjectures.  Et  cependant  quelques  faits  d'obser- 
vation médicale  nous  montrent  la  voie  oii  l'hypothèse  peut 
s'engager. 

D'abord  nous  savons  que,  chez  les  adolescents,  à  la  suite  des 
maladies  infectieuses,  on  voit  se  produire  de  rapides  poussées 
de  croissance.  L'allongement  des  os  semble  même  précéder  et 
outrepasser  celui  des  parties  molles.  Puis,  nous  connaissons 
le  rôle  non  douteux  que  joue  la  sécrétion  thyroïdienne  dans  le 
développement  squelettique.  Sous  ce  rapport,  l'histoire  du 
myxœdème  et  de  l'infantilisme  est  prodigue  de  révélations. 

Enfin,  les  altérations  de  la  glande  pituitaire  sont  à  peu  près 
constantes  dans  l'acromégalie. 

Et  il  semble  même  qu'il  existe  certaine  étroite  corrélation 
entre  la  sécrétion  interne  de  la  glande  génitale  et  le  développe- 
ment du  squelette.  MM.  P,-E,  Launois  et  Pierre  Roy  ont 
recueilli  sur  ces  faits  toutes  les  observations  utilisables,  mais 
elles  ne  sont  pas  assez  nombreuses  pour  résoudre  dès  à 
présent  le  problème. 

L'hypophyse,  en  particulier,  nous  réserve  encore  bien  des 
surprises.  Nul  n'en  a  poussé  l'étude  aussi  loin  que  Ta  fait 
M.  P.-E.  Launois.  Et  si  ce  livre  ne  fait  pas  plus  souvent  appel 
aux  belles  recherches  histologiques  de  lun  de  ses  auteurs  c'est 
que  l'intention  en  est  exclusivement  clinique. 

Mais  nous  pensons  ne  pas  commettre  une  indiscrétion  en 
annonçant  aux  lecteurs  qu'ils  ne  perdront  rien  pour  attendre. 

E.  BRISSAUD. 


INTRODUCTION 


«  Les  ouvrages  dans  lesquels  on  rencontre  quelques  remarques 
«  relatives  à  V action  des  Géants,  les  écrits  mêmes  qui  ont  été  publiés 
«  ex  professe  sur  ce  sujet,  étaient  déjà,  il  y  a  plus  de  deux  siècles, 
«  en  nombre  très  considérable  ;  et,  depuis  cette  époque,  les  auteurs 
«  nont  cessé  d'en  augmenter  presque  chaque  année  la  longue  liste. 
«  Aussi,  en  jugeant  du  résultat  obtenu  par  les  efforts  qui  font 
«  produit,  on  n  hésiterait  pas  à  prononcer  que  la  science  doit 
((  posséder  depuis  longtemps  tous  les  éléments  d'un  travail  complet 
«  sur  les  géants  et  quil  ne  reste  plus  maintenant  quà  recueillir 
«  quelques  faits  isolés  et,  pour  ai)isi  dire,  à  glaner  sur  les  pas  des 
«  anciens  auteurs.  Il  n  en  est  rien  cependant » 

Ces  lignes  d'Isidore  Geoffroy  Saint-Hilaire  C),  qui  datent  de 
1852,  expriment  toujours  la  vérité  :  une  étude  synthétique  du 
gigantisme  n'a  pas  encore  été  ébauchée.  De  même,  Quételet,  en 
1871,  pouvait  écrire  :  «  V incurie  au  sujet  des  Géants  et  des  Nains 
«  a  été  telle  qu  aucun  naturaliste  na  pris  soin,  jusqu'à  présent,  de 
«  mesurer  et  de  comparer  attentivement  les  proportions  relatives  de 
«  ceux  qu'il  n  été  à  même  d'observer  »  (^). 

Une  semblable  assertion  ne  peut  plus  être  admise  aujourd'hui, 
du  moins  en  ce  qui  concerne  les  Nains.  Dans  ces  dernières 
années,  nos  connaissances  sur  ces  dystrophiés  de  la  nature  ont 
été  remarquablement  précisées  par  une  série  de  travaux,  pu- 
bliés pour  la  plupart  dans  la  Nouvelle  Iconographie  de  la  Salpé- 
trière.  C'est  ainsi  que,  dans  l'ancien  groupe  chaotique  des  sujets 

(')  Isidore  Geoffroy  Saint-Hilaire,  Histoire  générale  et  particulière  des 
anomalies  de  l'organisme  chez  les  hommes  et  chez  les  animaux,  ouvrage 
comprenant  les  recherches  sur  les  caractères,  la  classification,  l'inlluence 
physiolcgique  et  pathologique,  les  rapports  généraux,  les  lois  etles  causcsdes 
monstruosités  ou  Traité  de  Tératologie.  Paris,  ISô^,  t.  \,  p.  168. 

(-)  OuÉTELET,  Ant/iropoméirie,  p.  30?,  1871. 

LAUNOIS   ET    ROY.  1 


2  INTRODUCTION. 

(le  petite  taille,  nous  avons  appris  successivement  à  distinguer 
les  Nains  rachitiques,  les  Nains  hérédo-sypliililiques,  les  Nai)is 
myxœdémateux,  les  Nains  achondroplasiqites,  pour  ne  citer  que 
les  types  les  mieux  caractérisés. 

Si  les  notions  que  nous  possédons  sur  les  Géants  sont  beau- 
coup plus  restreintes,  cela  tient  à  plusieurs  causes,  et,  avant 
tout,  à  la  moindre  richesse  en  documents  iconographiques  ou 
artisliques  :  les  Nains  historiques  étaient  choyés  par  le  seigneur 
et  admis  autour  de  sa  table,  sinon  pour  leur  grâce,  tout  au  moins 
pour  leur  esprit  et  leurs  grimaces,  tandis  que  les  Géants  demeu- 
raient à  la  porte,  destinés  à  en  imposer  seulement  par  leur 
haute  stature. 

Mais  l'étude  des  Géants,  comme  celle  des  iYrtf/îs,  jadis  objet 
de  la  curiosité  commune,  tend  à  relever  désormais  et  unique- 
ment des  sciences  biologiques  et  anthropologiques.  De  plus, 
sous  rinlluence  des  travaux  de  Langer  ('),  Taruf fi  ('),  Cunnin- 
gham  ('),  Dana  ('),  Woods  Hutchinson  ('),  Sternberg  C'),  Bris- 
saud  et  Meige  (^),  etc.,  cette  étude  est  entrée  dans  une  phase  véri- 
tablement médicale.  La  littérature  gigantologique,  jadis  riche 
surtout  de  souvenirs  bibliques,  mythologiques  ou  fabuleux, 
s'est  peu  à  peu  accrue  d'un  grand  nombre  de  documents  précis, 
de  faits  rigoureusement  observés,  et  ainsi  s'est  trouvé  comblé 
le  vœu  formulé  par  Topinard  (**)  :  «  Tout  Géant  demande  qu'il  soit 
dressé  de  lui  une  observation  complète,  comme  on  fait  en  médecine  ». 

Malgré  l'abondance  des  travaux  publiés  dans  ces  dernières 


(*)  Langer,  Wachsthum  des  menschlichen  Skelettcs  mit  Bezug  auf  den  Ric- 
sen.  Denksr.hr iften  cler  kaiserl.  Académie  der  Wissenschaften  in  Wien.  Mathem. 
naturw.  Classe,  Bd.  XXXI,  1872. 

(-)  Taruffi,  Caso  délia  maci'osomia.  Annali  universali  di  medicina,  1879, 
t.  247  et  249. 

(^)  CuNNiNGHAM,  Transaction  of  Ihe  Royal  Ivish  Academy.,  20  janvier  1891, 
t.  XXIX,  p.  555. 

('*)  Dana,  The  Journal  ofnervous  and  mental  Diseuses^  novembre  1895. 

(^)  Woods  Hutchinson,  The  American  Journal  of  the  médical  sciejîres,  août  1895, 
p.  190.  —  NeiL)-York  médical  Journal,  14  juillet  1900. 

(^)  Sternberg,  Die  Akromegalie.  Specielle  Pathologie  und  Thérapie  t)on  Nolh- 
nagel,  Bd.  VII,  2.  Tlieil.  Wien,  1897. 

(')  Brissaud  et  Meige,  Gigantisme  et  acromégalie.  Journal  de  médecine  et  de 
chirurgie  pratiques^  25  janvier  1895.  —  Xouv.  Icon.  de  la  Salpétriére,  1897. 

Brissaud.  Soc.  Mécl.  des  Hôpitaux,  15  mai  1896. 

H.  Meige,  Sur  le  gigantisme.  Comptes  rendus  du  Congrès  de  Neurologie  de 
Grenoble,  août  1902.  —  Sur  le  gigantisme.  Archives  gén.  de  Méd.j  octobre  1902, 
p.  410.  .1 

(^)  Topinard,  Éléments  d'Anthropologie  Générale.  1885,  p.  434. 


INTRODUCTION.  3 

années,  il  n'est  pas  encore  possible  de  faire  une  étude  générale 
et  définitive  du  gigantisme;  il  ne  nous  a  pas  semblé  cependant 
téméraire,  en  présence  de  la  diversité  des  faits,  d'établir 
différents  groupements  et  de  distinguer  les  uns  des  autres  cer- 
lains  types  nettement  caractérisés. 

Les  observations  que  nous  avons  recueillies,  les  travaux 
dont  elles  ont  été  l'origine  ('),  seront  la  justification  de  notre 
tentative,  que  viendra  confirmer  la  lecture  des  documents  que 
nous  avons  rassemblés,  comme  aussi,  nous  l'espérons,  la  publi- 
cation ultérieure  de  faits  rigoureusement  observés  et  scientifi- 
quement interprétés. 

(•)  P.-E.  Launois  et  P.  Rov,  Présenlalion  d'un  géant  infantile.  Soc.  de  Neur., 
6  nov.  1902,  et  Revue  Neurol.,  15  nov.  1902.  —  Gigantisme  et  infantilisme.  Nouv. 
Iconographie  de  la  Salpêlricre,  novembre  et  décembre  1902.  —  Gigantisme, 
acromégalie  et  diabète.  Autopsie  d'un  géant  acromégalique  et  diabétique. 
Société  de  Neurologie,  15  janvier  1905  et  Revue  de  Neurologie,  50  janvier  1905.  Nou- 
velle Iconographie  de  la  Salpêlrière.  juin-juillet  1905.  — Gigantisme  et  castration. 
Les  modifications  du  squelette  consécutives  à  l'atrophie  testiculaire  et  à  la 
castration.  Société  de  Pathologie  comparée.^  9  décembre  1902  et  Revue  internat, 
de  médecine  et  chirurgie,  décembre  1902.  —  Des  relations  qui  existent  entre 
l'état  des  glandes  génitales  mâles  et  le  développement  du  squelette.  Société  de 
Biologie,  10  janvier  1905.  —  A.  Duirane,  P.-E.  Launois  et  P.  Roy,  Les  relations 
du  gigantisme  et  de  l'acromégalie  expliquées  par  l'àutopsie  du  géant  Constan- 
tin. Bull,  et  Mémoires  de  la  Société  méd.  des  Hôpitaux  de  Paris,  8  mai  1905.  — 
P.-E.  L.\UNOis  et  P.  Rov,  Glycosurie  et  hypophyse.  Société  de  Biologie,  21  mars 
1905  et  Archives  gcn.  de  Méd.,  5  mai  1905.  —  P.  Rov,  Contribution  à  l'étude  du 
gigantisme.  Thèse  de  Paris  (médaille  d'argent),  25  février  1905. 


LIVRE    PREMIER 


CHAPITRE    PREMIER 
DÉFINITION 


Rappeler  et  critiquer  les  différentes  définitions  proposées  est 
la  meilleure  manière  de  poser  les  données  du  problème  du 
gigantisme.  En  le  définissant  à  notre  tour,  nous  apporterons  une 
formule  dont  il  nous  faudra,  en  nous  basant  sur  les  faits, 
justifier  l'exactitude,  même  si  nous  sommes  amenés  à  détourner 
de  son  acception  habituelle  le  sens  du  mot  géant. 

Et  tout  d'abord,  qu  est-ce  quun  géant? 

«  Un  géant  est  une  personne  d'une  taille  démesurée.  »  (')  Cette 
définition,  empruntée  à  Yves  Saint-Paul,  et  qui  se  trouve  d'ail- 
leurs reproduite  dans  tous  les  dictionnaires  usuels  ou  abrégés, 
a  le  mérite  de  la  simplicité.  Malgré  son  apparence  un  peu  trop 
exclusive,  le  terme  «  dé-mesurée  »  qu'elle  renferme  n'est  pas 
loin  d'exprimer,  à  lui  seul  et  très  brièvement,  l'idée  de  trouble 
pathologique.,  que  nous  voudrions  attacher  d'une  façon  irrécu- 
sable au  mot  géant. 

La  définition  donnée  dans  l'Encyclopédie  de  Diderot  (-)  : 
«  homme  d'une  taille  excessive  comparée  avec  la  taille  ordinaire  des 
autres  Jiommes  »  ajoute  peu  de  chose  à  la  précédente.  Celle  de 
Geoffroy  Saint-Hilaire(^),  «  individus  dont  la  taille  est  très  supé- 
rieure aux  dimensions  moyennes  deleurrace  »,  apporte  un  élément 
nouveau  d'appréciation  et  établit  déjà  la  distinction  entre  le 
gigantisme  endémique  et  le  gigantisme  sporadique,  qui  sera  reprise 
plus  tard  par  Taruffi  ('). 

F.  Delisle  ('),  de  son  côté,  cherche  à  être  plus  précis  et  plus 

(*)  Yves  Saint-Paul,  article  Géants  in  Dict.  Larousse  illustré. 
(*)  Diderot,  article  Géant  in  Encyrlopédie. 
(^)  Isidore  Geoffroy  Saint-Hilaire,  loc.  cit.,  vol.  I,  p.  179. 
(•*;  Taruffi,  loc.  cit. 

(^)  F.  Delisle,  Dictionnaire  des  sciences  anthropologiques  (Hovelacque,  etc.). 
Paris,  1884-1895. 


8  DEFINITION. 

scientifique  :  «  Les  Géants  sont  des  êtres  dont  la  taille,  à  Vàge 
adulte,  est  de  beaucoup  supérieure  à  celle  des  individus  de  la  même 
espèce  et  placés  dans  des  conditions  analogues  d'existence  ».  Les 
mots  et  à  fâge  adulte  »  établissent  une  nouvelle  distinction,  sur 
la  légitimité  de  laquelle  nous  aurons  à  revenir,  lorsque  nous 
étudierons  les  rapports  de  T adolescence ,  de  V infantilisme  et  du 
gigantisme. 

Les  auteurs,  dans  les  formules  que  nous  venons  de  rapporter, 
ont  surtout  mis  en  valeur  le  caractère  dominant  du  gigantisme 
et  dès  lors  le  plus  facile  à  observer,  c'est-à-dire  la  dimension 
démesurée  de  la  taille.  D'autres  ont  cherché  à  mieux  préciser 
les  modiflcations  observées  soit  dans  les  différents  segments, 
soit  dans  la  totalité  du  corps. 

Paul  Gauchery  (^),  définissant  «  les  Géants  des  êtres  chez 
lesquels  toutes  les  parties  du  corps  ont  subi  une  augmentation 
générale  et  dont  la  taille  se  trouve  ainsi  supérieure  à  la  moyenne  », 
semble  avoir  surtout  cherché  à  éliminer  le  gigantisme  partiel. 
G.  Hermann  (-)  est  plus  explicite  :  pour  lui,  le  Gigantisme  est 
caractérisé  par  «  le  développement  excessif  du  corps  tout  entier, 
avec  conservation  plus  ou  moins  approximative  de  V harmonie 
générale  des  formes  ». 

Plus  expressive  encore  est  la  formule  donnée  par  Larcher  (^) 
et  rappelée  plus  tard  par  E.  Martin  (*)  :  «  Un  Géant  est  un  être 
qui,  exempt  d'ailleurs  de  toute  défectuosité  dans  les  caractères 
essentiels  de  f organisation,  dépasse  notablement  par  la  taille  les 
autres  êtres  de  la  même  espèce,  parvenus  à  ïâge  adulte.  Le  Géant, 
ainsi  défini  et  dont  on  peut  dire  ([u'il  est  peut-être  un  être  imagi- 
naire, doit  se  montrer  tel  que  f  harmonie  de  structure  de  ses  divers 
organes  soit  manifestement  normale,  malgré  le  développement 
excessif  de  la  taille.  La  vigueur  physique  et  la  résistance  aux  causes 
de  destruction  doivent  aussi  être  proportionnées  à  ce  développement 


(*)  P.  Gauchery,  Dictionnaire  Larousse  illustré.  Article  Gigantisme,  t.  l\, 
p.  845. 

(-)  G.  Hermann,  La  Grande  Encyclopédie,  inventaire  raisonné  des  sciences, 
des  lettres  et  des  arts,  par  une  Société  de  savants  et  de  gens  de  lettres,  sous 
la  direction  de  Berthelot,  etc. 

(')  Larcher,  Dictionnaire  encyclopédique  des  sciences  médicales.  Arlicles  Géant 
et  Géantisme. 

(*)  Ernest  Martin,  Histoire  des  monstres  depuis  r antiquité  jusciu  à  nos  jours, 
1880. 


DEFINITION.  9 

inusité,  la  puissance  génératrice  étant,  du  reste,  au  moins  égale  à 
celle  (les  adultes  de  même  espèce  ». 

Ainsi  compris,  le  Géant,  conservant,  malgré  sa  haute  stature, 
des  formes  harmonieuses  et  proportionnées,  représente  le  type 
idéal  de  l'homme,  une  sorte  de  «  surhomme  »,  dont  un  donateur 
original  avait  rêvé  de  perpétuer  l'espèce.  Mais  ce  type  idéal 
existe-t-il?  Larcher  avait  lui-même  prévu  que  «  ce  Géant  était 
peut-être  un  être  imaginaire  »  et  Martin  ajoutait  :  «  Ces  véritables 
Géants  n  existent  pas.  Ceux  auxquels  on  donne  occasionnellement 
et  arbitrairement  cette  appellation  ne  sont  que  des  êtres  qui  relèvent 
de  la  tératologie  et  conséquemment  ne  sont  cjve  des  monstres  ». 

C'est  à  Henry  Meige  (')  que  revient  le  mérite  d'avoir  considéré 
le  gigantisme  presque  toujours,  sinon  toujours,  comme  un 
syndrome  pathologique.  «  La  simple  observation,  écrit-il,  auto- 
rise à  séparer  les  individus  de  grande  taille  en  deux  groupes  : 
«  1°  Ceux  qui  sont  simplement  des  hommes  attirant  l'atten- 
tion par  leur  taille  très  supérieure  à  la  moyenne  et  qui,  par 
ailleurs,  sont  complètement  normaux  :  c'est  la  minorité; 

«  2"  Ceux  qui,  outre  leur  haute  stature,  présentent  un  certain 
nombre  d'anomalies  tératologiques  ou  pathologiques  :  ce  sont 
de  beaucoup  les  plus  nombreux. 

«  Les  premiers,  quel  que  soit  le  nombre  de  centimètres  dont 
leur  taille  dépasse  la  moyenne,  ayant  une  conformation,  une 
constitution  et  une  santé  normales,  ne  sauraient  former  un 
groupe  nosologique  distinct,  pas  plus  d'ailleurs  que  ceux  dont 
la  taille  est  inférieure  à  la  moyenne.  Ce  sont  des  individus 
normaux,  des  hommes  très  grands  ou  très  petits,  la  taille 
subissant,  dans  l'espèce  humaine,  d'amples  variations  suivant 
les  races,  les  pays  et  une  foule  de  conditions  extérieures, 
variations  appartenant  à  l'anthropologie. 

((  Les  spécimens  du  second  groupe  sont  bien  différents  :  ils 
représentent  une  déviation  du  type  humain  sain  et  normal, 
caractérisée  par  des  anomalies  morphologiques  et  des  troubles 
incompatibles  avec  la  santé.  Ce  sont  à  la  fois  des  monstres  et 
des  malades.  Il  serait  à  souhaiter  que  la  dénomination  de 
Géants  leur  fût  réservée  ». 

Nous  basant  sur  les  faits  que  nous  avons  observés  et  d'accord 

(•)  Henry  jMetge.  Ioc.  rit.,  p.  410. 


10  DEFINITION. 

avec  Henry  Meige  sur  la  signification  nettement  pathologique 
qu'il  y  a  lieu  d'attribuer  au  mot  géant,  nous  avons  été  amenés 
à  définir  le  Gigantisme  comme  une  anomalie  de  la  croissance 
DU  squelette,  se  traduisant  par  une  taille  excessive  du  sujet 
par  rapport  aux  dimensions  moyennes  que  présentent  les 
sujets  de  sa  race  et  entraînant  une  dysharmonie  morpho- 
logique et  fonctionnelle,  caracteristique  de  cet  etat  morbide. 

Cette  formule,  dont  nous  éliminons  intentionnellement  le 
gigantisme  normal,  très  rarement  observé  d'ailleurs,  choquera 
peut-être  les  idées  reçues  et  provoquera  les  critiques.  Et  tout 
d'abord  elle  se  trouvera  exposée  aux  objections  du  genre  de 
celles  qui  ont  été  formulées,  non  sans  humour,  dans  la  Gazette 
des  Hôpitaux  ('),  au  lendemain  de  la  communication  qu'avait 
faite  Brissaud,  à  la  Société  Médicale  des  Hôpitaux  sur  les 
Rapports  réciproques  de  V Acromégalie  et  du  Gigantisme,  a  Que 
ceux  de  nos  lecteurs  qui  sont  de  forte  taille  se  rassurent  :  on 
peut  être  un  homme  grand  sans  être  un  géant  et  quelques-uns 
l'ont  bien  prouvé  et  le  prouvent  encore   tous  les  jours,  sans 

être  précisément  un  imbécile En  somme,  on  serait  un  géant 

parce  qu'on  a  trop  grandi,  et  on  a  trop  grandi  parce  qu'on  est 
acromégalique.  Les  carabiniers,  les  cent-gardes  étaient-ils 
donc  des  acromégaliques?  Pas  tous  probablement.  Alors,  pour 
M.  Brissaud  ("),  ils  n'étaient  pas  des  géants.  Mais  où  finit T homme 
grand  pour  commencer  le  géant?  Si  c'est  racromégalie  qui  mar- 
que la  différence,  on  arriverait  à  cette  conséquence  singulière 
que,  sur  deux  hommes  de  la  même  taille,  un  seul  est  un  géant. 
C'est,  en  somme,  affaire  de  définition  :  pour  MM.  Brissaud  et 
Meige,  un  géant  est  un  acromégalique  de  grande  taille.  Un 
homme  de  grande  taille,  s'il  n'est  pas  un  acromégalique,  n'est 
qu'un  homme  grand  », 

Le  critique,  très  avisé,  de  la  Gazette  des  Hôpitaux  est  amené 
ensuite  à  poser,  d'une  manière  très  précise,  le  problème  des 
caractères  différentiels  qui  séparent  l'homme  grand  du  géant. 
«  Qu'est-ce  qu'un  géant?  A  partir  de  quelle  taille  est-on  un 
géant?  Au-dessous  de  combien  de  centimètres  ne  l'est-on 
plus?  »  A  ces   questions  Brissaud   riposte    par  d'autres,    non 


(*)  Gazette  des  Hôpitaux,  H  mai  1896. 

(*)  E.  Brissaud,  Société  médicale  des  Hôpitaux,  15  mai  1896, 


DEFINITION.  11 

moins  difficiles  à  trancher.  «  Qu'est-ce  que  la  maladie?  A 
partir  de  quel  chiffre  de  pulsations,  de  quel  degré  thermique 
a-t-on  la  fièvre?  Au-dessous  de  combien  de  pulsations,  au- 
dessous  de  quel  degré  thermique  ne  l'a-t-on  plus?  »  On  est 
en  effet  amené  à  dire  qu'il  y  a  entre  l'homme  grand  et  le  géant 
les  mêmes  et  aussi  imprécises  frontières  qu'entre  l'état  sain 
et  l'état  morbide. 

Pour  les  anthropologistes,  comme  pour  les  autres  savants, 
ces  frontières  sont  difficiles  à  délimiter;  mais,  d'après  eux,  le 
seul  critérium  important,  par  l'appréciation  d'une  taille  commu- 
nément qualifiée  de  gigantesque,  c'est  la  constatation,  dans  la 
courbe  uniformément  et  régulièrement  ascendante  qui  repré- 
sente la  lente  et  continue  progression  des  tailles  des  individus 
d'une  même  race,  d'une  brusque  ascension  interrompant  tout 
à  coup  la  régularité  du  graphique.  Un  brusque  écart  dans  une 
série  suffisamment  étendue,  telle  est  l'anomalie  qui  permet 
d'affirmer  le  gigantisme.  On  trouve,  par  exemple,  sur  la  terre 
différentes  races  dont  la  taille,  comprise  entre  1°',25  et  1",99, 
représente  une  ligne  de  croissance  constamment  et  régulière- 
ment progressive;  au-dessus  et  au-dessous  de  ces  limites,  la 
courbe  ne  se  poursuit  plus.  «  Au-dessous  de  i"',25  commence 
un  certain  état  anormal,  souvent  pathologique,  que  l'on  appelle 
nanisme;  au-dessus  de  2  mètres,  on  a  un  autre  état  correspon- 
dant, appelé  le  gigantisme  »  (Deniker)(').  C'est  donc,  à  l'aide  de 
la  méthode  des  séries,  que  les  anthropologistes  prétendent 
pouvoir  déterminer  le  nombre  de  centimètres  qui,  pour  une  race 
donnée,  constitue  la  limite  différentielle  entre  l'homme  grand 
et  le  géant. 

D'après  Quételet  ("),  qui  a  abordé  cette  question,  «  les  géants 
et  les  nains,  pris  individuellement,  sont,  en  général,  consi- 
dérés comme  des  anomalies  dans  notre  espèce;  cependant, 
quand  on  observe  les  choses  d'un  point  de  vue  plus  élevé, 
cette  idée  est-elle  bien  exacte?  Mes  travaux  sur  la  taille  humaine 
m'ont  prouvé  que  l'homme  a  une  grandeur  déterminée,  for- 
mant une  espèce  de  typie.  En  considérant  séparément  les  indi- 
vidus, ils  s'écartent  plus  ou  moins  de  ce  type  et  varient  telle- 


(*)  Deniker,  Races  et  Peuples  de  la  terre,  p.  30. 
(^)  Quételet,  loi\  cit.,  p.  503, 


12  DEFIMTION. 

ment  entre  eux,  sous  l'influence  de  causes  accidentelles,  qu'ils 
semblent  ne  pouvoir  être  rattachés  par  aucune  loi  de  conti- 
nuité. Cette  loi  existe  cependant  :  j'ai  tâché  de  l'exposer  plus 
haut  [L  homme  moyen  et  la  loi  des  grands  nombres]  et  c'est,  si  je 
ne  me  trompe,  l'une  des  plus  curieuses  que  la  nature  ait  fixées 
à  notre  espèce.  J'ai  tâché  de  la  mettre  en  évidence  et  de  mon- 
trer que  non  seulement  l'existence  des  géants  et  des  nains  est 
une  conséquence  de  cette  loi,  mais  que  même  leur  nombre  est 
calculable  a  priori  pour  une  population  donnée  :  dans  la  chaîne 
qui  rattache  tous  les  hommes  entre  eux,  ils  sont  des  chaînons 
nécessaires,  bien  qu'ils  forment  des  chaînons  extrêmes  ». 

Mais  l'accord  est  loin  d'être  complet  chez  les  anthropologistes 
et  aux  opinions  précédentes  on  peut  opposer  celle  de  Topi- 
nard(')  :  «  Où  commence  le  géant  ainsi  que  le  nain,  ou,  mieux, 
comment  se  répartissent  les  hautes  et  les  petites  tailles  extrêmes 
dans  une  mise  en  série  des  variations?...  Y  a-t-il  quelque  part, 
vers  les  extrémités,  un  saut,  une  lacune  qui  montre  que  les 
variations  ordinaires  sont  finies  et  que  les  variations  anor- 
males, pathologiques,  tératologiques  commencent?  Tout  le 
secret  est  là  ».  Et,  plus  loin,  le  même  auteur  ajoute  :  «  Aucune 
ligne  de  démarcation  n'existe  entre  ce  qu'on  appelle  des 
géants  et  des  nains  et  les  tailles  physiologiquement  hautes  ou 
basses  ». 

On  revient  ainsi  à  la  difficulté,  indiquée  précédemment,  qui 
se  présente  lorsqu'on  cherche  à  établir  une  distinction  entre  le 
gtkmt  et  Vliomme  grand  et  à  la  solution  que  nous  avons  pro- 
posée. Nous  nous  croyons,  en  raison  même  de  la  définition  que 
nous  avons  donnée,  autorisés  à  confondre  les  deux  critériums 
anthropologique  (anomalie  dans  la  série  numérique)  et  patholo- 
gique (dysharmonie  morphologique  et  fonctionnelle),  ainsi  que 
le  fait  Deniker,  lequel  considère  le  gigantisme  comme  «  une 
anomalie  le  plus  souvent  pathologique  ». 

Pour  Grasset ("),  «  un  homme  qui  a  plus  de  deux  mètres  de 
taille  ou  qui  a  dépassé  cent  ans  est  une  exception;  ce  n'est  pas 
nécessairement  un  malade  ».  Cette  remarque  fait  revivre  une 
vieille  querelle  de  mots  sur   la  non   absolue   synonymie   des 

(•)    TOPINARD,  loc.   cit. 

(-)  Grasset,  Clinique  médicale.  4=  série,  1905,' chap.  xv.  La  supériorité  intel- 
lectuelle et  la  névrose,  p.  717. 


DÉFINITION.  13 

termes  exception,  anoiimlie,  maladie,  monstruosilé.  Certes 
l'homme  qui  mesure  plus  de  deux  mètres  de  taille  n'est  pas 
nécessairement  un  malade;  aussi  faut-il  choisir  un  autre  crité- 
rium que  le  nombre  de  centimètres  pour  distinguer  un  géant 
et  doit-on  réserver  ce  terme  pour  désigner  des  dystrophiés 
dysharmoniques. 

Quant  à  l'objection  philologique,  on  peut  la  formuler  en  se 
demandant  si  on  a  le  droit  de  détourner  un  mot  usuel  de  son 
acception  habituelle.  Mais  il  ne  s'agit  nullement  de  changer  le 
sens  du  mot  géant,  mais  seulement  d'en  bien  préciser  les  carac- 
tères et  les  limites  ou,  comme  disent  les  logiciens,  la  com- 
préhension et  l'extension.  Restreindre  le  sens  d'un  mot  en  le 
mieux  caractérisant,  ce  n'est  pas,  croyons-nous,  compliquer 
une  langue,  mais  au  contraire  l'enrichir  et  môme  l'embellir. 
N'est-ce  pas  là  d'ailleurs  le  mécanisme  habituel  du  perfection- 
nement d'une  langue  que  la  précision  donnée  à  un  terme 
scientifique,  qui  passe  ensuite  insensiblement  dans  le  langage 
courant? 

On  pourrait,  il  est  vrai,  composer  un  mot  nouveau  et  laisser. 
à  celui  de  géant  son  acception  habituelle  d'homme  très  grand. 
Mais  il  y  a  toujours  quelque  peine  à  forger,  soit  à  l'aide  du 
grec,  soit  à  l'aide  du  latin,  un  mot  nouveau  et  à  s'en  servir 
pour  désigner  une  chose  ancienne  déjà;  il  n'y  a  de  plus  aucun 
avantage  à  surcharger  la  langue  d'un  terme  destiné  à  être 
compréhensible  pour  les  seuls  initiés.  Henry  Meige(')  avait 
proposé  de  remplacer  le  mot  gigantisme  par  celui  de  soniatomé- 
galie{^),  (a-toij.aTo;,  corps,  [j-syaAoç,  grand),  qui,  bien  que  correcte- 
ment construit,  nous  paraît  peu  justiciable  d'un  emploi 
courant. 

Parmi  les  synonymes  du  mot  gigantisme,  il  n'en  est  pas  qui 
semble  pouvoir  lui  être  préféré.  Autrefois,  on  disait  gcantisme 
et  c'est  l'expression  qui  était  communément  employée  par 
Isidore  Geoffroy  Saint-Hilaire.  Les  Italiens  (Malacarne,  Taruffi) 
se  servent  du  mot  niacrosoniie,  mais  on  peut  lui  adresser  les 

(')  Henry  jVIeige,  Société  de  Neurologie,  6  novembre  1902.  Discussion  à  la  suite 
de  la  communication  de  P.-E.  Launois  et  P.  Roy,  Revue  Neurologique,  15  nov. 
1902. 

(^)  Dana  {Journal  of  nervous  and  mental  Diseases.  New- York,  novembre  1895, 
p.  754),  avait  déjà  employé  le  terme  de  somatomégaUe,  qui  lui  avait  été  suggéré 
par  le  D'  Frank.  P.  Foster. 


14  DÉFINITION. 

mômes  critiques  qu'aux  termes  macrosomatie,  proposé  par 
Breschet,  ou  soinalomëgalie  composé  par  Henry  Meige.  Quant 
à  rappellatioii  de  méf/asomi(%  créée  par  Manouvrier(')  pour 
exprimer  «  le  développement  du  corps  dans  sa  totalité,  abstrac- 
tion faite  du  tissu  adipeux  »,  il  ne  peut  guère  être  utilisé  dans 
ce  cas,  car,  ainsi  que  le  fait  remarquer  l'auteur  lui-même,  «  il 
peut  se  faire  qu'un  individu  de  médiocre  stature,  mais  très 
trapu,  soit  plus  mégasome  qu'un  individu  d'une  taille  élevée  ». 

Les  termes  de  géant  et  de  gigantisme  seront  donc  conservés 
dans  l'étude  du  syndrome  pathologique  que  nous  entreprenons. 
Bien  que  son  étymologie(")  ne  rappelle  guère  que  des  souvenirs 
mythologiques  ou  bibliques,  le  mot  géant  offre,  sur  tous  les 
autres  ternies  qu'on  voudrait  lui  substituer,  le  grand  avantage 
d'être  très  vieux  et  d'être,  pour  cette  raison,  compris  par  tous. 
En  modifiant  son  acception  habituelle,  en  élargissant  la  défini- 
tion abrégée  (géant,  personne  d'une  taille  dé-mesurée)  que 
donnent  les  dictionnaires,  nous  croyons  atteindre  une  plus 
grande  perfection  scientifique.  Nous  croyons  aussi  résumer 
d'une  façon  suffisamment  précise  les  caractères  particuliers, 
propres  au  gigantisme  dans  la  formule  suivante  : 

Le  gigantisme  est  une  anomalie  de  la  croissance  du  sque- 
lette, SE  traduisant  par  une  taille  excessive  du  sujet,  par 
rapport  aux  dimensions  moyennes  des  sujets  de  sa  race  et 
entraînant  une  dysharmonie  morphologique  et  fonctionnelle, 

CARACTÉRISTIOUE  DE  CET  ETAT  MORRIDE  ("). 


(')  L.  Manouvrieiî,  Étude  sur  les  rapports  anthropométriques  et  sur  les 
principales  proportions  du  corps.  Bulletins  et  Mémoires  de  la  Société  d'Anthro- 
pologie de  PaiHs,  1902,  t.  11,0"  série,  5"=  fascicule,  p.  125. 

(-)  D'après  Littrk,  le  mot  géant  vient  du  latin  gigantem  ou  du  grec  yiyaî, 
formé  de  yr,,  terre  et  de  ya;,  venant  du  radical  qui  veut  dire  naître  (les  Géants, 
fils  de  la  Terre).  Littré  donne  encore  les  étymologies  suivantes  :  gaïa  (wallon), 
gèane,  au  lieu  de  géante  (gêner),  agéian^  ajoan  (wallon),  jigat  (sanscrit)  qui  veut 
dire  naître  ou  marcher.  Géant  se  dit  giant  en  anglais,  riese  en  allemand,  reus  en 
néerlandais. 

(5)  Dès  le  xviii^  siècle,  on  trouve  dans  le  Dictionnaire  encyclopédique  de 
Diderot  et  d'ÀLKMBERT  la  phrase  suivante  :  «  Lorsqu'ils  atteignent  7  à  8  pieds, 
les  géants  sont  le  plus  souvent  mal  conformés,  malades  et  inhabiles  aux  fonctions 
les  plus  communes.  »  La  définition  que  nous  proposons  est  plus  explicite  et 
plus  scientifiiiue,  mais  elle  n'est  ([uc  la  confirmation  de  celte  constatation. 


CHAPITRE   II 
ÉTCDE  HISTORIQUE  ET   CKITIQUE 


On  a  de  tout  temps  affirmé  la  dégénérescence  de  l'homme  et 
la  décroissance  continue  de  sa  taille,  comme  si  «  le  besoin  de 
se  rapetisser  était  un  trait  commun  à  l'esprit  de  tous  les 
peuples  (').  »  Virgile  (^)  ne  prévoyait-il  pas  déjà  l'étonnement  du 
laboureur,  découvrant  dans  son  champ  les  ossements  gigan- 
tesques des  premiers  êtres  humains  : 

«  Grandiaque  effossis  mirabitur  ossa  sepulchris  y. 

De  même  Lucrèce (^),  traitant  de  la  vieillesse  de  la  terre,  la 
considérait  comme  incapable  d'enfanter  désormais  de  puis- 
sants animaux  : 

«  Jamque  adeo  fracta  est  setas,  effœtaque  tellus, 
Vix  aniraaha  parva  créât,  quœ  cuncta  creavit 
Stecla,  deditque  ferarum  ingentia  corpora  partu.  » 

Mais  Juvénal  (^)  remarquait  que  cette  dégénération  de  l'espèce 
humaine  existait  déjà  du  temps  d'Homère  : 

«...  Nam  genus  hoc  vivo  decrescebat  Homero  »... 

et  nos  contemporains  ne  devraient  être,  à  ce  compte,  que  de 
malheureux  nains. 

Comme  nous  l'apprennent  la  science  et  l'histoire,  l'homme 
n'a  pas  dégénéré,  mais  son  imagination  s'est  plue,  de  tout 
temps,  à  enfanter  des  légendes.  Parmi  ces  légendes,  celles  qui 
ont   trait  aux  géants,  et  dont  la  plupart   ont  été  réunies  par 

(')  Isidore  Geoffroy  SAiNr-HiLAir.E,  loc.  ci7.,,I,  p.  244. 

(-)  Virgile,  Géorgiques,  t.  I. 

{'^)  Lucrèce,  De  rerum-naturâ.  \,  %. 

(*)  Juvénal,  Satire,  XV,  v.  69. 


16  ÉTUDE  HISTORIQUE  ET  CRITIQUE. 

Garnier('),  ne  sont  pas  les  moins  curieuses,  ni  les  moins  inté- 
ressantes. 

Ces  légendes  se  sont  perpétuées  jusqu'à  nos  jours  et  font 
encore  partie  des  fastivités  urbaines  en  France  et  à  rétranger(-). 
Entre  toutes  ces  fêtes,  la  plus  connue  est  celle  qui  se  célèbre 
chaque  année  à  Douai  :  le  Gayant  y  est  l'objet  d'un  culte  local 
aussi  curieux  que  pittoresque.  Il  est  figuré  par  un  énorme 
mannequin  d'osier,  destiné  à  rappeler  soit  un  ancien  guerrier  : 
du  xv^  siècle  qui  possédait  une  vigueur  athlétique,  soit  plus 
simplement  le  symbole  de  l'ancienne  corporation  des  vanniers. 
On  le  promène  de  par  les  rues,  pendant  les  trois  jours  de  la 
kermesse  de  juillet,  en  compagnie  des  membres  de  sa  famille, 
sa  femme  ÔMarie  Gagenon,  son  gendre  Jacquot,  la  femme  de 
celui-ci  et  ses  deux  petits-fils  Fillon  et  Binbin.  L'attachement 
des  Douaisiens  pour  cette  coutume  locale  est  si  grand  qu'ils 
se  considèrent  tous  et  toujours  comme  les  descendants  de 
Gayant. 

Vers  1850,  Metz  célébrait  encore  la  procession  du  Graouilly. 

Dans  le  cortège  des  fêtes  annuelles  de  Lille  figurent  toujours 
les  Géants  Lydéric  et  Phinaert. 

Bayeux  garde  encore  le  souvenir  du  Géant  Brun  le  Danois^ 
qui,  après  avoir  répandu  la  terreur  parmi  les  défenseurs  de  la 
ville  assiégée  par  les  Anglais,  conduits  par  Henri  /,  avait  été 
battu,  en  un  combat  singulier  par  le  gentil  seigneur  Bobert 
(F Argouges ,  secondé  par  sa  gente  compagne  la  Fée. 

Il  n'y  a  pas  longtemps  non  plus  que  Dunkerque  a  cessé  de 
célébrer,  sur  le  Mont  Cassel,  à  l'époque  du  Carnaval,  la  fête  du 
Beuze  ou  Bense,  géant  débarqué  autrefois  de  la  Scandinavie. 

Ces  géants  Flamands  ont  peut-être  été  importés  chez  nous  par 
les  Espagnols  qui  fêtent  encore  à  Barcelone  et  dans  plusieurs 
autres  villes  leurs  grands  hommes  et  leurs  grandes  femmes,  la 
Noya,  la  SeTiorita,  le  Serwrito,  la  SeTiora  et  le  Caballero  grande. 

Toutefois,  ce  n'est  pas  en  Espagne  que  la  légende  des  géants 
a  pris  naissance;  elle  est  aussi  vieille  que  le  monde  et  de 
tout  temps,  comme  dans  tous  pays,  l'homme  s'est  plu  à  exagé- 
rer les  dimensions    de  quelques-uns  de  ses  semblables.  Con- 

(')  Garnier,  Les  Nains  et  les  Géants.  Paris,  1884. 

(-)  Intermédiaire  des  chercheurs  et  des  curieux,  1900,  t.  XLII,  p.  902.  La  légende 
des  géants  dans  les  fêtes  populaires. 


ÉTUDE   HISTORIQUE   ET   CRITIQUE.  17 

servant,  à  l'âge  mûr,  riiiiprcssion  qu'il  avait  reçue  dans 
reiifaiice,  alors  qu'il  vivait  au  milieu  des  adultes  grands  et 
vigoureux,  il  a  créé  les  Géants. 

La  Bible (')  parle  d'une  race  de  Gcanls,  produits  de  l'union 
des  enfants  de  Dieu  avec  les  lilles  des  hommes  et  mentionne 
plus  particulièrement,  parmi  les  peuples  qui  se  faisaient  remar- 
quer par  leur  grande  taille  («  C'était  un  peuple  grand,  nom- 
breux et  de  haute  taille  »)('),  les  Répha'nns  ou  Cananéens  cruels, 
les  En()ns  ou  anciens  Moabites.,  les  Géants  d'Enac  ou  Enacinis^ 
«  auprès  desquels  les  autres  hommes  ne  paraissaient  pas  plus 
grands  que  des  sauterelles  ». 

De  même,  Hésiode  elles  autres  poètes  de  l'antiquité  ont  chanté 
les  Titans  ou  Fils  de  la  Terre^  nés  du  sang  qui  sortit  de  la  plaie 
d'Ouranos;  ils  nous  les  représentent  avec  une  taille  mons- 
trueuse, une  force  proportionnée  à  leur  hauteur;  ils  leur  prêtent 
cent  mains  et  des  serpents  énormes  au  lieu  de  jambes.  Ce  sont 
les  Titans  qui  entassèrent  Ossa  sur  Pélion  pour  escalader  le  ciel 
et  assiéger  Jupiter  jusque  sur  son  trône.  Pausanias,  Claudien, 
Sidoine  Appolinaire,  d'autres  poètes  encore  se  sont  plu  à  nous 
faire  le  récit  des  combats  extraordinaires  qui  se  livraient  entre 
les  Dieux  et  les  Géants  (").  Dans  leurs  Gigantoinacliies^  comme 
aussi  dans  les  légendes  indoues,  bibliques  ou  Scandinaves,  le 
thème  est  toujours  le  même.  C'est  toujours  la  lutte  entre  la 
force  violente,  brutale,  inintelligente  et  la  force  divine,  ordon- 
née et  harmonieuse.  La  victoire  revient  toujours  à  cette  der- 
nière et  aussi  au  moins  grand,  au  plus  faible  :  c'est  le  petit 
David  qui  terrasse  le  géant  Philistin  Goliath,  haut  de  six  cou- 
dées et  une  palme;  c'est,  au  moyen  âge,  le  gentil  seigneur 
d'Argouges  qui  triomphe,  sous  les  murs  de  Bayeux,  du  féroce 
géant  Brun  le  Danois.  11  est  intéressant  pour  nous  de  noter,  dès 
maintenant,  que,  dans  toutes  ces  légendes,  on  prête  au  géant 
une  inintelligente  naïveté  et  un  corps  aux  énormes  proportions. 
«  Dans  le  balancement  des  éléments  de  l'organisme,  le  déve- 
loppement des  formes  est  au  cVHriment  de  celui  du  cerveau. 
Les  Grecs  l'avaient   si  bien  senti  qu'ils  avaient  donné   à  leur 


(')  La  Cible,  Genèse,  l.  VI.  p.  4. 
{-}  Deltérono.me,  cliap.  ir. 

['*)  Les  Ci/clopes  claienL  des  dcmi-géanls,  comme  les  héros  élaieiiL  des  demi- 
dieux;. 

LAUNOIS    ET   KOY.  '2 


18  ETUDE  HISTORIQUE  ET  CUITIQUE. 

Apollon  une  taille  moyenne  et  un  front  large,  élevé,  où  rayon- 
nait rintelligence  et  à  Hercule  une  tète  de  crétin.  »  (')  Ce  con- 
traste entre  l'arrêt  du  développement  intellectuel  et  l'hypertro- 
phie du  corps  et  des  memhres  se  retrouve  dans  la  plupart  des 
observations  de  géants  publiées  de  nos  jours. 

Toutes  ces  fables  ont  été  l'occasion  de  critiques  philolo- 
giques ou  scientiliques.  On  a  cherché  à  les  expliquer  et  ceux 
qui  gardent  au  texte  biblique  une  foi  persistante  ont  cherché 
des  arguments  susceptibles  de  se  concilier  avec  les  données 
scientifiques.  Dans  VEncyclopédie  de  Diderot,  on  trouve,  par 
exemple,  cette  remarque  que  les  mots  hébreux  nophel  et  giboor 
(au  pluriel  nephilim  et  gibborim) ^  queAes  Septanles  ont  traduits 
par  le  terme  de  gigantes  et  nous  par  celui  de  géanls,  s'applique- 
raient d'après  Théodoret,  Saint-Chrysostome,  à  des  hommes 
tombés  dans  des  crimes  affreux  et  plus  monstrueux  par  leurs 
désordres  que  par  l'énormité  de  leur  taille.  De  même,  la  taille 
de  six  coudées  et  une  palme,  attribuée  au  géanl  Goliath  et  qui 
représenterait  neuf  pieds  ('),  c'est-à-dire  près  de  5  mètres,  doit 
être  ramenée  à  huit  pieds,  si  on  en  déduit  la  hauteur  du 
casque  d'airain  qui  surmontait  sa  tête.  Dans  cette  taille,  ainsi 
réduite,  on  doit  voir  encore  une  hyperbole  poétique  destinée  à 
grandir  le  courage  et  les  mérites  de  David.  Ouant  au  lit  de  Og, 
roi  de  Basan,  auquel  le  Deutéronome  (")  accordait  une  lon- 
gueur de  neuf  coudées,  il  n'était  pas  nécessairement  pro- 
portionné à  la  taille  de  son  hôte,  car  les  souverains  orientaux 
affectionnaient  tout  particulièrement  les  lits  de  parade  aux 
vastes  dimensions. 

La  critique,  conduite  de  très  bonne  foi,  tomba,  elle  aussi, 
dans  l'exagération,  comme  le  prouve  la  communication  faite 
par  Henrion,  en  1718,  à  V Académie  doi  Inscriptions  et  Belles 
Lettres.  Par  des  calculs  très  compliqués  et  pour  lui  irréfutables, 
cet  auteur,  ancien  ecclésiastique,  désireux  sans  doute  de  con- 
firmer scientifiquement  le  dogme  de  la  chute  &'Adani  coupable, 
élait  parvenu  à  établir  la  courbe  de  décroissance  progressive  de 

(')  Dictionnaire  universel  d'histoire  naturelle  de  Cii.  d'Orbigny,  1808,  t.  VI, 
p.  5U5. 

(-)  En  France,  le  pied  mesurait  0"\,5248  et  le  pouce  0'",027.  Pour  les  mesures 
anglaises,  il  y  a  une  légère  différence  :  le  pied  {fool)  mesure  0'",5048  et  le 
pouce  (inclie)  0"',025i. 

(^)  Deutéhonome.  livre  III.  p.  2: 


ETUDE   II1ST01!IQLII<]   ET   CRITIQUE.  19 

la  taille  humaine  depuis  la  création  du  premier  homme  jusqu'à 
la  naissance  du  Messie.  Dans  une  sorte  de  tal)leau  chronolo- 
gique, il  avait  résumé  les  dimensions  des  principaux  person- 
nages dont  parle  la  Illble  ou  l'histoire.  D'après  lui  : 

Adam  mesurait.    •    .    .  12.j  pieds  '.)  ponces,  soit  40  mètres  005 

Eve .  118  —  0        —        —  7,S  —  475 

Noé 105  —  —  55  —  372 

Abraham '28  —  —  9  —  004 

Moïse 15  —  _  4       _  2'22 

Hercule 10  -  _  D  —  248 

Alexandre                   .    .  6  —  —  1  —  948 

Jules  César 5  —  —  1  —  620 

A  l'époque  de  César.,  apparut  le  Messie,  et  la  taille  demeura 
fixée  aux  dimensions  que  présentait  celle  de  l'empereur  ro- 
main (*).  Ces  assertions,  qui  nous  font  sourire  aujourd'hui, 
furent  qualifiées  «  d'étonnantes  découvertes  »  et  «  de  sublimes 
visions  {^)  »  ;  l'anthropologie  n'était  pas  née. 

Dès  l'Antiquité,  en  creusant  la  terre,  on  mit  à  découvert  des 
ossements  d'hommes  remarquables  par  leurs  grandes  propor- 
tions, et  l'imagination  populaire  chercha  à  les  personnifier.  Le 
squelette  d'Antée,  vu  par  Sertorius  au  voisinage  de  Tanger, 
mesurait,  au  dire  de  Plutarque  (^),  soixante  coudées  de  lon- 
gueur ;  celui  d'Or/on,  qu'un  tremblement  de  terre  mit  à  décou- 
vert en  Crète,  était  long,  au  dire  de  Pline  ('),  de  quarante-six 
coudées  ;  celui  d'Oreste  n'avait  pas  moins  de  sept  coudées,  soit 
douze  pieds  et  trois  pouces  (environ  4  mètres). 

Saint  Augustin  (")  avait  ramassé,  sur  le  rivage  d'Utiqiie,  une 
dent  avec  laquelle  on  aurait  pu  faire  cent  dents  humaines  de 
volume  ordinaire. 

Dans  la  caverne  de  Trapani,  en  Sicile.,  qui  porte  encore  au- 
jourd'hui le  nom  de  Caverne  du  Géant,  on  trouva,  au  xiv''  siècle, 
.    des   ossements  qu'on   attribua  au  géant  Polijphème.   Sous  un 
chêne   déraciné    par  un  orage,   aux   environs  de   Lucerne,   on 
découvrit,  en  1577,  des  ossements  appartenant  à  un  homme  qui 

(')  Garnier  rapi»roche  de  ces  assertions  de  Henrion  la  croyance  des  Siamois 
qui  pensent,  eux  aussi,  que  "  la  taille  des  hommes  n'a  cessé  de  diminuer  à 
mesure  qu'ils  ont  perdu  lïnnocence  des  mœurs  primitives  et  qu'ils  finiront 
par  devenir  si  petits  qu'ils  n'auront  pas  même  un  pied.  »  {Loco  ritatn,  note  de 
la  page  255.) 

Ç^)  Voir  Guyot-Daubès,  Nature,  1887,  t.  I,  p.  18. 

(5)  Plutarque,  Vie  de  Sertorius. 

(^)  Pline,  Histoire  naturelle,  lib.  III,  cap.  xvi. 

(°)  Saint  AuGUSTi-N,  De  civitale  Dei,  t.  XV,  p.  9. 


20  ÉTUDE  HISTORIQUE  ET  CRITIQUE. 

aurait  mesuré,  d'après  Plater,  dix-neuf  pieds  de  haut.  Beaucoup 
d'autres  trouvailles  du  même  genre  lurent  faites  en  (irèce^  en 
Sicile,  en  Boliêine  :  il  s'agissait  tant(3t  d'un  fémur  gigantesque, 
tantôt  d'une  tête  énorme,  tantôt  enfin  d'un  os  frontal,  dont  les 
trois  dimensions  étaient  de  neuf,  douze  et  cinq  pouces  ('). 

En  France,  on  retrouvait,  dans  le  Vivarais,  les  ossements  du 
géant  Buscort,  qui  avait  été  tué  par  son  vassal  le  comte  de 
Cabillon  et  qui  ne  mesurait  pas  moins  de  trente  pieds  et,  dans 
les  environs  de  Saint-Germain,  ceux  du  géant  Isoret,  qui  était 
réputé  avoir  mesuré  plus  de  vingt  pieds. 

De  toutes  ces  découvertes,  la  plus  fameuse  fut  celle  des  osse- 
ments qu'on  supposa  appartenir  au  géant  Teulobochus ,  roi  des 
Teutons,  Cimhres  et  Ambrons,  mort  après  sa  défaite  par  le  consul 
rommn  Marins,  en  l'an  105  avant J. -G.;  elle  fut  l'origine  d'une 
longue  et  souvent  acerbe  polémique  entre  Riolanet  Habicot.  En 
1015,  les  maçons  du  sieur  de  Langon,  occupés  à  tirer  du  sable 
pour  bâtir,  mirent  au  jour  un  tombeau,  fait  de  briques,  près 
des  masures  du  château  situé,  en  Dauphiné,  dans  les  environs 
de  Romans.  La  sépulture  renfermait  un  squelette  de  vingt-cinq 
pieds  de  longueur  ;  la  largeur  d'une  épaule  à  l'autre  était  de 
dix  pieds;  du  dos  à  la  poitrine,  l'épaisseur  mesurait  cinq  pieds; 
le  tibia  était  long  de  quatre  pieds  ;  quant  aux  dents,  elles 
étaient  aussi  volumineuses  que  celles  des  bœufs.  La  descrip- 
tion complète  en  était  faite  par  Jacques  Tissot,  dans  un  opuscule 
intitulé  :  Histoire  véritable  du  géant  Teuioboclius,Vi\v[s,  1(315.  On 
accourut  de  toutes  parts  pour  admirer;  mais,  bien  que  l'inscrip- 
tion gravée  sur  le  tombeau  et  les  médailles  à  l'effigie  de  Marins 
eussent  disparu,  si  tant  est  qu'elles  aient  jamais  existé,  on  par- 
tait convaincu.  Habicot  partageait  l'admiration  universelle; 
Riolan  demeurait  incrédule  et  proclamait  que  les  ossements 
étaient  plutôt  ceux  d'un  éléphant  ou  de  quelque  autre  animal 
inconnu  que  ceux  d'un  homme.  Leur  discussion,  qui  dura  pen- 
dant plus  de  cinq  années,  fut  l'occasion  de  nombreux  pam- 
phlets ;  la  liste  en  est  curieuse  à  rappeler  : 

(')  Tous  ces  ossements  considérés  comme  les  restes  de  géants  immenses 
étaient  l'objet  d'une  grande  vénération  populaire  et  souvent  placés  à  la  porte 
des  cathédrales.  A  la  porte  de  l'église  du  château  de  Cracovie,  on  peut  voir 
encore  aujourd'hui  des  os  de  mastodonte,  un  crâne  de  rhinocéros  «  ticho- 
rhinus  >>  et  la  moitié  d'un  maxillaire  inférieur  de  baleine.  —  Langer,  Anatomie 
der  Forrnen  défi  menschlichen  Kôrpers,  p.  81. 


ETUDE   IIISTOHIQUE   ET   CRITIQUE.  21 

I.  Gif/anlomacine  pour  l'époiidre  à  la  Girjantostcologie,  par  un 
escJiolier  en  médecine  (Riolan),  1615,  petit  i_n-8". 

II.  Discours  apologétique  touchant  la  vérité  des  géants,  contre  la 
gigantomachie  d'un  soi-disant  escholier  en  médecine,  par  L.  D.  C. 
0.  D.  R.  (l'un  des  chirurgiens  ordinaires  du  roi,  Charles  Guil- 
lemeau).  Paris,  1614,  in-8". 

III.  Imposture  descouverte  des  os  humains  supposés  et  attribués 
au  roy  Teufobochus,  par  Riolan.  Paris,  1014,  in-8^ 

IV.  Réponse  à  nn  discours  touchant  la  vérité  des  géants,  par 
Nicolas  Habicot.  Paris,  1613,  in-8". 

V.  Jugement  des  ombres  d'Heraclite  et  de  Démocrite  sur  la 
réponse  d'Ilabicot  au  discours  attribué  à  Guillemeau.  Paris,  1015, 
in-8o. 

VI.  Gigantologie.  Discours  sur  la  grandeur  des  géants,  oit  il  est 
démontré  que,  de  toute  ancienneté,  les  plus  grands  hommes  et  géants 
nont  été  plus  hauts  que  ceux  de  ce  temps,  par  Jean  Riolan.  Paris, 
1618,  petit  in-8". 

^  II.  Antigigantologie  ou  contre-discours  de  la  grandeur  des 
géants,  par  M.  Habicot.  Paris,  1018,  in-8''. 

VIII.  Correction  fraternelle  sur  la  vie  de  Nicolas  Habicot,  oà 
Von  fait,  en  passant,  la  criticpie  de  ses  ouvrages,  Jiotamment  de  la 
Gigantostéologie  et  des  autres  écrits  sur  le  même  sujet.  Petit  in-8", 
s.  1.  n.  d. 

IX.  Touche  chirurgicale,  attribuée  à  Habicot,  avec  une  satire  en 
vers  français  contre  M.  Riolan,  docteur  dichotomiste,  et  des  vers 
latins  sur  l'anagramme  de  son  nom  [Joannes  Riolanus  en  Laurus 
in  asino,  en  asinus  in  lauro,  sine  lauro  inane).  Petit  in-8", 
s.  1.  n.  d. 


Guvier,  par  ses  admirables  travaux,  nous  ayant  appris  que  la 
plupart  des  fossiles  appartiennent  à  des  animaux  actuellement 
disparus  (éléphants,  mastodontes,  rhinocéros,  cétacés,  etc.),  il 
est  facile  aujourd'hui  de  faire  une  distinction  entre  les  osse- 
ments découverts  à  l'intérieur  de  la  terre  et  de  reconnaître 
ceux  qui  appartiennent  véritablement  à  l'espèce  humaine.  Dans 
certains  cas,  il  s'agit  d'os  humains,  mais  ces  os  sont  le  plus 
souvent  modilîés,  dans  leurs  dimensions,  par  une  cause  patho- 
logique. Il  en  était  tout  particulièrement  ainsi   pour  certains 


22  ÉTUDE  HISTORIQUE  ET  CRITIQUE. 

crânes  hydrocéph  iliques  ou  rachitiques  ('),  qui  avaient  appar- 
tenu en  réalité  à  des  hommes  de  taille  moyenne  ou  même  à  des 
enfants.  Isidore  Geoffroy  Saint-Hilaire  cile  l'exemple  de  Moly- 
neux  (-),  qui  fut  appelé  à  examiner  un  frontal  véritablement 
gigantesque  et  qu'oi>  sut,  par  la  suite,  avoir  appartenu  à  un 
habitant  d\4ms/ei'(]am,  dont  la  taille  était  pluLôt  petite,  mais 
dont  la  tête  avait  acquis  des  dimensions  extraordinaires. 

La  lumière  ne  devait  être  complète  que  le  jour  où  com- 
mencèrent les  recherches  anthropologiques,  basées  sur  des 
données  positives.  Déjà  cependant  Norden("')  avait  fait  remar- 
quer qu'en  exceptant  celui  qui  fut  découvert  près  de  Tlicbes,  en 
1817,  conservé  au  Sir  John  Soanes  Musenni  et  mesurant  neuf 
pieds  et  quatre  pouces,  les  dimensions  des  sarcophages  trouvés 
dans  les  pyramides  ne  faisaient  nullement  prévoir  que  la  taille 
des  anciens  Ëgiiptlens  eût  été  plus  élevée  que  celle  des  hommes 
de  son  époque.  Cette  assertion  fut  d'ailleurs  confirmée  par  les 
mensurations  des  momies  recueillies  dans  les  catacombes  et 
hypogées  égyptiennes. 

Elle  l'a  été  depuis,  et  d'une  façon  irréfutable,  par  les 
recherches  rigoureuses  du  genre  de  celles  faites  par  Manou- 
vrier  (''')  sur  les  ossements  exhumés  des  dolmens  du  bassin  de 
la  Seine.  Il  a  pu  dresser  des  tables  permettant,  étant  données  les 
dimensions  d'un  os  long  des  membres,  de  calculer,  avec  toute 
la  précision  désirable,  la  longueur  totale  du  squelette  auquel 
cet  os  isolé  avait  appartenu.  Grâce  à  cette  méthode,  son  élève 
Rahon(')  a  constaté  que  les  ossements  des  dolichocéphales 
retrouvés  dans  les  dolmens  séquaniens  correspondaient  à  une 
taille  à  peine  égale  à  celle  qui  appartient  à  la  moyenne  des 
individus  actuels. 

Ainsi  furent  peu  à  peu  ruinées  les  fables  et  les  légendes  c{ui, 
pendant  si  longtemps,  avaient  satisfait  la  curiosité.  Entre  la 
manifeste  imposture  de  Jacques  Tissot  et  d'Habicot,  si  pénible- 


(')  Journal  de  médecut,e,  décembre  1757  (cité  par  Vip.ey,  in  Diet.  dea  scienceti 
médimles.  Paris,  1816.  Article  Géant,  t.  XVII,  p.  548). 

(-)  MoLYNEUx,  Philoioph.  Transact.,  t.  XV,  n"  ti8  et  t.  XXII,  n"  261. 

('•)  NORDEN,  Itin.  œgypL,  p.  75  (cité  par  V'irey,  loc.  cil.). 

(M  Maxouvrier,  Mémoire  sur  la  détermination  de  la  taille  d'après  les  grands 
os  des  membres.  Mcin.  de  la  Soe.  d'Anthropologie.  Paris,  ISO^. 

(•''•)  .1.  Rahon,  Recherches  sur  les  ossements  préhistoriques,  en  vue  de  la 
rrc  OTslitu'ion  de  la  taille.  Mëm.  de  la  Soe.  d'Anthropologie,  2"  série,  t.  IV,  18QÔ. 


ÉTUDE    HISTORIQUE   ET   ClUTIQUE.  23 

ment  dévoilée  par  Riolan,  et  1er.  rigoureuses  et  scienliriques  don- 
nées fournies  par  Manouvrier ,  Rahon  et  lesantliropologisles, 
il  y  a  plus  que  la  distance  qui  sépare  le  xyu/"  du  xix''  siècle,  il 
y  a  Tabîme  qui  sépare  la  crédulité  du  moyen  âge  des  données 
de  la  science  contem})oraine. 

Mais  il  restait  encore  une  légende  tendant  à  établir  que  la 
taille  humaine  avait  dégénéré,  c'était  celle  des  Patagons;  née 
des  récits  des  premiers  explorateurs  du  Nouveau  Monde,  elle  fut 
généralement  acceptée  du  xvf  au  xviii'"  siècle.  On  admettait 
cjue  les  habitants  de  la  région  la  plus  méridionale  de  Y ÀDiériqne 
du  Sud,  appelée  Terre  ou  Pays  des  Géants  et  aujourd'hui  Pala- 
fjonie,  étaient  tous  dune  taille  démesurée.  Dans  la  relation 
du  voyage  fait  par  Magellan  dans  ces  parages,  en  1519,  Harris 
rapporte  que  «  le  pays  exploré  est  habité  par  un  peuple  fort 
sauvage  et  d'une  stature  prodigieuse.  Ces  géants  faisaient 
un  bruit  effroyable,  plus  ressemldant  au  mugissement  des 
bœufs  qu'à  des  voix  humaines.  »  Plus  loin,  il  s'extasie  sur  leur 
formidable  appétit  et  leur  vigueur  proportionnée  à  leur  stature, 
«  car  l'un  d'eux  surmonta  les  efforts  de  neuf  hommes,  quoiqu'ils 
l'eussent  terrassé  et  qu'ils  lui  eussent  fortement  lié  les  mains; 
il  se  débarrassa  de  tous  ses  liens  et  s'échappa  malgré  tout  ce 
qu'ils  purent  faire  (')  ».  La  mesure  du  pied  de  l'un  d'eux  fut 
trouvée  de  dix-huit  pouces  de  long,  «  ce  qui,  en  suivant  la  pro- 
portion ordinaire,  donne  environ  sept  pieds  et  demi  pour  leu!" 
stature  ». 

Ces  assertions  furent  successivement  reproduites  et  ampli- 
fiées par  les  autres  navigateurs  qui  visitèrent  les  mêmes 
régions,  tels  que  les  Espagnols  Pigafetta,  Loise,  Sarmiento, 
Nodal;  les  Anglais  Gandish,  Hawkins,  Kimwet;  les  Hollandais 
Sebald  de  Noort,  Lemaire,  Spilberg.  Des  gravures  du  xviii'  siècle 
représentent  des  marins  européens  atteignant  à  peine  la  cein- 
ture d'un  Patagon,  «  ce  qui,  en  supposant  à  VEuropéen  une 
taille  moyenne  de  cinq  pieds  ou  cinq  pieds  deux  pouces,  don- 
nerait au  moins  huit  pieds  et  demi  pour  la  hauteur  d'un  indi- 
gène ». 

Ces  récits  étaient  acceptés  par  les  savants  de  l'époque, 
comme  le  montre  le  passage  suivant  emprunté  aux  Mémoires  de 

(')  Voir  BuFFON,  Œuvres  complètes,  édition  de  1856,  t.  IV,  p.  CG4. 


24  ÉTl!|)l<:  IIISTOI'JQUP:  ]<]T  CHITIQUE. 

Bachaumont  (')  et  cilé  par  Garnier  :  <■  On  parle  beaucoup  d'une 
lettre  du  docteur  Maty,  médecin  très  renommé  à  Londres,  à 
M.  de  la  Condamine,  en  date  du  18  de  Juin,  pour  la  commu- 
niquer à  VAcadëinie  des  Sciences.  11  y  assure  que  l'équipage 
entier  d'un  vaisseau  de  guerre  anglais,  qui  vient  de  faire  le 
tour  du  monde,  a  vu  et  examiné  cinq  ou  six  mille  Patagons  de 
neuf  à  dix  pieds  de  haut.  Il  en  conclut  à  l'existence  des  géants 
en  corps  de  peuple  et  que  ce  ne  sont  point  des  variétés  rares, 
individuelles  et  accidentelles  dans  l'espèce  humaine,  comme^ 
l'ont  soutenu  nos  plus  célèbres  naturalistes  ». 

Mais  la  vérité  ne  tarda  pas  à  être  connue,  u  Et  moi,  aussi,  je 
les  ai  vus,  ces  Patagons!  s'écrie  l'un  des  compagnons  de  Bou- 
gainville  {'~)  (Voyage  de  1760);  les  Titans  prodigieux  dont  on 
vous  parle  n'ont  jamais  existé  que  dans  l'imagination  échauffée 
des  poètes  et  des  marins....  Au  surplus,  il  ne  sera  pas  hors  de 
propos  d'observer,  pour  porter  le  dernier  coup  aux  exagérations 
qu'on  a  débitées  sur  ces  sauvages,  qu'ils  vont  errants  comme 
les  Scythes  et  sont  presque  sans  cesse  à  cheval.  Or  leurs  che- 
vaux n'étant  que  de  race  espagnole,  c'est-à-dire  de  vrais  bidets, 
comment  est-ce  qu'on  prétend  leur  affourcher  des  géants  sur  le 
dos?  Déjà  môme  nos  Patagons,  quoique  réduits  à  la  simple 
toise,  sont-ils  obligés  d'étendre  les  pieds  en  avant....  » 

«  Ce  qui  m'a  paru  gigantesque  dans  la  stature  des  Patagons, 
écrit  Bougainville  lui-même,  c'est  leur  énorme  carrure,  la  gros- 
seur de  leur  tête  et  l'épaisseur  de  leurs  membres.  » 

Quant  à  leur  taille,  il  a  suffi,  pour  la  bien  apprécier,  de  la 
mesurer  avec  exactitude.  D'Orbigny,  qui  vécut  pendant  huit 
mois  au  milieu  des  Patagons,  dit  que  la  hauteur  de  ceux  qu'il  a 
examinés  oscillait  enlre  l"\12  et  1"',9'2,  dans  la  vallée  du  haut 
Rio  Chico.  Topinard,  qui  a  utilisé  ces  chiffres,  trouve  une 
moyenne  de  l'",78  et  la  fait  rentrer  dans  le  groupe  des  tailles 
hautes  {^). 


(1)  Mémoires  secrets  de  Bachaumont,  50  juillcl  1750  (ciLé  i)ar  Garnier,  loc.  cit.). 

(-)  Cité  par  Buffon,  loc.  cit.,  p.  CC4. 

('')  Quant  aux  pieds  des  Patagons,  qui  leur  valurent  leur  nom  de  la  part  de 
Magellan,  ils  sont  petits  (27  centimètres  pour  une  taille  de  l"",90).  Mais 
Elisée  Reclus  remarque  {Xouv.  ijéogr.  univ.,  t.  XIX,  p.  683)  que  les  Teiiuel- 
CHE,  descendants  probables  des  Patagons  de  Pigafetta,  portent  pendant  la 
saison  froide  des  guêtres  en  peau  de  huanaco,  qui  forment  ainsi  une  double 
chaussure  et  leur  donnent  l'apparence  d'avoir  de  grands  pieds. 


ÉTUDE  IlISTOlîinUE  ET  CIUTIOUE. 


25 


Vlaming,  L.  Freycinet  (')  auraienl  aporcu,  eux  aussi,  des 
g-éaiils  dans  les  Terres  auslrales]  ce  dernier  voyageur  fait 
remarquer  que  l'élongation  de  leur  taille  était  le  fait  d'une  illu- 
sion d'optique  causée  par  le  mirage. 

Peut-être  aussi  faut-il  invoquer,  pour  appréciei-  justement  ces 
faits,  les  cannibales 
de  10  pieds,  que 
grandissait  la  peur 
des  voyageurs  qui 
les  auraient  entre- 
vus, et  les  soldats 
hauts  de  15  pieds 
que  certains  virent 
garder  les  portes  de 
Pékin. 

Les  recherches 
minutieuses  des  an- 
thropologistes  ont 
définitivement  ruiné 
l'hypothèse  d'une  ra- 
ce soitancienne,  soit 
actuelle  de  géants; 
elles  nous  ont  ap- 
pris aussi  que  la 
moyenne  de  la  taille, 
dans  les  différentes 

races  humaines,  ne  dépasse  guère  l'",75  et  que,  parmi  les 
races  les  plus  grandes,  se  trouvent  les  Patagons  (1"\781,  Topi- 
nard)et  les  Écossais  de  Galloway  (1™,70,  Deniker)  ('). 


FiG.  ]  (-).  —  Les  Denkas,  populalion  des  bords 
du  Haut-Nil. 


(*)  L.'  Freycinet,  Voyaje  de  découverte  aux  terres  australes.  Paris,  1815,  in-4% 
p.  178  (cité  par  Virey). 

(■^)  Extraite  de  V Illustration,  \"  août  1905. 

(^)  Tout  récemment  encore  un  explorateur  signalait  l'existence  d'une  peu- 
plade de  géants  sur  la  rive  droite  du  Nil,  les  Denkas.  On  lit,  en  effet,  dans 
Y  Illustration  du  1"  août  1905  : 

«  Les  populations  des  bords  du  Haut-Nil,  les  Schillouks  (^')  sur  la  rive 
«  gauche,  les  Denkas  sur  la  rive  droite,  sont  d'ailleurs  de  lamentables  échan- 
«  tillons   d'humanité....    Les  Schillouks   sont  grands,    mais   les    Denkas    les 

(')  L'eunuque  égyptien,  dont  Lortet  rapporta  le  squelette  à  Lyon  (voy.  p.  157),  «  parais- 
sait venir,  dit  cet  auteur,  de  la  région  liaijitée  par  les  Schillouks,  peuplade  occupant  les 
territoires  situés  entre  KharLoum  et  le  Bahr-el-Gazcd  ». 


2G  ÉTUDE  HISTORIQUE  ET  CRITIQLTE. 

Mais  si  le  Gigantisme  n'existe  pas  à  l'état  endémique,  on 
l'observe,  chez  tous  les  peuples,  clans  toutes  les  races,  à  l'état 
sporaclique.  De  nombreux  faits  viennent  confirmer  cette  asser- 
tion et,  parmi  les  documents,  dans  lesquels  l'imagination  tient 
encore  souvent  une  grande  place,  nous  choisirons  ceux  qui 
sont  plus  particulièrement  susceptibles  de  confirmer  nos  acqui- 
sitions les  plus  récentes.  Ils  ont  été  réunis  par  Garnier  (')  et  par 
GouldetPyle  (^),  et  se  trouvent  souvent  rappelés  dans  les  Bévues 
périodiques  i^'),  à  l'occasion  de  l'exhibition  de  quelque  nouveau 
phénomène.  Ce  sont  les  sources  où  l'on  peut  largement  puiser, 
celles  que,  comme  nous,  Henry  Meige('')  a  utilisées  pour  soute- 
nir une  thèse  conforme  à  celle  dont  nous  nous  proposons  d'être 
à  notre  tour  les  défenseurs  . 

En  abordant  l'histoire  résumée  du  gigantisme sporadique ^on  est 
tout  d'abord  amené  à  se  demander  quelle  est  la  taille  maxima 
que  puisse  atteindre  un  géant.  Les  chiffres  donnés  sont  toujours 
plus  ou  moins  fantaisistes  et  se  trouvent,  la  plupart  du  temps, 
considérablement  réduits  par  des  mensurations  précises  :  aussi 


«  dépassent  encore  sous  ce  rapport  et  atteignent  des  tailles  invraisemblables. 
"  Ils  ont,  en  généi'al,  plus  de  2  mètres  de  hauteur  et  leur  maigreur  accuse 
«  encore  l'impression  d'êtres  gigantesques  qu'ils  produisent.  Leurs  jambes 
"  sont  démesurées.  On  dirait  que,  forcés  de  vivre  presque  continuellement 
«  dans  les  marécages,  ils  sont  peu  à  peu  arrivés  à  une  structure  d'échassiers  : 
"  les  disciples  de  Darwin  verront  là  un  bel  exemple  de  l'influence  du  milieu. 
"  Leur  ressemblance  avec  les  grands  oiseaux  des  marais  va  jusqu'à  la  façon 
"  de  se  tenir  debout  immobiles  pendant  des  heures  sur  une  seule  jambe,  l'un 
"  des  pieds  appuyé  sur  l'autre  cuisse.  On  peut  voir,  par  la  photographie  que 
«  nous  donnons  (Fig.  1),  que  les  Denkas  constituent  l'un  des  plus  curieux  spé- 
«  cimens  ethniques  dont  les  explorateurs  nous  aient  révélé  l'existence....  Ce 
"  sont  de  franches  brutes,  inaptes,  semble-t-il,  à  tout  perfectionnement  et 
•<  demeurées,  au  point  de  vue  cérébral,  au  niveau  de  l'homme  des  cavernes....  » 

En  l'absence  de  toute  mensuration  précise,  il  ne  semble  pas  que  les  récits 
des  explorateurs  qui  virent  les  Denkas  doivent  bénéficier  d'une  croyance 
supérieure  à  celle  dont  les  anthropologistes  ont  montré  qu'étaient  justiciables 
les  affirmations  des  voyageurs  touchant  les  Patagons  et  les  autres  popula- 
tions géantes.  D'ailleurs  le  docteur  Georges  Schweinfurth,  qui  a  si  minu- 
tieusement étudié  les  mœurs  de  toutes  les  peuplades  du  Haut-Nil  et  en  parti- 
culier des  Denkas,  ne  parle  nullement  de  la  taille  gigantesque  de  ceux-ci  {Ait 
cœur  de  L'Afrique,  Im  Herzen  von  Africa.  Leipzig,  1874,  trad.  franc,  de  Mme  H. 
LoREAU.  Paris,  1875,  Hachette). 

(')  Garnier,  loc.  cit. 

(^)  GouLD  et  Pyle,  Anomalies  and  cnriosilies  of  mecUcine.  Londres  et  Phila- 
delphie, 1898, 

("')  Dans  les  Revues  périodiques,  consulter  les  articles  de  Guyot-Daxjbès 
(Nature,  1887,  t.  I,  p.  18);  de  Neuville  {Revue  des  Revues,  i"''  janvier  1898)  ; 
Feindel  {Revue  rose,  1905);  Romme  {la  Revue,  15  sept.  1905,  p.  656). 

('*)  Henry  Meige,  loe.  cit. 


ÉTimE   IIISTORTOUE   ET   CRITIOUE.  27 

comprend-on  l'imporlance  et  la  justesse  de  la  règle,  posée  par 
les  auteurs  américains  actuels  (Dana,  Woods  Hutchinson),  qui 
conseillent  de  retrancher  systématiquement  trois  à  cinq  pouces 
de  la  taille  annoncée  par  tout  géant. 

Quételet  rapporte,  avec  des  détails  suffisamment  précis, 
l'histoire  d'un  géant  écossais,  enrôlé  par  Frédéric  le  Grand 
dans  son  fameux  régiment;  sa  taille  mesurait  8  pieds  et  5  pouces 
(^''^G'i).  C'est  sans  doute  Tune  des  tailles  les  plus  hautes  parmi 
celles  qu'on  peut  considérer  comme  authentiques  (').  La  hau- 
teur des  géants  qu'on  observe  aujourd'hui  ne  dépasse  guère 
7  pieds  et  demi,  c'est-à-dire  2'", 47.  Mais,  dé  même  qu'on  doit 
se  méfier  des  supercheries,  il  ne  faut  pas,  pour  avoir  des 
données  exactes,  se  contenter  des  mensurations  faites  dans  la 
station  debout,  il  faut  recueillir  encore  celles  que  fournissent 
les  évaluations  obtenues  dans  la  station  assise  et  tenir  compte 
enfin  de  la  longueur  de  chacune  des  parties  du  corps,  de  celle 
des  membres  en  particulier. 

Il  est  de  règle  encore  de  voir  vanter  l'harmonie  des  formes 
que  présentent  les  géants  :  celui-ci  est  «  parfaitement  droit  et 
admirablement  bâti  »  ;  celuidà  possède  «  des  membres  d'une 
proportion  et  d'une  beauté  remarquables  »  ;  cet  autre  est  «  si 
merveilleux,  dans  sa  constitution,  que  les  curieux,  qui  l'exami- 
nent, n'ont  jamais  admiré  rien  de  semblable,  et  ceux  qui  sont 
plus  observateurs,  déclarent  franchement  que  jamais  la  langue 
de  l'orateur  le  plus  éloquent  et  la  plume  de  l'écrivain  le  plus 
ingénieux  ne  seraient  capables  de  décrire  l'élégance  des  formes, 
la  symétrie  et  les  remarquables  proportions  de  ce  merveilleux 
phénomène  de  la  nature,  de  même  que  toute  description  ne 
pourrait  donner  la  satisfaction  que  l'on  éprouve  en  l'observant 
judicieusement»  (-).... 

Mais,  comme  nous  le  montrerons,  cette  harmonie  des  formes 
extérieures  est  loin  de  correspondre  à  la  réalité  ;  elle  n'est 
guère  que  l'infime  exception. 

(')  D'après  Langer,  il  existe  dans  les  environs  d'Innsbruck  une  peinture  du 
xvP  siècle  représentant  un  paysan  alsacien  qui  aurait  mesuré  9  pieds  1/2,  soit 
2-,75. 

(^)  Extrait  de  l'avis  publié  par  les  journaux  du  6  mai  1782,  à  propos  du  géant 
irlandais  Charles  Byrne  (cité  par  Garnier).  —  Comparer  ces  éloges  hyper- 
boliques avec  les  constatations  rigoureuses  que  faisait  Cunningham  un  siècle 
plus  tard  sur  le  squelette  du  même  sujet  (06.s.  de  Magrath,  p.  237). 


23  ÉTUDE  HISTORIQUE  ET  CRITIQUE. 

Il  en  est  ainsi,  d'ailleurs,  pour  la  vigueur  et  l'appétit  (')  des 
géants,  tant  vantés  par  les  historiens.  Parmi  les  exploits  les 
plus  curieux  qui  sont  rapportés,  nous  rappellerons  ceux  de 
l'empereur  romain  Maximin,  célèbre  par  sa  taille  colossale 
('2", 50  environ)  et  qui,  dans  sa  jeunesse,  vainquit,  sans  reprendre 
haleine,  seize  des  plus  vigoureux  lutteurs  de  Route.  Il  était 
capable  d'arrêter  un  char  lancé  avec  une  seule  main,  de  mettre 
en  mouvement  une  voiture  lourdement  chargée,  de  fracasser 
d'un  coup  de  poing  la  mâchoire  d'un  cheval,  de  lui  casser  la 
jambe  d'un  _^coup  de  pied.  Ce  môme  empereur  vidait  plusieurs 
fois,  en  une  seule  journée,  une  amphore  capitoline  (vase  d'une 
contenance  d'environ  25  litres),  mangeait  souvent  40  à  60  livres 
de  viande,  et  transpirait  tellement  qu'il  pouvait  recueillir  dans 
une  coupejusqu'à  5  setiers  de  sueur  par  jour  (^).  Simon  Goulartf) 
raconte  de  son  côté  l'histoire  «  d'un  homme  de  démesurée  gran- 
deur et  grosseur,  qui  mangeait,  en  peu  de  morceaux  et  sans 
s'arrêter,  une  brebis  ou  un  veau,  sans  se  soucier  que  la  chair  en 
fût  cuite,  disant  que  cela  ne  faisait  que  lui  aiguiser  l'appétit  ». 
Non  moins  fameux  le  Géant  calabrais  du  Pape  Jules  II,  «  lequel 
estoit  si  grand  qu'il  passoit  en  grandeur  de  beaucoup  les  plus 
hauts  hommes  de  son  temps  et  estoit  chose  merveilleuse  de 
voir  ce  qu'il  beuvoit  et  mangeoit  ».  Les  faits  et  gestes  du  Géant 
Antoine  Payne  sont  restés  célèbres,  depuis  le  xvii*^  siècle,  dans 
le  pays  de  Cornouailles  :  «  Etant  jeune,  il  prenait  plaisir  à  choisir 
deux  de  ses  plus  robustes  camarades  qu'il  appelait  ses  petits 
chats  et,  en  emportant  un  sur  chaque  bras,  à  gravir  une  falaise 
voisine  afin  de  leur  faire  voir  le  monde,  suivant  son  expres- 
sion. Un  soir  de  Noël,  il  ramena  un  jeune  garçon  qu'on  avait 
envoyé,  avec  un  âne,  chercher  du  bois  dans  la  forêt  voisine; 
comme  il  se  faisait  tard  pour  rentrer,  il  prit  sur  ses  épaules, 
tout  à  la  fois,  l'âne  et  la  charge  de  bois,  et  rentra  prestement  à 
la  maison  ». 

Que  faut-il  penser  en  réalité  de  cette  harmonie  des  formes 
et  de  cette  vigueur?  Sans  rappeler  le  cas  exceptionnel  du 
Géant  allemand,   vivant  sous  le  règne  de  la  Beine  Anne,   qui, 

(')  Une  exception  est  cependant  à  faire  pour  l'appétit,  souvent  très  déve- 
loppé, chez  les  géants  qui  présentent  fréquemment  de  la  glycosurie  et  par 
suite  de  la  poljq:)hagie  faisant  partie  du  cortège  symptomatique  du  diabète. 

("^)  Historia  Augusta,  due  à  Capitolin  (cité  i^ar  Garmeiî,  lue.  cit.,  p.  279). 

(^)  Simon  Goularï  (cité  par  GAUNiEnj. 


ÉTUDE   HISTORIQUE  ET  CRITIQUE.  29 

sans  mains  ni  pieds,  était  capable  d'enfiler  une  aiguille,  de 
couper  des  gants  et  d'exécuter  avec  adresse  toutes  sortes  de 
travaux,  on  peut  trouver  de  nombreux  exemples  de  géants  mal 
conformés.  Tel  le  Grand  Mareschal,  qui  s'exhibait  à  Paris,  au 
commencement  du  xvii''  siècle,  et  qui,  au  dire  de  Simon  Goulart, 
«  était  un  homme  mal  bàii,  mais  aussi  merveilleusement  haut  et 
grand,  à  comparaison  de  plusieurs  de  moyenne  taille  ». 

Marcel  Donnât ('),  «après  la  victoire  quele/to?/  Louis  Douzième 
obtint  en  la  journée  de  Lodi,  vit,  à  l'hôpital  de  Milan,  un  jeune 
homme  qui  estoit  si  grand  quil  ne  pouvoit  se  tenir  debout, 
n  ayant  sceu  obtenir  assez  de  nature  pour  V épaisseur  de  son  corps 
et  la  proportion  de  ses  forces  ». 

Wiliams  Evans,  le  portier  géant  de  Charles  T'  à' Angle! erre, 
était  également  sans  vigueur. 

Le  géant  allemand,  Max-Ghristophle  Miller,  mesurant  7  pieds 
8  pouces  (2'", 528),  était,  «  malgré  sa  force,  assez  mal  conformé, 
et  sa  tête  était  d'une  grosseur  tout  à  fait  hors  de  proportion, 
même  avec  son  corps  gigantesque  ». 

Le  célèbre  abbé  italien  Bastiani,  que  Guillaume  F'',  roi  de 
Prusse,  avait  enrôlé  de  force  dans  son  bataillon  de  grenadiers 
géants,  était  d' apparence  assez  lourde,  avec  une  face  ignoble  et 
épaisse. 

C'était  aussi  le  cas  de  la  <'  jeune  fille  gigantale  »  de  Simon 
Goulart  «  qui  avait  grandi  exagérément  à  la  suite  d'une  fièvre 
quarte,  qui,  à  vingt-cinq  ans,  n'avait  pas  encore  ses  flueurs,  et 
qui  était  un  peu  laide  de  visage,  noire,  d'esprit  simple  et  gros- 
sier, et  tout  le  corps  pesant  ». 

Quant  à  Patrick  Gotter,  le  géant  irlandais,  qui  se  montrait  à 
Londres,  vers  1785,  sous  le  nom  d'O' Brien.  il  était  loin  de  pré- 
senter les  proportions  harmonieuses  qu'on  lui  prêtait.  «  Il  est 
vraiment  d'une  très  haute  stature,  dit  W.  Blair,  mais  très  mal 
conformé....  Il  a  refusé  de  marcher  devant  moi,  dans  son  appar- 
tement et  je  pense  que  c'est  parce  qu'il  avait  peur  de  me 
découvrir  son  extrême  faiblesse.  Il  a  V aspect  général  d'un  individu 
faible  et  imbécile,  avec  le  front  entièrement  bas;  autant  que  j'ai 
pu  le  remarquer,  l'espace  compris  entre  ses  sourcils  et  le  haut 
de  la  tête,  en  ligne  perpendiculaire,  n'excède  pas  2  pouces.... 

(')  Marcel  Donxat  (cilé  par  Garxieh). 


30  ETUDE  HISTOKinUE  ET  ClUTIQUE. 

//  ina  fait  C effet  cVun  énorme  enfant  malade  qui  aurait  grandi  trop 
vite;  sa  voix  était  faible,  son  pouls  languissant  et  lourd....  » 
Les  journaux  de  Tépoque  nous  apprennent  «  qu'il  se  tenait  le 
plus  souvent  assis  et  s'aventurait  très  rarement  à  sortir  en 
public;  quand  il  se  promenait  à  pied,  c'était  toujours  la  nuit)).  Un 
de  ceux  qui  purent  le  surprendre  dans  une  de  ses  promenades 
nocturnes  et  l'observer  le  décrit  dans  les  termes  suivanis  : 
«  //  marchait  péniblement,  les  mains  appuyées  sur  les  épaules  de 
deux  hommes  assez  comme  il  faut  et  de  grandeur  ordinaire, 
absolument  comme  nous  voyons  quelquefois  des  convalescents 
se  soutenir  sur  les  épaules  d'enfants  de  huit  à  dix  ans  »  (^). 
Combien  ces  pénibles  promenades,  faites  de  nuit,  sont  loin  des 
exploits  herculéens  habituellement  attribués  aux  géants  I 

Tous  ces  exemples,  qu'on  pourrait  multiplier  à  l'infini,  justi- 
fient l'assertion  de  Geoffroy  Saint-Hilaire,  pour  qui  <(  les 
géants  sont  sans  activité,  sans  énergie,  lents  dans  leurs  mou- 
vements, fuyant  le  travail,  fatigués  presque  aussitôt  qu'occu- 
pés, en  un  mot,   faibles  de  corps  aussi  bien  que  d'esprit Un 

grand  nombre  d'entre  eux  sont  mal  conformés  et  surtout  mal 
proportionnés  {').  »  A  l'appui  de  cette  assertion,  l'auteur 
rapporte  le  cas  d'un  jeune  homme  de  '22  ans,  haut  de  plus  de 
sept  pieds,  aux  mains  extrêmement  longues,  à  la  voix  faible, 
aux  yeux  photophobiques   et  strabiques. 

Les  tares  ne  sont  pas  rares  d'ailleurs  chez  les  géants  :  les 
unes  sont  congénitales,  les  autres  acquises.  Il  est  parlé  au 
Deuxième  Livre  des  Bois  d'un  géant  qui  possédait  des  doigts  sur- 
numéraires. «  Il  se  fit  une  quatrième  guerre  à  Geth,  où  il  se 
trouva  un  homme  d'une  taille  extraordinaire  qui  avait  six  doigts 
aux  mains  et  aux  pieds,  c'est-à-dire  vingt-quatre  doigts  et  qui 
était  de  la  race  d'Arapha  (^).  )) 

Les  autres  tares  surviennent  plus  tard  et  s'accentuent  avec 
l'âge.  Antonin  le  Pieux,  dont  VHistoria  Augusta  de  Capitolinus 
rapporte  la  biographie,  «  voyant  sa  taille  se  voûter  à  mesure 
qu'il  vieillissait,  avait  eu  l'idée  de  se  garnir  la  poitrine  d'une 
sorte  de  corset  en  tablettes  de  tilleul,  afin  de  pouvoir  se  tenir 
debout  en  marchant  [tiliaceis  tabiilis  in  pectore positis  fasciabatur, 

(')  Cité  par  Garnier,  loc.  cit. 

{-)  Is.  Geoffroy  Saint-Hilaire,  loc.  cit.,  t.  I,  p.  182. 

{'')  Les  Rois,  livre  II,  chap.  xxi,  p.  20,  21  (cité  par  Henry  MeigE;  loc.  cit.). 


ETUDE   HISTORIQUE   ET   CRITIQUE.  31 

ut  reclus  incederet)  ».  Cette  déformation  du  thorax  est  fréquem- 
ment signalée  par  les  auteurs  contemporains  cliez  les  géants 
acromégaliques. 

Non  moins  célèbre  était  le  dos  du  géant  Antoine  Payne  ;  il 
était  «  si  large  que  son  maître  d'école  s'amusait  souvent  à  s'en 
servir  comme  d'un  tableau,  sur  lequel  il  écrivait  à  la  craie 
les  exemples  qu'il  donnait  aux  autres  élèves  ». 

Parfois  cependant  le  géant  était  aussi  mince  que  grand  : 
tel  était  celui  qui  s'exhibait  à  Saint-Pétersbourg ,  au  mois  de 
juin  'J8'20,  et  mesurait  huit  pieds  et  huit  pouces;  il  était  très 
mince  et  d'aspect  émacié. 

Un  autre  géant,  Peter  Tuchain,  haut  de  huit  pieds,  sept 
pouces,  n  avait  pas  de  barbe  et  possédait  une  voix  très  faible;  il 
mourut  en  1825,  à  Posen,  à  l'âge  de  vingt-neuf  ans,  d'une 
hydropisie  de  la  poitrine. 

Parmi  les  nombreuses  infirmités  physiques  des  géants,  il  en 
est  une  qui  les  rapproche  de  celles  qu'on  observe  dans  l'acro- 
mégalie  :  c  e'àiV augmentation  disproportionnée  de  leurs  extrémités 
(tête,  mains,  pieds).  Elle  a  été  signalée  de  tout  temps  et,  sans 
remonter  à  Hérodote  qui  rapporte  que  les  souliers  de  Persée 
étaient  longs  de  trois  pieds,  nous  rappellerons  rexem]i)le  de  Fem- 
pereur  géant  Maximilien  qui  «  avait  le  pouce  d'une  telle  grosseur 
quH  se  faisait  un  anneau  du  bracelet  de  sa  femme  ». 

Dans  les  Chroniques  de  //o^/ant/epour  l'année  1557,  Hadrianus 
Barlandus  rapporte  que  le  géant  Nicolas,  qui  vivait  sous  John, 
comte  de  Hollande,  avait  un  soulier  long  de  trois  pieds,  comme 
celui  dont  parle  Hérodote. 

En  Angleterre,  vers  la  fin  du  xvi"  siècle,  une  chanson  popu- 
laire célébrait  les  exploits  de  Meg  la  Longue  [The  life  of  Long 
Meg  of  Westminster j ,  jeune  fille  d'une  taille  excentrique,  née  sous 
le  règne  de  Henri  VIII  et  «  il  était  passé  en  proverbe  de  dire 
longue  comme  Meg  la  Longue,  en  parlant  d'une  personne  grande 
et  mal  bâtie».  L'augmentation  démesurée  de  ses  extrémités 
avait  déjà  frappé  les  chansonniers  de  l'époque  : 

«  Ou  Meg  de  Westminster 
Avec  ses  longues  jambes 
Longues  comme  celles  d'une  (jrue, 
Ses  pieds  comme  des  sabots 
Avec  une  paire  d'éperons 
Aussi  larges  que  des  roues-  ». 


32  ÉTUDE  HISTORIQUE  ET  CRITIQUE. 

Les  dimensions  du  pied  de  Tonij  Payne  étaient  telles  quau- 
jourdhui  encore,  dans  le  pays  de  Coriumailles ,  pour  exprimer 
ridée  d'une  chose  de  grandes  dimensions,  on  continue  à  dire  : 
«  Cesi  grand  comme  le  pied  de  Tony  Payne  ». 

On  a  conservé  le  soulier  du  geaiiL  irlandais  Patrick  Cotter  :  il 
ne  mesure  pas  moins  de  dix-sept  pouces  de  longueur. 

Plus  près  de  nous,  Isidore  Geoffroy  Saint-Hilaire  dit  avoir  eu 
l'occasion  d'examiner,  en  18'24,  un  jeune  homme  de  vingt-sept 
ans,  «  ayant  plus  de  sept  pieds  de  haut,  atteint  de  strabisme  et 
de  photophobie,  pourvu  d'une  voix  faible  et  dont  les  mains 
étaient  extrêmement  longues,  même  proportionnellement  à  sa 
taille  ». 

Ces  constatations  plus  ou  moins  anciennes  viendront 
confirmer  l'opinion  que  nous  exposerons  plus  loin,  en  étudiant 
les  rapports  qui  relient  le  gigantisme  à  l'acromégalie.  (Voir 
page  159.) 

Les  tares  physiques  s'accompagnent  souvent  de  lares  men- 
tales qui,  en  raison  de  leur  fréquence,  de  leurs  variétés  et 
parfois  aussi  de  leur  intensilé,  n'ont  pu  être  méconnues  par 
les   anciens  observateurs. 

«  Les  géants  sont,  pour  la  plupart,  d'une  intelligence  très 
bornée  ;  quelques-uns  même  presque  idiots  (')  »  :  telle  est 
l'opinion  formulée  par  Isidore  Geoffroy  Saint-Hilaire,  qui,  pour 
la  justifier,  rapporte,  d'après  Changeux,  le  fait  suivant  conté 
par  Gui  Patin.  «  A  Vienne^  où  on  avait  réuni  des  nains  et  des 
géants  })our  l'amusement  de  la  Cour  impériale,  les  premiers, 
bien  loin  de  céder  et  de  se  soumettre  à  leurs  compagnons,  ne 
craignaient  pas  de  les  provoquer  par  des  moqueries,  de  les 
insulter  et  de  commencer  ainsi  des  disputes  dont  l'issue  sem- 
blait devoir  être  si  redoutable  pour  eux.  La  querelle  s'anima 
même,  un  jour,  entre  un  nain  et  un  géant,  au  point  que,  des 
injures,  on  en  vint  aux  voies  de  fait  et,  nouveau  David,  ce 
fut  le  nain  qui  triompha  de  cet  autre  Goliath.  » 

De  cette  anecdote,  on  peut  rapprocher  la  suivante,  dans 
laquelle  Keysler  raconte  la  querelle  d'un  nain  et  d'un  géant  qui 
vivaient  côte  à  cê)te,  également  en  Autriche^  à  la  Cour  de 
V Archid}ic  Ferdinand.  «  Le  nain,  voulant  se  venger  des  lourdes 

(')  Isidore  Geoffroy  Saint-Hil.sire,  loc.  cil.,  i.  I,  p.  1.S2. 


ÉTUDE  HISTORIQUE  El'  CKITIQUE.  33 

et  incessantes  railleries  du  géant,  qui  le  tournait  en  ridicule, 
pria  le  duc  de  laisser  tomber  un  de  ses  gants,  quand  il  se  met- 
trait à  table  et  d'ordonner  à  Aijinon  de  le  lui  ramasser.  11  se 
glissa  alors  sous  le  siège  de  son  maître,  et  quand  le  pauvre  géant 
se  baissa  pour  prendre  le  gant,  il  lui  appliqua  sur  la  joue  un 
violent  soufflet,  au  grand  amusement  des  assistants  et  à  la 
grande  honte  du  malheureux  Aijinon,  qui  ne  put  dévorer  cet 
affront  et  mourut  de  chagrin,  peu  de  temps  après  (').   » 

Cette  inintelligence  ne  va  pas  sans  certains  autres  vices  ou 
tares  que  la  légende  a,  depuis  longtemps,  mis  en  relief.  Telles 
la  cruauté  et  les  violences  de  l'empereur  romain  Maximilien, 
qui  le  rendirent  odieux  et  le  firent  assassiner  sous  les  murs 
d'Aquilée,  en  258.  Telle  aussi  la  folie  du  géant  Daniel,  portier 
de  Cromwell,  qu'on  dut  enfermer  à  Bedlam,  à  cause  de  son 
exaltation  mystique  et  prophétomaniaque,  en  rapport  très  vrai- 
semblablement avec  une  débilité  mentale  congénitale. 

Certains  s'adonnent  à  l'alcoolisme  :  Tulot,  parlant  de  la 
géante  qu'on  pouvait  admirer  à  la  foire  ^aint- Laurent,  en  1758, 
dit  «  qu'elle  joignait  à  une  excessive  insolence  le  défaut  de 
s'enivrer  perpétuellement  ».  Ce  défaut  était  aussi  celui  du 
géant  irlandais,  Charles  Byrne,  qui,  à  la  suite  d'une  accusation 
de  vol,  fut  tellement  affecté  qu'il  contracta  Ihabilude  de  boire 
outre  mesure  et  mourut  à  l'âge  de  vingt-deux  ans. 

Le  peu  de  développement  de  l'intelligence  comme  les  autres 
tares  psychiques  seront  étudiés  plus  loin  (p.  526);  mais 
aujourd'hui  encore  s'impose  la  conclusion  formulée  par  le 
chroniqueur  qui  avait  visité  le  géant  espagnol  Joacliini  Elei- 
cegui,  haut  de  2'", 507,  exhibé  en  1845,  à  la  salle  Montesquieu  : 
«  Sa  taille  est  de  sept  pieds;  on  sait  peu  de  chose  de  son  esprit, 
qui  ne  paraît  pas  contredire  l'opinion  commune  touchant  celui 
des  géants  (-).  » 

(')  Cité  par  G.vrniep,,  Uv.  cit.,  p.  273. 

('^)  Assez  fréquemment  on  entend  opposer  le  cléveloppC'ment  intellectuel  au 
développement  physique;  on  parle  couramment  de  l'intelligence  des  hommes 
de  petite  taille  et  l'on  a  dit  plaisamment  qu'on  trouvait  chez  les  géants  •■  plus 
de  tambours-majors  que  d'académiciens  ...  A  la  suite  de  la  discussion  entre 
BnissAunet  Piehue  MAuit;  a  la  Société  Médicale  dea  Hnpilaux  de  Paris  (mai  1806), 
sur  les  rapports  du  gigantisme  et  de  l'acroniégalie.  un  chroniqueur,  qui 
n'était  pas  médecin,  du  Daihj  l\e^o^!.  de  Londres  (4  juillet  181)0)  rappelait,  dans 
un  article  intitidé  "  le  Jour  des  petits  hommes  ■.  {The  Day  of  Small  Men),  cette 
croyance  que  le   développement  anormal  des  tissus  musculaire,  adipeux  et 

LAUNOIS   ET    KOY.  3 


34  ÉTUDE   HISTORIQUE   ET   CRITIQUE. 

osseux,  se  fait  aux  dépens  du  développement  du  système  nerveux,  que  les 
enfants  qui  passent  les  meilleurs  examens  sont  ceux  dont  la  croissance  est  le 
moins  avancée,  etc.,  et  il  citait  à  l'appui  de  sa  thèse  les  noms  de  Turenne, 
Louis  XIV,  Voltaire,  Napoléon,  Thiers,  Guizot,  Cavour  et  Louis  Blanc,  qui 
furent  de    petits  lioinmes,  mais   surpassèrent  de   beaucoup  les  générations 
auxquelles  ils  avaient  appartenu.  —  On  pourrait  toul  aussi  bien  opposer  à  ces 
noms  ceux  que  donnent  Gould  et  Pyle  (Iqc.  cit.)  d'hommes  de  grande  taille, 
sinon  de  géants,  demeurés  célèbres  à  d'autres  titres  :  ce  sont,  parmi  les  sou- 
verains et  les   guerriers,    Guillaume    d'Ecosse,   Edouard   III,    Godefroy    de 
Bouillon,  Philippe  le  Long,  Fairfax,  Moncey,  Mortier,  Kléber,  Bismarck,  et, 
parmi  les  autres  catégories  d'hommes  célèbres,  Rochester,  le  favori  de  Char- 
les II,  Pothier  le  juriste,  le  naturaliste  anglais  Bank,  Gall,  Brillât-Savarin, 
Benjamin  CoxNSTAnt,  le  peintre  David,  Bellart,  le  géographe  Delamarche,  etc. 
Ces  exemples  viennent  à  rencontre  de  l'opinion  qu'un  homme  très  grand  né 
saurait  devenir  un  «  grand  homme  ».  —  Sans  vouloir  discuter  la  célébrité, 
plus  ou  moins  notoire,  ni  la  taille,  plus  ou  moins  élevée,  des  différents  sujets 
cités  de  part  et   d'autre,    cette  opposition  montre  bien  qu'il  n'y  a  pas   lieu 
d'insister  sur  cette  opinion  que  le  chroniqueur  du  Daily  Neios  prêtait  à  Bris- 
saud  et  à  Marie,  à  savoir  que  la  tendance  actuelle  à  obtenir  une  haute  culture 
intellectuelle  aboutirait  dans  quelques  générations  au  nanisme.  Aussi  bien,  nous 
avons  déjà  suffisamment  insisté  sur  la  constance  et  l'invariabilité  à  travers  les 
âges  de  la  taille  humaine  :  si  nous  avons    sensiblement  la  même  taille  que 
nos  ancêtres,  habitants  des  cavernes  (Manouvrier,  Rahon,  voy.   p.  22),  il  n'y 
a   aucune    raison    plausible  pour   que,  toutes   choses  égales  d'ailleurs,  nos 
descendants  ne  gardent  notre  taille,  à  quelque  degré  de  culture  intellectuelle 
qu'ils  puissent  parvenir.  —  Ainsi  la  phrase  classique,  partout  citée  :  Magnus 
Alexander  corpore  parvus  erat,  ne  présente  que  la  valeur  d'une  curieuse  anti- 
thèse, littéraire  et  strictement  individuelle,  qu'on  n'est  nullement  autorisé  à 
généraliser. 


CHAPITRE   III 
ÉTUDE  ANTHROPOLOGIQUE 


La  définition  pathologique,  que  nous  avons  précédemment 
donnée  du  gigantisme  (voir  p.  14),  tend  à  nettement  séparer 
Vhonune  grand  du  géanl  et  à  montrer  que,  pour  mériter  cette 
dernière  épithète,  à  laquelle  nous  voudrions  attacher  un  carac- 
tère de  monstruosité,  non  explicitement  précisé  jusqu'à  présent, 
il  ne  suffit  pas  d'avoir  une  taille  très  élevée. 

L'objection  la  plus  sérieuse  que  l'on  puisse  faire  à  notre 
thèse  est  celle  qui,  souvent  formulée,  l'a  été  pour  la  dernière 
fois,  en  1896,  par  un  critique  très  avisé  de  la  Gazette  des  Hôpi- 
taux, lorsqu'il  disait  :  «  On  arriverait  ainsi  à  cette  conséquence 
singulière  que,  sur  deux  hommes  de  la  même  faille,  un  seul  est,  un 
géant »  Cette  objection  ne  fait  que  traduire  la  pensée  beau- 
coup plus  précise  de  Manouvrier(')  écrivant  que  :  deux  statures 
égales  peuvent  être  dissemblables  quant  à  leur  composition  numé- 
rique. 

Si  étranges  que  puissent  paraître  les  conséquences  qui 
résultent  de  notre  définition,  il  nous  paraît  nécessaire  de  les 
accepter  et  de  reconnaître  que,  pour  être  véritablement  un 
géant,  il  ne  suffit  pas  d'avoir  une  grande  taille,  mais  qu'il  faut 
présenter  encore  d'autres  stigmates  dystrophiques. 

En  réalité,  il  ne  s'agit  que  d'une  convention  verbale  nouvelle 
à  introduire  dans  notre  langue,  eu  égard  aux  multiples  raisons 
qui  légitiment  son  adoption. 

Parmi  ces  raisons,  il  importe  tout  d'abord  de  mettre  en 
valeur  celles  qui  sont  d'ordre  anthropologique.  Pour  montrer 
comment,  au  point  de  vue  anthropologique,  le  géant  se  dis- 

(')  Manouvjrier,  Étude  sur  les  rapports  anthropométriques  en  général  et  sur 
les  principales  proportions  du  corps.  Bull,  el  Mém.  de  la  Soc.  dA^ithropologie, 
l'J02. 


36  ÉTUDE  ANTHROPOLOGIQUE. 

tingue  de  riiomme  simplement  et  liarmonieusement  grand  par 
une  dysharmonie  morphologique  caractéristique,  il  faut  tout 
d'abord  étudier  le  type  liuinahi  nonnal,  dont  le  gigantisme  repré- 
sente inie  déviation  att/pif/ue  et  monstrueuse.  Il  faut  aussi  rap[)eler 
les  lois  de  la  eroissance  normale^  afin  de  chercher  à  bien  établir 
les  anomalies  de  la  croissance  gigantesque. 

On  ne  doit  pas  toutefois  s'attendre  à  trouver  ici  une  précision 
absolue,  qui  n'est  possible  encore  que  dans  quelques  rares 
parties  des  sciences  biologiques.  Une  limite  naturelle  et  tou- 
jours facile  à  reconnaître  ne  sépare  pas,  en  effet,  le  groupe  des 
hommes  normaux,  petits  ou  grands,  au  développement  har- 
monieux, du  groupe  des  géants  dysharmoniques  et  toujours 
plus  ou  moins  monstrueux.  Même  en  se  plaçant  au  seul  point 
de  vue  anthropologique,  il  y  a  lieu  d'insister  sur  cet  argu- 
ment, déjà  présenté,  C[ue7itre  Vhomme  grand  et  le  géant,  il  y  a  les 
mêmes  et  aussi  imprécises  frontières  qu  entre  Vétat  sain  et  Vétat 
morbide.  ...... 

Tout  d'abord,  le  type  humain  normal,  auquel  on  souhaiterait 
des  caractères  assez  nettement  tranchés  pour  que  toute  défor- 
mation en  soit  nettement  et  facilement  appréciable,  n'existe 
pas.  Nous  ne  possédons  pas,  en  effet,  cet  archétype,  idéal  rêvé 
par  les  sculpteurs  et  souhaité  par  les  anthropologistes.  Le  type 
humain  normal  est  variable  à  l'infini,  même  à  ne  considérer 
que  la  taille  et  les  différentes  proportions  du  corps;  il  varie 
suivant  les  races,  les  pays,  suivant  aussi  un  grand  nombre  de 
circonstances  coiitingentes  ;  il  se  modifie  encore  suivant  des 
influences  multiples  que  Manouvrier  a  montré  récemment  être 
en  rapport  avec  des  variations  fonctionnelles  parallèles  (acti- 
vité musculaire,  genre  de  vie,  quantité  et  forme  de  travail,  etc.). 

Nous  sommes  donc  loin  de  posséder  le  type  humain  normal 
et  invariable,  imaginé  par  les  sculpteurs  pour  la  construction 
mathématique  de  leurs  figures,  ou  désiré  par  les  anthropo- 
logistes pour  la  commodité  de  leurs  recherches,  plus  particu- 
lièrement dans  le  cas  d'anomalies  gigantesques. 

(c  Les  artistes,  dit  Papillault('),  soucieux  de  prêter  à  leurs 
divinités  les  formes  les  plus  parfaitement  belles,  convaincus, 

.  (M  Papillault,  L'homme  moyen  à  Paris.  Varialions  suivanl  le  sexe  et  suivant 
la  taille.  Reclieiehes  anthropométriques  sur  200  cadavres.  IJull.  et  Mém.  de  la 
Soc.  (ï Anthropologie .  1^02. 


ETUDE  AMllHOFOI.OdlQUE.  37 

comme  on  Tétait  en  Grèce,  qu'il  existait  quelque  part  dans 
la  pensée  des  dieux  ou  dans  le  monde  des  idées  pures  et 
réelles,  ?m  archétype  humain,  dont  nous  ne  sommes  que  des 
copies  imparfaitement  réalisées  par  la  matière,  essayèrent 
de  deviner,  de  retrouver,  parmi  la  variété  misérable  des 
répliques,  la  forme  parfaile  dont  l'existence  idéale  ne  pouvait 
être  mise  en  doute  à  leurs  yeux. 

'(  Les  méthodes  qu'ils  appliquèrent  à  cette  recherche  leur 
furent  suggérées  par  les  théories  philosophiques  qui  régnaient 
autour  d'eux.  Pythagore  avait  affirmé  que  les  nombres,  et  l'har- 
monie qui  en  dérivait  immédiatement,  constituaient  l'essence 
des  choses.  La  forme  parfaite  était  celle  qui  offrait,  comme  les 
figures  géométriques,  des  proportions  numériquement  définies. 
Si  les  nombres  parfaits  n'y  sont  pas  toujours  contenus,  c'est 
que  les  phénomènes  sensibles  de  la  matière  ne  sont  que  des 
apparences  obscures  et  mauvaises.  L'artiste  a  précisément  le 
rôle  sublime  de  négliger  ces  contingences  pour  réaliser  la 
perfection. 

«  On  devine  tout  de  suite  la  conclusion  pratique  que  l'on  a 
dû  tirer  de  ces  conceptions  :  une  figure  humaine  sera  parfaite 
si  elle  a  des  proportions  qui  obéissent  à  la  loi  des  nombres,  et  il 
en  sera  ainsi  si  une  de  ses  parties  fondamentales  est  contenue 
exactement  un  certain  nombre  de  fois  dans  les  autres.  Trouver 
cette  unité  et  rechercher  le  nombre  qui  représente  son  rapport 
avec  les  principales  parties  du  corps  fut  une  des  grandes 
préoccupations  des  artistes.  Pour  obtenir  ce  canon,  ils  devinrent 
donc,  comme  on  l'a  déjà  remarqué,  les  premiers  anthropo- 
mètres. 

«  Depuis  l'époque  lointaine  oij  Pythagore  florissait  dans  la 
grande  Grèce,  les  mathématiques  et  la  l)iologie  ont  fait 
quelques  progrès.  Sa  théorie  des  noml)res  nous  paraît  comme 
le  premier  balbutiement  de  la  raison  humaine;  l'on  sait  main- 
tenant que  les  phénomènes  biologiques  sont  trop  complexes 
pour  obéir  aux  proportions  simples  qu'avait  entrevues  le  Sage 
de  Samos,  et  pourtant  ses  principes  laissent  encore  des  traces 
en  anthropométrie.  On  a  cherché  au  xix"  siècle,  et  même  dé  nos 
jours,  le  canon  des  proportions  du  corps  humain{^),  la  règle  d'or, 

(M  Paul  Richer,  Canon  dea  prnportiortfi  du.  corps  humain.  Paris,  1800. 


38  ETUDE  ANTHROPOLOGIQUE. 

comme  dit  C.  Schmidt(*j,  qui  pose  devant  nous  le  modèle, 
éternel  et  parfait  dont  les  individus  se  rapprochent  plus  ou 
moins,  et  Charles  Blanc (')  affirme,  dans  son  ouvrage,  d'ailleurs 
très  remarquable,  qu'an  corps  bien  proportionné  est  celui  dans 
lequel  un  membre  ou  un  segment  de  membre  est  la  commune 
mesure  do  tous  les  autres.  On  ne  saurait  exposer  en  termes 
plus  adéquats  la  théorie  des  nombres  de  Pythagore  appliquée  à 
la  fdrmè  humaine.  » 

Aujourd'hui  encore,  conformément  à  tous  les  canons 
antiques  ou  modernes,  conformément  aux  lois  établies  plus 
particulièrement  ])ar  Vitruve,  Albert  Durer,  Gérard  Audran("), 
Schadow,  Gerdy(^),  on  admet  et  on  enseigne  dans  les  ateliers 
de  sculpture  les  données  suivantes  : 

H  Le  corps  humain  est  égal  à  huit  longueurs  de  tête  ainsi 
réparties  : 

Du  vertex  au  menton. Une  tête 

Du  menton  aux  mamelons.  — 

Des  mamelons  au  nombril — 

Du  nombril  aux  organes  génitaux — 

;:  Des  organes  génitaux  au  milieu  de  la  cuisse.  .    .      "  — 

Du  milieu  de  la  cuisse  à  l'épine  du  tibia.    ....  — 

De  l'épine  du  tibia  au  milieu  de  la  jambe  ...  — 

Du  milieu  de  la  jambe  au  sol — 

«  La  tête  se  partage  en  quatre  parties  sensiblement  égales  : 

Du  vertex  à  la  naissance  des  cbeveux Une  partie 

De  la  naissance  des  cheveux  au  bord  orbital   .    .  — 

Du  bord  orbital  à  la  base  du  nez 

De  la  base  du  nez  au  menton — 

«  L'intervalle  entre  les  deux  yeux  et  la  largeur  à  la  base  du 
nez  sont  chacun  égaux  à  une  longueur  d'œil.  La  bouche  et 
l'oreille  sont  chacune  égales  à  deux  longueurs  d'yeux. 

((  La  longueur  de  la  main  et  celle  du  visage  (de  la  naissance 
des  cheveux  au  menton)  sont  égales  et  forment  la  neuvième 
partie  de  la  taille.  La  longueur  du  pied  et  la  circonférence  du 
poing  sont  égales  et  forment  la  sixième  partie  de  la  taille.  » 

(')  C.  ScHMiuT,  Proportions  Schussel  Neiies  System  cler  Verhattnisse  des  mensrh- 
lichen  Korpen^,  1849. 

(-)  Ch.  Blanc,  Grammaire  des  arts  du  dessin,  1880. 

(^)  Gérard  Audran,  Les  proportions  du  corps  humain  mesurées  sur  les  plus 
belles  figures  de  Vunliquilé.  1805. 

(*)  ÇrKnn\ ,  Anatomie  des  formes  extérieures  du  corps  humain.  Paris,  1869.  i 


ETUDE  ANïHROPOI.OdlnilE.  39 

P.  Richer(')  a  clierché  à  rectifier  ces  données,  à  augmenter 
leur  précision  scientifique,  sans  diminuer  leur  simplicité, 
indispensable  à  la  pratique  journalière  et  a  propose  un  canon 
tout  à  la  fois  scientifique  et  artistique.  Mais  que  la  tête  soit 
comprise  8  fois  (Gerdy)  ou  seulement  7  fois  l/'i  (P.  Richerj 
dans  la  hauteur  du  corps,  que  la  cuisse,  comme  la  coudée,  soit 
égale  à  deux  télés  ou  bien  encore  que  la  longueur  du  stei'num 
égale  celle  du  pied,  toutes  ces  analogies  présentent  un  intérêt 
plus  grand  pour  les  artistes  que  pour  les  anthropologistes. 

De  telles  approximations,  basées  sur  des  analogies  entre 
parties  assez  dissemblables,  ne  peuvent  évidemment  repré- 
senter que  des  règles  mnémotechniques,  destinées  tout  au 
plus  à  limiter  les  écarts  dus  à  l'inexpérience  ou  à  l'insuffisance 
de  mémoire  visuelle  des  débutants.  Elles  ne  peuvent  avoir 
qu'une  valeur  relative  au  point  de  vue  des  résultats  que  doit  en 
attendre  l'anthropométrie  rigoureuse. 

Quételet(')  cependant  s'est  efforcé,  en  étudiant  avec  soin  les 
différents  canons  utilisés  par  les  artistes  de  toutes  les  époques 
et  de  tous  les  pays,  de  montrer  qu'ils  ne  différaient  que  très 
faiblement  des  mensurations  mathématiquement  exactes  four- 
nies par  les  recherches  anthropométriques.  La  vérité  est  que 
Quételet  était,  tout  autant  que  les  artistes,  préoccupé  de 
prouver  l'unité  de  l'espèce  humaine  au  moral  comme  au 
physique  et  de  retrouver,  sous  la  variété  infinie  des  individus, 
la  fixité  du  type  humain,  autour  duquel  gravitent  de  «  simples 
oscillations  harmonieuses  ».  Aussi,  soucieux  de  retrouver 
partout  la  loi  des  proportions  et  des  grandeurs,  il  écrit  :  «  Non 
seulement  le  nombre  des  géants  est  limité  dans  une  popula- 
tion, mais  les  individus  qui  en  font  partie  ou  qui  s'en  rappro- 
chent par  leur  taille,  doivent  satisfaire  à  certaines  condi- 
tions que  l'on  observe  dans  les  proportionnements  de  leurs 
membres  ». 

Tout  en  respectant  la  méthode  de  Quételet,  qui  n'est  que 
l'application  à  l'anthropologie  du  procédé  inductif  de  générali- 
sation, sans  lequel  nous  ne  saurions  dominer  l'infinie  variété 
des    faits   (tcov    psov-rtov   oùx   so-t'.v    sTïi.a-Tr^ij.T,  —  fluxorum    non   est 

(*)  Paul  Richer,  Canon  des   proportions  du   corps  humain.  Nouvelle  Icono- 
graphie de  la  Snlpélrière,  1892,  p.  312  et  1  vol.  in-8.  Paris,  Delagrave,  1895. 
(-)  Quételet,  Anthropomélrie,  1871. 


40  ETUDE  ANTHROPOLOGIQUE. 

scientia)^  on  doit  reconnaître  que  des  conclusions  aussi  dogma- 
tiques que  les  siennes  ne  pouvaient  être  généralement  acceptées 
par  les  antliropologistes  contemporains,  désormais  affranchis 
de  l'obligation  de  toujours  contrôler  les  canons  classiques. 

C'est  ainsi  que,  rappelant  le  cas  du  statuaire  et  professeur 
Charles  Rochet('),  qui,  tout  récemment  encore,  croyait  voir 
clairement  les  intentions  du  Créateur  dans  ces  harmonies 
mystérieuses  des  nombres  et  des  formes  géométriques,  Manou- 
vrier  concluait  :  «  On  conçoit  donc  que,  même  sans  aller  aussi 
loin,  les  maîtres  aient  pu  exagérer  dans  l'esprit  de  leurs 
élèves  le  respect  des  canons  classiques  et  que  l'observation 
des  variétés  individuelles  ait  été  en  grande  partie  abandonnée 
aux  cai'icaturisles  ». 

Il  importe  que  l'étude  de  ces  variétés  et  anomalies  indivi- 
duelles soit  désormais  réservée  aux  médecins  et  aux  antliro- 
pologistes. I^lus  particulièrement,  en  ce  qui  concerne  les 
géants,  il  est  nécessaire  que  l'étude  des  proportionnements  de 
leurs  membres  soit  rigoureusement  confrontée  avec  celle  des 
rapports  anthropométriques  généraux  que  présentent  les 
principales  proportions  du  corps  chez  l'homme  moyen  ou 
normal. 

Les  deux  remarquables  et  récents  mémoires  deManouvrier(^) 
et  de  PapillaultC')  nous  ont  permis  d'interpréter  les  différentes 
variations  anthropométriques  et  plus  particulièrement  celles 
qui  s'observent  à  mesure  que  la  taille  s'élève. 

Les  mensurations  de  Papillault  ont  été  pratiquées  sur  200  su- 
jets (100  hommes  et  100  femmes),  de  nom  français,  âgés  de 
24  à  50  ans,  choisis  à  l'Ecole  Pratique  de  la  Faculté  de  Méde- 
cine parmi  les  cadavres  provenant  des  hôpitaux  de  Paris  et  ne 
paraissant  avoir  eu  dans  leur  développement  aucune  cause  de 
trouble  évidente.  Dans  les  résultats  qu'il  a  donnés,  nous  négli- 
gerons la  série  féminine,  car,  dans  la  majorité  des  cas,  le 
gigantisme  se  montre  surtout  chez  les  mâles,  et  ne  retiendrons 
que  la  série  des  hommes.   Pour  la  commodité  de  l'étude,  on 


(*)  Charles  Rochet,  Le  prototype  humain  ou  les  douze  lois  fondamentales 
de  la  géométrie  des  formes.  Bull,  de  la  Soc.  cV Anthropologie,  1897  (cité  par 
Manouvrier). 

(-)  Manouvrier,  loc  cit. 

(5)  Papillault,  loc.  cit. 


KTUDE   ANTHROPOLOGIQUE.  41 

peut,  avec  l'auteur,  les  ordonner  en  trois  groupes  comprenant 
les  50  plus  petits,  les  40  moyens  et  les  50  plus  grands.  Nous 
ne  nous  occuperons  que  du  dernier  groupe,  désireux  de  mon- 
trer en  quoi  et  comment  les  géants  se  distinguent  des  hommes 
les  plus  grands.  On  peut,  en  se  dégageant  de  la  complexité  pré- 
cise des  chiffres,  résumer  de  la  façon  suivante  les  résultats 
que  donne  Papillault,  en  ce  qui  concerne  le  tronc,  les  membres 
et  la  tête. 

1°  Proportions  du  tronc  chez  les  hommes  (jrands.  —  Les  pro- 
portions relatives  du  tronc  (du  sommet  du  grand  trochanter  au 
trou  auditif)  diminuent  légèrement  quand  la  taille  augmente, 
mais  d'une  quantité  moindre  que  le  rachis.  Le  segment  cervical, 
du  rachis,  de  même  que  la  hauteur  du  cou,  sont  relativement 
plus  grands;  au  contraire,  cet  excès  de  longueur  est  compensé 
par  une  diminution  relative  du  segment  rachidien  dorsal. 

2"  Proportions  des  membres  chez  les  hommes  grands.  —  a.  Avec 
le  bassin,  c'est  le  membre  infériejir  qui  s'accroît  dans  les  plus 
fortes  proportions,  compensant  ainsi  le  moindre  allongement 
du  tronc. 

b.  Le  facteur  taille  exerce  une  action  analogue  sur  l'allonge- 
ment du  membre  supérieur^  l'excès  de  développement  portant 
surtout  sur  ravant-bras('). 

c.  La  longueur  relativement  plus  faible  de  la  main  semble 
compenser  l'allongement  de  l'avant-bras.  Il  en  est  de  même 
pour  le  pied,  dont  les  variations  suivent  celles  du  rachis,  c'est- 
à-dire  qu'il  s'accroît  moins  rapidement  que  les  membres  infé- 
rieurs et,  par  suite,  que  la  taille. 

30  Proportions  de  la  tête  chez  les  hommes  grands.  —  a.  On  sait, 
depuis  les  recherches  de  Manouvrier("),  que  le  cerveau  ne 
s'accroît  pas  toujours  proportionnellement  aux  autres  parties 
de  l'organisme,  c'est-à-dire  qu'il  est  relativement  petit  chez  les 
individus  de  grande  taille  et  relativement  grand  chez  les 
hommes  petits,  chez  les  femmes  et  chez  les  enfants. 

C)  Papillault  fait  remarquer  à  cet  égard  que  la  loi  de  l'excès  de  croissance 
de  i'avant-bras  dans  le  cas  d'allongement  du  membre  supérieur  s'observe  non 
seulement  dans  les  variations  de  la  taille,  mais  aussi  dans  les  variations  ethni- 
ques et  que,  par  exemple,  l'allongement  par  rapport  au  tronc  du  membre 
supérieur  des  Hovas,  des  nègres  malgaches  ou  des  nègres  africains,  porte 
également  d'une  manière  élective  et  prédominante  sur  l'avant-bras. 

(-)  Manouvrier,  La  quantité  dans  l'encéphale.  Mém.  de  la  Soc.  d' Antliropo- 
logie,  188.5. 


42  ETUDE  ANTHROPOLOGÎQUE. 

h.  Ce  sont  les  diamètres  longitudinaux  qui  suivent  surtout 
l'accroissement  de  la  taille  :  VéjKiissenr  du  fronlal,  en  particu- 
lier, augmente  très  rapidement  et,  par  suite,  détermine  une 
forle  saillie  glabellaire,  laquelle  au  contraire  est  très  faible  ou 
nulle  chez  les  enfants.  D'où  la  formule  :  toute  influence 
ethnique  mise  à  part,  les  hommes  grands  sont  relativement  phis 
dolichocéphales  que  les  petits. 

c.  Parmi  les  diamètres  transversaux  du  crâne,  ce  sont  sur- 
tout ceux  de  la  base  qui  augmentent  avec  la  taille;  sur  la  voûte, 
il  n'y  a  guère  que  le  diamètre  frontal  mininimn  qui  s'accroisse 
d'une  manière  sensible  par  rapport  aux  autres  diamètres  de  la 
voûte. 

d.  A  la  face,  le  diamètre  bizygomatique  subit  un  accroisse- 
ment relatif  mais  notable,  tandis  que  le  diamètre  transverse  de 
la  région  orbitaire,  comme  tous  les  autres  diamètres  qui 
dépendent  en  partie  du  développement  des  organes  nerveux 
centraux,  sont  au  contraire  peu  influencés  par  l'allongement  de 
la  taille.  La  fente  palpébrale  varie  moins  encore  que  l'orbite; 
chez  les  hommes  grands,  elle  est  située  relativement  un  peu 
moins  en  dehors  que  chez  les  petits. 

e.  Sur  le  nez,  les  variations  ethniques  prédominent,  comme 
aussi  les  variations  morphologiques  individuelles  (nez  con- 
vexes, ondulés,  droits,  concaves)  et  rendent  difficiles  des  men- 
surations comparables.  Toutefois  on  peut  dire  que  la  hauteur 
du  nez  augmente  nettement  avec  celle  de  la  taille.  Il  en  serait 
de  même  pour  la  largeur,  en  négligeant  toutefois  l'influence 
incontestable  de  la  fonction  respiratoire. 

f.  L'augmentation  de  longueur  de  la  taille  influence  peu  la 
hauteur  des  deux  rangées  de  dents;  en  revanche,  comme  la 
hauteur  de  la  symphyse  mentonnière  est  augmentée  notable- 
ment, ainsi  que  la  longueur  de  la  branche  horizontale  (dia- 
mètre gonio-mentonnier),  il  s'ensuit  (Manouvrier)  que  les  dents 
sont  en  retrait  sur  le  menton  et  qu'il  se  produit  une  saillie  en 
avant  du  menton  ou  prognathisme ,  toujours  très  appréciable 
chez  les  hommes  grands. 

Avant  d'aller  plus  loin,  nous  tenons  à  montrer  le  très  réel 
intérêt  que  présentent  les  conclusions  de  Papillault  pour  le 
sujet  qui  nous  occupe. 


ÉTUDE  ANTIJHOPOLOdIQUE.  43 

Tous  les  caractères  de  la  croissance  normale  de  l'homme 
grand  que  nous  venons  d'énumérer,  nous  allons  les  retrouver 
pour  la  plupart,  mais  exagérés  morbidement,  dans  la  crois- 
sance anormale  du  géant  :  aux  membres,  par  exemple,  nous 
retrouverons  l'allongement  excessif,  par  rapport  au  tronc,  et 
portant  principalement  sur  les  membres  inférieurs;  à  la  tête, 
nous  verrons  aussi  et  la  forte  saillie  glabellaire,  signalée  plus 
haut,  et  l'augmentation  du  diamètre  bizygomatique,  et  le  pro- 
gnathisme du  maxillaire  inférieur,  tous  caractères  qu'on  se 
plaît  à  relever  chez  les  géants  acromégaliques('). 

Faut-il  donc  conclure  que  rien  ne  différencie,  anthropo- 
logiquement,  le  géant  de  riiomme  grand?  Il  nous  paraît 
plus  légitime  d'admettre,  comme  nous  l'avons  fait  précé- 
demment, qu'entre  l'homme  grand  et  le  géant  il  y  a  les  mêmes 
et  aussi  imprécises  frontières  qu'entre  l'état  sain  et  l'état 
morbide.  La  Nature,  comme  disent  les  philosophes,  ne  fait 
pas  de  sauts  [Natura  non  facit  sallus)  :  aucun  abîme  ne  sépare 
irréductiblement  les  géants  des  hommes  grands,  et  les  mêmes 
caractères  se  retrouvent  chez  les  uns  et  chez  les  autres,  peu 
sensibles  chez  ceux-ci  et  décelables  seulement  par  les  très 
précises  et  rigoureuses  mensurations  anthropométriques,  gros- 
sièrement accentuées  et  déjà  cl  iniquement  apparentes  chez 
ceux-là  seuls  qui  sont  les  anormaux  et  les  malades,  c'est-à-dire 
les  géants.  La  difficulté  de  diagnostiquer  les  cas  intermé- 
diaires ou  faits  de  passage  ne  saurait  aller  à  l'encontre  de  cette 

(')  En  efîet,  les  conclusions  de  Langer  (Wachsthum  des  menschlichen  Ske- 
leltes  mit  Bezug  auf  den  Riesen.  Denkschriften  der  Kainerl.  Akademie  der  Wis- 
^enchaften  in  Wien,  M alhemat.  Naturw.  Classe,  Bd.  XXXI,  1871,  S.  1,  p.  01)  et 
de  CuNNiNGHAM  (The  skeleton  of  the  Irish  Giant,  Cornélius  Magrath.  Transac- 
tions of  thc  royal  Irish  Acadou]/,  2G  janvier  1891,  vol.  XXIX,  p.  555),  sur  le 
développement  et  la  croissance  des  géants  sont  très  comparables  aux  conclu- 
sions de  Papillault  sur  les  variations  des  proportions  chez  les  hommes 
grands.  Sur  les  crânes  de  tous  les  géants,  Langer  a  vu  que  l'arc  mandibulaire 
est  relativement  très  développé,  au  point  que,  chez  beaucoup  d'entre  eux,  le 
maxillaire  inférieur  paraît  monstrueux;  le  crâne  reste  petit,  tandis  qu«  la  face 
augmente,  plus  encore  dans  sa  portion  mandibulaire  que  dans  sa  portion  orbi- 
taire  ou  nasale.  Le  sternum  des  géants  est  ordinairement  augmenté  en  lon- 
gueur et  en  épaisseur.  La  langue  des  géants  est  assez  augmentée  pour  donner 
lieu  à  une  prononciation  épaisse.  Dans  quelques  cas  le  larynx  et  l'os  hyoïde 
sont  très  développés.  Le  périmètre  thoracique  subit  un  accroissement  paral- 
lèle à  la  taille  et  parfois  dépasse  celle-ci  proportionnellement.  Enfin  l'augmen- 
tation très  notable  de  la  ceinture  pelvienne  représente  l'une  des  principales 
causes  du  genu  valgiim,  dont  Langer  avait  déjà  noté  la  fréquence  chez  les 
géants. 


lik  ETUDE  ANTHROPOLOGIQUE. 

application  particulière  d'une  loi  très  générale  de  la  biologie, 
partout  confirmée. 


Si  Papillault  nous  a  montré  les  modifications  que  présente 
l'homme  dans  «  le  proportionnement  de  ses  membres  »  quand 
la  taille  tend  à  dépasser  la  moyenne,  Manouvrier  a,  de  son  côté, 
cherché  à  difTérencier  plusieurs  types  anthropologiques,  dont 
il  nous  faut  résumer  tout  au  moins  les  caractères.  Il  est  parti 
de  ce  principe  que  :  «  deux  statures  égales  peuvent  être  dis- 
semblables quant  à  leur  composition  numérique  ». 

En  utilisant  les  chiffres  recueillis  par  Etienne  Rollet('),  à 
Lyon,  sur  100  cadavres  (50  hommes  et  50  femmes)  d'âge  connu 
et  ceux,  beaucoup  plus  nombreux,  qu'il  put  trouver  dans  les 
ficlies  d'identification  du  service  anthropométrique  de  la  Pré- 
fecture de  Police,  il  lui  fut  possible  d'établir  les  principales 
données  suivantes  : 

«  Lorsque  la  taille  (hauteur  du  corps)  s'élève,  toutes  les 
parties  du  corps  s'accroissent  en  moyenne- 

«  Les  membres  s'allongent  relativement  plus  que  le  buste.  11 
en  est  de  même  de  leurs  divers  segments. 

«  Le  membre  supérieur  s'allonge  relativement  moins  que  le 
niembre  inférieur  et  devient  plus  court  relativement  à  ce 
dernier. 

«  Les  segments  proximaux  de  chaque  membre  restent  à  peu 
près  proportionnels  entre  eux. 

«  Les  segments  distaux,  main  et  pied,  s'allongent  moins, 
relativement  au  buste,  que  les  segments  proximaux  et  devien- 
nent plus  courts,  relativement  à  ceux-ci. 

((  Chez  l'homme  grand,  la  main  diminue  un  peu  relativement 
au  pied  et  s'allonge,  au  contraire,  un  peu  chez  la  femme 
orande.  » 

D'autre  part,  en  se  basant  sur  les  rapports  des  deux  grandes 
longueurs  (buste  et  membre  inférieur),  dont  la  somme  compose 
la  taille  ou  hauteur  totale  du  corps  et  qui  entraînent  les  varia- 


(')  Etienne  Rollet,  De  la  mensuration  des  os  longs  des   membres,  dans  ses 
rapports  avec  l'anthropologie,  la  clinique  et  la  médecine  judiciaire.  Lyon,  1.S80 


ETUDE   ANTHROPOLOGIQUE.  kb 

lions  de  la  taille  dans  la  position  assise  et  dans  la  position 
debout,  Manouvrier  a  distingué  deux  types  d'individus,  très 
faciles  à  séparer  les  uns  des  autres  au  premier  examen.  Vul- 
gairement désignés  sous  les  noms  d'écliassiers  et  de  courle.s- 
cuisses,  il  propose  de  leur  donner  les  appellations  plus  scienti- 
fiques de  brachijskèlcs  et  de  macroskèles  (o-xiAoç,  jambe  ;  fjpayû;;, 
court;  piaxpôç,  long).  Ces  deux  variétés  opposées,  très  commu- 
nément observées  d'ailleurs,  sont  en  rapport  avec  le  dévelop- 
pement quantitatif  de  l'ensemble  du  corps  et  aussi  avec  l'exagé- 
ration de  la  croissance  en  longueur  des  grands  os  des  membres 
■par  rapport  à  leur  croissance  transversale.  Cela  veut  dire,  par 
exemple,  que  la  niacrosliélie  s'observe  un  peu  plus  souvent  chez 
-les  hommes  grands  et  surtout  chez  les  hommes  grands  dont 
les  os  se  sont  excessivement  développés  en  longueur  au  détri- 
ment de  la  largeur. 

Aussi,  à  côté  de  la  brachyskélie  et  de  la  macroskélic,  il  y  a  lieu 
•de  distinguer  deux  formes  particulières  de  développement 
d'ensemble  de  l'organisme,  insuffisamment  représenté  par  la 
-longueur  ou  hauteur  du  corps  :  la  méfiasomie  et  la  nncrosomie 
(a-à)[jLa,  corps;  jjiya;,  grand;  [j-'.xooç,  petit).  Ces  deux  manières 
d'être  seraient  mieux  représentées  par  le  poids  que  par  la 
hauteur  du  sujet  et,  d'une  façon  beaucoup  plus  précise  encore, 
par  le  poids  du  centimètre  de  taille.  Par  exemple,  à  taille  égale, 
les  brachyskèles  ou  femmes  sont  plus  microsomes  que  les  macro- 
skèles ou  hommes. 

Si  l'on  cherche  à  pénétrer  plus  profondément  le  mode  suivant 
lequel  se  fait  ce  développement  d'ensemble  de  l'organisme,  on 
est  amené  à  distinguer  deux  modalités  très  générales  de  la 
croissance  :  la  croissance  en  long  ou  macroplaslie  et  la  croissance 
en  large,  transversale  ou  euryplaslie  [tùàt^îv/ ,  former  ;  jJLaxpô;, 
long;  zboùq,  large). 

Cette  distinction,  établie  dans  le  développement  général  de 
l'individu,  correspond  à  une  modalité  différente  du  processus 
histogénétique  qui  détermine  l'accroissement  des  os,  Vossïfica- 
lion  enchondrale  et  V ossification  périostique. 

Sans  insister,  pour  le  moment,  sur  les  causes  et  les  consé- 
quences physiologiques  qui  appartiennent  en  propre  à  ces  deux 
types  différenciés  par  Manouvrier,  nous  tenons  à  nettement 
indiquer  que  V euryplaslie,  qui  tient  sous  sa  dépendance  la  uiéga- 


46  ÉTUDE  ANTHROPOLOGIQUE 

soinie  et  la  bracliyskélie,  d'une  part,  et  d'autre  part  la  //iacro- 
plastie,  dont  dépendent  la  microsomie  et  la  niacroskélie,  méritent 
également  d'être  nettement  séparées  l'une  de  l'autre  au  point 
de  vue  pathologique.  Les  conclusions  qui  résulteront  de  nos 
études  sur  le  gigantisme  démontreront,  en  effet,  que  Vacromé- 
galie,  caractérisée  par  V hyperostéogénèse  périostique,  nest  que 
r exagération  morbide  de  V euryplastie  normale^  de  même  que  le 
gigantisme^  caractérisé  par  V  hyperostéogénèse  enchondrale,  nest 
que  r  exagération  morbide  de  la  macroplastie  normale. 

Le  dernier  type  anthropologique,  décrit  par  Manouvrier,  est 
caractérisé  par  la  rusticité  des  proportions.  Nettement  en  rap- 
port avec  la  profession  des  sujets  chez  lesquels  on  l'observe 
(diminutions  organiques  par  amoindrissement  de  la  sollicita- 
tion fonctionnelle),  il  est  en  rapport  avec  l'habitude  des  durs 
ouvrages  manuels  et  s'observe  plus  particulièrement  chez  les 
hommes,  mais  aussi  chez  les  femmes  qui  ont  évolué  vers  la 
masculinité.  Il  se  caractérise  tout  particulièrement  par  l'allon- 
gement excessif  des  extrémités  des  membres  :  les  mains,  les 
pieds  sont  grands,  il  y  a  tendance  à  la  brachycéphalie  ;  rallon- 
gement excessif  des  membres  supérieurs  par  rapport  au  buste 
incurvé,  raccourci,  et  au  membre  inférieur,  rappelle  beaucoup 
l'aspect  du  type  anthropoïde.  Nous  retrouverons  ces  carac- 
tères si  particuliers  de  la  rusticité  dans  certaines  variétés 
de  gigantisme  acromégalique. 


Pour  terminer  cette  revue  anthropologique,  il  nous  reste  à 
préciser  les  lois  de  la  croissance  normale,  à  l'époque  de  la  vie  où 
elle  atteint  son  plein  développement,  c'est-à-dire  à  Y  adolescence. 
«  Sans  parler  des  variations  extraordinaires  telles  que  le 
gigantisme,  c'est  pendant  l'adolescence,  semble-t-il,  que  se 
produisent  ces  allongements  excessifs  des  grands  os  des 
membres  qui,  d'un  sujet  issu  de  parents  robustes  et  de  moyenne 
taille,  font  un  homme  de  L",80  et  plus,  mais  court  de  buste, 
efilanqué,  malingre,  sans  vigueur  musculaire,  et  dont  l'énergie 
intellectuelle  et  morale  peut  être  aussi  atteinte  (') .  » 

(')  Manouvrier,  Préface  au  livre  de  Paul  Godin,  p.  10, 


ÉTUDE   ANTHROPOLOGIQUE.  kl 

Eli  nous  permettant  de  suivre  les  phases  de  la  croissance  aux 
différents  stades  de  V adolescence ,  le  récent  ouvrage  de  Paul 
Grodin(')  nous  a  amené  à  nettement  préciser  certains  caractères, 
dont  l'anormale  persistance  à  un  âge  relativement  avancé 
servira  de  substratum  à  l'une  des  formes  principales  du  gigan- 
tisme que  nous  étudions,  le  gigantisme  infantile. 

V accroissement [')  des  os  des  membres  et  Rallongement  de  la  taille 
sont  sous  la  dépendance  des  cartilages  juxta-épipitysaires,  sur  les 
deux  faces  desquels  se  succèdent  des  phénomènes  histolo- 
giques   aujourd'hui   bien   connus. 

Lorsque  la  soudure  des  épiphyses  aux  diaphyses  est  com- 
plète, en  d'autres  termes  lorsque  l'ossilication  a  envahi  les 
cartilages  de  conjugaison  dans  toute  leur  épaisseur,  la  crois- 
sance s'arrête  :  la  taille  a  acquis  des  dimensions  qu'elle  ne 
dépassera   guère  et  qu'on  peut  considérer  comme  définitives. 

Uépoque  de  la  clôture  de  la  croissance  est  variable  suivant  les 
espèces  :  relativement  précoce  chez  les  animaux,  elle  est  propor- 
tionnellement beaucoup  plus  tardive  chez  l'homme.  11  existe  de 
plus,  dans  l'espèce  humaine,  des  variations  en  rapport  avec  le 
sexe  :  révolution  complète  du  phénomène  est,  en  effet,  un  peu 
plus  rapide  chez  la  femme  que  chez  l'homme. 

Dans  les  os  longs  des  membres,  chaque  masse  épiphysaire 
osseuse  résulte  de  l'extension  et  de  la  confluence  d'un  certain 
nombre  de  points  d'ossification  (points  primitifs,  points  secon- 
daires) dont  l'apparition  se  fait  conformément  à  la  loi  des  fonc- 
tions physiologiques  formulées  par  Alexis  Julien  ("'). 

Les  épiphyses  demeurent  séparées,  pendant  un  temps 
variable  pour  chaque  os,  de  leurs  diaphyses  correspondantes 
par  une  bande  cartilagineuse  plus  ou  moins  épaisse,  dont  la 
disparition  est  complète  entre  22  et  25  ans,  ainsi  qu'on  peut 
s'en  rendre  compte  sur  le  tableau  ci-après  emprunté  aux 
classiques. 

(')  Paul  Godin,  Recherches  anlhropomctriques  sur  la  croissance  des  diverses 
parties  du  corps.  Détermination  de  l'adolescent  type  aux  différents  âges  puber- 
taires  d'après  5G0D  mensurations  pratiquées  sur  100  sujets  suivis  graduelle- 
ment de  15  à  18  ans.  Paris,  1U05. 

(-)  P.-E.  Launois,  Causes  et  conséquences  de  la  prolongation  de  l'ossifi- 
cation des  cartilages  de  'conjugaison,  in  Comptes  rendus  de  l'Association  des 
Anatomistes,  V"  session.  Liège,  avril  1905. 

P)  Alexis  Julien,  Loi  de  l'apparition  du  premier  point  épiphysaire  des  os 
longs.  Note  présentée  à  V Académie  des  Sciences^  le  11  avril  189'2. 


48  ÉTUDE  ANTHROPOLOGIQUE. 

Humérus.  Cubitus.  RadiLis. 

f   Épiphysc   l  femme   :  20  à  22  ans  .q  à  21  ons            10  à  lU  ans 
Membre     >  supérieure.  )  homme  :  21  a  25  ans 

SUPÉRIEUR.  S    ÈpipJvyse    )  s  femme  :  20  à  22  ans 

{inférieure.  )  f  honime  :  21  a  25  ans 


Fémur.  Tibia.  Péroné. 

1    J^P^Pj^y^^   l  17  à  20  ans  18  à  24  ans  19  à  22  ans 

Membre     )  supérieure.  ) 

INFÉRIEUR.       Épiphyse    l  ^^  .^  23  ^^^  j^  .   ^^  ^^^^  Ij^  ^  jy  ^^^^ 

\  inférieure.  ) 

Topinard,  de  son  côté,  donne   les   chiffres  suivants  rangés 
chronologiquement  : 

L'extrémité  supérieure  du  radius  est  réunie  au  corps 

de  l'os Vers  15  ans. 

L'extrémité  supérieure  du  cubitus  est  réunie  au  corps 

de  l'os —     15    — 

Les  épiphyses  des  phalanges  des  doigts  se  réunissent 

au   corps  de  l'os. —     17    ^ 

L'extrémité  supérieure  du   fémur  est  réunie  au  corps 

de  l'os —     1<S    — 

L'extrémité  inférieure  du  tibia  est  réunie  au  corps  de 

l'os —     18    — 

L'extrémité  inférieure   du   péroné  est  réunie  au  corps 

de  l'os ~     18    — 

Les  épiphyses  des  métatarsiens  s'unissent  au  corj»s  de 

l'os —     1!)    - 

L'extrémité  supérieure  de  l'humérus  s'unit  au  corps  de 

l'os —     10    — 

Les  épiphyses  des  métacarpiens  s'unissent  au  corps 

de  l'os _     90    — 

L'extrémité  inférieure  du  fémur  s'unit  au  corps  de  l'os.         —     20    — 

—  —  du  radius  —  —     20    — 

du  péroné  —  —    20    — 

—  —  du  cubitus  —  — ^20    — 


Ces  chiffres ('),  légèrement  approximatifs,  correspondent 
plutôt  au  début  de  l'ossification  des  cartilages  de  conjugaison 
qu'à  leur  disparition  complète,  qui  ne  s'effectue  en  général 
complètement  qu'en  un  ou  deux  ans. 

En  pratique,  il  faut  retenir  que  l'ossification  de  tous  les 
cartilages  de  conjugaison  des  os  longs  est  définitive  vers  l'âge 
de  24  à  25.  Cet  âge  correspond  à  la  clôture  de  la  croissance  et 
la  taille  ne  subit  plus  ensuite  que  de  très  légères  variations. 
Si,  après  25  ans,  elle  continue  à  grandir,  il  y  a  état  patholo- 

"  (*^)  Topinard, 'L''/lni/ij'opo?ojie,  p.  liô.  Paris,  1895.     • 


ÉTUDE  ANTHROPOLOGIQUE.  49 

gique.  Dans  ce  cas,  comme  nous  avons  été  les  premiers  à  le 
montrer  ('),    l'examen    radiographique  des   extrémités    des   os 
montre  que  la  diaphyseet  l'épiphysedes  os  longs,  se  traduisant 
par  une  image  opaque,  sont  séparées  l'une  de  l'autre  par  une 
bande  claire  plus  ou  moins  épaisse.  Celle-ci  correspond  préci- 
sément au  cartilage  de  conjugaison  qui  continue  à  être  le  siège 
d'une  prolifération  active  et  dont  la  masse  n'a  pas  encore  été 
infiltrée   par  les  sels  de  chaux.  11  est  facile,   soit  à   l'aide  de 
l'écran,  soit  sur  des  images  radio-photographiques  de  la  main 
et  de  Favant-bras,   de  constater  la  persistance  des  cartilages 
juxta-épiphysaires,  qui  devraient   être,   depuis  plus  ou  moins 
longtemps,  disparus.  Cette  constatation,    indice  d'une   persis- 
tance anormale  de  l'activité  proliférative  intra-cartilagineuse, 
a  toujours  été  facile  chez  les  géants  infantiles  que  nous  avons 
observés.  Elle  a  été  confirmée  aussi  par   l'examen  postmortem 
des  différents  os  longs  du  squelette  et  tout  particulièrement 
chaz  le   géant   Constantin,  dont  la  description  sera  faite  plus 
loin  (page  517). 

Soit  à  V École  des  enfants  de  troupe  des  Andelijs  [Eure],  soit  à 
V École  militaire  préparatoire  de  Saint-Hippolyte-du-Fort  [Gard]^ 
Godin  a  pu  pratiquer  un  grand  nombre  de  mensurations  très 
rigoureuses  sur  100  sujets,  suivis  individuellement  de  15  à 
18  ans,  c'est-à-dire  à  l'époque  où  le  développement  atteint 
son  plein  épanouissement.  Les  tableaux  qu'il  a  pu  dresser 
sont  la  confirmation  des  lois  posées  par  Manouvrier  et 
Papillault. 

11  résulte  tout  d'abord  de  ses  recherches  que  le  grand 
adolescent^  tout  comme  l'homme  grand,  a  un  petit  buste  et 
de  grandes  jambes  :  il  est  normalement,  à  une  période 
donnée,  brachyskèle.  Si  l'on  compare  la  hauteur  du  tronc 
(de  la  fourchette  sternale  au  pubis)  à  la  hauteur  totale  du 
corps,  ou  si  l'on  compare  la  taille  dans  la  station  assise  avec 
la  taille  dans  la  station  debout,  c'est-à-dire  la  longueur  du 
buste  par  rapport  à  la  longueur  du  membre  inférieur,  les 
résultats  obtenus  sont  les  mêmes  :  à  15  ans  1/2,  par  exem- 
ple, la  longueur  du   membre  inférieur  l'emporte  de  17  centi- 

(^)  P.-E.  Launois  et  Pierre  Roy,  Présentation  d'un  géant  infantile.  Soc.  de 
Neurologie,  6  nov.  1902;  et  Revue  Neurologique,  15  nov.  1902. 

LAUNOIS   ET    ROY.  4 


50  irrUDK  AXTlTROPOLOniQUE. 

mètres  sur  celle  de  la  taille  dans  la  station  assise.  Deux  ans 
plus  tard,  c'est-à-dire  à  17  ans  l/t2,  c'est  la  longueur  du  buste 
qui  l'emporte  de  4  centimètres. 

11  est  donc  avéré  que  cet  allongement  excessif  du  membre 
inférieur,  par  rapport  au  tronc,  normal  à  15  ans,  constitue, 
lorsqu'il  persiste  à  l'âge  adulte,  un  stigmate  évident  à'infan- 
lilisnie,  que  nous  avons  estimé  à  bon  droit  être  l'un  des  carac- 
tères les  plus  importants  du  gigantisme  infantile. 

Pendant  l'adolescence,  les  os  des  membres  ne  subissent  pas 
un  accroissement  continu  et  régulier.  Godin  a  pu  formuler  les 
lois  suivantes  : 

a.  La  croissance  des  os  longs  des  membres  procède  par 
périodes  alternatives  d'activité  et  de  repos  qui  se  succèdent 
avec  régularité. 

b.  Les  périodes  d'activité  et  de  repos  sont  contrariées  pour 
deux  os  longs  difl'érents..  Pendant  le  semestre  où  le  tibia 
s'accroît,  par  exep^^^^eMé5î^|^<3ste  stationnaire,  et  inver- 
sement. 

c.  Les  repoaëfe  rjS^kais'mnjemksont  utilisés  pour  le  grossis- 


sement et  réciwrii^quement.  L'os  lorigvgrossit  et  allonge  alter- 
nativement et 

Nous  avons  retroiîVé~i^-âppfr^tion  de  ces  différentes  lois  en 
étudiant  la  croissance  anormale  et  irrégulière  de  certains 
géants  et  avons  constaté  les  poussées  qu'elle  présente  et  qui 
se  succèdent,  à  des  intervalles  plus  ou  moins  éloignés,  même 
lorsqu'ils  ont  atteint  l'âge  adulte. 

Parmi  les  conclusions  de  Godin,  il  en  est  une  qui  présente 
encore,  au  point  de  vue  des  applications  que  nous  voulons  en 
faire,  une  importance  très  grande.  Le  poids  du  centimètre  de 
taille  subit  une  majoration  caractéristique  entre  quinze  et  seize 
ans,  c'est-à-dire  à  l'âge  vrai  de  la  puberté,  lequel  est  fixé  par 
l'auteur  à  quinze  ans  et  demi.  Il  en  résulte  que  «  la  croissance 
est  surtout  musculaire  pendant  la  puberté  et  surtout  osseuse 
avant  elle  ». 

((  La  puberté,  écrit  Godin,  n'est  pas  la  période  d'élance- 
ment aux  dépens  du  gros  acquis  précédemment,  mais  bien 
la  pbase  pendant  laquelle  l'activité  de  croissance  s'em- 
ploie, en  majeure  partie,   à  grossir  et  à  fortifier  l'organisme. 


ETUDE  ANTHROPOLOGIQUE.  51 

en  vue  du   rôle    qui    va    incomber   au    jeune   homme   de    de- 
main. » 

Si,  par  le  fait  d'un  vice  de  développement  prépubéral,  l'insuf- 
fisance musculaire  persiste,  si,  en  d'autres  termes,  la  muscula- 
ture ne  devient  pas  adéquate  à  l'ossature,  nous  y  verrons  encore 
un  stigmate  pathologique  et,  pour  le  dire  de  suite,  il  acquiert 
une  intensité  marquée  chez  les  géants  infantiles,  macroplastes, 
microsomes  et  hypermacroskèles,  et  dont  le  poids  n'est  jamais 
en  rapport  avec  les  dimensions  exagérées  de  la  taille. 


LIVRE    DEUXIÈME 


55 


Les  considérations  historiqnes,  les  données  anthropologi- 
ques sur  l'harmonie  des  formes  du  corps  humain,  sur  son  mode 
de  développement  normal,  que  nous  avons  résumées  dans  les 
pages  précédentes,  vont  nous  permettre  de  mieux  décrire  et  de 
mieux  interpréter  les  diverses  malformations,  qui  sont  le  pro- 
pre du  gigantisme. 

L'observation  méthodique,  l'analyse  minutieuse  des  diffé- 
rents géants  que  les  hasards  de  la  clinique  hospitalière  ont 
amenés  dans  notre  service  nous  ont  conduits  à  nettement  les 
différencier  les  uns  des  autres. 

Si  tous  les  géants  se  font  remarquer  par  une  augmentation  plus 
ou  moins  démesurée  de  la  taille,  les  uns  conservent^  pendant  toute 
leur  vie,  les  attributs  de  V infantilisme  (gigantisme  et  infantilisme)  ; 
les  autres,  après  avoir  crû  en  longueur,  augmentent  en  épaisseur 
tout  au  moins  partiellevient  (gigantisme  et  acromégalie)  ;  cliez  Icà 
troisièmes,  enfin,  on  retrouve  réunis  les  caractères  particuliers  aux 
variétés  précédentes  (gigantisme,  infantilisme  et  acromégalie). 
Ces  derniers  permettent,  pour  ainsi  dire,  de  faire  la  syn- 
thèse «  dans  le  temps  »  DES  FORMES  QUE  NOUS  AVONS  CHERCHÉ  A 
OPPOSER  «   DANS   l'eSPACE  ». 


PREMIERE   PARTIE 
GIGANTISME    ET    INFANTILISME 


Les  caractères  fondamentaux  qui  permettent  d'établir  les 
rapports  existant  entre  le  gigantisme  et  Y  infantilisme  étaient  des 
plus  évidents  chez  le  Géant  Charles.  Son  observation,  la  pre- 
mière que  nous  avons  recueillie  et  qui  a  été  le  point  de  départ 
de  nos  études  biologiques,  apporte  la  justification  du  groupe- 
ment que  nous  avons  proposé.  Le  Géant  Charles  peut  être  con- 
sidéré comme  le  type  achevé  du  géant  infantile. 


Observation  I.  (P.-E.  Launois  et  Pierre  Roy.) 

Le  grand  Charles  (•). 

Charles  F.,  âgé  de  50  ans,  est  né  à  Paris  le  1"  juillet  1872.  Son  père, 
égoutier,  est  mort  à  l'âge  de  48  ans  d'asthme  cardiaque  ou  pulmonaire  ; 
il  était  petit  (l'",54).  Nous  avons  vu  sa  mère,  ancienne  balayeuse,  âgée 
actuellement  de  55  ans,  sourde  et  emphysémateuse  :  sa  taille  ne  mesure 
que  l'",48. 

Cinq  enfants  sont  nés  de  cette  union,  dont  deux  avant  notre  sujet  :  un 
garçon  est  mort  âgé  seulement  de  quelques  mois;  un  second  fils, 
mouleur  en  cuivre,  âgé  de  35  ans,  mesure  1",61  ;  deux  autres  sont  nés 
après  lui  :  une  sœur,  bijoutière,  âgée  de  28  ans,  d'une  taille  de  l'",54 
et  un  frère  de  25  ans,  bijoutier,  d'une  taille  de  1™,61.  Les  deux  frères 
et  la  sœur  sont  bien  portants;  ils  sont  mariés  et  ont  des  enfants. 

Dans  la  famille  directe,  on  ne  note  donc  que  de  petites  tailles.  Mais 
un  oncle  paternel  avait,  paraît-il,  plus  de  2  mètres  de  haut  :  on  a 
toujours  pensé  que  c'était  de  lui  que  notre  géant  tenait  sa  grande  taille. 

Charles  F.  est  né  très  grand,  ou  plutôt  très  gros,  comme  le  dit  son 

(')  Soc.  deNeuroL,  G  nov.  1902,  et  Nouv.  Icon.  de  la  Salpêlrière,  nuv.-déc.  1902. 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME.  57 

frère  aîné;  depuis  son  enfance  il  rCa  jamais  cessé  de  fjrandir  d'une 
manière  à  peu  près  régulièrement  progressive. 

A  la  naissance  il  dit  avoir  pesé  21  livres  (?).  Élevé  au  sein  maternel,  il 
eut  une  enfance  assez  robuste  et  fut  toujours  bien  portant;  il  ne  fut 
pas  épargné  cependant  par  les  maladies  infectieuses  et  eut  successive- 
ment la  rougeole,  la  variole  à  9  ans,  la  fièvre  typhoïde  à  Tl  ans. 

A  12  ans,  il  fut  placé  en  pension  à  Auteuil  chez  l'abbé  Roussel,  où  il 
apprit  le  métier  de  cordonnier  :  sa  taille  devait  être  déjà  remarquable  à 
cette  époque,  car  il  se  souvient,  qu'en  le  voyant  entrer,  pour  la  première 
fois,  dans  son  établissement,  le  directeur  ne  put  maîtriser  sa  surprise 
et  s'écria  :  «  Ce  n'est  pas  un  enfant,  c'est  Un  garçon  de  20  ans  qu'on 
nous  envoie!  »  Ayant  quitté  la  pension  à  14  ans  1/2,  il  alla  vivre  avec 
les  forains  :  tantôt  il  faisait  le  boniment  à  la  porte  des  baraques,  tantôt 
il  vantait  les  mérites  des  monstres.  Il  accompagna  pendant  un  certain 
temps  le  géant  Thomas  Daroy  (?),  qui,  selon  son  dire,  aurait  mesuré  2'", 55. 
Chez  le  lutteur  Marseille,  il  faisait  la  parade  ou  «  luttait  à  blanc  »  : 
compère  dissimulé  dans  la  foule,  il  demandait  un  gant,  puis  dispa- 
raissait par  la  toile;  parfois  cependant,  s'il  était  nécessaire,  il  prenait 
part  à  la  lutte;  mais  celle-ci  n'était,  dit-il,  jamais  bien  sérieuse. 

En  1893,  reconnu  apte  au  service  militaire,  il  fut  incorporé  dans  un 
régiment  d'artillerie,  en  garnison  à  Givet  (fig.  2  et  3). 

A  cette  époque  (21  ans)  il  ne  mesurait  que  l'",86  (').  Pendant  trois  ans, 
il  put  accomplir  tous  les  exercices  militaires  sans  la  moindre  fatigue. 
Sa  force  faisait  même  l'admiration  de  ses  camarades,  tout  autant  que 
son  appétit  formidable.  Par  ordre  du  général,  il  lui  avait  été  accordé 
deux  doubles  rations,  c'est-à-dire  une  quantité  quatre  fois  plus  grande 
que  celle  qui  constitue  l'ordinaire  du  soldat;  il  mangeait,  par  exemple, 
chaque  jour  deux  pains  réglementaires. 

Au  moment  oîi  il  quitta  le  régiment,  en  1896,  il  avait  encore  grandi  et 
mesurait  l'",94.  Sa  vigueur  était  proportionnée  à  sa  taille  :  exerçant 
successivement  les  professions  de  charretier  ou  de  déménageur,  il 
pouvait  transporter  les  charges  les  plus  lourdes  avec  la  plus  grande 
aisance. 

Puis  il  est  à  nouveau  hanté  du  désir  de  vivre  parmi  les  nomades  et 
retourne  dans  les  foires,  non  plus  comme  simple  faiseur  de  boniments, 
mais  comme  phénomène,  à  titre  de  géant.   Il  est  devenu  «  le  Grand 


(')  Si  les  chiffres  des  différentes  tailles  atteintes  successivement  par  Charles 
F...,  et  que  nous  i^apportons  plus  loin,  n'offrent  peut-être  pas  des  gai'anties 
irrécusable  ,  en  revanche  ce  premier  chiffre  est  officiellement  confirmé  par 
l'observation  de  M.  Capitan  prise  en  1893;  il  suffit  à  lui  seul,  et  déjà,  pour 
démontrer  la  remarquable  persistance,  après  l'eni'égimentation,  d'une  crois- 
sance qui  dure  encore. 

Les  figures  2  et  5  montrent  la  morjihologie  du  géant  Charles  à  cette  époque 
et  nous  remercions  MM.  Capitan  et  Papillault  de  nous  avoir  autorisés  à  les 
reproduire.  Bien  que  les  clichés  aient  été  oxydés  par  le  temps,  les  images 
sont  suffisamment  nettes  pour  rendre  intéressante  leur  comparaison  avec 
les  photographies  ultérieures. 


58 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 


Charles  »,  car  sa  taille  n"a  pas  cessé  de  s'accroître  :  mesurant  1"',',I6  en 
1897,  1"',9!»  en  1809  (fig.  4  et  5),  il  atteint  '2'",05  en  1901.  II  parcourt  alors 


.    I 


>^4 


^i 


Fig.  2.  —  Le  grand  Charles,  à  21  ans  (1°,8!3).      Fig.  ô.  —  Le  grand  Charles,  à  21  ans  (l'-jSC)). 
(Face.)  (Profil.) 


presque  toute  la  France  et  il  narre  aujourd'hui  encore  avec  complaisance 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME.  59 

les  succès  c|iril  obtint  dans  certaines  villes.  Il  était  dailleurs  assez 
habile  metteur  en  scène,  accordait  l'entrée  libre  aux  médecins,  aux  mili- 
taires et  aux  enfants;  son  titre  de  «  seul  géant  Parisien  »  lui  assurait, 
paraît-il,  de  grosses  recettes. 

Depuis  quatre  ans,  il  est  rentré  chez  lui  :  des  douleurs,  qu'il  avait 
ressenties  pour  la  première  fois  à  la  sortie  du  régiment  et  cjui  siégeaient 
dans  les  membres  inférieurs,  ont  été  en  augmentant  et  lui  ont  interdit 
toute  fatigue.  Progressivement  aussi  son  genou  gauche  s'est  déformé, 
et  est  devenu  le  siège  d'un  genu  valcjum,  nécessitant  l'usage  de  béciuilles, 
dont  il  se  sert  aujourd'hui  encore  pour  marcher  (*).  De  violents  maux  de 
tête  gênent  son  sommeil;  il  s'est  mis  à  maigrir  progressivement  et  il  a 
vu,  non  sans  une  grande  tristesse,  diminuer  ses  forces  et  disparaître  la 
vigueur  dont  il  était  si  fier  autrefois. 

Aujourd'hui,  réduit  à  la  mendicité,  il  promène  dans  les  rues  de  Paris 
son  grand  corps  d'infirme,  vendant  des  lacets  ou  des  chansons. 

Etat  actuel  (octobre  I!I02).  —  Deux  faits  attirent  et  retiennent  l'atten- 
tion dès  que  le  grand  Charles  retire  ses  vêtements  :  c'est  cfabord  la  dévia- 
tion si  accusée  de  sa  jambe  gauche  en  genu  valgum  ;  cest,  d'autre  part, 
l'cdjsence  presque  totale  de  tout  signe  effectif  de  puberté. 

La  hcmteur,  dans  ta  stcdion  debout,  est  de  2"', 04  (-).  Mais  dans  cette  hau- 
teur, la  plus  grande  part  semble  due  à  l'allongement  des  membres  infé- 
rieurs :  la  distance  du  grand  trochanlcr  droit  au  sol  est  de  I"Vl29.  Or, 
même  à  ne  considérer  que  les  canons  artistic{ues  des  anciens  Égyptiens, 
très  grossièrement  approximatifs  il  est  vrai,  on  voit  que  chez  l'homme 
normal,  en  dehors  des  différences  de  races  et  des  autres  variations,  la 
longueur  des  membres  inférieurs  représente  les  10/19  de  la  hauteur 
totale.  Pour  une  taille  de  2^,04,  la  longueur  des  membres  inférieurs 
devrait  être  de  1"',07;  chez  le  grand  Charles  ils  dépassent  de  59  milli- 
mètres cette  proportion.  D'après  les  tables  de  Quételet(^),  on  arrive  à 
un  résultat  à  peu  près  identic^ue  :  chez  un  homme  de  50  ans,  pour  une 
taille  de  1"',G8G,  la  hauteur  du  grand  trochanter  est,  d'après  cet  auteur, 
de  O^jSTG;  donc,  chez  un  homme  du  même  âge  qui  garderait  un  dévelop- 

(•)  C'est  vers  cette  époque  qu'il  fit  un  séjour  à  Bicêlre  dans  le  service  de 
Pierre  Marie  qui  a  bien  voulu  nous  autoriser  à  reproduire  les  excellentes 
photograplîies  (flg.  4  et  5)  empruntées  à  Iti  collection  de  Bourneville.  Nous 
tenons  à  lui  en  adresser  tous  nos  remerciements. 

('^)  Les  antliropologistes  insistent  sur  les  difficultés  que  présente  la  mensu- 
ration mathématiquement  exacte  de  la  taille  chez  un  sujet  quelconque.  Ces 
difficultés  et  la  variabilité  de  la  stature,  déjà  manifestes  chez  l'homme  normal, 
se  trouvent  multipliées  chez  les  géants  et  surtout  chez  un  géant  aussi  mal 
équilibré  que  le  grand  Charles,  surtout  lorsqu'il  est  privé  du  secours  de  ses 
béquilles.  Tel  quel,  le  chiffre  de  2  m.  04,  même  sujet  à  l'erreur  ou  à  des  varia- 
tions, d'ailleurs  assez  minimes,  est  intéressant  parce  qu'il  permet  d'établir 
une  comparaison  avec  les  mensurations  recueillies  antérieurement;  leur 
progression  assez  régulière  rend  manifeste  la  persistance  de  l'accroissement 
en  hauteur,  confirmé  encore  par  l'allongement  particulier  des  différents 
segments  des  membres.  (Voy.  les  mensurations  détaillées  de  1899  et  de  1902, 
page  68.) 

(^)  OuÉTELET,  Anttiropomélrie,  p.  451. 


60  GIGANTISME  ET  INFANTILISME 

pement  proportionnel  et  harmonieux  des  différentes  parties  du  corps, 


FiG.  i.  —  Le  grand  Cliarles   à  il  ans  (l",yyj. 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME.  61 

avec  une  taille  de  2'", 04,  cette  mesure  devrait  être  de  1"',0(!I,  soit  08  milli- 


Fic.  a.  —  Le  grand  Charles,  à  27  ans  (1"',99). 


62 


OIOANTISME  ET  INFANTILISME. 


nièlres  on  moins  de  la  longueur  des  membres  inférieurs  de  notre  sujet. 
L'écart  est  ici  assez  marqué  pour  qu'on  puisse  négliger  les  causes  d'er- 
reur inévitables  dans  des  calculs  de  ce  genre  et  qu'on  soit  autorisé  à 


FiG.  G.  —  Le  grand  Charles,  à  50  ans  (i!"',Ul). 


conclure  que  le  grand  Charles  a  des  membres  inférieurs  notablement  plus 
allongés  que  ne  le  comporterait  sa  taille,  Au  contraire,  les  dimensions  du 
tronc  semblent  voisines   de  la  normale   (distance   sterno-pubienne  : 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 


63 


()2  cent.).  La  lètc  seml)lc  petite  pour  un  si  grand  corps  (liauleur  de  la 
tète,  du  vertex  au  menton  :  22"'", 5)  (fîg.  6). 
La   déformation  énorme  du  membre  inférieur  gauche  (la  cuisse  et  la 


Fi  G. 


Le  grand  Charles,  à  50  ans  (i"',04) 


jambe  forment  un  angle  ouvert  en  dehors  d  environ  155  degrés)  fait  que 
l'attitude,  sans  les  béquilles,  est  fortement  hanchée;  il  se  produit,  par 
compensation,  une  légère  scoliose  dnrso-lombaire  à  concavité  droite,  atti- 


64 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 


tude  vicieuse  qui  ne  laisse  pas  de  fausser  toutes  les  mensurations 
pratiquées  sur  le  tronc  ou  sur  le  bassin.  A  la  vérité,  le  grand  Charles 
peut  marcher  sans  se  servir  de  ses  béquilles  ;  il  fait  alors  de  grandes 
enjambées  inégales,  suivant  la  jambe  sur  laquelle  repose  le  poids  du 
corjDS.  A  marcher  ainsi,  il  se  fatigue  vite;  aussi,  depuis  deux  ou  trois  ans, 
il  a  pris  l'habitude  de  s'aider  de  deux  béquilles  dont  il  ne  peut  plus  se 
passer  :  l'une,  béquille  ordinaire,  qu'il  place  sous  son  aisselle  gauche  et 
qui  n'a  de  remarquable  que  sa  longueur  inaccoutumée  (l'",48);  l'autre, 
plus  petite,  de  moitié  moins  longue,  sur  la  partie  supérieure  de  laquelle 
il  s'appuie  de  la  main  droite,  s'en  servant  comme  d'une  canne. 

L'inclinaison  des  épaules,  des  mamelons,  des  épines  iliaques,  ainsi 


FiG.  8.  —  La  main  du  grand  Charles  comparée  à  celle  d'un  adulle  normal. 


que  l'encoche  thoraco-abdominale  du  liane  droit  et  les  plis  cutanés  à  ce 
niveau,  tiennent  à  l'attitude  hanchée,  qu'est  obligé  de  prendre  le  sujet 
pour  maintenir  son  équilibre.  Le  thorax  est  assez  bien  conformé  ;  sa 
circonférence  au  niveau  de  la  ligne  mamelonnaire,  est  de  l'",04. 

Les  quatre  membres  sont  très  augmentés  de  longueur  :  nous  avons 
déjà  signalé  l'allongement  disproportionné  des  membres  inférieurs  ; 
celui  des  membres  supérieurs  est  à  peu  près  équivalent  :  la  grande 
envergure,  que  l'on  sait  représenter,  avec  un  léger  excès,  environ  la 
hauteur  totale  de  l'individu,  atteint  ici  2", 09.  Les  différents  segments 
des  membres  sont  respectivement  assez  bien  proportionnés.  Si  l'on 
excepte   une  légère  atrophie  musculaire  du  membre  inférieur  gauche 


GIGANTISME  ET  INFA.^TIL1S^]E. 


65 


tenant  au  moindre  fonctionnement  de  ce  membre  infirme,  on  peut  dire 
que  le  volume  des  bras  et  des  jambes  est  régulier  et  que,  ni  aux  poignets 
(circonférence,  19"", 7),  ni  aux  chevilles  (circonférence  bimalléolaire, 
24  cent.),  on  ne  constate  d'élargissement  notable. 

La  main  est  très  grande  (fîg.  8)  :  si  on  la  compare  à  la  main  d'un 
individu  normal,  on  s'aperçoit  qu'il  s'agit  d'une  hypertrophie  générale 
et  sensiblement  régulière  de  tous  ses  segments,  en  relation  avec  le 
développement  excessif  des  autres  parties  du  corps.  —  De  même,  le 
pied  est  volumineux  (fig.  9),  sans 
être  difforme,  du  moins  en  ce  qui 
concerne  le  pied  droit;  le  pied 
gauche,  déformé  par  le  fait  du 
genu  valgum,  est  immobilisé  en 
équin  varus;  il  est  considérable- 
ment épaissi,  et,  dans  la  marche, 
les  points  d'appui  sont  constitués 
par  les  orteils  et  le  bord  externe. 
Les  ongles  des  orteils  présentent 
une  striation  transversale,  surtout 
accusée  à  l'ongle  du  gros  orteil 
gauche,  au  niveau  duquel  s'ob- 
servent les  déformations  de  l'ony- 
chogrippose. 

La  face ,  pâle  et  couverte  de 
lentigines,  est  complètement  im- 
berbe. Il  y  a  une  légère  asymétrie 
faciale,  la  moitié  droite  du  visage 
étant  un  peu  moins  développée 
que  la  moitié  gauche;  le  malade 
lui-même  a  remarqué  depuis  deux 
mois  environ  que  la  pommette 
gauche  faisait  une  saillie  plus 
grande  que  la  droite.  Quant  à 
l'oreille  du  côté  gauche,  elle  est 
manifestement  plus  grande  que 
celle  du  côté  droit  :  pour  une  lar- 
geur identique  de  42  millimètres,  le  pavillon  de  l'oreille  gauche  mesure 
75'"", 5  de  haut,  tandis  que  la  hauteur  du  pavillon  de  l'oreille  droite  n'est 
que  de  68  millimètres.  —  Le  maxillaire  inférieur  n'apparaît  pas  très 
augmenté  de  volume;  la  bouche  est  normale  et  la  langue  n'atteint  pas 
des  proportions  démesurées.  Les  yeux  sont  petits  et  tout  ridés.  Le 
crâne  ne  présente  pas  de  déformations  très  évidentes;  le  front  est 
cependant  assez  peu  développé.  —  La  voix  n'est  ni  particulièrement 
grave,  ni  particulièrement  aiguë,  et  le  grand  Charles  module  avec  une 
voix  à  peu  près  normale  les  chansons  qu'il  cherche  à  vendre. 

Le  développement  de  Vappareil  génital  est  tout  à  fait  incomplet  :  si  la 

LAUXOIS   ET    ROY.  5 


FiG.  'J.  —  Le  pied  du  grand  Charles. 


66 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 


verge  paraît  bien  conformée,  elle  est  de  dimensions  minimes.  Les 
bourses,  peu  développées,  renferment  deux  testicules  rudimentaires  :  le 
droit  a  le  volume  d'une  amande,  le  gauche  n'atteint  guère  que  celui 


^^111111 


FiG.  10.  —  Le  grand  Charles,  à  50  ans  (â-Oi). 


d'une  noisette.  Le  toucher  rectal  ne  permet  pas  de  sentir  la  prostate; 
comme  c'est  la  règle  dans  l'atrophie  testiculaire  congénitale,  la  glande 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME.  67 

prostatique  ne  s'est  pas  développée  (M-  Au  point  de  vue  fonctionnel, 
Vanaphrodisie  est  et  a  toujours  été  absolue.  II  y  aurait  eu  quelques 
érections;  mais  elles  n'ont  jamais  été  accompagnées  d'éjaculations. 

II  faut  rapprocher  de  cette  atrophie  testiculaire  les  attires  signes  d'in- 
fantilisme. Si  quelques  rares  poils  existent  dans  la  région  sus-pubienne, 
les  aisselles  et  la  face  sont  absolument  glabres.  La  figure  imberbe 
présente  un  aspect  juvénile  tout  à  fait  particulier  (-). 

Le  grand  Charles,  qui  jouissait  autrefois  d'une  vigueur  remarquable, 
conserve  encore  aujourd'hui  un  assez  bon  développement  musculaire; 
mais  ses  forces  ont  considérablement  diminué.  Le  cjuadriceps  fémoral 
gauche  est  notablement  atrophié  par  le  fait  de  l'inaction  dans  laquelle 
il  se  trouve. 

Depuis  trois  ans  environ  il  a  beaucoup  maigri;  son  poids  est  actuel- 
lement de  86  kilogrammes,  alors  qu'il  dit  avoir  pesé  jadis  jusqu'à 
106  kilogrammes. 

L'analyse  des  urines  a  été  pratiquée  par  M.  Savinel,  interne  en  phar- 
macie du  service  ;  elle  a  donné  les  résultats  suivants  : 

Élimination  en  2i  heures 
(8  novembre  1902). 

Le  géant  Ciiarles.      Adulte  normal. 

Volume 2500  ce.  Yl  à  1400  ce. 

Couleur,  odeur,  consislance  .    .  normales 

Densité 1020  1020 

Chlorures  .  , 2.>,  5  10  à  20  gr. 

Phosphates ¥',"01  2e'',5  à  2e'', 8 

Urée 56  gr.  20  à  25  gr. 

Cette  urine  est  donc  anormale  : 
1°  Par  son  volume; 

"1°  Par  l'élimination  exagérée  de  chlorures,  de  phosphates,  d'urée. 
Or,  si  l'on  fait  un  coefficient  urologique  relatif  au   poids  du  sujet, 
nous  trouvons  qu'il  élimine  par  kilogramme  : 

Phosphates 0,051     au  lieu  de  la  normale    0,04 

Chlorures 0,50  —  —  0,17 

Urée 0,42  —  —  0,40 

Cette  élimination  de  chlorures  et  de  phosphates,  très  exagérée  par 
rapporta  la  normale  chez  l'adulte,  serait  imputable,  d'après  les  travaux 
de  MoNFET  et  Carron  de  la  Carrière  (^),  à  un  enfant  de  5  à  10  ans. 

(*)  P.-E.  Launois,  Castration  et  atrophie  de  la  prostate,  Association  française 
pour  l'avancement  des  sciences.  Congrès  de  Caen,  1894, 

H  Toutes  ces  constatations  rendent  peu  vraisemblables  les  récits  qu'avait 
faits  le  grand  Charles  en  1899,  quand  il  vantait  ses  exploits  génitaux.  Ses 
confidences  actuelles  en  démontrent  la  fausseté.  Son  frère  se  plaît  d'ailleurs 
à  raconter  la  déception  <■  d'une  dame  du  grand  monde  »  qui,  un  beau  jour, 
sur  le  champ  de  foire  où  il  s'exhibait,  était  venue  enlever  dans  une  voiture  à 
deux  chevaux  Yimpuissant  géant. 

(^,  Carron  de  la  Carrière  et  Monfet,  L'urine  normale  de  l'enfant.  Acad.  de 
Méd.,  20  juillet  1897. 


68  GIGANTISME  ET  LXFANTILISME. 

Sans  aller  peut-être  jusqu'à  2:)aiTer  d'infantilisme  urinaire,  il  nous  a 
paru  que  les  faits  relevés  par  M.  Savinel  étaient  intéressants  à  comparer 
avec  les  autres  signes  d'infantilisme  présentés  par  le  géant  Charles. 

Il  y  aurait  peut-être  lieu  de  rechercher  la  formule  urinaire  de  tous  les 
infantiles,  géants  ou  non.  Ce  mode  d'exploration,  venant  s'ajouter  aux 
données  fournies  par  la  i^adiographie  des  cartilages  épiphysaires,  aide- 
rait sans  doute  à  déterminer  les  troubles  de  la  nutrition  qui  existent 
dans  l'infantilisme. 

La  peau  du  corps,  uniformément  glabre,  est  fine  et  souple.  On  relève 
la  présence  de  quelques  tatouages  :  une  rose  se  voit  sur  la  face  anté- 
rieure du  thorax,  une  bague  sur  l'annulaire  droit  et  une  autre  sur  le 
médius  gauche. 

La  sensibilité  objective,  sous  tous  ses  modes,  est  intacle;  il  n'y  a  pas 
de  troubles  sensoriels.  Mais,  depuis  l'apparition  du  genu  valgum,  de 
violentes  douleurs  dans  les  membres  inférieurs  persistent  jour  et  nuit. 

L'état  mental  est  relativement  bon,  en  dépit  de  la  détresse  morale  et 
surtout  physique  dans  laquelle  se  trouve  le  malade  :  bien  que  très 
sensible  à  la  perte  de  ses  forces  et  à  son  infirmité  actuelle,  il  a  conservé 
quelque  gaieté.  Il  est  assez  irascible  et  facile  à  émotionner;  son  caractère 
un  peu  fantasque  lui  a  rendu  impossible  le  séjour  à  Bicôtre,  où  il  avait 
été  hospitalisé.  Sa  mémoire  excellente  lui  permet  de  raconter,  en  les 
amplifiant  même,  ses  anciens  succès  à  travers  les  foires  de  province. 
Son  intelligence  est  assez  développée;  c'est  lui-même  qui  composait 
autrefois  ses  boniments. 

Si  sa  chasteté  obligatoire  l'a  mis  à  l'abri  de  toute  contagion  syphili- 
tique, sa  vie  aventureuse  l'a  exposé  aux  abus  alcooliques  :  il  boit,  en 
effet,  plusieurs  verres  d'absinthe  par  jour. 

M.  Papillault,  professeur  à  l'École  d'Anthropologie,  a  bien  voulu  com- 
pléter et  rectifier  avec  toute  la  précision  désirable,  les  mesures  que  nous 
avions  prises  sur  le  géant  Charles.  Nous  avons  pu  les  rapprocher  de 
celles  qui  avaient  été  recueillies  en  1899  par  lui,  et  le  tableau  ci-dessous 
offre  ainsi  le  rare  avantage  de  permettre  une  comparaison  très  exacte 
des  différents  chiffres  obtenus  à  trois  ans  d'intervalle,  sur  le  même  indi- 
vidu, d'après  la  même  technique,  appliquée  par  le  môme  obser- 
vateur : 

Mai  1899.      Novembre  1902. 
Tronc. 

Taille  debout 1990  mm.  2040  mm. 

Taille  assise >.  —  960  — 

Hauteur  du  trou  auditif  au  pubis 740  —  »  — 

Hauteur  du  trou  auditif  à  l'épine  iliaque.    .  040  —  ■>  — 

Diamètre  biacromial 490  —  425  — 

Circonférence  thoracique 1015  —  1040  — 

Circonférence  de  la  taille 892  —  925  — 

Diamètre  bimamelonnaire 220  —  220  — 

Diamètre  transverse  du  thorax >■  —  508  — 

Diamètre  antéro-postérieur  du  thorax  ...  •.  —  265  — 

Envergure «  —  2090  — 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 


69 


:Mai  I,S99.       Novemlirc  1902. 


Bassin. 

De  l'épine  iliaque  au  pubis 

Largeur  entre  les  crêtes  iliaques 

Largeur  entre  les  épines 

Membre  inférieur  clroil. 

Hauteur  du  fémur 

Hauteur  du  tibia 

Hauteur  de  la  malléole  interne 

Longueur  du  pied 

Longueur  du  1'=''  orteil  avec  le  métatarsien. 

Longueur  du  2"  orteil  seul 

Longueur  du  1"  orteil  (partie  ]il)re)   .... 

Largeur  bicondylienne 

Largeur  bimalléolaire 

Largeur  du  pied 

Membre  supérieur  gauche. 

Hauteur  de  l'humérus 

Hauteur  du  radius 

Longueur  de  la  main 

Longueur  du  médius 

Longueur  du  pouce  avec  le  métacarpien.  . 

Longueur  du  pouce  seul 

Longueur  de  l'ongle  du  médius 

Largeur  de  l'humérus  (extrémité  inférieure). 

Largeur  du  poignet 

Largeur  de  la  main 

Circonférences. 

Cou 

Thorax 

Taille 

Bras 

Avant-bras 

Poignet 

Cuisse  :  circonférence  supérieure  à  droite. 

—  —         à , gauche 

—  inférieure    à  droite. 

—  —         à  gauche 
Mollet  :  droit 

—         gauche ,    . 

Malléoles  (droite  et  gauche) 

Tête. 

Hauteur  naso-alvéolaire 

Hauteur  naso-sous-nasale 

Largeur  biangulaire  interne  (yeux) 

Hauteur  ophryo-alvéolaire 

Largeur  biangulaire  externe  (yeux) 

Largeur  bimastoïdienne 

Diamètre  antéro-postérieur  glabellaire.   .   . 

Hauteur  ophryo-mentonnière 

Diamètre  antéro-postérieur  métopique.   .    . 

Largeur  bizygomatique 

Largeur  bigoniaque 


92  1 

m  m . 

mm 

505 

— 

521 

. — 

265 

— 

" 

— 

.520 

541 

.502 

— 

509 

— 

S7 

— 

79 

— 

2S7 

— 

299 

— 

145 

— 

.. 

— 

82 

— 

,. 

— 

48 

— 

., 

— 

108 

— 

„ 

— 

81 

— 

„ 

— 

r2f) 

— 

— 

581 

422 

298 

— 

-  298 

— 

255 

— 

245 

— 

118 

1/2 

124 

— 

125 

126 

1/2 

72 

— 

76 

16 

— 

16 

— 

7i 

— 

85 

— 

67 

— 

69 

1/2 

97 

— 

105 

570 

570 

1015 

— 

1040 

— 

892 

— 

925 

— 

280 

— 

260 

— 

271 

— 

250 

— 

197 

— 

197 

— 

544 

— 

., 

— 

559 

— 

450 

— 

420 

— 

» 

— 

599 

— 

,. 

— 

582 



„ 

— 

575 

— 

550 

— 

240 

— 

" 

— - 

87 

87 

64 

— 

64 

— 

56 

— 

57 

— 

102 

— 

102 

— 

96 

— 

,. 

— 

142 

1/2 

145 

— 

199 

201) 

— 

154 

. — 

159 

1/2 

195 

_ 

197 

145 

— 

149 

— 

116 

— 

116 

— 

70 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 


Diamètre  gonio-montonnior 

Largeur  du  nez  

Diamètre  transverse  maximum 

Diamètre  trans verse  minimum 

Diamètre  bitubéral  pariétal 

Pavillon  de  l'oreille  :  largeur  :  à  droite  . 

—  —  à  gauche. 

—  hauteur  :  à  droite   . 

—  —  à  gauche. 


Mai  1899. 

Novemb 

rc  1902 

108  mm. 

m 

nm. 

50    — 

57 

— 

156    — 

-159 



lOi    1/2 

„ 



156    — 

„ 



— 

42 



_ 

42 

— 

_ 

68 

— 



75 

1  /2 

FiG.    11. 


Radiographie  de  la  main  du  grand  Charles,  montrant  la  persistance  à  ÔO  ans 
des  cartilages  de  conjugaison. 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME.  71 

A  ne  considérer  que  les  trois   tailles   confirmées  par  l'observation 
scientifîcjue  : 

21  ans 1  m.  80  (Capitan). 

27  ans 1  m.  99  (Papillault). 

50  ans 2  m.  04  (Launois  et  Roy). 

on  peut  donc  affirmer  que  Charles  a  continué  de  grandir  progressi- 
vement depuis  Tàge  de  21   ans  :  il  a  gagné    18    centimètres,    en    une 


FiG.  12.  —  Radiographie  du  genou  du  grand  Charles. 


72  GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 

période  de  9  ans;  cet  accroissement  est  d'autant  plus  important  à 
signaler  qu'il  s'est  fait  à  un  âge  où  d'ordinaire  la  taille  a  acquis  ses 
dimensions  définitives. 

Actuellement,  bien  qiCil  ait  atteint  sa  50°  année,  il  grandit  encore.  La 
persistance  de  cette  croissance  nous  a  été  démontrée  par  l'examen  des 
épreuves  radiographiques  de  divers  segments  de  son  squelette.  Sur  les 
remarquables  clichés  que  nous  devons  à  M.  Infroit,  on  peut  nettement 
reconnaître  la  persistance  des  cartilages  de  conjugaison  et  la  non-soudure 
d'os,  dont  les  plus  retardataires  devraient  être  définitivement  ossifiés  à 

24  ou  '25  ans.  Sur  la  radiographie  du  genou  gauche  (fig.  12),  on  recon- 
naît que  le  plateau  tibial  et  la  tête  du  péroné  sont  séparés  par  un  inter- 
valle assez  large  de  leurs  diaphyses  respectives.  De  même,  au  niveau 
du  poignet  et  de  la  main  (fig.  Il),  on  peut  voir  un  espace  clair  séparant 
nettement  du  corps  de  l'os  les  épiphyses  radiales  et  cubitales  inférieures  ; 
il  en  est  de  même  encore  pour  la  base  des  phalanges,  des  phalangines 
et  pour  celle  du  premier  métacarpien.  On  sait  que  l'épiphyse  supérieure 
du  péroné  se  soude  habituellement  de  19  à  22  ans,  celle  du  tibia  à  24  ans 
au  plus  tard;  les  épiphyses  inférieures  des  os  de  l'avant-bras  se  soudent 
à  la  diaphyse,  pour  le  cubitus,  de  20  à  22  ans  chez  la  femme,  de  21  à 

25  ans  chez  l'homme;  pour  le  radius,  de  20  à  25  ans.  Quant  aux  phalanges 
et  au  premier  métacarpien,  leur  ossification  se  termine  définitivement  de 
18  à  20  ans,  elle  soude  d'abord  les  segments  distaux,  puis  les  segments 
proximaux. 

Telle  est  l'étude  anthropologique  que  nous  avons  pu  faire  du 
Grand  Charles  en  1902;  mais,  si  nous  l'observions  pour  la  pre- 
mière fois,  il  n'était  pas  un  inconnu  pour  nombre  de  médecins. 
Gapitan  (')  l'avait  rencontré  à  l'hôpital  de  la  Pitié,  en  J895,  dans 
le  service  d'Albert  Robin,  et  l'avait  montré  à  ses  collègues  de  la 
Société  d'Anthropologie;  Pierre  Marie  l'avait  aperçu  pendantle 
court  séjour  qu'il  fit  kBicêtre;  J.  Lucas-Ghampionnière  f)  lui 
avait  donné  des  soins  à  VIIôtel-Dieu  et  l'avait  présenté  à  VAca- 
démie  de  Médecine.  Papillault  (^),  enfin,  avait  utilisé  les  docu- 
ments recueillis  sur  lui  pour  ébaucher  une  étude  sur  le  mode  de 
croissance  d'un  géant. 

Les  données,  réunies  par  chacun  de  ces  auteurs,  sont  inté- 
ressantes à  rapprocher  des  constatations  ultérieures  que  nous 

(^)  Capitan,  Médecine  moderne,  n"  82,  14  octobre  1895;  et  Préisentation  d'un 
géant,  Bull,  de  la  Soc.  d'Anthropologie,  18  mai  1899. 

(^)  J.  Lucas-Championnière,  Présentation  d'un  géant  dont  les  pliénomènes 
de  grandissement  tardif  se  caractérisent  comme  ceux  du  grandissement  des 
jeunes  sujets.  BiUl.  de  VAcad.  de  Méd.,  9  mai  1899,  5°  série,  t.  XLI,  p.  481. 

(^)  G.  Papillault,  Mode  de  croissance  chez  un  géant.  Bidl.  de  la  Soc.  d'An- 
iliropologie,  1"  juin  1899. 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME.  73 

avons  faites  de  notre  côté  ;  elles  montrent,  en  effet,  les  modifi- 
cations qui  se  sont  succédé  et  permettent  de  suivre  notre 
géant  pendant  une  phase  assez  longue  de  son  existence. 

L'observation,  recueillie  par  Gapitan,  a  été  résumée  par  lui  de 
la  façon  suivante  : 

«  Charles  F.,  fondeur  en  cuivre,  âgé  de  "21  ans,  mesurant  I'",86  et 
pesant  85  kilogrammes,  est  le  17'  enfant  de  20.  Il  fut  admis  en  août  à 
la  salle  Piorry  pour  des  douleurs  dans  les  jambes. 

«  Antécédents  héréditaires  {^).  —  Père.  Lutteur  de  foire,  mort  à  l'âge  de 
48  ans,  assassiné;  petit  de  taille,  mais  extrêmement  fort.  Il  n'avait  que 
1",49  de  taille  mais  pesait  98''%ô00.  Il  s'adonnait  à  la  boisson. 

«  Mère.  Vivante;  a  44  ans  et  pèse  90  kilogrammes,  constitution  très 
forte,  petite  de  taille,  nerveuse. 

«  Frères  et  sœurs.  Charles  a  10  frères  et  9  soeurs,  tous  vivants  et  en 
excellente  santé,  tous  petits  de  taille.  11  y  a  7  filles  et  9  garçons  qui 
sont  mariés.  Les  7  filles  ont  mis  au  monde  9  garçons  et  2  filles.  Les 
9  garçons  ont  mis  au  monde  8  filles  et  9  garçons.  Au  dire  du  malade, 
cette  nombreuse  famille  jouit  d'une  santé  parfaite. 

<c  Antécédents  personnels.  —  A  9  ans,  notre  sujet  a  la  fièvre  typhoïde 
et  la  petite  vérole.  Il  entre  pour  se  faire  soigner  à  l'hôpital  Trousseau 
et  il  y  reste  15  mois.  De  sa  douzième  jusqu'à  sa  seizième  année,  il 
souffre  pendant  chaque  hiver  d'un  eczéma.  A  l'âge  de  16  ans,  il  entre 
pour  se  faire  soigner  à  Saint-Louis.  Après  un  séjour  de  5  mois  dans 
ledit  hôpital,  il  en  sort  guéri. 

«  A  19  ans,  il  prend  une  chaudepisse  qu'il  guérit  au  bout  de  2  mois. 

«  Jusqu'à  l'âge  de  18  ans,  sa  croissance  est  normale.  Il  présente  la 
taille  et  l'aspect  d'un  jeune  homme  de  taille  ordinaire.  A  18  ans,  une 
croissance  subite  commence  et  débute  par  des  douleurs  excessives 
dans  tous  les  membres,  douleurs  qui  le  mettent  au  lit  pendant  5  mois. 
Durant  ce  temps,  il  grandit  très  rapidement  et,  quand  il  se  releva,  sa 
taille  avait  augmenté  d'environ  50  centimètres.  Depuis  lors,  il  continua 
à  grandir  et  il  grandit  encore. 

<c  Actuellement  c'est  un  grand  garçon  dont  nous  ne  décrirons  pas  la 
conformation  générale  nettement  indiquée  sur  les  figures  ci-dessus 
(fig.2  et  5j.  Mais  ce  qui  frappe  surtout,  c'est  l'aspect  absolument  infantile 
de  la  face,  complètement  imberbe,  et  qui  est  plutôt  celle  d'un  gamin 
que  celle  d'un  jeune  homme.  Ses  membres  sont  assez  grêles,  son  bassin 
à  type  féminin,  ses  seins  assez  développés.  Il  a  une  absence  complète 
de  système  pileux,  même  au  pubis.  Les  organes  génitaux  sont  nor- 
maux mais  peu  développés,  ce  sont  ceux  d'un  jeune  homme  de  14  à 
15  ans.  Il  n'existe  pas  chez  lui  de  stigmates  hystériques.  A  noter  cepen- 
dant une  hyperesthésie  surtout  marquée  aux  membres  inférieurs.  Au 

(')  Tous  les  renseignements  sur  les  antécédents  et  la  famille  du  malade  nous 
ont  été  fournis  exclusivement  par  lui  (Gapitan). 


74  GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 

dynamomètre,  malgré  tous  ses  efforts,  il  ne  peut  donner  que  38  à 
droite  et  55  à  gauche.  En  somme,  on  dirait  d'un  gamin  démesuré- 
ment agrandi,  surtout  en  hauteur. 

«  L'analyse  morale  de  ce  sujet  est  assez  difficile.  II  est  bavard,  van- 
tard et  cherche  à  vous  tromper.  D'une  façon  générale,  son  individualité 
psychique  ressemble  à  son  organisme  physique.  C'est  à  ce  point  de 
vue  également  un  gamin,  mais  un  gamin  méchant,  vantard,  orgueilleux, 
débauché  et  brutal.  Faisant  parade  de  sa  force  physique  qu'il  dit  con- 
sidérable (nous  avons  vu  ce  qu'il  donne  au  dynamomètre),  racontant 
volontiers  ses  exploits  génitaux,  ses  batailles.  11  semble  d'ailleurs  com- 
plètement manquer  de  sens  moral.  iVvec  cela  son  intelligence  paraît 
assez  bornée,  au  moins  pour  les  faits  d'ordre  un  peu  élevé.  Il  ne  sait  ni 
lire,  ni  écrire.  Il  a  pourtant  cette  facilité  d'élocution  de  l'ouvrier  pai'i- 
sien  et  une  certaine  intelligence  pratique  d'ordre  matériel.  Il  fait  fré- 
quemment des  excès  alcooliques  (*). 

«  En  somme,  chez  ce  sujet,  il  y  a  une  sorte  de  développement  excessif, 
suivant  ses  divers  diamètres,  pourrait-on  dire.  II  est  resté  au  physique 
comme  au  moral  ce  qu'il  était  avant  cette  poussée.  Il  s'est  simplement 
agrandi.  C'est  un  jeune  adolescent  vu  à  travers  un  verre  grossissant, 
mais  fixé  au  point  où  il  était  avant  de  grandir  et  ne  se  différenciant  en 
rien  aujourd'hui  qu'il  a  21  ans,  sauf  par  sa  taille,  de  ce  qu'il  était  à 
17  ans.  Aussi  pourrait-on  dénommer  ce  cas,  d'une  façon  juste  quoiciue 
paradoxale  dans  la  forme  :  un  cas  d'arrêt  de  développement  par  gigan- 
tisme. » 

J.  Lucas-Ghampionnière  avait  accompagné  sa  présentation  à 
Y  Académie  de  Médecine  de  la  note  suivante  : 

«  Le  sujet  que  je  présente  est  âgé  de  21  ans  et  sa  taille 
mesure  2"', 02.  Cet  homme  est  vigoureux,  bien  constitué. 
Actuellement,  il  est  dans  un  état  de  fatigue  et  de  dépression 
qui,  joints  à  une  difformité  du  genou  gauche,  ne  lui  permettent 
pas  de  se  tenir  sur  ses  jambes  sans  béquilles.  Mais  le  dévelop- 
pement de  son  système  musculaire  est  assez  considérable  pour 
lui  permettre  de  se  livrer  comme  bateleur  à  des  exercices  de 
force.  C'est  ainsi  qu'il  brise  une  bouteille  de  verre  entre  ses 
mains. 

«  Ce  garçon  a  fait,  à  20  ans,  son  service  militaire.  Il  était 
entré  avec  la  taille  de  r",89.  11  quitta  le  régiment  au  bout  de 
trois  ans  avec  une  taille  de  1"\94. 

«   Depuis,  il  n'a  cessé  de  grandir.  Il  a  aujourd'hui,  à  27  ans, 

(')  Capitan  a  d'ailleurs  étudié  ce  sujet  au  point  de  vue  psjchologique  dnns 
un  travail  paru   dans  la   Revue  de   l'École  cV Anthropologie  en   1895  et  intitulé  : 

Contribution  à  Vétude  de  l'influence  physique  et   morale  du  milieu  social  sur  les 
sujets  atteints  d'arrêt  de  développement. 


GIGANTISME   ET  INFANTILISME.  75 

2'%02  et  il  semble  bien  que  sa  taille  progresse  toujours.  Il  est 
du  reste  le  fils  d'un  géant,  dont  la  taille  était,  dit-il,  de  2"\5!2 
et  il  espère  arriver  à  une  taille  considérable  du  même  genre. 

«  J'ai  vu  cet  homme,  pour  la  première  fois,  au  mois  d'août 
de  l'année  dernière.  Il  était  entré  dans  mon  service  de  l'hôpital 
pour  une  entorse  de  l'articulation  tibio-tarsienne  gauche  qu'il 
s'était  faite  sans  avoir  exécuté  un  mouvement  bien  violent.  On 
conçoit,  à  cause  de  l'immense  longueur  du  levier  que  repré- 
sente le  membre  inférieur,  la  facilité  qu'un  tel  sujet  doit  avoir  à 
se  faire  de  ces  sortes  de  lésions. 

«  Ayant  eu  l'occasion  à  cette  époque  de  l'étudier  attentive- 
ment, je  pus  constater  que  la  jambe  malade  était  parfaitement 
droite. 

«  Depuis  cette  époque,  le  sujet  a  pàti,  il  a  été  constamment 
souffrant  et  il  a  grandi  de  plus  d'un  centimètre.  En  môme 
temps,  il  a  souffert  de  douleurs  dans  les  cuisses  et  juste  au 
niveau  des  condyles  du  fémur,  surtout  à  gauche. 

«  Il  s'est  présenté  à  moi  récemment  à  FHôtel-Dieu  et  j'ai  pu 
constater  qu'il  s'est  développé  au  niveau  de  ce  genou  gauche 
un  genu  valymn,  qui  n'est  pas  encore  très  accentué,  mais  qui, 
cependant,  donne  lieu  à  une  déformation  très  nette. 

«  Ce  genu  valgum  a  tous  les  caractères  ordinaires  de  cette 
déformation  et  il  disparaît  lors  de  la  flexion  du  membre. 

«  La  formation  de  ce  genu  valgum  a  accompagné  la  poussée 
de  grandissement  récemment  caractérisée,  elle  paraît  s'accen- 
tuer. 

«  Elle  s'est  accompagnée  d'un  état  de  faiblesse  et  de  malaise 
très  marqué.  Le  sujet  ne  doute  pas  que,  dans  ces  conditions, 
son  grandissement  ne  continue,  comme  il  l'observe  depuis  plu- 
sieurs années. 

«  On  peut  voir  que  ce  sujet,  lors  de  cet  accroissement  tardif 
et  anormal,  présente  des  phénomènes  tout  à  fait  analogues  à 
ceux  qu'on  observe  chez  les  jeunes  sujets  qui  grandissent  rapi- 
dement aux  époques  normales  de  l'accroissement. 

«  Aussi  le  grandissement  se  fait  chez  lui  toujours  par 
poussées  successives. 

«  Chez  le  géant,  comme  chez  le  jeune  sujet,  l'accroissement 
n'est  pas  le  résultat  d'un  allongement  régulier  et  continu  du 
squelette.  L'accroissement  se  fait  par  périodes  intermittentes. 


76  GIGANTIS:\IE  ET  INFANTILISME. 

«  Les  périodes  d'allongement  sont  accompagnées  d'un  état 
de  malaise,  d'un  état  fébrile  souvent,  à  propos  duquel  on  peut 
se  demander  si  la  fièvre  est  le  résultat  du  grandissement  ou  si 
rallongement  a  été  la  suite  de  la  poussée  fébrile  qui  s'était 
montrée  pour  d'autres  causes.  On  sait  que  des  maladies 
fébriles,  comme  des  maladies  éruptives,  sont  souvent  l'occasion 
du  grandissement. 

«  Les  douleurs,  au  voisinage  des  articulations  et  surtout  des 
articulations  des  genoux,  ont  été  ici  assez  caractéristiques. 

«  Ce  qui  caractérise  encore  très  particulièrement  notre  cas, 
c'est  le  fait  de  l'hérédité.  Ce  garçon  est  le  fils  d'un  père  géant 
et  d'une  mère  petite.  Le  père  aurait  eu,  dit  le  fils,  la  taille  défi- 
nitive de  2'", 32. 

«  Il  a  eu  douze  enfants.  Le  fait  d'aptitudes  génitales  très 
marquées  chez  un  géant  est  déjà  intéressant.  De  ces  douze,  il 
n'y  en  aurait  eu  que  deux  qui  auraient  présenté  des  phéno- 
mènes de  gigantisme. 

;<  Une  sœur,  morte  à  19  ans,  avait  une  taille  voisine  de 
2  mètres  et  se  montrait  dans  les  foires.  Plusieurs  des  autres 
enfants  sont  morts  en  bas  âge,  mais  ceux  qui  ont  survécu  ont 
été  de  taille  plutôt  petite.  Enfin  le  sujet  que  nous  observons 
est  assez  régulièrement  développé.  Ses  pieds  et  ses  mains  sont 
de  grande  dimension,  mais  proportionnées  à  sa  taille.  La  tête 
est  petite.  L'intelligence  est  suffisante.  » 

Pure  légende  que  toute  la  partie  de  cette  histoire  qui  a  trait 
aux  antécédents  héréditaires.  Déjà  Capitan,  qui  le  jugeait  «  van- 
tard, bavard  et  menteur  »,  avait  appris  à  se  méfier  du  Grand 
Charles.  «  On  remarquera,  écrivait-il  en  1809,  que  dans  ce  qui 
a  trait  à  ses  antécédents,  sur  lesquels  lui  seul  a  renseigné 
M.  Championnière,  comme  il  nous  avait  jadis  renseigné,  il  y  a 
de  nombreuses  différences  entre  ce  qu'il  racontait  en  1893  et  ce 
qu'il  a  raconté  cette  année.  Ceci  est  en  rapport  avec  l'état 
d'esprit  du  sujet  que  nous  avions  noté.  Oii  est  la  vérité  sur  ces 
points?  Nous  serions  porté  à  croire  qu'en  1893,  ayant  alors 
moins  fréquenté  les  hôpitaux,  il  mentait  moins  qu'en  1899. 
L'histoire  de  son  père  géant  nous  paraît  une  invention  destinée 
à  le  rendre  plus  intéressant.  » 

Pour  réduire  à  néant  la  fable  que  le  Grand  Charles  avait  ima- 
ginée, il   suffisait  de  faire  une  enquête  auprès   des   siens  et 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME.  77 

d'examiner  les  divers  membres  de  sa  famille  encore  vivants. 
Aucun,  pas  plus  le  père  qu'une  sœur,  n'a  présenté  les  stigmates 
du  gigantisme;  il  en  serait  de  même  de  l'oncle,  dont  le  frère  de 
notre  géant  nous  a  dit  n'avoir  jamais  eu  connaissance.  Il  s'agit 
donc  bien  d'une  anomalie  unique  survenant  dans  une  lignée 
familiale  répondant,  tout  au  moins  quant  à  la  taille,  aux 
données  moyennes.  Ce  cas  est  bien  fait  pour  rendre  suspects 
les  quelques  exemples  àliérédilé  du  gigantisme  qui  ont  été 
publiés  et  qui  sont  uniquement  basés  sur  le  seul  témoignage 
des  sujets  observés. 


De  l'observation  du  grand  Charles,  nous  retiendrons,  pour 
les  étudier  spécialement,  trois  données  principales  qui  nous 
semblent  tout  particulièrement  intéressantes  et  qui  constituent 
le  trépied  anatomo-pliysiologique  du  gigantisme  infantile. 

V  La  persistance^  chez  un  homme  de  50  «ns,  de  V ossification  dans 
les  cartilages  de  conjugaison  ; 

2°  Le  mode  de  croissance  gigantesque  et  ses  anomalies; 

3"  L'atrophie  génitale,  dans  ses  rapports  avec  les  deux  faits 
précédents. 


CHAPITRE   I 

LA  PERSISTANCE   DE  L'OSSIFICATION   DANS  LES  CARTILAGES 
DE  CONJUGAISON 

Les  épreuves  radiographiques  que  nous  avons  obtenues  sont, 
à  notre  connaissance,  les  premiers  documents  précis  qui  aient 
été  fournis  pour  appuyer  l'hypothèse,  émise  depuis  longtemps 
par  Brissaud,  de  la  persistance  anormale  des  cartilages  épi- 
physaires  chez  certains  géants  adultes. 

Depuis  longtemps  aussi  on  a  signalé  des  poussées  de  crois- 
sance en  hauteur,  se  produisant,  sous  des  influences  variables, 
chez  des  sujets  adultes  qui  semblaient  avoir  atteint  leur  stature 
définitive,  et,  comme  l'accroissement  en  longueur  des  os  se  fait 
au  niveau  des  cartilages  de  conjugaison,  il  était  tout  naturel  de 
supposer,  en  pareil  cas,  la  persistance  anormale  de  ceux-ci  ou 


78  GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 

le  réveil  pathologique  de  TacLivité  proliférante  de  leurs  cellules 
cartilagineuses. 

Dès  1852,  Isidore  Geoffroy  Saint-Hilaire  (')  distinguait,  parmi 
les  anomalies  par  augmentation  générale  de  volume,  deux 
variétés  :  le  géantisme  vrai,  ou  de  Tadulte,  et  les  anomalies  par 
accroissement  précoce  de  la  taille.  Topinard  (^),  reprenant  plus 
tard  cette  distinction,  a  pu  dire  que  le  gigantisme  est  causé, 
soit  par  V accélération  du  développement,  soit  par  la  prolongation 
de  son  terme  final.  Dans  le  premier  cas,  le  gigantisme  apparaît 
avant  20  ans,  comme  l'expression  d'une  exagération  dans  le 
rythme  de  la  croissance  :  c'est  le  gigantisme  précoce,  passager, 
des  adolescents  dont  un  grand  nombre  d'exemples  ont  été 
publiés  et  dont  nous  ne  nous  occuperons  pas  ici.  Dans  le 
second,  le  gigantisme  est  plus  tardif,  la  croissance  se  proton- 
géant  anornialenient  au  delà  de  son  terme  normal. 

Contre  l'opinion  de  Langer  (^),  d'après  laquelle  la  plupart 
des  géants  auraient  atteint  leur  taille  avant  la  vingtième  année, 
les  exemples  sont  nombreux  :  témoin  cette  femme,  citée  par 
B.  Mosler  f),  qui,  mariée  à  10  ans  avec  un  homme  qui  la  dépas- 
sait d'une  tête,  se  mit  à  grandir  démesurément  jusqu'à  atteindre 
une  taille  de  l"\9o  et  à  dépasser  à  son  tour  son  mari,  devenu 
plus  petit  de  la  hauteur  d'une  tête. 

Tous  les  cas  de  croissance  retardée,  c'est-à-dire  se  pro- 
duisant au  delà  de  la  limite  habituelle  de  l'accroissement  en 
longueur  du  corps,  qui  est,  chez  l'homme,  comprise  entre 
18  et  25  ans,  ne  peuvent  s'expliquer  que  par  la  persistance 
anormale  des  cartilages  juxta-épiphysaires.  Si  cette  persistance 
est  signalée  dans  plusieurs  observations,  il  est  le  plus  souvent 
difficile  de  la  constater  sur  le  vivant,  au  travers  des  parties 
molles  qui  masquent  les  extrémités  articulaires  et  empêchent 
de  sentir  le  relief  que  forme  à  la  surface  de  l'os  le  cartilage 
conjugal. 

D'autre  part,  la  majorité  des  squelettes  de  géants,  conservés 
dans   les  muséums,  n'étant  pas  accompagnés  de  descriptions 

{'■)  Geoffroy  Saint-Hilaire,  Trailé  de  Tératologie,  t.  I,  chap.  ii,  p.  166. 

(-)  TopiNARD,  Élém.  cVAnthr.  gén.,  1885,  p.  454. 

(•')  Langer,  Wachsthum  des  menschllchen  Skeleltcs  mit  Bezug  auf  den 
Riesen.  Denkschriflen  d.  Kais.  Akad.  d.  Wissensch.  Wien,  1872. 

(*)  B.  MosLER,  Ueber  die  sogenannle  Akromegalie,  Virchow-Fetschrift,  Internat. 
Beitr.  z.  Wiss.  (cité  par  Buday  et  Jancso). 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME.  79 

cliniques,  il  est  assez  difficile  de  déterminer  l'âge  (')  des  sujets 
auxquels  ils  appartiennent  et  on  ne  peut  se  fonder  sur  la  non- 
soudure  des  épiphyses  pour  le  déterminer  avec  précision.  Il 
en  est  ainsi,  par  exemple,  pour  le  géant  du  Miltlcr  Muséum  du 
Collège  des  Médecins  de  Philadelphie^  décrit  soigneusement  par 
Hinsdale  (")  :  «  Sur  le  sujet  dont  je  vais  décrire  le  squelette, 
dit  cet  auteur,  on  ne  sait  rien,  sinon  qu'il  naquit  dans  le  Ken- 
tucky.  En  1877,  le  professeur  Joseph  Leidy  fut  informé  qu'un 
corps  de  géant  était  à  vendre,  à  la  condition  qu'aucune  question 
ne  serait  posée  pour  établir  son  identification —  Aucun  nom 
n'ayant  été  donné  pour  ce  sujet,  je  l'appellerai  le  Géant  Améri- 
cain »  (").  Et  plus  loin,  l'auteur  ajoute  :  «  //  est  probable  que  le 
géant  américain  avait  atteint  l'âge  de  22  ou  24  ans  au  moment 
de  sa  mort  :  les  os  semblent  avoir  atteint  leur  entier  développe- 
ment, quoicjue  les  jonctions  épiphtjsaires  soient  encore  visibles  sur 
tous  les  os  longs.  » 

De  même  pour  la  géante  lady  Aama  (Obs.  III,  p.  114),  Woods 
Hutchinson  note  que  son  âge  était  de  19  ou  17  ans,  «  ce  dernier 
semblantplus  probable  en  raison  de  l'examen  ultérieur  qui  montre 
qu'à  peine  un  tiers  des  épiphyses  du  squelette  étaient  soudées  aux 
diaphyses;  mais  ceci,  ajoute  judicieusement  le  même  auteur,  jJeut 
aussi  avoir  été  le  résultat  du  développement  imparfait  de  ses  tissus  ». 

Une  semblable  détermination  de  l'âge  d'un  squelette  anormal 
est  à  coup  sur  imparfaite  :  les  radiographies,  que  nous  avons 

(')  Les  géanls  atteignent  rarement  un  âge  avancé  :  ils  meurent  le  plus  sou- 
vent entre  20  et  50  ans.  Sur  16  cas  où  l'âge  du  décès  était  rapporté,  Dana 
en  trouve  un  seul  qui  soit  mort  aprè*  50  ans.  En  se  fondant  sur  les  8  cas 
suivants  (Charles  Byrne,  22  ans;  Magrath,  20  ans;  Winckelmeyer,  22  ans; 
James  Toller,  24  ans;  la  Grande  fille  de  Basle,  «  en  enfance  »,  soit  18  ans; 
Thomas  Hasler,  25  ans;  le  Géant  de  Kentucky,  22  ans;  lady  Aama,  18  ans), 
Woods  Hutchinson  donne  comme  âge  moyen  de  la  mort  des  géants,  21,5 
{Neiu-York,  Med.  Journ.,  21  juillet  1900).  —  D'ailleurs  Isidore  Geoffroy  Saint- 
HiLAiRE  écrivait  déjà  au  sujet  des  géants  :  "  L'augmentation  extrême  du  volume 
de  leurs  organes  semble  user  en  eux  les  principes  de  la  vie,  et  la  plujDart 
périssent  comme  épuisés,  après  avoir  achevé  leur  énorme  et  rapide  croissance, 
et  quelquefois  même  avant  de  l'avoir  terminée  »  {loc.  cit.,  t.  I,  p.  185).  — 
D'après  les  importantes  statistiques  américaines  de  Gould,  citées  par  Topi- 
NARD,  la  moindre  résistance  des  géants  aux  causes  de  mort  est  bien  montrée 
par  ce  fait  que  la  proportion  des  sujets  de  20  à  21  ans  qui  dépassent  2  mètres 
est  de  197  pour  1000  000,  tandis  que,  pour  tous  les  âges,  la  proportion  n'est 
plus  que  de  95.  Donc  102  de  ces  197  sujets  mesurant  plus  de  2  mètres  sur 
1000  000  d'individus,  meurent  avant  20  ans. 

(^)  Hinsdale,  Acromegaly.  Warren,  Détroit,  U.  S.  A.,  1898,  p.  69. 

(^)  On  retrouve  ce  même  squelette  décrit  sous  le  nom  de  Géant  du  Kentucky 
dans  l'article  de  Woods  Hutchinson,  in  Tlie  New-York  Med.  Journ.,  July,  1900. 


80  GIGANTISME  ET  LNFANTIf.lSME. 

obtenues,  démontrent  précisément  que,  chez  certains  sujets,  les 
jonctions  épiphysaires  ne  se  sont  pas  encore  faites  à  Fàge  de 
50  ans. 

Il  existe  cependant  quelques  squelettes  aux  épipliyses  non 
soudées,  ayant  appartenu  à  des  géants  dont  on  connaît,  en 
partie  du  moins,  l'histoire,  sans  qu'on  soit  fixé  sur  l'âge  exact 
qu'ils  avaient  atteint  au  moment  de  la  mort.  C'est  ainsi  qu'à 
Vienne^  on  conserve  au  Miisée  anatomique  le  fémur  du  géant. 
Bartschen,  mesurant  65  centimètres  et  dont  les  épiphyses  ne 
sont  pas  soudées.  Or,  Bartschen,  soldat  dans  l'armée  turque, 
vécut  prisonnier  pendant  un  certain  temps  comme  Hajduke  et, 
((  bien  que  l'âge  de  sa  mort  soit  incertain,  il  est  vraisemblable 
que  les  cartilages  épiphysaires  conservèrent  ici  leur  pouvoir 
ostéogène  pendant  un  temps  anormalement  long  »  ('). 

Le  fameux  squelette  du  géant  irlandais.  Cornélius  Magrath 
(voir  fig.  59),  si  soigneusement  étudié  par  D.-J.  Gunningham  {'), 
a  les  épiphyses  supérieures  des  deux  humérus  soudées  seule- 
ment en  partie  au  corps  de  l'os;  des  deux  côtés  également, 
les  épiphyses  inférieures  du  radius  ne  sont  pas  entièrement 
soudées.  Toutefois  le  retard  observé  dans  le  processus  de 
l'ossification  est  beaucoup  moins  marqué  que  chez  notre 
géant;  Magrath  étaitnéen  1756,  à  College-Green,  dans  le  comté 
de  Tipperary,  et  mourut  le  20  mai  1760,  c'est-à-dire  à  l'âge  de 
24  ans;  on  sait  qu'à  cet  âge  il  peut  arriver  normalement  que 
l'cpiphyse  inférieure  du  radius  ne  soit  pas  entièrement  soudée. 

Parmi  les  plus  beaux  exemples  de  retard  dans  l'ossification 
des  cartilages  qu'il  nous  a  été  donné  de  retrouver,  une  mention 
toute  particulière  appartient  au  géant  décrit  par  Buday  et 
Jancso('');  il  est,  à  bien  des  égards,  absolument  comparable  à 
celui  que  nous  avons  observé  (voir  plus  loin  le  résumé  de 
son   observation,  p,  122). 

Il  s'agit  d'un  homme,  mort  à  57  ans,  et  qui,  de  taille  normale 
jusqu'à  20  ans  (1"',65),  se  mit  à  cette  époque  à  grandir  pro- 
gressivement jusqu'à  l'âge  de  55  ans,  pour  atteindre  au  moment 
de   sa  mort   une    stature    de   2'", 02.  Dans   les   deux  dernières 


(1)  Cité  par  Buday  et  Jancso,  Ein    Fall  von   pathologischen  Rieseiiwuchs. 
Deutsches  Archiv.  filr  Klin.  Med.,  1898,  p.  585. 

{-)  D.-J.  Gunningham,  Transactions  of  the  royal  Irish  Academy,  26  janvier  1891. 
(5)  Buday  et  Jancso,  lac.  cit. 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME.  81 

années  de  sa  vie  on  ne  constata  plus  anciine  croissance,  fait  avec 
lequel  concorda  la  constatation,  à  l'autopsie,  d'épiphyses  par- 
tout ossifiées.  En  revanche,  on  trouva  les  signes  d'un  retard 
très  anormal  dans  l'ossification  des  cartilages  :  à  la  périphérie 
de  certains  os  longs,  après  la  macération,  une  petite  zone  laissa 
reconnaître  assez  bien  le  cartilage  conjugal  :  cette  liffîie  épipluj- 
saire  se  retrouvait  ainsi  sur  les  os  de  l'avant-bras  et  à  l'extré- 
mité supérieure  du  fémur.  A  l'examen  microscopique,  on  con- 
statait une  prolifération  anormale  des  cellules  cartilagineuses 
dans  le  sens  de  la  longueur  de  l'os;  les  cellules  cartilagineuses 
à  l'état  de  repos  ne  se  trouvaient  qu'à  la  partie  superficielle  du 
cartilage,  dans  un  cinquième  seulement  de  la  masse  totale, 
tout  le  reste  étant  encore  en  activité.  Buday  et  Jancso  concluent 
à  bon  droit  qu'il  s'agit  bien  là  à'iin  cas  de  gigantisme  par  retard 
de  r allongement. 

Vapplication  de  la  radiographie  à  Vétude  du  gigantisme  n'a 
jamais  été,  jusqu'à  présent,  pratiquée  d'une  façon  systématique. 
Quelques  auteurs  y  ont  eu  recours  cependant  pour  établir  les 
rapports  qui  relient  le  gigantisme  à  l'acromégalie.  Ce  nouveau 
moyen  de  recherches,  applicable  à  toutes  les  malformations  ou 
déformations  du  squelette,  a  fourni  de  précieux  renseignements 
à  Marinesco('),  Gastou  et  Brouardel  (-),  Gilbert,  Garnier  et  Pou- 
pinel(''),  Gibson(^),  Béclère('),  etc.,  en  ce  qui  concerne  l'acro- 
mégalie. 

Marinesco,  par  exemple,  dans  ses  recherches  sur  les  mains 
acromégaliques,  a  rapproché  et  comparé  les  résultats  que  lui 
ont  fournis  quatre  sujets  qu'il  a  étudiés  à  l'aide  des  rayons  de 
Roentgen  :  chez  trois  d'entre  eux,  qui  présentaient  la  forme 
massive  de  Pierre  Marie,  il  a  noté  une  hypertrophie  notable  des 
métacarpiens  et  des  phalanges,  une  exagération  uniforme  de 
l'état  normal  et  une  augmentation  régulière  du  volume  des 
épiphyses.  Chez  la  quatrième  malade,  femme  de  55  ans,  atteinte 
d'acromégalie  à  forme  géante  (^),   chez   laquelle  l'affection  avait 


(')  Marinesco,  Soc.  de  Biol.,  il  juin  1896. 
(^)  Gastou  el  Brouardel,  Presse  méd.,  29  juillet  1896. 
(^)  Gilbert,  Garnier  et  Poupinel,  Soc.  de  Biol.,  29  janvier  1898. 
('*)  GiBSON,  Acad.  de  Méd.,  22  mai  1900. 
(°]  Béclère,  Presse  Méd.,  décembre  1905. 

C*)  On  verra  plus  loin  (p.  286)  ce  que  Pierre  Marie  el  ses  élèves  entendent 
exactement  par  forme  géante  de  l'acromégalie. 

LAUNOIS    ET  ROY.  6 


82  GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 

débiilé  à  25  ans,  la  main  était  pins  longne  et  moins  grosse;  la 
diaphyse  des  phalanges  était  uniformément  allongée  et  l'on 
n'observait  pas  de  productions  osseuses  au  niveau  des  extré- 
mités des  os.  De  })lus,  l'hypertrophie  des  parties  molles,  com- 
parativement à  celle  des  os,  était  beaucouj)  moindre  que  dans 
la  forme  massive.  Pour  cet  auteur,  de  semblables  constatations 
faciliteraient  la  distinction  qu'il  faut  établir  entre  les  deux  formes 
de  l'acromégalie  :  la  forme  massive  de  l'adulte  ou  à  début 
tardif,  et  la  forme  géante  de  l'adolescent  ou  à  début  précoce. 
«  Il  serait  à  souhaiter,  dit  de  son  côté  Henry  Meige,  dans  une 
étude  récente  ('),  que  l'on  fît  les  radiographies  de  géants  ne  pré- 
sentant pas  de  signes  d'acromégalie.  Il  est  très  vraisemblable 
que,  pendant  tout  le  temps  que  se  poursuit  la  croissance  en 
longueur,  on  pourra  constater  la  persistance  des  cartilages  de 
conjugaison.  Ceux-ci,  au  contraire,  auront  complctementdisparu 
si  le  sujet  présente  des  déformations  acromégaliques.  »  Réser- 
vant pour  l'instant  la  question  de  savoir  si  le  géant  que  nous 
observons  deviendra  un  jour  ou  l'autre  un  acromégalique,  nous 
nous  contenterons  de  constater  que  nos  épreuves  radiogra- 
phiques  répondent  au  desideratum  exprimé  par  Meige  et 
justifient  d'une  manière  éclatante  l'hypothèse  formulée  par  lui, 
après  son  maître  Brissaud. 


C'est  encore  la  radiographie  qui  nous  a  permis  de  constater 
la  non-soudure  des  épiphyses,  chez  un  jeune  homme  de  27  ans, 
de  taille  élancée  et  présentant  de  nombreux  stigmates  de  gigan- 
tisme infantile. 


OiiSKRVATioN  II.  (P.-E.  Launois  et  Pierre  Roy.) 

Anorchide  hyperinacroskcle  de  27  ans  C^). 

Il  s'agit  d'un  jeune  homme  de  27  ans,  mesurant  1"\86,  dans  les  anté- 
cédents duquel  nous  relevons  un  assez  grand  nombre  de  maladies 
infectieuses  (rougeole,  scarlatine,  oreillons),  qui  ont  évolué  sans  com- 
plication et  sans   retentir  sur  la    croissance.   C'est   à   la   suite  d'une 

(')  HE:;r,Y  Meige,  Siu'  le  gii^anlisme,  Arch.  gén.  de  Méd.,  oclolire  11102,  p.  i4'2. 
(-)  Société  de  Biologie,  10  janvier  lOU."). 


GIGANTISME  El   INFyVNTILISME. 


bo 


fièvre    typhoule    intense    et  prolongée,    survenue    à    l'âge    de    10    ans, 
que  X...  s'est  mis  à  grandir  rapidement  et  démesurément. 
Paraissant  plus  grand  qu'il  ne  Test  en  réalité,  à  cause  de  létroilesse 


FiG   i: 


Radiographie  de  la  ma'.ii  d  un  auorcliiiie  liypermocroskèlc  (non-sondiirc 
des  épipliyses  à  28  ans). 


de  son  tronc  et  de  la  gracilité  de  ses  meniljrcs,  X...  est  loin  d'être  bici; 
proportionné;  le  développement  du  squelette  ne  s'est  pas  lait  chez  lui 
d'une  façon  harmonieuse.  La  petitesse  relative  de  la  taille  assise  (0"',(S7"i, 
comparée  aux  dimensions  de  la  taille  debout  (r",80),  ou  à  l'étendue  de  la 


8^1  GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 

grande  envergure  (l"',9f)),  montre  que  rallongement  du  squelette  est 
surtout  en  rapport  avec  la  longueur  excessive  des  membres  inférieurs. 
La  hauteur  du  grand  Irochanter  au-dessus  du  sol  est  de  J",05  :  d'après 
OuKTKLRT,  cette  distance  chez  un  sujet  normal  âgé  de  25  ans,  mesurant 
I"',G82,  ne  doit  pas  dépasser  0"',87o.  Elle  excède  donc,  dans  ce  cas  parti- 
culier, de  0  centimètres  la  hauteur  qui  ne  devrait  pas  dépasser  0"',yG 
chez  un  sujet  normalement  proportionné  d'une  taille  de  1"',8G. 

Comme  chez  le  géant  Charles,  l'examen  radiographique  nous  a  révélé 
la  persislance,  anormale  à  cet  âge,  des  cartilages  de  conjugaison.  Sur  la 
radiographie  de  la  main,  les  épiphyses  supérieures  des  différents 
segments  phalangiens  et  du  premier  métacarpien  qui,  normalement,  se 
soudent  à  la  diaphyse  entre  18  et  20  ans,  demeurent  encore  séparées  du 
corps  des  os  par  une  zone  claire,  bien  que  le  sujet  soit  dans  sa 
vingt-huitième  année.  II  en  est  de  même  pour  les  épiphyses  inférieures 
des  quatre  derniers  métacarpiens.  Les  images  radiographiques  sont  en 
tous  points  comparables  à  celles  que  nous  a  fournies  le  grand  Charles, 
qui  possède  encore,  à  l'âge  de  50  ans,  des  cartilages  de  conjugaison  en 
pleine  activité. 

L'analogie  est  plus  complète  encore  chez  nos  deux  sujets;  car  chez 
chacun  d'eux  nous  avons  trouvé  une  dystrophie  congénitale  des  testi- 
cules. En  examinant  X....  nous  avions  été  frappés  par  son  visage  abso- 
lument glabre,  sa  face  juvénile,  le  décollement  de  ses  oreilles,  commun 
chez  l'éphèbe,  sa  voix  aiguë,  l'étroitesse  de  la  partie  supérieure  de  son 
thorax  (périmètre  thoracique,  sur  la  ligne  mamelonnaire,  0"',85), 
contrastant  avec  la  largeur  anormale  de  son  bassin  aux  lignes  arrondies 
et  empâtées.  Ces  constatations  nous  ont  amenés  à  rechercher  l'état  de 
développement  de  l'appareil  génital.  Celui-ci  est  représenté  par  une 
verge  tout  à  fait  rudimentaire  qu'encadrent  quelques  poils  grêles  et 
clairsemés,  et  par  des  bourses,  plus  rudimentaires  encore  :  elles  sont 
petites,  llasques,  séparées  par  un  raphé  médian  à  peine  indiqué;  elles 
sont  complètement  vides.  La  recherche  des  testicules,  soit  dans  les  bourses, 
soit  dans  les  régions  oit  ils  peuvent  demeurer  ectopiques  (trajet  inguinal, 
creux  inguinal,  fosses  iliaques,  périnée) ,  est  demeurée  négative.  Le  toucher 
rectal  n'ayant  pu  être  pratiqué,  il  a  été  impossible  de  constater  la 
présence  des  glandes  mâles  dans  le  bassin,  et  de  préciser  l'état  des 
parties  annexes  de  l'appareil  génital  (vésicules  séminales,  prostate). 
Quoi  cju'il  en  soit,  réduits  probablement  à  l'état  d'organes  rudimen- 
taires, les  testicules  doivent  exister,  puisque  le  sujet  a  évolué  vers  le 
type  mâle,  sans  pouvoir  toutefois  le  réaliser  complètement. 

Le  caractère  le  plus  saillant  de  cette  observation  peut  être 
résumé  de  la  manière  suivante  :  Allonç/onent  des  membres  infé- 
rieurs et  persislance  des  cartilages  de  conjugaison  chez  un  anor- 
chide  de  27  ans,  mesurant  l"\8G. 

La  disjonctiondes  épiphyses  et  des  diapJiijses,  due  à  la  non-ossi- 


GKIANTISME  ET  INFANTILISME.  85 

fication  dans  toute  leur  épaisseur  des  cartilages  de  conju- 
gaison, a  pu  être  observée  (lireclemenl  sur  quelques-uns  des  sque- 
lettes de  géants  qui  sont  conservés  dans  les  Musées  anatomi- 
ques.  On  Ta  retrouvée  sur  certains  [Géant  Magrath,  de  Cunin- 
gham,  Géant  Simon  Botis,  de  Buday  et  Jancso),  dont  l'âge  élait 
connu  et  svu-  d'autres,  en  particulier,  le  Géant  américain  de 
Hinsdale,  dont  la  durée  de  la  vie  n'a  pu  être  déterminée. 

On  la  retrouve  encore  sur /es  squelettes  d'eunuques,  en  particu- 
lier sur  celui  rapporté  aVÉqypte  par  Lortet  et  conservé  à  Lyon, 
sur  celui  décrit  par  Ecker  et  se  trouvant  à  Fribourq  et  enfin  sur 
un  troisième  qui  existe  à  Heideilljerg  et  dont  Becker  a  résumé 
les  caractères  principaux.  Nous  empruntons  à  Pirsche  (')  la 
description  qu'il  donne  de  chacun  de  ces  trois  squelettes 
d'eunuques. 

«  A.  Sur  le  squelette  d'eunuque,  rapporté  d'Egypte  par  Lortet  (-),  le 
retard  de  l'ossification  est  des  plus  accusés  au  niveau  des  os  longs  des 
membres.  » 

Membre  supérieur.  —  A  son  niveau,  on  note  la  persistance  des  carti- 
lages de  l'épine  de  lomoplate,  de  la  tète  humérale.  de  rextréniitc  infé- 
rieure du  cubitus,  du  radius,  des  extrémités  inférieures  des  quatre 
derniers  métacarpiens.  L'extrémité  supérieure  du  premier  métacarpien 
n'est  pas  encore  ossifiée. 

Membre  inférieur.  —  Tous  les  cartilages  de  conjugaison  sont  encore 
conservés.  Exception  faite  pour  les  deux  premiers  métacarpiens  qui 
sont  presque  ossifiés. 

Bassin.  —  Cartilage  en  Y  nettement  visible. 

Colonne  vertébrale.  —  L'ossification  est  presque  achevée  partout: 
cependant  on  constate  que  les  traces  de  soudure  sont  très  récentes.  Le 
sacrum  présente  des  disques  intervertébraux  très  distincts  :  les  ailes 
du  sacrum  ne  sont  pas  complètement  soudées. 

«  B.  Squelette  d' eunuque .,  décrit  par  Ecker  de  Fribourg  ('•).  Mômes 
troubles  apportés  dans  l'ossification.  » 

Crâne  prognathe.  Front  bas,  occiput  proéminent. 

Membre  supérieur.  — La  tête  de  l'humérus  est  séparée  du  corps  de  l'os. 
On  note  la  persistance  des  cartilages  de  conjugaison  aux  extrémités 
inférieures  du  cubitus,  du   radius,  des  quatre  derniers  métacarpiens. 

(')  Pirsche,  Influence  de  la  castration  sur  le  développement  du  squelette. 
Tlièse  de  Lyon,  17  décembre  1902. 

(-)  LoRTET,  Allongement  des  membres  inférieurs  chez  un  eunuque.  Arch. 
cVantlirop.  criminelle.  Lyon,  1896;  et  Soc.  de  Méd.  de  Lyon,  16  mars  1890.. 

p)  Ecker,  Zur  Kenntniss  des  Korperbaues  schwarzer  Eunucken.  Abliancl- 
limgen  tierausgegeben  von  cler  Lenkenbergisclien  Nalurforsclienden  Geseltscliaft, 
1864, 


GKiANTISMJ']  ET  INFANTU.ISME. 


L'extrémité  supén'enro 


eniier  métacarpien  n'est  pas  encore  soudée. 

Membre  inférieur.  — Les  cartilages 
de  conjugaison  subsistent  tous. 

Bassin.  —  Cartilage  en  Y  existe. 
Age  du  sqnelette  :  25  ans. 

«  C.  Scjueleile  d'eunuque,  décrit 
par  Becker,  d'Heidelberg  {^).  La  con- 
servation des  cartilages  diaphyso- 
cpiphysaires  est  très  nettement  dis- 
tincte. Suivant  Becker,  on  croirait 
être  en  présence  d'un  jeune  iridi-^ 
vidu  de  17  ans:  il  est  surpjrenant 
de  rencontrer  un  tel  retard  dans 
rossi/lcation. 

Le  crâne  présente  des  sutnres  in- 
tactes, il  est  très  dolichocéphale. 
La  suture  sphéno-basilaire  n'est 
pas  encore  soudée. 

Membre  supérieur.  —  Les  carti- 
lages de  conjugaison  persistentdans 
tous  les  os  du  membre,  sauf  aux 
extrémités  supérieures  du  cubitus 
et  du  radius. 

Membre  inférieur.  —  Cartilages 
de  conjugaison  conservés  dans  tous 
les  segments  du  membre. 

Le  cartilage  en  Y  du  bassin 
existe  encore;  on  reconnaît  très 
facilement  les  points  de  réunion 
des  trois  os. 

Les  disciLies  intervertébraux  du 
sacrum  sont  distincts,  la  ligne  de 
soudure  des  os  est  facilement  re- 
connaissable. 

Age  du  squelette  :  2")  ans.  » 

Chez  riioiiiine  castré,  le  retard 
de  r ossification  complète  des  os 
longs  est  très  inanifesie.  Il  est 
difficile,  pour  cette  même  rai- 
son, de  nettement  déterminer, 


FiG.  IL  —  Squelette  d'eunuque  égyptien. 
(LoRTET.)  —  Allongement  dispropor- 
tionné des  membres  inférieurs,  absence 
de  soudure  des  épiphyses. 


(1)  Becker,  Ueber  des  Knochensys- 
tem  eines  Gastraten.  Archiv  fiir  Anat. 
Leipzig,  1899. 


GIGANTISME  ET  INEANTILISME.  87 

en    se    basant    sur  l'examen   du    squelette,    l'âge    exact    d'un 
eunuque. 

La  prolonr/ation  de  ratification,  an  delà  de  ses  limites  normales, 
dans  les  cartilages  de  conjugaison  et  le  relard  de  la,  soudure  com- 
plète des  épiphyscs  à  la  diap/ti/se,  au  niveau  des  os  longs,  s'observent 
chez  les  animaux,  comme  c/uz  Vhonnnc^  après  la  castration. 
Oue  l'opération  soit  ^  de  convenance  »  ou  expérimentale,  les 
ti"oubles  observés  seront  d'autant  plus  marqués  qu'elle  aura 
été  pratiquée  à  un  âge  plus  jeune. 

Sellheim  ('),  qui  a  utilisé  de  nombreux  matériaux  provenant 
des  abattoirs  d'une  ville,  a  constaté  que,  cliez  la  truie.,  il  n'y  a 
jamais  ossification  complèle  des  os  longs. 

De  même,  chez  le  bœuf,  même  lorsqu'il  a  atteint  sa  quatrième 
année,  on  trouve  un  retard  très  net  dans  l'ossification.  Depuis 
les  recherches  de  Bonnet,  on  sait  que  celle-ci  est  complète  chez 
le  taureau  âgé  de  '2  ans.  Chez  un  bœuf  de  3  ans  5/4,  Sellheim 
a  trouvé,  à  l'extrémité  inférieure  du  fémur,  un  cartilage  mesu- 
rant encore  2  millimètres  d'épaisseur,  tandis  que  chez  un  tau- 
]-eau  de  même  race,  l'ossification  était  tout  à  fait  complète. 

De's  constatations  du  même  genre  ont  été  faites,  d'autre  part, 
chez  les  bœufs,  par  Becker  :  quand  on  les  sacrifie  à  l'âge  de 
trois  ans,  ou  retrouve  très  nettement  les  lignes  diaphyso-épi- 
physaires,  qui  marquent  la  soudure  très  récente  des  épiphyses. 
;<  L'ossification  était  encore  si  peu  avancée,  qu'après  une  ma- 
cération de  plusieurs  mois  dans  l'eau  pure,  les  diaphyses  et  les 
épiphyses  se  trouvaient  séparées.  » 

Expérimentant  sur  des  chiens  et  les  tuant  quinze  mois  après 
avoir  pratiqué  la  castration,  Sellheim  observa  un  allongement 
très  manifeste  des  membres  postérieurs,  un  retard  notable  dans 
l'ossification,  se  traduisant  à  l'œil  par  la  persistance  des  cartila- 
ges de  conjugaison.  Il  signale  les  mêmes  modifications  chez  les 
chapons,  mais  fait  remarquer,  toutefois,  que  leur  persistance 
n'est  pas  d'aussi  longue  durée  que  chez  les  grands  animaux. 

De  même  Pirsche  (^)  qui  a  repris  les  expériences  de  Poncet, 
en  sacrifiant  ses  chapons  au  bout  de  huit  mois,  observe  une 
soudure  complète.    «   La  disparition  du  cartilage  de  conjugai- 

(')  H.  Sellheim.  Castration  und  Knoclionwachslhum.  Beilr.  zur  Geburtsli.  iind 
Gynàkol.,  II,  2,  1899. 
(-)  Pirsche,  lor.  cit. 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 


son,  écrit-il,  n'a  rien  de  surprenant  chez  ces  oiseaux,  car,  chez 
eux,  l'ossification  est  très  rapide.  » 

En  revanche,  chez  le  cobaye^  Pirsche  a  constaté  qu'avec  le 


FiG.  lo.  —  Épreuves  racliographiques  de  fémurs  appartenant  à  des  coqs  et  à  des  chapons 
de  la  même  couvée,  sacriliés  à  8  mois.  (Pirsche.) 

même   délai    de   huit   mois  après  la  castration  expérimentale. 


GIGANTISME    ET  INFANTILISME.  89 

l'ossificalion  demeurait  inachevée.  «  Si  l'on  pratique  une  coupe 
longitudinale  de  l'os,  on  remarque  la  persistance  bien  accusée 
des  cartilages  de  conjugaison  chez  les  animaux  opérés;  chez  lo 
témoin,  le  cartilage  est  en  pleine  voie  de  disparition  (').   » 

De  l'ensemble  de  ces  faits  découlent  les  deux  conclusions 
suivantes  : 

Un  retcuYÎ  plus  ou  moins  marqué  s'observe  dans  V ossification  des 
os  longs  des  membres  chez  tous  les  sujets,  surtout  mâles,  hommes 
ou  animaux,  dont  Vappareil  génital  est  incomplet  ou  absent. 

La  présence  de  cartilages  actifs  dans  les  os  longs  des  membres,  et 
plus  particulièrement  au  niveau  des  épiphyses  qui,  normalement ^  se 
soudent  les  dernières  à  la  diaphyse,  explique  f  inégal  développement 
des  membres  par  rapport  au  tronc  et  aussi  f  inégal  développement 
des  différents  segments  des  membres  comparés  entre  eux. 


CHAPITRE   II 
LA    CROISSANCE   GIGANTESQUE    ET    SES   ANOMALIES 

Le  caractère  le  plus  remarquable  de  la  croissance,  chez  le 
géant  infantile,  est  sa  continuité  et  sa  persistance  au  delà  des 
limites  normales.  Ayant  commencé  à  s'allonger  démesurément 
à  un  âge  assez  souvent  difficile  à  nettement  préciser,  il  continue 
à  grandir  quoiqu'il  ait,  depuis  un  temps  plus  ou  moins  long, 
dépassé  l'époque  à  laquelle  la  clôture  de  l'ossification  est 
complète. 

Bien  qu'il  ait  atteint  sa  trente-deuxième  année,  le  Grand 
Charles,  par  exemple,  continue  à  s'allonger,  et  l'accroissement 
de  sa  taille,  déjà  excessive,  se  fait  avec  une  progression  régu- 
lière. On  ne  constate  pas,  en  effet,  chez  lui,  cet  accroissement 
brusque  qui  se  fait  vers  17  ou  18  ans,  et  qui  a  été  signalé  chez 

(')  Pour  toute  cette  question  des  modifications  entraînées  par  la  castration 
dans  le  jeune  âge,  voir  la  très  récente  et  complète  monographie  de  P.  J.  Mô- 
Bius.  Uber  die  Wirkungen  der  Castration.  Halle,  A.  D.  S.,  1905.  —  Cet  auteur, 
au  chapitre  Veranderungen  der  Knochen,  rappelle  toutes  les  expériences  que 
nous  venons  de  mentionner,  en  particulier  celles  de  Sellheim,  et  signale  aussi 
que  RuMPF  observa  le  même  retard  d'ossification  des  cartilages  chez  la  chienne 
castrée.  —  Mais,  d'une  manière  générale,  les  effets  de  la  castration  chez  les 
femelles  sont  beaucoup  plus  inconstants  et  difficiles  à  interpréter. 


90  GIGANTISME  ET  INEANTIUSME. 

beaiicoiip  de  géanls  acromégaliques  (Henry  Meige).  A  21  ans, 
Capitan  no  relevait  qu'une  hauteur  de  r",8G.  Comme  beaucoup 
de  conscrits  normaux,  il  continue  à  croître  pendant  ses  trois 
années  de  service  militaire.  A  27  ans  il  mesurait  1"\99;  enfin 
dans  ces  trois  dernières  années  il  a  encore  gagné  5  centimètres. 
La  persistance  de  ses  cartilages  de  conjugaison  nous  permet 
de  supposer  qu'il  est  susceptible  de  grandir  encore. 

Chez  le  géant,  comme  chez  le  jeune  sujet,  dit  J.  Lucas-Cham- 
pionnière,  l'accroissement  n'est  pas  le  résultat  d'un  allonge- 
ment régulier  et  continu  du  squelette;  l'accroissement  se  l'ait 
par  périodes  intermittentes,  s'accompagnant  de  malaise  géné- 
ral, de  douleurs  articulaires,  parfois  de  poussées  fébriles.  En 
tout  cas,  ce  ([u'il  est  intéressant  de  noter  chez  Charles  F.,  c'est 
la  persistance  des  douleurs  articulaires,  très  violentes,  douleurs 
de  croissance  sans  doute,  provoquant  l'insomnie,  et  qui  l'ont 
amené  à  consulter  à  l'hôpital. 

Le  genu  valguni,  si  accusé  chez  notre  sujet,  s'est  développé 
tardivement  :  nous  possédons  en  effet  une  photographie  prise 
au  sortir  du  régiment,  qui  le  représente  sous  l'uniforme  d'un 
grand  cuirassier,  dont  la  jambe  gauche  est  parfaitement  recti- 
ligne.  En  août  1898,  Championnière  le  vit  une  première  fois 
dans  son  service  de  riiôtel-Dieu,  oi^i  il  était  venu  demander  des 
soins  pour  une  entorse  tibio-tarsienne  gauche;  «  à  cette  époque, 
la  jambe  était  absolument  droite  »  ;  ce  n'est  donc  qu'à  l'âge  de 
27  ans  que  s'est  produite  la  déformation  osseuse  qui  semble 
aller  d'ailleurs  en  s'accentuant.  On  sait  que  le  genu  valgum  se 
produit  d'ordinaire  chez  les  jeunes  sujets  dont  l'accroissement 
des  membres  inférieurs  est  très  rapide,  et  qu'il  est  dû  au  déve- 
loppement exagéré  et  irrégulier  de  l'extrémité  diaphysaire  du 
fémur.  Le  seul  fait  de  la  production  tardive  de  cette  déforma- 
tion aurait  pu  suffire  pour  affirmer  la  persistance  de  cartilage 
de  conjugaison  au  niveau  de  l'extrémité  inférieure  de  cet  os.     • 

La  déformation  articulaire  du  genou  offre  dans  un  cas  de  ce 
genre  un  intérêt  tout  particulier  : 

1°  Le  genu  valgum  a  été,  en  effet,  signalé  chez  les  géants  : 
Langer ('),  étudiant  leur  conformation  physique,  notait  que, 
chez  eux,  la  ceinture  pelvienne  est  proportionnellement  aug- 

(*)  Langef,  lor.  fiL 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME.  91 

mentée  d'une  manière  très  nette  et  ajoutait  que  cet  élargisse- 
ment du  bassin  contrilniait  avec  la  longueur  anormale  des 
membres  inférieurs  à  produire  le  {/mu  valgiim  {Knovh-Kuce  des 
Anglais"),  et  expliquait  sa  fn'quence. 

Cunningham('),  sur  le  squelette  du  géant  irlandais  Cornélius 
Magrath,  observa,  de  son  côté,  Texistence  d'un  çjenu  valgum 
double,  surtout  accusé  du  côlé  gauche.  «  Le  condyle  interne 
est  extrêmement  long,  tandis  que  lexterne  est  très  court.  Cette 
déformation  n'est  pas  due  à  l'obliquité  originaire  de  la  ligne 
épipliysaire,  puisque  les  condyles  descendent  le  long  de  lignes 
qui  sont  parallèles  au  grand  axe  de  la  diaphyse  fémorale.  11  est 
plus  que  probable  que  l'extrême  largeur  du  bassin  peut,  en 
quelque  mesure,  être  responsable  de  la  déformation.  »  Gunnin- 
gham  ajoute  que,  chez  le  géant  de  Saint-Pétersbourg  et  sur  le 
squelette  de  Berlin,  n"  5040,  il  existe  également  un  haut  degré 
de  genu  valgum. 

Enfin  le  géant  étudié  parBuday  et  Jancso  ('),  chez  lequel  nous 
avons  déjà  mentionné  le  retard  dans  la  soudure  des  épiphyses, 
présentait  aussi  un  genu  valgum  droit  ('). 

2"  D'autre  part,  l'existence  d'un  genu  valgum  a  été  notée 
assez  fréquemment  chez  les  acromégaliqiies  (Osborne,  Middleton, 
Schiiltze,  Hitschmann,  Rosewell  Park). 

o"  Enfin  le  genu  valgum  n'est  pas  rare  chez  les  infantiles 
(Henry  Meige)(*). 

La  déformation  des  genoux  se  rencontrant  à  la  fois  chez  les 
géants^  chez  les  acromégaliques  et  chez  les  infantiles,  il  est  déjà 
permis  de  penser,  par  ce  seul  fait,  qu'il  existe  peut-être  d'au- 
tres relations  entre  ces  trois  états  pathologiques. 

Chez  le  géant  infantile,  la  croissance  ne  porte  pas  également  sur 
les  différents  segments  du   squelette,  il  en  résulte  un  développement 

(')    CUNNINGHAM,    ÎOC.    cit. 

(-)  BuDAY  et  .Jancso,  loc.  cit. 

(^)  Au  sujet  d'un  géant  contemporain  iLépi),  qui  eut  son  heure  de  céléljrité 
dans  les  foires  et  les  hippodromes,  une  paysanne  normande  originaire  du 
même  village,  Beuville  (Calvados),  nous  écrivait  :  «  Jamais  comme  lutteur  il 
n'a  connu  son  maître,  surtout  quand  il  luttait  à  genoux;  car  il  n'avait  pas 
beaucoup  de  forces  dans  les  jambes.  A  25  ans,  c'était  ce  qu'on  appelle  un  grand 
bancal....  » 

(*)  Henry  Meige,  L'infantilisme,  le  féminisme  et  les  hermaphrodites  antiques. 
U Anthropologie,  {.  IV.  1S95,  p.  21. 


92  (ilGANTISME  ET  INFANTILISME- 

irrégidier,  tout  à  fait  anormal,  dont  Papillault  (')  a  pu  analyser 
les  différentes  phases.  Son  mémoire  {Mode  de  croissance  chez 
un  géant)  est  basé  sur  les  mensurations  qu'il  a  pu  faire  chez  le 
Géant  Charles,  alors  âgé  de  27  ans. 

«  Il  m'a  été  permis  d'étudier  et  de  mesurer  le  géant  que  M.  Capitan 
avait  présenté  à  la  Société  dans  sa  dernière  séance.  Ce  sont  les  résultats 
de  cet  examen  que  j'apporte  aujourd'hui. 

«  Je  diviserai  cette  étude  en  trois  parties  :  dans  la  première  j'exami- 
nerai le  tronc  et  les  membres;  dans  la  seconde  je  m'occuperai  de  la 
tète,  et  enfin  dans  la  troisième  j'essaierai  de  donner  quelques  aperçus 
sur  la  genèse  de  cette  anomalie. 

«  I.  Élude  du  tronc  et  des  membres.  —  Les  mesures  n'ont  qu'une  bien 
petite  valeur  documentaire  si  on  ne  les  compare  à  d'autres  qui  soient 
prises  exactement  suivant  la  même  méthode.  Cette  dernière  condition 
n'est  sûrement  remplie  que  si  toutes  ont  été  relevées  par  le  même 
opérateur,  ou  tout  au  moins  par  des  anthropologistes  ayant  souvent 
opéré  ensemble. 

ce  J'ai  donc  cherché  à  mettre  ce  géant  en  parallèle  avec  un  type 
d'homme  normal  qui  puisse  faire  ressortir  les  anomalies  qu'une  crois- 
sance exagérée  pouvait  avoir  produites  dans  ses  proportions. 

«  Dans  ce  but  j'ai  recherché,  parmi  les  100  cadavres  masculins  que 
j'ai  mesurés  à  la  Faculté  de  Médecine,  des  individus  très  grands  et  en 
même  temps  robustes  et  bien  constitués.  Je  m'assurais  ainsi  que  leur 
taille  n'était  pas  due  à  un  accident  de  croissance,  souvent  patholo- 
gique, qui  fait  croître,  en  longueur  seulement,  un  adolescent,  et  cela 
presque  toujours  aux  dépens  de  sa  robustesse  même.  Je  n'en  ai  trouvé 
que  trois,  remplissant  tout  à  fait  ces  conditions.  Leur  taille  élevée 
(l",??  en  moyenne)  n'avait  pas  été  obtenue  au  détriment  de  leurs  autres 
proportions;  celles-ci  restaient  harmonieuses;  les  muscles  étaient  même 
puissants;  c'étaient,  en  un  mot,  des  géants  vrais,  c'est-à-dire  des 
hommes  ayant  possédé  dans  leur  enfance  une  capacité  de  développe- 
ment, ou,  si  Ton  aime  mieux,  une  énergie  prolilerative  de  tous  leurs 
éléments  cellulaires,  vraiment  supérieure  à  la  moyenne. 

«  Il  est  vrai  que  ces  cadavres  étaient  mesurés  couchés,  tandis  que  le 
géant  était  debout.  Mais  il  m'a  été  facile  de  m'assurer  que  la  différence 
de  taille  que  l'on  trouve  chez  un  même  individu  mesuré  successivement 
dans  ces  deux  positions  tient  surtout  aux  modifications  du  pied  :  la 
voûte  s'affaisse  et  le  matelas  graisseux  de  la  plante  s'écrase  sous  le 
poids  du  corps  dans  la  station  debout,  de  sorte  cjue  la  dimension  de 
beaucoup  la  plus  modifiée  est  la  hauteur  de  la  malléole  au-dessus  du 
sol;  aussi   n'en  calculerai-je   pas    le    rapport    centésimal.   Quant   aux 


(')  G.  Papillault,  Mode  de  croissance  chez  un  géant.  Bull,  de  la  Soc.  d\in- 
Ihropolof/ie,  l'"'juin  181)9.  .'  .   . 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME.  93 

segments  des  membres  et  du  tronc,  ils  ne  subissent  que  des  change- 
ments insigniliants,  et  ce  sont  eux  qui  nous  intéressent  ici. 

«  Le  tableau  I  donne  dans  une  première  colonne  A  les  chiiïres  du 
géant,  dans  une  seconde  B  la  moyenne  des  trois  cadavres,  dans  la 
dernière  le  rapport  centésimal  des  deux  nombres  précédents,  montrant 
de  combien  le  géant  dépasse  la  moyenne  des  trois  en  centièmes  de 
leur  propre  taille.  Ce  rapport  manque  en  regard  de  quelques  mesures, 
qui  n'ont  pu  être  prises  sur  les  cadavres. 

«  Par  sa  taille  totale,  on  voit  que  le  géant  atteint  un  rapport  de  II."), 
ou  si  l'on  préfère,  dépasse  do  15  centièmes  les  hommes  robustes  de 
l'",??.  S'il  avait  les  mêmes  proportions  que  ces  derniers,  ce  nombre  115 
se  retrouverait  en  face  de  chaque  dimension.  Ce  serait  là  un  cas  bien 
extraordinaire,  car  on  rencontre,  pour  chaque  individu,  des  variations 
personnelles  plus  ou  moins  considérables.  Il  ne  faut  donc  pas  s'étonner 
de  ne  pas  rencontrer  partout  le  même  rapport.  Mais  ces  variations 
offrent  un  maximum  d'écart  qu'il  est  déjà  intéressant  de  noter.  Or,  nous 
voyons  qu'elles  sont  comprises  entre  97  et  128  et  même  152,  c'est-à-dire 
que  leur  écart  maximum  atteint  51  centièmes,  presque  un  tiers  des 
dimensions  des  trois  Parisiens.  Ce  minimum  et  ce  maximum  portent 
sur  des  régions  faciles  à  mesurer  ;  ils  se  rattachent  aux  valeurs  moyennes 
par  une  suite  ininterrompue  de  nombres  intermédiaires,  ce  ne  sont 
donc  pas  des  accidents  locaux.  L'étendue  considérable  que  présente  ce 
champ  des  variations  nous  montre  déjà  que  nous  avons  affaire  à  un 
individu  dont  la  croissance  a  échappé  aux  conditions  normales,  je  veux 
dire  à  cet  ensemble  d'excitations  fonctionnelles  et  nutritives  dont  les 
relations  à  peu  près  constantes  déterminent  les  proportions  somatiques 
moyennes. 

Tableau  I.  —  Mesuret^  du  Ironc. 


B 

Moyenne 

Si 

de 

B  =  100 

5  Parisiens. 

A--= 

Géant. 

Taille  dcbjul t'-oeO             l'"770             115 

Tronc 

Hauteur  :  trou  audilif  à  pubis  ....  0,740             0,740             100 

—  trou  auditif  à  épine  iliaque.  0,048             0,059               98 
Largeur  bi-acromiale 0,40 

Circonférence  thoraciquc 1,015 

—             au  niveau  de  la  taille.   .  0,892 

Bassin. 

Hauteur  verticale  :  épine  iliaque  à  pubis  0,092              0,081              11," 

Largeur  :  entre  crêtes  iliaques  ....  0,.">05             0,511                97 

—  entre  épines 0,265             0,262             100 

Membre  inférieur  droit. 

Hauteur  :  iémur .    •  0,,529             0,441              119 

—  tibia 0,50'.!              0,590              128 

—  malléole  interne 0,087 


B 

A 

Moyenne 

■  Si 

de 

B  ^  JOO 

Géaul, 

5  Parisiens. 

A  = 

0,287 

0,256 

112 

0,14.- 

0,!.50 

110 

0.082 

0 ,006 

124 

0,048 

0 ,0470 

100 

0,i08 

0,094 

114 

0,081 

0 ,0658 

125 

0,126 

0,095 

152 

0,.j81 

0,541 

111 

0,208 

0,248 

120 

0,255 

0,200 

116 

0,1185 

0,1045 

115 

0,125 

0,1111 

112 

0,072 

0,0658 

112 

0,01G 

0,016 

100 

0,074 

.. 

0,067 

0,050 

115 

0  ,007 

0 ,0826 

117 

94  GKiANTISME  ET  INFANTILISME 


Longueur  :  jiied 

—  l'^''  orteil  avec  uiélaLaïaieu. 

—  2'"  orteil  seul 

—  L'' orteil  (partie  libre  . 
Largeur  :  bicondylienne 

—  bimalléolaire •    •    • 

—  du  pied 

Membre  supérieur. 

Hauteur  :  humérus 

—  radius    .... 
Longueur  :   main 

—  médius.    .    . 

—  pouce  avec  m..^tacaivie:i   . 
pouce  seul 

—  ongle  du  médiu.-i.    ... 
Largeur  :  humérus  (extrémité  infér.'. 

—  poignet 

—  main 

«  Une  seconde  question  se  pose  dès  lors  à  nous  :  ces  irrégularités 
montrent-elles  un  véritable  alTolement  dans  la  croissance  de  ce  géant, 
frappant  cà  et  là  une  partie  de  l'organisme,  au  hasard  et  sans  ordre 
aucun,  ou  au  contraire  obéissent-elles  à  une  loi,  peuvent-elles  être 
systématisées?  —  Un  examen  attentif  du  tableau  I  va  nous  permettre 
de  répondre. 

«  On  voit  de  suite  cjue  le  tronc  est  la  région  ({ui  a  le  moins  augmenté. 
La  hauteur  et  la  largeur  du  bassin  ont  à  peu  près  les  mêmes  dimen- 
sions que  chez  les  trois  Parisiens. 

«  Il  n'en  est  plus  de  même  pour  les  membres,  dont  tous  les  segments 
sont  bien  supérieurs  à  la  moyenne  B;  mais  avant  d'entrer  dans  leur 
examen  détaillé,  constatons  tout  d'abord  que  le  membre  inférieur  s'est 
accru  davantage  <{ue  le  supérieur. 

«  Il  y  a  là  un  caractère  très  important  à  noter,  car  les  troubles  patho- 
logic[ues  de  la  croissance  portent  particulièrement  sur  les  membres 
inférieurs.  C'est  ce  c|ue  l'on  peut  constater  après  les  maladies  fébriles 
des  adolescents.  C'est  ce  c[u'on  trouve  également  chez  les  eunuques  qui 
ont  été  mutilés  avant  la  puberté.  Très  souvent  je  rencontre  parmi  les 
cadavres  de  la  Faculté  ce  type  de  dégénéré  dont  le  tronc  étroit, 
malingre,  s'associe  avec  des  membres  inférieurs  très  longs  et  des 
membres  supérieurs  courts. 

«  La  croissance  relative  des  segments  n'est  pas  moins  intéi^essante. 
Les  segments  proximaux,  fémur  et  humérus,  ont  un  rapport  beaucoup 
moins  élevé  que  les  segments  distaux.  On  sait,  et  j'ai  un  certain 
nombre  de  mesures  cjui  en  font  la  preuve,  que  les  statuaires  augmentent 
la  longueur  du  segment  distal  dans  le  membre  inférieur;  on  sait,  d'autre 
part,  que  la  grandeur  de  l'avant-bras  par  rapport  au  bras  est  un  carac- 


I 


GIGANTISME   ET  INFANTILISME.  95 

tère  simien.  Il  est  curieux  de  voir  une  cause  pathologique  déterminer 
du  même  coup  des  caractères  aussi  inverses,  et  on  doit  en  conclure 
qu'il  y  a  bien  des  retouches  à  faire  dans  les  classifications  les  plus 
généralement  admises  des  formes  esthétiques  ou  régressives. 

«  La  main  et  le  pied  ont  augmenté  de  longueur  un  peu  moins  que  le 
segment  distal  qui  leur  correspond.  Cet  accroissement  semble  avoir 
porté  à  peu  près  également  sur  tous  les  os  qui  les  composent. 

«  En  résumé,  la  cause  déterminante  de  ce  cas  de  gigantisme  a  atteint 
les  divers  segments  d'une  façon  systématique.  Elle  a  eu,  dans  l'orga- 
nisme, une  élection  spéciale  pour  les  membres,  dans  les  membres  pour 
le  membre  inlerieur,  dans  leurs  segments  pour  le  segment  distal. 

<  L'accroissement  des  os  en  épaisseur  ne  montre  pas  nettement  le 
parallélisme  qu'on  serait  en  droit  de  supposer  entre  lui  et  l'élection 
spéciale  qu'on  observe  dans  l'allongement,  ou,  si  cette  élection  agit 
encore  ici,  elle  est  en  grande  partie  masquée  par  une  loi  beaucoup  plus 
simple  :  tout  le  périoste  semble  avoir  reçu  une  excitation  fonctionnelle 
à  peu  près  uniforme  ;  la  couche  osseuse  déposée  ainsi  sur  toute  la 
surface  du  squelette  détermine  forcément  dans  la  forme  et  l'épaisseur 
relative  des  os  des  modifications  d'autant  plus  sensibles  qu'on  observe 
des  os  plus  petits.  Il  en  résulte  c{ue  l'épalssissement  des  extrémités, 
qu'on  constate  dans  certaines  maladies  osseuses,  comme  l'acromégalie, 
ne  tient  peut-être  qu'à  une  irritation  générale  du  périoste,  causée, 
comme  on  le  sait,  dans  l'exemple  que  j'invoque,  par  les  produits  de  la 
glande  pituitaire.  Il  en  résulte  aussi  dans  notre  cas  que,  lorsqu'un 
diamètre  ne  porte  que  sur  un  seul  os  (longueur  bicondylienne  du  fémur), 
c'est-à-dire  lorsque  le  diamètre  ne  comprend  entre  ses  deux  extrémités 
que  deux  membranes  périostiques,  on  constate  l'accroissement  le  plus 
faible.  L'indice  augmente  quand  le  diamètre  comprend  deux  os,  c'est-à- 
dire  quatre  membranes  périostiques  (malléoles,  poignet).  Enfin,  il 
atteint  son  maximum  au  niveau  de  la  main  et  du  pied  quand  le  diamètre 
comprend  quatre  ou  cinq  os  juxtaposés  sur  une  même  ligne.  (Voir 
tableau  I.) 

«  Ces  deux  modes  d'accroissement,  en  longueur  et  en  largeur, 
obéissent  donc  chacun  à  une  loi  particulière  :  peut-on  entrevoir  une 
explication  satisfaisante  de  ces  processus  différents?  Pour  avoir  une 
réponse  sûre,  il  faudrait  avoir  un  plus  grand  nombre  d'observations. 
Cependant  quelques  remarques,  faciles  à  faire  dès  maintenant,  vont 
nous  donner  des  indications  sur  cette  question. 

«  Comme  nous  le  verrons  plus  loin,  ce  cas  de  gigantisme  n'est  qu'une 
croissance  prolongée  ou  delà  de  S07i  époque  habituelle  par  une  cause  anor- 
male. Ordinairement,  un  adolescent  qui  arrive  à  l'àge  de  17  à  18  ans  est 
bien  près  d'atteindre  sa  taille  définitive.  Certains  de  ses  cartilages  de 
conjugaison  ont  déjà  disparu  par  suite  de  la  soudure  des  épiphyses, 
d'autres  sont  sur  le  point  de  s'arrêter,  d'autres  enfin  vont  croître  encore 
jusqu'à  24  ans.  Ces  cartilages  sont  donc  à  des  périodes  d'activité  très 
diverses,  depuis  l'arrêt  complet  jusqu'à  la  prolifération  la  plus  forte.  On 


96  GIGAMISME  ET  INFANTILISME. 

peut  dès  lors  supposer  qu'ils  auront,  devant  une  cause  pathologique 
d'irritation,  des  réactions  fort  différentes,  et  il  en  résultera  une  élection 
particulière  pour  les  cartilages  qui  étaient  encore  en  activité,  et  un 
trouble  systématique  dans  les  proportions  du  corps. 

«  Le  périoste,  au  contraire,  a  une  période  d'activité  beaucoup  plus 
longue,  puisque  les  os  augmentent  d'épaisseur  jusqu'à  un  âge  assez 
avancé,  il  réagira  donc  d'une  façon  beaucoup  plus  uniforme.  Il  est 
possible  et  même  probable  que  cette  activité  de  la  couche  ostéogénique 
du  périoste  n'est  pas  exactement  partout  la  même,  il  y  aura  donc  encore 
de  sa  part  une  réaction  variable  suivant  les  régions  devant  l'irritation 
pathologique.  Mais  ces  variations  seront  bien  moins  prononcées  que 
dans  les  cartilages,  puisque  partout  le  périoste  garde  le  pouvoir  de 
créer  de  l'os,  tandis  que  beaucoup  de  cartilages  ont  perdu  définitive- 
ment leur  activité. 

«  On  voit  donc  que  les  troubles  qui  surviennent  dans  la  sécrétion 
des  glandes  trophiques  doivent  imprimer  à  l'organisme  une  croissance 
très  spéciale  et  dont  le  mode  varie  nécessairement  suivant  l'âge  où  ces 
troubles  surviennent.  Tous  les  tissus  ostéogènes  (cartilagineux  oa 
périostiques)  réagissent  suivant  le  degré  d'activité  normale  qu'ils 
possédaient  encore  au  début  de  la  maladie.  Il  en  résulte  nécessairement 
dans  le  squelette  un  défaut  de  corrélation  avec  les  organes  neuro-mus- 
culaires qui  le  meuvent  et  en  temps  ordinaire  dirigent  sa  croissance. 
C'est  donc,  dans  toute  l'acception  du  mot,  un  squelette  anormal,  puis- 
qu'il échappe  à  la  loi  fondamentale  de  corrélation  qui  détermine  ses 
proportions. 

«  C'est  bien  là  le  cas  de  notre  géant;  ses  muscles  sont  restés  station- 
naires,  tandis  que  son  squelette  croissait  toujours.  Par  suite,  ses  forces 
ont  diminué,  il  se  fatigue  très  vite,  sa  force  des  mains  est  bien  au- 
dessous  de  la  moyenne,  ses  formes  encore  assez  arrondies,  comme  on 
peut  le  voir  sur  la  photographie  (fig  2  et  5),  laissent  apercevoir  diffi- 
cilement les  saillies  musculaires  sous  la  couche  assez  abondante  du 
tissu  adipeux.  Le  tableau  II  montre  bien  que  les  membres  n'ont  pas  un 
volume  en  rapport  avec  leur  longueur. 

«  Ces  faits  vont  nous  expliquer  la  genèse  du  genu  valgiun  que  le 
géant  présente  du  côté  gauche,  et  qui  est  apparu  au  cours  de  sa  crois- 
sance anormale. 

Tadleau  II.  —  Circonférences.  - 

Cou 0'"570 

Thorax 1,015 

Taille , .  0,892 

Bras 280 

AvanL-bras 271 

Poignet.. 197 

r.Liisse  :  circonliirencc  supérieure  uroile  .   - 544 

—  —                     —          gauche 559 

—  —              inférieure  droite 420 

-"            •        —            .        _         gauche ■     .599 


GIGANTISME    KT  INFANTILISME. 

Mollet  :  circonférence  droite 

—  —  gauclie 

Malléoles,  des  deux  cùLés 


582 
375 
240 


97 


«  Remarquons  tout  d'abord  que  d'une  façon  générale  le  squelette  a 
acquis  une  résistance  parfaitement  suffisante  pour  remplir  ses  fonctions 
de  support.  Il  ne  présente  aucune  de  ces  incurvations  qui  sont  les 
signes  évidents  de  la  faiblesse  osseuse.  Au  contraire  les  muscles  et  les 
ligaments  n'ont  pas  acquis  un  développement  corrélatit  avec  celui  du 
squelette,  et  sont  devenus  de  plus  en  plus  insuffisants  à  remplir  leur 
tâche.  Si  donc  ces  parties  molles  jouent  un  rôle  important  dans  la 
forme  et  la  résistance  de  certaines  régions  du  squelette,  c'est  là  seule- 
ment que  nous  découvrirons  des  traces  de  faiblesse,  et  elles  ne  tien- 
dront pas  au  tissu  osseux  lui-même,  mais  à  des  causes  cxtéi^eures  à 
lui,  à  la  faiblesse  des  membres  et  des  ligaments. 

«  Nous  en  trouvons  tout  d'abord  dans  les  courbes  du  rachis  qui  sont 
très  accentuées.  Le  sujet  avait  même  beaucoup  de  peine  à  se  redresser 
pendant  que  je  le  mesurais. 

«  Ce  fait  était  dû  évidemment  à   sa  faiblesse  générale;  on  sait  en 
effet  que  Dlcheane  de   Boulogne   a  démontré 
depuis  longtemps  le  rôle  des  muscles  dans  les 
courbures  de  la  colonne  vertébrale. 

«  C'est  aussi  à  la  même  influence  musculaire 
que  cet  auteur  rattachait  le  maintien  de  la 
voûte  plantaire.  On  ne  sera  donc  pas  étonné  de 
constater  que  notre  géant  avait  sa  voûte  plan- 
taire légèrement  affaissée,  qu'il  avait,  en  un 
mot,  une  tendance  au  pied  plat. 

a  Enfin  c'est  encore  à  la  même  cause  qu'il 
devait  l'apparition  progressive  de  son  genu 
vcdgum.  La  figure  17  le  fera  comprendre  facile- 
ment :  la  diaphyse  fémorale  est  oblique  sur 
l'axe  des  condyles  XX,  c'est-à-dire  qu'elle  fait 
avec  cet  axe  un  angle  plus  petit  que  90°;  comme 
conséquence  immédiate  elle  fait  avec  les  os  de 
la  jambe  un  angle  A  ouvert  en  dehors  et  plus 
petit  que  180".  Naturellement  le  poids  du  corps, 
agissant  dans  la  direction  P,  va  tendre  à  fer- 
mer davantage  cet  angle  A.  Examinons  ce  qui 
va  se  passer  chez  un  adolescent  dont  les  car- 
tilages de  conjugaison  ne  sont  pas  encore  sou- 
dés. (Pointillé  de  la  fig.  16.) 

«  Si  l'angle  A  tend  à  se  fermer,  ce  mouvement 
d'inclinaison  du  fémur  sur  le   tibia  va  tendre 

à  séparer  en  dedans  les  surfaces  articulaires  tibio-fémorales  ;  il  en 
résulterait  une  luxation  à  laquelle  vont  s'opposer  les  puissants  liga- 
ments de  l'articulation,  ligaments  croisés  et  ligament  interne.  Par  eux 

LAUNOIS   ET    r.OY.  7 


Fig.  16.  —  Les  os  du  mem 
lare  inférieur  avec  leurs 
épipiiyses  noa  encore 
soudées.  (D'après  l'ana- 
loinie  de  l'oiiuEU.) 


98  GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 

l'épiphyse  condylienne  sera  donc  maintenue  solidement  en  place  sur 
l'épiphyse  tibiale. 

«  Mais  nous  avons  un  autre  point  faible,  c'est  le  cartilage  de  conju- 
gaison C  D,  ciui  forme  un  disque  dont  la  prolifération  cellulaire  déter- 
mine rallongement  de  Fos.  La  tendance  de  Fangle  A  à  se  fermer  sous 
l'influence  du  poids  du  corps  va  déterminer  dans  la  partie  externe  D  de 
ce  disque  une  pression  considérable,  et  au  contraire  dans  la  partie 
interne  C  une  pression  négative,  une  tendance  à  la  disjonction  des  deux 
surfaces  osseuses  diaphysaire  et  épiphysaire.  Cette  différence  de 
pression  dans  les  deux  régions  du  disque  va  déterminer  une  différence 
de  croissance  à  leur  niveau  ;  elle  sera  très  faible  en  dehors  et  consi- 
dérable en  dedans,  et  l'oblicfuité  de  l'axe  fémoral  ira  en  augmentant 
jusqu'à  la  formation  d'un  genu  valgum....  A  moins  qu'une  force  contraire 
ne  vienne  annuler  l'effet  de  la  pesanteur. 

«  Nous  n'avons  pas  le  choix  dans  la  détermination  de  cette  force  :  elle 
ne  peut  exister  que  dans  les  muscles.  Le  manchon  épais  qu'ils  forment 
autour  des  os  dans  le  membre  inférieur  est  toujours,  dans  la  station 
debout,  en  un  état  de  contraction  ou  de  tonicité  qui  agit  précisément 
au  moment  oî^i  agit  la  pesanteur.  Tous  les  muscles  internes  qui  partent 
du  bassin  ou  du  fémur  et  vont  s'insérer  sur  la  jambe  (vaste  interne, 
demi-tendineux,  demi-membraneux,  jumeau  interne  etc.),  vont  avec 
leurs  antagonistes  équilibrer  l'action  de  la  pesanteur  et  corriger 
l'influence  néfaste  c^u'à  elle  seule  elle  aurait  exercée  sur  la  croissance 
des  cartilages. 

«  Si  les  muscles  internes  sont  trop  forts,  par  suite  d'un  exercice 
continuel,  comme  dans  l'équitation,  il  peut  se  faire  que  cette  correction 
soit  exagérée,  et  produise  une  inflexion  inverse;  si  au  contraire  le 
système  musculaire  est  tro[)  faible,  comme  chez  notre  géant,  son  action 
reste  inefficace,  et  la  déformation  due  à  la  pesanteur  se  produit. 

«  La  localisation  de  cette  infirmité  sur  un  membre  ou  sur  un  autre 
est  souvent  due  sans  doute  à  des  causes  locales  et  accidentelles  difficiles 
à  préciser,  mais  le  tableau  II  nous  montre  ici  bien  nettement  pourquoi 
elle  est  apparue  à  gauche  :  c'est  que  les  circonférences  et,  par  suite,  le 
développement  et  la  force  des  muscles  étaient  nettement  plus  faibles  à 
gauche  cju'à  droite. 

«  II.  Étude  de  la  tète.  —  L'examen  que  je  viens  de  faire  du  tronc  et  des 
membres  nous  a  montré  le  processus  qu'a  suivi  le  trouble  pathologic[ue 
survenu  chez  notre  géant  à  la  fin  de  l'adolescence  :  Il  a  irrité  le  tissu 
ostéogéniqite  en  'proportion  de  l'activité  fonctionne  Lie  que  celui-ci  possédait 
encore  à  celte  époque.  Cette  activité  étant  très  variable  suivant  les  carti- 
lages, dont  certains  sont  déjà  arrêtés,  tandis  que  d'autres  sont  encore 
en  pleine  prolifération,  il  en  est  résulté  une  grande  variété  dans  l'accrois- 
sement des  os  à  leur  niveau.  Les  tissus  ostéogéniques  d'origine  mem- 
braneuse, conservant  plus  longtemps  leur  pouvoir,  ont  montré  plus 
d'uniformité  dans  leur  accroissement.  Quant  aux  autres  tissus,  ils  sont 
restés  indifférents  à  cette  irritation,  et  leur  état  stationnaire  a  déterminé 


<iIGAMISME  ET  INFAMlfJSME.  99 

un  défaut  de  corrélation  entre  le  squelette  et  le  système  neuro-muscu- 
laire tout  entier. 

«  Appliquons  ces  données  à  Tétude  de  la  tête,  et  essayons  d'en  déduire 
ce  qui  doit  se  passer  à  son  niveau. 

«  Tous  les  os  dont  les  sutures  sont  complètement  soudées  ne  pour- 
ront plus  nécessairement  s'allonger;  seule  leur  épaisseur  pourra  encore 
augmenter,  puisqu'elle  dépend  de  l'activité  périostique. 

«  Toutes  les  sutures  restées  libres  vont  proliférer,  mais  la  croissance 
des  os  à  leur  niveau  ne  sera  plus  déterminée,  comme  à  l'état  normal, 
par  le  développement  du  cerveau  qu'ils  renferment,  ou  par  celui  des 
muscles  qui  prennent  insertion  sur  eux;  comme  dans  le  tronc,  elle 
échappera  ici  aux  corrélations  fonctionnelles  et  dépendra  de  l'activité 
que  possèdent  encore  les  sutures  entre  17  et  18  ans. 

«  Voyons  maintenant  si  le  tableau  111  confirme  ces  hypothèses.  Les 
mesures  y  sont  sériées  suivant  leur  ordre  de  décroissance  relative  chez 
le  géant.  Les  dernières  sont  donc  celles  qui  présentent  chez  lui  le 
moindre  développement;  elles  nous  prouvent  immédiatement  le  défaut 
de  corrélation  fonctionnelle  que  je  signalais  plus  haut  dans  le  squelette  : 
le  crâne  s'est  accru  indépendamment  du  cerveau,  et  les  os  de  la  voûte, 
s'étendant  au  niveau  des  sutures  sans  subir  de  pression  interne,  n'ont 
pas  augmenté  leurs  courbures;  il  a  dû  même  en  résulter  une  sorte  de 
pression  négative  tendant  à  effacer  les  courbures  qu'ils  avaient  déjà. 
Aussi  la  distance  qui  sépare  les  bosses  pariétales  est-elle  chez  lui  bien 
inférieure  à  notre  moyenne,  dont  elle  n'atteint  que  les  9'i  pour  100.  Je 
n'ai  pu  prendre  les  bosses  frontales,  complètement  effacées,  comme  on 
peut  s'en  rendre  compte  sur  la  photographie  n"  2,  qu'il  est  très  inté- 
ressant de  comparer  avec  celle  que  M.  Capitan  a  fait  prendre  en  1895 
et  dans  laquelle  le  front  est  manifestement  plus  droit,  et  possède  des 
bosses  frontales  encore  visibles.  Le  transverse  maximum  tombait  très 
bas  chez  lui,  immédiatement  au-dessus  de  l'oreille,  et  s'il  est  un  peu 
plus  développé  que  le  diamètre  bi-tubéral,  c'est  à  cause  précisément  de 
sa  proximité  de  la  base  du  crâne,  dont  l'influence  se  fait  déjà  sentir 
sur  lui. 

Tadleau  III.  —  Mesures  de  la  tèle,  sériées  d'après  la  déeroissanee  de  leur  indice  — • 

B 


Hauteur  naso-alvéolaire 

Hauteur  naso-sous-nasale 

Largeur  bi-angulaire  interne  (yeux).    . 

Hauteur  ophryo-alvéolaire 

Largeur  bi-angulaiie  externe  (yeux).    . 

—        bi-masloïdienne 

Diamètre  antéro-po&térieur  glabellaire 
Hauteur  ophryo-mentorvnière 


B 

A 

Moyenne 

Si 

de 

B  =  100 

GéauL. 

ô  Parisiens. 

A  = 

mm. 

mm. 

87 

74,5     ■ 

116 

04 

56,7 

112 

30 

3i,2 

lii 

102 

95,2 

107 

96 

91,5 

104 

14^2,5 

141 

101 

199 

196 

101 

154 

155,5 

101),  ?■ 

100  GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 


B 

A 

Moyenne 

Si 

de 

B  -■=  190 

Gûaiil. 

5  Parisiens. 

A  = 

mm. 

mm. 

195 

195,5 

99 , 7 

145 

145,5 

99  ,6 

116 

117 

91,1 

108 

i09,5 

9<S ,  6 

5li 

50,7 

9<S,0 

156 

105,5 

95,4 

104,5 

109,7 

95,2 

136 

147,5 

92 

Diamèlre  antéro-postérieui'  métopii{ue. 
Largeur  bi-zygomalique 

—  bi-g'oiiiaque 

Diamèlre  gonio-mentonnier 

Largeur  du  nez 

Diamètre  transverse  maximum.    .    .    . 

—  frontal  minimum. 

—  bi-tubéral  pariétal 

«  II  faut  tenir  compte,  ici,  je  le  sais,  des  variations  individuelles;  il  est 
probable  que  si  on  sériait  les  mesures  d'un  autre  individu  atteint  de  la 
même  alTection,  elles  ne  tomberaient  pas  exactement  à  la  même  place 
que  celles-ci,  mais  le  sens  général  lïen  serait  certainement  pas  changé, 
parce  que  les  mesures  se  sont  placées,  dans  notre  sériation,  en  groupes 
trop  nettement  systématiques  pour  qu'ils  soient  l'effet  du  hasard. 

«  C'est  ainsi  que  nous  venons  de  constater  que  les  deux  mesures  le 
plus  étroitement  liées  au  développement  cérébral  ont  l'indice  le  plus 
faible  et  sont  restées  bien  au-dessous  de  la  moyenne.  Le  diamètre 
métopique  n'atteint  pas  encore  cette  dernière  et  d'un  autre  côté  il  est 
de  A  millimètres  plus  petit  que  le  D.  glabellaire,  ce  qui  est  en  rapport 
évident  avec  l'effacement  des  bosses  frontales.  Mais  sa  valeur  est  encore 
trop  forte  et  n'est  pas  l'expression  exacte  du  développement  cérébral  : 
on  verra  en  effet  plus  loin  que  l'occipital  fait  une  saillie  en  arrière  qui 
augmenle  la  longueur  totale  du  crâne,  et  qui  ne  tient  nullement  à  un 
accroissement  du  cerveau. 

«  Sont  encore  au-dessous  de  la  moyenne  les  diamètres  qui  portent  sur 
un  os  dont  les  points  d'ossification  se  soudent  bien  avant  la  puberté. 
C'est  ainsi  que  la  mandibule,  par  ses  dimensions  transversales 
(D.  bi-goniaque)  et  par  sa  longueur  (D.  gonio-mentonnier)  est  restée 
au-dessous  de  la  moyenne. 

«  La  largeur  du  frontal  rentre  dans  le  même  cas.  Les  deux  os,  soudés 
de  bonne  heure,  avaient  des  dimensions  transversales  en  rapport  avec 
le  volume  médiocre  du  cerveau;  ils  les  ont  conservées  au  milieu  de  la 
croissance  générale. 

«  Nous  pouvons  maintenant  comprendre  la  largeur  bi-zygomatiquc. 
Elle  présente  chez  l'homme  deux  sortes  de  variations  bien  différentes  : 
l'une  est  fonctionnelle,  et  dépend  des  muscles  masticateurs  (ce  n'est 
pas  le  cas, ici)  ;  l'autre  est  i)urement  mécanique  et  dépend  de  Fécartc- 
ment  des  os  qui  la  soutiennent,  frontaux  en  avant,  et  temporaux  en 
arrière.  C'est  ce  qui  s'est  passé  chez  le  géant,  aussi  voyons-nous  son 
indice  être  intermédiaire  entre  celui  du  bi-mastoïdien,  et  celui  du 
frontal  minimum. 

«  Toutes  les  sutures  restées  libres  se  sont  au  contraire  accrues  et 
suivant  la  même  loi  que  l'étude  seule  du  tronc  nous  avait  révélée;  oh  le 


GIGANTISMI^   ET  INFANTILISMK.  101 

voit  de  suite  en  parcourant  la  première  moitié  du  tableau  III.  Tous  les 
diamètres  comprennent  dans  leur  étendue  une  ou  plusieurs  sutures  qui 
restent  libres  pendant  toute  l'adolescence.  Mais  d'un  autre  côté  il  est 
évident  que  leur  accroissement  n'est  nullement  proportionnel  au  nombre 
des  sutures,  puisque  c'est  la  hauteur  naso-alvcolaire  qui  a  l'indice  le 
plus  élevé.  Dans  la  tète  comme  dans  le  tronc  l'extension  des  os  a 
dépendu  de  l'activité  des  sutures  à  l'époque  où  les  troubles  patholo- 
giques sont  survenus. 

«  Il  n'est  pas  facile  de  savoir  quelle  est  au  juste  cette  activité  dans 
l'adolescence;  cependant  on  peut  s'en  faire  une  idée  très  apjjroximative 
en  tenant  compte  de  l'état  des  sutures  avant  et  après  la  période  que 
nous  examinons.  Après  elle,  l'activité  des  sutures  nous  est  révélée  par 
l'époque  plus  ou  moins  tardive  de  leur  soudure;  avant  elle,  leur  activité 
nous  est  indiquée  par  la  croissance  du  crâne  à  leur  niveau  depuis  la 
naissance.  Examinons  d'abord  cette  dernière,  de  beaucoup  la  plus 
importante,  en  comparant,  comme  je  l'ai  fait  dans  le  tableau  IV,  des 
crânes  de  nouveau-nés  avec  des  crânes  d'adultes  :  l'indice  de  la  troisième 
colonne  représente  la  croissance  de  l'adulte  depuis  sa  naissance,  la 
valeur  de  cet  accroissement  étant  représentée  pour  chaciue  diamètre  en 
centièmes  de  sa  longueur  chez  le  nouveau-né. 

A 

Tadleau  IV.  —  Mesures  sériées  d'après  la  décroissance  de  leur  indice  —■ 


A 

B 

20  crânes 

Si 

oO  crânes 

de 

B  =  100 

d'adultes. 

nouveau-nés. 

A  = 

in  m. 

mm. 

68,9 

21,8 

516 

40,1 

'18,8 

261 

84,5 

56,1 

254 

129,7 

61,2 

211 

25,9 

12,2 

195 

25 

14,05 

178 

145,5 

84,2 

170 

181 

108,1 

167 

90,4 

58,6 

164 

61,2 

45,5 

155 

Hauteur  naso-alvéolairo 

—  naso-spinale 

—  ophryo-alvéolairo 

Largeur  bi-zygomatiquc 

—  du  nez 

—  bi-orbitaire  interne  ..... 
Diamètre  Iransverse  maximum  .... 

—  antéro-postéileur  glabellairc 

—  frontal  minimum 

Distance  bi-tubérale  frontale 

a  Ce  tableau  ne  nous  dit  pas  à  c{uelle  époque  se  fait  la  croissance, 
mais  il  nous  donne  une  indication  précieuse  sur  l'accroissement  relatif 
des  diamètres  et  par  suite  sur  l'activité  totale  des  sutures  qui  leur 
correspondent.  Si  les  sutures  de  notre  géant  ont  réagi  proportionnelle- 
ment à  l'activité  C[u'elles  possédaient  encore,  il  est  déjà  probable  que 
l'activité  totale  de  chaque  suture  indiquée  par  le  tableau  IV  et  l'activité 
de  ces  sutures  vers  l'âge  de  la  puberté  doivent  avoir  une  dépendance 
assez  étroite,  d'où  résultera  un  certain  parallélisme  entre  les  sériations 
des  tableaux  III  et  IV.  Mais  ce  parallélisme  doit  être  encore  bien  plus 
étroit  si  on  se  rappelle  une  loi  de  croissance  sur  laquelle  le  D'  M.  Holl 


102  GIOANTIS^IE  ET  INFAMIi  ISME. 

a  insisté  tout  particulièrement  Tannée  dernière  (•)  :  les  translormations 
du  crâne  ont  lieu  surtout  à  deux  périodes,  pendant  la  première  et 
pendant  la  seconde  dentition.  Comme  cette  dernière  s'étend  jusqu'à  la 
puberté,  on  doit  en  conclure  cjue  les  sutures  qui  prolifèrent  le  plus 
dans  cette  transformation  étaient  encore,  pour  la  plupart,  en  activité  au 
moment  où  le  gigantisme  a  débuté. 

a  En  fait  les  deux  tableaux  montrent  dans  leur  sériation  une  analogie 
remarcjuable  tout  à  fait  en  accord  avec  les  déductions  que  je  viens  de 
laire.  La  hauteur  de  la  face  est  dans  les  deux  cas  en  première  ligne;  le 
diamètre  frontal  minimum  et  la  distance  bi-tubérale  (frontale  ou 
pariétale,  c'est  à  peu  près  la  môme  chose)  sont  les  dernières. 

«  Mais  il  y  a  également  des  différences,  on  devait  le  prévoir,  car  s'il  y 
a,  comme  je  le  disais  plus  haut,  une  dépendance  entre  l'activité 
générale  de  chaque  suture  pendant  la  période  totale  de  sa  croissance 
et  son  activité  à  l'Age  de  la  puberté,  cette  dépendance  n'entraîne  pas 
une  similitude  complète.  C'est  ici  qu'il  faudrait  tenir  compte  de  l'époque 
où  chaque  suture  se  ferme  :  celles  cjui  se  soudent  le  plus  tôt  devant 
être  déjà  presque  arrêtées  au  moment  qui  nous  occupe.  Mais  les  diffé- 
rences entre  nos  deux  tableaux  peuvent  aussi  tenir  à  des  variations 
individuelles  spéciales  au  géant,  et  pour  faire  le  départ  entre  ces  deux 
ordres  de  facteurs,  il  faudrait  avoir  assez  de  sujets  pour  avoir  une 
moyenne  stal)le.  C'est  pourciuoi,  négligeant  ces  différences,  je  retiendrai 
seulement  la  loi  générale  qui  ressort  de  la  grande  ressemblance 
qu'affecte  l'ordre  de  ces  deux  sériations  :  le  géant  s'éloigne  de  notre 
moyenne  dans  le  même  sens  que  l'adulte  s'éloigne  du  nouveau-né,  loi 
qui  peut  s'exprimer  d'une  manière  plus  précise,  dans  les  termes 
suivants  :  les  sutures  qui  prolifèrent  le  plus  pendant  la  période  de  crois- 
sance sont  aussi,  d'une  façon  générale,  celles  (jui  ont  montré  le  plus 
d'activité  dans  la  formation  du  gigantisme. 

«  La  forme  générale  de  la  tête  répond  tout  à  fait  au  mode  de  crois- 
sance cpie  je  viens  d'analyser  :  d'une  façon  générale  elle  accentue  les 
différences  cjui  séparent  l'adulte  de  l'enfant,  mais  avec  quelcjues  carac- 
tères spéciaux  sur  lesquels  j'appellerai  l'attention. 

«  Elle  s'éloigne  au  maximum  de  l'enfant  par  la  largeur  de  la  base 
et  l'étroitosso  de  la  voûte  dans  tous  les  sens,  par  l'allongement  de  la 
face,  la  snillie  de  la  glabelle  cjui  est  considérable,  l'effacement  des 
bosses  frontales. 

«  Mais  le  menton  est  en  retrait,  comme  le  faisaient  prévoiries  dimen- 
sions de  la  mandibule,  et  le  sus-occipital  fait  une  saillie  très  brusque 
en  arrière  et  si  considérable  qu'elle  est  parfaitement  visible  sur  la 
photographie  de  profil  (fig.  o). 

«  Cette  saillie  est  un  caractère  très  intéressant,  car  on  sait  qu'elle  se 
rencontre  plus  souvent  chez  certaines  races.  Je  ne  peux  pas  m'étendre 


(*)   Ueljer  G''!^lMsbildung,  par  le  professeur  M.  IIoll,  in  Grnz,   in   MitlheUunrj- 
en  der  Anthrop.  Gescll.,  in  Wien,  1898. 


GIGANTISME    ET  INFANTILISME. 


103 


outre  mesure  sur  sa  genèse.  Celte  question  peut  cependant  être  éclairée 
sur  quelciues  points  par  les  renseignements  que  nous  possédons  sur 
notre  g-cant.  Remarquons  d'abord  qu'il  ne  faut  pas  confondre  la  saillie, 
dont  je  parle  ici,  avec  la  simple  projection  du  sus-occipital  en  arrière 
de  l'inion.  Cette  dernière  est  parfaitement  compatible  avec  une  courbe 
de  profil  parfaitement  régulière.  Examinons,  au  contraire,  le  dessin 
ci-joint  (fig.  17),  c{ui  représente  un  acroniégalique  appartenant  à 
l'École  d'Anthropologie.  On  voit  que  la  courbe  est  interrompue  au 
nijeau  du  lambda  :  le  bord  supérieur  du   sus-occipital  lait  une  saillie 


Fig.   IS.  —  Crùne  acromégaliqnc  desLiné  à  monlrer  le  ressaut  post-Iainbdoïdien. 
(D'après  Papill.itilt.) 


en  arrière  des  pariétaux,  et  il  en  résulte  une  sorte  de  ressaut  à  ce 
niveau,  toujours  très  sensible  au  toucher.  Cette  différence  de  niveau 
entre  les  deux  os  est  si  prononcée  sur  le  géant,  qu'on  l'aperçoit  très 
bien  malgré  la  chevelure,  sur  la  photographie  en  profd  (llg.  5). 

«  Examinons  maintenant  la  jihotographie  faite  en  '1894.  11  est  assez 
difficile  de  la  comparer  avec  la  plus  récente,  parce  que  les  positions  ne 
sont  pas  exactement  les  mêmes.  De  face,  la  tête  est  plus  inclinée  en 
avant  dans  la  photographie  ancienne,  et,  en  profil,  elle  est  plus  tournée 
à  droite.  Leur  comparaison  attentive  peut  nous  révéler  cependant 
quelcjnes  transformations  importantes  acquises  pendant  les  cinc{  ans 
qui  les  séparent,  et  durant  lesquelles  le  géant  a  encore  grandi  de 
15  centimètres.  D'une  façon  générale  on  peut  dire  cjne  la  deuxième 
photographie  s'éloigne  de  la  première  dans  le  même  sens  et  suivant 
les  mêmes  caractères  que  le  géant  s'éloigne  de  la  moyenne  dans  le 
tableau  111  ou  cjue  l'adulte  s'éloigne  du  nouveau-né  dans  le  tableau  IX. 
Quant  à  ce  C[ui  regarde  la  saillie  post-lambdoïdienne,  on  ne  l'aperçoit 
pas  sur  la  photographie  faite  en  1894.  La  tête  semble  être  alors  parlai- 


lOi  GICANTISME  ET  INEAMILISMI' . 

lemenl  rét;ulièi'e,  quoique  les  cheveux  Tussent  alors  plus  courts.  Peut- 
être  la  difleronce  de  position  la  masquerait-elle  un  peu,  mais  il  paraît 
évident  que.  du  moins,  elle  était  beaucoup  moins  prononcée.  C'est  là 
un  fait  très  important  puisqu'il  nous  révèle  que  ce  caractère  est  acc{uis, 
au  moins  en  grande  partie,  dans  la  dernière  période  de  croissance  du 
géant,  c'est-à-dire  qu'il  est  apparu  dans  la  période  nettement  patholo- 
g-i({ue.  Nous  pouvons  déjà  en  conclure  avec  une  entière  certitude  que 
les  muscles  masticateurs  ou  ceux  de  la  nuque  n'y  sont  pour  rien,  car 
nous  savons  que  le  système  musculaire  s'est  très  affaibli  depuis  1894. 
Nous  pouvons  en  dire  autant  du  cerveau  :  toutes  nos  mesures  nous 
ont  prouvé  que  cet  organe  était  resté  stationnaire  et  d'un  volume  très 
ordinaire.  Voilà  un  second  point  très  important,  puiscjue  Broca,  dans 
son  travail  sur  les  crânes  des  Eyz-ies{^),  pense  que  la  saillie  post- 
lambdoïdienne  se  produit  «  lorsque,  pendant  l'enfance,  le  volume  du 
cerveau  s'accroît  plus  rapidement  que  de  coutume  ».  C'est  très  nette- 
ment le  contraire  ici,  il  s'est  produit  après  l'enfance,  il  ne  dépend  pas 
de  la  croissance  cérébrale. 

«  A  quoi  peut-on  l'attribuer?  Je  pense  que  des  facteurs  très  différents 
peuvent  intervenir,  mais,  avant  de  les  passer  en  revue,  examinons 
d'abord  le  mécanisme  immédiat  de  cette  malformation.  Elle  est  mani- 
festement le  résultat  d'une  disjonction  entre  le  bord  supérieur  du  sus- 
occipital  et  le  bord  postérieur  des  pariétaux.  Comme  la  saillie  qui  lui  a 
succédé,  cette  disjonction  était  d'autant  plus  prononcée  cju'on  se  rap- 
proche de  la  pointe  occipitale;  elle  devient  nulle  au  contraire  dans  les 
environs  de  l'astérion.  Si  donc  on  envisage  le  crâne  dans  sa  position 
normale,  c'est-à-dire  en  place  sur  ses  condyles,  on  peut  dire  que  cette 
saillie  est  due  à  un  mouvement  de  bascule  soit  de  l'occipital  en  arrière, 
soit  des  pariétaux  en  avant. 

«  Cet  examen  théorique  nous  conduirait  donc  à  admettre  deux  types 
très  différents  de  crânes  affectés  de  cette  anomalie  ;  les  uns  auraient 
un  occipital  très  faible,  c|ui  s'affaisserait  autour  de  son  point  d'appui, 
condyles  et  colonnes  vertébrales.  Les  autres  auraient  au  contraire  des 
os  très  développés,  un  occipital  résistant,  et  ce  serait  le  reste  du  crâne, 
C{ui,  pour  une  cause  à  déterminer,  basculerait  en  avant. 

«  Ces  deux  types  existent  en  effet.  Je  ne  sais  s'ils  peuvent  à  eux  seuls 
expliquer  tous  les  cas  de  saillies  post-larabdo'ïdiennes;  peut-être 
pourra-t-on  invocjuer  quelciuefois  la  soudure  prématurée  de  certaines 
sutures  de  la  région  antérieure.  Mais  je  pense  que  la  grande  majorité 
des  cas  rentrent  dans  les  deux  types  que  je  viens  de  décrire. 

«  Un  premier  se  présenterait  donc  chez  les  crânes  dont  l'occipital  ne 
peut  suffire  à  sa  tâche  de  support.  Cette  variété  n'est  pas  une  vue  de 
l'esprit,  j'en  ai  prouvé  l'existence  à  l'état  normal  dans  mon  travail  sur 
la  base  du  crâne  ('').  Les  cas  de  déformation  plastique  n'en  sont  que 
l'exagération;  l'acromégalique  c{ue  je  reproduis  ici  en  est  un  exemple. 

(')  Broca,  Mémoires,  t.   II,  p.  189. 

(-)  Étude  morphologique  de  la  base  du  crâne.  Didl.  Soc.  cVAnlhrop.,  1898. 


I 


GIGANTI^S^IE   ET  INFANTILISME.  105 

Les  os  de  la  base  du  crâne  sont  très  minces  et  n'ont  1)li  résister  au 
poids  du  cerveau.  L'occipital  a  basculé  en  arrière  et  forme  une  saillie 
très  marquée.  J'ai  rencontré  encore  cette  saillie  sur  des  hydrocéphales 
anciens,  sur  des  crânes  pathologiques,  celui  de  Mazarin  entre  autres, 
tous  présentant  l'enroncement  de  la  base  du  crâne,  c'est-à-dire  l'affais- 
sement de  l'occipital  autour  de  ses  condyles. 

«  Le  second  type  est  bien  différent.  Les  crânes  sont  robustes,  les 
condyles  font  une  forte  saillie  au-dessous  de  la  base  crânienne,  les 
méats  auditifs,  au  lieu  d'être  à  peu  près  au  même  niveau  que  lebasion, 
comme  dans  la  figure,  sont  situés  beaucoup  au-dessus  de  lui;  tout 
nous  montre  que  l'occipital  a  résisté  facilement  au  poids  qu'il  doit 
supporter.  Dès  lors  la  saillie  n'a  pu  se  former  que  par  un  déplacement 
en  avant  et  en  haut  des  pariétaux,  mais  il  semble  à  première  vue  diffi- 
cile de  comprendre  ce  mouvement.  C'est  pourtant  celui  qui  a  dû  se 
produire  chez  notre  géant. 

i  Supposons  un  crâne  dont  la  dentition  soit  achevée;  les  muscles 
masticateurs  vont  s'arrêter  dans  leur  développement.  Dès  lors  le  crâne 
antérieur  (face,  frontal,  sphénoïde)  n'aura  plus  aucune  tendance  pour 
se  porter  en  avant,  puisque  la  cause  déterminante  de  cette  impulsion, 
les  muscles  masticateurs,  n'agit  plus,  et  la  suture  basilaire,  qui 
rend  possible  ce  mouvement,  va  se  fermer,  puisqu'elle  est  devenue 
inutile. 

«  Cependant  les  autres  sutures  de  la  base  peuvent  encore  proliférer 
et  déterminer  à  leur  niveau  un  accroissement  notable  des  os  ;  la  suture 
temporo-occipitale  si  épaisse,  si  longtemps  libre,  sera  particulièrement 
active.  Cette  croissance  peut  survenir  pour  les  causes  les  plus  diverses  : 
pour  une  cause  pathologique,  comme  chez  notre  géant,  ou  par  suite 
d'un  accroissement  des  muscles  de  la  nuque,  C{ui  se  feront  de  la  place 
en  repoussant  en  haut  l'inion  externe,  et  en  écartant  transversalement 
les  os  de  la  base;  enfin  elle  peut  tenir  à  une  simple  corrélation  avec  le 
reste  du  squelette  qui  continue  à  grandir. 

«  Cette  activité  des  sutures  déterminera  non  seulement  un  élargisse- 
ment de  la  base,  mais  aussi  un  mouvement  des  temporaux  en  avant  et 
en  haut,  par  suite  de  la  direction  oblique  de  la  suture  temporo- 
occipitale. 

«  Si  la  suture  basilaire  était  libre,  il  y  aurait  un  glissement  total  des 
temporaux  et  du  crâne  antérieur  en  avant  de  l'occipital,  les  pariétaux 
s'étendraient  un  peu,  et  la  courbe  resterait  bien  probablement  régu- 
lière. Si,  au  contraire,  la  suture  basilaire  est  soudée,  les  sphénoïdes 
s'opposent  à  ce  glissement  en  avant,  et  il  en  résulte  un  mouvement  de 
bascule  en  haut  et  en  avant  exécuté  par  les  temporaux  et  par  les  parié- 
taux qu'ils  supportent.  Le  crâne  augmente  de  hauteur,  en  môme  temps 
que  se  forme  le  ressaut  au  niveau  du  lambda,  en  même  temps  aussi 
que  la  base  s'élargit.  Le  crâne  tend,  par  suite,  à  devenir  ogival,  si  on 
le  regarde  de  face,  et  en  profil  il  perd  la  régularité  de  sa  courbe. 

a  II  semble  bien  que  c'est  le  processus  qui  a  agi  chez  le  géant,  et  je 


106  GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 

serais  bien  tenté  d'invoquer  encore  une  action  analogue  dans  des 
crânes  magdaléniens. 

«  III.  Pathogéme.  —  Maintenant  que  j'ai  analysé  le  mode  de  crois- 
sance qui  s'est  produit  dans  ce  cas  de  gigantisme,  il  restei'ait  à  décou- 
vrir quelle  est  la  cause  déterminante  de  tous  ces  troubles.  Venant 
après  des  pathologistes  tels  que  MM.  Lucas-Championnièbe  et  Capitan 
qui  ont  observé  ce  géant  dans  les  bôpitaux,  il  m"est  difficile  d'ajouter 
quelque  chose. 

«  On  ne  peut  rien  tabler  sur  les  renseignements  du  malade,  dont 
Fintelligence  est  très  méJiocre,  et  qui  ment  comme  tous  les  dégénérés. 
II  se  nomme  F...,  est  âgé  de  27  ans,  son  gigantisme  aurait  débuté  vers 
18  ans.  Son  habitus  peut,  au  contraire,  nous  donner  des  indications 
utiles.  Je  ne  reviendrai  pas  sur  la  forme  générale  du  corps  et  de  la 
tète  décrite  plus  haut:  j'ajouterai  seulement  que  les  oreilles  sont  déta- 
chées, le  lobe  est  visible,  elles  ont  72""", 5  de  long  et  41  de  large.  La  face 
est  sans  expression,  Lintelligence  semble  avoir  bien  diminué  depuis 
quelques  années,  elle  a  suivi  sans  doute  la  même  décroissance  c{ue  la 
force  musculaire. 

«  Ce  qui  frappe  le  plus  c'est  l'état  d'infantilisme  où  est  resté  le  sujet  : 
la  barbe  mancpie  totalement,  le  corps  est  tout  à  fait  glabre,  quelques 
poils  ont  cependant  poussé  au  pubis  depuis  l'âge  de  22  ans.  C'est  éga- 
lement à  cet  âge  c[ue  la  puberté  serait  apparue,  les  désirs  vénériens 
étant  toujours  restés  fort  peu  développés.  C'est  du  moins  ce  c|ue  je  lui 
ai  fait  avouer  et  il  faut  reconnaître  cjue  c'est  tout  à  fait  en  accord  avec 
l'état  des  organes  génitaux.  La  peau  cjui  les  recouvre  n'est  pas  plus 
pigmentée  que  sur  le  reste  du  corps,  les  testicules  sont  petits,  la  verge 
au-dessous  de  la  moyenne. 

"  Est-ce  cet  infantilisme  qui  aurait  déterminé  la  croissance  exagérée 
de  F...?  On  serait  tenté  de  l'admettre.  Otto  Ammox,  dans  son  étude  sur 
l'infantilisme  en  Bavière  (M,  n'a-t-il  pas  trouvé  c{ue  les  jambes  sont 
relativement  plus  longues  chez  les  infantiles  parce  qu'elles  continuent 
à  croître  au  lieu  de  s'arrêter,  comme  c'est  l'habitude,  au  moment  de  la 
puberté  ou  peu  après?  Ne  sait-on  pas  que  chez  les  eunuques  mutilés 
dans  l'enfance,  la  taille  devient  supérieure  à  la  moyenne  surtout  par 
l'allongement  des  membres  inférieurs?  Tout  cela  est  vrai  et  cependant 
les  infantiles  et  les  eunuques  ne  deviennent  pas  des  géants  de  deux 
mètres. 

«  C'est  pourquoi  il  me  semble  cju'on  doit  invoquer  un  trouble  plus 
profond.  Infantilisme  et  gigantisme  ne  sont  ici  probablement  que  des 
résultats  concomitants  d'une  cause  que  je  n'ai  pas  la  prétention  de 
découvrir,  mais  qui,  sans  doute,  a  son  siège  dans  une  de  ces  glandes 
trophicjues  dont  les  variations  fonctionnelles  influent  si  puissamment 
sur  la  croissance  générale  de  l'organisme.  11  serait  naturel  de  penser 
tout  d'abord  à  la  glande  pituitaire,  mais   il   ne   me  semble  pas  que  ce 


(*)  Voir  Anthropologie,  1896,  p.  284. 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME.  107 

soit  un  cas  très  net  d'acromégalie.  Rien  n'empêche  d'ailleurs  d'ad- 
mettre ici  un  cas  mixte  où  viendrait  converger  l'influence  de  plusieurs 
glandes  trophiques  parmi  lesquelles  les  testicules  ont  pu  jouer  leur 
rôle....  Malheureusement  nous  entrons  ici  dans  le  champ  des  hypo- 
thèses actuellement  invérifiables.  » 


De  celle  élude  si  précise  de  Papillault,  que  nous  avons  tenu  à 
reproduire  intégralement,  on  peul  dégager  les  conclusions  gé- 
nérales suivantes  : 

Chez-  vu  géant  infantile, 

a.  Le  tronc  est  proportionnellenient  a  peu  près  normal  et  l  allon- 
gement anormal  porte  surtout  sur  les  membres; 

b.  Les  membres  inférieurs  sont  proportionnellement  plus  accrus 
que  les  membres  supérieurs  : 

c.  Les  segments  proximaux  des  membres  [fémur,  humérus)  sont 
moins  accrus  proportionnellement  que  les  segments  distaux; 

d.  La  main  et  le  pied  sont  un  peu  moins  accrus  que  le  segment 
distal  correspondant . 

Il  serait  superflu  d'insister  sur  l'analogie  de  ces  conclusions, 
particulières  au  géant  Charles,  avec  celles,  beaucoup  plus  géné- 
rales, qui  se  dégagent  des  plus  récents  travaux  de  Manouvrier 
et  Papillault  sur  les  variations  des  proportions  du  corps  suivant 
la  taille.  (Voir  chapitre  III  du  livre  I,  page  40). 

Déjà,  à  l'époque  où  il  observait  le  géant  Charles,  Papillault 
concluait  que  le  trouble  systématique,  constaté  dans  les  dilîé- 
renles  proportions  de  son  corps,  devait  s'expliquer  par  des 
modifications  existant  dans  l'état  des  différents  cartilages  juxta- 
épiphysaires,  qui,  par  suite,  réagissaient  inégalement  à  la 
cause  anormale  et  inconnue  qui  excitait  et  prolongeait  leur 
activité  proliférative. 

Nos  recherches  radiographiques  sont  venues  pleinement 
confirmer  celle  hypothèse  :  les  cartilages,  dont  les  rayons  de 
Rûntgen  nous  ont  montré  la  persistance,  sont  précisément  ceux 
qui,  à  l'étal  normal,  s'ossifient  le  plus  tardivement  (épiphyscs 
voisines  du  genou,  épiphyses  éloignées  du  coude).  C'est  au 
niveau  de  ces  cartilages  encore  actifs  que  s'est  produit  en  trois 
ans  l'allongement  des  différents  segments  des  membres  que 
rend  plus  évident   la   comparaison   des   chiffres  recueillis   en 


108  GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 

1890  et  en  1902.  Cette  comparaison  montre,  de  plus,  que  les 
différents  segments  des  membres  ne  se  sont  pas  accrus  d'une 
manière  égale  et  proportionnelle,  et,  à  cet  égard,  il  semble  que 
les  conclusions  de  Papillault,  exactes  en  1809,  ne  le  soient  peut- 
être  plus  autant  en  1002. 

En  ce  qui  concerne  le  membre  inférieur  droit,  il  semble  tout 
d'abord  que  l'allongement  n'ait  pas  été  très  considérable  .■  le 
grand  trochanter,  qui  élait  il  y  a  trois  ans  à  une  hauteur 
de  l'",118  au-dessus  du  sol,  est  aujourd'hui  à  l'",129;  il  n'a 
donc  subi  qu'une  augmentation  de  11  millimètres.  Mais  il  faut 
tenir  compte  de  l'affaissement  de  la  voûte  plantaire  (la  hauteur 
de  la  malléole  interne,  de  87  millimètres,  en  1800,  n'atteint  plus 
aujourd'hui  que  79  millimètres);  il  reste  ainsi  pour  le  segment 
fémoro-tibial  un  allongement  global  de  19  millimètres,  qui  se 
répartit  de  la  manière  suivante  :  en  trois  ans,  le  fémur  a  gagné 
12  millimètres  et  le  tibia  7  millimètres.  Pour  apprécier  cet 
allongement,  il  faut  encore  observer  que  les  mesures  ont  été 
prises  sur  le  membre  inférieur  droit,  resté  rectiligne,  mais  qui, 
ayant  à  supporter  seul  tout  le  poids  du  corps,  s'est  certaine- 
ment moins  accru  que  le  membre  inférieur  gauche.  En  exami- 
nant les  photographies,  il  apparaît  nettement  que  ce  dernier, 
tout  difforme  et  inaccessible  qu'il  soit  aux  mensurations  pré- 
cises, aune  longueur  supérieure  à  celui  du  côté  droit,  et  cela  en 
négligeant  même  l'inclinaison  compensatrice  du  bassin.  Quant 
au  pied  (droit),  sa  longueur  a  augmenté  d'une  manière  appré- 
ciable (12  millimètres).  Mais  à  droite  comme  à  gauche  le  pied 
et  les  orteils  sont  trop  déformés  par  les  altitudes  vicieuses  pour 
qu'on  puisse  songer  à  comparer  avec  quelque  précision  des 
mensurations  prises  dans  des  conditions  par  trop  différentes  et 
par  trop  variables. 

11  n'en  est  pas  de  même  pour  les  mesures  prises  sur  le 
me))ibre  supérieur  {ga.uche);  elles  sont  susceptibles  d'une  assez 
suffisante  rigueur  :  la  longueur  totale  du  membre  supérieur, 
comprise  entre  l'acromion  et  l'extrémité  du  médius,  qui  était  en 
1899  de  912  millimètres,  est  aujourd'hui  de  965  millimètres; 
elle  s'est  donc  accrue  de  51  millimètres.  La  répartition  de  l'ac- 
croissement sur  les  différents  segments  du  membre  peut  être 
indiquée  de  la  façon  suivante  : 


Mai  1899. 

Nov. 

1902. 

AccroissemenL 

581  mm. 

.i.22 

mm. 

+  41  mm. 

2U8     — 

21)8 

— 

+    0    - 

255    — 

245 

— 

+  10    - 

118    1/2 

12i 

— 

+    5   1/2 

GIGANTISME   ET  INFANTILISME.  109 


Humérus 

Radius 

Main 

Médius 

En  comparant  ces  chiffres,  on  remarque  que  l'allongemenL  a 
porté  principalement  sur  l'humérus,  puis  sur  la  main  et  les 
doigts,  épargnant  pour  ainsi  dire  le  segment  anti-hrachial. 

Par  ce  mode  de  croissance,  tout  à  fait  anormal,  notre  géant 
échappe  clone  aux  règles  posées  il  y  a  trois  ans,  comme  aussi 
aux  règles  très  générales  de  la  croissance  chez  les  hommes 
grands.  Il  est  en  effet  admis  que  l'allongement  porte  sur  les 
segments  distaux  des  membres  plus  que  sur  leurs  segments 
proximaux,  et  moins  sur  les  extrémités  (mains,  pieds)  que  sur 
les  segments  distaux  (Papillault). 

Parmi  tous  ces  désordres  d'une  croissance  gigantesque  qui 
semble  ne  suivre  aucune  loi,  nous  signalerons  particulièrement 
l'énorme  développement  qu'ont  atteint  les  membres  inférieurs. 
Cet  allongement  des  membres  inférieurs  réalise  un  type  tout  à 
fait  particulier  de  géant,  de  taille  un  peu  plus  qu'ordinaire 
{Q"',9Q)  quand  il  est  assis,  grand  échassier,  haut  sur  pattes 
quand  il  est  debout  (2'", 04).  Ce  type  diffère  totalement  de 
celui  des  géants  au  grand  tronc,  ou  tout  au  moins  au  tronc 
développé  proportionnellement  avec  le  reste  du  corps,  type 
qu'on  retrouve  surtout  chez  les  géants  acromégaliques  et  dont 
le  géant  tambour-major  que  nous  avons  étudié  (voir  observa- 
tion YIII,  page  159)  est  un  bel  exemple. 

Cet  allongement  excessif  des  membres  inférieurs  est  à 
rapprocher  de  celui  qui  a  été  signalé,  depuis  longtemps  déjà 
chez  les  eunuques  opérés  avant  la  puberté  et  aussi  chez  les 
jeunes  animaux  ayant  su])i  la  castration  de  convenance  ou 
expérimentale.  Ce  rapprochement  nous  conduit  à  rechercher 
les  rapports  qui  peuvent  exister  entre  l'atrophie  génitale 
observée  chez  les  géants  infantiles  et  les  troubles  divers  du 
développement  squelettique. 


110  GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 

CHAPITRE    III 
ATROPHIE  GÉNITALE   ET   INFANTILISIVIE  [') 

De  même  que  le  gcnu  valgiim  peut  se  rencontrer  fréquemment 
chez  les  infantiles,  les  acromégaliques  et  les  géants,  de  même 
l'atrophie  génitale  peut  s'observer  dans  ces  trois  variétés  cle 
dystrophie  : 

1''  Dans  V acromëgalic .  —  Dès  les  premières  descriptions  qu'il 
donna  de  la  maladie  qui  porte  justement  son  nom,  P.  Marie  a 
insisté  sur  les  troubles  des  fonctions  génitales  [arrêt  des  règles 
chez  la  fe)niiu%  impuissance  chez  llionnne,  etc.);  ils  ont  été 
retrouvés  par  tous  les  auteurs,  français  et  étrangers,  qui  se 
sont  occupés  de  cette  affection.  Dans  son  tableau  synoptique 
des  symptômes  de  l'acromégalie,  Sternberg('),  place,  parmi  les 
signes  subjectifs  constants,  la  perle  de  rinstinct  sexuel  et  la 
rapproche  de  la  polyphngie  et  de  la  polydipsie;  parmi  les 
signes  objectifs,  inconstants,  il  signale  Valrophie  des  testicules, 
susceptible  de  coïncider  parfois  avec  l'hypertrophie  du  pénis. 

Après  avoir  décrit  les  hypertrophies  localisées  caractéris- 
tiques de  l'afTection,  "Woods  Hutchinson  s'exprime  ainsi  au  sujet 
des  modifications  observées  dans  la  sphère  génitale  : 

«  Un  autre  symptôme  singulier  et  très  constant,  constituant 
ainsi  l'unique  exception  à  la  loi  régionale  de  ces  hypertrophies, 
est  la  diminution  des  fonctions  sexuelles,  qui  se  rencontre  dans 
environ  05  pour  100  de  la  totalité  des  cas,  diminution  qui  peut 
même  s'étendre  à  la  taille  des  organes  externes;  ceux-ci, 
d'après  mes  recherches,  n'ont  jamais  été  trouvés  hypertro- 
phiés, bien  qu'ayant  subi  d'ordinaire  un  développement  moyen. 
En  réalité,  on  les  a  trouvés  imparfaitement  développés  et  au- 
dessous  de   la  taille  moyenne   dans  beaucoup   de  cas,  et  spé- 

(')  D'une  manière  générale  et  dans  une  proportion  beaucoup  plus  sensible 
que  ne  le  comporterait  la  légère  différence  de  la  taille  moyenne  chez  l'homme 
et  chez  la  femme,  le  gigantisme  s'observe  bien  plus  souvent  dans  le  sexe  mascu- 
lin :  sur  14  cas  étudiés,  Dana,  trouvait  10  hommes.  Nous-mêmes,  parmi  toutes 
les  observations  que  nous  avons  colligées,  nous  n'avons  retenu  que  5  obser- 
vations de  femmes  géantes. 

("^)  Sternberg,  Die  AkroïnegSilie,  Specielle  Pathologie  und  Thérapie  [No thnagel), 
VII  Band,  II  TheiL  1897. 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME.  111 

cialeinent  dans  ceux  on  la/Jcvlion  s'esl  nwnlrce  à  un  lUfc  rclali- 
vcuient  peu  avancé,  (^hez  la  grande  majoi'il(''  des  femmes,  la 
menstruation  devient  irrégulière  et  finalement  se  supprime 
entièrement;  tandis  que  chez  (50  pour  100  environ  des  hommes 
l'appétit  sexuel,  subissant  dans  un  petit  nombre  d'exemples  un 
accroissement  temporaire  de  vigueur,  finit  par  diminuer  nette- 
ment et  rapidement  pour,  en  dernier  lieu,  disparaître;  cette 
diminution  peut,  comme  je  l'ai  dit,  s'accompagner,  de  l'atrophie 
du  pénis  et  des  testicides.  En  fait,  cet  affaiblissement  sexuel 
est  un  trait  si  frappant  de  la  maladie  qu'une  des  plus  récentes 
théories  pathogéniques  est  celle  de  Freund,  qui  en  fait  le  })rin- 
cipal  facteur  étiologique  et  considère  l'affection  comme  due  à 
un  arrêt  de  développement  sexuel.  Mais  comme  cet  affaiblisse- 
ment n'est  vraiment  présent  que  dans  environ  60  pour  100  des 
cas,  et  comme  il  ne  se  montre  dans  la  grande  majorité  que 
longtemps  après  l'établissement  non  seulement  de  la  puberté, 
mais  même  de  la  conception,  chez  la  femme,  ou  de  la  période 
d'activité  génitale,  chez  l'homme,  on  le  regarde  maintenant 
comme  un  effet  et  un  symptôme  })lutôt  que  comme  une  cause 
de  la  maladie (').  » 

Enfin  Hinsdale('),  dans  sa  monographie  sur  l'acromégalie 
écrit  : 

«  Les  organes  génitaux  externes  peuvent  être  hypertrophiés, 
tandis  que  l'utérus  et  les  testicules  sont  trouvés  atrophiés.  Il 
est  commun  de  trouver  que  la  menstruation  a  cessé  au  début  de 
l'affection.  Dans  la  forme  géante  de  ïacromégalie,  comme  dans  la 
forme  ordinaire,  la  stérilité  est  Vétat  habituel.  » 

2"  Dans  le  gigantisme.  —  En  dehors  des  rapports  jusqu'à 
présent  discutés  entre  l'acromégalie  et  le  gigantisme,  il  est  un 
fait  généralement  constaté  chez  les  géants,  c'est  leur  impuissance. 

Cette  impotence  fonctionnelle  n'avait  pas  échappé  à  Isidore 
Geoffroy  Saint-Hilaire(^),  qui  l'avait  signalée  de  la  façon  sui- 


(')  Woods  Hutchinson,  New  Yorlc  Med.  Journ.,  12  mars  1898,  p.  Ôii. 

(2)    HiNSDALE,    lue.    cit.,    p.    16. 

(;')  IsiDor.E  Geoefhoy  Saint-Hilaire  [Ujc.  cit.)  avait  déjà  insisté  sur  les  rap- 
ports intimes  qui  existent  entre  la  puberté  et  la  croissance  :  le  corps  ne  cesse 
de  grandir  que  lorsque  l'appareil  i^énital  a  achevé  son  évolution;  l'accroisse- 
ment exagéré  se  produit  chez  les  géants  jiarce  que  «  l'ajjpareil  sexuel  n'ac- 
complit son  évolution  qu'avec  une  lenteur  extrême  et  s'arrête  même  sans  avoir 
acquis  son  état  de  perfection  "■ 


112  GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 

vaille  :  «  Le  point  par  lequel  les  géants  se  rapprochent  le  plus 
des  nains  et  justifient  le  mieux  l'idée  de  Ghangeux('),  c'est 
qu'ils  sont  ordinairement  impuissants,  comme  ceux-ci,  et  sont 
très  promptcmcnt  énervés  par  les  plaisirs  de  l'amour.  Le 
défaut  d'aptitude  des  géants  aux  fonctions  génératrices  ne  sau- 
rait au  reste  étonner  chez  des  êtres  épuisés  et  affaiblis  par  la 
rapidité  et  l'excès  de  leur  accroissement  et  s'explique  beau- 
coup mieux  à  leur  égard  qu'au  sujet  des  nains.  »  Il  avait  de  plus 
constaté  que  le  pénis  du  géant  irlandais  Patrick  0  Bryan,  mort 
à  20  ans,  qu'on  conserve  au  Muséum  du  Collège  des  Chirurgiens  à 
Londres,  ne  surpassait  pas  les  dimensions  normales  de  cet 
organe.  «  Chez  quelques  géants,  ajoute  encore  l'auteur  de  l'his- 
toire des  «  anomalies»,  f érection esl  même  presque  impossible(-).  » 
Il  n'est  pas  toujours  facile  de  faire  un  examen  détaillé  de 
l'appareil  génital  d'un  géant  et  de  savoir  comment  s'accom- 
plissent ses  fonctions;  cependant  plusieurs  observations  ren- 
ferment des  détails  assez  circonstanciés  sur  ce  sujet.  Dana('), 
par  exemple,  dans  sa  description  du  géant  Péruvien,  mort  à 
50  ans  avec  une  taille  de  7  pieds  8  pouces,  noie  qu'il  avait  un 
pénis  extrêmement  petit,  mesurant  5  pouces  de  long.  De  même, 
chez  le  Chinois,  géant  acromégalique  de  25  ans,  observé  par 
Matignon ('),  «  la  verge  est  petite,  les  testicules  microscopiques, 
à  peine  des  haricocèles  ».  Le  géant  examiné  par  Henry  Meige(') 
dans  le  service  de  Gilbert,  homme  de  59  ans,  mesurant  r",l)(i, 
déclare  n'avoir  aucun  appétit  sexuel.  BonardiC')  remarque  chez 
un  géant  acromégalique  qu'il  lui  avait  été  donné  d'observer  : 
«  Le  sens  génésique  a  subi  chez  le  malade  une  atteinte  notable  : 
indifférence   complète    })Our    les    plaisirs   vénériens;   érection 


•  (/)  CiiANGEUX,  auLeur  d'un  Traité  des  exlrîmes  ou  Éléments  de  la  science  de  la 
réalilé  (17lJ7),  dans  lequel  il  s'efforce  de  démonlrer  l'analogie  nécessaire  qu'il 
y  a  entre  les  extrêmes  dans  tous  les  domaines  :  i^hysique,  moral,  etc.,  a  fait 
une  application  particulière  de  ce  principe  dans  sa  Dissertation  sur  les  nains 
et  les  géants.  Journ.  de  Phys.,  t.  XIII,  SitppL,  p.  167,  1778. 

(2)  Isidore  Geoffroy  Saint-Hilatre,  Histoire  générale  et  particulière  des 
anomalies  de  l'organisation  chez  l'homme  et  chez  les  animaux,  ou  Trailé  de 
Tératologie,  t.  I,  p.  185  et  note  2. 

(^)  Dana,  Tlie  Journ.  of  nervous  and  mental  Diseuses,  nov.  181)5  (Ohs.  X.  ji.  '227). 

('*)  Matignon,  Un  cas  d'acromégalo-gigantisme.  Méd.  moderne,  0  nov.  1897, 
p.  705  (Obs.  XVIII,  p.  275). 

(^)  Henry  Meigë,  Sur  le  gigantisme.  Arch.  géa.  de  Méd.,  ocl.  1902,  p.  i3l 
(Obs.  XXVII,  p.  558). 

(G)  BoNARDi.  Il  Mor(jagni,  n"  9,  1809  (Obs.  XXIX.  p.  'M). 


GIGANTISME  ET  INFANT[L1SME.  113 

incomplète  et  fugace.  »  Chez  le  géant  Constantin,  dont  on  trou- 
vera plus  loin  l'observation  complète  (voir  page  517),  l'inap- 
pétence sexuelle  était  également  en  rapport  avec  une  atrophie 
congénitale  des  testicules  :  «  les  testicules  étaient  petits,  atro- 
phiés, infantiles,  écrit  Dufrane  [de  Mons);  Constantin  n'avait 
jamais  eu  de  désirs  sexuels.  Il  nous  a  rapporté  également 
((  que  plusieurs  fois  des  étudiants,  après  l'avoir  excité  par 
'(  l'alcool,  l'avaient  fait  provoquer  par  des  femmes  et  cela  sans 
«  aucun  succès  »  D'autres  observations  sont  non  moins  expli- 
cites à  cet  égard  :  S.  Garnier  et  Santenoise  ont  publié  une  note 
sur  le  «  cas  tératologique  complexe  d'un  aliéné  {gigaîitisme, 
féininisme,  cryptorchidie)  »,  où  il  est  dit  :  «  Les  bourses  sont  très 
réduites  et  ne  contiennent  pas  trace  de  testicules  ;  on  a  beau 
enfoncer  le  doigt  aussi  avant  que  possible  dans  le  canal 
inguinal,  déprimer  la  paroi  abdominale  à  ce  niveau,  on  ne 
perçoit  absolument  rien  qui  puisse  faire  soupçonner  la  présence 
de  ces  organes.  La  verge  est  très  petite,  longue  de  6  centi- 
mètres avec  une  circonférence  à  sa  racine  de  7  centimètres. 
Nous  n'avons  pas  pu  savoir  comment  fonctionnent  ces  organes 
génitaux,  le  malade  étant  trop  troublé  pour  pouvoir  répondre  à 
cet  égard  (').  » 

Mais  parmi  toutes  les  observations  publiées,  celles  qui 
méritent  avant  tout  d'être  rapprochées  des  nôtres  ont  été 
recueillies  par  Woods  Hutchinson  et  Buday  et  Jancso(^). 

Elles  mettent  également  en  valeur  V association  de  Vatrophie 
génitale  et  du  gigantisme. 

Voici  l'observation  de  Woods  Hutchinson  : 


(1)  Garnier  et  Santenoise,  Arch.  de  NeiiroL,  mnrs  1898,  p.  203.  —  L'intérêt 
très  grand  qui  semblerait,  d'après  son  titre,  devoir  s'attaclier  à  cette  obser- 
vation est  un  peu  diminué  par  le  fait  que  le  malade  qualifié  géant  ne 
mesurait  que  1  m.  "1;  que  son  féminisme  ne  se  justifiait  peut-être  pas  par 
l'hypertrophie  réelle  des  glandes  mammaires  et  qu'enfin  l'examen  micro- 
scopique de  l'appareil  génital,  enlevé  à  l'autopsie,  manque  absolument.  De 
plus,  il  y  est  fait  mention  d'un  développement  exagéré  de  la  face,  sans  que  le 
mot  d'acromégalie  y  soit  même  prononcé. 

(^)  Les  exemples  d'atrophie  génitale  chez  les  géants  pourraient  être  multipliés  à 
l'infini  :  les  sujets  observés  par  Fritsche  et  Klebs,  Sirena,  Caselli,  d'autres 
encore,  présentaient  également  une  diminution  dans  le  volume  ou  dans  les 
fonctions  de  leur  appareil  génital,  contrastant  avec  le  développement  gigan- 
tesque de  leur  squelette  (Obs.  XVII,  XLVII,  XLIX,  p.  269,  583,  391). 


LAUN0IS  ET  ROY. 


lU 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 


Obskrvation  III.  (Woods  Hutchinson). 

Un  cas  d'acroniégalie  chez  une  géante  {lady  Aarna)  ('.) 

Vers  le  milieu  de  février  1895,  «  Lady  Aama  »,  une  géante  française, 
vint  en  notre  ville  pour  être  exhibée  dans  un  «  muséum  ».  Au  bout 
d'une  semaine  elle  tomba  malade  et  mourut  le  27  du  même  mois. 


FiG.  18.  —  La  géante  française  Lady  Aama.  (Woods  Hutchinson.) 

On  entama  des  négociations  avec  la  troupe  dont  elle  faisait  partie  et 
son  corps  fut  acheté  parle  Muséum  de  l'Université  de  VÈtat  d'Jowa.  Ainsi 
je  fus  conduit  à  examiner  cette  très  intéressante  anomalie. 

(M  Woods  Hutchinson,  The  American  Journ.  of  the  Med.  Sciences,  août  1895, 
p.  190.  ' 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME.  115 

«  Lady  Aama  »  avait  été  annoncée  comme  ayant  plus  de  8  pieds  de 
haut  (2", 44).  Mais  ce  n'était  là  que  l'exagération  habituelle  aux  géants 
qui  se  montrent  en  public  et  nous  ne  fûmes  pas  surpris  de  trouver,  en 
la  mesurant  soigneusement  cinq  jours  après  sa  mort,  que  sa  hauteur, 
ou,  plus  exactement,  sa  longueur  était  strictement  de  6  pieds  et 
7  pouces  5/4  (2"', 02),  quoique,  à  la  vérité,  elle  ait  pu  dépasser  légère- 
ment celle-ci,  alors  que  la  voûte  plantaire  était  mieux  formée  et  que  les 
disques  intervertébraux  n'étaient  pas  aplatis.  Les  mesures  furent 
prises  entre  deux  perpendiculaires  à  la  table  sur  laquelle  le  corps  repo- 
sait, menées  respectivement  par  le  sommet  de  la  tête  d'une  part,  par 
le  talon  et  la  plante  du  pied  d'autre  part. 

Son  nom  de  baptême  était  Emma-Aline  Batallaid;  elle  était  née  en 
France  au  pied  du  Jura,  son  âge  variant,  d'après  les  déclarations  de  ses 
sœurs,  entre  19  et  17  ans  ;  ce  dernier  semble  plus  probable  en  raison  de 
l'examen  ultérieur  qui  montra  qu'à  peine  un  hers  des  épiphyses  du  sque- 


FiG.  19.  —  La  géanle  française  Lady  Aama  sur  la  table  d'aulopsie.  (Woods  hutchinson.) 

lette  étaient  soudées  aux  diaphyses  ;  mais  ceci  peut  aussi  avoir  été  le  résultat 
du  dévelopjpement  imparfait  de  ses  tissus.  La  plus  vieille  épiphyse  soudée 
était  celle  de  l'extrémité  inférieure  du  tibia  (18"  année,  Quain). 

La  cause  de  sa  mort  était,  disait-on,  une  consomption  l'apide  qui 
n'avait  duré  que  six  mois;  mais  une  enquête  soigneuse  montra  que  ses 
forces  avaient  toujours  été  en  diminuant  depuis  quatre  ou  cinq  ans,  et 
qu'elle  était  morte  presque  subitement.  Elle  fut  exhibée  encore  trois 
jours  avant  sa  mort,  qui  semble  avoir  été  causée  par  une  attaque  de 
grippe  ou  de  bronchite  aiguë,  mort  survenue  par  syncope  au  cours 
d'une  forte  c{uinte  de  toux.  Elle  souffrit  très  peu  durant  sa  maladie, 
mais  sa  faiblesse  musculaire  était  si  grande  que,  plusieurs  semaines 
avant  sa  mort,  elle  était  obligée  de  se  soutenir,  étant  debout,  sur  des 
tiges  fixées  dans  le  plancher.  En  fait,  la  mort  semble  avoir  été  causée 
par  un  état  de  collapsus  général,  hâté  par  une  grippe. 

Elle  était  la  quinzième  enfant  d'un  pauvre  laboureur,  tous  les  autres 
étant  de  taille  normale;  une  sœur  l'accompagnait  et  déclara  que  la 
taille  avait  été  en  augmentant  jusqu'à  sa  mort. 

Son  intelligence  était  véritablement  pauvre,  mais  en  aucune  façon 
anormale. 


116  GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 

Le  corps  était  exti'èmement  amaigri  et  la  première  chose  qui  attira 
notre  attention  fut  la  petite  taille  apparente  de  la  poitrine  et  du  tronc 
comparés  dans  l'ensemble  avec  les  membres  grandement  allongés. 
Ceci  d  ailleurs  est  d'accord  avec  ce  qui  est,  à  mon  avis,  la  règle  en 
pareil  cas,  à  savoir  que  les  géants  sont  grands  et  Les  nains  petits  surtout 
par  les  jambes,  le  corps  étant  dans  les  deux  cas  très  voisin  de  la 
normale. 

Cette  impression  fut  confirmée  par  les  mensurations  qui  montrèrent 
que  la  longueur  des  extrémités  inférieures  du  sommet  du  grand 
troclianter  au  bord  inférieur  du  calcanéum  était  de  47  pouces  (l^jiO),  - 
c'est-à-dire  près  de  (>0  pour  100  de  la  hauteur  totale,  tandis  que  la 
moitié  de  cette  hauteur  se  trouve  d'ordinaire  située  un  pouce  au- 
dessous  de  ce  niveau,  au  bord  supérieur  de  la  symphyse  (Ouain). 
D'après  les  canons  du  Blanc  (Mathias  Duval,  Anatomie  artisliqur) 
établis  par  les  anciens  artistes  égyptiens,  la  longueur  des  membres 
inférieurs,  depuis  ce  point,  devrait  représenter  les  10/19  de  la  hauteur 
totale;  dans  le  cas  d'AAMA  elle  devrait  être  de  41  pouces  'i/ô  {l"',Olj), 
c'est-à-dire  5  pouces  (0"\15)  en  moins  que  la  mesure  constatée.  La  même 
chose  existait  aux  membres  supérieurs  (de  l'acromion  à  l'extrémité  du 
médius),  qui,  d'après  les  mêmes  canons,  auraient  dû  représenter  les 
8/19  de  la  stature  et  mesurer  55  pouces  1/5  (0",85),  alors  qu'ils  mesu- 
raient 57  pouces  (0"',94). 

Le  môme  rapport  est  retrouvé  dans  les  mesures  des  os  du  thorax,  le 
sternum  mesurant  8  pouces  1/4  (O'-j^l),  c'est-à-dire  à  peine  un  quart 
de  pouce  plus  long  que  celui  d'un  adulte  normal  (Mathias  Duval),  et 
la  clavicule  7  pouces  (G'", 18)  ou  seulement  un  pouce  au-dessus  de  la 
même  moyenne.  Le  degré  de  cet  allongement  des  jambes,  respon- 
sable de  la  taille  excessive,  peut  être  mis  en  valeur  en  comparant  la 
longueur  des  membres  inférieurs  de  lady  Aama  avec  leur  longueur 
moyenne  dans  sa  race,  qui  serait  les  10/19  de  5  pieds,  5  pouces  2 
(1",65)  (QuATREFAGEs),  c'cst-à-dlrc  54  pouces  3  (0'°,87),  soit  une  diffé- 
rence de  12  pouces  0  (0'",52)  ou  près  des  5/4  de  l'excès  total  de  la 
hauteur. 

Le  second  fait  notable  fut  chez  elle  la  taille  disproportionnée  et  la 
forme  particulière  de  ses  mains  et  de  la  mâchoire  inférieure.  Les 
mesures  d'ailleurs  confirmèrent  cette  impression;  la  main,  au  lieu 
d'être  d'accord  avec  les  canons  artistiques,  1  10  de  la  hauteur  totale, 
c'est-à-dire  égale  à  7,9  pouces  (0™,20),  était  longue  de  Tl  pouces  25 
(0"',285),  c'est-à-dire  près  de  1/7  de  la  taille;  elle  avait  en  outre  la  forme 
spéciale  en  battoir,  avec  des  doigts  carrés  du  bout,  et  de  largeur  uni- 
forme sur  toute  leur  longueur.  Les  pieds,  au  lieu  d'être  les  5/J9  de  la 
taille,  soit  12  pouces  6  (G™, 52),  mesuraient  15  pouces  75  (0",55).  D'autre 
part,  non  seulement  la  mâchoire,  mais  aussi  les  os  du  nez  étaient 
manifestement  élargis.  La  mâchoire  inférieure  mesurait  6  pouces  1/4 
(0'",10)  de  l'angle  à  la  symphyse,  au  lieu  de  3  pouces  5/4  (G™, 095)  qui 
est  la  longueur  normale  des  adultes  mâles.  Quant  au  crâne,  il  fut  trouvé 


GIGyVNTISME  ET  INFy^NTILISME.  117 

à  peine  au-dessus  de  la  moyenne,  mesurant  21  pouces  1/8  (0'",5G)  de 
circonférence  au  lieu  de  20  pouces  (0"',51)  (longueur  normale  chez  la 
femme). 

//  ny  avait  absolument  rien  de  visible  sur  le  tronc  au-dessus  du  pubis 
qui  indiquât  le  sexe,  les  glandes  mammaires  étant  presque  complètement 
absentes  et  la  circonférence  de  la  poitrine  n'ayant  que  2  pouces  (0'",05)  en 
moins  que  celle  des  /tanches. 

Les  mamelons  étaient  aplatis  et  petits  ;  leur  dissection  montra  à  peine  la 
trace  du  tissu  glandulaire  et  du  ligament  èuspenseur.  —  Les  téguments  du 
corps  étaient  épaissis  et  terreux,  mais  sans  rien  autre  d'anormal,  et  les 
cheveux  étaient  minces  et  épais,  mais  de  longueur  à  peu  près  nor- 
male. 

Autopsie.  —  Éniaciation  extrême.  Cœur  légèrement  au-dessus  de  la 
taille  normale,  ventricule  gauche  élargi,  valvules  dilatées,  péricarde 
normal. 

Poumons.  —  Normaux,  sauf  pour  la  taille,  qui  semble  au-dessous  de 
la  moyenne.  Coloration  pâle,  collapsus  complet.  Pas  d'adhérences  pleu- 
rales. 

Rate.  —  Considérablement  augmentée.  Poids  :  2  livres.  Pulpe  gri- 
sâtre. Capsule  épaisse  et  surface  lobulée. 

Reins.  —  Normaux;  capsule  non  adhérente. 

Foie.  —  Légèrement  augmenté,  mais  sain  par  ailleurs. 

Capsules  surrénales  augmentées. 

Glande  thyroïde.  —  Taille  et  apparence  normales. 

Le  cerveau  était  pâle  et  ramolli;  mais,  en  raison  de  l'impossibilité  de 
faire  une  autopsie  près  d'une  semaine  après  la  mort,  il  fut  trouvé  dans 
un  tel  étal  de  désintégration  qu'on  ne  pût  le  retirer  en  entier. 

Ceci  fut  surtout  marqué  au  sommet  du  lobe  temporo-sphénoïdal 
gauche,  qu'on  retira  sous  forme  d'un  amas  de  débris  ramollis.  Pour  la 
même  raison,  le  corps  pjituitaire,. qui 'était  grandement  ^augmenté  de 
volume,  fut  retiré  de  travers  et  sa  forme  et  son  contour  furent  complè- 
tement détruits. 

Les  dimensions^  qu'on  estime  être  environ  celles  de  la  dernière  phalange 
du  pouce,  peuvent  toutefois  être  estimées  d'après  celles  qu'avait  atteintes  la 
fosse  pituitaire,  celle-ci  mesure,  en  effet,  1  pouce  1/4  (0",032)  d'avant  en 
arrière  et  1  pouce  1/2  (O^jOoQ)  transversalement. 

Le  poids  du  cerveau,  après  durcissement  dans  l'alcool  pour  permettre 
son  maniement,  était  de  50  onces,  soit  8  onces  au-dessous  du  poids 
moyen  chez  la  femme. 

Les  ventricules  latéraux  apparurent  quelque  peu  dilatés,  le  sommet 
de  la  corne  antérieure  était  élargi  et  arrondi  et  la  cavité  du  3"  ven- 
tricule bien  prolongée  en  bas  dans  l'infundibulum.  11  n'y  avait  pas 
de  foyer  hémorragique  et  les  méninges  étaient  saines.  Les  circon- 
volutions, scissures  et  les  proportions  générales  étaient  normales,  sauf 
un  épaississement  particulier  avec  compression  en  arrière  des  lobes 
temporo-sphénoïdaux   obligeant  le   tiers   antérieur  de  la  scissure  de 


118 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 


Sylvius  à  se  diriger  presque  verticalement  el  à  repousser   le  gyrus 
unciforme  à  Tintérieur. 

UanomaUe  la  plus  frappante  fut  trouvée  dans  les  organes  génitaux.  Le 
mont  de  Vénus  et  les  grandes  lèvres  étaient  aplatis  et  peu  développés.  Le 
clitoris  avait  presque  un  dsrai-pouce  de  diamètre  et  était  extrêmement  proé- 
minent, avec  de  grands  replis  clitoridiens,  d\m  jjouce  1/2  (O^jO^)  de  lon- 
gueur, présentant  une  ressemblance  assez  vraisemblable  avec  un  petit  pénis 
imparfaitement  développé;  ce  fut  là  sans  doute  V origine  des  bruits  courant 
pendant  la  vie  dAama  qu'elle  était  une  hermaphrodite. 
Le  vagin  était  petit  et  étroit^  admettant  à  peine  V index. 
L'utérus  avait  une  longueur  de  1  pouce  1/4  {0"',0'52)  et  une  largeur  de 
2/3  de  pouce  (0",02),  environ  la  taille  et  la  forme  de  la  dernière  phalange  du 
petit  doigt;  il  pesait  2  drachmes. 

Les  trompes  de  Fallope  étaient  difficiles  à  reconnaître,  et  leurs  extrémités 
abdomincdes  n  avaient  que  5  ou  4  fibres  'rudimentaires  {aucune  ne  s'atta- 

chant  à  r ovaire).  Les  ovaires 
étaient  représentés  par  de  pe- 
tites masses  granuleuses  de  la 
taille  de  Vongle  d'un  doigt, 
adhérentes  à  la  face  posté- 
rieure du  ligament  large. 

Le  squelette.  —  Après 
avoir  enlevé  les  parties  mol- 
les, les  os  furent  macérés  et 
nettoyés,  dans  l'espoir  de  les 
monter  pour  le  musée  ; 
mais  leur  état  spongieux  et 
criblé  était  tel  qn'il  sembla 
douteux  qu'ils  fussent  assez 
résistants  pour  soutenir  les 
fils  métalliques  et  supporter 
leur  propre  poids.  L'ensem- 
ble du  système  osseux  parut 
être  en  état  d'ostéoporose;  un  simple  attouchement  aurait  délogé 
les  dents  de  leurs  alvéoles,  les  côtes  et  les  os  faibles  se  seraient  tordus 
au  moindre  effort  et  les  disques  épiphysaires  sur  les  corps  des  ver- 
tèbres auraient  été  dérangés  avec  le  doigt.  En  fait,  il  apparut  litté- 
ralement qu'il  n'y  avait  pas  dans  tous  les  matériaux  osseux  de  ce 
squelette  gigantesque  de  quoi  faire  une  bonne  et  solide  charpente 
osseuse  de  taille  moyenne. 

Les  os,  quoicjue  beaucoup  plus  grands,  étaient  à  peine  plus  durs  c{ue 
normalement,  le  radius,  l'omoplate  et  le  péroné,  par  exemple,  n'excé- 
dant le  poids  moyen  des  os  sains  c[ue  de  10  pour  100. 


FiG.  20.- 


■Crâne  de  la  géante  française  Ladj'  Aania. 

(Woods  Hutchinson.) 


GIGANTISMK  ET  INFANTILISME. 


119 


Le  squelelle. 


Circonférence  au  niveau  de  la  glabelle 

Distance  entre  les  apophyses  orbitaires  externes.   .    .    . 

De  l'arcade  sourcilière  à  la  symphyse 

De  l'angle  du  maxillaire  inférieur  à  la  symphyse  .... 

Longueur  de  l'os  nasal 

Largeur  de  l'os  nasal 

De  la  glabelle  à  la  protubérance  occipitale 

Largeur  index 74 

Hauteur  index 76 


Pouces. 

mm. 

21  1/8 

55.'j 

5  1/8 

150 

6  5/4 

170 

G  1/4 

loO 

1  1/4 

50 

.3/4 

20 

7  5/4 

198 

Un  très  frappant  exemple  de  l'état  de  raréfaction,  pour  ne  pas  dire 
de  l'état  caverneux,  des  os  est  visible  dans  l'état  des  sinus  frontaux, 
qui  forment  d'énormes  cavités  mesurant  2  pouces  (0",05),  transversale- 
ment à  droite  et  2/8  ou  3/8  de  pouce  (O^jOl)  à  gauche,  contre  5/4  de 
pouce  (0",02)  d'avant  en  arrière  et  1/2 
pouce  (0'",012)  en  profondeur,  le  tissu 
osseux  étant  réduit  à  une  simple  écaille 
de  l'épaisseur  d'une  feuille  de  papier. 
Le  même  état  se  retrouvait  dans  le 
sinus  maxillaire,  criblé  sur  la  tubéro- 
site,  tandis  que  l'écaille  du  temporal 
était  si  épaisse  que  la  rainure  pour 
l'artère  méningée  moyenne  formait 
une  perforation  longue  de  1/2  pouce 
(0°',0r2)  à  droite.  L'apophyse  zygoma- 
tique  est  réduite  en  un  point  à  l'épais- 
seur d'un  carton. 

A  part  la  grande  taille  de  la  fosse 
pituitaire,  la  seule  altération  remar- 
quable à  l'intérieur  du  crâne  est  le 
peu  de  longueur  et  l'épaississement 
antéro-postérieur  du  rocher,  s'ac- 
compagnant  d'un  trou  auditif  interne 

presque  double  de  la  taille  normale  et  placé  très  bas  sur  la  face  posté- 
rieure. Ceci  a  presque  l'air  d'être  le  résultat  de  la  pression  d'un  corps 
pituitaire  hypertrophié  pendant  la  vie  embryonnaire,  empêchant  l'ac- 
croissement du  rocher  en  dedans  et  en  avant  et  produisant  son  aug- 
mentation transversalement.  Comme  si  c'était  le  cas,  le  canal  caro- 
tidien  est  considérablement  plus  grand  que  normalement,  5/8  de  pouce 
(0'°,01)  dans  le  diamètre  antéro-postérieur,  tandis  que  le  foramen  jugu- 
laire est  de  ce  fait  si  repoussé  en  bas  que  son  diamètre,  comme  on  peut 
le  voir  à  l'intérieur  du  crâne,  est  réduit  à  droite  à  moins  de  2/5  de  ce 
qu'il  est,  sur  la  face  inférieure  du  crâne,  et  à  gauche  à  moins  de  1/5.  A 
droite  un  éperon  osseux  se  projette  à  travers  l'ouverture  et  à  gauche  il 
y  a  une  fente  allongée  et  irrégulière. 


FiG.  21.  —  Base  du  crâne  de  la  géante 
française  Lady  Aama.  (Woods   Hut- 

CHIiNSON.) 


120  GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 

Les  grandes  dimensions  des  os  du  nez  et  la  largeur  de  l'extrémité 
supérieure  de  la  gouttière  lacrymale  sont  très  visibles.  Le  canal  lacrymal 
est, relativement  dilaté,  ne  mesurant,  au  niveau  du  plancher  de  l'orbite, 
pas  .moins  |de  5/8, de  pouce  (0'",01)  transversalement  et  1/4  de  pouce 
(0",008)  d'ayant  en  arrière..  Une  sonde  de  femme  ordinaire  en  argent 
(n°i  J<S)  peut'y  être  facilement  introduite  dans  le  nez. 

L'état  criblé  des  deux  bords  alvéolaires  supérieur  et  inférieur  et  le 
relâchement  des  dents  sont  également  très  visibles.  Les  deux  incisiyes 
supérieures;  la  canine,  les  bicuspides  etia  première  molaire  ont  disparu 
à  gauche  et  les  alvéoles  sont  atrophiées,  tandis  que  les  dents  qui 
restent  sontelles-mèmes  ébranlées  dans  leurs  alvéoles  ou  ont' de  larges 
cavités  dans  leurs  couronnes.  Un  appareil  était  porté  pendant  la  vie  à 
la  mâchoire  supérieure. 

Bassin  et  troxc. 

Bassin. 

Pouces,    mm. 

Circonférence  parles  crêtes  iliaques  . 

Distance  entre  les  épines  iliaques  antéro-supérieures.    . 

Détroit  supérieur 

Détroit  inférieur 

Profondeur 

Diamètre  transverse 

Diamètre  antéro-postérieur 

De  la  symphyse  pubienne  à  la  tubérosité  de  l'ischion.    . 

De  la  crête  iliaque  à  la  tubérosité  de  l'ischion 

De  l'épine  antéro-supérieure  à  l'épine  postéro-supérieure 
De  l'épine  antéro-supérieure  à  l'épine  postéro-inférieure 

De  la  crête  iliaque  à  l'échancrure  sciatique 

Longueur  du  sacrum  avec  le  coccyx  (extérieurement).    . 
—  —  —  (intérieurement),    . 

Grand  diamètre  du  trou  sacro-sciatique 

Diamètre  de  l'acetabulum  :  2  pouces  1/4  (55  mm.)  et  .    . 
Profondeur  de  l'acetabulum  :  1  pouce  5/4  (45  mm.)  et.    . 

Profondeur  de  la  symphyse  pubienne 

Vertèbre  lombaire  (4-). 
Entre  les  2  sommets  des  apophyses  transverses  .... 
Corps 2  1/4  pouces  (57  mm.) 

Tronc. 

De  l'épine  de  l'atlas  au  sommet  du  coccyx,  en  suivant  les 

.courbes  .  . • 42          1065     ' 

Longueur  du  sternum.;  . 8  1/4'   210     ; 

Longueur  de  la  clavicule 7            180     ; 

Omoplate  (de  l'angle' inférieur  au  sommet  de  l'acromion).  10  1/2    ,270 

Le  sternum  présentait  une  perforation  centrale  arrondie  d'un  diamètre 
de  .1/5  de^pouce  (0°',01)  ,dans  la, 5°  pièce  du  glaive  et  la  4°  pièce  était 
fendue'et  élargie  a  son  extrémité.  L'épiphyse  acromiale  était  en  deux 
pièces,    '  ' 


58 

965 

15 

580 

6  1/2 

165 

6 

155 

7 

180 

6  1/2 

165 

7 

,180 

6  1/2 

165 

11 

280 

8 

205 

9  1/2 

240 

7 

180 

10  1/2 

266 

9  1/2 

■240 

2  5/4 

70 

2  1/2 

65 

1  1/2 

40 

2  5/4 

70 

5  5/4 

145 

2  5/4 

70 

GIGANTISME  ET  INFANTILISME.  121 

,     .        -      Membre  supérieur. 

Pouces,    mm. 

Longueur  totale Ô7  940 

Humérus 1.^  l/'t  390 

De  l'olécràne  à  l'extrémité  du  médiu.s.    ...                        .  2'>  5S5 

Cubitus ■.    . 11  Ô/4  500 

Radius 11  1/8  282 

Métacarpien  et  doigt  médius 9  5/8  245 

Métacarpien  (5") .  57/8  99 

Phalange  (S-) 2  5/8  65 

Membre  inférieur. 

De  la  tête  du  fémur  au  calcanéum 47  1/2  1265 

Fémur  (de  la  tète  au  condyle  interne) 23  1/4  590 

De  la  fosse  du  ligament  rond  au  bord  externe  du  grand 

trochanter. : 5  5/4  145 

Largeur  aux  condyles 51/2  140 

Du  grand  au  petit  trochanter  , 5  1/2  140 

.  Du  grand  trochanter  au  condyle  interne 22  3/4  580 

Circonférence  du  col  fémoral 6  5/4  170 

—             de  la  tête.   . .  8  205 

.     —             du  milieu  du  corps. 55/8  155 

Tibia. 

.    Longueur  (de  la  lubérosité  interne  à  la  malléole  interne).       18  5/8      470 

Largeur  du  tibia  et  du  péroné  à  la  cheville 4  100 

Circonférence  au  milieu  du  corps 5  5/8      155 

Pied. 

Longueur 15  .5/4  550 

Hauteur  de  la  voûte  tarsienni- .  4  1/4  110 

Circonférence  du  pied 10  1/2  267 

Longueur  du  l""^  métacarpien 3  75 

■    II  y  avait  une  saillie  distincte,  d'aspect  velvétique,  sur  la  face  postéro- 
interne  des  deux  tibias  au  tiers  moyen.  > 

Je  me  suis  risqué  à  ranger  ce  cas  dans  Facromégalie  en  m'appuyant 
sur  les  bases  suivantes  : 

\°  Le  développement  excessif  et  la  forme  spéciale  des  mains,   des 
doigts,  des  pieds,  de  la  mâchoire,  des  os  du  nez  et  des  sinus  frontaux; 

•2°  L'hypertrophie  du  corps  pituitaire  et  les  dimensions  énormes  de 
là  fosse  pituitaire  ;  . 

.    5"  L'histoire   de ,  la    déchéance    intellectuelle  et  de   l'affaiblissement 
permanent  et  progressif  des  forces,  aboutissant  à  la  mort  par  syncope. 


122  GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 

Observation  IV.  (Buday  et  Jancso.) 

Un  cas  de  gigantisme  pathologique  {Simon  Botis)  ('). 
(Observation  résumée.) 

Simon  Botis,  55  ans,  catholique  grec,  célibataire,  exerçant  la  profes- 
sion de  porcher,  entre  à  l'hôpital  le  24  mai  1894  (Fig.  22).  Tous  les 
membres  de  la  famille  sont  de  taille  moyenne.  Les  parents  étaient 
alcooliques;  ils  sont  morts.  Un  frère  et  une  sœur  sont  morts  en  bas 
âge  de  maladies  indéterminées.  Un  frère,  âgé  de  25  ans,  domestique, 
est  d'une  taille  moyenne. 

Il  eut  une  enfance  chétive,  mais  ne  fut  atteint  d'aucune  maladie;  et  à 
17  ans  il  était  développé  comme  un  homme  de  20  ans.  A  cette  épocjue  il 
se  livra  à  des  excès  génitaux;  d'après  les  renseignements  recueillis,  il 
eut  deux  maîtresses,  avec  lescfuelles  il  pratiquait  le  coït  quatre  à  six  fois 
par  nuit,  et  cela  pendant  deux  années.  Au  bout  de  ce  temps,  des 
troubles  commencèrent  à  se  manifester  :  l'éjaculation  suivant  immédia- 
tement l'érection,  il  ne  pouvait  plus  satisfaire  ses  maîtresses;  puis,  il 
eut  encore  quelques  érections,  mais  sans  éjaculation.  A  20  ans  (1879)  il 
était  tout  à  fait  impuissant  et  depuis  il  est  resté  tel. 

Cest  à  ce  moment  quil  commença  à  grandir  d'une  manière  anormale. 
En  effet,  lorsqu'il  se  présenta  à  20  ans  pour  la  première  fois  devant  le 
conseil  de  revision  on  recueillit  les  mesures  suivantes  : 

Taille ]"',63 

Périmètre    thoracique 0    80 

Un  an  plus  tard,  au  second  conseil  de  revision,  on  trouvait  : 

Taille 1"',69 

Périmètre   thoracique 0    86 

Enfin,  lors  du  troisième  conseil  de  revision,  ces  mesures  avaient 
encore  augmenté. 

Taille 1"\72 

Périmètre    thoracique 0    91 

II  fut  reconnu  inapte  au  service  militaire  pour  son  genou  bancal  et 
une  carie  du  talon  droit.  En  effet,  il  avait  eu  à  18  ans,  au  niveau  du 
pied  droit,  un  œdème,  avec  suppuration  et  fistules,  qui  nécessita  un 
premier  séjour  à  la  clinique  chirurgicale.  En  décembre  1889  il  revint 
pour  des  accidents  similaires  :  carie  nécrotique  du  tibia  droit,  nécessi- 
tant l'ablation  d'un  séquestre.  Il  pesait  alors  110  kilos  et  était  si  grand 
qu'il  ne  pouvait  coucher  dans  un  lit  ordinaire.  II  sortit  guéri  et  se  remit 
à  garder  les  porcs. 

(')  Buday  et  Jancso,  Ein  Fall  von  pathologischen  Riesenwuchs,  Deutsches 
ArcJiiv.  filr  klin.  Med.,  1898,  p.  385. 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 


123 


En  avril  1894  il  se  produit  une  nouv 
sans  douleurs  dans  les  autres  ex- 
trémités, et  c'est  pour  cela  qu'il 
entre  à  notre  clinique. 

État  actuel  (24  mai  1894).  — 
Simon  Botis  est  un  homme  de 
taille  gigantesque  :  il  mesure  1"\98 
et  pèse  114  kilogrammes. 

Au  premier  abord  on  remarque 
que  le  corps  est  augmenté  dans 
toutes  ses  dimensions  et  que  tout 
chez  lui  est  gigantesque  :  sque- 
lette, peau,  musculature. 

La  peau,  pâle  au  visage,  brune 
sur  les  avant-bras  et  la  paume  de 
la  main,  présente  une  consistance 
normale,  en  dehors  des  adhéren- 
ces cicatricielles  de  la  jambe 
droite;  nulle  part  elle  n'est  plus 
épaisse,  durcie  ou  ridée  qu'à  l'état 
normal. 

Les  cheveux  sont  noirs  et  courts; 
moustache  rare  ;  pas  de  barbe.  Les 
poils  du  creux  de  l'aisselle  et  du 
pubis  sont  suffisamment  longs  et 
fournis. 

Tête.  —  La  partie  crânienne  de 
la  tête  est  à  peine  plus  grande  qu'à 
rétat  normal,  mais  la  partie  fa- 
ciale est  réellement  augmentée, 
aussi  bien  en  largeur  qu'en  lon- 
gueur; en  particulier  le  nez,  les 
os  malaires  et  les  maxillaires, 
aussi  bien  le  supérieur  que  l'in- 
férieur, semblent  énormes,  au 
point  que  le  visage  produit  dans 
son  ensemble  une  impression  très 
désagréable  et  répugnante. 

Le  crâne,  augmenté  en  largeur 
et  en  longueur,  est  un  peu  aplati  en 


ellepoussée  à  la  cheville  droite, 


FiG.  2'2'(').  —  I-e  gt'juiL  Simon 
(BuDAY  et  Ja^'cso.) 


Bolis. 


arrière  :  le  front  est  étroit  (^). 


(•)  Extraite  des  Deulsch.  Arch.  fur  kiin.  iVIecL,  1898. 

(-)  Les  auteurs  donnent  en  une  série  de  tableaux  une  foule  de  dimensions 
recueillies  avec  le  plus  grand  soin,  tant  sur  le  vivant  que  sur  le  cadavre. 
Nous  n'avons  reproduit  parmi  leurs  mensurations  que  celles  qui  nous  ont 
paru  les  plus  intéressantes  et  nous  ne  donnons  qu'un  résumé  très  abrégé 
de  la  très  longue  observation  de  Buday  etJANCso  qui  remplit  plus  de  68  pages 
(petit  texte)  des  Deulsch.  Arch.  fiir  klin.  Med.  - 


124  GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 

L'élargissement  de  la  partie  supérieure  du  visage  est  due  : 

1°  A  l'énorme  élargissement  de  la  racine  et  de  la  partie  osseuse 
du  nez; 

2°  A  la  saillie  notable  des  os  malaires. 

Par  contre,  l'allongement  porte  surtout  sur  la  croissance  des  maxil- 
laires supérieur  et  inférieur. 

Le  nez,  très  fort,  est  courbé;  sa  pointe  regarde  un  peu  à  gauche;  son 
dos  est  très  élargi,  en  particulier  à  l'extrémité  inférieure  de  la  partie 
osseuse,  tandis  que  la  racine  et  la  partie  cartilagineuse  sont  un  peu 
plus  rétrécies.  Le  septum  membraneux  n'est  pas  dévié. 

Par  suite  de  Télargissement  du  nez,  les  yeux  sont  très  éloignés  l'un 
de  l'autre  (distance  biangulaire  interne  :  l""Ji,  au  lieu  de  la  nor- 
male :  5'"",9). 

Le  maxillaire  inférieur  présente  un  accroissement  gigantesque,  par 
suite  duquel  les  dimeaisions  suivantes  sont  très  augmentées  : 

Hauteur  entre  le  point  mentonnier  et  le  vertex  .   .   .        50  "",8 

Diamètre   mento-occipital 25    "> 

Circonférence  maxima  de  la  tête,  passant  par  le 
point  mentonnier,  le  bord  antérieur  de  la  racine 
des  oreilles  et  le  vertex 80 

Les  lèvres  sont  à  peine  plus  épaisses  que  normalement.  Longueur  de 
la  bouche  fermée  :  6'="', 3. 

Les  oreilles  sont  petites  et  bien  conformées. 

Tronc.  —  La  cage  thoracique  est  augmentée  dans  tous  les  sens.  La 
partie  supérieure  est  aplatie;  l'inférieure  est  fortement  bombée  en  avant 
et  sur  les  côtés.  —  Les  clavicules  sont  épaisses,  longues  et  fortement 
courbées.  —  Les  côtes,  larges  et  épaisses,  sont  plus  recourbées  à  droite 
qu'à  gauche;  du  côté  gauche,  les  premières  côtes  sont  plus  fortes  que 
les  dernières.  Les  côtes  inférieures  forment  avec  leurs  cartilages  un 
angle  droit,  et  la  conjugaison  des  cartilages  et  des  côtes  est  marquée 
par  de  petites  nodosités  dures  et  perceptibles  à  la  palpation. 

La  colonne  vertébrale,  dans  sa  portion  dorsale,  est  courbée  vers  la 
droite,  en  allant  de  la  5"  à  la  6'  vertèbre  dorsale.  Elle  est  un  peu 
courbée  en  arrière. 

Les  épaules  sont  horizontales  :  scapxdse  alatœ. 

Membres  supérieurs.  —  Plus  longs  qu'à  l'état  normal  :  l'allongement 
porte  sur  tout  le  membre,  mais  est  frappant  surtout  aux  mains,  qui 
semblent  disproportionnées  relativement  au  reste  du  membre.  Muscu- 
lature faible  et  flasque.  —  Tous  les  os  semblent,  à  la  palpation, 
augmentés  non  seulement  en  longueur,  mais  dans  toutes  leurs  dimen- 
sions. Mais  cet  accroissement  n'est  pas  proportionnel  sur  tous  les  os  : 
ainsi  l'axe  longitudinal  de  la  main  est  incliné  vers  le  bord  radial  de 
l'avant-bras,  comme  si  la  croissance  du  radius  était  restée  en  retard  sur 
celle  du  cubitus.  Les  deux  mains  sont  très  grandes,  surtout  très 
longues  ;  la  forme  en  est  cependant  tout  à  fait  proportionnée,  en  sorte 
que,  malgré  leur  grandeur,  elles  ne  sont  pas  sans  élégance.  Les  doigts 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME.  125 

sont  longs,  leurs  articulations  non  épaissies,  leurs  ongles  conformés 
normalement.  Seul,  le  petit  doigt  a  sa  première  phalange  fléchie,  et  ses 
mouvements  d'extension,  actifs  ou  passifs,  sont  abolis. 

Membres  inférieurs.  —  Augmentés  également  dans  toutes  leurs  dimen- 
sions; mais  le  plus  frappant  est  l'accroissement  des  pieds.  A  la  face 
antérieure  de  la  jambe  droite,  cicatrice  profonde  résultant  de  la  carie 
osseuse  ancienne  et  de  l'ablation  du  séquestre.  Genu  valgum  droit,  avec 
forte  projection  en  avant  du  condyle  interne;  épaississement  notable 
de  la  moitié  inférieure  du  tibia  droit.  La  jambe  gauche,  non  difforme, 
est  plus  longue  et  plus  grêle  que  la  droite.  Les  deux  pieds  semblent 
trop  grands  pour  le  reste  du  corps  :  un  certain  degré  de  pied-bot  varus 
du  côté  droit. 

Les  facultés  psychiques  ne  présentent  pas  d'anomalie  frappante. 
L'intelligence  est  plus  grande  qu'on  ne  pourrait  le  croire  d'a|)rès  la 
physionomie  :  en  effet,  la  saillie  énorme  des  pommettes,  l'écartement 
des  yeux,  le  front  borné  et  la  mandibule  énorme  lui  donnent  l'aspect 
d'un  idiot.  Mais  il  répond  avec  intelligence  aux  questions  cju'on  lui 
adresse,  s'intéresse  aux  maladies  de  ceux  qui  l'entourent,  s'occupe  et 
noue  volontiers  conversation  avec  eux;  il  gagne  souvent  aux  jeux  de 
curies,  etc. 

Organes  des  sens  normaux.  Sensibilité  à  tous  les  modes  intacte. 
Réflexes  normaux.  Force  musculaire  au  dynamomètre  un  peu  diminuée. 

La  marche,  comme  aussi  tous  les  mouvements  et  gestes  sont  pénibles, 
le  moindre  mouvement  coûtant  une  très  grande  fatigue.  Le  malade 
boite,  en  raison  de  l'inégalité  de  ses  jambes. 

La  respiration  se  fait  la  bouche  ouverte.  Les  deux  côtés  de  la  poitrine 
se  soulèvent  également;  type  costal  plutôt  qu'abdominal,  —  18  respira- 
tions par  minute.  Toux  et  expectoration,  sans  bacilles  de  Koch  à 
l'examen.  Légère  submatité  aux  deux  sommets. 

Cœur  et  pouls  normal  :  72  à  la  minute. 

Le  sang  examiné  au  microscope  a  été  trouvé  normal  comme  nombre, 
forme  et  couleur  des  globules  rouges  et  blancs. 

Cavité  bucco-pharyngée  très  augmentée.  Il  manque  quelques  dents. 
Amygdales  un  peu  volumineuses.  La  langue  est  plus  longue,  plus  large 
et  plus  épaisse  que  normalement. 

Bon  appétit,  un  peu  plus  considérable  que  celui  d'un  homme  normal. 
Pas  de  soif  exagérée. 

Urine  normale,  D  :  1012.  Ni  sucre,  ni  albumine. 

Les  organes  génitaux  externes  ne  sont  pas  plus  grands  que  ceux  d'un 
homme  normalement  développé.  Longueur  du  pénis  :  10  centimètres; 
circonférence  :  9  centimètres.  Bourses  non  épaissies.  Testicules  petits. 

Marche  delà  maladie.  —  Le  malade  resta  à  la  clinique  du  24  mai  1894 
au  25  septembre  1890,  date  de  sa  mort. 

51  mai  1894.  —  Ouverture  spontanée  de  deux  petits  abcès  au  niveau 
de  la  jambe  droite.  Guérison  rapide. 

Août  1894.  —  Amygdalite.  Végétations  adénoïdes.  Extirpation  en  des 


126  GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 

séances  répétées  de  plusieurs  polypes  du  nez;  mais  la  respiration  reste 
gênée,  plusieurs  gros  polypes  nasaux  n'ayant  pu  être  extirpés. 

Octobre  1894.  —  Apparition  de  la  polydypsie  (12  litres  d'eau  environ) 
et  de  la  polyurie  :  13  litres  d'urine  claire,  de  densité  1027,  donnant  la 
réaction  du  sucre  et  déviant  le  polarimètre  de  5  pour  100. 

Novembre  1894.  —  Pneumonie  de  la  base  gauche,  pendant  laquelle 
la  quantité  d'urine  tomba  à  5  ou  4  litres  et  la  teneur  en  sucre  à  1  ou 
2  pour  100. 

Mars  1895.  —  9  à  1(J  litres  d'urine  par  jour;  teneur  en  sucre  :  0  ou 
6.5  pour  100. 

Août  1895.  —  Le  malade  a  maigri  de  12  kilogrammes  (poids  :  102  kilo- 
grammes); mais  sa  taille  s'est  accrue  d'un  centimètre  (1",995).  Les  cir- 
conférences thoraciques  ont  diminué  d'une  façon  assez  notable,  ainsi 
que  la  circonférence  des  membres.  Toux  et  expectoration.  Anémie  et 
diminution  des  forces. 

Janvier  1896.  — L'amaigrissement  continue  (poids  :  90  kilogrammes). 
Signes  très  nets  d'infiltration  des  deux  sommets,  malgré  qu'on  continue 
à  ne  pas  trouver  de  bacilles  de  Koch  dans  l'expectoration.  Le  sucre  a 
disparu  des  urines,  dont  la  quantité  oscille  entre  2  et  3  litres  1/2  par 
jour.  Il  n'a  pas  reparu  jusqu'à  la  mort.  Opothérapie  thyroïdienne 
(50  centigrammes  de  thyroïdine)  sans  résultat  appréciable. 

Mars  1896.  —  Fièvre  hectique.  Dans  les  crachats,  bacilles  de  Koch  et 
fibres  élastiques.  La  déchéance  se  précipite  (poids  :  70  kilogrammes). 

25  septembre  1896.  —  Mort  dans  le  marasme  par  suite  du  progrès  des 
lésions  tuberculeuses  des  deux  poumons. 

Autopsie  (*)  {pratiquée  le  24  septembre  1896).  —  Longueur  du  corps 
dans  le  décubitus  dorsal  :  2™, 02.  Poids  :  7i  kilogrammes. 

Cerveau  :  poids  (y  compris  l'hypophyse)  1615  grammes.  Tumeur  plus 
grosse  qu'un,  œuf  de  poule  formée  par  r hypophyse  augmentée  de  volume; 
cette  tumeur  repose  pour  la  plus  grande  partie  sur  la  selle  turcique 
très  élargie  ainsi  que  sur  les  parties  voisines  du  sphénoïde  et  du 
frontal.  Elle  a  7  centimètres  de  longueur  sur  5  centimètres  de  largeur. 
Elle  empiète  sur  le  sommet  du  lobe  temporal  et  la  partie  antérieure  du 
pont  de  Varole.  On  la  trouve  constituée  de  deux  parties  :  l'une,  anté- 
rieure, petite,  et  l'autre  plus  grande,  postérieure,  réunies  par  une  partie 
moyenne  plus  mince,  sur  les  côtés  de  laquelle  se  trouve  une  petite 
gouttière,  qui  reçoit  le  nerf  optique.  Les  deux  tractus  du  nerf  optique 
et  le  chiasma  sont  couverts  et  aplatis  par  la  tumeur;  mais,  bien  que 
comprimés,  ils  ne  présentent  ni  atrophie,  ni  changement  de  coloration. 
Les  nerfs  olfactifs  et  la  partie  postérieure  des  lobes  frontaux  sont 
comprimés  par  la  portion  antérieure  enclavée  de  la  tumeur.  La  hauteur 
de  celle-ci  est  de  5  centimètres  de  haut  en  bas.  Elle  ne  pénètre  pas  dans 
les  ventricules;  la  commissure  blanche  est  intacte. 

La  structure  histologicjue  de  l'hypophyse  normale  ne  se  retrouve  que 

(')  Très  résumée. 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME.  127 

dans  la  partie  moyenne.  Dans  les  autres  parties,  on  note  une  proliféra- 
tion intense,  avec  des  figures  cellulaires  désordonnées  et  un  tissu 
conjonctif  épaissi.  Il  ne  s'agit  donc  pas  d'une  simple  hypertrophie, 
mais  véritablement  d'une  tumeur  qui  est  plutôt  un  angio-sarcome  qu'un 
adénome  ou  qu'un  adéno-sarcome. 

Quelques  vestiges  de  thymus;  mais,  d'après  l'examen  microscopique, 
on  ne  peut  pas  dire  que  ce  soit  une  persistance  anormale. 

Poumons  :  dégénérescence  caséeuse  des  sommets:  nodules  et  cavernes 
communiquant  avec  les  bronches;  quelques  tubercules  disséminés  dans 
les  bases.  L'examen  microscopique  a  révélé  très  nettement  la  nature 
tuberculeuse  de  ces  lésions. 

Langue  :  Il°",05  de  long  sur  8  de  large. 

Cartilage  thyroïde  :  longueur  ;  {]"",!. 

Cordes  vocales  :  longueur  :  2"=™, 8. 

Le  corps  iAyroïc^e  n'est  pas  sensiblement  accru  :  578%05.  Rien  d'anor- 
mal à  l'examen  microscopique. 

Pharynx  très  augmenté. 

Bâte  :  840  grammes.  Capsule  épaissie.  Coloration  brun  pâle.  Consis- 
tance dure.  Prolifération  du  tissu  conjonctif. 

Reins  très  augmentés  ;  poids  du  rein  droit  :  298  grammes  ;  du  rein 
gauche  :  515  grammes.  Consistance  plus  dure  que  normale.  L'examen 
histologique  montre  des  traces  de  népJirite;  l'épithélium  des  tubes  uri- 
nifères  est  granuleux;  on  trouve  des  cylindres  à  l'intérieur  des  canaux, 
de  la  dégénérescence  hyaline  des  glomérules  et  de  l'augmentation  du 
tissu  conjonctif  périglomérulaire. 

Les  capsules  surrénales  ne  sont  pas  très  augmentées;  mais  leur  struc- 
ture est  à  peu  près  normale. 

Foie:  2960  grammes.  Congestion  muscade,  avec  infiltration  graisseuse 
des  zones  périphériques  des  acini.  Quelques  granulations  tuberculeuses 
miliaires  disséminées  dans  le  tissu  conjonctif. 

Estomac  et  intestins  augmentés  dans  toutes  leurs  dimensions.  Lon- 
gueur :  intestin  grêle  (10", 70),  gros  intestin  (ô™,80).  Quelques  lésions 
tuberculeuses  dans  l'intestin  grêle  et  le  côlon  ;  tubercules  caséifiés  dans 
les  ganglions  mésentériques. 

Testicules  très  diminués  de  volume,  au  contraire  de  tous  les  autres 
organes,  dont  on  a  vu  l'augmentation.  Testicule  droit  :  d^\b  ;  gauche  : 
["■I^^b.  —  Atrophie  testiculaire  sans  inflammation  :  ni  la  capsule,  ni  le 
tissu  conjonctif  ne  sont  hypertrophiés.  Atrophie  des  canaux  séminifères, 
sclérosés  et  ratatinés  :  épithélium  très  bas;  cellules  indifférentes,  atro- 
phiées, ne  présentant  aucune  apparence  de  travail  de  spermatogénèse. 
Pas  de  spermatozoïdes  dans  les  canaux.  //  s'agit  en  somme  dune  atro- 
phie testiculaire  primaire,  semblable  à  celle  de  certains  tuberculeux. 

Prostate  petite  et  pâle. 

Muscles  atrophiés  et  pâles,  en  particulier  les  gastrocnémiens,  dans 
lesquels  on  trouve  quelques  trichines  encapsulées. 

Moelle  épinière  à  peu  près  normale,  sauf  un  peu  d'hyperémie  dans  la 


128 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 


portion  lombaire,  avec  sclérose  commençante  de  la  partie  médiane  des 
cordons  de  Goll  et  de  la  partie  inférieure  des  cordons  latéraux. 

Nerfs  ■périphériques.  —  Sur  les  coupes  du  sciatique,  on  note  un  peu 
d'ati'ophie  des  fibres  nerveuses;  les  fibres  normales  sont  en  minorité; 

le  tissuTibreux  l'emporte  sur  le  tissu  ner- 
veux; mais  il  n'y  a  pas  trace  d'inflamma- 
tion. 
i^  - '^B^H^H  ^^   atrophie,   ni    dégénérescence    grais- 

seuse des  nerfs  optiques. 

Articulations.  —  Arthrite  déformante  des 
grandes  articulations  avec  déformations 
caractéristiques,  surtout  à  la  hanche.  Corps 
étranger  articulaire  libre  (souris  articu- 
laire), formé  de  tissu  cartilagineux  de  la 
hanche  droite.  Synoviale  villeuse  et  hyper- 
trophiée aux  articulations  des  membres 
^^  supérieurs.  Au  niveau  de  la  tibio-tarsienne 
%_^,^mi^B  droite,  les  cartilages  sont  augmentés,  mais 
il  n'y  a  pas  trace  d'inflammation  tubercu- 
leuse présente  ou  passée. 

Squelette  (fig.  25).  —  Les  diaphyses  sont 
grandes,  mais  à  peu  près  normales.  Pas 
d'exostoses,  sauf  quelques  ostéophytes  aux 
os  de  la  jambe.  Les  épiphyses  sont  plus 
inégales  que  les  diaphyses;  leurs  vaisseaux 
sont  plus  larges.  Insertions  musculaires 
très  saillantes,  notamment  celle  du  biceps 
sur  le  radius,  celle  du  sous-clavier  à  la  cla- 
vicule. Les  os  sont  très  légers,  car  la  sub- 
stance compacte  corticale  est  anormale- 
ment mince;  en  revanche  la  cavité  médul- 
[|V  ^^        laire   est   extraordinairement   développée; 

elle  se  poursuit  jusque  dans  les  épiphy- 
FiG.  23(').  — Le  squelette  du  géant  ses,  oîi  les  travées  osseuses  forment  un 
Simon  Boiis.  (Buday  et  Jancso.)      ^éscau  fin  en  toile  d'araignée.  Ostéoporose 

remarquable,  accentuée  dans  les  petits  os, 
particulièrement  ceux  du  tarse,  au  point  que  la  substance  corticale  a 
une  consistance  parcheminée  et  garde  l'empreinte  du  doigt. 

Crâne.  —  Augmentation  disproportionnée  de  sa  portion  faciale  par 
rapport  à  sa  portion  crânienne,  bien  que  celle-ci  ne  soit  pas  tout  à  fait 
normale.  Epaisseur  de  la  voûte  crânienne  :  4  à  7  millimètres. 
A  l'intérieur  du  crâne,  selle  tarcique  aplatie  et  très  élargie. 

Dislance  des  trous  optiques 56  mm. 

Distance  des  apophyses  cHnoïdes  antérieurs.   ...        45    — 
Distance  des  trous  ronds 51    — 


(*)  Extraite  des  Deutsch.  Arch.  fur.  klîn.  Med.,  li 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME.  129 

Au  fond  de  la  selle  turcique,  l'os  est  très  aminci  au-dessus  du  sinus 
sphénoïdal,  mais  non  perforé.  La  grande  fosse  plate  qui  en  somme  tenait 
lieu  de  selle  turcique  se  continue  avec  la  partie  postérieure  des  fosses 
cérébrales  de  l'os  frontal  et  de  la  lame  criblée,  car  l'hypophyse  ne  trou- 
vait pas  de  place  suffisante  dans 
la  selle  turcique  et  débordait  en 
avant,  de  même  qu'en  arrière,  sur 
la  partie  basilaire  de  l'occipital. 

Le  trou  occipital  semble  très  pe- 
tit (diamètre  sagittal  :  51  millimè- 
tres; diamètre  transversal  :  52  mil- 
limètres). 

Toutes   les  parties  du  temporal 

sont  très  augmentées  :  le  conduit       ^^  ^^, . 

auditif  externe  est  long  de  57  milli-       ^^        -       Xm^Kk      "^         li 
mètres  (au  lieu  de  la  longueur  nor-       HU  '  ^ 

maie  :  15  millimètres).  ^^®^  i 

Face   (fig.  24).  —  Les  maxillaires 
supérieurs     sont     très    augmentés       ^^^     \\>5^      -« 
(distance  de  la  suture  fronto-nasale       ^^B      *  ^  ."ô  »  ^  ^  ^ 
au    bord    alvéolaire    :    10'^'°, 2).    Les       ^^^k 
fosses  nasales  montrent  un  tel  de- 
gré   d'allongement    et    d'élargisse- 
ment cju'il  est  à  peu  près  sans  exem- 
ple :   les  os  nasaux  sont  doublés 
de  largeur  (15   millimètres),  et  de 
longueur  (42  millimètres).  Hauteur    l'ic  24(').  —  Le  crâne  du  géant  Simon 

]  cr  -n-        -t  T)         i  Botis.     (BUDAY   Ct  JaNCSO.) 

du    nez   :    84    milhmetres.    L  antre 
d'Higmore   s'est  accru  en    propor- 
tion des  maxillaires  supérieurs.  Les  molaires  sont  surtout  augmentées 
en  hauteur. 

Le  maxillaire  inférieur  est  plus  augmenté  dans  son  corps  que  dans 
ses  branches  : 

Hauteur  du  corps  du  maxillaire  inférieur 46  mm. 

Longueur  du  bord  inférieur 107    — 

Diamètre  bigoniaque 122    — 

Diamètre  bicondylien 145    — 

Le  bord  inférieur  est  épaissi  et  saillant  en  avant,  l'angle  du  maxil- 
laire est  plus  ouvert  que  normalement  (158°  au  lieu  de  120°). 

Colonne  vertébrale.  —  Scoliose  à  deux  courbures  :  convexité  gauche 
cervico-dorsale,  convexité  droite  dorsale  inférieure.  Pas  de  cyphose  à 
proprement  parler.  Les  corps  des  vertèbres  sont  augmentés  surtout 
dans  la  portion  cervicale. 

Thorax.  —  Augmenté  notablement  dans  toutes  ses  dimensions,  sur- 


(')  Extraite  des  Deutsr.h.  Arch.  fiir  Klin.  Med.,  1898. 

LAUNOIS    ET   ROY. 


130 


CIGVN'IISMK  ET  INI'7\NT[IJSMR. 


tout  dans  le  diamètre  sagittal.  La  partie  iulerieure  droite  est  saillante 
en  avant.  —  Augnientalion  des  côtes  et  des  clavicules. 

Membres  supérieurs.  —  Les  deux  humérus  en  comparaison  des  autres 
os  longs  sont  courts,  surtout  le  gauche,  qui  est  à  peine  plus  long  qu'à 
l'état  normal;  le  droit  est  de  3"'", 5  plus  long  que  le  gauche;  l'asymétrie 
est  frappante.  —  Au  contraire  des  bras,  les  avant-bras  sont  très  longs; 
mais  les  os  ne  sont  pas  très  gros.  Contrairement  à  la  normale,  l'apo- 
physe styloïde  radiale  descend  moins  bas  que  la  cubitale  ;  le  cubitus 


FiG.  2o(').  —  Le  crùuc  du  géaiiL   Simon  Bolis.  (Blday  el  Jancso.} 


étant  plus  long  que  le  radius,  il  en  résulte  une  inclinaison  de  la  main 
sur  le  côté  radial  de  l'avant-bras  ;  la  grosse  épiphyse  inférieure  du  cubi- 
tus est  très  saillante  (manus  valga).  —  Les  métacarpiens  et  les  pha- 
langes sont  très  longs,  mais  le  rapport  des  parties  entre  elles  n'est 
guère  modifié. 

Bassin.  —  Augmenté  dans  toutes  ses  dimensions,  mais  surtout  dans 
les  diamètres  transversaux,  par  suite  de  l'élargissement  du  sacrum  et 
du  fort  allongement  de  la  branche  horizontale  du  pubis. 

Membres  inférieurs.  —  La  longueur  des  fémurs  est  encore  plus  exa- 
gérée qu'on  ne  pourrait  l'attendre  d'après  la  longueur  du  corps.  Le 
fémur  gauche  est  plus  long  de  l''",5  que  le  droit.  L'extrémité  inférieure 
du  fémur  droit   présente  les  déformations   caractéristiques    du  genu 

(')  Exlrailo  de*  Deutsche  Arclilv.  fiir  Klin.  Med.,  1898. 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME.  131 

valgum.  Les  jambes  sont  encore  plus  allongées  que  les  cuisses.  Vestiges 
de  la  carie  antérieure  du  tibia  droit.  —  Les  pieds  ne  sont  pas  allongés 
en  proportion  des  jambes,  ni  des  autres  parties  du  corps.  Pied  droit  en 
varus  équin.  Il  n'y  a  d'ostéophytes  qu'aux  phalanges  unguéales. 


De  tous  ces  faits,  en  particulier  de  celui  de  Buday  et  Jancso 
qui,  à  tant  d'égards,  est  si  comparable  aux  nôtres,  on  peut 
conclure  que  chez  les  géants,  plus  souvent  encore  que  chez  les  acro- 
mégaliqites,  il  existe  de  V atrophie  génitale (^). 

Réciproquement,  pour  ainsi  dire,  il  est  une  autre  donnée  non 
moins  intéressante  à  signaler,  c'est  que  l'infantilisme  peut 
s'observer  chez  les  sujets  de  taille  élevée. 

Si  le  plus  souvent  l'infantilisme  s'accompagne  d'arrêt  de 
développement  du  squelette,  on  peut  parfois  noter  un  accrois- 
sement excessif  des  os  (Henry  Meige)(^).  Il  y  a  peu  de  temps, 
le  professeur  Joffroy(^)  évoquait  le  souvenir  de  Lorain  montrant 
à  ses  élèves  un  cuirassier  de  haute  stature,  qu'il  ne  craignait 
pas  de  considérer  comme  un  infantile.  Otto  Ammon(^),  à  la 
suite  d'une  longue  enquête  sur  l'infantilisme  et  le  féminisme, 
poursuivie  dans  les  conseils  de  revision  de  Bavière,  concluait 
que  «  l'infantilisme  se  manifeste  chez  les  sujets  de  toute  taille, 
depuis  les  plus  petits  jusqu'aux  plus  grands  ». 

(')  Le  mariage  des  géants  a  été  encouragé  à  toutes  les  époques  et  pour  des 
motifs  divers  par  tous  les  "  montreurs  et  propriétaires  »  de  géants,  aussi  bien 
que  par  Frédéric  le  Grand  [voir  le  récit  de  son  amusante  déconvenue,  par 
DiEUDONNÉ  Thibault,  cité  par  Garnier  {loc.  cit.,  p.  505)]  et  par  le  donateur 
original,  plus  généreux  qu'éclairé,  qui  laissa  sa  fortune  à  la  ville  de  Rouen 
pour  enrichir  un  couple  de  géants.  —  En  fait,  dit  Woods  Hutchinson  {Neiv 
York  Journ.,  21  juillet  1900),  sur  50  géantes,  pas  plus  de  2  ou  5  furent  mariées, 
et  parmi  les  géants  une  très  faible  proportion  quitta  le  célibat.  Et,  parmi  ceux 
dont  l'histoire  nous  est  connue,  aucun,  sauf  peut-être  Winckelmeyer,  ne  laissa 
d'enfants.^  C'est  FAmérique  qui  se  vante  (Gould  et  Pyle,  loc.  cit.)  déposséder 
le  plus  grand  couple  du  genre  humain  {the  tallest  married  couple  knoivn  to 
mankind)  :  le  17  juin  1871,  en  effet,  on  maria  à  Saint-Martin-des-Champs,  à 
Londres,  le  captain  van  Buren  Bâte,  du  Kentucky  et  miss  Anna  Swann,  de  la 
NouvelIe-Écosse,  tous  les  deux  hauts  de  7  pieds.  —  Mais,  comme  dit  Henry 
Meige  (Arch.  gén.  de  Méd.,  oct.  1902;  et  Congr.  des  Neurol.  Grenoble,  1902),  on 
ne  nous  parle  pas  de  la  descendance  de  ce  couple  de  géants.  —  «  Les  tailles 
exceptionnellement  grandes  ou  petites  sont  des  productions  anormales,  dit 
Deniker  (/îaces  et  peuples  de  la  terre,  p.  30)  :  la  stérilité  avérée  des  nains  et  des 
géants  suffirait  à  elle  seule  à  le  prouver.  » 

(^)  Henry  Meige,  Sur  les  l'apports  récijiroques  de  l'appareil  sexuel  et  de  l'ap- 
pareil squelettique   Journ.  des  connais,  méd.,  14  mai  1896,  p.  164. 

(')  JoFFROY,  Soc.  de  Neurol.  de  Paris,  7  juin  1900.  Discussion  à  la  suite  de  la 
communication  de  Babinski. 

('*)  Otto  Ammon,  L Anthropologie, 'ç.  285,  189G. 


132  GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 

Il  convient  d'ailleurs  de  rapprocher  tous  ces  faits  des  modifi- 
cations que  l'ablation  des  glandes  génitales  imprime  au  sque- 
lette et  qui  sont  connues  depuis  longtemps  (').  Constatées  par 
les  vétérinaires,  d'une  façon  courante,  chez  les  animaux  domes- 
tiques, elles  sont  plus  fréquemment  observées  chez  les  mâles 
que  chez  les  femelles;  s'il  en  est  ainsi,  c'est  parce  que  l'opéra- 
tion se  pratique  plus  souvent  chez  les  premiers. 

En  supprimant  d'une  façon  plus  ou  moins  précoce,  chez  les 
animaux  mâles,  les  glandes  génitales,  en  leur  faisant  subir  la 
castration  dite  de  convenance,  on  cherche  à  modifier  leur  orga- 
nisme, à  imprimer  des  changements  non  seulement  à  leur 
caractère,  mais  encore  à  leurs  formes  extérieures,  à  leurs  fonc- 
tions physiologiques;  on  tend,  en  d'autres  termes,  à  les  appro- 
prier davantage  aux  exigences  de  la  domesticité. 

Bouley("),  étudiant  les  modifications  que  la  castration 
imprime  à  l'organisme  des  animaux  mâles,  les  résume  de  la 
façon  suivante  : 

u  Pratiquée  de  bonne  heure,  la  castration  arrête  le  dévelop- 
pement du  squelette,  et  conséquemment  celui  des  masses 
musculaires  auxquelles  il  sert  de  support;  sous  son  influence, 
la  tête  s'allégit,  les  membres  s'affinent,  le  corps  demeure  plus 
svelte  dans  ses  proportions  générales;  les  animaux  mâles 
tendent,  en  un  mot,  à  se  rapprocher  par  leurs  formes  et  même 
par  leurs  attributs  des  femelles  de  leur  espèce.  Ainsi  le  cheval 
hongre  ressemble  à  la  jument  par  l'ensemble  de  ses  formes  :  il 
en  a  le  hennissement,  moins  accentué  que  celui  du  mâle  entier, 
et  surtout  plus  rare,  la  physionomie  plus  douce  et  moins 
expressive,  l'encolure  plus  effilée,  la  crinière  moins  touffue  et 
garnie  de  poils  plus  soyeux,  etc. 

«  Le  bœuf  se  rapproche  de  la  vache;  sa  voix  n'a  pas  le  timbre 
sonore  et  retentissant  de  celle  du  taureau.  Sa  tête,  plus  étroite 
par  le  sommet  et  plus  allongée,  supporte  des  cornes  longues  et 
recourbées  comme  celles  de  la  femelle  de  l'espèce;  cette 
expression  d'énergie  un  peu  sauvage  qui  appartient  au  mâle  de 


(•)  P.-E.  Launois  et  P.  Roy,  Gigantisme  et  castration.  Les  modifications  du 
squelette  consécutives  à  l'atrophie  testiculaire  et  à  la  castration.  Communica- 
tion à  la  Soc.  de  Pathol.  Comparée,  9  déc.  1902;  et  Revue  internai,  de  mcd.  et  de 
chir.,  -10  déc.  1902. 

(^)  BouLEY,  Diction,  de  méd.,  de  chir.  et  d'hyg.  vétérin.,  t.  IIL  p.  90,  1857. 


GIGANTISME    ET  INFANTILISME.  133 

cette  espèce,  en  pleine  puissance  de  ses  aptitudes  génitales,  est 
complètement  éteinte  en  lui.  Son  encolure  plus  grêle,  son 
poitrail  plus  étroit,  son  ossature  moins  volumineuse  et  plus 
élancée,  tout  dénonce  l'influence  profonde  que  la  castration  a 
exercée  sur  son  organisme. 

((  Chez  le  mouton,  les  appendices  frontaux,  organes  désor- 
mais inutiles,  ne  se  développent  pas,  mais,  en  revanche,  la  laine 
devient  plus  longue  et  plus  soyeuse;  les  défenses  avortent  chez 
le  jeune  porc  châtré  de  bonne  heure,  enfin  la  crête  du  coq  cha- 
ponné  se  flétrit  et  se  décolore,  et  les  éperons  dont  ses  pattes 
sont  armées  pour  l'attaque  et  la  défense,  ou  bien  avortent,  ou 
bien  s'arrêtent  dans  leur  développement.  » 

Si  Bouley  ne  fait  que  signaler  les  modifications  que  la 
castration  détermine  dans  l'ossature  des  animaux  mâles,  Lôrtet  (') 
met  en  valeur  l'allongement  qui  s'observe  du  côté  des  membres 
inférieurs  après  l'ablation  des  testicules.  «  Les  ailes  du  chapon, 
écrit  cet  auteur,  ne  sont  pas  plus  développées  que  celles  du 
coq;  mais  les  pattes,  très  élancées  chez  ce  volatile  castré,  lui 
donnent  une  apparence  toute  particulière.  Le  taureau,  toujours 
bien  plus  bas  sur  jambes  que  le  bœuf  de  sa  race,  a  surtout  des 
membres  postérieurs  peu  élevés,  tandis  que  c'est  l'allongement 
des  membres  postérieurs  qui,  chez  le  bœuf,  redresse  la  ligne  du 
dos  qui  est  généralement  descendante  sur  le  taureau.  » 

Déjà,  en  1877,  A.  Poncet('),  opérant  sur  de  jeunes  animaux, 
lapins,  chats,  etc.,  de  la  même  portée  et  du  même  âge,  dont  les 
uns  étaient  castrés  et  les  autres  restaient  indemnes,  et  qui 
étaient  sacrifiés  au  bout  de  trois  mois  ou  trois  mois  et  demi, 
avait  signalé  que  l'hyperaccroissement  des  os  était  surtout 
marqué  pour  le  squelette  des  membres  inférieurs  :  «  Les  os  des 
castrats  sont  plus  forts,  mais  surtout  plus  longs  que  ceux  des 
lapins  étalons.  La  différence  de  longueur  est  notable  et  se 
constate  à  première  vue.  Elle  m'a  paru  plus  accusée  encore 
(6  à  8  millimètres)  pour  certaines  parties  du  squelette;  c'est 
ainsi  que  les  fémurs,  les  tibias,  les  os  des  îles  ont  subi  un 
accroissement  plus  marqué  que  les  autres  os.  » 

(')  LoRTET,  Allongement  des  membi'es  inférieurs  chez  un  eunuque.  Arch. 
cVAnthrop.  crim.  Lyon,  189(3;  et  Soc.  de  Méd.  de  Lyon,  16  mars  1896. 

(-)  PoNCET,  Influence  de  la  castration  sur  le  développement  du  squelette, 
Congrès  de  VAssoc.  franc,  pour  l'avanc.  des  se,  session  du  Havre,  26  août  1877. 
—  Sur  la  castration.  Soc.  de  Méd.  de  Lyon,  23  mars  1896. 


134  GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 

A  la  coupe,  la  substance  compacte  semble  un  peu  augmentée 
de  volume  et  le  canal  médullaire  est  agrandi.  Les  os  sont  plus 
droits  qu'à  l'état  normal,  les  inflexions  et  les  courbures  y  sont 
absentes  ou  peu  accusées. 

Ces  expériences  de  Poncet,  qui  remontent  déjà  à  1877,  ont 
été  confirmées  à  l'étranger,  notamment  par  celles  de  Sellheim('), 
et  reprises  récemment  en  France  par  les  élèves  de  Poncet  : 

Briau('),  sur  une  même  portée  de  jeunes  chiens,  castre  les 
uns  à  15  jours  et  sacrifie  les  castrés  avec  les  témoins  à  l'âge  de 
6  mois  :  le  poids  du  squelette  du  chien  castré  est  de  240  grcimmes] 
tandis  que  le  squelette  du  témoin  ne  pèse  pas  plus  de  175  grammes. 
Sur  les  cliiennes^  les  résultats  sont  très  semblables  et  confirment 
cette  influence  incontestable  de  la  castration  sur  lliypermégalie 
squeh'ttique. 

Pirsche("')  résume  de  la  manière  suivante  les  résultats  de  ses 
expériences  : 

Chez  tous  les  animaux  castrés  observés  dans  les  expérimentations, 
le  squelette  subit  un  allongement  notable  {exception  faite  pour  les 
écjuidés  oii  le  cas  est  très  discuté  par  les  vétérinaires).  Le  fait  que 
les  animaux  témoins  sont  plus  petits  que  les  animaux  castrés  expé- 
rimentalement peut  cire  considéré  comme  constant. 

Uhyperaccroissement  porte  principalement  sur  les  membres  posté- 
rieurs; il  est  également  plus  accusé  pour  le  tibia. 

Chez  les  cliapons,  la  différence  de  longueur  est  de  8  millimètres 
pour  les  fémurs  et  18  millimètres  pour  les  tibias. 

Chez  les  cobayes,  la  différence  est  de  5  millimètres  pour  les 
fémurs  et  de  4  millinuHres  pour  les  tibias. 

De  même,  L.  Guinard(*)  note  que,  d'une  manière  générale,  la 
castration  pratiquée  chez  les  animaux  jeunes,  avant  qu'ils  aient 
atteint  leurs  formes  définitives,  allonge  les  rayons  osseux;  le 
train  antérieur  reste  étroit  pendant  que  les  parties  postérieures 
s'élargissent,  en  sorte  que  leurs  formes,  dans  leur  ensemble, 
sont  moins  trapues  et  moins  ramassées. 

(')  Sellheim  H..  Castration  und  Kiiochenwachsthum.  BciLr.  zur  Geburtsli  und 
Gynàkol,  II,  2,  1899. 

(-)  Briaii  (du  Creusot),  De  linfluence  de  la  castration  testiculaire  et  ova- 
rienne sur  le  développement  du  squelette.  Gaz.  Iiebd.  de  Méd.  et  de  C/iir. 
15  août  1901. 

(^)  PiRSCHE,  loc.  cit.,  p.  56. 

('m  L.  GIII^^\RD,  Article  Castration  du  Dictionnaire  de  pliysiologie  de  Ch.  Ri- 
CHET,  t.  Il,  p.  470. 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME.  135 

Toutes  ces  constatations  dépassent  le  domaine  de  Texpéri- 
menlation;  elles  tendent  à  prouver  la  réalité  de /V<//on^t^//i(^n/ r//( 
Irain  postérieur  chez  les  animaux,  quand  ils  ont  été  castrés  avant 
que  leur  squelette  ail  atteint  son  développement  complet. 

Mais  elles  sont  applicables  également  à  l'homme,  quand  il  est 
castré  jeune  ou  au  moment  de  la  période  de  la  puberté;  feunu- 
(/ne  se  fait  avant  tout  remarquer  par  Vallo)i<iement  cvaqéré  de  ses 
membres  injérieurs. 

Cette  anomalie  a  été  pour  la  première  fois  scientiliquement 
observée  par  E.  Godard (');  dans  ses  Violes  de  voyage^  il  décrit  de 
la  façon  suivante  l'habitus  extérieur  des  eunuques  égyptiens  : 
«  Les  eunuques  sont  maigres,  de  grande  taille,  hébétés.  Leurs 
jamtjes  sont  monstrueuses  par  leur  longueur.  Les  nègres  du  pays 
peuvent  être  grands,  mais  jamais  disproportionnés  comme  les 
eunuques.  M.  le  D''  Rossin,  à  qui  je  demandais  la  raison  de  ce 
fait,  me  disait  qu'il  n'avait  lieu  qu'au  moment  de  la  puberté. 
Ainsi  un  eunuque  d'Alim-Pacha,  qui  a  de  longues  jambes,  était 
fait  comme  les  autres  quand  il  était  jeune.  Les  jambes  n'ont 
grandi  d'une  manière  démesurée  que  depuis  le  moment  de  la 
puberté.  » 

Dans  le  portrait  qu'il  trace  du  chef  eunuque  d'une  grande 
princesse,  le  même  observateur  écrit  :  «  C'est  un  grand  gaillard 
qui  a  près  de  six  pieds;  il  est  grand,  maigre  et  paraît  gelé; 
il  a  de  grands  doigts  allongés  et  osseux.  On  dirait  que  la  castra- 
tion détermine  u)t  grand  développement  du  corps.  » 

De  Amicis('),  Matignon (^),  Hikmet  et  RegnaultC),  Korsakow(') 
ont,  chacun  de  leur  côté,  confirmé  et  complété  cette  descrip- 
tion. 

Dans  une  lettre  adressée  à  PirscheC^)  et  reproduite  par  celui- 
ci,  Matignon  a  précisé  les  observations  qu'il  avait  faites  sur  la 
grande  taille  des  eunuques  chinois,  attachés  au  Palais  Impérial. 
«  Avant  la  dernière  guerre  de  Chine,  je  n'ai  eu  qu'un  nombre 

(')  E.  Godard,  Observations  médicales  cl  scientifiques.  Éyvple  eL  Palestine. 
Paris,  1867,  p.  115. 

(-)  De  Amicis,  Constantinople.  Paris,  1885. 

(^)  Matignon,  Les  Eunuques  du  Palais  Impérial.  iJull.  de  la  Société  d'Antlno- 
pologie,  7  mai  189G,  p.  325. 

(*)  Hikmet  et  Regnault,  Les  Eunuques  du  Sultan.  Bullet.de  la  Société  d'Aii- 
Itiropologie,  1901,  fasc.  5. 

(•^)  KoRSAKOw,  Med.  Wochenschrit't.  Berlin  und  Leip-Jg,  1898. 

(")  PiRSCHE,  loc.  cit.,  p.  1*2. 


136  GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 

limité  d'eunuques  clans  mon  hôpital,  cinq  ou  six  au  maximum. 
Deux  avaient  été  castrés  avant  la  puberté.  Ils  avaient  seize  à 
dix-sept  ans  et  étaient  d'une  taille  bien  au-dessus  de  la 
moyenne  pour  leur  âge. 

«  Après  la  prise  de  Pékin  par  les  alliés,  j'ai  pu  voir  plusieurs 
groupes  d'eunuques  dans  le  Palais.  Ces  eunuques  étaient  très 
grands;  ils  avaient  au  moins  1  m.  80.  Quelques-uns  étaient 
encore  très  jeunes  et  avaient  été  opérés  en  bas  âge. 

«  S'il  y  a  un  rapporta  établir  entre  la  castration  précoce  et 
le  développement  de  la  taille,  je  puis  vous  citer  encore  un  fait 
très  probant. 

«  Quand,  le  16  août,  nous  pénétrâmes,  avec  une  avant-garde 
de  marsouins,  dans  le  parc  du  Palais  Impérial,  un  groupe 
d'eunuques  se  porta  à  notre  rencontre  et  se  prosterna  à  nos 
pieds.  L'un  d'eux  s'approcha  de  nous,  implorant  la  pitié;  c'était 
un  homme  de  haute  stature,  mesurant  au  moins  1  m.  85.  Je  le 
montrai  à  quelques  camarades  et  lui  demandai  depuis  combien 
de  temps  il  avait  été  castré.  Il  avait  subi  l'opération  vers  l'âge 
de  dix  ans. 

«  J'ai  remarqué  un  eunuque  d'aussi  haute  taille.  C'était  à 
Séoul.  Il  se  tenait,  vraiment  imposant,  derrière  V Empereur  de 
Corée,  un  jour  où  je  fus  reçu  par  le  souverain.  Sa  haute  fonc- 
tion permet  de  supposer  qu'il  avait  été  castré  de  bonne 
heure.  » 

De  même  l'eunuque,  que  l'un  de  nous(^)  put  étudier  à  Paris 
et  qui  avait  été  castré  avant  la  puberté,  se  faisait  remarquer  par 
une  haute  taille  et  par  un  allongement  tout  à  fait  dispropor- 
tionné de  son  arrière-train. 

Beaucoup  plus  précises  que  ces  simples  appréciations  sont 
les  mensurations  anthropométriques  qui  ont  été  faites  sur  des  sque- 
lettes d'eunuques. 

Les  premières  ont  été  pratiquées  par  Rollet,  au  Laboratoire  de 
médecine  légale  de  la  Faculté  de  Lyon,  sur  le  squelette  d'eunuque 
égyptien,  rapporté  par  Lortet  et  dont  voici  l'observation  : 

(')  P.-E.  Launois,  Castralion  et  atrophie  de  la  prostate.  Ass.  française  pour 
avancement  des  sciences.  Congrès  de  Caen,  1894. 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME.  137 


Observation  V.  (Lortet.) 

Allongement  des  membres  inférieurs  dû  à  la  castrcdion  chez  un  eunuque 

égyptien  ('). 


Eunuque  âgé  de  vingt-quatre  à  vingt-cinq  ans  probablement  et  parais- 
sant venir  de  la  région  habitée  par  les  Schillouks,  peuplade  occupant 
les  territoires  situés  entre  Khartoum  et  le  Bahr-el-Gazal.  La  peau  était 
d'un  vert  de  bronze  foncé.  Le  crâne  est  petit,  mais  bien  conformé, 
quoique  le  prognathisme  maxillaire  et  dentaire  soit  des  plus  prononcés. 

La  mensuration  exacte  des  os  des  membres  a  fourni  les  résultats 
suivants  : 

Fémur  droit 555  millimètres. 

Fémur    gauche 550  — 

Tibia   droit 465  — 

Tibia  gauche 464  — 

Péroné   droit 442  — 

Péroné   gauche  445  — 

Humérus  droit 572  — 

Humérus  gauche 372  — 

Cubitus  droit 325  — 

Cubitus  gauche 524  — 

Radius  droit 306  — 

Radius  gauche 305  — 

En  recherchant  la  taille  du  sujet  par  la  mensuration  de  ces  os  longs, 
on  trouve  que,  d'après  la  méthode  Rollet, 

Le  fémur  indique  une  taille  de 'l™,9i 

Le  tibia  —  1"',99 

Le  péroné  —  2"', 02 

L'humérus  —  1"',88 

Le  cubitus  —  2"', 07 

Le  radius  —  2"', 09 

La  longueur  du  membre  inférieur  indiquerait  donc  une  taille  de 
l'",99,  celle  du  membre  supérieur,  une  taille  de  2  mètres. 

Or  la  taille  du  squelette  rapporté  à  Lyon  est  de  1",79.  La  différence, 
dit  M.  Rollet,  entre  la  taille  d'un  individu  et  celle  de  son  squelette 
étant  d'environ  5  centimètres,  le  sujet  devait  donc  mesurer,  de  son 
vivant,  i",82. 

Quoiqu'il  soit  difficile  d'indiquer  exactement  la  taille  de  sujets  à 
stature  extrême,  à  l'aide  de  la  mensuration  des  os,  ajoute  cet  auteur,  il 
est  cependant  permis  dans  notre  cas,  en  raison  de  l'écart  considérable 
entre  la  taille  déterminée  par  le  calcul  et  la  taille  réelle,  d'avancer  qu'il 
s'agit  d'un  individu  présentant  un  allongement  anormal  des  membres. 

(')  LoRTET,  Allongement  des  membres  inférieurs  dû  à  la  castration.  Archives 
d' Anthropologie  crirninelle.  Lyon,  1896,  p.  501. 


138 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 


Or,  c'est  bien   le 


FiG.  26.  —  SqueleUe  d'eunuque  égyptien. 
(LoKTET.)  —  Allongement  dispropor- 
tionné des  membres  inférieurs,  absence 
de  soudure  des  épipbyses. 


ens  chez  les  eunuques,  comme  il  est  li'ès  facile  de 
s'en  assurer  par  Tobservation  sim- 
ple. L'excès  de  longueur,  chez  notre 
sujet,  porte  principalement  sur  les 
os  longs.  Il  est  moins  marqué 
pour  l'humérus. 

Le  thorax  paraît  court  coni[)aré 
à  la  longueur  des  membres  abdo- 
minaux et  à  la  taille  totale. 

Le  bassin  est  très  petit,  presque 
atrophié.  Les  trous  ovales  sonL 
très  grands  et  ne  laissent  entre  eux 
qu'une  symphyse  pubienne  étroite. 

Les  os  longs  sont  tous  excessive- 
ment grêles,  féminins,  et  ne  pré- 
sentent point  les  crêtes  saillantes 
destinées  aux  insertions  muscu- 
laires. 

L'humérus  est  relativement  court; 
le  radius  et  le  cubitus  sont  longs 
et  faibles.  Les  métacarpiens,  très 
allongés  ainsi  que  les  phalanges, 
constituent  une  main  longue,  étroi- 
te, prescfue  simienne. 

Le  fémur,  très  faible,  ne  présente 
pas  de  courbure.  Le  tibia  et  le 
péroné,  tous  deux  très  grêles,  sont 
d'une  longueur  tout  à  fait  exagé- 
rée. Les  pieds  sont  plats,  comme 
ils  le  sont  chez  presque  tous  les 
nègres.  Les  phalanges  et  les  méta- 
carpiens sont  longs  et  grêles. 

L'allongement  insolite  des  mem- 
bres porte  donc,  comme  le  démon- 
trent les  mensurations  de  M.  Rol- 
LET,  sur  les  membres  postérieurs. 


«  Pour  mettre  en  lumière 
celle  disproporlion  étonnante  dos 
membres  inférieurs  par  rapport  à 
la  taille,  écrit  Pirsche  (M,  nous 
utiliserons  un  squelette  de  race 


(*)    I^lRSCllE.    loc.   cil..    \>.     1  i. 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME.  139 

nègre  {Echillouks).  Nous  comparerons  les  mesures  obtenues 
avec  celles  de  deux  squelettes  de  même  race  et  de  même  âge. 
Nous  aurions  peut-être  pu  emprunter  des  tables  basées  sur 
des  mensurations  de  squelettes  nègres,  mais  nous  avons  craint 
que  les  sujets  employés  fussent  de  race  différente.  Pour  être 
plus  logique,  nous  réduirons  à  une  même  mesure  toutes  ces 
mensurations  et  nous  reporterons  au  nombre  100  les  résultats 
obtenus.  Ce  sera  un  moyen  de  comparaison  plus  schématique 
à  la  fois  et  la  disproportion  apparaîtra  plus  évidente  entre  les 
deux  catégories  d'individus. 

«  Le  squelette  n°  1  de  nègre  normal  est  âgé  de  vingt  ans;  le 
squelette  n"  '2  de  nègre  normal  est  âgé  de  vingt-trois  ans;  celui 
du  castrat,  de  vingt-deux  ans. 

«  Ce  squelette  d'eunuque  a  été  étudié  au  laboratoire  de  M.  le 
professeur  Lacassagne. 

«  La  taille  des  nègres  normaux  est  pour  le  squelette  n"  1  de 
151  centimètres,  de  160  centimètres  pour  le  n"  2,  de  180  centi- 
mètres pour  le  castrat. 

«  Les  mensurations  suivantes  des  divers  segments  de 
membre  ont  été  prises  exactement  d'après  la  méthode  pro- 
posée par  Ollier. 

RAPPORT    EN    100. 


Humérus 
Cubitus. 
Radius  . 
Fémur  . 
Tibia.    . 


Eunuque  Nègre  n°  1     Nègre  n°  2    Eunuque  Nègre  n°  1    Nègre  n°  ' 

180.  loi.  Ï(i0.                 100.  100.                100. 

57,2  28,5  50.0  20,66  18,81  19,25 

52.5  26,6  25,5  17,9  16,9  15,94 

50.6  25,6  2i.O  16.9  15,58  15,00 
55,5  59,9  45,0  29,7  26,54  28,81 
46,5  54,7  56.5  25,72  22,9  22,89 


«  Ecker,  de  V Université  de  Frihour(j[^),  publie,  de  son  côté,  une 
observation  intéressante  faite  sur  un  squelette  d'eunuque 
nègre.  Les  mensurations  des  segments  de  membre  ont  été 
prises  suivant  la  méthode  d'Ollier  et  nous  avons  procédé  par 
comparaison  avec  les  deux  squelettes  de  nègres  normaux  et  de 
même  race. 

La  taille  du  squelette  est  de  l'",85  et  la  castration  a  été  pra- 
tiquée en  bas  âge. 

(')  EcKEP,,  ioe.  cil. 


UO  GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 

RAPPORT    EN    JOO. 


Eunuque 

Nègre  n°  1 

N 

ègre  n°.2 

Eunuque 

Nègre  n°  1 

Nègre  n°  S 

185,9. 

loi. 

160. 

100. 

100. 

100. 

Humérus. 

36,5 

28,5 

50,0 

19,9 

18,81 

19,25 

Cubitus.  . 

5-2,2 

25,6 

25,5 

17,5 

16,9 

15,94 

Radius  .    . 

50,0 

25,6 

24,0 

16,5 

15,58 

15,00 

Fémur  .    . 

55,(5 

5!), 9 

45,0 

30,9 

26,34 

28,81 

Tibia.   .   . 

47,0 

54,7 

56,5 

25,6 

22,9 

22,89 

«  Si  nous  nous  en  rapportons  aux  mensurations,  nous  remar- 
quons que  le  rapport  des  segments  du  membre  supérieur  à  la 
taille  est  légèrement  plus  élevé  chez  l'eunuque  que  chez  les 
nègres  normaux.  Le  rapport  des  divers  segments  des  membres 
inférieurs  à  la  taille  est  au  contraire  surprenant.  Nous  insis- 
tons sur  la  longueur  exagérée  des  fémurs  et  des  tibias.  Un  an- 
thropologiste,  à  qui  l'on  confierait  de  tels  os  pour  déterminer  la 
taille  d'un  individu  supposé  inconnu,  n'hésiterait  pas  à  lui 
accorder  une  taille  de  2  mètres,  après  avoir  consulté  les  tables 
de  mensurations.  La  conséquence  de  celte  interprétation  serait 
donc  une  erreur. 

«  Enfln,  sans  vouloir  pousser  plus  loin  l'étude  du  rapport  des 
segments  de  membre  à  la  taille,  nous  citerons  les  conclusions 
aussi  probantes  du  P''  Becker  dlleidelberg  (').  Après  avoir  étudié 
un  squelette  d'eunuque  de  race  nègre  (i"\85)  et  l'avoir  comparé 
aux  squelettes  de  nègres  normaux  et  de  même  race,  il  arrive 
aux  conclusions  suivantes  : 

«  Par  suite  de  la  longueur  exagérée  du  fémur  et  du  tibia,  il 
existe  une  disproportion  très  grande  entre  les  membres  infé- 
rieurs et  la  taille.  » 


La  môme  systématisation  aux  membres  inférieurs  du  gigan- 
tisme des  eunuques  orientaux  se  retrouve  chez  les  SJwptzys  (^), 
ou  ^Blanches  Colombes  »,  secte  mystique  de  castrés  volontaires, 
habitant  certains  districts  de  la  Russie  :  ils  se  font  remarquer 

(1)  Becker,  loc.  cit. 

(-)  Les  Skoptzys  sont  des  fous  religieux  qui  s'estiment  les  seuls  vrais  chré- 
tiens parce  qu'ils  rachètent  le  péché  originel  d'Adam  et  d'Eve  parrémasculation 
{Skoptzys  à  deux  cachets).  Les  premières  sectes  de  ces  castrés  volontaires  se 
montrèrent  au  début  du  xviv  siècle,  sous  Catherine  H  et  Alexandre  /"^  Stein 
en  a  compté,  en  1866,  plus  de  5500  en  Russie  ;  vers  1880,  ils  avaient  émigré  et 
vivaient  en  Roumanie.  On  en  compte  aujourd'hui  plus  de  16  000  (Mantegazza). 
—  Voir  E.  Teinturier,  Les  Skoptzys,  Prog'î'ès  médica/,  1876-1877. 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 


l^il 


par  un  allongement  tout  à  fait  disproportionné  des  jambes  par 
rapport  aux  cuisses. 

Pelikan  ('),  conseiller  privé  de  l'Empire,  président  du  Conseil 
de  Médecine,  a,  dans  une  série  de  rapports,  résumé  les  résul- 


FiG.  27.  —  Portrait  d'un  Skoptzy  (-). 

tats  des  différentes  enquêtes  sociales  et  médicales  faites  sur  les 
Skoptzys.  lia  reproduit,  en  particulier,  les  mensurations  recueil- 
lies par  le  médecin  légiste  Merschejwski,  qui  compara  dix-sept 

(')  GeriLhtliclî  Mediciniscli  Untersuchungen  uher  das  Skophzenthum  in  Russ- 
land.  Deutsch  von  Iwanoff.  Giesen,  1876.  —  Voir  aussi  le  Mémoire  de  E.  Tein- 
turier, loc.  cil. 

(■-)  Photographie  communiquée  par  Mme  G. 


U2  GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 

squelettes  de  Skopizys  adultes,  opérés  de  trois  à  cinq  ans,  avec 
vingt-six  squelettes  normaux  de  la  même  race. 

Les  moyennes  obtenues  ont  été  réunies  dans  le  tableau  sui- 
vant : 

Skopizys.  Hommes  normaux. 

Taille 1G90  millimètres.  1656  millimètres. 

Bras  et  avant-bras.          550         —  — 

Tibia 476         —  — 

Ces  chiffres  démontrent  la  réalité,  chez  les  castrés  volon- 
taires, d'un  allongement  global  de  la  taille,  portant  surtout  sur 
les  membres  et  en  particulier  sur  les  membres  inférieurs. 

E.  Pittard  ('),  de  Genève,  a,  tout  dernièrement,  poursuivi  des 
recherches  anthropométriques  du  même  genre  sur  les  Skopizys 
de  la  Dobrocija.  Parmi  les  conclusions  qu'il  nous  a  gracieuse- 
ment communiquées,  nous  retiendrons  les  suivantes,  qui  nous 
intéressent  plus  particulièrement. 

«  1"  La  taille  absolue  des  castrats  est  ici  plus  grande  que 
celle  de  leur  groupe  ethnique.  » 

«  'I"  Celte  augmentation  de  la  taille  provient  d'un  allonge- 
ment du  membre  inférieur.  » 

Parmi  les  chiffres  qu'il  a  recueillis,  nous  citerons  les  sui- 
vants qui  montrent  l'existence  d'un  gigantisme  infantile  véritable 
chez-  les  Skoptzijs  : 

Longueur  nljsoUie 
Taille  Tfiille         des  membres 

deijout.  assise.  inférieurs. 

l"''  groupe  (10  individus  glabres)   .    .    .       1751"'"',8        1278""", G  875™'", 4 

'■1'-    groupe  —        "  ....       1718"'-, 8        1277""", 6  844""", 2 

,")■=    groupe  (10  individus  avec  pilosité).       1704""", 2        1287""', 0         818""". 2 

Ces  données  se  trouvent  justifiées  et  complétées  dans  la 
note  suivante  communiquée  tout  dernièrement  à  V Académie  des 
Sciences  par  Laveran,  au  nom  de  E.  Pittard. 

«  On  possède  quelques  indications  anthropométriques  très 
clairsemées  et  quelques  renseignements  descriptifs,  relatifs 
aux  modifications  causées  par  la  castration.  La  présente  étude 
apporte  une  importante  contribution  à  la  connaissance  de  ces 

(')  E.  Pittard,  Communication  écrilc;  et  La  casiration  chez  l'homme  et 
les  modifications  qu'elle  apporte.  Comptes  rendus  de  ^Académie  des  Sciences, 
8  juin  1905,  p.  1411.  — Anthropologie  de  la  Roumanie.  Les  Skoptzys.  Modifi- 
cations anthropométriques  apportées  par  la  castration.  In  Bulletin  de  la  So- 
ciété des  Sciences  de  Bucarest,  1905. 


GfriANTISME  ET  INFANTILISME.  U3 

modifications.    Elle  est  basée  sur  l'examen  de  trente  hommes 
appartenant  à  la    secte  des  Skoplzys. 

«  Cette   secte  religieuse  est  formée,  en    Tespèce,    presque 


FiG.  28.  —  Un  groupe  de  femmes  Skoptzys  ('). 

entièrement  par  les  Grands-Rnssiens  ou  Velikorouses.  Elle  a  été 
fondée  vers  le  milieu  du  xvni''  siècle.  Elle  comprend  des  indi- 
vidus dont  la  castration  est  complète  ou  incomplète.  Lors- 
qu'elle est  complète,   la  verge   et  les  testicules  sont  enlevés 

(')  Photographie  communiquée  par  Mme  C. 


144  .  GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 

en  un  ou  deux  temps.  Quand  elle  est  incomplète,  un  testicule 
seul  ou  les  deux  sont  enlevés.  Les  châtrés  complets  s'appellent 
«  les  blanches  colombes  »  ;  seuls,  ils  sont  dignes  de  monter  sur 
le  cheval  blanc  de  l'Apocalypse. 

«  Les  Skoptzys  ont  été  violemment  poursuivis  en  Russie,  où 
la  secte  a  pris  naissance.  Dans  le  Drobodja,  où  ceux  cpii  figu- 
rent ici  ont  été  étudiés,  ils  vivent  paisiblement  dans  quel- 
ques hameaux. 

«  L'étude  anthropométrique  de  trente  de  ces  individus 
(hommes)  permet  d'émettre  les  conclusions  suivantes  : 

«  1"  Chez  les  individus  châtrés  avant  l'apparition  de  la 
puberté,  l'enlèvement  des  testicules  amène  une  augmentation 
de  la  taille.  Cette  augmentation  est  assez  sensible  pour  que  la 
stature  moyenne  des  eunuques  dépasse,  et  de  beaucoup,  celle 
du  groupe  ethnique  auquel  ils  appartiennent. 

((  2"  Dans  cette  augmentation  de  la  taille,  c'est  le  membre 
inférieur  qui  prend  la  plus  forte  part.  Le  buste  se  développe 
relativement  peu,  tandis  que  les  jambes,  au  contraire,  s'allon- 
gent beaucoup. 

((  Ces  faits  ont  déjà  été  relevés  chez  quelques  géants  et  dans 
des  squelettes,  très  rares,  d'eunuques. 

«  Le  rapport  de  la  grandeur  du  membre  inférieur  au  buste 
est  bien  plus  grand,  à  taille  égale,  chez  les  châtrés  que  chez 
les  individus  normaux. 

«  5"  La  longueur  des  membres  supérieurs  est  aussi  relative- 
ment plus  grande  chez  les  châtrés  que  chez  les  normaux. 

«  4"  Au  contraire,  la  hauteur  de  la  tête  est  relativement  plus 
petite  chez  les  châtrés  que  chez  les  normaux. 

«  S*'  Le  diamètre  antéro-postérieur  maximum  du  crâne,  qui, 
normalement,  suit  une  marche  d'accroissement  proportionnel 
à  la  taille,  présente  chez  les  eunuques  Skoptzys  un  dévelop- 
pement inversement  proportionnel. 

c(  6°  Le  diamètre  transversal  maximum  du  crâne,  de  même 
que  le  diamètre  antéro-postérieur,  suit  un  développement  inver- 
sement proportionnel  à  l'élévation  de  la  taille. 

«  7"  La  castration  restreint  donc  la  croissance  du  crâne.  Elle 
restreint  donc  aussi  la  croissance  de  l'encéphale. 

«  8"  Elle  retarde  ou  restreint  également  la  croissance  du  front 
dans  le  sens  transversal.  Le  développement  du  frontal  minimum, 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME.  145 

qui  est,  chez  les  normaux,  proportionnel  à  l'élévation  de  la 
taille,  devient  inversement  proportionnel. 

«  9"  La  castration  fait  ressentir  ses  effets  sur  le  développe- 
ment en  hauteur  du  crâne  (diamètre  auriculo-bregmatique).  Ce 
développement  est  d'ordinaire  inversement  proportionnel  par 
rapport  à  la  taille.  Cet  ordre  de  croissance  demeure,  mais  il 
subit  un  retard. 

«  10°  Elle  amène  un  retard  et  probablement  un  arrêt  à  un 
certain  moment  dans  le  développement  latéral  de  la  face  (repré- 
senté par  les  diamètres  bijugalet  bizygomatique),  et  dans  celui 
de  la  hauteur  du  visage.  C'est  surtout  la  partie  inférieure  du 
visage  qui  serait  affectée,  et  probablement,  en  particulier,  la 
hauteur  du  corps  du  maxillaire  inférieur. 

«  11°  Chez  les  castrés,  la  région  ophryaque  paraît  moins 
développée. 

«  12°  La  castration  cause  un  arrêt  dans  la  croissance  du  nez, 
surtout  en  hauteur. 

«  15°  Elle  semble,  au  contraire,  produire  un  allongement  du 
pavillon  de  l'oreille. 

«  En  résumé,  et  sansqu'il  soit  possible,  avec  un  tel  matériel 
d'études,  de  saisir  le  processus  modificateur  dû  à  la  castration, 
nous  pouvons  dire  que  : 

«  I.  Cette  opération  diminue,  augmente  ou  restreint  la  crois- 
sance absolue  et  relative  du  buste,  de  la  tête,  du  crâne  dans  les  trois 
dimensions  principales,  du  front,  de  la  face,  latéralement  et  en 
hauteur. 

«  IL  Cette  opération  augmente  ou  accélère  la  croissance  absolue 
et  relative  de  la  taille  en  totalité.,  celle  du  membre  inférieur,  du 
membre  supérieur,  probablement  de  Voreille. 

«  Tous  ces  faits  mériteraient  d'être  étudiés  empiriquement 
sur  de  plus  grandes  séries  d'hommes,  et  expérimentalement 
sur  des  animaux.  » 


On  est  tout  naturellement  amené  à  rapprocher  cet  allonge- 
ment de  l'arrière-train  que  présentent  les  animaux  castrés  et  les 
eunuciues  de  celui  que  nous  avons  observé  au  niveau  des 
membres  inférieurs  chez  les  géants  infantiles. 

LAUNOIS   ET   ROY.  10 


146 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 


Topinard  avait  noté,  de  son  côté,  que  chez  les  géants,  comme 
chez  les  nains,  c'étaient  les  membres  qui  s'allongeaient  ou  se 
raccourcissaient  démesurément,  tandis  que  les  proportions  du 
crànc  et  du  tronc  ne  s'écartaient  guère  de  la  normale  :  étant 
assis,  un  nain  paraît  toujours  plus  grand  et  un  géant  plus  petit 
qu'ils  ne  sont  l'un  et  l'autre  en  réalité. 

Le  grand  Charles,  par  exemple,  véritable  castrat  congénital 
en  raison  de  l'atrophie  de  ses  testicules,  est,  comme  nous  le 


FiG.  2<J.  —  La  Qéaule  Russe. 


disions,  grand  à  la  façon  d'un  chapon,  d'un  bœuf  ou  d'un  eunuque. 
Par  la  simple  inspection,  on  est  frappé  de  la  petitesse  relative 
de  son  tronc  :  la  taille  assise  n'est  que  de  0'",96.  Les  membres 
inférieurs,  au  contraire,  sont  démesurément  longs  :  celui  du 
côté  droit,  qui  n'est  pas  déformé  et  qui,  ayant  à  supporter 
tout  le  poids  du  corps,  s'est  certainement  moins  accru  que  le 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME.  1kl 

membre  gauche,  mesure  néanmoins,  du  grand  trochanter  au 
sol,  l'",29.  D'après  les  canons  artistiques  des  anciens  Égjjptiens^ 
très  grossièrement  approximatifs  du  reste,  la  longueur  des 
membres  inférieurs  doit  représenter  environ  les  10/19  de  la  hau- 
teur totale,  pour  une  taille  de  2'", 14,  elle  devrait  être  inférieure 
de  6  centimètres  à  ce  qu'elle  est  chez  lui. 

La  même  disproportion  entre  le  développement  des  membres 
inférieurs  et  du  tronc  se  retrouve  chez  notre  géant  infantile  de 
l'observation  II  (page  82).  Elle  avait,  comme  on  le  verra  plus 
loin,  atteint  son  maximum  chez  le  géant  Constantin. 

Elle  est  toujours  très  apparente  sur  les  gravures  ou  pho- 
tographies qui  représentent  les  géants  et  rendue  plus  évidente 
encore  par  les  comparaisons  que  Ton  peut  faire  entre  les  diffé- 
rentes parties  de  leur  habillement  et  par  les  témoins  normaux 
placés  à  côté  d'eux  pour  rendre  plus  apparente  leur  excessive 
grandeur  (*). 

Il  est  intéressant  de  noter  qu'on  la  retrouve  aussi  bien  chez 
l'homme  que  chez  la  femme,  comme  en  témoignent  les  deux 
curieuses  observations  suivantes. 


Observation    VI.     (Virchow.) 

Le  (jéant  Winkelmeievy^). 

Par  l'intermédiaire  de  ^I.  B.  Fraenkel,  j'ai  eu,  il  y  a  environ 
14  jours,  l'occasion  de  faire  connaissance  de  M.  Franz  Winkel- 
meier,  que  Ton  appelle  d'habitude  Franzl,  et  qui  est  originaire 
de  la  Haute-Autriche.  Le  propriétaire  de  l'établissement  Con- 
cordia,  M.  Holf  Dûssel,  a  eu  la  grande  amabilité  de  me  per- 
mettre de  mesurer  le  jeune  géant  et  de  le  conduire  aujourd'hui 
devant  la  société. 

(')  Woods  HuTCiiiNSON  (N.-Y.  Méd.  joum.,  1898)  fait  remarquer  que  le  milieu 
du  corps  de  la  Géante  Russienne  arrive  à  l'épaule  du  sujet  normal  placé  à  côté 
d'elle  :  très  grossièiement,  on  peut  calculer  que  la  distance  de  la  crête  iliaque 
au  sol  représente  chez  elle  les  2/5  ou  66  pour  100  de  la  hauteur  totale,  au 
lieu  de  la  normale  55  pour  100;  c'est-à-dire  que  les  4/5  de  l'excès  total  sur  la 
taille  moyenne  d'une  femme  normale  de  sa  race  et  de  son  âge  portent  sur  la 
partie  du  corps  située  au-dessous  de  la  ceinture,  autrement  dit  sur  les  mem- 
Ijres  inférieurs. 

(2)  Verhandlungen  der  Beriiner  anthropologischen  Gesellschaft,  25  oct.  18S5. 
Zeitschrifi  fiir  Ethnologie,  1885,  p.  469. 


148  GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 

WiNKELMEiER  cst  Èigé  de  20  ans,  né  à  Matiikiwpen,  dans  la  Ilaule- 
Autric/ie;  d'une  manière  générale,  il  a  une  structure  corporellef*)  très 
régulière,  cependant  il  a  un  faciès  pâle  et  une  musculature  quelque  peu 
faible.  Cela  paraît  être  en  relation  avec  sa  croissance  rapide,  car, 
d'aj^rès  ses  dires,  il  a  été,  comme  enfant,  d'une  grosseur  ordinaire;  ce 
n'est  que  vers  répoc|ue  de  la  puberté  qu'il  s'est  mis  à  grandir  anorma- 
lement ;  aujourd'hui  nous  ne  pouvons  affirmer  si  la  croissance^  chez  lui, 
est  définitivement  arrêtée.  Dans  sa  famille,  il  n'a  point  connu  de  parents 
qui  fussent  de  taille  considérable. 

Il  est  si  anormalement  grand  que  les  appareils  de  mensuration,  avec 
Iesc[uels  je  voulais  procéder  à  l'examen,  ne  suffisaient  point.  Je  dus 
ra'aider  de  divers  artifices,  et  il  peut  se  faire  que,  de  la  sorte,  quelques 
inexactitudes  se  soient  produites.  Les  résultats  généraux  ne  seront 
cependant  pas  influencés  considérablement. 

Je  mets,  à  la  fin,  dans  un  tableau  comparatif,  les  mensurations  que  j'ai 
effectuées,  il  y  a  plus  de  20  ans,  chez  le  Géant  Murphy,  dans  la  mesure 
toutefois  où  elles  peuvent  être  mises  en  parallèle  avec  les  mensurations 
que  je  rapporte  à  l'heure  actuelle.  J'y  ajoute  les  mensurations  corres- 
pondantes d'un  compatriote,  très  grand,  âgé  de  52  ans,  du  nom  de 
Lentz,  ciue  j'ai  prises  le  14  mai  18CG. 

Delà  nous  déduirons  que  Franzl,  non  seulement  est  le  plus  grand 
des  trois,  mais  aussi  celui  dont  les  formes  structurales  ont  conservé  le 
mieux  leur  proportionnalité.  La  longueur  de  son  corps  (2"', 278)  dépasse 
de  58  millimètres  celle  de  Murphy.  Il  y  a  à  la  vérité  quekjues  exemples 
d'une  taille  plus  considérable;  un  Kalmuk,  dont  le  squelette  est  con- 
servé à  Paris,  au  Musée  Orfda,  mesure  2", 53  et  un  Finnois,  nommé 
Cajanus,  2'",85  (TopixARD,  Anthropologie,  p.  436).  Toutefois  la  majorité 
des  géants  connus  reste  au-dessous  des  mesures  de  Franzl.  Ainsi,  dans 
le  travail  très  étendu  de  Langer  [Wachsthum  des  menschlichen  Skeletes 
mit  Bezxuj  au  f  de  a  Riesen,  Wien.,  1871,  Seite  5,  91),  le  Géant  d'Ixxs- 
BRUCK,  de  la  région  de  Tridence,  mesure  2'", 226;  le  Géant  de  Pétersbourg, 
qui  doit  sortir  de  Poméranie,  mesure  2", 195, 

C'est  peut  être  un  effet  du  hasard  que,  justement,  l'on  connaisse 
en  Autriche  un  grand  nombre  de  géants.  A  propos  du  maxillaire 
inférieur  de  la  caverne  de  Schipka,  on  a  insisté  sur  la  haute  taille 
de  la  population  morave;  je  veux  attirer  l'attention  sur  ce  fait  c[ue 
les  parties  ouest  et  sud  des  Etats  impériaux  ont  fourni  également, 
comme  cela  ressort  du  livre  de  Langer,  des  géants  très  remarqua- 
bles, auxquels  désormais  nous  pouvons  ajouter  Franzl. 

En  ce  qui  a  trait  aux  rapports  proportionnels  de  sa  structure,  je  veux 

(1)  Bien  que  Virchow  prétende  que  Winkelmeier  soit  un  géant  bien  pro- 
portionné, la  main  qui.  sur  ses  photographies,  nous  montre  la  liauteur  de  sa 
hanche  atteste  que  les  membres  inférieurs  représentent  64  pour  100  de  sa 
hauteur,  au  lieu  de  la  normale  5.5  pour  100.  (Woods  Hutchixsox,  loc.  cit.). 
—  ■'  Ses  jambes  étaient  si  longues  qu'il  préférait  s'asseoir  sur  un  comptoir 
ou  une  commode  que  sur  une  chaise.  >>  (Guyot-Daubès,  Nature,  1887,  1, 
p.  18.) 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 


149 


tout  d'abord  signaler  que  la  longueur  de  son  pied  est  contenue  6,0  fois 
dans  la  hauteur  du  corps. 

Chez  Lentz,  on  trouvait  6,7;  chez  Murphy,  7,1;  chez  le  squelette 
dlnnshruck  de  même  7,1;  chez  celui  de  Pétersbourg,  seulement  6,0. 

J'omets  l'exposé  plus  détaillé  des  autres  parties;  mais  je  voudrais 
mettre  en  relief  que  l'affirmation  de  Langer,  à  savoir  que  tous  les 
géants  ont  une  tète  relativement  petite,  ne  peut  s'appliquer  ici.  Chez 
les  personnes  que  j'ai  mensurées,  le  périmètre  horizontal  aussi  bien 
que  les  diamètres  transverses  dépassent  la  moyenne  et  cela,  non  seule- 


FiG.  30(').  —  Les  variations  de  la  taille  humaine  (portrait  du  géant  Winkelmeier). 

ment  pour  ce  qui  a  trait  à  la  face,  mais  aussi  pour  ce  qui  se  rapporte 
au  cerveau;  sous  un  seul  rapport  cependant  se  montre  une  diminution 
relative,  je  veux  dire  pour  ce  qui  a  trait  à  la  longueur  de  la  base  du 
crâne;  la  distance  de  la  racine  du  nez  à  l'orifice  auditif  se  trouve  être 
chez  Franzl  et  Murphy  moindre  que  chez  Lentz  ;  chez  celui-ci  on  note 
à  la  vérité  des  dimensions  élevées.  En  regard  de  la  longueur  gigantes- 
que du  crâne  de  Franzl  (217  mm.)  tous  les  diamètres  de  largeur, 
même  la  distance  des  angles  maxillaires  et  la  largeur  du  front,  sont 
bien  en  arrière  de  celles  que  l'on  observe  chez  Murphy  et  même  chez 
Lentz.  Aussi,  c'est  pourquoi  j'insiste  sur  ce  surprenant  aspect  de  la 
tête  de  Franzl,  qui  saisit  d'autant  plus  si  l'on  considère  la  longueur 
gigantesque  du  tronc  et  des  extrémités. 


(1)  Extraite  d'un  ai'licle   de  Dana,  Les  géants   et  le  gigantisme.  Sc.ribner's 
Maga:,ine,  février  1895. 


[urphy. 

Lenlz. 

205 

197 

'162,5 

167 

79,2 

84,7 

127,5 

126 

153 

150 

40 

41 

116 

105 

65 

59 

150  GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 


MENSURATIONS    DE    LA    TETE 

Winkelmeicr 

Longueur  maxima 217      ^ 

Largeur  maxima 161 

Rapport  de  la  longueur  avec  la  largeur.  741 

Largeur  du  front 115 

Hauteur  de  la  faee  : 

A 225  220  187 

B.  —  Hacine  du  nez  jusqu'au    menton.  149  145  109 

Milieu  de  la  face  (racine  du  nez  jusqu'à 

la  bouche) 96  78  69 

Largeur  de  la  face  : 

a.  Arc  zygomatique .  157  165  148 

b.  Saillie  de  l'os  malairc 91 

c.  Angle  maxillaire 118 

Distance  des  angles  internes  de  l'œil.    .  46 

—  externes         —  114 

Nez  :  hauteur 71 

—  largeur 67  »  » 

—  épaisseur 41  » 

Bouche  :  largeur 62  » 

Oreille  :  hauteur 75  71  64 

Distance  de  l'orilice  auditif  à   la  racine 

du  nez 141  140  155 

Périmètre  horizontal 615  040  612 


MENSURATIONS   DU  CORPS 

Winkelmeier.      Murphy.  Lentz. 

Hauteur  totale 2278 

Klafter  weite 2503 

Hauteur  du  menton 2052 

—  de  l'épaule 1991 

—  du  coude 1499                   »                     » 

—  de  l'articulation  du  poignet .    .  1091 
du  médius 836 

—  du  nombi'il 1448 

—  de  la  crête  iliaque 1525              1590               1154 

—  de  la  symphyse  pubienne  .    .    .  1297 

—  du  trochanler 1555 

—  de  la  rotule  (bord  supérieur).   .  761 
du  malléole  externe 105 

—  du  vertex  en  station  assise.    .    .  1012 

—  de  l'épaule, 689 

Largeur  d'épaule 505 

Pourtour  de  la  poitrine 1120 

Main  :  longueur  (médius) 261 

—  largeur  (4  doigts) 116 

Pied  :  longueur 558 

—  largeur 155 


2220 

1905 

2550 

1970 

2000 

1645 

.223 

1025 

703 

555 

90 

35 

475 

402 

.. 

402 

215 

191 

415 

87 

310 

285 

GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 


151 


Observation  VIL   (Woods  Hutchinson.j 

La  [jéanle  du  Missouri  ('). 

Je  découvris  Miss  Ella  Ewixg,  géante  du  Missouri,  à  une  foire  d'un 
État  de  l'Ouest.  Je  regrette  extrêmement  d'être  incapable  de  donner 
des  mesures  exactes  de  ce  cas,  ce  qui  provient,  en  partie,  de  la  pudeur 
naturelle  de  la  jeune  fille  en  question,  et,  en  partie,  de  la  répugnance 
bien  connue  des  sujets  de  ce  genre  exhibés  à  se  prêter  à  des  mensura- 
tions exactes.  On  déclarait  qu'elle 
mesurait  8  pieds,  8  pouces,  qu'elle 
avait  25  ans  et  pesait  250  livres. 
Comme  le  D'  Dana  a  déclaré  que 
son  expérience  lui  avait  montré, 
qu'avec  cette  classe  de  sujets  on 
pouvait  obtenir  un  résultat  ap- 
proximativement exact  en  dédui- 
sant 3  à  5  pouces  de  la  hauteur 
qu'ils  annoncent,  cela  lui  donne- 
rait une  hauteur  probable  d'en- 
viron 7  pieds  9  pouces.  D'après 
mon  estimation  personnelle  et  les 
méthodes  si  grossières  qu'il  me 
fut  permis  d'employer,  en  compa- 
rant sa  hauteur  avec  celle  d'indi- 
vidus normaux  de  taille  connue 
se  tenant  à  côté  d'elle,  elle  devait 
avoir  dans  les  environs  de  7  pieds 
6  pouces.  Tout  en  refusant  de 
me  permettre  c[uelc{ue  autre  men- 
suration, j'eus  cependant  le  pri- 
vilège d'avoir  une  conversation 
prolongée  avec  miss  Ewing,  et 
elle  sembla  parfaitement  dési- 
reuse de  me  donner  toutes  les  in- 
formations qui  étaient  en  son 
pouvoir.  D'après  son  rapport,  elle 
n'avait  pas  commencé  à  grandir 

au-dess'us  de  la  mesure  normale  jusqu'à  l'âge  de  9  ans,  lorsque,  rapide- 
ment, elle  s'éleva  presque  à  sa  taille  actuelle,  quoiqu'elle  n'eût  pas 
encore  apparemment  atteint  la  limite  de  sa  croissance,  puisqu'elle  avait 
gagné  1  pouce  pendant  la  dernière  année.  Sur  la  photographie  donnée 
ici,  je  pense  que  l'augmentation  disproportionnée  des  membres  infé- 
rieurs et  supérieurs  des  deux  côtés  est  si  frappante,  qu'il  n'est  besoin 


FiG.  51.  —  La  géante  du  Missouri,  miss 
Ella  Ewing.  (Woods  IIltchinson.) 


(')  New-York  Mecl.  Journ.,  juillet  1900. 


% 


152  GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 

d'aucune  vérification  par  des  mensurations.  En  fait,  rallongement 
effrayant  de  ses  membres  inférieurs  était  si  apparent  que  fêtais  poussé  à 
soupçonner  que  sa  liatiteur  'avait  été  augmentée  par  (juelque  manière  d'é- 
chasses.  Pour  dissiper  ce  soupçon,  les  investigations  directes  m'étaient 
naturellement  interdites,  en  raison  de  son  sexe;  mais  après  une  obser- 
vation attentive,  je  réussis  à  avoir  une  bonne  vue  de  ses  pieds,  C{ui  dis- 
sipa en  môme  temps  tous  mes  soupçons  antérieurs  sur  l'emploi  possible 
d'échasses  ou  de  pieds  artificiels.  Ils  étaient  de  taille  si  énorme  et  si 
grossière  que  chez  aucune  femme  de  ii'importe  quel  âge,  géante  ou  non, 
on  n'aurait  pu  les  imaginer,  et  son  refus  de  me  permettre  de  les  mesurer 
fut  extrêmement  catégorique.  On  remarcjuera  toutefois  que  les  mains, 
sur  la  seconde  photographie,  descendent  apparemment  au-dessous  du 
niveau  normal,  au  milieu  du  fémur;  mais  ceci  est  dû  sans  doute  à  ce 
fait  que  ce  membre  aussi  est  grandement  augmenté  en  longueur;  ce 
que  montre  bien  l'envergure  de  ses  bras  étendus  qui  n'est  pas  inférieure 
à  10  pieds  'l  pouces,  développement  disproportionné,  même  par  rap- 
port à  la  taille,  et  qui  rappelle  celui  des  singes  anthropoïdes.  Ea  lon- 
gueur de  la  main,  de  l'articulation  du  poignet  à  l'extrémité  du  doigt 
médius  était  de  10  pouces,  en  excès  de  près  d'un  pouce  sur  la  propor- 
tion du  rapport  avec  l'estimation  de  sa  taille.  Mais  c'est  dans  ses 
autres  dimensions  c[u'elle  devient  caractéristique  :  elle  a,  en  effet,  une 
circonférence  qui  n'atteint  pas  moins  de  10  pouces,  et  les  doigts,  sans 
être  énormément  épaissis,  ont  l'aspect  en  saucisse  si  particulier  de 
la  forme  moyenne  dans  l'acromégalie.  On  ne  permit  aucune  mesure  de 
la  mâchoire  ou  d'une  autre  partie  de  la  face,  mais  l'impression  donnée 
par  la  seule  inspection  fut  que  la  mâchoire  inférieure,  le  nez  et  les  os 
malaires  avaient  visiblement  un  développement  excessif,  en  compa- 
raison du  front  et  du  crâne;  et  nous  pensons  que  cette  disproportion  se 
montre  très  suffisamment  sur  les  photographies. 

Miss  Ewixt;  était  née  dans  le  Missouri,  fille  unique  de  parents 
dont  les  tailles  sont  respectivement  de  7  pieds  1  pouce  et  de  5  pieds 
1  pouce  1  '2;  ils  semblent  tous  deux  normaux.  Elle  ne  se  souvient  d'au- 
cune maladie,  en  dehors  des  affections  habituelles  de  l'enfance,  sa  crois- 
sance ayant  débuté  peu  après  une  attaque  de  rougeole,  et  le  seul  fait 
intéressant  dans  ses  antécédents  était  une  fracture  du  tibia  (de  sa 
cheville,  comme  elle  disait),  deux  ans  auparavant,  simplement  en  sau- 
tant d'un  tronc  d'arbre  de  '■2  pieds  de  haut.  Elle  me  dit  que  l'os  s'était 
consolidé  sans  déformation,  mais  ne  me  permit  pas  de  m'en  assurer. 
Malgré  l'absence  d'examen  de  sa  bouche,  sa  parole  était  nettement 
épaissie  et  presque  bégayante,  ce  qui  faisait  deviner  une  langue  élar- 
gie. Son  intelligence,  bien  ciue  normale,  semblait  être  à  peu  près  celle 
d'une  fille  delà  campagne  de  15  ou  14  ans.  Elle  n'avait  aucun  trouble 
do  la  vue,  et  niait  l'existence  de  maux  de  tête,  mais  avouait  qu'elle  se 
fatiguait  aisément.  Il  n'y  avait  aucun  symptôme  qui  pût  déceler  quel- 
que augmentation  du  corps  pituitaire.  Aucune  cyphose  n'était  révélée, 
et  la  jeune  fille  déclarait  elle-même  se  trouver  en  parfaite  santé. 


GIGANTISME  ET  INFyVNTILISME.  153 

Bien  qu'il  soit  impossible  de  faire  défînitiveinent  état  d'aussi  mai- 
gres données,  pourtant,  en  raison  de  l'impression  i'rappante  causée  par 
l'aspect  de  la  jeune  lille,  de  l'excessif  développement  des  deux  extrémités 
supérieures  et  inférieures  (i),  de  la  forme  des  mains,  des  dimensions 
disproportionnées  des  deux  mâchoires,  ainsi  que  du  nez,  de  la  parole 
embarrassée,  je  serais  porté  à  regarder  ce  cas  comme  une  forme  légère 
d'acromégalie,  dont  je  m'efforcerai  de  suivre  le  développement  ultérieur. 


Les  observations  que  nous  avons  recueillies  et  interprétées, 
les  faits  que  nous  avons  colligés  dans  la  littérature  médicale, 
nous  ont  amenés  à  rapprocher  l'un  de  l'autre  deux  troubles 
dystrophiques  de  l'évolution,  assez  disparates  pour  qu'il  sem- 
blât téméraire,  au  premier  abord,  de  les  réunir  dans  une 
description  commune,  le  gigantisme  et  Vinfantilisme. 

Nous  avons  défini  le  gigantisme  :  une  anomalie  de  la  croissance 
du  squelelle  se  traduisant  par  une  taille  excessive  du  sujet  par 
rapport  aux  dimensions  moyennes  de  sa  race  et  entraînant  une  dys- 
harmonie morphologique  et  fonctionnelle,  qui  est  caractéristique  de 
cet  état  morbide. 

D'autre  part,  suivant  la  définition  classique,  telle  que  la 
formule  Henry  Meige  ('),  linfantilisme  est  une  anomalie  de  déve- 
loppement caractérisée  par  la  persistance,  chez  un  sujet  ayant 
atteint  ou  dépassé  l'âge  de  la  puberté,  de  caractères  morphologiques 
appartenant  à  f  enfance. 

Rapprochant  l'une  de  l'autre  ces  deux  définitions,  nous  con- 
sidérerons le  gigantisme  infantile  comme  une  forme  particulière 
de  gigantisme,  dans  laquelle  la  dysharmonie  morphologicjue  et  fonc- 
tionnelle caractéristique  se  traduit  par  la  persistance,  chez  un  sujet 
ayant  atteint  ou  dépassé  Vâge  de  la  puberté,  de  caractères  morplio- 
logiques  appartenant  à  V enfance.  Le  plus  important,  au  point  de 
vue  de  la  croissance  gigantesque,  de  ces  caractères  prépubéraux 
anormalement  persistants  est  la  non-ossification  des  cartilages 
épiphysaires. 

En  donnant  au  terme  infantilisme  son  acception  la  plus  large, 
nous  avons  cherché  à  nous  mettre  à  l'abri  des  critiques  et  en 

(')  Comme  chez  Winkelmeier,  Woods  Hutchinson  calcule  que  la  portion 
du  corps  située  au-dessous  de  la  crête  iliaque  représente,  chez  miss  Ella 
EwiNG,  64  pour  100  de  la  hauteur  totale. 

(-)  Henry  Meioe,  L'Infantilisme.  Revue  générale  in  Gazette  des  Hôpitaux. 
22  fév.  1902,  p.  207. 


154  GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 

particulier  de  celles  formulées  par  Brissaud('),  qui  estime,  à 
bon  droit,  que  l'atrophie  génitale  ne  suffit  pas  pour  constituer 
l'infantilisme  et  qu'il  faut  donner  à  ce  terme  un  sens  à  la  fois 
plus  compi'éhcnsif  et  plus  précis.  «  Latrophie  testiculaire 
acquise,  observée  chez  un  certain  nombre  d'infantiles,  écrit-il, 
n'est  pas  la  cause  de  l'infantilisme,  mais  la  conséquence  des 
circonstances  qui  ont  créé  l'infantilisme.  »  Multiples,  en  effet, 
sont  les  causes  d'atrophie  des  organes  génitaux;  mais,  parmi 
ces  causes,  il  en  est  une  seule  que  nous  voulons  retenir,  c'est 
celle  qui  détermine  leur  arrêt  de  développement.  L'atrophie 
congénitale  des  glandes  génitales  ne  va  jamais  sans  s'accom- 
pagner d'autres  stigmates  morpbologiques;  il  en  résulte  que 
les  sujets,  qui  en  sont  porteurs,  n'aj^ant  pas  subi  l'évolution 
pubérale  habituelle,  demeurent,  à  l'âge  adulte,  ce  qu'ils  étaient 
au  sortir  de  l'enfance.  Ils  restent  enfants,  mais  continuent  à 
grandir,  et,  cela,  souvent  d'une  façon  démesurée;  ce  sont  bien 
des  géants  infantiles.  A  côté  des  malformations  du  squelette 
(allongement  de  la  taille,  allongement  surtout  marqué  des 
membres  inférieurs,  genu  valgum),  on  retrouve  chez  eux  les 
différents  caractères  propres  à  l'infantilisme  (absence  de  pilo- 
sité, troubles  du  chimisme  urinaire,  stigmates  psychiques). 

«  Mais,  dit  encore  Brissaud,  l'infantilisme  se  complique  de 
gigantisme,  même  chez  des  sujets  dont  le  développement  sexuel 
ne  laisse  rien  à  désirer  :  l'anorchidie  ne  prédispose,  en  somme, 
ni  au  gigantisme,  ni  à  l'infantilisme.  »  —  Il  y  a  lieu  de  nette- 
ment préciser  cette  objection  qui  s'adresse  au  gigantisme 
infantile,  tel  que  nous  le  comprenons.  Assurément,  ni  l'anor- 
chidie, ni  l'atrophie  testiculaire  ne  s'accompagnent  nécessai- 
rement et  toujours  de  gigantisme.  Mais  ce  que  nous  croyons 
avoir  établi  par  nos  observations,  ce  que  Poncet  et  ses  élèves 
ont  démontré  par  leurs  recherches  expérimentales,  c'est  que 
l'atrophie  testiculaire  congénitale  ou  prépubérale,  de  même 
que  la  castration  pratiquée  avant  l'époque  de  la  croissance, 
détermine  toujours  des  modifications  du  squelette  et  en  parti- 
culier un  allongement  anormal  des  os  des  membres  inférieurs. 


{*)  E.  Brissaud,  Leçons  sur  tes  Maladies  du  système  nerveux.  2-  série,  1897. 
p.  421  et  Société  de  Neurologie.  7  juin  1900.  Discussion  à  la  suite  d'une  commu- 
nication de  Babinski  (tumeur  du  corps  pituitaire  sans  acromégalie  avec  arrêt  e 
développement  des  organes  génitaux). 


\ 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME.  155 

Il  se  peut  que  cet  allongement,  localisé  à  rarrière-train,  n'aille 
pas  jusqu'à  produire,  chez  l'homme,  la  taille  communément 
appelée  gigantesque,  comme  le  démontre  notre  observation  II 
(page  82),  oii  l'hypermacroskélie  n'avait  produit  que  la  taille 
pourtant  déjà  élevée  de  1"',8()  chez  un  anorchide  dont  les  carti- 
lages de  conjugaison  n'étaient  pas  encore  ossillés  à  plus  de 
27  ans.  Mais  la  réalité  des  relations  qui  existent  entre  l'état 
des  glandes  génitales  et  le  développement  du  squelette  n'en  est 
pas  moins  nettement  démontrée. 

Le  type  de  gcant  infantile,  que  nous  avons  cherché  à  isoler,  est 
loin  d'ailleurs  d'être  une  rareté  (^),  comme  ont  pu  nous  en  con- 
vaincre nos  investigations  bibliographiques.  De  plus,  si  on  veut 
bien  oublier,  pour  un  instant,  les  inhabituelles  dimensions  de  la 
taille  qui,  aujourd'hui  encore,  lui  méritent  communément  l'appel- 
lation de  géante,  on  reconnaîtra  que  le  développement  dispropor- 
tionnel et  dysharmonique  du  squelette  est  d'observation  assez 
courante.  Ne  sont-ce  pas,  en  effet,  les  disproportions  constatées 
entre  la  longueur  du  tronc  et  celle  des  membres  qui  ont  amené 
Manouvrier  à  distinguer  les  hrachyskèles  et  les  inacroskèlesl  (Voir 
page  45.)  A  côté  de  ces  types  normaux,  il  y  a  des  types  anor- 
maux caractérisés  par  une  véritable  exagération  morbide  :  les 
hypermacroskèles ,  en  particulier,  quelle  que  soit  leur  taille  globale, 
représentent  assez  nettement  le  type  du  géant  échassier,  que 
nous  avons  voulu  isoler  sous  le  nom  de  géant  infantile. 

De  même  que  Brissaud  et  H.  Meige(^)  ont  décrit  une  forme 
à'acroniégalie  transitoire,  s'observant  chez  la  plupart  des  adoles- 
cents à  Vépoque  de  la  mue,  adolescents  qui  se  font  remarquer 
«  par  de  grands  pieds,  de  larges  mains,  un  nez  volumineux, 
une  voix  indécise,  parfois  grave,  et  par  des  organes  génitaux 
exubérants  »,  de  même  on  pourrait  décrire  une  sorte  de  gigan- 

(')  Le  Professeur  Hutinel,  tout  récemment,  voulait  bien  nous  faire  part 
qu'un  jeune  infantile  de  17  ans,  haut  de  'l'",85,  était  venu  lui  demander  des  con- 
seils. En  même  temps  qu'il  constatait  le  petit  volume  des  testicules,  il  appre- 
nait que  ce  sujet,  en  proie  à  des  attaques  épilepliformes  fréquentes  depuis  3  ans, 
avait  perdu  son  père  du  fait  d'une  tumeur  de  la  base  de  l'encépliale,  développée 
probablement  aux  dépens  de  l' hypophyse. 

(-)  E.  Brissaud  et  H.  Meige,  Journal  de  médecine  et  de  chirurgie  pratiques. 
25  janvier  189,"),  p.  75. 


56 


GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 


tisme  passager  de  Fâge  hujrat^  se  traduisant,  non  pas  tant  par 
l'excessive  hauteur  de  la  taille,  que  par  le  dysliarmonieux 
développement  des    membres    inférieurs    par  rapport  au    dé- 


FiG.  52(').  —  Les 


ardes  du  corps  qui  accompnii'nnient  Guillaume  II  à  Rome 
(le  plus  grand  a  2"',C(5). 


veloppement  du  tronc,  par  un  genu  valgum  simple  ou 
double,  etc.  Ces  éphèbes,  Iransltoirement  échassiers,  hyperma- 
croskèles  (Manouvrier) ,  du  genre  pe-^/y^/ter  (Landouzy)  (-),  et  dont 

(')  Extraite  de  La  Vie  illustrée,  16  moi  1905.  —  Comparer  le  faciès  du  plus 
grand  garde  alleiuand  avec  celui  de  notre  grand  Charles,  type  de  géant 
infantile.  (Fig.  6  et  10,  pages  02  et  66.) 

(-)  Landouzy  a  insisté  sur  la  fréquence,  chez  ces  éphèbes  «  peupliers  •>,  delà 
tuberculose  pulmonaire,  qu'on  trouve  également  notée  dans  un  assez  grand 
nombre  d'observations  de  géants. 


1 
à 


GIC.AXTISME  ET  INFANTILISME.  157 

le  développement  génital  est  Iroulilé,  se  rapprochent  en  tous 


^"'  m 


FiG.  53. 


Un  géant  infantile  avec  genu  valgum  rencontré  dans  les  rues 
de  Constantinople  ('). 


(')  Au  voisinage  de  la  Sublime  Porte,  à  Stamboul,  se  lient  habituellement  un 
géant  infantile,  Hussein,  âgé  de  '20  ans.  Il  a  grandi  démesurément  depuis  l'âge 
de  12  ans  et  appartient  à  une  famille,  dont  tous  les  membres  sont  de  taille 
ordinaire.  Ses  mains  sont  énormes,  sa  face  est  élargie,  les  maxillaires  sont 
très  développés,  les  lèvres  épaisses  laissent  entrevoir  des  dents  larges  et 
écartées  les  unes  des  autres.  Le  thorax  est  voûté  et  présente  une  légère 
cyphose. 

La  station  debout  est  très  difficile  et  la  marche  n'est  possible  qu'à  l'aide 
de  béquilles,  à  cause  d'un  genu  valgum  droit,  qu'on  a  cherché  à  redresser. 

Il  répond  aux  (juestions  qu'on  lui  pose  d'une  voix  aiguë  et  se  plaint  d'une 
céphalée  frontale  continue.  11  ne  semble  pas  présenter  de  troubles  visuels. 

Le  visage  est  complètement  glabre  :  il  n'a  pas  été  possible  de  recueillir  de 
renseignements  sur  l'état  de  son  appareil  génital. 

La  hauteur  de  la  taille  n'a  pu  être  mesurée;  elle  avoisine  2  mètres,  malgré 
la  déformation  cyphotique  du  dos  et  on  pourra  l'apprécier  par  comparaison 
avec  celle  du  guide,  placé  à  côté  de  lui  et  qui  mesurait  I"\72.  (Note  et  photo- 
graphie recueillies  en  octobre  1905,  au  cours  d'un  voyage  par  le  docteur 
E.  GÉRAUDEL  et  gracieusement  communiquée  par  lui.) 


158  GIGANTISME  ET  INFANTILISME. 

points  des  géants  infantiles.  Mais,  tandis  que  chez  eux,  le 
développement  génital  se  faisant  normalement  par  la  suite,  la 
dysharmonie  morphologique  n'est  que  passagère,  elle  demeure 
permanente  chez  nos  dystrophiés  géants  et  ils  restent  de 
grands  enfants,  aux  glandes  génitales  atrophiées,  conservant, 
à  Tàge  adulte,  des  cartilages  juxta-épiphysaires  encore  fertiles. 
(Voir  notre  observation  II,  page  82.) 

L'existence  de  ce  (/iganlisme  passage?'  de  V adolescence,  qui, 
d'après  les  recherches  de  Godin(')  commence  normalement  à 
disparaître  à  partir  du  premier  semestre  de  la  seizième  année, 
nous  paraît  donner  une  explication  très  plausible  des  cas  de 
gigantisme  de  V enfance,  ou  précoce  [Pédoniacrosomie  de  Sacchi  ('), 
dont  on  rapporte  de  temps  en  temps  des  exemples. 


En  nous  basant  sur  les  documents  qui  précèdent  et  sur 
les  considérations  que  nous  avons  développées,  nous  croyons 
pouvoir  conclure  : 

Qu'il  existe  un  type  de  gigantisme  infantile,  se  caractérisanl  par 
la  continuité  de  la  croissance  à  Uâge  adulte  {persistance  des  carti- 
lages juxta-épiphysaires),  par  la  modalité  tout  à  fait  particulière  de 
cette  croissance  [allongement  disproportionné  des  membres,  surtout 
des  membres  inférieurs),  par  ses  anomalies  [genu  valgum)  et  aussi 
par  la  coexistence  d'une  atrophie  des  glandes  génitales  et  des  prin- 
cipaux stigmates  de  f  infantilisme. 

Pour  donner  plus  de  brièveté  à  cette  formule,  on  peut  dire 
que  le  gigantisme  infantile  est  le  gigantisme  observé  chez  les  sujets 
adultes,  dont  les  épiphyses  ne  sont  pas  soudées. 

(')  GoDiN,  loc.  cil.  (Voir  livre  I,  chap.  III,  p.  4!).) 

(-)  Sacchi.,  Un  cas  de  gigantisme    infantile  avec  tumeur   du   testicule.   Riv. 
sperim.  cli  frenalria.  vol.  XXI,  I,  '189o,  p.  149. 


DEUXIEME   PARTIE 
GIGANTISME    ET    AGROMÉGALIE 


A  la  variété  de  gigantisme  infantile,  dont  nous  avons  clierché 
à  nettement  préciser  les  caractères  particuliers,  on  peut  en 
opposer  une  autre,  non  moins  facile  à  différencier,  et  à  laquelle 
convient  l'appellation  de  gigantisme  acromégalique,  proposée  par 
Brissaud. 

Chez  un  sujet  de  haute  taille,  on  voit  apparaître,  à  un  âge 
variable,  une  hypertrophie  des  extrémités  (nez,  langue,  men- 
ton, verge,  mains,  pieds),  et  une  augmentation  de  volume  plus 
ou  moins  étendue  et  plus  ou  moins  marquée  des  os  du  crâne  et 
de  la  face.  Ces  déformations,  en  pareil  cas  secondaires,  sont 
caractéristiques  de  l'entité  morbide  qui  a  été,  pour  la  première 
fois,  isolée,  en  1886,  par  Pierre  Marie  (')  et  décrite  par  lui  sous 
le  nom  d'acromégalie  (axpov,  extrémité,  [jiya}.o^,  grand). 

Le  plus  bel  exemple  anatomo-clinique  que  nous  puissions 
clioisir  pour  démontrer  l'association  morbide  du  gigantisme 
et  de  l'acromégalie  est  celui  du  tambour-major  K...,  dont  l'his- 
toire clinique  a  été  publiée  par  Achard  et  Lœper  (')  et  dont  il 
nous  a  été  donné  de  faire  l'autopsie  ('). 

Observation  Mil.  (Achard  et  Lœper,  P.-E.  Launois  et  Pierre  Roy.) 
Le  tamhour-major  A'.... 

I.  Observation  clinique  D'Achard  et  Lœper.  1900.  —  Ko...,  âgé  de 
54  ans,   charpentier,   entre  le   li  avril  1900    à    Thôpital    Tenon,   salle 

(')  Pierre  Marie,  Reoue  de  Médecine,  avril  1886. 

(^)  Achard  et  Loeper,  Soc.  de  Neur.,  o  mai  1900  et  Nouv.  Icon.  de  la  Salpê- 
trière,  juillet-août  1900,  p.  598. 

(^)  I^.-E.  Launois  et  P.  Roy,  Soc.  de  Neiirol.,  15  janvier  1905;  et  Nouv.  Icon. 
de  la  Salpêtrière,  mai-juin  1905. 


160  OKÎANTISME  ET  ACROMEGALIE. 

Bichat,  n°  10.  Sa  haute  stature  attire  immédiatement  l'attention. 
Pieds  nus,  il  mesure  2™, 12.  11  paraît  avoir  atteint  cette  taille  depuis 
Ynge  de  21  ans.  A  18  ans,  il  n'avait  que  1"',70;  puis,  d'après  son  dire,  en 
2  ans,  sans  cause  apprécialile,  sans  maladie  aiguë,  sa  taille  s'éleva 
de  0'",20. 

Au  conseil  de  revision,  il  l'ut  inscrit  comme  mesurant  déjà  plus  de 
2  mètres.  Il  accomplit  son  service  militaire  et  remplit  l'emploi,  pour 
lequel  il  était  tout  désigné,  de  tambour-major. 

Il  est  d'une  famille  où  les  grandes  tailles  sont  haliituelles.  Sa  sœur 
a  l'",80;  son  père,  mort  à  05  ans,  d'une  maladie  indéterminée,  avait 
l'^Oî);  un  de  ses  oncles  paternels  avait  2", 10.  Mais  les  autres  oncles  et 
tantes  paternels  (au  nombre  de  8)  n'étaient  pas  d'une  stature  exagérée. 
Quant  à  sa  mère,  elle  est  de  taille  moyenne;  sa  santé  est  bonne;  elle 
n'a  pas  fait  de  fausse  couche  et  n'a  pas  eu  d'enfant  mort  en  bas  âge;  la 
syphilis  ne  paraît  pas  exister  dans  les  antécédents  héréditaires  du 
malade. 

Dans  ses  antécédents  personnels,  on  ne  relève  qu'une  légère  otite 
moyenne  du  côté  droit,  qui  persiste  depuis  ■)  ans,  en  donnant  lieu  par- 
fois à  l'écoulement  d'un  peu  de  liquide  louche.  Il  est  venu  consulter  à 
l'hôpital  pour  quelques  douleurs  qu'il  éprouvait  dans  les  jambes.  Là 
on  reconnut  pour  la  première  fois  l'existence  d'un  diabète  sucré,  qui 
paraît,  d'ailleurs,  de  date  assez  récente. 

L'examen  des  formes  permet  de  constater  une  certaine  disproportion 
entre  diverses  parties  du  corps. 

A  la  tête,  le  profil  de  la  face  rappelle  un  peu  celui  du  polichinelle  :  le 
nez  est  long,  pointu,  arqué,  un  i)eu  recourbé  vers  la  lèvre  supérieure; 
le  menton  est  un  peu  relevé  «  en  galoche  ».  De  face,  ce  qui  frappe  sur- 
tout, c'est  l'enfoncement  des  fosses  temporales  et  la  saillie  exagérée 
des  pommettes.  La  mensuration  donne  les  résultats  suivants  : 

Longueur  de  la  tète,  du  vertex  au  menton 27  cent. 

dont  11  cent,  pour  le  front  (0  jusqu'à  la  ligne  des 
cheveux). 

—  8     —    pour  le  nez. 

—  8     —    pour  le  menton. 

Tour  de  tète 62  cent. 

Diamètre  frontal 15  — 

—  ])ijugal 18  — 

—  bizygomatiquc ■    •    •  1^  — 

—  antéro-postérieur 25  — 

Distance  des  doux  fosses  temporales 14  1/2 

—  des  deux  apophyses  masto'ides 18  — 

Il  y  a  donc  une  disproportion  très  grande  entre  la  largeur  du  front 
et  celle  de  la  face.  Le  reste  du  crâne  paraît  normal,  cependant  la  protu- 
bérance occipitale  est  très  saillante  et  la  partie  postérieure  de  l'occi- 
pital tombe  presque  à  pic  sur  la  nuque.  Les  oreilles  sont  petites  par 
rapport  aux  autres  parties  de  la  face,  leur  lobule  n'est  nullement 
allongé.  La  langue,  très  étalée,  mesure  6"™, 5  d'un  bord  à  l'autre. 


GIGANTISME  ET  ACROMÉGALIE. 


161 


Le  cou  mesure  à  sa  base  0"',r)0  de  tour.  Le  corps  thyroïde  n'est  pas 
saillant;  le  larynx  est  moyennement  proéminent.  Pas  de  scoliose. 


FiG.  54.  —  Le  géant  K.,  tambour-major  au  101°  régiment  d'infanterie  de  ligne. 


Le  thorax  présente  la  forme  d'un  baril.  Le  sternum,  à  l'union  du 
corps  et  de  la  poignée,  et  la  partie  terminale  des  2''  et  5"  côtes  forment 
un  relief  très  prononcé.  Les  clavicules  ne  présentent  pas  d'hyperostose. 

LAUNOIS    ET   ROY.  11 


162  GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 

Le  thorax  paraît  très  développé  par  rapport  à  l'abdomen  et  les  fausses 
côtes  descendent  très  bas,  presque  au  contact  des  crêtes  iliaques. 

Tour  du  lliorox,  sous  les  aisselles 106  cm. 

—  à  la  partie  moyenne 111  — 

—  à  la  base 118  — ■ 

Longueur  du  sternum 28  — 

—         de  l'abdomen  (de  la  pointe  de  l'appendice 

xyphoïde  à  Fépine  du  pubis) 40  — 

Distance  de  l'ombilic  à  l'appendice  xyphoïde  ...  19  — 

—  à  l'épine  du  pubis 21  — 


Aux  membres,  les  proportions  sont  à  peu  près  normales,  sauf  aux 
mains  dont  la  largeur  est  exagérée,  surtout  à  cause  de  l'allongement 
des  doigts.  Ceux-ci  ont  des  extrémités  carrées,  à  peu  près  aussi  larges 
que  la  racine.  Au  membre  inférieur,  on  remarque  que  la  longueur 
totale  est  bien  proportionnée,  mais  que  la  cuisse,  au  lieu  d'être  aussi 
longue  que  la  jambe,  est  plus  longue  qu'elle. 

Les  orteils  sont  bien  conformés,  mais  le  gros  orteil  est  étranglé  à  sa 
racine  et  étalé  en  spatule  à  son  extrémité. 

Mesures  calculées 

d'après    les    canons 

de  proporlions. 

Longueur  totale  du  membre  supérieur  (du 
fond  de  l'aisselle  à  l'extrémité  du  mé- 
dius)         ni  em.       81  cm.   (.5  têtes). 

Longueur  de  l'avant-bras r)2    —        55   5/4 

—  de  la  main 24    —        20    l/i 

—  du  médius 15    — 

Largeur  de  la  main 12    — 

Longueur  totale  du  membre   inférieur  (du 

grand  trochanter  au  sol) 108  —      108  cm.  (4  têtes). 

Longueur  de  la  jambe  (du  pli  du  genou 

au  sol)  . ."il  —        54    — 

Longueur  de  la  cuisse 57  —        54    — 

—  du  pied  (du  talon  au  gros  orteil)  ôi  —        55    5/4       (1  1/4). 

—  du  gros  orteil 10  — 

Largeur   du    pied   (au    niveau    des    tètes 

métatarsiennes) 14    — 

Circonférence  du  cou-de-pied 29    — 


Les  bras  écartés  en  croix  mesurent  2", 10,  c'est-à-dire  presque  exacte- 
ment, comme  à  l'état  normal,  la  taille  du  sujet. 

Les  organes  génitaux  sont  bien  proportionnés  et  bien  conformés. 

Si  le  gigantisme  s'est  manifesté  chez  cet  homme  de  10  à  20  ans,  il 
semble  que  l'accroissement  excessif  des  mains  et  de  la  largeur  de  la 
face  soit  apparue  vers  18  ans.  A  cette  époque,  dit-il,  son  nez  était 
déjà  long,  mais  plus  fin  et  moins  proéminent  que  2  ans  après.  Les 
tempes  se  sont  creusées  au  même  âge  et  cette  dépression  s'est  accen- 
tuée depuis.   Enfin  la  saillie  des   pommettes,  très  peu  développée  à 


GIGANTISME  ET  ACROMÉGALIE. 


163 


17  ans,  est  devenue  considérable  à  ce  moment  i^).  Le  menton  même  se 
serait  un  peu  relevé  et  allongé.  Il  est  impossible  de  savoir  si  l'allonge- 


FiG.  35 


Le  géant  K.,  en  1900.  Fig.  56.  —  Le  géant  K.,  en  19C0. 

(D'après  Achard  et  Loeper.) 


ment  et  l'élargissement  des  doigts  remontent  à  la  même  époque  ou 
s'ils  se  sont  faits  peu  à  peu. 

Les  troubles  fonctionnels  du  diabète  paraissent  remonter  seulement  à 
9  semaines.  A  cette  époque,  il  commença  à  uriner  en  abondance,  jus- 
qu'à 4  et  5  litres  par  jour.  Cependant,  depuis  1  an  déjà,  il  a  un  peu  de 

(')  Nous  avons  pu  voir  des  photographies  faites  pendant  que  le  malade 
nccomplissait  son  service  militaire  :  la  saillie  des  pommettes  y  parait  moins 
accentuée  qu'aujourd'hui.  L'une  de  ces  photographies  est  reproduite  dans  la 
figure  5i. 


164  GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 

polyurie.  En  même  temps,  la  soif  est  devenue  impérieuse  et  le  malade 
absorbait  plusieurs  litres  de  liquide  dans  la  journée.  Très  gros  mangeur 
de  tout  temps,  il  ne  paraît  pas  avoir  un  appétit  plus  développé  qu'au- 
trefois; il  éprouve  un  goût  particulier  pour  le  pain  et  les  féculents  et 
mange  relativement  peu  de  viande.  Il  a  maigri  depuis  cjuelque  temps 
et  pèse  T10''*"',500.  —  En  rapport  avec  le  diabète  on  note  un  prurit  cu- 
tané, quelques  douleurs  lancinantes  dans  les  jambes,  une  sensation  de 


FiG.  Ô7.  —  La  main  du  géant  K.,  comparée  à  celle  d'un  adulte  normal. 
(D'après  Achard  et  Loeper.) 

sécheresse  permanente  de  la  bouche,  une  disposition  des  gencives  à 
saigner  facilement,  une  certaine  frigidité  génitale  :  marié  depuis  4  ans, 
il  n'a,  d'ailleurs,  pas  d'enfant.  Il  éprouve  assez  rarement  de  la  cépha- 
lalgie, n"a  pas  de  troubles  visuels;  l'ouïe  est  un  peu  affaiblie  à  droite, 
en  raison  sans  doute  de  l'otite  moyenne  signalée  plus  haut.  Les 
réflexes  rotuliens  sont  très  affaiblis.  Il  n'y  a  pas  de  troubles  de  la  sen- 
sibilité. La  réflectivité  et  la  sensibilité  plantaires  sont  normales. 

Les  jambes  présentent  des  varices  très  accusées. 

Les  téguments  du  cou  et  du  dos  portent  plusieurs  petites  tumeurs 
de  molluscum.  Il  existe  une  petite  hernie  épigastrique. 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 


165 


L'exaixien  des  viscères  ne  révèle  rien  de  pathologique.  La  voix  a  un 
timbre  grave. 

Urines  du  14  avril  :  6200  centimètres  cubes  en  24  heures.  Densité, 
J055.  Sucre  :  586  grammes  en  24  heures.  Pas  d'albumine  ni  d'urobiline. 
Traces  d'indican. 

Mis  au  régime  des  viandes  et  du  lait,  le  malade  est  pris  d'un  peu  de 
diarrhée,  pour  laquelle  on  lui  fait  absorber  un  peu  d'opium  (10  centi- 
grammes d'extrait).  En  même  temps,  l'urine  tombe  à  2  litres  500  et 
2  litres  le  20  avril,  et  le  sucre  disparaît  presciue  entièrement  (4  grammes). 


FiG.  58.  —  La]^langue  du?géanl  K.  (D'après  Achard  et  Loeper.) 


C'est  seulement  dans  les  urines  émises  quelques  heures  après  le 
déjeuner  et  le  dîner  qu'on  peut  en  déceler  la  présence. 

Il  en  fut  de  même  après  la  cessation  de  l'opium  jusc[u'au  22  avril. 

Ce  jour-là  le  malade  mangea  en  assez  grande  quantité  des  féculents 
(pommes  de  terre,  biscuits);  le  lendemain  le  sucre  remonta  à  liù^^o  en 
24  heures.  Une  injection  de  10  grammes  de  glycose  sous  la  peau  fit 
monter  la  ciuantité  de  l'urine  à  5  litres  et  celle  du  sucre  à  165  grammes. 

Le  malade  quitte  l'hôpital  le  8  mai. 

II  y  rentre  le  18  mai,  se  plaignant  de  douleurs  dans  les  membres 
inférieurs  et  la  région  lombaire,  et  d'une  certaine  lassitude  générale.  Il 
a  repris  son  travail,  mais  il  se  fatigue  vite  et  est  incapable  d'un  long 
effort. 


166  (ilGANTISME  ET  AGR01\1É(;AL1E. 

Les  urines  sont  relativement  peu  abondantes  :  1500  centimètres  cubes 
seulement  en  24  heures.  Elles  contiennent  14  grammes  de  sucre  par 
litre  (soit  21  grammes  par  jour).  Le  taux  de  Furée  et  des  chlorures 
est  normal  (i^^lb  de  chlorures  et  17s'', 21  d'urée  par  litre).  Le  point 
cryoscopique  est  de  — lo,52.  Il  n'y  a  pas  trace  d'albumine,  un  peu  d'in- 
dican.  Le  malade  a  toujours  un  peu  de  diarrhée. 

Aux  membres  inférieurs,  les  réflexes  patellaires  sont  très  diminués; 
à  droite  la  disparition  est  prcscjue  complète.  Le  réflexe  plantaire  est 
très  affaibli  et  les  orteils  se  fléchissent  peu  à  la  suite  du  chatouillement 
de  la  plante  des  pieds. 

Phénomène  nouveau,  la  sensibilité  est  diminuée  dans  tous  ses  modes- 
aux  pieds  et  aux  jambes  jusqu'à  une  ligne  circulaire  passant  au-dessus 
des  condyles  fémoraux.  La  piqûre  est  peu  perçue,  et  avec  un  certain 
retard. 

La  mensuration  du  malade,  faite  de  nouveau,  a  donné  2",  10  de  hau- 
teur le  matin  au  réveil,  et  environ  1  centimètre  de  moins  dans  Faprès- 
midi. 

On  met  le  malade  au  régime  mitigé  des  diabétiques  et  on  lui  donne 
de  O^'^Oo  à  0^',  10  d'extrait  thébaïque  chaciue  jour.  La  glycosurie  devient 
à  peine  perceptible  le  matin,  elle  reparaît  légère  dans  la  journée  et 
s'accuse  surtout  à  la  suite  des  repas.  Le  sucre  ne  dépassait  pas 
5  grammes  par  jour.  L'urine  était  en  moyenne  de  1000  à  1100  centi- 
mètres cubes. 

Le  malade  sort  de  Fhôpital  le  8  Juin. 

11.  Compléments  a  l'observation  clinique  (P.-E.  Launois  et  Pierre 
Roy,  1903).  —  A  partir  de  juin  1900,  K...,  qui  n'avait,  depuis  son  retour 
du  régiment,  guère  pu  exercer  sa  profession  de  charpentier,  vit  sa  santé 
péricliter.  11  devint  un  commensal  habituel  des  différents  hôpitaux  pari- 
siens, séjournant  successivement  à  S aini- Antoine ,  à  Tenon,  à  Necker{^). 
Il  eut  à  souffrir,  en  effet,  d'une  otite  moyenne  droite,  d'hémorroïdes, 
de  douleurs  rhumatoïdes  dans  les  membres  inférieurs.  La  glycosu- 
rie, jointe  aux  autres  manifestations  habituelles  du  diabète,  la  toux 
en  rapport  avec  des  lésions  tuberculeuses  des  poumons,  la  suppura- 
tion   due  à  une  fistule  anale,  enfin  des  troubles  nerveux  divers  furent 


(1)  Rendu,  qui  l'étudia  à  Vhupilal  Necker,  concluait  dans  une  leçon  faite  le 
14  juin  1900  (ses  notes  nous  ont  été  obligeamment  communiquées  par  son  fils 
H.  Rendu),  qu'il  correspondait  à  un  type  de  géant  pur,  bien  proportionné  et 
exempt  de  troubles  fonctionnels,  c'est-à-dire  sans  acromégalie. 

Quant  à  la  pathogénie  du  diabète  nerveux,  qu'il  avait  constaté  après  AcHAnn 
cL  LoEPER,  Rendu  relevait  l'absence  de  céphalée  et  de  troubles  visuels  contre 
l'hypothèse  d'une  tumeur  pituitaire;  il  portait  cependant  un  pronostic  sombre, 
malgré  une  absence  transitoire  de  glycosurie  et  l'apparente  conservation  des 
masses  musculaires. 

Rendu  fait  aussi  mention  de  trois  crises  vertigineuses,  sans  convulsions 
ni  perte  de  connaissance  et  qui  rappellent  les  troubles  d'obnubilation  intel- 
lectuelle et  les  manifestations  nerveuses  que  nous  devions  observer  Tpeu  de 
temps  avant  la  mort. 


GIGANTISME  ET  ACROMÉGALIE. 


167 


les  différents  incidents  pathologiques  qu'il  présenta  avant  de  venir 
échouer  pour  la  dernière  fois  à  Vhôpital  Tenon,  dans  notre  service. 

C'est  au  sortir  de  celui  de  Lejars,  qui  venait  de  l'opérer  d'une  fistule 
anale  (Avril  1902)  que  Pierre  K...  entra  salle  Barlh  et  fut  couché  au 
lit  nM7. 

A  cette  époque,  il  est  encore  assez  musclé,  mais  cependant  considé- 
rablement amaigri.  La  disparition  de  la  couche  graisseuse  sous-cutanée 


FiG.  59.  —  Le  géant  K.,  un  mois  avant  sa  mort  (Mai  1902). 


rend  plus  apparentes,  en  certaines  régions,  les  saillies  osseuses  :  à  la 
face,  en  particulier  les  deux  os  malaires  forment  de  chaque  côté,  au 
niveau  des  pommettes,  des  proéminences  très  accusées  (Fig.  40).  11  en 
est  de  même  des  deux  rebords  supérieurs  de  l'orbite.  Le  crâne,  qui  n'a 
pas  subi  le  même  développement  que  la  face,  semble  petit;  par  le  pal- 
per, on  constate  en  arrière  l'exagération  du  ressaut  post-lambdoïdien. 

Le  nez  s'est  arqué,  le  menton,  caché  en  partie  par  de  longs  poils,  est 
devenu  plus  saillant  et  plus  pointu.  La  figure  rappelle  celle  du  poli- 
chinelle  classique. 

Le  diagnostic  de  manifestations  acromégaliques,  qui  pouvait  être 
douteux  deux  ans  auparavant,  s'impose  actuellement. 


168  r.IGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 

La  taille  s'est  affaissée,  le  thorax  s'est  infléchi  en  avant;  le  tronc  peut 
encore  être  redressé,  mais  aux  dépens  de  contractions  musculaires  qui 
exagèrent  considérablement  les  douleurs  éprouvées  spontanément  dans 
les  masses  musculaires  lombo-sacrées. 

Il  existe  en  même  temps  un  état  marqué  de  lassitude  générale,  qui 
pousse  K...  à  rester  au  lit  pendant  la  plus  grande  partie  de  la  journée, 
bien  que  sa  couche  soit,  par  son  exiguïté,  peu  en  rapport  avec  les 
dimensions  exagérées  de  sa  stature.  On  constate  quelques  troubles 
parétiques  du  côté  des  membres  supérieurs  et  une  certaine  inhabileté 
des  mains.  Des  crises  névralgiques  (céphalalgie,  névralgie  intercostale, 
arthralgies)  s'accompagnent  de  douleurs  plus  ou  moins  intenses  qui- 
gênent  et  vont  même  jusqu'à  empêcher  le  sommeil.  K....  se  plaint 
d'éprouver  de  temps  en  temps  des  palpitations  qui  s'accompagnent  de 
sensations  pénibles  dans  la  région  précordiale  supérieure.  L'appétit  est 
conservé,  mais  considérablement  diminué,  si  on  le  compare  à  ce  qu'il 
était  autrefois.  La  soif  est  toujours  vive  ;  il  urine  de  5  à  6  litres  par 
jour;  son  urine  renferme  de  40  à  50  grammes  de  glycose  par  litre  et 
50  à  60  centigrammes  d'albumine.  Bien  c{ue  la  ration  alimentaire  soit 
aussi  copieuse  que  possible,  l'amaigrissement  fait  de  jour  en  jour 
des  progrès  marqués  ;  il  est  en  rapport  avec  une  diarrhée  abondante, 
datant  de  plusieurs  mois  et  indiquant  par  elle-même  des  troubles  de 
l'assimilation.  En  même  temps  il  est  devenu  triste,  apathique;  il  ne 
sort  guère  de  sa  torpeur  que  pour  donner  des  marques  d'une  irascibilité 
manifeste. 

A  partir  du  15  mai,  K...  se  plaint  d'une  recrudescence  de  ses  douleurs 
précordiales;  elles  s'irradient  dans  le  bras  gauche  et  affectent  le  carac- 
tère paroxystique  des  crises  angineuses.  Cependant  l'examen  du  cœur 
ne  permet  de  constater  aucune  modification  sthétoscopique  :  au  moment 
des  accès,  les  battements  cardiaques  sont  augmentés  de  fréquence, 
mais  non  irréguliers. 

L'auscultation  du  poumon  permet  de  percevoir  la  progression  rapide 
du  ramollissement  du  sommet  gauche  (submatité  sous-claviculaire, 
respiration  soufflante,  craquements  provoqués  par  la  toux). 

Le  28  mai,  au  matin,  le  malade  est  incapable  de  répondre  aux 
questions  qu'on  lui  pose;  il  ne  s'exprime  que  par  monosyllabes  et  se 
plaint  d'un  assez  grand  malaise.  Le  soir,  il  se  trouve  mieux  et  explique 
qu'il  entendait  bien  les  questions  posées  le  matin,  mais  était  dans 
l'impossibilité  absolue  d'y  répondre. 

Le  lendemain,  29  mai  1902,  il  semble  en  meilleur  état  que  la  veille; 
pourtant  il  garde  un  visage  un  peu  hébété;  dans  la  nuit,  il  a  souillé 
ses  draps  de  ses  matières  fécales.  —  Le  même  jour,  il  est  pris  brusque- 
ment à  1  heure  1/2  de  l'après-midi  d'une  crise  convulsive  généralisée,  à 
caractère  épileptiforme.  D'autres  crises  semblables  se  succèdent  à  des 
intervalles  plus  ou  moins  rapprochés  et  deviennent  bientôt  subin- 
trantes.  —  A  5  heures  du  soir,  le  malade  est  dans  le  coma;  il  s'est 
mordu  la  langue,  une  écume  sanguinolente  sort  de  ses  lèvres,  les  extré- 


GIGANTISME  ET  ACROMÉGALIE.  169 

mités  sont  cyanosées,  le  corps  est  recouvert  d'une  sueur  froide;  le 
pouls  reste  cependant  assez  fort  et  bien  frappé.  De  3  en  5  minutes,  les 
membres  en  résolution  sont  agités  de  secousses  convulsives  toniques, 
puis  cloniques;  la  figure  grimace,  les  yeux,  injectés  de  sang,  demeurent 
fixés  en  haut.  Cette  crise  convulsive,  d'une  durée  de  deux  minutes 
environ,  fait  place  au  coma  absolu  et  celui-ci  ne  tarde  pas  à  être  inter- 
rompu par  un  nouvel  accès. 

Une  saignée  de  400  grammes,  pratiquée  au  bras,  et  suivie  de  l'injection 
sous-cutanée  de  500  centimètres  cubes  de  sérum  artificiel,  ne  modifie 
en  rien  la  succession  de  ces  manifestations;  la  mort  survient  le  soir 
même  à  10  heures  1/2. 


Autopsie  du  géant  acromégalioue  et  diabétique  Pierre  K...  (P.-E. 
Launois  et  Pierre  Roy,  1903).  —  L'autopsie  a  été  pratiquée  le  lende- 
main, 18  heures  environ  après  la  mort. 

A  l'ouverture  de  la  cavité  thoraco-abdominale,  ce  qui  attire  tout 
d'abord  l'attention  c'est  l'inégalité  des  proportions  respectives  du 
thorax  et  de  l'abdomen,  inégalité  qui  d'ailleurs  avait  été  remarquée 
pendant  la  vie  (page  162).  Si  la  cavité  abdominale  a  conservé  des  pro- 
portions à  peu  près  normales,  la  cavité  thoracique  s'est  au  contraire 
considérablement  agrandie.  11  en  résulte  que  la  masse  intestinale,  qui  a 
suivi  le  développement  gigantesque  des  autres  parties  du  corps,  semble 
à  l'étroit  dans  un  abdomen  trop  petit  pour  la  contenir.  Les  différents 
segments  du  tractus  intestinal,  considérablement  élargis,  ont  perdu 
leurs  rapports  normaux  :  Vs  iliaque,  très  dilaté,  présentant  une  circon- 
férence de  27  centimètres,  se  trouve  refoulé  sous  le  foie;  il  semble 
que  cette  portion  de  l'intestin  ait  pris  la  place  de  l'estomac  et  se  trouve 
située  en  avant  du  côlon  transverse,  qui,  lui  aussi,  a  subi  un  dévelop- 
pement énorme  :  il  mesure  26  centimètres  de  circonférence.  Le  dia- 
phragme refoulé  forme  une  voûte  à  courbure  très  accusée. 

Malgré  l'énorme  développement  extérieur  du  thorax,  les  poumons 
sont  peu  volumineux.  Dans  le  lobe  supérieur  de  chacun  d'eux,  plus 
particulièrement  à  gauche,  existent  des  lésions  tuberculeuses  à  diffé- 
rents degrés  d'évolution  :  à  côté  de  granulations  confluentes,  on 
rencontre  des  masses  caséeuses  en  voie  de  ramollissement. 

Le  cœur  est  volumineux  :  débarrassé  de  ses  caillots,  il  pèse 
510  grammes.  La  hauteur  du  sillon  interventriculaire,  mesuré  depuis  la 
pointe  du  cœur  jusqu'au  sillon  interauriculo-ventriculaire,  est  de 
13  centimètres.  La  largeur  maxima,  mesurée  suivant  ce  dernier  sillon, 
est  de  14  centimètres.  L'anneau  de  la  valvule  mitrale  a  une  circon- 
férence de  11  centimètres. 

Tous  les  organes  abdominaux  ont  subi  un  développement  véritable- 
ment gigantesque;  ils  ne  présentent  pas  toutefois  d'altéralions  macro- 
scopiques : 

Le  foie  pèse  4650  grammes  et  mesure  42  centimètres  de  largeur  sur 
10  centimètres  de  hauteur. 


170 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 


La  rate  pèse  570  grammes  et  mesure  17  cenlimètres  de  hauteur  sur 

1 1  centimètres  de  largeur. 

Les  reins  sont  également  vo- 
lumineux :  le  droit  pèse  590 
grammes  et  mesure  17  centi- 
mètres de  hauteur  sur  10  cen- 
timètres de  largeur;  le  gauche 
pèse  525  grammes  et  mesure 
16  centimètres  de  hauteur  sur 
10  centimètres  de  largeur. 

Le  pancréas  atteint  le  poids' 
de  250  grammes. 

La  glande  thyroïde,  sur  le  vi- 
vant, ne  paraissait  pas  extrême- 
ment développée.  Achard  et 
Loeper  avaient  constaté  que  la 
circonférence  à  la  base  du  cou 
était  de  50  centimètres  et 
noté  l'absence  de  toute  saillie 
thyroïdienne.  Nos  constata- 
tions ultérieures  n'avaient  fait 
que  confirmer  les  leurs.  Cepen- 
dant, à  l'autopsie,  c'est  la  glan- 


FiG.  iO.  —  Le  corps  thjTOïde  du  géant, K 
(face  antérieure).  Poids  :  230  grammes. 


de  thyroïde  qui  nous  a  paru, 
avec  la  glande  pituitaire,  pré- 
senter le  développement  le 
plus  excessif.  Elle  constitue 
une  masse  dure,  ferme,  très 
facile  à  isoler  des  parties  voi- 
sines. Dans  son  ensemble,  elle 
a  conservé  la  forme  et  les  dis- 
positions qu'elle  présente  à 
l'état  normal.  Ses  caractères 
anatomiques  sont  d'autant 
plus  faciles  à  observer  que 
son  hypertrophie  est  des  plus 
marquées.  Débarrassée  de  ses 
enveloppes  celluleuses,  elle 
pèse  250  grammes  :  son  poids 
est  donc  dix  fois  plus  élevé  que 
le  poids  de  la  thyroïde  chez  tra- 
duite ;  on  sait  en  effet  que 
le  poids  de  la  thyroïde  de 
l'homme  oscille  entre  18  et 
25    grammes    (Fig.  40  et   41). 

Des  deux  lobes,   unis  par  l'isthme,  qui  ne  présente  pas  de  prolonge- 


FiG.  il. 


Le  corps  tliyroïde  du  géant  K. 
(face  postérieure). 


Gir.ANTISME  ET  ACROMÉGALTE. 


171 


ment  de  Lalouette,  le  gauche  descend  plus  basque  le  droit.  Les  dimen- 
sions respectives  de  ces  deux 
lobes  sont  les  suivantes  : 


Lohe    droit. 

Hauteur 

9  cm. 

Largeur 

4    — 

Épaisseur 

6    — 

Lobe    gauche 

Hauteur 

13  cm. 

Largeur 

5    — 

Épaisseur 

5    — 

La  face  interne  de  chacun 
d'eux  est  excavée  et  forme 
une  gouttière  moulée  sur  le 
tube  trachéal.  Le  bord  posté- 
rieur du  lobe  gauche  se  pro- 
longe en  arrière  de  celui-ci 
sous  forme  d'une  languette 
aplatie. 

Quant  à  l'isthme  qui  unit 
les  deux  lobes,  il  mesure 
-4  centimètres  en  hauteur  et 
'2  centimètres  en  largeur. 

Dans  la  région  normale- 
ment occupée  chez  le  fœtus 
par  le  thymus  existaient,  dis- 
séminées au  milieu  du  tissu 
cellulo- adipeux,  de  petites 
masses  ayant  une  consistance 
assez  ferme,  de  coloration 
gris  jaunâtre.  En  raison  de 
leurs  caractères  macrosco- 
piques, on  pouvait  supposer 
qu'elles  correspondaient  à 
des  vestiges  anormalement 
persistants  de  la  glande  thy- 
mique.  L'examen  microsco- 
pique, c[ue  nous  rapportons 
plus  loin,  ne  devait  pas  con- 
firmer cette  hypothèse. 

L'ouverture  du  crâne  est  rendue  très  difficile  par  l'épaississement 
acquis  par  les  parois  osseuses.  Cet  épaississement,  inégal  d'ailleurs, 
atteint,  en  certains  endroits  de  la  voûte  pariétale,  près  de  2  centimètres.  A 
la  région  antérieure,  les  sinus  frontaux  sont  considérablement  élargis. 


FiG. 


^.^^^'' 


2.  —  Squelette  du  médius  droit  du  géant  K., 
comparé  avec  celui  d'un  adulte  normal. 


172  GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 

La  masse  encéphalique  n'a  pas  subi  un  accroissement  proportionnel  à 
celui  des  autres  viscères.  Elle  ne  pèse  dans  sa  totalité  C[ue  1550  grammes, 
et,  dans  ce  chiffre  global,  170  grammes  correspondent  au  poids  du  cer- 
velet et  20  à  celui  du  bulbe. 

Les  méninges  sont  saines. 

En  soulevant  en  avant  les  hémisphères,  pour  les  extraire,  on  constate 


FiG.  1-3.  —  Face  inférieure  du  cerveau  du  géant  K,  montrant,  en  avant  du  cliiasma,  le 
prolongement  de  la  lumeur  du  corps  piLuitaire  qui  s'enfonce,  par  la  scissure  interhémi- 
sphérique, à  l'intérieur  du  lobe  frontal  droit. 

la  présence  d'une  tumeur  pédiculée,  située  à  la  face  inférieure  du  cer- 
veau. En  raison  de  sa  friabilité,  cette  tumeur  menaçait  d'être  dilacérée 
au  cours  des  manœuvres  de  Tablation,  qu'elle  rendait  d'ailleurs  impos- 
sibles ;  aussi  dut-on  se  résoudre  à  en  sectionner  le  pédicule. 

Le  cerveau  étant  enlevé,  il  fut  facile  de  retrouver  une  partie  de  la 
tumeur  enclavée  dans  la  selle  turcique  et  occupant  le  lit  de  l'hypophyse. 
Cette  portion  de  la  tumeur,  de  consistance  assez  molle,  de  coloration 
grisâtre,  a  le  volume  d'une  grosse  noix.  Elle  remplit  complètement  la 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 


173 


loge  osseuse  qui  s'est  agrandie  pour  la  recevoir  :  le  diamètre  transversal 
de  la  selle  turcique  est  en  effet  de  40  millimètres. 

L'examen  détaillé  de  la  face  inférieure  du  cerveau,  indispensable 
pour  préciser  les  relations  de  la  tumeur  avec  les  différentes  parties  de 
l'encéphale,  ne  fut  pas  sans  causer  quelque  surprise.  11  était  à  supposer, 
en  effet,  que  le  pédicule  de  la  tumeur  était  constitué  par  la  tige  pitui- 
taire  considérablement  hypertrophiée.  Celle-ci  présente,  sur  la  surface 
de  section,  un  épaississement  notable  de  ses  parois,  en  même  temps 
qu'un  élargissement  marqué  de  son  canal  central,  dont  l'orifice  est  des 


FiG.  ii.  —  Segment  postérieur  d'une  coupe  frontale  du  cerveau  du  géant  K,  montrant  le 
prolongement  de  la  tumeur  hypophysaire  à  l'intérieur  du  ventricule  latéral  droit  dilaté. 
—  Par  un  artifice  de  dessin,  on  a  figuré  en  position,  sur  la  photographie,  la  portion  de  la 
tumeur  comprise  à  l'intérieur  de  la  selle  turcique,  de  manière  à  faciliter  la  compréhen 
sien  des  rapports  généraux  de  cette  tumeur.  Lors  de  l'autopsie,  on  dut  sectionner  le 
pédicule  qui  unissait  les  deux  portions  de  la  tumeur  et  menaçait  d'être  dilacéré  au 
cours  des  manœuvres  de  l'ablation  du  cerveau. 


plus  apparents  à  l'œil  nu,  mesurant  2  millimètres  environ.  Ainsi  aug- 
mentée dans  ses  dimensions,  la  tigepituitaire  forme  un  mamelon  creusé 
à  son  centre  et  occupe  sa  position  normale  en  arrière  du  chiasma  des 
nerfs  optiques.  En  avant  de  ce  chiasma,  on  trouve  la  surface  de  section 
d'une  masse  ayant  le  volume  du  pouce  et  mesurant  2'''",5  dans  son  dia- 
mètre transversal  et  4  centimètres  dans  son  diamètre  antéro-posté- 
rieur.  Cette  masse  n'est  autre  qu'un  prolongement  de  la  tumeur  qui, 
partant  de  la  région  antérieure  de  l'hypophyse  et  passant  entre  les 
deux  nerfs  optiques,  sans  les  comprimer,  s'enfonce,  par  la  scissure 
interhémisphérique,  jusque  dans  le  lobe  frontal  di^oit. 


174  GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 

Sur  une  coupe  frontale  de  riiémisphère  droit,  on  retrouve  la  tumeur 
qui  remplit  la  cavité  du  ventricule  latéral  correspondant,  ti'ès  dilatée. 
Elle  forme,  à  ce  niveau,  une  masse  allongée,  cylindrique,  haute  de 
5  centimètres,  large  de  S'^.S.  Elle  tranche  par  sa  coloration  grisâtre  sur 
les  parties  blanches  environnantes  et  la  consistance  assez  ferme  de  la 
zone  périphérique  permet  aisément  de  l'isoler.  La  portion  centrale  est 
occupée  par  une  sorte  de  gelée  à  reflet  cérulescent,  analogue  à  du  mu- 
cus. Il  semble  cju'un  produit  de  sécrétion  se  soit  accumulé  dans  le  centre 
même  du  prolongement  intraventriculaire  de  la  tumeur  hypophysaire. 

Examen  histologioue.  —  L'examen  histologique  des  différents  viscères 
n"a  pas  montré  de  lésions  bien  caractéristiques.  Toutefois  il  nous  a 
paru  intéressant  de  résumer  les  différentes  constatations  que  nous 
avons  faites  avec  l'obligcantconcours  de  M.  Lefas,  interne  des  hôpitaux. 

Foie.  —  II  n'existe  pas  de  sclérose  proprement  dite;  les  espaces 
portes  ne  présentent  rien  de  particulier;  il  n'existe  pas  d'artérite. 

En  de  rares  points,  on  voit  un  peu  de  tuméfaction  des  cellules  endo- 
théliales  des  capillaires;  ces  derniers  sont  un  peu  dilatés  et  renferment 
dans  leurs  parois  quelques  granulations  pigmentaires. 

Les  noyaux  des  cellules  hépaticjues  sont  inégaux;  quelc[ues-uns, 
volumineux  et  clairs,  sont  en  voie  de  chromatolyse.  Il  y  a  de  plus  une 
dégénérescence  graisseuse  modérée,  répartie  irrégulièrement,  en  même 
temps  que  de  la  dégénérescence  granuleuse  et,  par  place,  granulo-pig- 
mentaire  du  protoplasma  cellulaire. 

Reins.  —  Il  existe  une  sclérose  nette  au  niveau  de  la  substance  médul- 
laire; elle  se  retrouve,  mais  plus  légère,  dans  la  substance  corticale, 
où  elle  semble  plus  marquée  qu'elle  ne  l'est  réellement  à  cause  de  la 
dilatation  des  capillaires  renfermant  une  fine  émmlsion  granuleuse, 
produit  de  la  dissolution  des  globules  rouges  par  le  formol. 

Les  glomérules  ne  sont  pas  entourés  de  sclérose  et  il  n'y  a  pas  de 
lésions  évidentes  du  revêtement  capsulaire.  Les  capillaires  sont  dilatés 
à  l'intérieur  des  glomérules  et  renferment  de  fins  granula  pigmentaires. 

Ces  grains  de  pigment  sont  abondants  dans  l'endothélium  et  la 
lumière  des  capillaires  de  la  substance  corticale.  Les  artères  en  col- 
lapsus  ne  montrent  pas  de  lésions. 

Les  tubes  contournés  sont  désordonnés,  les  uns  possèdent  des  cel- 
lules hypertrophiées,  les  autres  des  cellules  de  dimensions  normales. 
Toutes  ces  cellules  ont  des  contours  fusionnés,  et  présentent  un  contenu 
granulo-graisseux,  avec  un  certain  nombre  de  pigments ,  leurs  noyaux 
ne  sont  pas  visibles. 

Dans  cette  substance  corticale,  on  trouve  des  alvéoles  remplis  de 
cellules  du  type  cubique  à  noyau  bien  coloré,  à  protoplasma  assez 
large;  certaines  de  ces  cellules  ont  des  contours  nets,  une  forme  en 
raquette  et  renferment  deux  et  même  trois  noyaux. 

Quelques  alvéoles  de  ce  genre  se  retrouvent  dans  la  substance  médul- 
laire, mais  en  très  petit  nombre. 

Les  branches  de  Heidenhain  et  les  tubes  droits  sont  sains,  mais  leurs 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE.  175 

cellules  sont  en  désordre  et,  dans  les  branches  larges,  les  cellules  gra- 
nuleuses, mais  à  noyau  visible,  sont  fusionnées  par  leurs  contours. 

Capsules  surrénales.  —  On  note  une  grande  dilatation  des  capillaires  de 
la  substance  centrale.  Les  glomérules  apparaissent  très  nets  dans  la 
substance  corticale;  leurs  cellules,  bien  limitées,  sont,  par  places,  en 
voie  de  dégénérescence  muqueuse.  Le  tissu  conjonctif  est  relativement 
abondant  dans  la  région  corticale  et,  en  ce  point,  il  existe  quelques 
petits  îlots  embryonnaires. 

Rate.  —  On  ne  note  rien  de  particulier,  sauf  un  peu  de  sclérose,  les 
corpuscules  de  Malpighi  ne  sont  pas  très  volumineux,  le  pigment  est 
assez  abondant  dans  les  corpuscules  et  dans  les  capillaires  de  la 
pulpe  (»). 

Testicule.  —  II  existe  une  sclérose  interstitielle  diffuse  et  régulière- 
ment périartérielle  ainsi  qu'autour  des  capillaires  intertubulaires.  Les 
cellules  des  tubes  séminifères  présentent  de  la  dégénérescence  granulo- 
pigmentaire  ;  elles  ont  une  forme  en  raquette  et  renferment  un  noyau 
ovalaire  volumineux;  quelques-unes  renferment  deux  et  môme  trois 
noyaux.  Les  capillaires  dilatés  renferment  un  peu  de  pigment,  qu'on 
retrouve  également  à  l'intérieur  des  veines  et  dans  leurs  parois.  L'épi- 
didyme  paraît  normal. 

Corps  thyro'ide.  —  Les  vésicules,  assez  larges,  inégales,  renfermant 
de  la  substance  colloïde,  ont  leurs  cellules  en  voie  de  fonte  muqueuse 
et  de  chromatolyse;  elles  sont  séparées  par  quelques  larges  bandes 
conjonctives.  On  remarque  la  présence  du  pigment  dans  les  vésicules 
et  le  tissu  interstitiel. 

Système  nerveux  (-).  —  Bien  qu'il  n'y  ait  pas  d'épaississement  des 
méninges,  il  existait  au  niveau  de  la  pie-mère  des  petites  plaques  dures 
et  résistantes  en  assez  grand  nombre.  L'examen  histologique  a  montré 
qu'elles  étaient  formées  non  seulement  de  tissu  fibreux  adulte,  mais 
surtout  de  tissu  osseux. 

L'étude  du  cerveau  a  montré  son  intégrité  :  les  cellules  pyramidales 
étaient  nombreuses,  grandes  et  bien  colorées;  il  n'y  avait  pas  d'infd- 
tration  embryonnaire. 

On  ne  constate  aucune  lésion  au  niveau  du  bulbe  ni  de  la  protubé- 
rance. 

A  la  région  cervicale  de  la  moelle^  il  n'y  a  ni  sclérose,  ni  épaississe- 
ment  des  méninges  rachidiennes,  mais  on  observe,  outre  une  prolifé- 
ration marquée  de  Fépithélium  de  l'épendyme,  une  certaine  diminution 
dans  le  nombre  des  cellules  des  cornes  antérieures  :  ces  dernières,  normales 
d'aspect  et  de  dimensions,  sont  en  moyenne  au  nombre  de  6  pour  le 
groupe  antéro-externe,  10  pour  le  groupe  antéro-interne  et  7  pour  le 
groupe  postérieur.  Mais  cette  diminution  du  nombre  des  cellules  est 


(')  Une  regrellable  erreur  de  technique,  consistant  dans  le  séjour  trop  pro- 
longé dans  le  formol,  a   empêché  l'examen  de.  la  structure  fine  du   pancréas. 

(-)  Nous  remercions  bien  sincèrement  Ivlippel  et  Lefas,  qui  ont  bien  voulu 
se  charger  de  l'examen  du  svstcme  nerveux. 


176  GIGANTISME  ET  ACROMEGAEIE. 

surtout  marquée  à  la  région  dorsale,  où  Ton  en  compte  en  moyenne 
5  pour  le  premier,  5  pour  le  second  et  2  pour  le  groupe  postérieur.  De 
plus,  à  ce  niveau,  la  lumière  de  l'épendyme  renferme  des  cellules  épi- 
théliales  libres.  Sur  certaines  des  préparations  relatives  à  cette  région 
on  voit  dans  la  substance  blanche,  en  dehors  de  la  corne  postérieure, 
quelques  grosses  cellules  isolées,  arrondies,  qui  paraissent  être  des 
cellules  névrogliques.  A  la  région  lombaire  on  trouve  delà  prolifération 


^^^ 


^  ^*- 


^c1 


;  ^    -a 


>'''%<,4  '^  j.-'  '  --.^VVHV-j.     -    r.--!,--,^,^ 


FiG.  i5.  —    Tumeur  de  l'Iiypophyse.  l'rolongemeni  inLra-vcnlriculaire. 
(Faible   grossissement.) 

c,  cordons  épitliéliaux  complètement  remaniés  par  la  prolifération  des  cellules  glandu 
laires  devenues  presque  toutes  atypiques.  —  v,  vaisseaux  capillaires  dont  la  gaine 
conjonctive  est  extrêmement  hypei'trophiée. 

de  l'épendyme,  avec  desquamation  cellulaire.  On  compte  en  moyenne 
17  cellules  motrices  dans  le  groupe  externe,  G  dans  le  groupe  interne 
et  6  à  7  dans  le  groupe  postérieur.  Nulle  part,  dans  la  moelle,  on  ne 
note  de  sclérose;  en  quelques  points  de  la  région  dorsale  on  voit  seu- 
lement de  la  dilatation  des  vaisseaux  situés  à  la  jonction  des  deux 
cornes,  avec  épaississement,  comme  cela  se  rencontre  fréquemment 
dans  les  moelles  séniles.  Les  racines  sont  normales.  Les  coupes  por- 
tant sur  le  filum  terminale  ne  montrent  rien  de  spécial. 

Tumeur  cérébrale.  —  L'examen  histologique  de  cette  tumeur  a  été 
pratiqué  en  deux  régions  distinctes  : 

ï"  Portion  contenue  dans  la  selle  turcique. 


GIGANTISME  ET  AGROMEGALIE. 


177 


A.  Certains  points  montrent  encore  la  structure  presque  typique  de 
la  glande  pituitaire.  On  voit  des  tubes  épithéliaux  plus  ou  moins  nets  ; 
ces  cordons  sont  délimités  par  des  parois  conjonctives  non  hypertro- 
phiées, mais  on  n'observe  pas  la  fine  trame  conjonctive,  parfois  intra- 
cellulaire, que  l'un  de  nous  (')  a  décrite  dans  l'hypophyse  de  la  femme 
enceinte  et  que  Ion  peut  considérer  comme  normale. 

Les  capillaires  sillonnant  les  travées  sont  à  peu  près  normaux. 

Les  cellules  qui  forment  la  masse   du  tube  appartiennent  presque 


FiG.  46.  —  Tumeur  de  l'hypophyse.  Prolongement  intra-ventriculaire. 
(Grossissement  moyen.) 

c,  cordons  épithéliaux  complètement  remaniés  par  la  prolifération  des  cellules  glandu- 
laires devenues  presque  toutes  atypiques.  —  v,  vaisseaux  capillaires  dont  la  gaine 
conjonctive  est  extrêmement  hypertrophiée. 

toutes  au  type  éosinophile.  Il  n'y  a  pas  du  tout  de  cellules  cyanophiles. 
Il  y  a  peut-être  quelques  éléments  sidérophiles(-). 

Les  éléments  éosinophiles  sont  caractérisés  par  un  noyau  de  4  y. 
environ,  régulièrement  arrondi,  riche  en  chromatine.  Leur  proto- 
plasma est  teint  en  rose. 

Certains  de  ces  éléments  sont  assez  petits,  d'autres  au  contraire  sont 


(*)  P.-E.  Launois  et  P.  Mulon,  Communication  à  YAssoc.  des  Anatom.  Liège, 
avril  1903. 

(^)  La  coloration  caractérisUque  n'a  pas  été  faite  (voir  P.-E.  Launois,  Comptes 
rendus  Soc.  de  BioL,  mars  1903;. 


LAUNOIS  ET   ROY. 


12 


178: 


GIGANTISME  ET  AGROMÉGALIE. 


assez  volumineux  (15  à  IS  ij.).  Leur  lorme  générale  est  polygonale  par 
pression  réciproque;  on  trouve  des  cellules  arrondies  qui  corres- 
pondent à  des  cellules  saines;  mais  elles  sont  rares  :  la  plupart  des 
éléments  sont  plus  ou  moins  polygonaux. 

B.  En  certains  points  enfin  les   cellules,  toujours  du  type  éosino- 

phile,  prennent  une  forme 
allongée,  étirée;  le  cytoplas- 
ma  effilé  s'accole  à  celui  des 
cellules  voisines  de  façon  à 
former  des  masses  pleines 
sans  travée  conjonctive.  Dans 
ces  endroits  on  ne  rencontre 
plus  que  de  très  rares  cellules 
éosinophiles  de  forme  ty- 
pique. Ce  sont  ces  points  qui 
établissent  une  transition  vers 
une  autre  portion  de  la  tu- 
meur que  nous  étudierons 
plus  loin  :  on  reconnaît  en- 
core l'épithélium  de  la  glande, 
mais  il  est  en  pleine  végéta- 
tion, il  s'organise  atypique- 
ment. 

On  trouve  la  preuve  très 
nette  de  cette  végétation  dans 
l'existence  de  nombreux  élé- 
ments plurinucléés.  On  ob- 
serve en  effet  toujours  parmi 
les  éléments  éosinophiles  (V) 
des  cellules  à  2,  5,  4  et  jus- 
qu'à 7  noyaux.  Ces  noyaux 
sont  toujours  ronds,  petits, 
riches   en   chromatine.   Mais 


FiG.  iJ.  ~  Tumeur  de  l'hypophyse.  Portion  con- 
tenue dans  la  selle  turcique.  (Fort  grossisse- 
ment.) 


Les  éléments  rappellent  encore  la  forme  des  élé- 
ments cellulaires  normaux  de  l'hypophyse.  Pres- 
que  toutes   ces    cellules  sont  des  éosinophiles; 

certaines  d  entre  elles  sont  plurinucléées  (a),  sans  dans  le  VOisinage    On    trOUVe 

que  l'on  trouve  nulle  part  de  division  karyoki-  ^es  éléments  dont  les  noyauX 

netique.   II  ny    a  pas   de  cellules  cyanophiles.  '              i-                          '».           i 

Quelques  éléments  par  leur  irrégularité  et  sur-  étrangles   peuvent  être    abSO- 

tout  par  leur  noyau  pâle  rappellent  les  cellules  lument  considérés  comme  en 

sidérophiles  (s).  ......               -.      • 

voie  de  division  amitosique. 

Nulle  part  nous  n'avons  pu 
relever  une  disposition  qui  rappelle  les  figures  de  la  division  karyoki- 
nélique. 

Au  milieu  des  éléments  éosinophiles  que  nous  venons  d'étudier  on 
trouve  çà  et  là  quelques  cellules  à  gros  noyau  vésiculeux,  clair,  qui 


(')  Cet  aspect  justifie  l'opinion  émise  par  l'un  de  nous,  à  savoir  que  les 
cellules  éosinophiles  sont  la  forme  primordiale  d'où  proviennent  les  autres 
types  cellulaires  de  l'hypophyse  (P.-E.  Launois  et  P.  Mulon,  loc.  cit.). 


GIGANTISME  ET  ACHOMEGAEIE. 


179 


1^ 


^'     Cù 


^^ 


Q  - 


sont  vraisemblablement  des  cellules  sidérophiles.  Ce  sont  les  seules 
cellules  qui  indiquent  un  processus  physiologique  au  sens  de  cette 
glande. 

Nous  pouvons  en  effet  nous  résumer  en  disant  que  cette  région  de 
la  tumeur  montre  un  épithélioma  encore  typique  qui  rompt  la  trame 
conjonctive  où  il  était  contenu  et  dont  les  éléments  tendent  à  s'éloigner 
de  leur  forme  normale  :  en  un  mot,  c'est  un  épithélioma  primitif  au 
début. 

2°  Prolongement  intra-ventriculaire  de  la  tumeur  à  l'intérieur  du,  lobe 
frontal  droit. 

A  un  faible  grossissement,  on  voit  que  le  prolongement  intraventri- 
culaire  de  la  tumeur  est  formé 
d'une  nappe  cellulaire  assez 
vascularisée  :  cette  vasculari- 
sation  donne  en  certains  points 
(notamment  au  voisinage  de  la 
partie  colloïde  que  la  section 
macroscopique  du  cerveau 
avait  décelée  au  centre  du  pro- 
longement intraventriculaire), 
un  aspect  de  cordons  épithé- 
liaux  séparés  par  des  vaisseaux 
sinueux  assez  régulièrement 
disposés.  Dans  d'autres  points 
on  n"a  pas  cet  aspect  et  on  voit 
seulement  çà  et  là,  dans  la 
nappe  cellulaire,  la  section  lon- 
gitudinale ou  transversale  d'un 
vaisseau.  Ces  vaisseaux  sont, 
dans  les  parties  périphériques 
de  ce  prolongement  intra-ven- 
triculaire de  la  tumeur,  de 
grandes  dimensions. 

C'est  en  somme  l'aspect  gé- 
néral de  la  glande  normale, 
sauf  que  les  tubes  sont  beau- 
coup plus  larges  et  que  les 
vaisseaux  sont  beaucoup  plus 
visibles. 

A  un  grossissement  plus 
fort,  on  voit  que  ces  vaisseaux 

n'ont  pas  l'apparence  de  capillaires  :  tous  possèdent,  en  dehors  de  leur 
endothélium,  normal  et  bien  conservé,  quelques  assises  de  fibres  con- 
jonctives; c'est  une  sclérose,  une  hypertrophie  considérable  delà  mince 
lame  conjonctive  des  travées  entourant  les  capillaires  à  l'état  normal. 
II  y  a  une  couche  interne  d'éléments  fibro-plastiques  absolument  remar- 


.f^^. 


C?    '^     '^  '-l 


d 


vj 


FiG.  48.  —  Tumeur  de  l'hypophyse.  Portion  con- 
tenue dans  la  selle  turcique.  (Fort  grossisse- 
ment.) 

La  préparation  montre  en  cet  endroit  des  cellules 
qui  commencent  à  s'éloigner  tout  à  fait  du  type 
normal,  marquant  ainsi  le  passage  vers  l'épithé- 
lioma. 


180  GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 

quable.  Les  vaisseaux  les  plus  petits,  situés  au  centre  du  prolongement 
ventriculaire,  ont  une  paroi  conjonctive  relativement  plus  épaisse, 
étant  donné  leur  calibre,  que  les  vaisseaux  de  la  périphérie.  Ceux-ci 
sont  dilatés,  remplis  de  globules  rouges;  ils  renferment  de  nombreux 
globules  blancs,  mono  et  poly-nucléaires,  ainsi  que  des  cellules  épithé- 
liales,  assez  nombreuses,  parfaitement  conservées  et  bien  colorées, 
identiques  à  celles  c{ui  constituent  la  tumeur  et  cjue  nous  allons 
décrire;  c'est  ainsi  cju'on  voit  un  gros  vaisseau,  tout  à  fait  périphé- 
rique, oblitéré  par  un  véritable  thrombus  leucocyticjue. 

La  tumeur  épithéliale  apparaît  formée  de  cellules  étroitement  pres- 
sées les  imes  contre  les  autres  et  traversées  par  un  réticulum  fibrillaire 
extrêmement  délicat  cjue  l'on  ne  voit  que  par  dissociation.  Ces  cellules 
présentent  des  formes  diverses  qui  toutes  se  rapportent  à  la  forme  poly- 
gonale. Cet  aspect  se  voit  nettement  sur  la  périphérie  des  préparations 
que  l'on  a  légèrement  dissociées  par  écrasement,  car  dans  la  masse  de 
la  tumeur  les  cellules  sont  déformées  par  pression  réciproc[ue  :  c'est 
ainsi  C[u'il  en  existe  de  triangulaires,  de  presque  cubiques,  d'ovalaires  à 
contour  légèrement  brisé,  de  polygonales  vraies.  Leurs  dimensions  sont 
à  peu  de  chose  près  identicjues;  leur  protoplasma  granuleux  se  teinte 
en  rose  pâle  par  l'éosine,  en  jaune,  brun,  rouge  par  le  picro-carmin; 
leur  noyau  arrondi,  occupant  le  tiers  ou  le  quart  du  corps  cellulaire, 
souvent  excentrique,  se  colore  fortement  par  le  carmin  et  l'hématoxy- 
line.  Cependant,  en  examinant  de  près,  on  reconnaît  qu'il  existe  des 
éléments  en  nombre  variable  suivant  les  points  examinés  et  cjui 
répondent  aux  types  suivants  : 

a.  Cellules  à  deux  noyaux  isolés  ou  accolés  en  sablier  (en  petit 
nombre). 

b.  Cellules  ovalaires,  larges,  à  protoplasma  se  colorant  mal,  réticulé, 
granuleux,  à  noyau  plus  ou  moins  excentrique,  déformé,  mal  coloré. 
Ces  cellules,  nombreuses,  représentent  des  éléments  en  dégénérescence 
colloïde. 

c.  Cellules  à  noyau  en  karyolyse  (assez  rares). 

d.  Cellules  à  noyau  géant  paraissant  occuper  la  totalité  ou  les  trois 
quarts  du  corps  cellulaire;  Elles  sont  relativement  nombreuses  en  cer- 
tains points  isolés  de  la  tumeur  et  représentent  des  éléments  en  karyo- 
kinèse,  des  cellules  sidérophiles  atypiques,  probablement. 

e.  Cellules  à  trois  noyaux  (rares). 

Les  cellules  libres  dans  quelques  vaisseaux  affectent  le  type  général 
que  nous  avons  décrit  au  début  comme  le  plus  habituel. 

Au  voisinage  de  la  portion  colloïde  située  au  centre  du  prolongement 
ventriculaire,  les  cellules  sont  presque  toutes  en  dégénérescence 
colloïde,  avec  disparition  ou  mise  en  liberté  du  noyau. 

(Quant  à  la  partie  colloïde  elle-même,  elle  n'a  pu  être  coupée,  car  elle 
s'est  rétractée  et  détachée  lors  du  durcissement.) 

On  est  frappé  de  la  similitude  des  cellules  de  cette  tumeur  avec  celles 
du  corps  pituitaire  normal  et  la  seule  dénomination  qui  semble  convenir 


GIGANTISME  ET  AGROMÉGAI.IE,  181 

à  la  tumeur  est  celle  d'épithélioma  primitif  du  corps  pituitaire.  Quant  à 
la  dégénérescence  colloïde,  elle  n'a  rien  que  de  très  normal  dans  les 
épithéliomas  dérivés  des  cellules  qui  normalement  ont  une  sécrétion, 
soit  muqueuse,  soit  colloïde  (corps  thyroïde,  estomac,  gros  intestin,  etc.). 
La  tumeur  végétait,  mais  n'envahissait  pas  le  cerveau  :  elle  se  laissait 
facilement  détacher  des  parois  du  ventricule  et  les  coupes  microsco- 
piques des  portions  des  hémisphères  contiguës  à  la  tumeur  (lobe 
frontal)  ont  montré  l'intégrité  des  circonvolutions  et  de  la  substance 
blanche. 

Les  résultats  de  l'examen  macroscopique  et  microscopique 
pratiqué  sur  les  différents  organes  du  géant  Pierre  K.  nous 
permettent  de  mettre  en  valeur  quelques-unes  des  particulari- 
tés qui  nous  ont  paru  les  plus  intéressantes. 

La  première,  et  non  la  moins  importante,  est  que  l'observa- 
tion de  K....  se  rapproche  en  tous  points  de  celles,  déjà  nom- 
breuses, qui  peuvent  servir  aujourd'hui  à  édifier  la  description 
biologique  des  géants  acromégaliques  à  tumeur  hypophysaire. 

En  1900,  on  pouvait  encore  douter  que  le  malade  fût  vérita- 
blement un  acromégalique  ;  il  ne  présentait  que  quelques-uns 
des  stigmates  de  la  maladie  de  Pierre  Marie  et  ces  stigmates 
étaient  très  atténués.  Pourtant  Brissaud  n'hésitait  pas,  dès 
cette  époque,  à  reconnaître  en  K....  un  «  petit  acromégale  »  et  à 
rappeler  que,  pour  lui,  le  gigantisme  et  Vacromégalie  étaient  une 
même  affection  dont  les  manifestations  extérieures  dépendaient  de 
Vépoque  d' apparition  des  phénomènes  de  croissance  excessive,  c"" est- 
à-dire  de  Vétat  des  cartilages  de  la  conjugaison  (')  ».  En  1902,  peu 
de  temps  avant  sa  mort,  les  déformations  caractéristiques 
s'étaient  très  nettement  accusées;  l'examen  de  la  face  en  parti- 
culier, avec  la  saillie  anormale  des  os  malaires,  la  courbure 
exagérée  du  nez,  la  proéminence  marquée  du  menton,  l'hyper- 
trophie accusée  de  la  langue,  la  déformation  caractéristique  du 
thorax,  les  dimensions  inusitées  des  mains  et  des  pieds,  ren- 
daient le  diagnostic  indiscutable. 

D'autre  part,  la  tumeur  hypophysaire  est  capable,  pour  nous, 
d' expliquer  non  seulement  Vacromégalie,  mais  encore  le  gigan- 
tisme. 

Le  géant  acromégalique   K...  ressemble  à  tous  ceux  dont 

(')  E.  Brissaud,  Discussion  à  la  suite  de  la  présentation  d'AcHARo  et  Loeper. 
Soc.  de  NeuroL,  5  mai  1905. 


182  GIGANTISME  ET  AGROMEGALIE. 

robservation  a  été  publiée,  par  les  déformations  de  son  squelette, 
par  la  présence  d'une  tumeur  pituitaire  et  présente,  comme 
certains  d'entre  eux,  des  modifications  anatomiques  dignes 
d'être  signalées  : 

\°  C'est  ainsi  qu'on  a  pu  constater,  chez  lui,  l'existence  de 
plaques  osseuses  méningées  spinales.  Elles  ont  été,  pour  la  pre- 
mière fois,  observées  par  Henrot  (*)  chez  un  géant  acroméga- 
lique  dont  l'un  de  nous  recueillit  l'histoire  clinique  et  fit 
l'autopsie  le  128  janvier  1877.  Duchesneau  ('),  Finzi  ('),  Sain- 
ton  et  Staté  (")  les  ont,  de  leur  côté,  retrouvées  et,  pour  ce 
dernier  observateur,  elles  seraient  la  cause  déterminante  des 
douleurs  à  caractère  névralgique  observées  chez  certains  acro- 
mégaliques  {forme  douloureuse  de  Vacromégalie). 

2"  Comme  chez  nombre  de  géants  (Constantin  (^),  Simon 
Botis  ("j,  etc.),  on  a  rencontré  chez  K....  des  lésions  de  tubercu- 
lose pulmonaire.  Cette  infection  par  le  bacille  de  Koch  trouve 
une  facile  explication  dans  la  contagion  à  laquelle  notre  sujet 
fut  exposé  pendant  les  séjours  répétés  et  plus  ou  moins  prolon- 
gés dans  les  différents  services  hospitaliers. 

5°  Parmi  les  constatations  faites  à  l'autopsie,  une  des  plus 
intéressantes  est  Y  hypertrophie  énorme  du  corps  thyroïde 
(250  grammes),  qui  resta  cependant  inaperçue  pendant  la  vie. 
Les  altérations  similaires  de  cet  organe  ont  été  déjà  signalées 
chez  les  acromégaliques  et  ont  une  grande  importance  au  point 
de  vue  de  la  pathogénie  (page  540). 

i°  Quant  àla  tumeur  cérébrale  qno.  nous  considérons  ici  comme 
la  cause  commune  du  gigantisme  et  de  l'acromégalie,  il  nous 
faut  avant  tout  faire  remarquer  que,  malgré  son  volume 
énorme,  elle  demeura  presque  silencieuse  pendant  la  vie.  Sa 
présence  ne  se  traduisit,  en  effet,  que  la  veille  de  la  mort  par 
l'apparition  de   crises  convulsives  épileptiformes.  Malgré  son 

(')  Henrot,  Notes  de  clin.  méd.  Reims,  1877  et  1882  (observ.  reproduite  par 
P.  Marie.  Nouv.  Icon.  de  la  Salpêtrière,  1888,  p.  251,  et  1889,  p.  255). 

(-)  Duchesneau,  Étude  anatomique  et  clinique  de  l'acroméi^alie.  Thèse  de 
Lyon,  1891-92. 

(^)  Finzi,  Sopra  un  caso  di  acromegalia.  Ospedale  civile  di  Badia-Polense. 
Bologne,  1897. 

('*)  Staté,  La  forme  douloureuse  de  l'acromégalie.  Obs.  X,  in  Thèse  de  Paris, 
1900. 

(")  Dufrane,  P.-E.  Launois  et  Pierre  Roy.  Soc.  méd.  des  hôp.,  8  mai  I90">. 

(")  BuDAY  et  Jancso,  lac.  cit. 


GIGANTISME  ET  ACROMÉGALIE.  183 

enclavement  entre  le  pédicule  de  la  pituitaire  et  le  prolonge- 
ment intra-cérébral  de  la  tumeur,  le  chiasma  des  nerfs  opti- 
ques avait  échappé  à  toute  compression  :  il  avait  subi  un  élar- 
gissement transversal,  mais  les  fibres  nerveuses  qui  entrent 
dans  sa  constitution  avaient  probablement  conservé  leur  fonc- 
tion physiologique,  ainsi  que  le  démontre  Tabsence  complète  de 
phénomènes  oculaires.  «  On  ne  trouve  pas  les  signes  de  com- 
pression qui  permettraient  d'incriminer  la  présence  d'une  tumé- 
faction de  l'hypophyse  »,  avaient  dit  Achard  et  Lœper  en  1900. 
Leur  assertion,  confirmée  par  Rendu,  restait  encore  exacte  deux 
ans  plus  tard,  c'est-à-dire  dans  les  derniers  mois  de  la  vie.  S'il 
en  était  ainsi,  c'est  que  la  tumeur,  ainsi  que  nous  l'apprit  l'auto- 
psie, gênée  dans  son  expansion  par  la  base  osseuse  du  crâne, 
s'était  développée  dans  le  ventricule  latéral  droit,  en  pleine 
substance  blanche.  Notons,  tout  de  suite,  que  dans  aucun  des 
cas  de  tumeur  hypophysaire,  observés  à  l'autopsie  des  géants 
ou  des  acromégaliques,  on  ne  trouva  un  prolongement  intra- 
hémisphérique  analogue. 

Au  point  de  vue  histologique,  la  tumeur  est  un  épithélioma 
primitif  du  corps  pituitaire  \  cette  variété  histologique  serait 
très  rare,  si  l'on  s'en  rapporte  à  la  statistique  publiée  par 
Parona  (voir  p.  189)  (^). 

5°  Enfin,  dans  ce  cas  particulier,  il  faut  remarquer  que  le 
gigantisme  n'a  pas  seulement  porté  sur  le  squelette,  mais 
encore  sur  les  principaux  viscères  qui,  sans  présenter  d'altéra- 
tions histologiques  notables,  ont  subi  une  augmentation  de 
volume  plus  ou  moins  considérable,  caractérisant  le  véritable 
gigantisme  viscéral. 

Sans  parler  du  corps  thyroïde  dont  l'hypertrophie  (250  gr.) 
a  été  mentionnée  plus  haut,  le  foie  (4500  gr.),  la  rate  (570  gr.), 
le  pancréas  (250  gr.),  les  reins (590  et  525  gr.)  sontgrandement 
augmentés  de  volume. 

Ce  gigantisme  viscéral  a  déjà  été  relevé  chez  un  certain 
nombre  de  géants  (Fritsche  et  Klebs  (-),  Dana  ('),    Sirena  (^), 


(*)  Parona,  Rivista  critica  di  clinica  medica,  M  et  18  août  1900. 
(^)  Fritsche  et  Klebs,  Ein  Beîtrag  zur  Pathologie  des  Riesenvmches  (obs.  du 
géant  Peter  Rhyner,  reproduite  par  P.  Marie,  loe.  rU.). 
(^)  Dana,  loe.  cit. 
(*)  Sirena,  Riforma  medica,  1894,  vol.  "2,  p.  783. 


184  GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 

Dallemagne  ('),  Buday  et  Jancso,  ("))  et  chez  un  certain  nombre 
d'acromégaliquos,  du  type  géant  ou  non  (Linsmayer  ("'),  Bourne- 
ville  et  Regnault  (''),  Chauffard  et  Ravaut  ("),  etc.).  Chez  tous 
ces  malades,  le  foie,  la  rate,  le  pancréas,  les  reins  étaient  dou- 
blés ou  triplés  de  volume;  chez  quelques-uns,  l'intestin,  le 
cœur,  la  moelle  même  (Linsmayer)  avaient  subi  un  développe- 
ment parallèle  C'). 

Il  est  à  noter  que  chez  tous  aussi  le  cerveau  avait  conservé  à 
peu  de  chose  près  le  poids  qu'il  présente  chez  un  adulte  normal. 
Notre  géant  ne  faisait  pas  exception  à  la  règle,  établie  depuis 
longtemps  par  les  anthropologistes,  à  savoir  que  «  la  partie  qui 
subit  le  moins  de  changement  dans  ces  constructions  extrêmes 
(nains  et  géants)  est  justement  la  tête  (')  ». 

Le  problème  qui  se  pose  en  présence  du  gigantisme  viscéral 
est  celui  du  mécanisme  intime  de  sa  production.  S'agit-il  d'une 
splanchnomégalie  secondaire  au  développement  gigantesque 
du  squelette,  ou  bien,  plus  vraisemblablement,  n'est-ce  pas  la 
même  cause  qui  tient  sous  sa  dépendance  les  hypermégalies 
viscérales  et  l'hypertrophie  des  extrémités  (acromégalie)  ou  de 
tout  le  squelette  (gigantisme)?  La  malade  de  MM.  Chauffard  et 
Ravaut,  qui  ne  mesurait  que  l'^",53,  «  n'avait  pu  gigantifier  son 
squelette  en  raison  de  l'âge  avancé  (19  ans),  auquel  les  pre- 
miers symptômes acromégaliques s'étaient  montrés;  elle  n'avait 
réalisé  son  gigantisme  que  sur  ses  viscères  ».  Quoi  qu'il  en  soit 
de  la  réalité  de  cette  explication  donnée  par  les  auteurs,  en 
particulier  de  la  prétendue  impossibililé  pour  un  squelette  de 

(*)  Dallemagne,  loc.  cit. 

P)  Buday  et  Jancso,  loc.  cit. 

(»)  Linsmayer,  Wiener  klin.   Woch.,  p.  IG,  1894. 
'('*)  Boup.neville  et  Regnault,  Bull.  Soc.  Anat.  de  Paris,  51  juillet  1896. 

(°)  Chauffard  et  Ravaut,  Acromégalie  avec  diabète  sucré,  tumeur  du  corps 
pituitaire  et  gigantisme  viscéral.  Bull.  Soc.  méd.  des  Hop.,  25  mars  1900. 

(")  Récemment  J.  NoÉ  essayait  d'établir  Vinfluence  prépondérante  de  la  taille 
sur  la  longueur  de  l'intestin  [Soc.  de  BioL.  20  décembre  1902),  montrant  qu'en 
dehors  de  toute  différence  alimentaire,  il  existait  un  rapport  inverse  entre  la 
taille,  ou  mieux,  le  poids  et  la  longueur  de  l'intestin.  —  De  même,  Richet  et 
Maurel  {Soc.  de  Biol.,  10  janv.  1905)  ont  établi  que  le  poids  du  foie  est,  lui  aussi, 
en  raison  inverse  de  la  taille.  —  Tous  ces  auteurs,  il  est  vrai,  ont  envisagé 
presque  exclusivement  les  variations  de  la  taille  dans  la  série  animale,  et  non 
les  variations  de  la  taille  dans  la  race  humaine  :  par  exemple,  la  souris  a 
55  mètres  d'intestin  par  kilogramme,  tandis  que  le  cheval  n'en  a  que  0  m.  06. 
—  Voir  aussi  les  objections  de  Lapicoue  aux  règles  énoncées  ci-dessus  {Soc. 
de  Biol.,  10  janv.  1905). 

C)  OuÉTELET,  Anthropométrie,   1871.  p.  298. 


GIGANTISME  ET  AGROMÉGALIE.  185 

19  ans  de  faire  du  gigantisme  ('),  il  est  bien  certain  que,  dans 
le  cas  de  Ravaut,  il  ne  pouvait  s'agir  d'une  hypertrophie  viscé- 
rale secondaire  à  un  développement  squelettique  gigantesque. 
On  est  ainsi  amené  à  attribuer  la  splanchnornégalie  à  la  même 
cause  que  Vacromégalie^  c'est-à-dire  à  l'existence  de  la  tumeur 
pituitaire,  révélée  par  Tautopsie. 

6"  De  même  que  la  splanchnomégalie,  le  diabète  qui  existait 
chez  notre  géant  nous  paraît  être  une  conséquence  directe  de 
la  tumeur  hypophysaire.  La  fréquence  bien  connue  du  diabète 

dans  l'acromégalie  nous  explique  son  existence  chez  le  géant  K 

Quant  aux  relations  qui  existent  entre  les  tumeurs  de  l'hypo- 
physe et  la  glycosurie,  elles  constituent  un  intéressant  pro- 
blème, dont  on  trouvera  plus  loin  l'exposé  (voir  p.  195). 


CHAPITRE   PREMIER 

L'HYPOPHYSE    DANS    L'ACROMÉGALIE    ET   LE   GIGANTISME 
ACROMÉGALIQUE 


Avant  d'aborder  l'étude  symptomatologique  du  gigantisme 
acromégalique,  il  ne  sera  pas  inutile  de  consacrer  une  de- 
scription détaillée  à  l'altération  anatomique,  tout  à  la  fois  la 
plus  fréquente  et  la  plus  frappante,  que  l'on  observe  chez  les 
acromégaliques  comme  aussi  chez  les  géants  acromégaliques. 
U  altérât  ion  de  f  hypophyse  est  presque  constante  dans  Vacronié- 
galie;  elle  ne  fait  jamais  défaut  dans  le  gigantisme  acromégalique. 

Parmi  les  statistiques  les  mieux  documentées  sur  ce  sujet, 
la  première  place  appartient  à  celle  qu'a  publiée,  en  1900, 
Woods  Hutchinson  (')  ;  elle  comprend  les  résultats  fournis  par 
48  autopsies  d'acromégaliques.  Sur  ce  nombre,  on  a  constaté 


(')  Voir  les  exemples  que  nous  avons  rapportés  de  gigantisme  par  prolon- 
gation de  la  croissance,  c'est-à-dire  par  retard  anormal  de  l'ossification  des 
cartilages  épipliysaires,  révélée  par  la  radiographie.  P.-E.  Launois  et  Pierre 
Roy.  Nouv.  Icon.  de  la  Salpêtriére,  n"  6,  nov.-déc  1902,  p.  540. 

(-)  Woods  Hutchinson,  La  glande  pituitaire  envisagée  comme  facteur  de 
l'Acromégalie  et  du  Gigantisme.  New  York  med.  Journ..  12  mars,  2  avril  1898 
et  21,  28  Juillet  1900. 


186  GIGANTISME  ET  AGROMEGALIE. 

44  fois,  soit  dans  la  proportion  de  92  pour  100,  l'hypertrophie 
caractéristique  du  corps  pituitaire.  Plusieurs  des  cas  négatifs 
publiés  sont,  eux-mêmes,  discutables  :  c'est  ainsi  que,  parmi  les 
faits  classés  comme  appartenant  à  Tacromégalie  et  dans  les- 
quels l'hypophyse  avait  conservé  ses  dimensions  normales,  on 
remarque  celui  qui,  publié  par  Sarbo('),  concerne  un  malade, 
tout  à  la  fois  tuberculeux  et  syphilitique  et  dont  ni  la  mâchoire, 
ni  tenez,  ni  les  lèvres  ne  paraissaient  augmentés  de  volume; 
le  crâne  présentait  d'ailleurs  les  altérations  de  l'ostéite  simple. 
La  même  objection  peut  être  faite  à  l'observation  des  frères 
Hagner,  publiée  par  Friedreich  et  Arnold (-)  :  la  mâchoire,  le  nez, 
les  lèvres,  la  langue  avaient  conservé,  chez  eux,  leurs  propor- 
tions normales;  on  constatait  seulement  une  hypertrophie 
étendue  à  tous  les  os  du  corps  et  produite  par  un  processus 
d'ostéo-périostite.  On  peut  se  demander  avec  Pierre  Marie  si 
ces  altérations  généralisées  du  squelette  n'étaient  pas  le  ré- 
sultat d'une  ostéo-arthropathie  hypertrophique  d'origine  pul- 
monaire. Le  seul  cas  d'acromégalie  où  l'hypophyse  paraissait 
normale,  tout  au  moins  en  ce  qui  concerne  ses  caractères  mor- 
phologiques, est  celui  de  Bonardi(^). 

Le  montant  de  l'hypertrophie  hypophysaire  est  très  variable, 
mais  toujours  très  considérable.  D'après  les  données  des  ana- 
tomistes,  d'après  celles  de  Boyce(*),  de  Comte(^),  de  CaselliC'), 
de  l'un  de  nous  ('),  le  poids  moyen  de  la  glande  pituitaire,  chez 
l'homme  adulte,  est  de  O^^SO  et  présente  des  variations  allant 
de  O'^oO  à  O^'^ôO.  A  l'autopsie  des  acromégaliques,  le  poids 
de  l'hypophyse  a  été  rarement  inférieur  à  5  grammes  et  on  l'a 
vu  atteindre  jusqu'à  51  grammes. 

La   plupart   des    observations  publiées   ne  donnent   pas    le 

(1)  Sarbo  A.,  firost  lietiL,  Budapest,  1889,  vol.  XXXVI;  et  Pest.  med.  rliir. 
Presse,  Budapest,  1892,  vol.  XXVIII,  p.  575. 

P)  Arnold,  Akromegalie,  Pachyakrie  oder  Osteitis"?  Ein  anatomischer  Bericht 
uber  den  Fall  Hagnert.  Ziegler's  Beilrdge  zur  pathologischen  Anatomie  und  zur 
allgemeinen  Pathologie,  1891,  X,  5,  1. 

(^)  BoNARDi,  Riforma  medica,  1895,  II. 

(*)  BoYCE  et  Beadles,  Journ.  of  Bacteriology  and  Pathology,  1892,  vol.  I, 
p.  223  et  559. 

(^)  Comte,  Contribution  à  l'étude  de  Vhypophyse  humaine  et  de  ses  relations  avec 
le  corps  thyroïde.  Thèse  Lausanne,  1898. 

(^)  Caselli,  Étude  anatoniique  et  expérimentale  sur  la  physiologie  pathologique 
de  la  glande  pituitaire.  Reggio-Emilia,  1900. 

Ç)  P.-E-  Launois,  L'hypophyse  humaine. 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE.  187 

poids  exact  atteint  par  la  glande  hypertrophiée,  mais  men- 
tionnent seulement  les  dimensions  très  accrues  de  la  fosse 
pituitaire  qui  la  contenait. 

La  selle  turcique  est  assez  mal  limitée  en  avant  et  sur  les 
côtés  :  la  divergence  des  apophyses  clinoïdes  antérieures,  par 
exemple,  peut  varier  sans  qu'il  y  ait  une  corrélation  nécessaire 
avec  le  volume  du  corps  pituitaire.  Mais  les  variations  nor- 
males de  la  selle  turcique  ne  dépassent  guère  les  suivantes  : 

Le  diamètre  antéro-poslérieur  varie  de        0,10  à  0,15   millimètre. 
Le  diamètre  transverse  —  0,10  à  0,20  — 

Tandis  que,  dans  toutes  les  autopsies  d'acromégaliques,  oi^t 
ces  dimensions  sont  consignées,  elles  sont  toujours  considé- 
rablement augmentées  et  on  constate  que  : 

Le  diamètre  antéro-postérieur  mesure.    .    .   .        0,25   millimètre. 
Le  diamètre  transverse  —  0,55         — 

Les  comparaisons  les  plus  diverses  ont  été  faites  pour 
donner  l'idée  approximative  du  volume  atteint  par  la  glande 
hypertrophiée  :  Godlee  rapporte  que  la  glande  avait  les  dimen- 
sions d'une  cerise  ;  Rolleston,  Roxburg  et  Collin,  Strœbe, 
Thomson,  celles  d'une  noix;  Dallemagne,  celles  d'un  œuf  de 
pigeon;  Rothmell,  celles  d'un  œuf  de  poule;  Caton  et  Paul, 
celles  d'une  mandarine,  etc. 

Le  corps  pituitaire  hypertrophié  mesurait,  dans  les  cas  sui- 
vants : 


2"",  2  de  longueur  sur  L 
2     8  -  3 

1     5  —  7 


4  —  2 

11  —  7  et  6 


Quant  aux  dimensions  de  la  selle  turcique,  elles  ont  donné 


6  de  largeur.   . 

.     (Bailey). 

S              — 

(Brigidi). 

— 

(Broky  et  Baruch). 

— 

(Dana). 

2             

(Henrot). 

—     . 

(HOLSTi). 

— 

(Packard). 

_.. 

(SCHIILTZE). 

— 

(SiGURiNi  et  Caporiacco). 

5              — 

(Smyth). 

5              — 

(Strumpell). 

9           ■  — 

(Tamburtni). 

188  GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 

25  centim.  do   longueur  sur  50  centim.  de  largeur.  (IIolsti). 

50      —  —  42      —  —  (Henrot). 

28      —  —  58      —  —  (Brigidi). 

32      —  —  58      —  —  (Pierre  Marie). 

50  —  —  51      —  —  (Dana). 

51  —  —  57,5  —  —  (Woods  Hutchinson). 

Pour  avoir  une  opinion  satisfaisante  de  la  fréquence  de 
l'hypertrophie  hypophysaire  dans  l'acromégalie,  il  faut  tenir 
compte  des  résultats  fournis  par  l'analyse  symptomatique 
des  malades  pendant  leur  vie.  Dans  60  pour  100  des  cas,  on 
constate  en  effet  des  signes  non  douteux  de  tumeur  intra-crâ- 
nienne  (céphalée,  obnubilation  cérébrale,  phénomènes  vertigi- 
neux, etc.)  et  on  connaît  la  fréquence  des  troubles  visuels, 
en  particulier  de  l'hémianopsie  bitemporale,  observés  quand  la 
tumeur  hypophysaire  exerce  une  compression  sur  le  chiasma 
optique. 

L'examen  radioscopique,  comme  nous  le  verrons  plus  loin, 
permet  aussi  d'apprécier  les  modifications  survenues  dans  le 
domaine  de  l'hypophyse. 

D'ordinaire,  la  forme  de  la  glande  pituitaire  hypertrophiée 
est  conservée;  parfois  cependant  elle  apparaît  lobulée  par  une 
série  de  plis  transversaux,  occupant  plus  particulièrement  ses 
parties  antéro-inférieures. 

La  consistance  varie  avec  la  nature  histologique  de  la 
tumeur  :  le  plus  souvent  elle  est  assez  ferme  pour  comprimer 
les  parties  voisines  et  élargir  la  fosse  qui  la  loge,  et  même  pour 
amener  l'usure  des  parois  osseuses.  On  peut  aussi  la  trouver 
molle  et  friable,  au  point  que  son  extraction  soit  rendue  labo- 
rieuse (Henrot  et  P.  E.  Launois,  P.  E.  Launois  et  P.  Roy).  Elle 
peut  même  avoir  une  consistance  fluide,  comme  dans  le  cas  rap- 
porté par  Duchesneau,  oii  la  glande,  réduite  à  une  coque,  for- 
mait une  cavité  distendue  par  un  liquide  de  coloration  vineuse. 

En  raison  de  sa  grande  vascularisation  et  de  son  pouvoir 
proliférant,  la  tumeur  pituitaire  non  seulement  déforme,  creuse 
les  os  et  dilate  la  selle  turcique  proportionnellement  aux  dimen- 
sions qu'elle  acquiert,  mais  elle  est  capable  encore  d'exercer 
une  compression  plus  ou  moins  marquée  sur  les  parties  situées 
dans  son  voisinage  :  chiasma  optique,  sinus  caverneux,  artère 
carotide,  nerfs  de  la  111%  de  la  IV''  paire,  nerf  ophtalmique  de 
Willis,    circonvolutions    unciformes,     bandelettes    olfactives. 


i 


GIGANTISME  ET  ACROMÉGALIE.  189 

circonvolutions  orbitaires,  pédoncules  cérébraux  et  même  à 
distance  capsule  interne,  couche  optique  et  protubérance,  etc. 
On  a  vu  la  compression  exercée  être  assez  intense  pour  déter- 
miner l'atrophie  complète  du  chiasma  optique. 

Quant  à  la  nature  histologique  de  la  tumeur,  elle  est  diversement 
interprétée.  Dans  19  autopsies  d'acromégalie  où  elle  a  été  suffi- 
samment indiquée  et  que  rapporte  Woods  Hutchinson,  on  a 
constaté  les  modifications  suivantes  : 

BuRY  (1890) "  Gliome  contenant  des  kystes.  « 

HoLSTi  (1890) "  Masse  pulpeuse  de  tissu  embryon- 
naire. » 

Tamburini  (1892) "  Hypertrophie  (adénome)    de  la  totalité 

de  la  glande.  » 

Cepeda  (1893) '■  Hypertrophie  pure.  » 

Claus  et  Strichï  (1893)  ....     «  Glande  en  voie  de  nécrose.  —  Vestiges 

de  tissu  lymphoïde.  » 

BoLTz  (1893) "  Adénome.  » 

Caton  et  Paul  (1894) "  Sarcome  avec  cellules  embryonnaires.  » 

Dallemagne  (1895) "  Masse    sarcomateuse    très   vasculaire, 

formée  de  petites  cellules  avec  noyaux 
se  colorant  fortement.  •> 

Dallemagne  (1895) ■•  Dégénération  kystique  de  la  portion  ner- 
veuse. —  Développement  exagéré  des 
acini  de  la  portion  buccale.  » 

Dallemagne  (1895) "  Hypertrophie  delà  portion  nerveuse  ("?), 

avec  nombreuses  zones  dégénérées.  » 

RoxBURG  et  CoLLiNS  (1896)  ..."  Hypertrophie  apparente  du  lobe  posté- 
rieur (?)  de  caractère  glandulaire.  » 

Dana  et  Brooks  (1897) «  Masse  formée  de  tissu  embryonnaire  de 

nature  douteuse,  mais  vraisemblable- 
ment adénomateuse.  » 

Hansemann  (1897) "  Sarcome  à  cellules  ovalaires.  » 

Uhthoff  (1897) "  Tumeur  sarcomateuse.  » 

Dalton  (1897) "  Hypertrophie  ou  sarcome.  » 

RoLLESTON  (1897) "  Sarcome  à  cellules  arrondies.  >- 

Godlee-Lawrence  (1897)  .    .    .    .     ■■  Agrandissement  des  cellules  normales.  » 

Osborne  (1897) '•  Masse  pulpeuse  kystique,  vraisembla- 
blement sarcomateuse.  » 

Woods  Hutchinson  (1893-1905).  «  Furieux  effort  d'hypertrophie  glandu- 
laire excessive,  efTortrelativementheu- 
reux  dans  la  portion  corticale  de  la 
glande,  moins  heureux  dans  la  zone  in- 
termédiaire, échouant  dans  un  désor- 
dre chaotique  de  cellules  néoformées 
et  aboutissant  à  un  simple  exsudât 
hémorragique  au  centre  de  la  glande, 
et  qu'on  retrouve  à  un  degré  plus  fai- 
ble dans  la  constitution  de  la  pitui- 
tairc  normale.  » 


190  (UGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 

A  cette  nomenclature  des  examens  histologiques  rapportés 
par  Woods  Hutchinson,  on  doit  joindre  un  certain  nombre  de 
faits  récents,  publiés  depuis  son  mémoire.  Parmi  les  plus  dé- 
monstratifs, nous  citerons  ceux  de  Buday  et  Jancso  (1898) 
(angiosarcome),  de  Ghauîîard  et  Ravaut  (1900)  (néoplasie  sar- 
comateuse), de  Caselli  (1900)  (adénome),  de  Pierre  Marie  et 
Ferrand  (1901)  (adénome). 

Parona(')  décompose  de  la  manière  suivante  les  57  cas  de 
tumeur  pituitaire  qu'il  a  rassemblés  : 

Adénosarcome 45      pour  100 

Adénome 26,5      — 

Sarcome 19,4      — 

Angiome 5,4      — 

Nombre  d'autres  variétés  de  dégénérescences  liistologiques 
peuvent  s'observer,  l'épithéliome  en  particulier;  la  présence 
d'une  tumeur  épWiélialc  inlracéphalique  suffit  d'ailleurs  pour  affir- 
mer son  origine  pituitaire. 

L'incertitude  des  observateurs,  quand  il  leur  faut  préciser  la 
nature  exacte  des  modifications  qu'ils  constatent,  tient  à 
l'ignorance  dans  laquelle  ils  se  trouvent  sous  le  rapport  de  la 
structure  cytologique  de  l'hypophyse  normale.  Celle-ci  a  été 
l'objet,  dans  ces  dernières  années,  de  nombreuses  recherches 
parmi  lesquelles  nous  citerons  celles  de  Caselli,  de  Comte,  et 
de  l'un  de  nous  (^). 

Si  telle  est  la  fréquence  de  l'hypertrophie  hypophysaire  dans 
l'acr  oméga  lie,  il  nous  suffira,  pour  montrer  sa  constance  dans  le 
gigantisme  acromégaligue^  de  rapporter  la  statistique  suivante, 
basée  sur  les  résultats  de  10  autopsies,  la  plupart  récentes  : 

Gigantisme  acromégalique. 

(Henrot,  1877) Tumeur  du  corps  pituitaire. 

(Fritsche  et  Klebs,  1884).  .    .     Tumeur  de  l'hypophyse. 

(Dana,  1895) Hypertrophie  glandulaire  excessive  du  corps 

pituitaire. 
(Dallemagne,  1895) Sarcome  du  corps  pituitaire. 


(^)  Parona,  Rivista  critica  di  clinica  medica,  11  et  18  août  1900.  (Noie  clinique 
et  anatomique  sur  un  cas  d'acromégalie  avec  angiosarcome  de  l'hypophyse.) 
(-)  P.-E.  Launois.  L'hypophyse  humaine. 


GIGANTISME  ET  ACROMÉGALIE.  191 

(Woods  IIuïciuNsox,  1895)  .   .     Glande  piluitaire  très  ;iugmenlée.  de  volume. 

(Bol  RNEviLLE  et  F.  Regnault, 
1897) Tumeur  du  corps  piluitaire.  ' 

(BuDAY  et  Jancso.  1898).  .    .    .     Angiosarcome  de  l'hypophyse. 

(Caselli,  1900) Volumineux  adénome  du  corps  pituilaire. 

(P.-E.LAUNOisetP.  Roy,  1905).  Épithélioma  du  corps  pituitaire  avec  pro- 
longement dilatant  à  l'excès  le  ventricule 
latéral  droit. 

(A.  DiiFR.\NE,  P.-E.  Launois  et 
P.  Roy,  1905) Tumeur  volumineuse  du  corps  pituitaire. 

A  ces  résultais  il  faut  ajouter  ceux  fournis  par  l'examen  des 
différents  squelettes  de  géants  acromégaliques   conservés  dans 


FiG.  i9.  —  RaiJiographie  du  crâne  du  grand  Charles,  montrant  Tinégale  épaisseur  des 
parois  du  crâne,  la  dilatation  des  sinus  frontaux,  le  ressaut  post-lambdoïdien  et 
l'agrandissement  de  la  selle  turcique. 

les  musées,  montrant  toujours  une  augmentation  dispropor- 
tionnée de  la  selle  turcique  (Langer),  et  par  l'étude  des  géants 
du  même  genre,  actuellement  encore  vivants,  mais  présentant 
des  signes  fonctionnels  (céphalée,  troubles  de  la  vue,  etc.)  ou 


192  GIGANTISME   ET  AGROMEGALIE. 

des  signes  physiques  (radiographie  de  la  selle  turcique, 
Béclère),  qui  attestent  l'existence  d'une  tumeur  ou  tout  au 
moins  d'une  hypertrophie  du  corps  pituitaire. 

Pour  expliquer  la  constance  de  l'hypertrophie  de  l'hypo- 
physe dans  l'acromégalie,  Gauthier ('),  et  quelques  obser- 
vateurs avec  lui,  ont  pensé  que  cet  organe  était  augmenté  de 
volume  en  tant  qu'àxpov  et  au  même  titre  que  toutes  les  autres 
extrémités  du  corps.  La  même  objection  serait  applicable  au 
gigantisme  acromégalique. 

Pour  la  réduire  à  néant,  il  suffira  de  rappeler  qu'il  est  dans 
l'encéphale  un  autre  organe  atrophié,  la  glande  pinéale,  que 
l'on  doit,  pour  de  nombreuses  raisons,  rapprocher  de  l'hypo- 
physe et  considérer  également  comme  un  vestige  ancestral, 
lequel,  ni  dans  l'acromégalie,  ni  dans  le  gigantisme  acroméga- 
lique, ne  présente  aucune  augmentation  de  volume.  Elle 
faisait  complètement  défaut  chez  notre  tambour-major  et,  si 
elle  n'est  pas  mentionnée  dans  le  protocole  des  autres 
autopsies  minutieusement  rédigé,  c'est  qu'elle  n'existait  pas. 
Toutefois  nous  devons  à  la  vérité  de  dire  que  chez  le  géant 
observé  par  l'un  de  nous  à  VHôlel-Dieu  de  Reims^  en  1877,  Henrot 
a  constaté  que  la  glande  pinéale  avait  au  moins  le  double  de 
son  volume  normal. 

D'autre  part,  si  l'hypophyse  était  modifiée  simplement  en 
tant  qu'extrémité,  les  modifications  observées  dans  sa  structure 
histologique  seraient  toujours  les  mêmes  et  on  ne  compren- 
drait pas  la  multiplicité  et  la  variabilité  des  altérations  cellu- 
laires et  de  développement  signalées  à  son  niveau. 

Plus  ou  moins  hypertrophiée,  mais  toujours  modifiée  dans  sa 
structure,  telle  est  l'hypophyse  que  l'on  rencontre  chez  les 
acromégaliques  et  chez  les  géants  acromégaliques.  Les  lésions 
dont  elle  est  le  siège  entraînent  secondairement  des  troubles 
dans  sa  fonction  et  on  est  amené  ainsi,  en  se  basant  sur  des  faits 
et  non  sur  des  hypothèses,  à  reconnaître,  avec  Woods  Hut- 
chinson,  «  dajis  V hypertrophie  du  corps  pituitaire,  la  base  patho- 
logique commune  de  V acromégalie  simple  et  du  gigantisme  acromé- 
galique ». 

(^*)  Gauthier,  Progrès  médical,  1890,  n°  21. 


GIGANTISME  ET  AGROMEGALIE.  193 

On  peut  résumer  les  données  fournies  par  Télude  biologique, 
symptomatique  et  anatomo-pathologique,  dans  la  formule  sui- 
vante : 

L'acromégalie  et  le  gigantisme  acromégalique  constituent 
UN  syndrome  hypopiiysaire. 


CHAPITRE    II 
GLYCOSURIE    ET    HYPOPHYSE  (i) 

Le  curieux  problème  des  relations  qui  unissent  la  glycosurie  aux 
tumeurs  de  l'hypophyse,  et  dès  lors  au  gigantisme  et  à  Vacromégalie^ 
a  été,  à  Vétranger,  dans  ces  dernières  années,  Vohjet  d'un  certain 
nombre  de  travaux,  ainsi  qu'en  témoignent  nos  recherches 
bibliographiques.  Nous  avons  été  amenés  à  l'aborder  à  notre 
tour,  à  Toccasion  de  nos  études  sur  le  gigantisme  acromégalique 
et  en  particulier  à  propos  du  tambour-major  K.  dont  la  glyco- 
surie, constatée,  pour  la  première  fois,  deux  ans  avant  sa  mort 
(en  avril  1900),  persistait  pendant  le  séjour  qu'il  fit  dans  notre 
service  du  15  avril  1902  au  29  mai,  date  de  son  décès.  La  gly- 
cosurie, chez  lui,  ne  montrait  plus  alors  les  mêmes  oscillations 
qu'à  son  début  :  elle  se  maintenait,  sans  grandes  variations 
journalières,  entre  40  et  50  grammes  de  sucre  par  litre,  pour 
une  quantité  quotidienne  de  3  à  6  litres  d'urine. 

Par  le  diabète  qu'il  présentait,  le  tambour-major  K.  ne  con- 
stituait pas  une  exception  :  plusieurs  géants,  dont  l'histoire 
fut  publiée  par  Caselli,  Buday  et  Jancso,  Dallemagne,  présen- 
taient aussi  de  la  glycosurie. 

Si  nous  ne  mentionnons  que  ces  observations,  c'est  qu'elles 
sont  récentes  et  bien  établies;  mais  il  est  probable,  sinon 
certain,  que  le  nombre  des  géants  diabétiques  est  relativement 
assez  élevé.  Le  diabète  paraît  bien  avoir  existé  chez  le  géant 
scrofuleux  observé  par  Alibert  (^),  qui  «  était  tourmenté  d'une 
soif  si  vive  quil  buvait  jusqu'à  dix-huit  bouteilles  d'eau  pure  tous 
les  jours  »,  et  qui  «  urinait  parfois  avec  tant  d'abondance  qu'il  pro- 

(')  P.-E.  Launois  et  P.  Roy,  Glycosurie  et  Hypophyse.  Soc.  de  Diol.,  21  mars 
1903,  et  Arch.  gén.  de  Méd.,  5  mai  1903. 
(*)  Alibert,  Traité  des  maladies  de  la  peau,  t.  II,  p.  517. 

LAUNOTS   ET  ROY.  iù 


194  GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 

(luisait  une  sorte  cVinondation  dans  les  lieux  oii  il  se  trouvait  ». 

La  glycosurie  peut  donc  s'observer  dans  le  gigantisme;  il  nous 
faut  rechercher  si  on  la  constate  aussi  chez  les  acromégaliques. 

Les  auteurs  qui  ont  recherché  cette  coexistence  sont  assez 
unanimes  à  cet  égard  :  la  glycosurie  s'observe  fréquemment  au 
cours  de  Tacromégalie.  On  la  constate  dans  le  tiers  ou  même 
la  moitié  des  cas,  disait  Pierre  Marie  dans  une  leçon  récente 
(11  décembre  1902).  Les  statistiques  publiées  semblent,  au 
premier  abord,  infirmer  cette  estimation  :  sur  97  cas  d'acromé- 
galie  qu'il  a  réunis,  Hansemann  (')  ne  mentionne  que  12  fois 
le  diabète.  De  même  Hinsdale  ('),  dans  sa  monographie  basée 
sur  l'analyse  de  150  cas,  ne  trouve  que  14  diabétiques.  Celte 
disproportion  entre  les  estimations  du  plus  autorisé  des  au- 
teurs et  les  consciencieuses  statistiques  rapportées  s'explique 
par  ce  fait  que,  dans  un  grand  nombre  de  cas  d'acromégalie, 
on  n'a  pas  toujours  analysé  l'urine. 

Aussi  l'affirmation  de  Pierre  Marie  garde-t-elle  toute  sa 
valeur  si  on  la  complète  en  disant  que  la  glycosurie  a  été 
notée  dans  plus  de  la  moitié  des  cas...  oi^i  elle  a  été  recherchée. 

Dans  ce  chapitre,  qui  a  surtout  pour  but  d'établir  les  rap- 
ports existant  entre  la  glycosurie  et  les  altérations  de  l'hypo- 
physe, nous  ne  ferons  qu'indiquer  les  observations  d'acromé- 
galie, non  suivies  d'autopsie,  où  fut  relevée  la  glycosurie; 
ce  sont  les  cas  de  Chadbourne (^),  Ghvostek(^),  Finzi(^),  Kalin- 
dero  f),  Lancereaux  ("),  Pierre  Marie  (^),  Marinesco  ("),  Schaffer  ('"j, 
A.  Frankel  ("),  etc. 

(')  Hansemann,  Sur  l'acromégalie.  Berl.  klin.  Woch..  1897,  n°  'iO.  p.  -il7. 

(-)  Hinsdale,  Acromegaly ,  1898,  p.  20. 

(^)  Chadbourne,  Un  cas  d'acromégalie  avec  diabète.  Neiv-York  med.  Journal, 
2  avril  1898,  p.  449. 

(*)  Chvostek,  Un  cas  d'acromégalie  avec  glycosurie  alimentaire,  hémoglobi- 
nurie,  etc.   Wiener  klin.  Woch.,  2  nov.  1899,  n"  44 J.  p.  1086. 

(•■•)  FiNzi,  Riforma  medica,  25  avril  1901,  p.  254. 

C)  Kalindero,  La  Roumanie  médicale,  mai-juin  1894,  obs.  1. 

(')  Lancereaux,  Des  trophonévroses  des  extrémités  ou  acrotrophonévroses. 
—  La  trophonévrose  aciomégalique  ;  sa  coexistence  avec  le  goitre  exophtal- 
mique et  la  glycosurie.  Sern.  méd.,  1895,  p.  61. 

(**)  Pierre  Marie,  obs.  5  et  5  in  Souza-Leite.  Thèse  de  Paris,  1890. 

(3)  Marinesco,  Un  cas  d'acromégalie  avec  hémianopsie  bitemporale  et  dia- 
bète sucré.  Soc.  de  bioL,  22  juin  1895. 

(*o)  Schaffer,  Zur  Casuistik  der  Akromegalie  Ncurol.  Ccntralblalt,  i"  avril 
1903,  p.  296. 

(11)  A.  Fr.\nkel,  Soc.  de  méd.  int.  de  Berlin,  1"  avril  1901.  Gaz.  hebd.  de  méd. 
et  de  cliir.,  n"  51,  p.  365. 


GIGANTISME  ET  AGROMÉGALIE.  195 

En  revanche,  nous  croyons  devoir  retenir  et  résumer  l'his- 
toire des  16  malades  acromégaliques  et  diabétiques  dont  V autopsie 
a  été  pratiquée  (^).  11  nous  semble  d'ailleurs  qu'il  y  a  grande 
importance  a  faire  remarquer  que  dans  ces  seize  cas  on  ne  vit 
jamais  manquer  la  tumeur  pituitaire,  qui  est  d'ailleurs  la  base 
pathologique  de  la  Maladie  de  Pierre  Marie. 

Nous  avons  résumé  ces  16  observations  dans  le  tableau 
suivant  où  ont  été  mises  en  valeur  les  particularités  cliniques 
et  anatomo-pathologiques  les  plus  importantes. 

Des  faits  ainsi  rassemblés,  il  résulte  avec  évidence  que  la 
glycosurie  se  rencontre  trop  fréquemment  chez  les  sujets, 
géants  ou  non,  porteurs  d'une  tumeur  du  corps  pituitaire  pour 
qu'il  n'y  ait  là  qu'une  simple  coïncidence.  On  est  amené  tout 
naturellement  à  établir  une  relation  de  cause  à  effet  entre  le 
diabète  observé  chez  notre  géant  acromégalique  et  l'existence 
de  la  volumineuse  tumeur  du  corps  pituitaire  que  nous  avons 
constatée  à  son  autopsie. 

Parmi  les  auteurs  qui  ont  cherché  à  élucider  les  relations  qui 
rattachent  le  diabète  aux  lésions  de  lltypophyse,  nous  devons  tout 
particulièrement  citer  Pineles(-),  Loeb  (^),  Caselli('').  C'est  en 
nous  basant  sur  leurs  travaux  que  nous  nous  proposons  de 
résumer  l'état  actuel  de  la  question. 

Dès  1884,  c'est-à-dire  deux  ans  avant  la  magistrale  des- 
cription de  l'acromégalie  faite  par  Pierre  Marie,  Loeb  notait  la 
coïncidence  de  la  glycosurie  avec  les  tumeurs  de  l'hypo- 
physe (*).  A  l'occasion  d'un  cas  d'adénome  du  corps  pituitaire 
qu'il  avait  observé,  cet  auteur- rappelait  les  différentes  obser- 
vations de  néoplasmes  hypophysaires  recueillies  dans  la  litté- 


(*)  Aux  16  cas  que  nous  rapportions  dans  notre  mémoire  de  1903,  on  pour- 
rait ajouter  encore  ceux  de  Woods  Hutchinson  et  Cooley  (Obs.  XVI,  p.  265), 
de  Du  Mesnil  {Soc.  méd.  d'Altona),  de  Walton,  Cheney  et  Mallory  (Boston 
med  Journal,  7  déc.  1899),  etc.  Dans  tous  ces  cas  d'acromégalie  manifeste, 
compliqués  de  glycosurie,  on  trouva  à  l'autopsie  une  tumeur  de  l'hypopliyse, 
comme  dans  les  16  observations  du  tableau  suivant. 

(2)  PiNELES,  Acromégalie  und  Diabètes  mellitus.  Jahrb.  der  Wiener  k.  Kran/c, 
1897,  Bd.  IV. 

(^)  Loeb,  Hypophysis  cerebri  und  Diabètes  mellitus.  Cenlralblalt  fiir  innere 
Medîcm,  n°  55,  1898. 

(*)  Caselli,  Ipofisi  e  glicosuria.  Rivista  di  frenalria,  février  1900. 

(^)  Loeb,  Ein  Erklârungsversuch  der  Tcmperaturverhâltnisse  bei  der  lubei'- 
kulosen  Basilarmeningitis.  Deutsche  Arch.  fiir  klin.  Med.,  1884  Band  XXXIV, 
p.  449. 


196 


GIGANTISME  ET  ACROMÉGALIE. 


■=  P  s 


5  i 


«j  '-^  ^ 

"S  Ci 


-J 

■^ 

■CJ 

.— 

OJ 

C- 

Cj) 

■^ 

zl 

c 

^ 

iT 

to 

;_ 

o 

rt 

O 

;= 

O 

:i: 

^ 

~; 

c 

CJ 

o  o 


3  -ojj  a. 


c^     "O 


2o- 


.^ 

«) 

o 

.^ 

re 

o 

c« 

■3 

3 

QJ 

n 

0) 

c^ 

"^ 

o 

-    , 

'^i 

^ 

2 

S 

o 

îî 

t>0 

c 

Ç3 

3 

ra 

^ 

ï; 

altéré  : 
paru.  Ra 
solides, 
souvent 
it.  Impof 
pliia   ou 

.-'f- 

s  ='S  ?  2  5 

o  « 

:^Z^.s^^2 

3  <^ 

=  S  S 

°  S-  '• 

o   3  Ô 


bDJ3    -^   r^ 
i,   es  ._  . — 

'  «  2  -.5 

liiîl 

)  i-  o  o  ? 
; j=  3T3  S 


OJ   ^  5 


o   :'' 


=    3    B  .3      . 

o  s  g  «  tj 


.2".2  P  ^2  -     ■ 
"p  ~  2  o  o  ^'  ï? 

■ijô  'i-~  5  S- 
^  s  '-^  ,  ■  9  -j:  .2 

5isS|sr 

^  ^-.(u.t;  c  _  „ 
a^  .5"  •"=  s5  2  '5  "T'a  ^ 

-JO_OCJg3Q)^^; 

-^    ..2^ -  =  "2:55? 

5  5  ï -o  ;3 .3=  re '5  j^  "^ 


C     -7)     g 


o 

'^ 

a) 

'-" 

„■ 

E 

C 

;n 

lO 

C 

O 

o 

3 

'i; 

c> 

QJ 

Lx. 

■^ 

^ 

o  .^ 
o  s  o 


oïl-™ 


'■ès 


—  ^    "Oi 


—  oc 


t  1    ■ 

1;  lO 

t  C-. 

V  _  to 

'"".,•'5 

i_-  00 

y  -rï  00 

d   > 

O  O 

^  ^    ^ 

O   ^• 

==  _•  C 

=•  o 

"-s 

é: 

- 

lO 

- 

iO 

•■^ 

- 

y: 

- 

GIGANTISME  ET  ACROMEfiALIE. 


197 


^  J    o  «  o  = 

5  i  9  «  "5  - 

^  — 3  u  E  u 
. — .o  .  o  o 
l-  c  —  o  =.  a. 

~  7  ■-  o  ^"^ 


3 

3   5 

p 

-■O 

3 

■=  S 

o 

E  ;^ 

p 

O 

— 

^   >• 

-^ 

O)   o 

— ; 

^  o  r;  o^  ~ 


O   3, 


iO 


O    =J    - 


S  «^.2  S—  ^ 


S  §  e_o 


^itlï 


•«  "3 .2  o  2 

—  O)   3   7'   3 

i;  E  ^  ^  .2 
.^  —  o  =  -t; 

-—  Q  73  ^  _, 

c  -^  =  3  .2 
'3li"l 
s  G   "   3^3   Si 

g  îp^.2  -g  § 

.,   O)  ^  m  ij  s 

=  '^.-  2o| 

j-  ô"  .  '^  3  _2 
IJ^I  S  o  ^ 
P  ""  "^  .2  -2  "p 


«3=  a.;f" 
3  )^  î3'5  o; 


—  ./)  «  o  -^ 

'cï  _0  ~  '7,  -;; 

=  ■33  p-'S 


'  3.2  =  '- 
:  ?,  «  2  O 


3  .0 


X  3  •"  -7-  ~  c 

p    «  ^  -^    3    „ 


3--.0  o  o  2^ 

^    ^    3    P^  •^   <^  " 


«    3   -  a;.^    ^ 


sa- 


illi 


■3  ^  3  2-ï:  s 


"^  2  -^  X   —   ^   ^  "~ 
■M  —  r  ^  X  .?  c  - 


— ,  . .  0 

^   3   c 

0 

S      2 

b, 

o 

S"  3 -3 
^  S    . 

^ 

,—  '^ 

Ci 

2 

3  .^  — ^ 

•^ 

o-a'" 

>< 

0 

ih  0 

— 

-^ 

■i-^^ 

f=   =>   -y. 

T^    «-n^^- 


=  5  ï  0  î 


re  î-  -^  2  t/>  ^ 

_  o;  S  _^  &..—  o 

o  p  p  -  _^  Si; 

o  .ti  -^  o  3  ^  *f 


-S  .2  ■■^' 1^0-3 
3^-S^^lE 

a  -  -  3  3  ^  .y, 
o  o  _o  s        1. 


3   ciD  p  s 
aj  3  3  ''^  .3 

«  ïï  :-?  -5  - 


•o  =3;     ' 

2     i:  ^  "H 


-"3  E  -3  > 


■ili  .2 
o  o  '5 


'   «Jc<3 


•s  C3   3 

-a—  2 


3  !«  -13 
2  rO 


^5  (M 


O     K    ri 

"5  S  5 


"a"2  2 
3  ?  9 

3;  2  o 
"M  :1^  ' — 

2  o  i^ 

S-a_5 

,3  E  "^ 


3  E  ^—  = 


s  Oii  re  !-: 


2  'i       3       '^ 

^ic^3  _2  j^  a>  3 

3  vi  ".i  -re  3  s 

2  2,_  S  ^  3 

^  »o^  2  j: 
•^  3  S  0-'  E  3. 

■-  _  ^  o  - 
■^  o  ï;—  s  = 

t*^  —  ::  ■zi's 

-j  3  :=  iO  i  . 
3-3  p  ^  P 
E  2  -o  o  o  .^ 


—  "-  2 

~,  iô  c 


:&; 

^ 

— < 

^ 

u 

,  1 

nr, 

i 

r^ 

0 

-A 

« 

< 

"V 

^ 

^ 

■jr 

< 

"^ 

^ 

0 

-; 

r- , 

~ 

UJ 

~ 

0^  c: 

'- 

^^  =  « 

vJ 

ni 

0    ce  0 

tn   es   6C 

a 

■S  «5 

il^fll 


;-l    p    i> 


S  =^  _;  -• 


<^  o  ~ 

-  ~  .-5  fj 

3      -^~H    o 


a  -^  2  3 


198  GTCtANTISME  ET  AflROMEGALIE. 

rature  médicale  et  constatait  que  tous  ces  néoplasmes  se 
distinguaient  par  la  fréquente  combinaison  de  l'hyperthermie 
(parfois  de  l'hypothermie)  et  du  diabète  sucré. 

Sans  doute  Rosenthal(^)  dès  1870,  Bernhardt(-)  dès  1881, 
avaient  observé  le  diabète  dans  certains  cas  de  tumeurs  de 
l'hypophyse;  mais,  n'établissant  aucune  relation  de  cause  à 
effet  entre  ces  deux  phénomèmes,  ils  avaient  admis  la  coexis- 
tence d'une  lésion  du  quatrième  ventricule. 

A  mesure  que  la  Maladie  de  Pierre  Marie  était  mieux  connue, 
les  observations  de  tumeurs  du  corps  pituitaire  se  multipliaient; 
Hansemann f ) ,  Finzi(^),  Schlesinger (•') ,  Casellif),  constatèrent 
que,  dans  aucun  cas  d'acromégalie  compliqué  de  diabète,  la 
lésion  hypophysaire  causale  ne  faisait  défaut.  L'autopsie  de  K., 
notre  géant  acromégalique,  vient  confirmer  leur  assertion. 

Quant  aux  cas  de  tumeurs  de  l'hypophyse  chez  des  sujets  non 
acromégaliques,  le  nombre  en  est  assez  rare.  Sternberg  pense 
que  l'acromégalie  a  pu  être  méconnue  :  c'est  ainsi  que  Thomson 
retrouva  en  1880  les  déformations  acromégaliques  caractéris- 
tiques sur  le  squelette  d'un  malade  dont  Gunningham  avait  rap- 
porté l'observation  dix  ans  auparavant  (voir  le  tableau  précé- 
dent, observation  I). 

Toutefois  il  est  un  nombre,  assez  restreint,  il  est  vrai,  de 
faits  011  l'acromégalie,  aussi  bien  que  le  diabète,  faisait  défaut, 
bien  que  l'hypophyse  fût  modifiée.  Tels  sont  les  faits  publiés 
par  Packard  ('),  Waddell  ('),  Wilks(-'),  Burr  et  Riesmann  ('")  et 
aussi  celui  que  rapporta  Babinski(").  Par  contre,  l'observation 
de  Rosenthal  concerne  un  médecin  de  54  ans,  ayant  succombé 
à  un  diabète  sucré  grave,  sans  signes  d'acromégalie,  et  à 
l'autopsie  duquel  on  trouva  un  sarcome  du  corps  pituitaire, 
sans    autre   lésion    cérébrale  capable   d'expliquer  le   diabète. 

(*)  Rosenthal,  Lehrburh  der  Nervenkra nkhcUen ,  1870,  p.  06. 
(^)  Bernhardt,  Ilingeschivulste,  1881,  p.  299. 
(■')  Hansemann,  loc.  cit. 

CO  FiNZi,  Cenlralblatt  f.  innere  MecL,  1897,  n"  51. 
{°)  Schlesinger,  Atti  del  club  meclico  cli  Vienna,  17-."1  janvier  1900. 
(")  Caselli,  loc.  cit. 

C)  Packard,  Amer.  Journal  of  med.  Sciences,  1892. 
{*)  Waddell,  Lancet,  1895,  t.  I,  p.  921. 
(9)  WiLKS,  Brain,  1892. 

('")  Burr  et  Riesmann,  Tumeur  du  corps  pituitaire  sans  acromégalie.  Joxir- 
nal  of  nervous  and  mental  diseuses,  1899,  p.  21. 
(")  Babinski,  Soc.  de  Neurol.,  7  juin  1900. 


GIGANTISME  ET  ACROMÉGALIE.  199 

Strumpell  pense  qu'il  est  impossible  qu'une  tumeur  du  corps 
pituitaire  puisse  causer  la  glycosurie,  étant  donné  que  l'on 
observe  des  tumeurs  du  corps  pituitaire,  sans  diabète.  Mais 
Loeb  fait  justement  remarquer  qu'il  serait  plus  exact  de  dire 
simplement  qu'une  tumeur  du  corps  pituitaire  est  incapable  à 
elle  seule  de  produire  la  glycosurie. 

Quoi  qu'il  en  soit  de  ces  cas  d'une  interprétation  difficile, 
nous  ne  retiendrons  que  les  16  observations  de  nos  acroméga- 
liques  diabétiques  porteurs  d'une  tumeur  hypophysaire. 

Pour  expliquer  la  pathogénie  de  la  glycosurie^  observée  chez 
des  malades  porteurs  d'une  tumeur  de  l'hypophyse,  on  a  émis 
plusieurs  hypothèses  : 

1"  Dallemagne  (obs.  V),  Hansemann  (obs.  VIII),  Pineles  ont 
trouvé  des  lésions  du  panci^éas,  qui  pourraient  à  elles  seules 
constituer  la  cause  vraisemblable  de  la  glycosurie.  Dans  le  cas 
de  Dallemagne,  on  notait  de  plus  des  lésions,  à  la  vérité  peu 
importantes,  siégeant  dans  l'épendyme  du  quatrième  ventricule. 
Il  existait  à  ce  niveau  deux  petites  productions  gliomateuses 
spéciales,  non  visibles  extérieurement,  mais  appréciables  seu- 
lement sur  une  coupe  transversale,  ayant  un  diamètre  d'à  peine 
un  millimètre  de  diamètre,  formées  d'un  mince  tissu  lamelleux 
et  donnant  l'impression  de  masses  cellulaires  d'origine  épen- 
dymaire  émigrées  et  enkystées  dans  la  substance  nerveuse. 
On  pouvait  donc  supposer  que  dans  ces  cas  la  tumeur  hypo- 
physaire était  une  simple  coïncidence  et  ne  constituait  pas  la 
lésion  causale  réelle  du  diabète,  qui  était  d'origine  pancréatique 
ou  ventriculaire. 

Mais  cette  coïncidence  est  trop  exceptionnelle  pour  pouvoir 
être  généralisée,  et  d'autres  théories  ont  cherché  à  expliquer  la 
glycosurie  par  la  tumeur  hypophysaire  elle-même  ('). 

2°  Pour  certains  auteurs,  la  glycosurie  observée  dans  les 
tumeurs  du  corps  pituitaire  dépendrait  d'un  trouble  de  la 
sécrétion  interne  de  cette  glande.  Récemment  Arnold  Lorand, 
rapprochant  dans  une  même  étude  le  diabète,  l'acromégalie  et 
la   maladie   de   Basedow,    affections   causées   par  les  modifî- 

(*■)  Il  faudrait  aussi  tenir  compte  de  l'état  du  foie  :  «  ...  Dans  d'autres  cas, 
qu'il  y  ait  hypertrophie  ou  non,  le  foie  est  sain  macroscopiquement  ou  histo- 
logiquement;  mais  tout  plaide  en  faveur  de  l'hyperfonctionnement  du  foie  : 
tels  sont  les  cas  (Gilbert  et  Lereboullet)  où  le  diabète  surinent  au  cours  de 
l'acrornégalie.  »  —  Gilbert  et  Carnot.  Les  fonctions  hépatiques,  p.  257,  1902. 


200  GIGANTISME  ET  ACROMEGAr.IE. 

cations  patliologiques  du  pancréas,  de  l'hypophyse  et  de  la 
glande  thyroïde,  cherchait  à  expliquer  la  glycosurie  qui  s'ob- 
serve fréquemment  au  cours  de  ces  trois  maladies  et  concluait 
que  le  diabète  nesi  quun  s]jmptômc,  et  un  symptôme  de  la  mala- 
die des  glandes  sanguines  ('). 

Mais  un  trouble  de  la  fonction  glandulaire  ne  peut  guère 
se  comprendre  avec  la  nature  adénomateuse  de  la  tumeur, 
habituellement  constituée  par  une  simple  hypertrophie  glan- 
dulaire, capable  d'expliquer  plutôt  un  hyper-fonctionnement. 

Il  en  serait  de  même  pour  Vhypo-fonctionnement. 

Quant  à  l'hypothèse  de  Vhyper-fonctionnement^  c'est-à-dire 
de  la  sécrétion  excessive  d'un  produit  toxique  par  la  glande 
pituitaire,  hypothèse  rendue  vraisemblable  par  les  constata- 
tations  anatomo-pathologiques,  elle  est  contestée  par  les  expé- 
riences de  Gaselli  qui  a  vu  se  produire  le  diabète  chez  des 
chiens  auxquels  il  enlevait   l'hypophyse. 

Enfin  il  serait  bien  invraisemblable  qu'un  organe  pesant  en 
tout  0='',C  puisse  par  des  altérations  dans  son  fonctionnement 
produire  un  trouble  de  la  nutrition  générale  aussi  grave  que  le 
diabète.  D'autre  part,  il  est  bien  difficile  d'admettre  un  centre 
nerveux  glycogénique  spécial  au  niveau  de  l'hypophyse,  car 
les  recherches  histologiques  de  Gaselli  et  de  l'un  de  nous 
(P.-E  Launois)  n'ont  pas  permis  de  retrouver  d'éléments  nerveux 
dans  le  lobe  postérieur  du  corps  pituitaire  chez  l'homme 
adulte.  Ainsi  l'existence  de  cellules  nerveuses,  malgré  l'opinion 
classique,  qui  fait  du  lobe  postérieur  un  lobe  nerveux,  reste  au 
moins  très  douteuse. 

5°  La  troisième  hypothèse,  celle  qui  semble  la  plus  vrai- 
semblable et  qui  est  le  plus  en  accord  avec  les  faits  cliniques 
et  expérimentaux,  a  été  imaginée  par  Loeb. 

Pour  lui,  la  glycosurie  serait  la  conséquence  de  la  com- 
pression exercée  par  la  tumeur  pituitaire  sur  les  parties  voisines  de 
Vencéphale.  11  ne  s'agit  pas  là  d'une  compression  générale  intra- 
crânienne  ou  de  désordres  dans  les  conditions  de  pression  du 
liquide    céphalo-rachidien,   puisque    ces    mêmes    troubles    se 

(*)  Arnold  Lorand  (de  Carlsbad),  L'origine  du  diabète  et  ses  rapports  avec 
les  états  morbides  des  glandes  sanguines.  Conférence  faite  à  la  Société  royale 
des  sciences  méd.  et  naturelles,  2  mars  1903.  Journal  méd.  de  Bruxelles,  1905, 
n»  12,  p.  187  et  Congrès  de  Madrid,  1905.  —  Voir  aussi  l'opinion  du  même 
auteur  sur  cette  question  in  Presse  méd.,  1905  et  C.-R.  Soc.  de  Biologie,  1904. 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE.  201 

retrouvent  dans  toutes  les  tumeurs  cérébrales,  de  localisation 
indifférente,  où  l'on  sait  que  la  glycosurie  s'observe  exception- 
nellement. La  compression  de  la  tumeur  pituitaire  capable  de 
produire  la  glycosurie  doit  nécessairement  s'exercer  sur  un 
centre  glycogénique  situé  dans  les  parages  du  corps  pituitaire, 
peut-être  au  niveau  du  tuher  cinereum. 

L'hypothèse  d'un  nouveau  centre  glycogénique,  voisin  du 
corps  pituitaire,  n'est  pas  inadmissible.  Avec  Claude  Bernard 
on  crut  longtemps  que  le  seul  centre  glycogénique  encépha- 
lique était  situé  au  niveau  du  plancher  du  quatrième  ventricule. 
Mais  Schiff  produisit  la  glycosurie  par  la  lésion  des  couches 
optiques,  des  pédoncules  cérébraux,  du  pont  de  Varole,  des 
pédoncules  cérébelleux  moyens  et  inférieurs.  De  même,  Lé- 
pine('),  rapportant  un  cas  de  diabète  par  ramollissement  du 
corps  strié,  avec  lésion  de  la  capsule  interne,  pouvait  écrire  : 
«  C'est  un  fait  acquis  que  l'irritation  de  diverses  parties  du 
cerveau  peut  occasionner  l'apparition  du  diabète  ».  De  son 
côté,  Eckhardt  (')  a  réussi  à  reproduire  chez  le  lapin,  par 
lésion  du  lobe  postérieur  du  vermis,  la  polyurie  avec  glyco- 
surie. Enfin,  Loeb(^),  dans  l'apoplexie  cérébrale,  NaunynC^), 
dans  les  hémorragies,  ont  signalé  la  fréquence  relative  de  la 
glycosurie. 

Aujourd'hui  le  diabète  neroeux  ne  peut  plus  être  considéré 
comme  le  symptôme  spécifique  d'une  lésion  du  plancher  du 
quatrième  ventricule,  mais  comme  un  phénomène  presque 
banal  pouvant  accompagner  les  altérations  des  régions  encé- 
phaliques les  plus  diverses.  En  particulier,  la  fréquence  avec 
laquelle  la  glycosurie  accompagne  les  tumeurs  du  corps  pitui- 
taire rend  très  vraisemblable  l'hypothèse  d'un  centre  glycogé- 
nique voisin  de  lui,  sur  lequel  la  tumeur  agirait  par  com- 
pression directe. 

La  réalité  de  la  compression  exercée  par  les  tumeurs  sur 
leur  voisinage  est  prouvée  tout  d'abord  par  l'écrasement  si 
habituel  des  nerfs  et  bandelettes  optiques,  par  l'usure  des  os  et 
par  l'élargissement  de  la  selle  turcique.  Mais,  en  outre,  Loeb 

(')  LÉpiNE,  Revue  de  Médecine,  1897,  p.  835. 

(^)  Eckhardt,  cité  par  Loeb. 

(^)  Loeb,  Apoploxia  cerebri  und  Glicosuria.  Prager  Worhenschrlft,  1892,  n"  50. 

('*)  Naunyn,  Ueher  Diabètes  mellilus. 


202  GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 

fait  observer  que  plusieurs  faits  cliniques  confirment,  en 
l'illustrant  très  curieusement,  sa  théorie  pathogénique.  Tel  est 
le  cas  deFinzi  (obs.IX)  dans  lequel  les  symptômes  ocroméga- 
liques  et  le  diabète  s'étaient  montrés  à  la  suite  d'une  chute  sur 
la  région  sacrée.  Progressivement  le  sucre  disparut  des  urines. 
A  l'autopsie,  on  trouva  que  l'hypophyse  absente  était  rem- 
placée, dans  la  selle  turcique,  par  une  épaisse  masse  blanche 
fd^reuse,  vestige  d'une  tumeur  qui,  en  régressant  et  en  faisant 
cesser  la  compression  qu'elle  exerçait  sur  les  parties  voisines, 
aurait,  d'après  Loeb,  amené  la  disparition  du  diabète  ('). 

Le  cas  de  Striimpell  (obs.  XI)  est  d'une  explication  plus 
difficile  :  en  février  1888,  on  constate  l'existence  d'une  glyco- 
surie abondante;  en  mai  de  la  même  année,  le  sucre  avait 
disparu.  Il  se  montre  à  nouveau  en  octobre,  puis  tend  à  dispa- 
raître, et  en  décembre  l'ingestion  d'une  quantité  abondante 
d'hydrates  de  carbone  n'amène  nullement  le  passage  du  sucre 
dans  les  urines.  A  la  fin  même  de  ce  mois  de  décembre,  de  nou- 
veau, on  constate  une  glycosurie  évidente.  Elle  persiste  plus 
d'une  année,  puis  disparaît  à  la  suite  de  la  diète  carnée 
exclusive,  puis  se  montre  une  fois  de  plus,  et  ainsi  de  suite. 
Le  malade  étant  mort,  on  trouve  à  l'autopsie  une  tumeur  du 
corps  pituitaire,  mollasse,  laissant  sourdre  à  la  coupe  un  suc 
lactescent;  son  aspect  autorise  à  penser  qu'elle  avait  pu  subir, 
pendant  la  vie,  des  variations  de  volume,  augmentations  ou 
diminutions  alternatives,  capables,  d'après  Loeb,  d'expliquer  les 
apparitions  et  disparitions  alternatives  du  sucre  dans  les  urines. 

Dans  ce  cas,  il  se  serait  produit  pour  la  glycosurie  ce  qui  se 
passa  pour  les  troubles  visuels  chez  un  malade  de  Saemisch  (-) 
qui  présentait  de  l'hémianopsie  bitemporale,  des  vertiges  et 
de  la  céphalée.  La  fonction  visuelle,  qui  avait  été  nulle,  réap- 
parut par  la  suite,  en  même  temps  que  les  autres  symptômes 
s'amélioraient.  A  l'autopsie,  on  trouva  un  angio-sarcome  du 
corps  pituitaire. 

(^)  FiNzi  {Riforma  meclica,  25  avril  1001,  p.  254)  critique,  il  est  vrai,  cette  inter- 
prétation de  son  cas  par  Loeb  :  il  fait  remarquer  qu'outre  la  dégénération  de 
l'hypophyse  il  existait  une  méningo-myélite  chronique,  et  qu'avant  d'afdrmer 
que  l'hypophyse  est  la  seule  lésion  capable  d'expliquer  tous  les  symptômes  de 
l'acromégalic;  il  faut  s'assurer  que  l'axe  cérébro-spinal  dans  son  entier  est 
indemne  de  toute  altération  anatomique,  secondaire  ou  primaire. 

(-)  Saemisch,  Klin.  Monatsblàtter,  1865,  p.  61. 


GIGANTlSiVIE  ET  ACROMÉGALIE.  203 

Il  y  a  donc  des  tumeurs,  et  c'est  le  cas  pour  les  tumeurs  du 
corps  pituitaire,  d'ordinaire  assez  vascularisées,  dont  la  réplé- 
tion  alternative  peut  produire  des  oscillations  de  pression 
suffisantes  pour  faire  varier  la  compression  des  organes  voisins 
et  amener  des  changements  symptomatiques  assez  notables. 

Enfin  Loeb  produit  encore  à  l'appui  de  sa  théorie  l'obser- 
vation communiquée  parSchech(')  au  Congrès  de  laryngologie 
de  Heidelberg  :  elle  concerne  un  malade  chez  lequel  l'extirpa- 
tion d'un  polype  du  sinus  sphénoïdal  amena  de  la  polyurie  et 
de  la  glycosurie,  qui  furent  attribuées  à  une  hémorragie  de  la 
base  par  fracture  de  la  paroi  du  sinus.  11  y  avait  de  plus  com- 
pression des  régions   encéphaliques  voisines  de  l'hypophyse. 

Ces  faits  cliniques  rendent  très  vraisemblable  la  théorie  de 
Loeb  sur  la  pathogénie  de  la  glycosurie  hypophysaire.  Jusqu'à 
présent  les  résultats  expérimentaux  ont  été  trop  incomplets  pour 
en  apporter  la  preuve  péremptoire.  Sans  doute  Falkenberg('), 
Gley(^),  Rogowitch('*),  Traînai"),  ont  constaté  chez  les  chiens 
thyroïdectomisés  une  augmentation  concomitante  de  la  glande 
pituitaire.  Mais  il  n'est  guère  qu'une  expérience  de  Caselli  qui 
permette  de  supposer  l'existence  d'un  centre  glycogénique  sur 
lequel  s'exercerait  la  compression  des  tumeurs  de  l'hypophyse. 
Dans  une  expérience  restée  unique  en  son  espèce,  Caselli 
réussit  à  détruire  le  lobe  postérieur  de  la  glande  pituitaire  chez 
un  chien,  sans  léser  le  lobe  antérieur.  La  glycosurie  qui  s'en- 
suivit pourrait  donc  s'expliquer,  ou  par  la  lésion  de  la  portion 
nerveuse  de  l'hypophyse,  ou,  plus  vraisemblablement,  par  un 
traumatisme  agissant  dans  le  voisinage,  en  particulier  au 
niveau  du  tuber  cinereuni.  Cette  région  renferme  des  éléments 
nerveux  de  structure  élevée,  tandis  que  dans  le  lobe  postérieur 
de  l'hypophyse  les  éléments  nerveux  sont  si  rudimentaires 
qu'on  peut  affirmer  qu'ils  n'existent  pas,  au  moins  chez  l'animal 
adulte,  ainsi  que  de  nombreuses  recherches  l'ont  appris  à  l'un 
de  nous. 


(')  SciiECH,  Deutsche  médicinal  Zeitung,  1898,  n°  46. 

(^)  Falkenberg,  Centralblatt  filr  klin.  Med.,  1891. 

(^)  Gley,  Soc.  de  Biologie,  1891. 

('*)  RoGowiTCH,  Sur  les  effets  de  l'ablation  du  corps  thyroïde  chez  les  ani- 
maux. Arch.  de  Physiol..  1898,  II,  p.  419. 

(^)  Traîna,  Ricerche  sperimentali  sul  sistemanervoso  degli  animali  tireoprivi. 
Policlinico,  1898. 


^204  GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 

Si  imparfaite  et  si  critiquable  que  soit  l'expérience  de  Caselli 
que  nous  venons  de  rapporter,  elle  n'en  est  pas  moins  fort  inté- 
ressante. Aussi  ne  doit-on  pas  s'étonner  de  voir  Caselli  adopter 
Topinion  de  Loeb  et  admettre  qu  il  existe  dans  le  tuber  cine- 
reum  un  centre  nerveux  dont  la  lésion  donne  lieu  à  une  glycosu- 
rie marquée,  s' accompagnant  de  symptômes  propres  au  diabète 
sucré. 

Comme  un  seul  fait  expérimental  ne  nous  paraît  pas  suffisant 
pour  édifier  une  théorie  pathogénique,  nous  serons  mbins  affir- 
matifs  que  l'auteur  italien.  En  rassemblant  les  données  du 
problème,  nous  avons  surtout  cherché  à  mettre  en  valeur 
l'étroitesse  des  relations  qui  unissent  certaines  glycosuries  aux 
tumeurs  de  l'hypophyse  et  nous  conclurons  en  disant  qu'il 
appartient  à  la  physiologie  expérimentale  plus  encore  qu'à  la 
physiologie  pathologique  de  préciser  ces  relations  avec  toute 
la  rigueur  scientifique  désirable. 


CHAPITRE    III 
HISTORIQUE    DU    GIGANTISME    ACROM  ÉG ALIQUE 

La  nature  des  rapports  qui  unissent  le  gigantisme  à  l'acro- 
mégalie  est  encore  discutée  aujourd'hui  et  quelques  observa- 
teurs n'admettent  pas  une  étroite  parenté  entre  ces  deux  dys- 
trophies.  Henry  Meige(')  résumait  récemment  l'historique  des 
discussions  soulevées  sur  ce  snjet;  elles  sont  multiples  déjà, 
malgré  qu'un  temps  très  court  se  soit  écoulé  depuis  que  l'acro- 
mégalie  a  été  isolée  dans  un  cadre  nosologique  particulier  par 
Pierre  Marie  (1886). 

Dans  le  premier  mémoire  original  de  1886  (^)  où  Pierre  Marie 
étudiait  «  une  affection  singulière  caractérisée  par  V hypertrophie 
non  congénitale  des  extréniités  supérieures,  inférieures  et  cépha- 
liques,  »  cet  auteur  reconnaissait  que  plusieurs  des  anciennes 
observations   auxquelles   pouvait  se   rapporter   sa  description 

(')  Henry  Meige,  Sur  le  gigantisme.  Arcli.  gén.  de  MécL,  octobre  1902. 
(2)  P.  Marie,  loc.  cit. 


GIGANTISME  ET  ACROMÉGALTE.  205 

avaient  été  publiées  sous  le  titre  de  gigantisme;  mais  il  en 
concluait  simplement  que  les  observateurs,  frappés  par  l'ap- 
parence gigantesque  de  quelques  malades,  avaient  méconnu 
les  déformations  tout  aussi  caractéristiques,  présentées  par 
d'autres  individus,  n'ayant  qu'une  taille  ordinaire. 

Cette  même  idée  était  reprise  en  1889  par  Georges  Guinon, 
qui,  pour  éviter  toute  confusion,  s'efforçait  de  préciser  les 
caractères  distinctifs  de  ces  deux  états  morbides  : 

«  Il  existe  encore  une  classe  d'individus  avec  lesquels  on  a 
confondu,  plus  d'une  fois,  les  acromégaliques,  ce  sont  les  géants. 
Les  raisons  pour  lesquelles  on  peut  affirmer  que  le  gigan- 
tisme et  V acromégalie  sont  absolument  différents  l'un  de  l'autre 
sont  de  deux  ordres  :  1°  tous  les  acromégaliques,  ainsi  que  l'a 
déjà  montré  P.  Marie,  sont  loin  d'être  des  géants;  en  effet,  s'il 
est  vrai  que,  en  tenant  compte  de  la  diminution  de  stature  qui 
peut  résulter  de  la  cyphose,  quelques  malades  aient  eu  près  de 
six  pieds,  le  plus  grand  nombre  avaient  moins  de  1  m.  75,  et 
chez  les  femmes  le  chiffre  de  1  m.  60  semble  répondre  k  la 
majorité  des  cas;  de  telle  sorte  qu'on  peut  dire  que,  assez 
souvent,  les  sujets  atteints  d'acromégalie  présentent  une  taille 
un  peu  au-dessus  de  la  moyenne,  mais  il  ne  saurait  ici  être 
question  déconsidérer  le  gigantisme  comme  l'un  des  caractères 
de  cette  affection.  On  devra  d'ailleurs  remarquer  que  les  tailles 
sont  plus  élevées  dans  les  anciennes  observations  que  dans  les 
nouvelles,  l'attention  des  observateurs  n'étant  alors  attirée  que 
par  des  malades  dont  la  taille  élevée  attirait  les  regards  sur  les 
dimensions  colossales  des  membres;  2*^  dans  le  gigantisme, 
l'aspect  n'est  nullement  celui  que  l'on  constate  dans  l'acromé- 
galie,  les  différents  segments  des  membres  et  de  la  face  con- 
servant notamment,  par  rapport  les  uns  aux  autres,  les 
dimensions  ordinaires;  enfin,  l'âge  auquel  se  montrent  ces 
modifications  dans  le  volume  des  membres,  la  façon  progres- 
sive avec  laquelle  celles-ci  procèdent,  tout  révèle  que  non 
seulement  il  s'agit  bien  de  deux  états  absolument  différents, 
mais  encore  que,  contrairement  au  gigantisme  qui  n'est,  le 
plus  souvent,  que  l'exagération  d'un  processus  normal,  l'acro- 
mégalie  est  une  véritable  maladie  (').  » 

.  (*)  G.  Guinon,  Sur  l'acromé^alie.  Gazeite  des  hôpitaux,  9  novembre  1889. 
p.  1165. 


206  (aGANTISME  ET  AGROMEGALŒ. 

Il  suffira  de  se  reporter  à  notre  définition  pathologique  du 
gigantisme  pour  comprendre  que  nous  ne  saurions  accepter 
cette  distinction  entre  l'état  de  maladie  et  «  l'exagération  d'un 
processus  normal  »,  lequel,  à  proprement  parler,  ne  peut  être 
qu'un  processus  morbide. 

Néanmoins  les  arguments  de  Georges  Guinon  étaient  repro- 
duits, en  1890,  par  Souza-Leite  (')  dans  sa  thèse  et  par  Pierre 
Marie  lui-même,  en  1896,  à  la  Société  médicale  des  Hôpitaux  [-). 

«  Ces  arguments,  ajoutait-il,  me  semblent  aujourd'hui 
encore  aussi  valables  qu'au  premier  jour,  et,  quel  que  soit  le 
talent  avec  lequel  MM.  Brissaud  et  Meige  ont  soutenu  leur 
thèse,  je  ne  saurais  admettre  que  le  gigantisme  et  Tacromégalie 
soient  «  la  même  maladie  ». 

«  Et  d'abord,  pour  bien  s'entendre,  il  n'est  rien  de  tel  que 
de  définir  les  termes  sur  lesquels  on  discute  :  qu'est-ce  donc  que 
le  ((  gigantisme  »  ?  Peut-on  dire  que  c'est  une  maladie,  et  sur- 
tout peut-on,  avec  Brissaud  et  Meige,  dire  que  c'est  /elle 
maladie'^  Je  ne   le  pense  pas. 

«  Qu'est-ce  qu'un  géant?  A  partir  de  quelle  taille  est-on  un 
géant?  Au-dessous  de  combien  de  centimètres  n'en  est-on  plus 
un?  J'avoue  que  la  réponse  à  ces  questions  me  paraît  bien 
vague  et  que  le  mieux  semble  être  de  confesser  qu'en  parlant 
de  géants  nous  employons  un  terme  dont  les  limites  scienti- 
fiques manquent  un  peu  de  précision.  Mais  je  ne  veux  pas 
argumenter  davantage  sur  ce  point,  et  tout  ce  que  je  cherche  à 
établir,  c'est  que  ce  terme  de  «  géants  »  comprend  des  états 
fort  divers.  Prenons,  par  comparaison,  un  terme  symétrique, 
celui  de  «  nains  ».  Nous  y  voyons  des  rachitiques,  des  syphi- 
litiques héréditaires,  des  myxœdémateux,  etc.  ;  pourquoi  n'en 
serait-il  pas  de  même  des  «  géants  »?  Pour  moi,  c'est  là  pure- 
ment et  simplement  un  terme  générique  sans  signification 
précise  et  comprenant  des  états  fort  différents,  les  uns  {gigan- 
tisme vrai)  consistant,  comme  je  l'ai  dit  déjà,  dans  une  simple 
exagération  du  processus  physiologique,  les  autres  {gigantisme 
symptomatique),  n'étant  qu'une  manifestation  d'une  affection 
préexistante  (acromégalie,  syphilis  héréditaire,  etc.). 

(1)  Souza-Leite,  De  l'acromégalie   (Maladie  de  P.  iMarie),  Thèse,  Paris,    1890. 

(2)  P.  Marie,  Sur  deux  types  de  déformation  des  mains  dans  l'acromégalie 
Soc.  méd.  des  Hôpitaux,  1"  mai  1896,  p.  Aïi. 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE.  207 

«  Cette  manière  de  voir  a  d'ailleurs  été  adoptée  par  un 
certain  nombre  d'auteurs,  etSternberg('),  qui  a  consacré  à  ce 
sujet  une  étude  spéciale,  arrive  à  cette  conclusion  que  sur 
34  cas  de  gigantisme  existant  dans  la  science,  et  présentant 
des  garanties  suffisantes  d'examen,  14  sont  des  cas  d'acromé- 
galie,  soit  4'2,2  pour  100.  Certes,  c'est  là  un  chiffre  considé- 
rable, mais  il  n'en  est  pas  moins  vrai  que  l'acromégalie  ne 
fournit  pas  même  la  moitié  des  cas  de  gigantisme  connus; 
aussi  nous  croyons-nous  aujourd'hui  encore  parfaitement  auto- 
risé à  conclure,  contrairement  à  Brissaud  et  Meige  et  Massalongo, 
que  acromégalie  et  gigantisme  ne  sont  nullement  des  états 
pathologiques  identiques,  mais  bien  que  l'acromégalie  est  pure- 
ment et  simplement  un  des  facteurs  du  gigantisme.  » 

Au  contraire  des  dualistes,  dont  P.  Marie  est  assurément  le 
représentant  le  plus  autorisé,  un  grand  nombre  d'auteurs  ont 
estimé  que  l'acromégalie  n'était  pas  seulement  un  des  facteurs 
du  gigantisme,  mais  qu'entre  les  deux  affections  il  y  avait 
identité  de  nature. 

Virchow(^),  le  premier,  en  1889,  indique  d'une  phrase  la  pos- 
sibilité de  cette  hypothèse,  mais  pour  la  repousser.  Rapportant 
l'histoire  d'un  homme  célèbre  plus  pour  sa  vigueur  que  pour 
ses  proportions,  qui,  à  la  fin,  vit  ses  forces  et  son  esprit  baisser 
et  chez  lequel  se  montrèrent  les  déformations  acromégaliques 
caractéristiques,  il  écrit  :  L acromégalie  est  un  état  secondaire  de 
dégénération  après  V hypercroissance . 

Après  lui  d'autres  documents  sont  apportés  pour  éclairer  la 
question  :  Langer f)   (1872),   Fritsche  et  Klebs(*)  (1884),    Cun- 

(')  Sterxderg  divise  les  Géants  en  normaux  (haute  taille,  sans  difformité, 
ni  aucun  état  maladif;  type  :  Winckelmeyer)  et  en  pathologiques.  Ce  dernier 
groupe  de  Géants  pathologiques  comprend  :  l'acromégalie,  —  les  exostoses 
néoplasiques  multiples,  —  l'hémihypertrophie  faciale,  —  les  courbures  mul- 
tiples des  os,  —  l'hérédo-syphilis,  —  le  développement  prématuré  avec  crois- 
sance rapide  et  tumeur  du  testicule  dans  l'enfance,  etc.  «  Le  terme  de  géant 
n'est  rien  autre  qu'une  expression  générique  désignant  des  états  très  différents, 
qui,  les  uns  et  les  autres,  ont  pour  seul  point  commun  de  dépasser  la  taille 
moyenne.  »  Specielle  Pathologie  und  Thérapie  (Nothnagel),  VII,  Band  II.  theil, 
Wien,1897.  (Note  des  A.) 

C^)  ViRCHOW,  Berl.  klin.   Woch.  1889,  XXVI,  81. 

(5)  Langer,  loc.  cit. 

('*)  Fritsche  et  Klebs,  loc.  cit.  —  Sternberg  reproche,  il  est  vrai,  à  Fritsche 
et  Klebs  d'avoir  lu  trop  vite  le  travail  de  Langer,  lorsqu'ils  croient  que  cet 
auteur  indique  l'hyperthrophie  de  l'hypophyse  chez  un  géant  dont  l'accrois- 
sement exagéré  s'est  produit  peu  à  peu  et  sans  trouble  spécial,  comme   une 


208  GIGANTISME  KT  A(]ROMEGALIE. 

mngham(^)  (1891),  Taruffi(-),  Tamburini(')  (1892),  retrouvent 
sur  les  squelettes  craiiciens  géants,  conservés  clans  les  mu- 
séums, toutes  les  déformations  caractéristiques  de  Facromé- 
galie,  et  notamment  cette  dilatation  de  la  selle  turcique  qui 
est  la  marque  de  l'hypertrophie  du  corps  pituitaire.  Et,  dès 
1892,  Massalongo(^)  pouvait  écrire,  sans  toutefois  apporter  de 
documents  personnels  :  Uacromégalte  nest  pas  autre  chose 
quun  gigantisme  tardif  anormal. 

Puis  des  observations  de  géants  autopsiés  ne  tardèrent  pas  à 
venir  conflrmer  d'une  manière  éclatante  l'hypothèse  de  l'identité 
des  déformations  et  de  la  lésion  causale  des  deux  affections. 
En  1895,  deux  auteurs  apportaient  au  Pan  American  médical 
Congress  deux  cas  typiques  à  cet  égard  :  Dana  rapportait  l'au- 
topsie du  géant  péruvien  (obs.  9)  et  Woods  Hutchinson  celle  de 
la  géante  française  lady  Aama  (obs.  6).  Les  faits  se  multiplièrent  : 
observations  de  géants  vivants  reconnus  acromégaliqucs 
(Brissaud  et  Meige  (obs.  29),  Matignon  (obs.  27),  Woods  Hut- 
chinson (obs.  16,  17,  18),  Achard  et  Lœper);  observations  de 
géants  autopsiés  reconnus  porteurs  d'une  tumeur  du  corps 
pituitaire  (Buday  et  Jancso,  Gaselli).  Nous-même  avons  apporté 
une  double  contribution  à  la  défense  de  cette  thèse  et  nous 
pouvons  citer,  d'une  part,  notre  géant  Charles  qui  s'acromé- 
galise  à  mesure  que  ses  cartilages  épiphysaircs,  anormalement 
persistants,  s'ossifient  (obs.  I,  page  56),  et,  d'autre  part, 
notre  tambour-major  K.,  géant  acromégalique  et  diabétique,  à 
l'autopsie  duquel  nous  avons  trouvé  un  volumineux  épithé- 
lioma  du  corps  pituitaire  (obs.  A  111,  page  159). 

Tous  ces  faits,  et  nous  n'avons  mentionné  que  les  plus 
importants,  tendent  à  établir  une  étroite  connexion  entre  ces 
deux  affections  hyperostéogéniques  :  l'acromégalie  et  le  gigan- 
tisme. 

«  Le  gigantisme  et  Vacromégalie,  disaient  Brissaud  et  Meige, 


simple  exagération  du  travail  de  croissance  ;  «  cette  fausse  interprétation, 
dit  Sternberg,  devint  décisive  pour  la  plupart  et  donna  lieu  à  une  confusion 
regrettable  de  la  part  des  auteurs  français  et  italiens  sur  la  compréhension 
des  rapports  entre  le  gigantisme  et  l'acromégalie  »,  loc.  cit.,  p.  4. 

(')    CUNNINGHAM,    loC.    cit. 

(-)  Taruffi,  loc.  cit. 

("')  Tamburini,  loc.  cit. 

('')  Massalongo,  Suir  Acromegalia.  Riforma  medica,  157,  158.  juillet  1892. 


GIGANTISME  ET  AC  ROM  EGA  LIE.  209 

dès  1895,  sont  une  seule  et  même  maladie^  ou  du  moins,  s'il  s'agit 
de  deux  maladies  nosograpliiquement  différentes ,  la  même  cause 
semble  provoquer  Vune  et  Vautre  et  en  diriger  révolution. 

«  Dans  celle-ci  comme  clans  celle-là,  l'hypertrophie  primitive 
du  squelette  et  Thypertrophic  secondaire  des  parties  molles  se 
produisent  dans  un  laps  de  temps  déterminé,  puis  le  processus 
ostéogénique  s'arrête. 

«  Si  cette  époque  du  temps  pendant  laquelle  l'exubérance 
de  l'ossature  s'accomplit  appartient  à  Yadolescence  et  à  la 
jeunesse,  le  résultat  est  le  gigantisme^  et  non  l'acromégalie. 

«  Si  elle  appartient  à  l'âge  adulte.,  c'est-à-dire  à  une  époque 
de  la  vie  où  la  stature  est  depuis  longtemps  un  fait  acquis,  le 
résultat  est  Vacromégalie. 

«  Si  enfin,  après  avoir  appartenu  au  temps  de  la  jeunesse, 
pendant  lequel  la  taille  continue  à  s'accroître,  elle  empiète  sur 
le  temps  où  l'on  est  homme  fait,  en  d'autres  termes  sur  la 
phase  de  l'existence  qui  ne  comporte  plus  de  développement 
ostéogénique,  le  résultat  est  la  combinaison  de  racromégalie  et 
du  gigantisme. 

«  ...Vacromégalie  est  le  gigantisme  de  V adulte.,  Je  gigantisme  est 
Vacromégalie  de  V adolescent  [^).  » 

Et  d'autre  part,  l'année  suivante,  voici  coaimcnt  Brissaud, 
à  la  Société  médicale  des  hôpitaux  (14  mai  1896),  répondait  aux 
objections  formulées  par  Pierre  Marie  et  reproduites  ci-dessus  : 
«  Il  semble  à  M.  Marie  que  c'est  «  retourner  au  point  de  dé- 
part que  de  vouloir  identifier  le  gigantisuie  avec  l'acromégalie, 
alors  que,  dans  une  revue  datée  de  1889,  il  s'efforçait  de 
distinguer  l'une  de  l'autre  ces  deux  affections  ».  Sur  ce  premier 
point,  le  reproche  ne  porte  pas  :  en  madère  de  doctrines  médi- 
cales, on  revient  souvent  au  point  de  départ.  C'est  môme  là  une 
des  formes  du  progrès.  Les  opinions  se  meuvent  un  peu 
comme  la  roue  de  la  Fortune.  La  roue  tourne,  mais  elle 
avance;  et,  après  une  révolution  complète,  le  point  de  départ 
est  derrière  elle.  Si  nous  sommes  revenus  au  point  de  départ, 
c'est-à-dire  à  la  théorie  uniciste,  nous  prétendons  quand  même 
avoir  fait  quelque  chemin. 


(M  Brissaud  cl  Meige,  Gigantisme  el  acromégalic.  Jour  a.  de  méd.  et  de  chi',\ 
pratiques,  25  janvier  1895,  p.  73  el  76. 

LVUNOIS    ET    nOY.  14 


210  (HGAMISME  ET  ACROMEGÂLIE. 

u  Tous  les  acromégaliques  sont  loin  d'être  des  géants  »,  dit 
M.  Marie.  D'accord,  cela  ne  prouve  pas  que  les  uns  et  les 
autres  soient  différents  par  nature.  Les  dimensions  extérieures 
n'ont  qu'une  valeur  relative;  je  le  dénionlrerai  tout  à  riieurc. 
M.  Marie  dit  encore  :  «  Dans  le  gigantisme,  l'aspect  n'est  nulle- 
ment celui  que  l'on  constate  dans  l'acromégalie.  »  Nous  ne 
l'avons  pas  nié  davantage.... 

«  Notre  contradicteur  résout  trop  prestement  la  difficulté 
quand  il  dit  :  «  Ce  terme  de  géant  comprend  des  états  forts 
«  divers.  Prenons  par  comparaison  le  terme  symétrique,  celui 
«  de  nain.  Nous  y  voyons  des  rachitiques,  des  syphilitiques  lié- 
«  réditaires,  myxœdcmateux,  etc.,  pourquoi  n'en  serait-il  pas  de 
«  même  des  géants?  »  Pourquoi?  je  vais  le  dire.  Cette  liste  des 
états  morbides  qui  permettent  de  considérer  le  nanisme  comme 
quelque  chose  de  très  vague  et  de  réellement  indéterminé, 
M.  Marie  aurait  pu  l'augmenter  encore.  Mais  il  eût  été  bien 
embarrassé  d'augmenter  la  liste  des  états  morbides  qui  don- 
nent lieu  au  gigantisme.  Parmi  ceux-là  il  cite  l'acromégalie  et 
la  syphilis  héréditaire.  L'acromégalie,  c'est  la  question  même, 
et  je  n'en  parle  pas.  Quant  au  pouvoir  giganlogènede  la  vérole, 
les  preuves  n'en  sont  pas  encore  éclatantes.  Il  me  semble  que 
la  moyenne  de  la  taille  humaine  aurait  dû  prodigieusement 
augmenter  depuis  la  découverte  de  l'Amérique,  si  cette  vertu 
n'était  pas  usurpée.  Non,  le  gigantisme  n'est  pas  à  l'antipode 
du  nanisme  au  point  de  vue  pathologique  et  la  comparaison 
n'est  pas  justifiée.  D'ailleurs,  il  est  facile  de  se  rendre  compte 
par  les  chiffres  que,  ne  relevant  que  de  lui-même  et  indépen- 
dant de  tant  d'autres  circonstances  morbides  capables  de 
produire  le  nanisme,  il  est,  en  fait,  beaucoup  plus  rare  que  ce 
dernier^  Qu'on  ouvre  simplement  le  livre  si  intéressant  de 
Garnier,  Sur  les  Géants  et  les  Nains,  et  l'on  constatera  que  le 
chapitre  où  il  traite  des  nains  occupe  250  pages,  tandis  que 
celui  consacré  aux  géants  n'en  compte  que  50  à  peine. 

((  Les  chiffres  ont  une  signification  encore  plus  éloquente 
lorsqu'on  envisage  sans  parti  pris  les  rapports  numériques  des 
cas  d'acromégalie  et  de  gigantisme.  D'après  Sternberg,  sur 
34  cas  de  gigantisme  existant  dans  la  science  et  présentant  des 
garanties  suffisantes  d'examen,  14  sont  des  cas  d'acromégalie, 
soit  42,0  pour  100.  P.  Marie  constate  que,  «  si  c'estlà  un  chiffre 


GIGANTISME  ET  ACROMEGAfJK.  211 

«  considérable,  il  n'en  est  pas  moins  vrai  que  racromégalic  ne 
<c  fournit  pas  môme  la  moitié  des  cas  de  gigantisme  connus  ». 

((  Assurément,  mais  faut-il  en  induire  que  Tacromégalie  soit 
purement  et  simplement  un  des  facteurs  du  gigantisme? 

«  Pas  du  tout,  nous  allons  le  voir.  Cette  statistique  de 
Sternberg  met  en  relief  un  fait  sur  lequel  Pierre  Marie  ne  s'était 
pas  jusqu'ici  prononcé,  à  savoir  que  la  moitié  des  cas  de 
gigantisme  authentique  font  retour  à  Tacromégalie. 

(<  De  combien  d'états  morbides  se  compose  donc  l'autre 
moitié? 

«  A  mon  avis,  d'un  seul,  qui  est  le  gigantisme  proprement 
dit,  essentiel,  si  l'on  veut,  c'est-à-dire  celui  qui  ne  consiste  que 
dans  V exagération  (Vun  processus  normal.  Or,  je  ferai  observer 
que  bon  nombre  de  géants,  ressortissant  à  cette  seconde 
moitié,  peuvent  être  des  acromégaliques  sans  présenter,  d'une 
manière  évidente,  les  caractères  morphologiques  qui  rendent 
du  premier  coup  le  diagnostic  indiscutable 

...((  Uacromégalie  continue  le  gigantisme.  Qu'on  interroge  avec 
soin  les  géants  acromégaliques,  qu'on  s'efforce  de  savoir  très 
exactement  l'époque  de  leur  vie  où  les  protubérances  de  l'acro- 
mégalie  ont  commencé  à  poindre,  et  voici  ce  qu'on  apprendra 
toujours,  nous  le  prétendons  du  moins  jusqu'à  plus  ample 
informé  :  c'est  que  les  difformités  acromégaliques  n'ont 
apparu  qu'au  moment  où  la  taille  est  devenue  définitive. 
Pendant  la  période  de  croissance,  les  proportions  respectives 
des  différentes  parties  du  squelette  étaient  demeurées  nor- 
males. L'acromégalie  ne  se  révèle  donc  qu'à  partir  du  jour  où 
le  développement  en  longueur  est  enrayé  par  la  soudure  indes- 
tructible des  cartilages  diaphysaires. 

«  L'exagération  du  processus  normal  se  poursuit  néan- 
moins chez  quelques  sujets  au  delà  du  laps  de  temps  prévu 
par  la  croissance.  Jusqu'alors  les  rapports  réciproques  des  dif- 
férentes parties  du  squelette  n'avaient  éprouvé  aucune  modifi- 
cation appréciable,  et  l'équilibre  organotaxique  n'avait  pas  été 
troublé.  Mais,  si  la  couche  périostique  d'ossification  n'inter- 
rompt pas  sa  besogne  histogénique  en  même  temps  que  le 
cartilage  inter-épiphyso-diaphysaire,  toutes  les  tètes  osseuses, 
toutes  les  sutures  des  os  longs,  toutes  les  tables  externes  des 
os  larges  vont  s'épaissir.   La  main,  par  exemple,  ne  pouvant 


212  GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 

plus  s'accroître  en  longueur,  va  augmenter  en  largeur  et  en 
épaisseur.  L'hypertrophie  se  fait  dans  le  sens  des  deux  dimen- 
sions de  l'espace  restées  lihres.  Et  cette  hypertrophie,  qui  par 
une  sorte  de  vitesse  acquise,  n'est  que  la  suite  d'un  travail 
physiologique  excessif  et  depuis  longtemps  commencé,  repré- 
sente finalement  un  type  complexe,  qui  n'est  ni  de  hasard  ni  de 
convention  et  auquel  on  pourra,  si  l'on  veut,  donner  le  nom 
épouvantable  à'acroniégalo-gigantisme.  Tant  mieux  pour  le 
géant  si  la  vitesse  acquise  est  épuisée  avant  la  fin  de  la  crois-  - 
sance;  on  peut  se  consoler  d'une  taille  exorbitante  quand  on 
n'est  pas  difforme.  Tant  pis,  si  l'ostéogénie  périostique  n'est 
pas  enrayée  à  la  fm  de  l'adolescence;  on  n'était  que  géant,  on 
devient  acromégalique;  et  à  plus  forte  raison,  tant  pis  encore, 
si,  en  vertu  d'un  réveil  mystérieux  et  imprévu  de  l'énergie  de 
développement,  l'ostéogenèse  reprend  sur  de  nouveaux  frais 
lorsqu'on  a  fini  depuis  longtemps  de  grandir.  Il  faut  se  rési- 
gner à  n'être  qu'un  vulgaire  acromégalique  et  l'on  n'a  même 
pas  la  compensation  d'une  belle  prestance.  Ces  réveils  tardifs 
de  la  force  ostéogénique  ne  sont  pas  exceptionnels  :  la  patho- 
logie humaine  et  animale  nous  en  offre  par  centaines  de  très 
curieux  exemples. 

«  11  ne  faut  pas  prendre  absolument  au  [lied  de  la  lettre  la 
formule  :  le  gigantisme  est  l'acromégalie  de  l'adolescence, 
pour  la  simple  raison  que  Y  adolescence  n'est  pas  une  période 
mathématiquement  définie.... 

«  ...Je  modifierai  notre  première  formule  et,  sans  en  rien 
changer  quant  au  fond,  je  dirai  :  I^e  gigantisme  est  l'acromé- 
galie de  la  période  de  croissance  proprement  dite,  l'acromégalie 
est  le  gigantisme  de  la  période  de  croissance  achevée]  Vacromé- 
galo-gigantisnie  est  le  résultat  d'un  processus  commun  au 
gigantisme  et  à  l'acromégalie,  empiétant  de  l'adolescence  sur 
la  maturité  (').  » 

Enfm  les  conclusions  de  Woods  Hutchinson,  en  lOOO,  sont 
tout  aussi  explicites  que  celles  de  Brissaud  : 

«  Tous  ces  faits  justifient  du  moins  cette  tentative  de  conclu- 
sion, jusqu'à  ce  que  l'évidence  du  contraire  soit  produite,  que 
V acromégalie  et  le  gigantisme  sont  simplement  des  expressions  diffe- 

(')  Brissaud.  Sur  les  rapports  réciproques  de  rAcromégalie  el  du   Gigan- 
tisme. Soc.  yiéd.  des  Hôp.,  14  mai  1896. 


GIGANTISME   ET  ACROMEGALIE.  213 

rentes  cVun  seul  et  même  état  morbide;  en  d'autres  termes,  que 
l'acromégalie  est  une  tendance  à  la  croissance  générale  qui, 
pour  certaines  raisons,  ne  commence  pas  à  se  manifester  avant 
que  la  taille  adulte  ait  été  atteinte  et  qui,  par  conséquent,  se 
manifeste  sur  les  points  du  corps  où  la  croissance  cesse  en 
dernier  (les  extrémités  des  os  longs  et  les  segments  distaux  des 
membres)  ;  secondement,  que  le  gigantisme,  dans  la  grande 
majorité  des  cas,  est  le  même  état  se  manifestant  dans  l'en- 
fance ou  avant  que  la  taille  adulte  ait  été  atteinte,  et  que,  par 
suite,  la  croissance  y  est  plus  symétrique  et  moins  strictement 
confinée  aux  derniers  segments  des  membres  et  aux  épiphyses; 
dans  quelques  cas,  toutefois,  la  tendance  semble  être  pour 
ces  derniers  segments  de  croître  d'une  manière  asymétrique 
et  excessive  ;  troisièmement,  qu'étant  donnés  la  brièveté  de 
la  vie,  la  stérilité,  la  débilité  mentale,  le  développement  phy- 
sique faible  et  incomplet  des  géants,  nous  sommes  justifiés 
à  regarder  l'acromégalie  et  le  gigantisme  comme  deux  états 
morbides  ayant  presque  exactement  la  même  évolution  et  com- 
portant un  pronostic  identique;  enfin,  que  dans  le  pour- 
centage remarquablement  étendu  de  tous  les  cas  soigneuse- 
ment étudiés  des  deux  affections,  dans  lesquels  se  trouve  notée 
V hypertrophie  du  corps  pituitaire^  nous  avons  ce  qui  semble  être 
la  hase  pathologique  commune  de  ces  deux  états  morbides  Ç).  » 

Pour  notre  part,  nous  partageons  absolument  les  opinions 
exprimées  par  tous  ces  auteurs,  notamment  par  Brissaud  et 
Meige,  et  par  Hutchinson.  Nos  études  sur  le  gigantisme,  entre- 
prises sans  parti  pris  et  sans  avoir  pu  prévoir  à  l'avance  les 
résultats  qu'elles  nous  donneraient,  nous  ont  tout  naturelle- 
ment conduits  à  des  conclusions  identiques  :  nous  avons  tenu 
à  remonter  aux  sources,  à  relire  soigneusement  et  dans  le  texte 
original  la  plus  grande  partie  de  la  littérature  gigantologîque, 
et  nous  nous  trouvons  obligés  de  déclarer  que  nous  sommes 
encore  à  chercher  l'observation  précise  et  complète  d'un  géant 
(squelette,  géant  vivant  ou  géant  autopsié)  qui  ne  présente  ni 
déformations  acromégaliques,  ni  tumeur  du  corps  pituitaire. 
Nous  ne  voulons  pas   affirmer  qu'un  tel  géant  ne  puisse  se 


(*)  Woods  Hutchinson.  La   glande  piUiitaire  considérée  comme  facteur  de 
racromégalie  et  du  gigantisme.  Neiv-York  med.  Journ.,  14  juillet  1900,  t.  II,  p,  92. 


214  GTCANTISME  ET  ACROMÉGALIE. 

rencontrer;  mais,  en  ce  qui  nous   concerne,  nous  ne  l'avons 
pas  trouvé. 

Et  pourtant  nous  l'avons  consciencieusement  cherché  :  tout 
récemment  encore  nous  faisions  une  enquête  pour  savoir  si  on 
avait  pu  pratiquer  l'autopsie  du  fameux  Géant  Constantin,  qui 
se  montra  avec  succès  clans  un  Music-Hall  de  Paris,  il  y  a 
quelques  années,  et  qui  succomba  aux  suites  d'une  septicémie 
gangreneuse  à  l'hospice  civil  de  Mous  [Belgique);  et  voici  ce 
que  très  aimablement  nous  répondait  le  docteur  Dufrane  (de- 
Mons)  : 

«...  Du  côté  du  cerveau,  ce  qui  nous  frappa,  c'est  le  dévelop- 
pement de  la  glande  pituitaire,  du  volume  d'une  grosse  noix. 
La  selle  turcique  qui  la  contenait  était  tellement  profonde 
qu'en  soulevant  la  base  du  cerveau  il  nous  sembla  tomber 
dans  le  canal  médullaire....  »  (Lettre  inédite  à  P.-E.  Launois, 
18  janvier  1905.) 

On  lira  plus  loin  (page  517)  l'observation  du  Géant  Constantin, 
([ue  nous  avons  publiée  ultérieurement  avec  la  collaboration  de 
Dufrane. 

Donc,  «  jusqu'à  ce  que  l'évidence  du  contraire  soit  pro- 
duite »,  nous  devons  tenir  pour  exactes  les  conclusions  for- 
mulées par  Brissaud  et  Meige  et  par  Woods  Hutchinson. 

Si  pourtant  il  fallait  modifier  une  fois  de  plus  la  formule 
Brissaud-Meige.  nous  proposerions  de  l'étendre  encore,  en  la 
précisant,  instruit  par  l'exemple  de  notre  Géant  Charles,  aux 
cartilages  de  conjugaison  encore  persistants  à  30  ans,  et  dé 
dire  que,  non  seulement  le  gigantisme  est  l'acromégalie  de 
l'adolescence  ou  même  de  la  période  de  croissance,  mais,  plus 
précisément  encore,  que  le  gigantisme  est  Vacromégalie  des  sujets 
aux  eart liages  épiphysaires  non  ossifiés,  quel  que  soit  leur  âge. 

Mais,  à  notre  avis,  le  problème,  si  longuement  controversé, 
de  l'identité  de  nature  du  gigantisme  et  de  l'acromégalie  doit 
être  aujourd'hui,  sinon  entièrement  résolu,  du  moins  reculé 
jusqu'à  la  glande  pituitaire,  en  raison  de  la  particulière  con- 
stance de  la  lésion  de  cet  organe;  et  nous  dirons  simplement, 
une  fois  de  plus,  que,  sans  préjuger  de  la  nature  et  des  causes 
encore  mal  connues  de  ces  deux  états  morbides,  V aeromégalie 
et  te  gigantisme  nous  apparaissent  comme  des  syndromes  pilui- 
taires,  dont  nous  aurons  à  préciser  la  valeur  et  les  rapports. 


GlGANTJSMEiJET .  A(  JHOMÉGALIE:  215 

mais  dont,  dès  à  présent,  il  est  possible  de  tracer  les  caractères 
distinctifs. 

Avant  d'aborder  leur  description,  on  doit  reconnaître,  avec 
Pierre  Marie  et  Sternberg,  que  tous  le&géanls  ne  présentent  pas  de 
déformations  acromégatiques.  Mais,  comme  on  le  verra  plus  loin, 
en  étudiant  le  géant  Constantin  (page  517)  nous  croyons  avoir 
démontré  que  tous  ceux  du  moins  qui  ne  sont  pas  déjà  acronié- 
galiques  sont  aptes  à  le  devenir. 


CHAPITRE  IV 
DESCRIPTION    DU   GIGANTISIViE   ACROMÉGALIQUE 

Le  gigantisme  acromégalique  est  cette  forme  clinique  du  gigan- 
tisme où  la  dysharmonie  morphologique  et  fonctionnelle  caractéris- 
tique reproduit,  à  un  degré  plus  ou  moins  accentué,  les  syptômes  et 
les  déformations  acromégaliques,  après  soudure,  relardée  ou  non, 
des  épiphyses  aux  diaphyses. 

Cbez  nombre  de  géants,  comme  chez  notre  tambour-major, 
on  retrouve  la  plupart  des  stigmates  de  Tacromégalie.  Tantôt, 
peu  marquées,  les  difformités  doivent  être  recherchées,  tantôt, 
très  accusées,  elles  attirent  l'attention  à  la  simple  inspection  et 
sont  aussi  remarquables  que  les  dimensions  exagérées  de  la 
taille  du  sujet  qui  en  est  porteur.  Le  volume  considérable  et 
disproportionné  des  mains  et  des  pieds,  l'aspect  disgracieux, 
parfois  même  repoussant,  du  visage,  l'affaissement  souvent 
notable  du  tronc  rendent  peu  enviable  l'apparent  prestige  de  la 
taille  gigantesque,  même  aux  yeux  du  profane  qui,  cependant, 
ne  pose  pas  le  diagnostic  d'acromégalie  en  présence  du  sujet 
exhibé.  Et,  pour  la  plupart  des  phénomènes  forains,  le  cachet 
d'anomalie  monstrueuse  ou  pathologique  que  nous  voudrions 
attacher  au  mot  même  de  Géant  ne  paraît  certes  pas  déplacé. 

C'était  véritablement  le  cas  pour  le  géant  Jean-Pierre  Mazas 
de  Montastruc,  si  bien  étudié  par  Brissaud  et  Meige('),  en  1895, 

(*)  E.  Brissaud  et  H.  Meige,  Gigantisme  et  acromégalie.  Journ.  de  mccl.  el  de 
chir.  prat.,  25  janvier  1895,  p.  49,  art.  16  208. 


216 


GIGANTISME  ET  AGHOMEGALIE. 


et  qui,  jusqu'à  ces  dernières  années,  était  traîné  à  travers  les 
fêtes  et  les  champs  de  foire,  lamentable  débris  d'une  vigueur  et 
d'une  taille  jadis  phénoménales,  incapable,  dans  les  derniers 
jours  d'exhibition,  de  se  tenir  debout  et  se  contentant  d'exposer 
devant  ses  curieux  visiteurs  la  colossale  envergure  de  ses  deux 

bras  étendus. 

Représentant  le  type  plus 
achevé  de  géant  acroméga- 
lique,  il  doit  être  choisi 
comme  sujet  de  description. 
Celle  qu'en  ont  donnée  Bris- 
saud  et  Meige  ne  peut  être 
égalée;  le  mieux  est  de  la 
j|  reproduire  in  extenso. 


Observation  IX. 
(Brissaud  et  Henry  Meige.) 

Jean- Pierre  Mazas, 
géant  de  Moniastruc  (i). 

I.  Les  bizarreries  du  corps  hu- 
main ont  toujours  donné  pré- 
texte à  des  exhibitions. 

A  côté  des  géants  et  des  nains, 
qui  sont  de  toutes  les  fêtes,  on 
voit  les  hommes-poissons,  les 
femmes  colosses,  les  hommes- 
chiens,  etc.  La  description  de 
ces  monstruosités  trouve  sa 
place  dans  les  traités  de  derma- 
tologie ou  de  tératologie.  On  a 
bien  raison  de  ne  pas  faire  fi  de 
la  curiosité  qu'elles  inspirent  ; 
elles  ont  conduit  parfois  à  d'in- 
téressantes découvertes. 

Nous  avons  vu  dans  une  foire 
un  bel  exemple  d'atrophie  mus- 
culaire présenté  au  public  sous  le  nom  d'homme-squelette. 


FiG.  50.  —  Jean-Pierre  Mazas, 
géant  de  Montaslriic.    (Brissaud  et  H.  Meige. 


(')  Brissaud  et  Meige,  Journ.  de  méd.  et  de  cliir.  pral.,  25  janv.  1895. 


GIGANTISME   ET  ACROMEGALIE. 


217 


Un  hasard  du  même  genre  nous  a  permis  d'observer  un  curieux  cas 
à'acromégalie  associée  au  gigantisme. 

L'été  dernier,  à  la  fête  foraine  de  l'Esplanade  des  Invalides,  une  gros- 
sière peinture  sur  toile,  tendue  sur  la  façade  d'une  baraque,  représen- 
tait un   personnage  colossal,   debout,  au   milieu  d'un  paysage  fantai- 
siste.  Malgré    la    médiocrité 
de  l'exécution,  il  y  avait  dans 
la  figure  de  ce  géant  un  trait 
significatif  :    elle  était  toute 
en  mâchoire.    En  outre,   les 
pieds  et  les  mains  semblaient 
d'excessives  dimensions. 

Ces  disproportions  cho- 
quantes pouvaient  être  mises 
sur  le  compte  de  l'impéritie 
d'un  artiste  très  préoccupé 
de  représenter  un  être  phé- 
noménal. Elles  évoquaient  ce- 
pendant le  souvenir  d'une  dé- 
formation pathologique  bien 
connue,  et  il  n'était  pas  im- 
possible que  l'auteur  de  cette 
peinture  eût  consciencieuse- 
ment reproduit  son  modèle. 

Nous  en  fûmes  bientôt  con- 
vaincus. 

Un  prospectus  faisait  déjà 
connaître  quelques  détails 
peu  ordinaires  sur  le  sujet 
enfermé  dans  la  baraque.  Et, 
pour  allécher  le  public,  celui- 
ci  passait  de  temps  en  temps, 
au  travers  dune  ouverture 
ménagée  à  cet  effet,  une  main 
dont  les  proportions  gigan- 
tesques laissaient  deviner  un 
corps  à  l'avenant. 

Pour  un  sou,  l'on  entrait. 

Sur  une  estrade,  le  person- 
nage figuré  à  lextérieur, 
prétentieusement  accoutré, 
exhibait  ses  formes  colos- 
sales. 

L'artiste  avait  vu  juste:  Un  corps  énorme  et  déformé,  une  tète  au 
maxillaire  inférieur  très  proéminent,  des  mains  et  des  pieds  hors  de 
toute  proportion. 


FiG.  ol.  —  .lean-Pierre  Mazas, 
géant  de  Montastruc.(  Brissaud  et  H.  Meige.) 


218 


GIGANTISME  ET  AGRUMÉGALIE. 


■    Si  le  phénomène  en  question  était  bien  un   géant,  c'était  aussi  un 
acromégalique. 

•  Désireux  de  fexaminer  plus  complètement,  nous  lui  avons  demandé 
de  venir  un  matin  à  rhôpital.  Après  bien  des  difficultés,  il  y  consentit, 
t.,  et   nous   avons    pu    recueillir  en 

détail  son  observation. 

II.  Histoire  clinioue.  —  .Jean- 
PiERBE  Mazas,  âgé  de  47  ans,  est 
né  à  Moiitastruc  (llaute-Garoiute), 
d'une  famille  de  paysans  sur  la- 
quelle il  n'a  pas  su  fournir  de 
renseignements  précis.  Son  inter- 
rogatoire est  d'ailleurs  assez 
malaisé:  Jean-Pierre  ne  parle,  ou 
ne  veut  parler,  que  le  patois  de 
son  pays.  Il  comprend  cependant 
le  français,  mais  se  contente  de 
réponses  vagues  ou  laconiques 
qui  nous  sont  traduites  par  une 
femme  servant  à  la  fois  de  barnum 
et  de  truchement. 

Nous  savons  seulement  que  tous 
les  membres  de  sa  famille  sont  en 
bonne  santé  et  vigoureux-  ;  beau- 
coup sont  de  grande  taille,  mais 
non  gigantesques. 

Lui-même  a  toujours  élé  bien 
portant  dans  son  enfance,  et,  jus- 
qu'à seize  ans,  sa  taille  n'avait  rien 
d'extraordinaire. 

A  cette  époque,  il  commença  à 
grandir    d'une    façon    excessive, 
sans  cesser  toutefois  de  se  bien 
porter.  Il  travaillait  aux  champs 
et  était  d'une  force  remarquable. 
A  l'âge  de  21  ans,  lorsqu'il  passa 
le  conseil  de  revision,  il  avait  at- 
teint la   taille  colossale  de  deux 
mètres  douze  centimètres.  Passé  ce 
temps,  il  aurait  encore  grandi  de 
huit   centimètres.    Sa   santé   resta 
excellente  pendant  plus  de  quinze 
années,  sa  force  était  célèbre  dans  toute  la  région.  Jean-Pierre  le  labou- 
reur maniait  sa  charrue  avec  une  maestria  que  lui  enviaient  les   plus 
robustes  cultivateurs.  Son  poids  était  de  160  kilogrammes. 
Vers  l'âge  de  57  ans,  en  soulevant  un  fardeau  très  pesant,  Jean-Pierre 


FiG.  o^.  —   .Jean-Pierre  Mazas, 
^eant  de  Monlastriic.  (Bkissaid  et  H.  Meigi;.) 


GIGANTISME  ET  AGROMÉGALIE. 


219 


ressentit  une  violente  douleur  dans  le  dos.  Selon  lui,  il  se  serait  frac- 
turé la  colonne  vertébrale.  Quoi  cju'il  en  soit  de  cette  explication,  c'est 
depuis  cette  époque  que  la  taille  a  commencé  à  décroître  par  suite 
d'une  déformation  progressive  du  rachis. 

Les  travaux  pénibles  étant  devenus  de  plus  en  plus  difficiles,  .Jean- 
Pierre  dut  renoncer  à  son  métier  de  laboureur. 

II  était  condamné  à  la  misère  quand  un  compère  avisé  lui  proposa 
de  tirer  parti  de  sa  monstruosité  naturelle  et  de  l'exhiber  dans  les 
foires  comme  géant. 

Il  accepta,  et  com- 
mença son  tour  de 
France  en  amassant 
à  chaque  étape  une 
somme  respectable  de 
gros  sous. 

C'est  ainsi  qu'il  ar- 
riva jusqu'à  Paris,  où, 
depuis  près  d'un  an, 
il  est  devenu  une  des 
attractions  des  fêtes 
foraines  annuelles. 

Sans  doute,  il  n'est 
plus  le  géant  dont  la 
taille  atteignit  deux . 
mètres  vingt  centi- 
mètres. Il  ne  mesure 
plus  sous  la  toise 
qu'un  mètre  quatre- 
vingt-six;  son  torse  a 
gagné  en  épaisseur 
une  partie  de  ce  qu'il 
a  perdu  en  hauteur, 
mais  ses  membres 
sont  toujours  gigan- 
tesques, en  particulier 
les  extrémités. 

Malheureusement , 
depuis   deux   ans,  sa 

santé  s'est  altérée.  Il  a  eu  plusieurs  «  fluxions  de  poitrine  »  consécu- 
tives. On  voit  sur  son  corps  la  trace  des  vésicatoires  qui  lui  furent 
appliqués  à  ces  occasions..  La  nuit,  il  transpire  beaucoup;  il  boit  d'ail- 
leurs énormément  :  de  l'eau,  du  vin,  ou  des  liqueurs.  II  éprouve  con- 
stamment une  grande  fatigue.  Enfin,  depuis  un  an,  il  a  des  maux  de 
tête  extrêmement  pénibles,  la  nuit  et  le  jour. 

Son  intelligence  est  lente,  paresseuse.  Son  caractère  est  sombre  et  dif- 
ficile. L'appétit  sexuel  a  complètement  disparu. 


FiG.  53. 


Jean-Pierre  Mazas,  géanl  de  Montastruc. 
(Brissaud  et  H.  Meige.) 


220  GIGANTISME  ET  ACROMEGAUE. 

État  actuel  (13  juin  1894).  —  Il  n'est  pas  aisé  de  décrire  dans  son 
ensemble  ce  corps  difforme  et  colossal.  Les  photographies  que  nous 
avons  faites,  après  avoir  décidé,  non  sans  peine,  le  malade  à  se 
déshabiller,  sont  suffisamment  éloquentes  (Fig.  50,  51,  5"2,  55). 

Avec  ses  bras  démesurés  qui  descendent  jusqu'à  mi-jambe,  son  corps 
penché  en  avant,  sa  face  aux  pommettes  saillantes  et  son  menton  proé- 
minent, Jean-Pierre  rappelle  les  grands  singes  anthropoïdes  dont  il  a 
aussi  le  dandinement  et  certains  gestes  maladroits  ('). 

Dans  la  longueur  des  membres,  dans  la  largeur  des  épaules  et  du 
bassin,  dans  l'énormité  des  extrémités,  on  retrouve  le  géant  qui  mesura 
plus  de  six  pieds  six  pouces.  Mais  il  semble  que  le  corps  ait  été  com- 
primé de  haut  en  bas,  le  segment  inférieur  se  télescopant  dans  le  supé- 
rieur. Entre  le  bassin  et  les  épaules,  une  tranche  du  tronc  de  plus  de 
50  centimètres  de  hauteur  a  disparu  ;  elle  est  remplacée  par  un  amas 
informe  de  bosses  et  de  dépressions  où  il  est  presque  impossible  de 
reconnaître  les  masses  osseuses  ou  musculaires.  Cependant,  dans  leur 
ensemble  et  vues  de  profil  surtout,  ces  déformations  ont  de  grandes 
analogies  avec  celles  de  l'acromégalie  (Fig.  52,  55). 

On  retrouve  en  avant  et  en  arrière  les  deux  bosses  de  Polirltinelle  — 
mais  d'un  polichinelle  énorme,  avec  lequel  l'allongement  du  nez  et 
celui  du  menton  complètent  la  ressemblance. 

La  bosse  antérieure  résulte  à  la  fois  de  la  projection  en  avant  de  la 
partie  inférieure  du  thorax  et  de  l'enfoncement  de  l'abdomen  au-dessous 
et  en  arrière  de  cette  saillie. 

Les  cartilages  costaux  descendent  notablement  au-dessus  de  la  crête 
iliaque;  la  peau,  devenue  trop  lâche  et  sillonnée  de  longs  plis  curvi- 
lignes, s'enfonce  dans  l'encoche  ainsi  formée. 

La  gibhosité  postérieure  est  produite  par  une  cyphose  énorme  de  la 
colonne  dorso-lombaire  et  aussi  par  l'allongement  et  le  chevauchement 
des  côtes  inférieures  (Fig.  52,  55). 

A-U-dessous  d'elle,  dans  la  région  lombo-sacrée,  une  courbure  de  sens 
inverse,  mais  de  bien  moindre  hauteur,  rend  ^encore  plus  sensible  la 
saillie  de  cette  gibbosité. 

A  cette  double  cyphose  s'ajoute  une  double  lordose,  à  concavité  gauche 
dans  la  région  cervico-dorsale,  à  concavité  droite  dans  la  région  dorso- 
lombaire. 

En  haut,  les  apophyses  épineuses  sont  enfoncées  dans  un  sillon 
profond  formé  par  les  bords  internes  des  omoplates  et  leurs  masses 
musculaires. 

En  bas,  et  surtout  au  sommet  de  la  gibbosité,  elles  sont  saillantes  et 
semblent  élargies. 

La  cyphose  inférieure  est  la  plus  prononcée.  De  ce  fait,  toute  la  partie 

(')  L'idée  que  l'acromégalie  était  une  sorte  d'évolution  régressive  vers  le 
type  anthropoïde  a  été  défendue  en  Allemagne  par  Freund.  Elle  a  été  sou- 
tenue de  nouveau  tout  récemment  par  Harry  Campbell.  North.  West.  London 
clin.  Society,  12  décembre  1894, 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE.  221 

supérieure  du  corps  se  trouve  déjetée  à  droite.  Ce  géant  semble  avoir 
été  coupé  par  le  milieu,  et  les  deux  tronçons,  mal  raccordés,  ne  sont 
plus  sur  le  prolongement  l'un  de  l'autre. 

Ainsi,  tandis  qu'à  droite  la  crête  iliaque  pénètre  sous  le  rebord  costal 
inférieur  qui  fait  saillie  sur  le  côté,  à  gauche  au  contraire,  les  côtes 
s'enfoncent  dans  le  bassin  qui  fait  latéralement  une  bosse  proémi- 
nente (Fig.  51). 

La  surface  d'implantation  du  cou  sur  le  tronc  est  presque  verticale. 
La  fourchette  sternale  est  basse  et  les  clavicules  dirigées  d'avant 
en  arrière  à  4f5°.  Aussi  le  cou,  fortement  rejeté  en  arrière,  paraît-il 
encore  plus  long  par  devant.  Quand  la  tête  regarde  directement  en 
face,  la  distance  du  menton  à  la  fourchette  sternale  est  de  41  centi- 
mètres. 

Le  cartilage  thyroïde  n'est  pas  très  saillant. 

La  circonférence  du  cou,  à  ce  niveau,  est  de  46  centimètres.  Le  corps 
thyroïde  est  peu  développé. 

On  apprécie  mal  le  déplacement  des  omoplates,  mais  l'épaule  gauche 
est  sensiblement  plus  élevée  que  la  droite. 

Quant  aux  côtes,  les  inférieures  surtout  sont  extraordinairement  défor- 
mées, chevauchant  les  unes  sur  les  autres,  bosselées  et  comme  coudées 
en  certains  endroits.  11  est  difficile  de  juger  si  elles  ont  subi  dans  leur 
ensemble  une  augmentation  d'épaisseur  ;  mais  leurs  courbures  sont 
méconnaissables. 

La  circonférence  du  thorax  au  niveau  de  la  ligne  mamelonnaire  est  de 
155  centimètres.  Sa  plus  grande  circonférence,  passant  par  le  sommet 
des  gibbosités,  dépasse  186  centimètres. 

Il  n'y  a  pour  ainsi  dire  plus  de  ventre.  La  paroi  abdominale  antérieure 
est  remplacée  par  une  série  de  bourrelets  séparés  par  des  plis  profonds 
au  milieu  desquels  est  perdu  l'ombilic.  La  majeure  partie  s'enfonce  sous, 
le  bord  inférieur  du  thorax  :  les  cartilages  costaux  et  l'appendice 
xiphoïde  sont  presque  en  contact  avec  le  pubis.  Les  mamelons  sont  à  la 
hauteur  de  Vépine  iliaque  antéro-supérieure. 

Le  bassin  ne  semble  pas  avoir  subi  de  modifications  notables;  d'ail- 
leurs on  en  juge  mal,  puisqu'il  est  enfoui  sous  le  thorax;  la  crête 
iliaque  du  côté  droit  cfui  fait  saillie  est  cependant  fort  épaisse. 

Les  os  des  membres  sont  gigantesc[ues,  mais  assez  bien  proportionnés. 
Au  voisinage  des  extrémités  ils  sont  notablement  épaissis. 

Les  plateaux  internes  des  tibias  sont  très  larges.  Mais  c'est  surtout 
au  niveau  des  malléoles  C|ue  l'hypertrophie  osseuse  est  visible.  Les 
extrémités  inférieures  du  tibia  et  du  péroné  forment  sous  la  peau  deux 
énormes  reliefs  arrondis  qui  modifient  complètement  la  morphologie 
de  la  région  tibio-tarsienne. 

La  circonférence  passant  par  l'extrémité  inférieure  des  deux  malléoles 
est  de  38  centimètres. 

Le  poignet  est  aussi  fort  gros.  Sa  circonférence  est  de  25  centimètres. 

Après  le  torse,  la    mai)i   est    surtout  d'apparence  monstrueuse  ;    sa 


222  GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 

forme  est  régulière,  mais  elle  est  démesurément  agrandie  dans  toutes 
ses  dimensions. 

Les  parties  molles  ne  semblent  pas  participer  à  l'hypertrophie.  Les 
doigts  n'ont  pas  cette  apparence  de  boudin  signalée  dans  l'acromé- 
galie.  Mais  la  peau  est  dure,  coriace,  très  épaisse;  ses  plis  sont  nom- 
breux et  profondément  creusés. 

Les  ongles  ne  sont  pas  comparativement  très  larges. 

On  y  voit  nettement  la  striation  longitudinale  décrite  par  P.  Marie, 
et  qu'on  retrouve  d'ailleurs  chez  un  assez  grand  nombre  de  sujets  de 
grande  taille  non  acromégaliques. 

La  pulpe  des  doigts  atteint  son  maximum  de  développement  au 
pouce  avec  lequel  Jean-Pierre,  comme  il  est  annoncé  dans  le  boni- 
ment, peut  couvrir  une  pièce  de  cinq  francs. 

Face.  —  Ce  qui  frappe  aussitôt  dans  la  physionomie,  c'est  l'énormité 
de  la  mâchoire  inférieure  et  la  proéminence  des  pommettes  (Fig.  55). 

La  face  semble  donc  allongée  dans  le  diamètre  vertical,  avec  une 
double  saillie  latérale  au-dessous  de  la  ligne  bi-oculaire. 

Le  front  étroit,  bas,  est  sillonné  de  rides  irrégulières  courtes  et  pro- 
fondes. Les  plus  creuses  convergent  vers  la  racine  du  nez.  Les  arcades 
sourcUières  sont  saillantes. 

Les  cheveux  sont  abondants,  pas  très  gros,  grisonnants,  un  peu 
crépus.  Les  sourcils  épais,  touffus. 

h'œil  est  à  demi  couvert  par  les  paupières  plissées  et  creusées  de 
grosses  rides.  Les  conjonctives  sont  très  rouges. 

La  saillie  des  os  malaires  est,  nous  l'avons  dit,  considérable;  ceux-ci 
forment  de  chaque  côté  de  la  face  deux  grosses  éminences  qui  font 
paraître  l'œil  très  enfoncé.  De  même,  au-dessous  d'eux,  les  joues 
semblent  creuses.  La  peau  épaisse  et  foncée  qui  les  recouvre  est 
sillonnée  de  deux  ou  trois  rides  curvilignes  profondes  qui  circon- 
scrivent les  commissures. 

Le  nés  est  long,  fort,  un  peu  busqué,  mais  sa  largeur  n'est  pas 
excessive. 

La  honche  n'est  pas  disproportionnée.  Les  commissures  sont  toutes 
les  deux  tombantes  et  se  perdent  dans  une  courte  fossette. 

Le  bord  rouge  de  la  lèvre  supérieure  est  complètement  caché,  celui 
de  la  lèvre  inférieure  au  contraire  est  très  apparent.  Cette  dernière  est 
proéminente  sans  être  augmentée  de  volume.  L'hypertrophie  du  maxil- 
laire inférieur  en  est  assurément  la  cause,  car  les  dents,  régulières  et  de 
grosseur  normale,  qui  s'y  implantent,  sont  situées  sur  un  plan  anté- 
rieur à  celui  des  dents  supérieures.  De  là  résulte  un  prognathisme  très 
accusé. 

Le  maxillaire  inférieur  est,  en  effet,  accru  dans  toutes  ses  dimen- 
sions, tant  dans  sa  partie  inférieure  (mentonnière)  que  dans  ses 
branches  verticales. 

L'hypertrophie  n'est  pas  symétrique;  elle  est  beaucoup  plus  mar- 
quée du   côté  gauche  et  l'angje  de  la  mâchoire  descend  de  ce  cjôté  un 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE.  223 

centimètre  plus  bas  qu'à  droite.  Le  contour  inférieur  de  la  face  est  de 
ce  fait  plus  anguleux  à  gauche. 

Ouand  le  malade  serre  les  dents,  le  prognathisme  est  encore  plus 
apparent,  c'est  alors  surtout  qu'il  rappelle  le  profil  i  en  casse-noi- 
setle  »  du  polichinelle. 

La  langue  est  élargie,  épaissie.  Cependant,  elle  n'atteint  pas  les  pro- 
portions monstrueuses  signalées  dans  certains  cas  d'acromégalie. 

Les  oreilles  sont  grandes,  mais  régulières  et  bien  ourlées. 

Le  crâne  ne  semble  pas  augmenté  de  volume,  sa  forme  est  un  peu 
allongée  verticalement.  Les  sutures  osseuses  y  sont  très  saillantes  sur- 
tout à  la  région  postérieure;  la  protubérance  occipitale  externe  est 
très  développée. 

La  voix  est  extrêmement  grave  et  sourde. 

Il  nous  a  été  impossible  de  voir  les  organes  génitaux;  le  malade  n'a 
jamais  voulu  se  prêter  à  cet  examen.  On  nous  a  dit  qu'ils  n'avaient 
rien  d'anormal. 

Les  mensurations  suivantes  permettent  d'apprécier  le  développe- 
ment gigantesque  du  malade.  Nous  avons  été  guidés  pour  les  recueillir 
par  les  conseils  éclairés  de  M.  le  D'Paul  Richer,  auquel  nous  emprun- 
tons aussi,  chemin  faisant,  les  proportions  de  l'homme  moyen  d'après 
le  canon  établi  par  lui,  sur  un  très  grand  nombre  de  sujets  adultes  {*). 


Principales  mesures  de  longueur. 

Cenlimclrcs. 

Stature  acLuelle  (station  debout  verticale  symétrique)  .    .  186 

Hauteur  de  la  tête  (du  vertex  au  menton) 20, r> 

Distance  du  menton  à  la    racine  du  nez  (les  màclioires 

serrées 14 

Diamètre  bihuiiiôral 55 

Longueur  du  bras  (de  l'acromion  à  l'extrémité  du  médius)  105 

Coudée 02 

Main 26 

Médius 15,6 

Du  plateau  interne  du  tibia  au  sol 57,5 

Du  grand  trochanter  au  plateau  externe  du  tibia 59 

Principales  mesures  de  circonférences. 

Circonférence  du  cou  (au  niveau  du  cartilage  thyroïde).  .  46 

—  du  thorax  (ligne  mamclonnaire) 155 

—  de  la  taille  .^ 186 

—  de  la  cuisse 59 

—  du  mollet 40 

—  du  bras  (à  son  milieu) 51 

—  du  bras  (au-dessus  du  coude) 51 

—  de  l'avanl-bras 52 

—  du  poignet 25 

(')  Paul  Ricuer,   Canon  des  proportions  du  corps  humain.   Paris,  Delagrave, 
.1895. 


224  GIGANTISME  ET  ACROMÉGALIE. 

Mains.  —  Les  dimensions  sont  sensiblement  les  mêmes  pour  la  main 
droite  et  la  main  gauche. 

Longueur  de   la  main   (depuis  l'interligne  articulaire  du 

poignet  jusqu'à  l'extrémité  du  médius) 26 

Longueur  des  doigts  (prise  dans  la  flexion  à  partir  des  articulations 
métacarpo-phalangiennes)  : 

Index 15 

Médius 15,0 

Annulaire 14 

Auriculaire  . M 

Pouce y 

Largeur  de  la  main  à  la  partie  moyenne  .    .    .   • 14 

Circonférence  de  la  main  au  niveau  de  la  tète  des  méta- 
carpiens   '.    .    : 32 

Circonférence  des  doigts  : 

Pouce           (!'"  phalange) 9,5 

—  (2-=          -^■) 10 

Médius          (2'=          —       ) y 

Index             (2=            -       ) 8,5 

Annulaire     (2"         —       )  •    • •  "^ 

Auriculaire  (2°         —       )  ■   •    ■ ■  '^,4 

Circonférence  du  poignet 25 

PlecU.  —  Ceux-ci  sont  également  très  volumineux. 

Toute  la  peau  est  d'une  épaisseur  extrême.  Les  parties  molles  parti- 
cipent à  l'hypertrophie  et  forment  sur  le  bord  externe  un  épais  bour- 
relet. 

Les  oivjles  sont  aussi  striés  longitudinalement. 

Longueur  totale  du  pied 55 

Circonférence  à  la  partie  moyenne 53 

—  du  gros  orteil 12,5 

—  au  niveau  des  malléoles 58 


Muscles.  —  Jean-Pierre  a  été,  paraît-il,  dans  sa  jeunesse,  d'une  très 
grande  force  musculaire. 

Aujourd'hui  ses  muscles  sont  flasques  et  pour  la  plupart  atrophiés. 

Il  est  cependant  capable  d'exécuter  tous  les  mouvements  qu'on  lui 
commande  et  que  lui  permet  sa  déformation.  Sa  poignée  de  main  est 
encore  redoulable. 

Au  tronc,  l'atrophie  porte  principalement  sur  les  muscles  de  l'omo- 
plate (sus-épineux  et  sous-épineux);  les  pectoraux  sont  réduits  à  de 
minces  lamelles  sous  lesquelles  les  côtes  transparaissent. 

Les  fessiers  ont  presque  complètement  disparu.  La  morphologie  des 
fesses    rappelle   celle  qu'on   observe  chez   les   singes.   L'atrophie   du 


GIGANTISME  ET  ACU^OMEGALIE.  225 

moyen  fessier  n'est  pas  constatable  de  visu;  il  est  permis  de  supposer 
qu'elle  est  aussi  très  avancée,  car  le  malade  a  la  démarche  dandinante 
(démarche  de  canard)  qui  se  retrouve  chez  les  myopathiques. 

Les  muscles  des  cuisses,  et  surtout  ceux  des  jambes,  sont  mous  et 
très  peu  développés.  On  voit  à  peine  se  dessiner  le  relief  du  mollet. 

Au  bras  et  à  l'avant-bras,  même  macilence  musculaire. 

Cependant,  on  peut  dire  d'une  façon  générale  que,  si  les  corps 
charnus  sont  très  peu  saillants,  les  reliefs  qu'ils  forment  n'ont  rien 
d'anormal.  Ils  ne   sont  pas  raccourcis   comme  chez  les  sujets  atteints 


FiG.  oi.  —  Moulage  du  pied  de  Jean-Pierre  Mazas,  géant  de  Montastruc. 
(Brissaud  et  II.  Meige.) 

d'atrophie  musculaire.  Ils  n'ont  pas  non  plus  la  dureté  que  cause  en 
pareil  cas  l'envahissement  fibreux. 

La  peau,  sur  tout  le  corps,  est  épaisse  et  de  teinte  foncée,  fripée  et 
écailleuse  par  places. 

Aux  jambes,  à  la  jambe  gauche  notamment,  on  trouve  de  grosses 
varices  au  niveau  du  creux  poplité  et  au-dessus  des  gastro-cnémiens. 

La  sensibilité  est  normale. 

h'ouie,  le  goût,  l'odorat  ne  paraissent  pas  altérés.  Ici  encore  il  a  été 
difficile  d'obtenir  des  réponses  précises,  Jean-Pierre  se  prêtant  d'assez 
mauvaise  grâce  à  ces  explorations. 

Il  a  été  plus  facile  de  le  décider  à  faire  examiner  ses  yeujc  en 
détail. 

M.  Kœnig  a  bien  voulu  se  charger  de  ce  soin  et  nous  a  communiqué 
les  renseignements  suivants  : 

«  Paupières  augmentées  de  volume.  Kyste  transparent  sur  le  bord 
de   la  paupière  supérieure  gauche,    près  de  l'angle  interne  de  l'œil. 

LAUNOIS   ET    ROY.  15 


226  GIGANTISME  ET  AGROMEGALIE. 

Globe  de  l'œil  gros,  mais  proportionné.  Ptcrygion  à  l'angle  interne  de 
l'œil  droit,  atteignant  par  son  sommet  le  bord  scléro-cornéen. 

«  Pupilles  petites,  réagissant  bien  à  la  lumière  et  à  l'accommodation. 

a  Mouvements  du  globe  oculaire  normaux  dans  toutes  les  directions. 

«  Acuité  visuelle  normale.  Pas  de  diplopie. 

«  Pas  de  lésion  du  fond  de  l'œil. 

«  Pas  de  rétrécissement  du  champ  visuel. 

«  Les  couleurs  sont  bien  reconnues,  sauf  le  violet. 

«  En  outre  de  la  rougeur  des  conjonctives,  le  globe  de  l'œil  est 
extrêmement  vascularisé. 

«  Et  sur  le  fond  de  l'œil  les  veines  apparaissent  grosses  et  turges- 
centes. » 

III.  Telle  est  l'histoire  de  Jean-Pierre  Mazas,  Géant  de  Montastruc. 

C'est  assurément  un  bel  exemple  de  gigantisme,  car  si  Jean-Pierre^ 
depuis  l'effondrement  de  son  torse,  ne  mesure  plus  aujourd'hui  sous 
la  toise  que  186  centimètres,  sa  taille  a  dépassé  à  son  apogée  le  chiffre 
déjà  respectable  de  '2™, 20  ('). 

Mais  Jean-Pierre  n'est  pas  un  géant  vrai.  En  tout  cas,  la  définition 
scientifique  du  gigantisme  ne  peut  lui  convenir  ('-). 

Chez  lui,  l'hypertrophie  du  squelette  s'est  effectuée  en  dehors  des 
lois  de  l'accroissement  proportionné  des  parties  constitutives  du  corps 
humain. 

Eût-il  conservé  la  taille  de  2™, 20,  qu'il  atteignit  vers  sa  25°  année,  le 
développement  de  ses  membres  —  des  supérieurs  surtout  —  a  très 
notablement  outrepassé  les  dimensions  cjur  ceux-ci  auraient  dû  con- 
server pour  rester  dans  une  proportion  harmonieuse. 

Jean-Pierre  mesure  actuellement  240  centimètres  de  grande  envergure 


(')  On  peut  rappeler  à  ce  sujet  la  stature  de  quelques  géants  célèbres  :  un 
Piémontais  de  9  pieds  (M.  Delrio,  Rouen,  1572).  —  Un  squelette  trouvé  près 
de  Salisbury  mesurant  9  pieds  4  pouces  {Gaz.  de  France,  21  sept.  1719).  —  Un 
Suisse  de  8  pieds  cité  par  Bauhin  {De  Hermaphrodit.,  p.  78).  —  Un  Fi'ison  de 
même  taille  (van  Der  Linden,  Pliys.  réf.,  p.  212).  —  Un  Suédois,  garde  du 
corps  du  roi  de  Prusse  :  8  jiieds  1/2  {Wachstum  des  Menschen,  p.  18).  —  Un 
homme  de  même  taille  cité  par  Diemerbrock  {Anat.,  p.  2)  et  une  femme 
(Uffenbach,  Ilin.,  t.  III,  p.  546).  —  Rappelons  encore  les  exemples  rapportés 
par  BuFFON  {Su.ppl.  à  Vhist.  nat.,  t.  XI,  p.  122)  :  un  Finlandais  de  6  pieds 
5  pouces  8  lignes.  —  Le  géant  de  Thoresby  (Angleterre),  7  pieds  8  pouces 
anglais.  —  Le  géant  portier  du  duc  de  Wurtemberg,  7  pieds  8  pouces  1/2,  du 
Rhin,  etc. 

(^)  >'  Un  géant  est  un  être  qui,  exempt  d'ailleurs  de  toute  défectuosité  dans 
les  caractères  essentiels  de  l'organisation,  dépasse  notablement  par  la  taille 
les  autres  êtres  de  la  même  espèce,  parvenus  à  l'âge  adulte.  Le  géant  ainsi 
défini,  et  dont  on  peut  dire  qu'il  est  peut-être  un  être  imaginaire,  doit  se 
montrer  tel  que  l'harmonie  de  structure  de  ses  divers  organes  soit  manifeste- 
ment normale  malgré  le  développement  excessif  de  la  taille.  La  vigueur  phy- 
sique et  la  résistance  aux  causes  de  destruction  doivent  ainsi  être  propor- 
tionnées à  ce  développement  inusité,  la  puissance  génératrice  étant,  du  reste, 
au  moins  égale  à  celle  des  adultes  de  même  espèce.  »  —  O.  Larcher,  in  Dici. 
encyel.  des  se.  méd.,  art.  Géant,  Géanlisme. 


GIGANTISME  ET  ACROMÉGALIE.  227 

(d'une  extrémité    du  médius  à  celle   du   côté  opposé,  les  bras  étant 
horizontalement  mis  en  croix). 

Or,  les  statistiques  de  M.  Paul  Richer  nous  apprennent  que  si,  chez 
l'homme  moyen,  la  grande  envergure  (169  centimètres)  est  sensible- 
ment supérieure  à  la  taille  (165  centimètres),  cette  différence  diminue 
au  fur  et  à  mesure  que  l'on  considère  des  sujets  de  taille  plus  élevée. 
(Pour  une  taille  de  184  centimètres,  la  grande  envergure  est  de  185  cen- 
timètres) ('). 

Dans  notre  cas,  la  grande  envergure  excède  de  20  centimètres  la 
plus  grande  taille  atteinte  par  le  malade.  Actuellement  elle  la  dépasse 
de  54  centimètres. 

Sans  s'attacher  à  ce  second  chiffre,  dont  l'incurvation  rachidienne 
permet  de  comprendre  en  partie  l'élévation,  et  en  ne  s'en  tenant  ciu'au 
premier,  on  voit  dans  quelle  proportion  considérable  les  membres 
supérieurs  se  sont  accrus.  De  plus,  cet  accroissement  s'est  effectué 
surtout  au  profit  des  extrémités.  Nous  en  donnerons  plus  loin  la 
raison. 

A  l'augmentation  générale  du  squelette,  s'ajoute  donc  l'allongement 
des  extrémités;  le  gigantisme  se  complique  d'acromégalie. 

D'ailleurs,  on  retrouve,  dans  le  cas  de  Jean-Pierre,  la  plupart  des 
symptômes  caractéristiques  de  l'acromégalie. 

Outre  l'hypertrophie  des  mains,  des  pieds,  et  du  maxillaire  inférieur, 
le  torse  a  subi  les  déformations  déjà  souvent  décrites:  double  gibbo- 
sité,  antérieure  et  postérieure,  allongement  et  épaississement  des 
côtes;  la  crête  iliaque  est  élargie;  les  plateaux  des  tibias,  les  condyles 
des  fémurs,  les  malléoles,  les  poignets,  les  clavicules,  les  sutures  crâ- 
niennes sont  très  sensiblement  hypertrophiés. 

La  voix  grave  et  sourde,  la  peau  foncée,  sèche  et  plissée,  les  muscles 
flasques,  les  jambes  variqueuses,  la  stase  veineuse  oculaire,  la  soif 
extrême,  la  céphalée  persistante,  tous  ces  signes,  jusqu'à  la  torpeur 
intellectuelle  et  génitale,  se  retrouvent  dans  le  tableau  classique  de 
l'acromégalie. 

Ainsi  le  géant  de  Montastruc  est  en  môme  temps  acromégalique  (^). 


Du  si  curieux  géant  Jean-Pierre  Mazas  se  rapproche,  par 
plus  d'un  caractère,  le  géant  Péruvien,  décrit  par  Dana  et  Woods 
Hutchinson. 


(*)  Paul  Richer,  loc.  cit.  Voyez  aussi  les  résultats  des  statistiques  de 
A.  Bertillon,  Rev.  scientif.,  27  avril  1889. 

(^)  On  lit  dans  la  Revue  sportive  Y  Éducation  pfiysîque  d'avril  1902,  p.  15  : 
«  ...  ,Iean-Pierre  Mazas  vient  de  s'éteindre  à  Bordeaux,  le  5  novembi'e  dernier, 
nouvelle  victime  de  Facromégalie....  (Note  des  A.)» 


228  GIGANTISME  ET  AGROMI':r-.\IJE. 

Observation  X.  (Dana,  1895;  —Woods  Hutchinson,  1000.) 

Santos  Marnai,  Le  géant  Péruvien  ('). 

Santos  Mamaï  était  un  homme  âgé  de  30  ans,  qui  fut  exliibé  dans 
notre  ville  sous  le  nom  du  Géanl  Péruvien.  On  lui  annonçait  une  taille 
de  7  pieds  8  pouces  ('2  mètres)  et  un  poids  de  o50  livres. 

En  ce  qui  regarde  son  histoire,  on  ne  put  rien  appi^endre,  sauf  qu'il 
était  venu  récemment  dans  le  pays  avec  une  troupe  d'autres  Indiens 
Boliviens,  qui  tous  se  prétendent  les  descendants  directs  des  Incas. 
Ils  avaient  pour  objet  de  se  montrer;  mais  ils  ne  réussirent  pas  et, 
ayant  échoué,  la  troupe  fut  conduite  en  cette  ville,  où  Sardos  tomba 
malade. 

On  le  disait  d'un  tempérament  très  calme  et  même  mélancolique, 
réticent,  plutôt  faible  d'esprit  et  peut-être  très  atteint  de  nostalgie.  Bien 
que  de  proportions  gigantesques,  il  n'était  pas  très  vigoureux  et  son 
développement  musculaire  n'était  pas  très  grand.  Sans  cause  connue, 
il  se  trouva  tout  à  coup  très  mal  et  fut  conduit  dans  mon  service  à 
V Hôpital  Bellevue. 

Quand  on  l'admit,  il  était  incapable  de  se  tenir  debout  ou  de  s'asseoir, 
tant  il  était  affaibli.  Son  esprit  était  très  engourdi  et  il  ne  répondait  pas 
aux  Cj[uestions.  Son  pouls  était  faible  et  plutôt  rapide,  108.  Respiration 
haute,  24  par  minute,  rude  et  pénible.  Il  y  avait  quelques  signes 
physiques  de  bronchite.  La  température  était  normale.  Il  ne  paraissait 
pas  souffrir  et  ne  présentait  aucun  phénomène  de  paralysie  ou  de 
quelque  affection  manifestement  aiguë;  il  semblait  simplement  être 
en  état  de  collapsus.  En  dépit  des  stimulants  ce  collapsus  alla  grandis- 
sant, et,  en  l'espace  de  3  ou  -4  heures,  il  tomjja  dans  un  état  coma- 
teux, où  il  resta  plongé  jusqu'à  sa  mort,  12  heures  environ  après  son 
entrée. 

La  physionomie  de  cet  homme,  dès  que  je  le  vis,  me  suggéra  aussitôt 
la  possibilité  c[ue  j'étais  en  présence  d'un  cas  d'acromégalie;  les  men- 
surations de  son  corps  confirmèrent  cette  opinion.  Ces  mensurations 
avec  la  description  du  corps  et  les  résultats  de  l'autopsie  m'eurent 
bientôt  convaincu  de  l'exactitude  de  mon  diagnostic.  On  reconnut  que 
sa  hauteur  était  de  (>  pieds  7  pouces  et  son  poids  de  500  livres.  Toutefois, 
ce  qui  frappait  le  plus  dans  son  aspect,  c'étaient  les  dimensions  très 
grandes  de  sa  mâchoire  inférieure  et  l'énormité  de  son  thorax.  La 
mesure  de  l'angle  à  la  symphyse  du  maxillaire  inférieur  était  14"", 5  ou 
5  pouces  5/4,  la  mesure  moyenne  chez  un  homme  adulte  n'étant  pas 
supérieure  à  10  centimètres  ou  5  pouces  3/4.  La  longueur  de  la  face,  de 
la  racine  des  cheveux  au  menton,  était  34  centimètres  ou  42  pouces  1/2; 

(\)  Dana,  On  Acromegaly  and  Gigantism,  wiLh  unilaleral  facial  liyperLrophy  ; 
cases  witli  autopsy.  The  Jnnrn.  of  nervous  and  mental  Disea^es,  nov.  '1803. 


(UGAXTISME  ET  ACHOMEGALIE.  229 

celle  allant  de  la  couronne  des  incisives  inférieures  au  sommet  du 
menton  7  centimètres  ou  2  pouces  2/3.  Ces  mesures  montrent  que  le 
sujet  avait  une  face  développée  d'une  manière  disproportionnée,  l'hyper- 
trophie affectant  spécialement  la  mâchoire  inférieure.  Les  os  malaires 
étaient  très  saillants,  comme  c'est  la  règle  chez  les  Indiens. 

La  circonférence  de  la  tête  était  de  50  centimètres,  dimensions  qui  ne 
dépassent  guère  la  moyenne. 

La  circonférence  du  thorax  était  de  50  pouces,  contrairement  à  la 
moyenne  qui  est  de  54  chez  l'homme  adulte.  Cet  énorme  développe- 
ment du  thorax  était,  avec  l'énorme  agrandissement  de  la  face,  le  trait 
le  plus  frappant  dans  ce  cas  particulier.  Le  sujet  avait  de  grandes 
mains  et  de  grands  pieds,  dépassant  quelque  peu  les  proportions  qu'ils 
auraient  dû  avoir.  Les  ongles  étaient  normaux.  Les  oreilles  et  la  langue 
étaient  de  taille  normale.  11  y  avait  un  peu  de  cyphose.  En  faisant 
l'autopsie,  on  trouva  la  peau  du  crâne  excessivement  épaisse  et  formant 
des  plis  comme  si  elle  s'était  accrue  et  avait  appartenu  à  un  crâne 
beaucoup  plus  grand.  Les  cheveux  étaient  excessivement  gros  et  épais. 
Les  mesures  spéciales  des  différentes  parties  du  corps  sont  donnéeis 
plus  loin. 

Autopsie.  —  L'autopsie  fut  faite  par  mon  assistant,  le  D'  C.-J.  Strong, 
et  je  lui  suis  redevable,  ainsi  qu'au  D'  Me.  Alpin,  des  notes  concernant 
l'état  du  corps.  Malheureusement  l'autopsie  ne  fut  pas  faite  en  vue 
d'établir  la  possibilité  de  l'acromégalie  ;  aussi  quelques  détails  sont-ils 
incomplets. 

Le  développement  musculaire  est  très  faible. 

Cœur.  —  Poids,  23  onces  (650  grammes).  Membranes  épaisses  sur  le 
péricarde.  La  valvule  mitrale  admet  deux  doigts;  les  valvules  aortiques 
sont  normales.  Fibres  musculaires  épaisses,  séparées  par  du  tissu 
conjonctif  abondant.  Valvules  tricuspides  normales.  Hypertrophie  plus 
marquée  du  cœur  droit. 

Poumons.  —  Gauche,  poids  :  20  onces.  Congestion  pleurale,  légère 
pleurésie  interlobaire,  un  peu  d'emphysème.  Traces  de  congestion 
passive  modérée.  —  Droit,  poids  :  27  onces.  Plèvre  adhérente  au 
diaphragme.  Épaississement  considérable  du  tissu  interstitiel.  —  Les 
deux  poumons  sont  très  pâles.  Absence  presque  totale  d'anthracose. 

Rate.  —  Poids  :  7  onces  (200  grammes).  Congestion  passive.  Substance 
fine  couleur  chocolat  foncé. 

Reins.  —  Poids  :  gauche,  14  onces  (596  grammes);  droit,  J5  onces 
(567  grammes).  Écorce  augmentée  à  gauche,  un  peu  trouble.  Markimjs 
gros  et  irréguliers.  Capsule  très  épaisse  et  s'enlevant  facilement.  Glo- 
mérules  de  Malpighi  montrant  nettement  des  traces  de  congcslion. 
Mêmes  lésions  à  droite. 

Foie.  —  Poids  :  8  livres,  5  onces  (5817  grammes),  gros  et  graisseux. 
Bord  aigu  et  bien  marc{ué;  substance  jaune  pâle.  Lobules  difficiles  à 
isoler;  friable,  couleur  opaque;  tuméfaction  trouble  de  l'épithélium 
lobulaire. 


230 


GIGANTISME  ET  ACROMÉGALIE. 


La  glande  thyroïde  pesait  4  onces  et  avait  un  aspect  parfaitement 
normal. 

Le  cerveau  était  sec,  pâle  et  consistant;  son  poids  était  de  53  onces.  Il 
n'y  avait  pas  trace  d'exsudation  ou  d'inflammation.  Les  vaisseaux 
sanguins  étaient  normaux.  En  retirant  le  cerveau,  on  remarqua  que  la 

glande  piluitaire  était  très 
augmentée  de  volume,  et,  en 
la  disséquant  dans  la  selle 
turcique,  une  partie  sem- 
blait fixée  solidement  à  l'os  ; 
en  l'enlevant,  un  peu  de 
sang  et  de  liquide  séreux 
s'écoula.  Elle  était  de  forme 
à  peu  près  sphérique  et  on 
voyait  sur  sa  face  inférieure 
la  ligne  séparant  les  por- 
tions antérieure  et  supé- 
rieure. Les  diamètres  trans- 
verse et  antéro-iDostérieur 
étaient  chacun  d'environ 
5  centimètres.  Le  poids  de 
la  glande  était  de  k^',^.  Elle 
se  trouvait  attachée  à  un 
pédicule  de  l""",.^  de  long.  La 
glande  était  de  consistance 
plutôt  molle  et  apparem- 
ment un  peu  kystique.  En 
tirant  sur  la  portion  anté- 
rieure, son  volume  s'était 
trouvé  un  peu  diminué  par  la  perte  du  sang  qu'elle  contenait.  Toutes 
les  autres  parties  du  cerveau  semblaient  parfaitement  normales. 

On  fit  une  étude  du  développement  des  circonvolutions  et  on  prit 
quelques  mesures  et  cjuelques  notes,  qui  n'ont  qu'un  intérêt  anato- 
mique  et  anthropologique;  elles  seront  doniiées  dans  un  autre  Mémoire 
avec  les  photographies.  Les  mensurations  spéciales  du  corps  ont  été 
faites  avec  l'aide  du  D'  Stivers,  qui  m'a  remis  copie  de  ses  notes. 


FiG.  55.  —  Face  inférieure  du  cerveau 
du  géant  Santos  Mamaï  (Dana). 


Mensuration  du  corps  du  géant. 
Hauteur  :  6  pieds  10  pouces.  —  Poids  supposé  :  500  Uvres. 

Tête. 


Circonférence  maxima  au  niveau  de  la  glabelle.  . 
Distance  entre  les  apophyses  orbitaires  externes. 
Largeur  de  la  face  au  niveau  des  zygomas.  .  .  . 
De  la  racine  des  cheveux  au  sommet  du  menton. 
De  l'angle  maxillaire  à  la  symphyse 


Centimètr 

es. 

Pouces, 

55 

22 

21,5 

« 

17 

6  3/4 

24 

9  1/2 

14,5 

5  3/4 

GIGANTISME  ET  ACROMÉGALIt:.  231 

Centimètres.     Pouces. 

Largeur  de  la  bouche 7,7 

Épaisseur  de  la  lèvre  inférieure 1,75 

De  la  couronne  des  incisives  inférieures  au  sommet 

du  menton 7  2  5/4 

Longueur  du  nez 7 

Tronc. 

Circonférence  du  thorax 12G ,  50 

Ceinture 104 

Membres  supérieurs. 

Du  sommet  de  l'acromion  à  l'olécrane  (bras).  ...  41 

De  l'olécrane  à  l'apophyse  styloïde  du  radius  (avant- 
bras)   5i 

Longueur  de  la  main,  de  l'extrémité  du  médius  au 

poignet 22  8  3/4 

Longueur  de  l'index 15 

—  du  médius 15 

—  de  l'annulaire 14  » 

—  du  petit  doigt  ...   « 12 

Circonférence  des  doigts  (1"  articulation)  de  7,5  à  8,5 

—  du  poignet 21 

Les  doigts  n'étaient  pas  en  forme  de  saucisses. 

Membres  inférieurs. 

De  la  crête  iliaque  au  bord  supérieur  de  la  rotule.  51,5  -> 

Du  bord  supérieur  de  la  rotule  à  la  plante  du  pied  65 

Longueur  totale  du  pied 29  111/2 

—  des  orteils de  5,5  a  7,5 

Circonférence  de  la  cheville 25 

—  du  cou-de-pied ,    ,    .    .    .        35  13 

—  de  la  plante  du  pied.   . 30,5 

Il  y  a  un  coussin  ou  matelas  charnu  abondant  sur 

le  côté  externe  de  chaque  pied. 
Distance  entre  les  épines  iliaques  antérieures   et 

supérieures 57 

Le  pénis  était  extrêmement  petit,  mesurant  3  pouces  de  long. 

Remarques.  —  Le  diagnostic  d'acromégalie  peut  être  basé  sur 
l'énorme  développement  de  la  face,  spécialement  de  sa  partie  infé- 
rieure; l'énorme  développement  du  thorax;  l'hypertrophie  de  la  peau 
du  cuir  chevelu  ;  l'augmentation  légèrement  disproportionnée  des 
extrémités;  le  coussin  charnu  sur  le  côté  gauche  de  la  plante  du  pied, 
amenant  son  épaisseur...  et  aussi  l'existence  d'une  hypertrophie  de  la 
glande  pituitaire.  Ces  constatations  sont  à  rapprocher  de  celles  fournies 
par  l'histoire  du  malade,  sujet  de  taille  énorme  et  de  force  musculaire 
très  faible,  présentant  un  certain  degré  de  débilité  mentale. 

Dans  ce  cas,  on  ne  dit  rien  de  l'état  du  thymus;  mais,  l'autopsie  ayant 
été  faite  très  soigneusement,  on  peut  être  certain  c{ue,  si  cette  glande 
avait  existé,  sa  présence  aurait  été  remarquée. 


232  GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 

La  glande  thyroïde  semble  avoir  été  normale  pour  la  taille  et  la 
structure  anatomique. 

Woods  Hutchinson  (N.-V.  med.  Journ.,  1900,  28  juillet,  p.  154)  a 
complété  de  la  façon  suivante  l'observation  du  géant  Péruvien. 

Je  dois  à  l'obligeance  du  D'  C.-L.  Dana  d'avoir  pu  faire  des  coupes 
et  une  étude  microscopique  de  la  glande  pituitaire  retirée  du  crâne  du 
géant  Péruvien;  l'histoire  de  ce  géant  est  rapportée  par  Dana  dans  son 
très  intéressant  et  suggestif  Mémoire  de  novembre  1893;  mais  l'étude 
microscopique  a  toujours  été  donnée  sous  forme  de  résumé. 

La  glande  mesurait,  à  l'état  frais,  54  millimètres  d'avant  en  arrière 
et  21  millimètres  d'un  côté  à  l'autre.  Son  poids  était  de  4  grammes  1/2. 
Elle  était  attachée  à  un  pédicule  qui  avait  15  millimètres  de  long,  de 
consistance  plutôt  molle  et  semblant  un  peu  kystique.  En  tirant  sur  la 
portion  antérieure,  son  volume  s'était  réduit,  par  suite  de  la  perte  du 
sang  qu'elle  contenait. 

La  glande  fut  conservée  dans  l'alcool  et  me  fut  très  gracieusement 
envoyée  par  le  D'  Dana  pour  l'étude  microscopique.  On  trouvera 
ci-jointe  la  représentation  de  la  base  du  cerveau,  montrant  la  glande 
en  position,  et  aussi  un  tracé  de  la  glande  elle-même,  d'après  la  pho- 
tographie primitive  du  cerveau,  rappelant,  autant  que  possible,  les 
dimensions  naturelles. 

La  tumeur  n'était  que  légèrement  ovale  dans  la  forme,  et,  comme  on 
le  voit  sur  la  coupe,  représentait  par  son  lobe  antérieur,  énorme,  une 
sorte  de  haricot,  dans  l'échancrure  duquel  se  trouvait  enclavé  le  lobe 
postérieur,  beaucoup  plus  petit.  A  sa  partie  inférieure,  elle  était  distinc- 
tement lobulée,  en  sorte  que  les  coupes  qui  furent  faites  à  plusieurs 
niveaux  montraient  un  triple  contour  dans  la  partie  la  plus  basse;  et  ce 
n'est  qu'en  un  point,  situé  légèrement  au-dessus  du  centre  vertical  de  la 
glande,  que  le  lobe  postérieur  se  trouva  contenu  dans  les  coupes,  le  lobe 
antérieur  ne  s'avançant  pas  seulement  en  avant  mais  encore  en  arrière 
du  lobe  postérieur.  La  direction  de  la  coupe,  d'ailleurs,  est  horizontale, 
tandis  que  le  plus  long  diamètre  est  transversal.  La  glande,  par  suite 
du  durcissement  et  de  l'affaissement  par  rupture  de  la  partie  centrale, 
a  pris  une  forme  beaucoup  plus  ovale  que  celle  qu'elle  présentait  tout 
d'abord.  Comme  on  le  verra  en  comparant  avec  les  coupes  de  pituitaire 
normale,  le  rapport  entre  les  lobes  antérieur  et  postérieur  jugé  à  l'œil 
nu  n'apparaît  que  peu  modifié.  Mais,  quand  nous  aborderons  l'étude  de 
la  structure  fine,  nous  verrons  les  raisons  pour  lesquelles  ce  rapport 
est  si  curieusement  maintenu  en  apparence.  Même  à  l'œil  nu,  les 
coupes  de  ce  corps  montrent  une  destruction  complète  allant  de  la  por- 
tion corticale,  d'une  consistance  relative,  jusqu'à  une  vaste  lacune  cen- 
trale et  qui  est  due,  comme  le  dit  Dana,  à  l'éclatement  de  la  glande  et 
à  l'échappement  de  son  contenu  hémorragique.  Cette  impression  se 
confirme  par  l'examen  microscopique.  L'extrême  périphérie  delà  glande, 
située  au  voisinage  de  la  solide  capsule  fibreuse,  est  formée  par  une 
ceinture  de  masses  et  de  colonnes  de  cellules  épithéliales,  disposées 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE.  233 

assez  irrégulièrement,  qui,  en  certains  points,  montrent  une  tendance 
très  nette  à  former  des  blocs,  avec  une  lacune  centrale,  et,  en  quelques 
régions,  des  acini  typiques.  A  cette  première  couche  succède,  en  allant 
vers  le  centre,  une  zone  un  peu  plus  étendue,  dans  laquelle  les  masses 
épithéliales  et  les  blocs  sont  plus  irréguliers  et  séparés  par  de  larges 
espaces  vasculaires  remplis  de  globules  rouges,  lesquels  ont  aussi 
diffusé  à  travers  tout  le  tissu.  Enfin,  autour  de  la  cavité  centrale,  il  y  a 
une  marge  véritablement  toute  déchirée,  formée  de  masses  désordon- 
nées de  cellules  à  noyaux  abondants  et  montrant  peu  ou  pas  de  traces 
d'organisation;  il  nous  serait  même  difficile  de  dire  si,  dans  ce  point, 
le  tissu  est  d'origine  épithéliale  ou  mésoblastique. 

Il  existe  un  grand  nombre  de  vaisseaux  sanguins  dispersés  au 
travers  de  la  masse;  ils  sont  pourvus  de  parois  nettes  et  bien  formées 
à  la  périphérie,  mais  vers  le  centre  ce  sont  de  simples  lacunes  dans  un 
tissu  d'aspect  embryonnaire.  Plus  j'ai  étudié  les  différentes  coupes  de 
cette  formation,  plus  j'ai  apporté  de  soin  à  les  composer  avec  les 
coupes  de  pituitaire  normale  en  ma  possession  et  avec  les  figures  de 
PiERSOLL,  Berkley  ct  autrcs,  et  plus  je  me  suis  convaincu  que  nous 
avions  à  faire  ici  à  ce  qu'on  pourrait  décrire  comme  un  furieux  effort 
d'hypertrophie  glandulaire  excessive,  effort  relativement  heureux  dans 
la  portion  corticale  de  la  glande,  moins  heureux  dans  la  zone  intermé- 
diaire, échouant  même  en  un  désordre  chaotique  de  cellules  néo- 
formées et  aboutissant  à  un  simple  exsudât  hémorragique  au  centre  de 
la  glande,  comme  on  le  retrouve,  à  un  degré  à  peine  indiqué,  dans  la 
constitution  de  la  pituitaire  normale. 

Si  maintenant  nous  reprenons  l'étude  du  lobe  postérieur,  nous 
sommes  frappés  par  l'état  très  singulier  qu'il  présente  :  au  lieu  d'une 
masse  formée  par  un  tissu  conjonctivo-vasculaire  un  peu  spongieux, 
avec  quelques  cellules  ganglionnaires  disséminées,  nous  constatons 
l'existence  d'une  masse  compacte  et  relativement  régulière  de  blocs 
arrondis  et  pressés  les  uns  contre  les  autres,  formés  de  cellules  épi- 
théliales, entremêlés  avec  une  bonne  proportion  d'acini  semblant  nor- 
maux. En  fait,  il  y  a  vraiment  une  ressemblance  marquée  avec  le  tissu 
du  lobe  antérieur.  Si  des  coupes  successives  ne  nous  avaient  pas  mon- 
tré que  cette  disposition  se  poursuivait  en  haut  juscjue  dans  la  tige 
infundibulaire  du  corps  pituitaire,  où  l'on  retrouve  encore  des  traces 
distinctes  du  canal  central,  nous  aurions  presque  incliné  à  soup- 
çonner que  nous  étions  tombés  sur  un  corps  pituitaire  normal  et  que 
l'hypertrophie  était  due  à  un  adénosarcome.  Mais  le  souvenir  de  la  dé- 
couverte de  Berkley  nous  donnera  la  clef  de  cette  situation  :  le  pro- 
cessus formatif  glandulaire,  qui  se  montre  assez  fréc|uemment  dans  le 
lobe  postérieur  normal,  a  subi  ici  l'invasion  de  l'hypertrophie  générale 
et  a  atteint  dans  le  lobe  postérieur  cet  extraordinaire  degré.  J'ai  mon- 
tré également  ces  échantillons  au  D'  Brooks,  qui  m'a  dit  que  cet  état 
était  presque  identique  à  celui  qu'il  rencontra  dans  le  cas,  partout 
cité,  qu'il  a  publié  avec  le  D'  Da>a. 


234  GIGANTISME  ET  ACROMÉGALIE. 

A  CCS  fails,  il  faut  encore  rattacher  le  suivant 

Observation  XI.  (Brissaud  kt  Meige.) 

Le  géant  portugais  da  Silva(^). 


Au  mois  d'avril  1895,  nous  avons  eu  l'occasion  de  voira  Lisbonne  un 
pensionnaire  de  l'Asile  des  ouvriers  invalides  qui  est  encore  un  bel 
exemple  de  gigantisme  avec  acromégalie  consécutive. 

Notre  excellent  ami  le  D'  Th.  de  Mello-Breyner  a  eu  l'obligeance 
de  nous  transmettre  de  précieux  renseignements  sur  ce  malade. 
Joaquin  Leviz  da  Silva,  âgé  de  à2  ans,  exerçait  autrefois  le  métier  de 
chaudronnier,    mais,    le  plus   souvent,  il  se  montrait  dans  les  foires, 

tantôtcomme  «hercule»,  tantôt  comme 
«  géant  ».  Aux  courses  de  taureaux,  il 
était  réputé  parmi  les  plus  robustes 
pour  terrasser  l'animal  en  le  prenant 
par  les  cornes,  comme  il  est  d'usage 
en  Portugal. 

Son  père  est  mort  d'une  hémiplé- 
gie ;  sa  mère,  d'une  affection  car- 
diacjue;  l'un  et  l'autre  étaient  de  taille 
moyenne,  mais  son  grand-père  pater- 
nel, paysan  des  environs  de  Lisbonne, 
était  de  très  haute  taitle,  d'une  force 
peu  commune^  avec  une  tête  et  des  mains 
très  grandes  dont  le  souvenir  est  resté 
légendaire  dans  la  famille. 

Joaquin  a  eu  six  frères  ou  sœurs, 
tous  de  taille  ordinaire,  et  même  au- 
dessous  de  la  moyenne.  Deux  frères 
sont  morts  en  bas  âge  de  la  petite 
vérole.  Quatre  sœurs  de  petite  taille 
sont  actuellement  vivantes  et  bien  por- 
tantes. 

Jusqu'à  18  mois,   Joaquin  était  un 
enfant  ordinaire.  Il  commençait  à  par- 
quand  il  eut  un  «  grand  rhume  »  (?), 
II  en  guérit,  mais 


FiG.  56.  —  Le  géant  portugais  da  Silva 
(Brissaud  et  H.  Meige.) 


1er,  disant  paë,  maë,  agua,  etc. 

avec  «  écoulement  par  le  nez  et  par  les  oreilles 

demeura  sourd,  et  devint  par  surcroît  complètement  muet. 

A  Fâge  de  8  ans,  étant  à  l'école  des  sourds-muets,  il  commença  à 
grandir  d'une  façon  excessive.  A  15  ans,  il  était  déjà  d'une  taille  peu 
commune  et  continua  à  se  développer  en  hauteur  et  en  force  jusqu'à 
devenir  le  colosse  qu'il  fut  à  l'âge  adulte. 


(*)  Nouv.  Icon.  de  la  Salpêtrière,  1897. 


r.lGANTJSME  ET  AGROMEGALIE.  235 

Actuellement,  c'est  un  vieillard,  cassé,  ridé,  artério-sclércux,  aor- 
tique.  Sa  taille  ne  mesure  plus  que  1"',78,  du  fait  d'une  cyphose  assez 
prononcée  et  d'une  notable  incurvation  des  membres  inférieurs  qui 
n'existaient  ni  l'un  ni  l'autre  au  temps  de  ses  exploits  de  lutteur. 

La  grande  envergure  qui  peut  renseigner  approximativement  sur  la 
taille  primitive  est  de  l'°,87. 

Les  stigmates  acromégaliques  sont  manifestes. 

Face  énorme;  protubérance  occipitale,  arcades  sourcilières  et  pom- 
mettes très  saillantes;  maxillaire  inférieur  élargi,  allongé,  proéminent 
en  avant  (les  favoris  que  porte  le  malade  dissimulent  un  peu  la  saillie 
de  la  mâchoire).  Les  lèvres  sont  grosses,  la  langue  aussi;  le  nez  n'est 
pas  très  volumineux. 

Le  dos  est  fortement  voûté  ;  les  mains  sont  d'énormes  battoirs,  aux 
doigts  très  élargis  dans  toutes  leurs  dimensions. 

Les  deux  jambes  sont  incurvées  en  parenthèses,  la  droite  principale- 
ment ;  elles  sont  couvertes  de  varices. 

Pour  qui  connaît  l'habitus  acromégalique,  le  diagnostic  ne  pouvait 
manquer,  comme  on  dit,  de  sauter  aux  yeux. 

Ce  Portugais  est  encore  un  exemple  de  gigantisme  et  d'acromégalie 
associés,  celle-ci  ayant  fait  son  apparition  à  la  suite  de  celui-là. 

L'acromégalie  ayant  débuté  après  la  période  de  croissance  et  lors- 
que Joaquin  était  déjà  d'une  taille  élevée,  les  extrémités  se  sont  déve- 
loppées suivant  le  type  cubique  signalé  par  P.  Marie  dans  les  cas 
d'acromégalie  à  début  tardif. 


Dans  le  journal  A  medicina  contemporanea^  de  Lisbonne,  du 
21  octobre  1900,  p.  555,  on  trouve,  en  même  temps  que  l'an- 
nonce de  la  mort  de  ce  géant  portugais  vu  par  Brissaud  et 
Henry  Meige,  quelques  renseignements  complémentaires. 

J.w,  né  à  Villafranca,  était  âgé  de  51  ans,  mais  paraissait  plus  âgé  à 
cause  de  ses  cheveux  blancs.  11  avait  joué  dans  la  pièce  :  Le  muet  cCAl- 
cantara. 

Tête. 

Centimètres. 

Diamètre  anléro-postérieur 2ô,4 

—        latéral 15,6 

Circonférence  du  crâne 14,3 

Arc  transversal 59/1 

Corps  thyroïde  très  atrophié 

Circonférence  thoracique  (bimamelonnaire) 85 

Cypho-scoliose  dorsale 

Circonférence  du  bras 20,1 

—  de  l'avanl-bras 25 


236  GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 

Ccnlimèlres. 

Circonférence  de  la  cuisse 44, 2 

—  de  la  jambe 42,3 

Force  de  la  main  gauche 5/4 

—  droite 55 

Organes  sexuels  normaux.  —  Hernie  à  droite. 

Rédexes  normaux. 

Sensibilité  tactile  et  thermique  normale. 


Les  manifestations  morbides  du  gigantisme  acromégalique 
s'observent  aussi  bien  chez  la  femme  que  chez  Tliomme  : 
Byrom-Bramwell(')  eut  l'occasion  de  les  observer  chez  une 
géante,  âgée  de  28  ans. 


Observation  XII.  (Byrom-Bramwell.) 

Une  géante  acromégalique. 

Le  sujet  qui  l'ait  l'objet  de  cette  observation  était  une  femme  haute 
de  6  pieds  2  pouces  1/2,  et  pesant  24  stones. 

Jusqu'à  l'âge  de  10  ans,  elle  avait  été  de  taille  normale;  à  partir  de 
cette  époque,  elle  commença  à  grandir  rapidement,  si  bien  qu'à  sa 
vingtième  année  elle  avait  atteint  les  énormes  dimensions  qu'elle  pré- 
sente aujourd'hui.  C'est  à  ce  moment  qu'apparurent  différentes  mani- 
festations morbides,  telles  que  des  maux  de  tète,  des  douleurs  névral- 
giques, un  rétrécissement  de  la  portion  externe  du  champ  visuel 
(hémianopsie  latérale),  de  l'œdème  des  pieds  et  aussi  l'augmentation 
de  volume  de  certaines  parties  du  corps,  l'allongement  excessif  des 
cheveux.  Les  mains  étaient  grosses,  mais  ne  paraissaient  pas  aussi 
caractéristiques  que  celles  que  l'on  rencontre  dans  l'acromégalie.  La 
face  non  plus  n'était  pas  très  typique  et,  bien  qu'il  existât  une  cour- 
bure de  la  colonne  vertébrale,  localisée  à  la  région  cervico-dorsale,  on 
pouvait  plutôt  croire  au  gigantisme  qu'à  l'acromégalie.  La  menstruation 
se  faisait  d'ailleurs  régulièrement.  La  peau  était  parsemée  de  nom- 
breuses petites  verrues. 

Le  traitement  par  le  suc  thyroïdien  ne  donna  aucun  résultat.  Celui 
qui  fut  mis  ensuite  en  pratique  par  Vextrait  de  la  glande  pituitaire 
semble  avoir  été  beaucoup  plus  profitable  :  les  maux  de  tète,  dont  elle 
souffrait  depuis  6  ans,  disparurent,  les  sueurs  diminuèrent,  le  champ 
visuel  redevint  normal  et  la  vigueur  plus  grande.  Mais  d  est  possible 

(M  Byrom-Bramwell,  Edimbarg  Médical  Journal,  janvier  1894;  et  Brilish 
Médical  Journal,  6  janvier  1894,  p.  21. 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE.  237 

que  l'amélioration  observée  soit  due  au  changement  de  vie  occasionné 
par  l'admission  à  l'hôpital. 

Chez  elle,  lorsqu'elle  avait  atteint  l'âge  de  28  ans,  beaucoup  de  traits 
rappelaient  l'acromégalie,  mais  nombre  de  ceux  qui  appartiennent  en 
propre  à  cette  maladie  faisaient  défaut.  La  croissance,  bien  cfu'assuré- 
ment  plus  marquée  aux  pieds  et  aux  mains  que  dans  les  autres  régions, 
était  plus  générale  que  celle  qu'on  observe  dans  l'acromégalie  typique. 
La  forme  des  doigts  et  de  la  mâchoire  inférieure  n'était  pas  caracté- 
ristique, les  fonctions  génitales  continuaient  à  se  faire  et  les  glandes 
mammaires  n'étaient  pas  atrophiées  (') 


Les  études  anatomiques  et  anthropologiques  de  Cunnin- 
gham  vont  nous  permettre  de  bien  apprécier  les  modifications 
qu'impriment  au  squelette  l'acromégalie  et  le  gigantisme. 


Observation  Xlll.  (Cunningham.) 

Le   scpAeletle   du.   géant   irlandais   Magralh  {^'). 

Il  est  nécessaire  d'enlever  au  moins  1  pied  1/4  à  la  hauteur  de  Corné- 
lius Magrath,  telle  qu'elle  fut  établie  dans  le  livre  de  George  Hum- 
phry('),  avec  le  désir  de  dépasser  les  dimensions  du  squelette  d'un 
autre  géant  irlandais,  appelé  Charles  Byrne,  qui  est  conservé  au 
Muséum  du  Collège  royal  des  Chirurgiens,  en  Angleterre;  mais  cette 
perte  est  amplement  compensée  par  les  autres  détails  intéressants 
révélés  par  l'examen  du  squelette  et  sa  valeur  s'en  trouve  considérable- 
ment augmentée,  car  l'intérêt  qui  s'y  attache  ne  dépend  pas  tant  de  sa 
taille  gigantesque  que  de  ce  fait  qu'il  offre  un  exemple  remarquable  de 
cette  maladie  nouvelle  qui  a  reçu  le  nom  d'acromégalie. 

Ayant  reconnu  dans  le  squelette  de  Magrath  un  cas  d'acromégalie, 
je  fus  naturellement  très  désireux  de  connaître  son  histoire.  J'étais  au 
courant  des  nombreuses  légendes  qui  courent  sur  son  compte  à  Dublin; 
mais  beaucoup  de  ces  récits  portent  la  marque  de  l'invraisemblance  et 
même  la  courte  note  que  nous  possédons  au  Muséum,  en  dehors  des 
dates  de  sa  naissance  et  de  sa  mort,  m'a  paru  inexacte.  M'étant  adressé 

(')  On  comprend  les  hcsitalions  de  l'observateur  en  présence  d'une  dystro- 
phie  aussi  complexe;  mais  il  est  facile  aujourd'hui,  étant  donnée  la  multipli- 
cité des  documents  accumulés  depuis  la  publication  de  cette  observation, 
d'affirmer,  chez  cette  femme,  la  coexistence  du  gigantisme  et  de  racromégalie. 
(Note  des  A.) 

(-)  D.-J.  Cunningham,  Transactions  of  the  Royal  Irish  Academy,  vol.  XXIX, 
p.  555,  26  janvier  1891. 

("')  HuMPHRY,  The  human  Skeleton,  1858,  p.  107,  vol.  XXIX,  pi.  VII  et  VIII, 
p.  612. 


238  GIGANTISME  ET  AGROMEGALIE. 

aa  professeur  Macalister,  mon  distingué  prédécesseur  dans  la  chaire 
d'Anatomie  de  Trinity  Collège,  il  me  reporta  au  Faulkner's  Journal 
(IG  mai  1760).  Dans  ce  journal,  comme  dans  un  autre,  Pue's  occurrences, 
pubié  à  Dublin  à  cette  même  époque,  je  trouvais  une  histoire  très  inté- 
ressante de  Cornélius  Magrath.  Dans  les  deux  journaux,  l'article  est 
conçu  exactement  dans  les  mêmes  termes,  comme  suit  : 

Jeudi,  16  mai{^)  :  Au  CoUege-greea  est  mort  Cornélius  Magrath,  le 
dernier  géant  irlandais,  né  dans  le  comté  de  Tipperary,  à  5  milles  en 
deçà  des  mines  d'argent,  en  fan  1756.  Ses  parents  n'étaient  nullement 
remarquables  pour  leur  taille,  qui  était  moyenne  et  ordinaire  dans  la 
contrée;  leurs  autres  enfants  non  plus  n'étaient  pas  plus  grands  que 
la  normale.  En  juillet  1752,  Cornélius,  âgé  d'environ  16  ans,  vint  à  la 
ville  de  Cork  et  fut  suivi  par  la  foule  en  raison  de  sa  taille  extraordi- 
naire; car  il  mesurait  6  pieds  8  pouces  3/4.  L'année  qui  avait  précédé 
il  avait  été  affligé  de  violentes  douleurs  dans  les  jambes,  pour  les- 
quelles il  se  baigna  dans  l'eau  salée  :  toutefois  il  s'agissait  simplement 
de  douleurs  de  croissance,  car  en  l'espace  d'une  seule  année  il  s'était 
élevé  d'une  hauteur  d'un  peu  plus  de  5  pieds  jusqu'à  la  taille  ci-dessus 
mentionnée.  Le  bon  D'  Berkeley,  alors  évèque  de  Cloyne,  le  prit  chez 
lui  pendant  2  ou  3  mois  et  se  montra  très  charitable  et  humain  à  son 
égard  et  prit  grand  soin  de  lui  jusqu'à  ce  qu'il  eût  recouvré  l'usage  de 
ses  jambes.  Ses  mains  étaient  alors  aussi  larges  c|u'une  épaule  de 
mouton  de  taille  moyenne;  et  le  dernier  soulier  qu'il  portait  mesurait 
15  pouces.  Il  mangea  toujours  et  but  avec  modération;  sa  boisson  était 
surtout  du  cidre,  cju'il  prenait  seulement  aux  repas.  Étant  à  Cork  on  lui 
persuada  de  s'exhiber;  et  il  vint  dans  ce  but  à  Bristol  et  de  là  à 
Londres  et  on  parla  de  lui  dans  le  Lonclon  Magazine  de  juillet  1752.  Il 
vint  ensuite  à  Paris  et  dans  les  grandes  villes  d'Europe.  A  Florence,  un 
médecin,  du  nom  de  Bianchi,  écrivit  une  petite  note  à  son  sujet.  Au 
bout  de  deux  mois  il  retourna  dans  son  pays  natal:  il  mesurait  alors 
7  pieds  8  pouces  sans  ses  souliers.  A  son  arrivée  il  se  trouvait  dans  un 
mauvais  état  de  santé,  sujet,  à  ce  qu'il  disait,  à  une  fièvre  intermittente 
dont  il  avait  d'abord  été  atteint  dans  les  Flandres.  Il  était  de  com- 
plexion  pâle  et  faible;  son  pouls  était  à  de  certains  moments  très 
rapide  pour  un  homme  d'une  taille  extraordinaire  ;  et  ses  jambes  étaient 
enflées.  A  sa  mort,  son  corps  a  été  porté  à  l'amphithéâtre  d'anatomie 
du  Collège,  où  son  squelette  amusera  les  curieux  et  remplira  d'étonne- 
ment  la  postérité....  Cornélius  Magrath  égalait  en  hauteur  Daniel 
Cajanus,  le  géant  suédois,  dont  le  pouls,  d'après  le  docteur  Bryan 
RoBiNSON,  battait  52  fois  par  minute  (-),  tandis  que  Magrath  à  son 
arrivée  ici  avait  un  pouls  à  60.... (5). 

(•)  Faulkner's  Journal,  10  mai  1760. 

(^)  D'après  Beaunis  {Traité  de  Physiol.),  le  pouls,  à  âge  égal,  vaine  en  raison 
directe  de  la  taille.  (Noie  des  A.) 

(^)  Cet  article  est  attribué  par  Cunningham,  d'accord  avec  Macalister,  soit 
à  Robert   Robinson,    alors   professeur  d'anatomie  à    l'Université  de  Dublin, 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 


239 


Dans  le  Daily  Advertiser,  publié  à  cette  époque  à  Londres,  il  est  l'ait 
deux  fois  mention  de  Magrath  :  la  première  est  une  courte  note,  la 
seconde  est  une  annonce.  —  La  première  parut  le  4  août  1752  et  est 
ainsi  conçue  : 

«  Cork,  24  juillet.  —  Actuellement  se  trouve  dans  notre  ville  un  cer- 
tain Cornélius  Magrath,  garçon  de  15  ans  et  11  mois,  de  la  stature  la 
plus  g-igantesque,  puisqu'il  mesure  exactement  7  pieds  9  pouces  5/4;  il 


FiG.  57.  —  Le  géant  Cornélius  Magrath  (voir  p.  257).  —  Cornélius  Magrath,  né  en 
Irlande,  le  10  janvier  1757,  est  âgé  de  19  ans  et  possède  une  taille  et  une  vigueur  extra- 
ordinaires, en  sorte  que  l'Europe  peut  se  vanter  d'avoir  produit,  en  sa  personne,  un 
véritable  géant;  son  poignet  (la  main  étant  sur  la  tête)  a  une  grosseur  de  10  pouces  1/2; 
son  doigt  médius  est  aussi  long  que  la  main  d'un  homme  de  belle  taille:  son  poids 
est  de  557  livres  (IGi)  livres  anglaises). 


est  mal  bail;  son  langage  est  simple  et  enfantin.  11  vient  de  Yonghal,  où 
depuis  un  an  il  prenait  des  bains  salés  pour  des  douleurs  rhumatis- 
males qui  l'avaient  rendu  presque  estropié.  Les  médecins  disent  main- 
tenant qu'il  s'agissait  là  de  douleurs  de  croissance,  car  il  a  atteint  cette 
taille  monstrueuse  depuis  ces  douze  derniers  mois.  Pendant  un  an  il 
resta  chez  révêc[ue  de  Cloyne  qui  prit  grand  soin  de  lui.  Sa  main  est 
aussi  grosse  qu'une  épaule  de  mouton;  son  dernier  soulier  mesurait 
15  pouces.  Il  est  né  dans  le  comté  de  Tipperary,  à  cinq  milles  en  deçà 
des  mines  d'argent.  » 

soit  au  D'  George  Gleghorn  ,  anatomiste  de  l'Université,  lequel  fut  aussi 
sans  doute  le  prosecteur  qui  prépara  le  dissection  pour  la  démonstration 
publique  donnée  sur  le  corps  du  géant  par  le  professeur  Robinson. 


240  GIGANTISME  ET  ACROMEGAIJE. 

Dans  rannonce  de  janvier  1753,  on  trouve  les  renseignements  sui- 
vants : 

...  «  Sa  hauteur  est  de  7  pieds  5  pouces,  sans  souliers.  Son  poignet 
mesure  un  quart  de  yard  et  un  pouce.  11  l'emporte  notablement  sur 
Cajanus  par  les  proportions  régulières  de  ses  membres.  Son  visage  est 
le  plus  franc  et  le  mieux  proportionné  qui  se  puisse  voir.  Il  a  eu  16  ans 
le  10  mars  dernier.  Il  est  visible  au  Peacock,  à  Charing  Cross,  de 
8  heures  du  matin  à  10  heures  du  soir.  » 

On  remarquera  la  contradiction  entre  ces  deux  notes  :  la  première 
déclarant  le  géant  «  7nal  bâti  »  et  l'autre  «  le  mieux  proportionné  du 
monde  ».  Le  squelette  montre  que  la  première  appréciation  était  plus 
exacte  et  que  Cornélius  Magrath  était  non  seulement  mal  bâti,  mais 
positivement  difforme. 

DansVIrish  F'eany  Maga:-ine  (1855)  se  trouve  le  seul  article  qui  attribue 
la  mort  de  Magralh  à  une  cause  définie.  «  Il  venait  du  Continent  à  Dublin 
pour  jouer  le  rôle  du  géant  au  théâtre  Royal  dans  une  pantomime 
appelée  «  le  Géant  Queller  »,  lorsque  son  pied  glissa  sur  une  peau 
d'orange;  il  tomba  pesamment  sur  la  scène  et  cet  accident  fut  la  cause 
directe  de  sa  mort  entraînée  par  la  rupture  de  quelque  organe  inté- 
rieur. » 

Une  autre  légende  attribue  également  à  une  chute  la  mort  de  Magrath 
qui  aurait  été  renversé  par  un  étudiant. 

Mais  je  suis  porté  à  croire  qu'il  ne  faut  accorder  aucune  confiance  à 
ces  histoires. 

TopiNARD,  dans  soa  Anthropologie,  dit  que  Magrath  mourut  de 
phtisie;  mais  il  n'indique  pas  où  il  puisa  cette  information. 

Dans  le  portrait  gravé  par  Maag,  en  175G,  Magrath  est  représenté 
comme  un  homme  bien  bâti,  bien  proportionné,  aux  membres  vigou- 
reux. Ses  traits  sont  agréables  et  réguliers,  et  il  est  revêtu  de  l'élégant 
costume  de  cette  époque.  Il  se  tient  debout,  avec  son  bras  gauche 
étendu  à  angle  droit  au-dessus  d'un  grenadier  prussien  coiffé  de  son 
énorme  schako  et  le  mousquet  à  l'épaule.  —  Ce  portrait  ne  peut  pas 
être  considéré  comme  donnant  quelque  idée  véridique  de  Magrath 
pendant  sa  vie,  parce  C|ue  l'état  de  son  crâne  montre  qu'il  devait  avoir 
un  visage  repoussant,  parce  que  les  os  de  ses  membres  attestent  de  la 
manière  la  plus  évidente  qu'il  était  affligé  d'un  genu  vaUgum  et  qu'il  ne 
pouvait  étendre  son  bras  de  la  manière  indiquée  dans  le  dessin. 

Sous  la  gravure  est,  en  allemand,  l'intéressante  notice  que  voici  : 

Un  Géant  irlandais.  — Cornélius  Magrath,  né  en  Irlande,  le  \Ç^  jan- 
vier 1757,  est  âgé  de  19  ans  et  possède  une  taille  et  une  vigueur  extraordi- 
naires, en  sorte  que  V Europe  peut  se  vanter  d'avoir  maintenant  produit, 
en  sa  personne,  un  véritable  géant;  son  poignet  (la  main  étant  sur  la  tête) 
a  une  grosseur  de  10  pouces  1/2;  son  doigt  médius  est  aussi  long  que  la 
main  d'un  homme  de  belle  taille;  son  poids  est  de  obi  livres  (446  livres 
anglaises). 


GKIANTISME  ET  AGROMEGALIE.  ^kl 

Deux  points  sont  à  retenir  dans  cette  notice  :  la  grosseur  du  poignet, 
qui  est  presque  la  même  que  celle  donnée  4  ans  auparavant  par  le 
Daily  Advertiser,  et  le  poids  qui  correspondait  à  446  livres  anglaises. 
Ce  poids,  à  mon  avis,  ne  doit  pas  être  estimé  au-dessus  de  la  vérité, 
car  le  volume  énorme  de  son  thorax  et  de  son  bassin  montre  que  son 
poids  devait  dépasser  encore  ce  qu'on  pouvait  attendre  d'un  homme  de 
cette  taille. 

Je  dois  rappeler,  en  passant,  qu'à  l'époque  où  vivait  Magratii,  il  y 
avait   en    Irlande  une    opinion    générale,    d'après    laquelle    ce    corps 
énorme  était  le  résultat  heureux  d'une  expérience  d'élevage  de  géants 
par  révêque  Berkeley.  Dans  Walkinsorts  PhilosoijhicalSurvey  of  Ireland,  . 
on  trouve  l'amusante  note  que  voici  : 

«  L'évêque  eut  la  fantaisie  de  savoir  s'il  était  en  notre  pouvoir  d'aug- 
menter la  taille  humaine.  Un  malheureux  orphelin  fut  pris  par  lui 
comme  sujet  d'expérience.  Il  fit  sur  lui  un  essai  de  sa  théorie  pré- 
conçue, et  le  résultat  fut  que  l'orphelin  Magrath  devint,  à  16  ans,  haut 
de  7  pieds.  »  —  (Il  est  remarquable  que  Topinard  semble  avoir  accordé 
quelque  croyance  à  cette  fable.) 

Voici  encore  quelques  passages  d'une  lettre  écrite  à  un  de  ses  amis 
par  un  médecin  italien,  Giovanni  Bianchi,  qui  vit  le  géant  Magrath  à 
son  passage  à  Florence  : 

«  ...  Quand  il  était  assis,  il  avait  la  taille  d'un  homme  ordinaire.  Debout, 
il  mesurait  7  pieds  de  Paris,  soit  2  pieds  en  plus  de  la  taille  des  hommes 
ordinaires,  qui  tous  passaient  sous  ses  bras  étendus  horizontalement. 
Sa  main  avait  un  pied  de  long,  soit  5  pouces  de  plus  que  la  mienne,  qui 
n'est  pas  des  plus  petites.  Sa  tète,  ses  épaules  et  les  autres  parties 
étaient  de  longueur  et  de  grosseur  proportionnées  à  son  corps  immense. 
Mais  sa  force  n'était  pas  en  rapport  avec  sa  taille,  et  ne  dépassait  pas 
celle  des  autres  hommes....  Je  pense  que  si  ce  (jéant  continue  à  grandir, 
comme  il  semble  le  faire,  —  car  il  prétend  que,  depuis  un  an  qu'il  quitta 
sa  cité  natale  de  Cork,  il  a  gagné  8  pouces,  —  il  sera  forcé  de  rester  tou- 
jours étendu  ou,  tout  au  moins,  assis.  11  dit  avoir  20  ans  1/2  et  ne  paraît 
pas  davantage  par  son  visage,  ni  par  son  raisonnement.  A  mon  avis 
une  croissance  aussi  immodérée  est  une  maladie,  parce  qu'il  dit  être  le 
fils  de  parents  de  taille  ordinaire  et  que  jusqu'à  l'âge  de  M  ans  il  fut 
d'une  taille  moyenne;  ce  n'est  que  plus  tard  qu'il  commença  à  grandir 
de  façon  aussi  démesurée,  et  probablement  il  continuera  à  grandir  aussi 
longtemps  qu'il  vivra  ou  aussi  longtemps  qu'il  sera  atteint  de  cette  maladie, 
laquelle  ne  peut  lui  donner  plus  de  force  dans  les  membres,  ou  plus 
grand  appétit.... 

«  {Lettre  écrite  à  Pdmino,  le  12  juillet  1757.)  » 

Le  squelette  de  Cornélius  Magrath  fut  conservé  au  Muséum  de 
l'Ecole  de  Médecine  de  Trinity  Collège,  mais  depuis  1879  il  a  été  trans- 
porté au  Muséum  anatomique  et  zoologique. 

...  Grâce  à  l'obligeance  du  professeur  Stewart,  le  Conservateur  du 

LAUNOIS  ET   ROY.  10 


242 


GIGANTISME   ET  ACROMÉGALIE. 


Collège  Royal  des  Chirurgiens  d'Angleterre,  j'ai  eu  l'occasion  d'étudier 


le  squelette  de    Charles    Byrne,    le 


FiG.  5S.  —  Squelette  du  géant  irlandais 
Cornélius  Magrath.   (Cunningham.) 


géant  irlandais,  qui  mourut  à 
Londres  à  22  ans,  en  1783,  et 
dont  le  corps  fut  obtenu  par 
John  Hunter  ('). 

Sous  plusieurs  rapports,  le 
squelette  de  Byrne  présente 
une  forte  ressemblance  avec 
celui  de  Magrath.  Il  en  dif- 
fère toutefois  parce  c{u'il  est 
mieux    proportionné     et    ne 


(')  O'Brien  ou  Byrxe,  «  le 
géant  irlandais  » ,  haut  de 
8  pieds  4  pouces  (2™, 552),  se 
montrait  à  Londres  avec  un  très 
grand  succès  vers  1782.  Il  mou- 
rut en  1785  à  l'âge  de  22  ans. 
■■  L'histoire  de  ses  rapports  avec 
l'illustre  John  Hunter  est  tout  à 
fait  intéressante.  Hunter  avait 
juré  qu'il  aurait  le  squelette 
d'O'BRiEN,  et  O'Brien  était  tout 
aussi  décidé  à  ne  pas  se  laisser 
bouillir  dans  la  chaudière  du  cé- 
lèbre savant.  Le  géant  fut  tour- 
menté toute  sa  vie  par  les  in- 
stances continuelles  de  Hu>ster 
et  par  la  persistance  de  ce  der- 
nier à  vouloir  l'acheter.  A  la  fin, 
quand  survint  le  déclin  précoce 
qui  est  la  règle  dans  cette  caté- 
gorie de  phénomènes,  O'Brien, 
sur  son  lit  de  mort,  paya  quel- 
ques pêcheurs,  leur  demandant 
de  porter  son  corps,  après  sa 
mort,  au  milieu  de  la  mer  d'Ir- 
lande, et  de  l'enfoncer  avec  des 
poids  de  plomb.  Hunter,  à  ce 
qu'on  dit.  en  fut  informé;  il  réus- 
sit par  une  surenchère  à  cor- 
rompre les  futurs  croque-morts. 
On  estime  que  le  squelette  du 
fameux  géant  lui  coûta  près  de 
500  livres  sterling.  La  chaudière 
dans  laquelle  le  corps  fut  bouilli 
est  conservée  au  Muséum  du 
Royal  Collège  of  Surgeons  à 
Londres  ;  il  y  a  quelques  années, 
on  la  montra,  en  même  temps 
que  d'autres  reliques  du  savant 


anglais,  aux  membres  de  la  British  Médical  Association.  Le  squelette  d'O'BRiEN 
esf  actuellement  l'une  des  curiosités  du  Muséum.  »  (Goued  et  Pyle,  Anoma- 
lies of  medicinc.  London  et  New-York,  1898.)  —  {Note  des  A.) 


GIGANTISME  ET  ACROMÉGALIE.  2^43 

présente  pas  de  difformités  marquées.  Mais,  en  bien  des  points,  il  est 
asymétrique  et  à  plusieurs  égards  il  peut  presque  être  considéré 
comme  présentant  des  traits  qui  semblent  indiquer  un  début  d'acro- 
mégalie.  L'étude  de  ce  squelette  s'est  montrée  très  instructive,  et,  dans 
la  description  de  quelques-uns  des  os  de  Magrath,  j'introduirai,  pour 
la  comparaison,  les  mensurations  que  je  pris  sur  le  squelette  de 
Londres. 

Hauteur  de  Magrath.  —  A  l'époque  de  sa  mort,  Magrath  avait 
atteint  l'âge  de  25  ans.  A  l'exception  de  V extrémité  supérieure  de  l'humé- 
rus et  de  Vextrémité  inférieure  du  radius,  toutes  les  épiphyses  étaient  sou- 
dées.... Toutes  les  statures  qui  lui  ont  été  attribuées  sont  inexactes. 
Le  squelette  ne  mesure  que  7  pieds  2  pouces  1/4  (Fig.  58)  de  haut.  Mais 
il  est  difficile  d'estime^  correctement  la  taille  de  Magrath  d'après  le 
squelette,  pour  trois  raisons  :  1"  celui  qui  a  monté  le  squelette  s'est 
montré  très  généreux  pour  remplacer  la  substance  intervertébrale;  — 
2°  le  membre  inférieur  gauche  est  un  peu  plus  long  que  le  droit;  — 
5°  les  membres  inférieurs  sont  déformés  par  le  genu  valgum. 

...  Il  faut  donc  choisir  un  autre  procédé.  Si  nous  calculons  la  taille 
d'après  le  fémur  droit,  elle  aurait  été  de  2"',!  7;  avec  le  fémur  gauche, 
elle  aurait  été  de  S", 25.  A  mon  avis,  le  premier  résultat  est  plus  exact, 
parce  que  le  fémur  droit  est  le  moins  déformé.... 

Sans  aucun  doute,  Magrath  fut  plus  petit  que  Charles  Byrne.  La 
hauteur  du  squelette  de  celui-ci,  donnée  par  le  catalogue,  est  de  2'", 51. 
Je  l'ai  vérifiée  moi-même  et  l'ai  trouvée  parfaitement  exacte... 

Avec  les  fémurs,  on  calcule  une  hauteur  de  2", 25  (fémur  droit),  ou  de 
2", 51  (fémur  gauche). 

Caractères  généraux  des  os.  —  En  plusieurs  endroits,  on  trouve  un 
aspect  qui  indique  que,  pendant  la  vie,  les  différents  os  eurent  une 
vascularisation  abondante.  Les  canaux  de  Havers  sont  dilatés  et  donnent 
à   la    surface    des    coupes    un    aspect 
ponctué.  Le  canal  médullaire  de  la  dia- 
physe  des  os  longs  est  très  dilaté.  Frit- 
sche  et  Klebs  (')  ont  appelé  l'attention 
sur  ce  fait  cjue,  dans  l'acromégalie,  les 
vaisseaux  sanguins  sont  dilatés. 

En  outre,  aux  extrémités  osseuses  et   fig.  59.  -  Un  doigt  du  géant  iWan- 

dans  toutes  les  autres  places  où  le  tissu        '''^is  Cornélius   Magrath.    (Clnm.ng- 

spongieux  est  abondant,   comme  dans 
les  vertèbres,  la  portion   basilaire    de 

l'occipital,  les  os  du  pied,  etc.,  la  surface  des  os  est  tout  à  fait  irrégu- 
lière. Les  canaux  vasculaires  sont  visibles  et  larges;  des  productions 
ostéophytiques  se  présentent  sous  forme  de  saillies  verruqueuses  ou 
dentelées,  marquant  nettement  le  caractère  arthritique.  Mais  le  pro- 
cessus inflammatoire  n'est  pas  restreint  aux  extrémités  articulaires  des 

(*)  Ein  BeUràge  zitr  Patliologie  des  Riesenwachfiefi.  Leipzig.  1884. 


2i4  GIGANTISME  ET  ACROMÉGALIE. 

os  longs;  il  semble  avoir  gagné  la  diaphyse  en  suivant  les  travées 
fibreuses.  Au  point  d'insertion  des  muscles  et  des  ligaments,  un  aspect 
rugueux  très  particulier  semble  indiquer  des  traces  de  périostite,  en 
particulier  sur  les  crêtes  intertrochantériennes  du  fémur,  sur  l'em- 
preinte deltoïdienne  de  l'humérus,  les  surfaces  poplitées  du  tibia,  etc.; 
un  état  assez  semblable  s'observe  à  l'extérieur  de  la  voûte  crânienne. 
Les  érosions  et  irrégularités  de  la  diaphyse  des  os  longs,  si  caracté- 
ristiques de  la  périostite,  sont  également  visibles. 

Par  ces  caractères  généraux,  le  squelette  de  Magrath  est  très  semblable 
cm  squelette  acromégalique  cV Edimbourg  et  confirme  ce  C{u'en  avait  dit  le 
D''  Thomson  (')  : 

«  Le  squelette,  dans  Facromégalie,  montre  un  début  des  lésions 
qu'on  rencontre  dans  l'ostéo-arthrite  et,  à  un  faible  degré,  celles  qui 
surviennent  dans  l'ostéite  déformante  ». 

En  étudiant  le  bassin  et  les  fémurs,  nous  avons  été  amenés  à  discuter 
aussi  certains  aspects  c^ui  pourraient  peut-être  indiquer  que  Magrath 
fut  atteint,  au  début  de  sa  vie,  de  rachitisme. 

Tète.  —  La  tête  de  Magrath,  lorsqu'elle  est  en  place  au  sommet  de 
la  colonne  vertébrale,  semble  petite  en  comparaison  du  reste  du  sque- 
lette. 

11  nous  est  impossible  de  reproduire  ici  toutes  les  mensurations,  très 
précises  et  très  rigoureuses,  présentées  par  Cunningham  sous  forme  de 
tableaux,  dans  lesquels  il  met  en  parallèle  les  dimensions  du  crâne  de 
Magrath  avec  celles  de  Byrne,  du  squelette  acromégalique  d'Edim- 
bourg et  de  sept  Irlandais  témoins.  Toutefois  nous  donnerons  les 
conclusions  en  ce  qui  concerne  le  maxillaire  supérieur  : 

Le  maxillaire  inférieur  de  Magrath  présente  une  ressemblance  frap- 
pante avec  celui  du  crâne  acromégalique  d'Edimbourg.  Les  dimensions 
en  sont  très  voisines.  Chez  Magrath,  pourtant,  la  longueur  antéro- 
postérieure  du  corps  est  plus  grande,  comme  aussi  la  largeur  inter- 
goniale. 

Chez  Byrne,  le  seul  caractère  acromégalique  de  la  face  est  le  maxil- 
laire inférieur;  mais  à  jjien  des  égards  il  diffère  de  celui  de  Magrath. 
Il  présente  la  même  hauteur  symphysienne  excessive,  le  même  dévelop- 
pement énorme  de  la  portion  basilaire  du  corps  et  le  même  progna- 
thisme si  frappant;  mais  il  diffère  en  ce  que  l'arcade  alvéolaire  n'est 
pas  portée  en  avant,  ni  manifestement  élargie. 

Crâne.  —  Il  peut  être  regardé  comme  un  peu  petit,  étant  donnée  la 
taille  du  sujet....  Les  parois  crâniennes  ne  sont  pas  excessivement 
épaisses....  Les  sinus  de  la  face  ont  atteint  tin  volume  extraordinaire,  aussi 
bien  les  sinus  maxillaires,  mastoïdiens,  que  les  sinus  frontaux....  La 
même  dilatation  excessive  des  sinus  aériens  s'observe  chez  Byrne.... 

...  La  partie  de  la  base  du  crâne  qui  attire  tout  de  suite  le  regard,  c'est 
la  fosse  pituitaire .  Je  me  demande  si  jamais  on  la  vit  aussi   large.  Elle 

(')  Journ.  Anat.  and  PInjs..  vol.  XXIV,  p.  490. 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 


2îi5 


pourraU  presque  contenir  la  moitié  d' une  petite  mandarine....  La  dilatation 
a  atteint  un  tel  degré  qu'elle  a  produit  l'oblitération  totale  du  sinus 


.— -««SSX^''" 


FiG.  60.  —  Crùne  (face)  du  géant  irlandais 
Cornélius  Magratli.  (Cunnijngham.) 


FiG.  (Vl.  —  Crâne  (profil)  du  géant  irlandais 
Cornélius  Mograth.   (Cunningham.) 


sphénoïdal;  en  un  point  du  plancher,  on  voit  une  perforation  ellip- 
tique, longue  d'environ  1/4  de 
pouce,  à  travers  laquelle  la 
fosse  pituitaire  communique- 
rait directement  avec  la  cavité 
nasale  si  elle  n'était  pas  cou- 
verte sur  sa  surface  inférieure 
par  l'aile  élargie  de  l'os  vo- 
mer. 

Le  plancher  de  la  fosse  pi- 
tuitaire montre  de  nombreuses 
dépressions  séparées  l'une  de 
l'autre  par  de  petites  crêtes 
osseuses.  Nous  pouvons  infé- 
rer ainsi  que  la  face  inférieure 
de  l'hypophyse,  grandement 
hypertrophiée,  était  lobulée.... 
Du  côté  gauche,  la  fosse  est 
bordée  par  une  mince  lame 
osseuse,  sur  la  face  externe  de 
laquelle  est  la  gouttière  pour 
l'artère   carotide   interne.    Du 

côté  droit,  il  n'y  a  aucune  limite,  et  l'aspect  est  tel  que  je  suis  porté 
à  croire  que  le  corps  pituitaire  hypertrophié  faisait  une  saillie  si  con- 
sidérable qu'il  englobait  l'artère  carotide  droite,   et  même  s'étendait 


\ 


FiG.  62.  —  Base  du  crâne  du  géant  irlandais 
Cornélius  Magrath.  (Cunningiiam.) 


246 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 


en  avant  à  travers  la  fente  sphénoïdale  dans  la  portion  postérieure  de 
l'orbite.  Des  cas  d'acromégalie  ont  été  rapportés  qui  présentaient  un 
degré  notable  d'exophtalmie  (•)•  H  est  possible  que  ce  symptôme  puisse 
s'expliquer  par  la  protrusion  d'une  partie  du  corps  pituitaire  hyper- 
trophié dans  la  cavité  orbitaire,  comme  dans  le  cas  de  Magrath. 

Chez  Magrath,  les  bandelettes  optiques  doivent  avoir  été  soumises 
à  une  forte  compression  par  l'hypophyse  augmentée  de  volume.  Il  est 
remarquable  qu'il  n'ait  été  fait  mention  nulle  part  d'une  diminution  de 
son  pouvoir  visuel. 

Les  dimensions  suivantes  sont  celles  de  la  fosse  pituitaire  élargie 
chez  Magrath  et  sur  le  crâne  acromégalique  d'Edimbourg  : 


Magralh 

Crâne  d'Édimboursr. 


Longueur.  Profondeur.  ^^Largeur. 

58  millimètres.     28  millimètres. 
22,5         —  28         —  21  millimclres. 


Sur  le  crâne  de  Byrne,  la  voûte  n'a  pas  été  enlevée  et  les  seuls 
moyens  que  j'avais  d'explorer  la  taille  de  la  fosse  pituitaire,  étaient  : 
l'introduction  de  mon  doigt  par  le  trou  occipital  et  l'exploration,  avec 
l'index,  de  la  région  pituitaire;  l'éclairage  de  l'intérieur  du  crâne  par 
une  petite  lumière  introduite  par  le  trou  occipital,  et  l'examen  par  une 
petite  ouverture  existant  au  sommet  de  la  voûte  crânienne.  Par  ces 
deux  moyens,  je  pus  me  convaincre  que  la  fosse  pituitaire  était  élargie, 
mais  pas  au  même  point  que  celle  de  Magrath 
ou  du  crâne  d'Edimbourg.  Le  sommet  de  mon 
index  atteignant  la  paroi  antérieure  de  la  fosse, 
j'appuyais  en  arrière  fortement  sur  la  lame  qua- 
drilatère, de  manière  à  imprimer  une  marque 
sur  mon  doigt.  Par  ce  moyen,  je  pus  estimer  que 
la  fosse  avait  environ  2"2  millimètres  de  long.  Sa 
profondeur  est  certainement  moindre  que  celle 
du  crâne  d'Edimbourg. 

Colonne  vertébrale.  —  ...  Dans  lacroméga- 
lie,  il  est  fréquent  de  trouver  des  troubles  mar- 
qués de  la  courbure  normale  de  l'épine.  Magrath 
ne  fait  pas  exception  à  la  règle  et  ses  déviations 
vertébrales  sont  très  particulières.  Dans  la  région 
cervicale,  il  y  a  une  légère  tendance  à  former 
une  courbure  à  concavité  antérieure;  dans  la 
région  dorsale,  la  colonne  est  convexe  en  avant; 
dans  sa  partie  supérieure,  la  colonne  lombaire 
forme    une   courbure  en   arrière,    courte,    mais 

aiguë,   donnant  lieu  à  une  concavité  en  avant;  tandis  qu'à  sa  partie 

inférieure  elle  forme  une  courte  convexité  antérieure. 


FiG. 

la 


G5.  —  Fragment  de 
colonne  vertébrale 
du  géant  irlandais  Cor- 
nélius   Magrath.  (Cum- 

NINGIIAM.) 


(')  Ueber  einem  Fait  Acromegalie,  par  Wimkowski,  Berlincr  klin.  Woch.,  1877. 
—  A  case  of  Acromegaly,  par  Rickmann  Godlee,  Clin.  Soc.  London,  1888. 


GIGANTISME   ET  ACROMEGALIE.  2^47 

Il  y  a  aussi  deux  courbures  latérales  :  l'une,  à  la  région  dorsale,  à 
convexité  gauche;  l'autre,  à  la  région  lombaire,  à  convexité  droite. 
Toutes  ces  déviations  forment  une  colonne  vertébrale  toute  tordue. 

...  Sur  le  squelette  du  garde  prussien  de  Frédéric  II,  du  Muséum 
de  Berlin,  Zitterland  nous  apprend  qu'il  existe  une  courbure  anor- 
male de  la  colonne  et  que  les  corps  vertébraux  se  sont  moulés  en 
rapport  avec  elle  :  les  uns,  plus  hauts  à  gauche,  les  autres,  plus  hauts 
à  droite.  C'était  également  le  cas  pour  l'épine  de  Magrath.... 

...  Chez  Magrath,  il  y  avait  un  raccourcissement  de  la  colonne  cer- 
vicale et  un  allongement  marqué  de  la  colonne  dorsale.  Chez  Byrne,  il 
y  a  la  même  longueur  excessive  de  la  colonne  dorsale,  mais  la  colonne 
lombaire  est  raccourcie. 

Thorax.  —  Langer  pense  que,  chez  les  individus  de  grande  taille,  le 
thorax  est  relativement  étroit.  Ce  n'est  pas  le  cas  pour  Magrath.  La 
cage  thoracique  est  grandement  augmentée  et  présente  à  sa  partie  la 
plus  large  une  circonférence  qui  n'est  pas  inférieure  à  l^jOSô.  Cette 
grande  taille  de  la  cage  thoracique  était  également  un  trait  remar- 
quable sur  le  squelette  acromégalique  d'Edimbourg. 

...  Les  caractères  les  plus  remarquables  des  côtes  sont  l'accentuation 
de  leurs  courbures  et  la  grande  profondeur  et  largeur  des  gouttières 
sous-costales.  Ce  dernier  caractère  est  aussi  très  marqué  sur  le  sque- 
lette d'Edimbourg. 

Bassix.  —  Le  bassin  est  de  grande  taille  et  sa  largeur  est  particuliè- 
rement remarquable.  Les  os  sont  grossièrement  moulés  et  les  inser- 
tions musculaires  sont  très  visibles.  En  plusieurs  endroits,  il  y  a  des 
altérations  très  marquées  d'origine  arthriticjue;  et  sur  la  crête  iliaque 
on  note  d'épaisses  irrégularités  en  rapport  avec  la  périostite.... 

...  Le  caractère  le  plus  remarquable  du  bassin  de  Magrath,  c'est  son 
extraordinaire  largeur,  qui  est  due  pour  une  bonne  part  à  l'augmenta- 
tion de  la  largeur  du  sacrum....  Langer  insistait  déjà  sur  l'augmenta- 
tion de  la  largeur  des  hanches  chez  les  géants.  Il  remarque  que,  chez 
les  géants  vivants,  ce  caractère  est  très  frappant  et  qu'il  est  produit 
non  seulement  par  la  conformation  du  bassin,  mais  aussi  par  un  accrois- 
sement de  la  longueur  des  os  fémoraux. 

Memhy^es  supérieurs.  —  Altérations  arthritiques  très  marquées  au 
coude  au  point  qu'on  peut  se  demander  si  Magrath  était  capable 
d'étendre  l'avant-bras  sous  un  angle  de  t'25o. 

...  La  clavicule  est  longue  et  massive....  Elle  présente  une  curieuse 
production  ostéophytique  sur  sa  face  inférieure,  à  quelc[ue  distance  du 
bord  externe  de  l'insertion  du  rhomboïde,  et  sans  doute  en  rapport 
avec  l'insertion  du  muscle  sous-clavier. 

Humérus.  —  Des  deux  côtés,  Vépiphyse  supérieure  n'est  que  partielle- 
ment soudée  à  la  diaphyse. 

Radius.  —  Des  deux  côtés,  les  épiphyses  inférieures  sont  incompjlètemenl 
soudées  aux  diaphyses. 

Cubitus.  —  Curieuse  courbure  en  dehors  de  la  diaphyse  immédiate- 


248 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 


mi 


ment  au-dessus  de  son  extrémité  inférieure.  Ainsi  qu'on  l'a  vu  dans  les 
deux  notices  publiées  sur  Magratii  pendant  sa  vie,  on  relève  la  grande 
épaisseur  de  la  partie  inférieure  de  son  avant-bras;  cette  courbure  infé- 
rieure du  cubitus  en  est  sans  doute  la  cause,  car  l'élargissement  du 
poignet  ne  peut  certainement  pas  avoir  été  produit  par  les  extrémités 
inférieures  du  radius  et  du  cubitus,  lesquelles  no  sont  pas  d'une 
largeur  disproportionnée. 

...  Chez  Magrath,  la  longueur  de  l'avant-bras  et  la  longueur  avant- 
bras  et  bras  par  rapport  à  la  taille  sont  supérieures  aux  moyennes 
établies  par  Topixard. 

...  Le  radius,  par  rapport  à  l'humérus,  est  très  long. 

Main.  —  Sous  le  rapport  de  l'acrom.égalie  elles  présenteraient  un 
intérêt  particulier.  Malheureusement  plusieurs  os  manquent  ou  ont  été 
grossièrement  remplacés. 

...  La  longueur  totale  de  la  main  par  rapport  à  la  taille  paraît  bien 
proportionnée,  tandis  que,  de  son  vivant.  Magrath  avait,  dit-on,  une 
main  «  aussi  grosse  qu'une  épaule  de  mouton  ».  Mais  nous  savons  que 
l'augmentation  des  mains  dans  l'acromégalie  porte  surtout  sur  les 
parties  molles  et  que  cette  hypertrophie  n'est  guère  visible  sur  les  os, 

comme  on  peut  le  constater  sur  le  sque- 
lette d'Edimbourg... 

Membres  inférieurs.  —  Les  fémurs  ne 
sont  nullement  symétriques,  et  non  seule- 
ment par  leur  longueur,  mais  aussi  par 
leur  configuration.  Le  gauche  a  21  milli- 
mètres de  plus  que  le  droit  et  est  beau- 
coup plus  anormal.  Les  anomalies  sont 
particulièrement  remarquables.  Ainsi  le 
col  fémoral  gauche  est  extrêmement 
mince,  plus  long  que  sur  le  fémur  droit 
et  s'unit  à  la  diaphyse  sous  un  angle  plus 
ouvert  (loO"  à  droite;  140"  à  gauche).  La 
tête  fémorale  à  gauche  est  plus  dévelop- 
pée en  arrière  et  regarde  plus  directe- 
ment en  haut.... 

Les  extrémités    inférieures  présentent 
très  accentuées  les  modifications  en  rap- 
port avec  le  genu  valgum.  La  déformation 
est  beaucoup  plus  grande  à  gauche  qu'à 
droite.   11  n'y  a  aucune  évidence  que  cet 
état  soit  dû  à  une  obliquité    originaire 
des    lignes    épiphysaires,    car   les  deux 
condyles  descendent   suivant   les  lignes 
parallèles  à  l'axe  de  la  diaphyse.  11  est  plus  que  possible  que  l'extrême 
largeur  du  bassin  soit  en  quelque  mesure  responsable  de  la  défor^ 
mation. 


"/ 


FiG.  Gi.  —  Les  deux  fémurs  du 
géant  irlandais  Cornélius  Ma- 
grath.    (CUNN'IN'GHAM.)    —  Doublc 

genu    valgum     par     allongement 
du  condyle  interne. 


GIGANTISME   ET  ACROMEGALIE.  249 

Langer  dit  que  l'évidence  du  genu  valgum  manque  rarement  cliez 
les  géants.  «  Un  haut  degré  de  genu  valgum  s'observe  sur  le  géant  de 
Saint-Pétersbourg  et  sur  le  squelette  de  Berlin  n°  3040.  » 

Tibia  et  péroné.  —  ...A  leurs  extrémités  supérieures,  ces  deux  os  sont 
unis  simplement  par  du  tissu  fibreux,  sans  surfaces  articulaires. 

...  Comparée  à  la  taille  et  à  la  longueur  du  fémur,  la  longueur  du 
tibia,  chez  Magrath  et  chez  Byrne,  est  supérieure  à  la  normale. 

Pied.  —  Beaucoup  de  petits  os  manquent....  Mesurée  du  talon  à 
l'extrémité  du  gros  orteil,  la  longueur  totale  est  de  500  millimètres, 
longueur  qui,  comme  celle  du  pied  de  Byrne  (317  millimètres),  est 
notablement  au-dessous  de  la  moyenne.  Mais,  pour  le  pied,  comme 
pour  la  main,  l'hypertrophie  porte  principalement  sur  les  parties  molles. 
Et  nous  avons  les  longueurs  excessives  de  leurs  pieds  pendant  la  vie  : 
pour  Magrath,  son  dernier  soulier  mesurait  15  pouces;  pour  Byrne,  on 
a  conservé  ses  souliers  avec  son  squelette  :  la  semelle  mesure 
15  pouces  1/8.  Par  rapport  à  la  taille,  la  proportion  des  pieds  est  mani- 
festement au-dessus  de  la  normale. 

J'ai  exprimé  l'opinion  que  Magrath  pendant  sa  vie  était  atteint 
d'acromégalie  et  que  son  squelette  montrait  d'une  façon  très  marquée 
les  modifications  qui  sont  dues  à  l'action  de  cette  maladie.  Bien  que  j'aie 
indiqué,  aux  différents  passages  de  ce  mémoire,  sur  quels  caractères 
j'appuyais  cette  hypothèse,  il  peut  être  utile  de  rappeler  brièvement 
les  plus  importants  d'entre  eux.  Ce  sont  les  suivants  : 

\°  La  taille  disproportionnée  de  la  face  par  rapport  au  crâne .  Cette  augmen- 
tation porte  non  seulement  sur  les  maxillaires,  mais  aussi  sur  la  portion 
mandibulaire  de  la  face,  et  il  en  résulte  que  nous  avons  une  profondeur 
excessive  des  orbites,  des  fosses  nasales  et  des  sinus  m^axillaires.  Le  déve- 
loppement extraordinaire  du  maxillaire  inférieur  est  particulièrement 
suggestif. 

2°  Le  grand  développement  des  apophyses  mastoïdes  et  de  tous  les  sinus 
aériens  du  crâne. 

3°  U hypertrophie  du  coips  pituitaire  et  f  augmentation  de  la  fosse  pitui- 
taire  qui  V accompagne. 

4"  L évidence  que  nous  avons  des  dimensions  excessives  des  pieds  et  des 
mains  pendant  la  vie,  quoique,  les  os  ne  mollirent  pas  trace  de  cette 
hypertrophie. 

Mais  la  détermination  de  cet  état  est  rendue  particulièrement  difficile 
par  ce  fait  que  ces  modifications  se  montrent  chez  un  individu  d'une 
taille  aussi  grande  que  Magrath.  D'après  Virchow,  il  n'y  aurait  aucun 
rapport  entre  la  croissance  gigantesque  partielle,  qui  se  voit  dans  les 
cas  d'acromégalie,  et  la  croissance  gigantesque  généralisée.  Pourtant, 
si  nous  étudions  les  caractères  des  squelettes  d'individus  de  haute 
stature,  tels  qu'ils  sont  donnés  par  Langer,  nous  trouvons  de  nom- 
breuses analogies.  Cet  auteur  nous  dit  : 

1°  Que  la  région  mandibulaire  de  la  face  est  proportionnellement 
grande  sur  les  crânes  de  tous  les  géants;  et  que,  chez  beaucoup,  le 


250  GIGANTISME   ET  ACROMÉGALIE. 

maxillaire  inférieur  est  «  monstrueux  ».  En  outre,  le  maxillaire  inférieur 
l'emporte  souvent  pour  l'hypertrophie  sur  les  maxillaires  supérieurs, 
de  manière  à  produire  une  projection  du  menton  et  à  porter  les 
dents  inférieures  en  avant  des  supérieures.  Il  donne  l'image  d'un  tel 
crâne  ; 

2°  Qu'en  règle  générale  l'hypertrophie  sur  les  crânes  de  géants  ne 
porte  que  sur  la  portion  faciale.  Par  suite,  le  crâne  reste  petit,  tandis 
que  la  face  augmente.  Il  considère,  cependant,  que  cette  hypertrophie 
de  la  face  est  limitée  à  sa  partie  inférieure  et  ne  porte  pas  sur  les 
cavités  orbitaires,  ni  sur  la  partie  supérieure  des  fosses  nasales  ; 

5"  Que  dans  les  cas  typiques  de  croissance  gigantesque  généralisée 
on  trouve  une  augmentation  du  corps  pituitaire,  par  laquelle  la  fosse 
se  trouve  élargie,  et  aussi  une  hypertrophie  des  parties  molles  de  la 
face  (lèvres  et  ailes  du  nez).  Il  a  remarqué  l'agrandissement  de  la  fosse 
pituitaire  principalement  dans  les  cas  où  le  maxillaire  inférieur  était  de 
taille  énorme. 

Ces  observations  de  Langer  forment  un  sérieux  appoint  dans  la 
question  en  litige  et  je  pense  qu'elles  autorisent  quelques  relations 
entre  l'acromégalie  et  la  croissance  généralisée.  D'ailleurs  la  dispro- 
portion entre  la  face  et  le  crâne  peut  être  produite  de  deux  façons.  Elle 
peut  être  produite  par  une  croissance  excessive  des  os  de  la  face,  le 
crâne  gardant  ses  dimensions  normales;  c'est  la  véritable  disproportion 
acromégalique.  Mais  elle  peut  aussi  être  produite  par  ce  fait  que  le 
crâne  ne  suit  pas  la  croissance  générale  de  toutes  les  autres  parties  du 
corps;  dans  ce  cas  la  croissance  de  la  face  est  indépendante  et  en 
harmonie  avec  la  croissance  générale  de  l'individu;  c'est  de  cette  façon 
que  se  produit  la  disproportion  chez  les  géants.  Les  résultats  sont 
les  mêmes,  bien  que  la  manière  dont  ils  ont  été  obtenus  soit  diffé- 
rente. 

Mais,  même  en  expliquant  ainsi  la  forme  identique  de  crâne  se 
produisant  dans  les  deux  cas,  comment  pouvons-nous  expliquer  le  fait 
que  les  acromégaliques  comme  les  géants  aient  la  même  tendance  à 
dilater  leur  fosse  pituitaire  et  à  hypertrophier  leur  mandibule.  Langer 
n'est  pas  le  seul  auteur  qui  ait  attiré  l'attention  sur  l'hypertrophie 
du  maxillaire  inférieur  des  géants.  Topinard  rapporte  également  ce 
fait. 

Il  ne  faut  pas  conclure  de  là  que  je  veuille  faire  de  tous  les  géants  des 
acromégaliques.  Ni  Winkelmeier,  ni  Murphy  ne  présentent  la  plus 
légère  trace  de  cette  affection;  ni  l'un  ni  l'autre  ne  présentent  une  face 
disproportionnée,  ni  des  mains  ou  des  pieds  augmentés  de  volume. 
Chez  Murphy,  toutes  ces  parties  sont  réellement  petites. 

Pour  Magrath,  cependant,  je  crois  qu'il  ne  peut  y  avoir  aucun  doute. 
Bien  qu'il  soit  le  moins  grand  de  tous  ces  géants,  nous  avons  vu  que 
les  dimensions  de  sa  face  l'emportent  sur  tous  les  autres. 

Le  squelette  de  Byrne  offre  de  plus  grandes  difficultés  ;  il  ne  présente 
pas  une  augmentation  excessive  de  la  face  par  rapport  au  crâne;  sa 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE.  251 

tête  est  même  plus  petite  que  la  moyenne,  eu  égard  à  sa  taille.  Mais, 
d'autre  part,  nous  avons  une  grosse  hypertrophie  de  la  mandibule,  une 
fosse  pituitaire  élargie  et  l'évidence  manifeste  que  nous  apportent  ses 
souliers  de  la  grande  taille  de  ses  pieds,  pendant  sa  vie. 


Le  crâne  et  plus  particulièrement  la  face  des  géants  ont  depids 
longtemps  déjà  attiré  et  retenu  V attention  du  public  et  des  médecins. 
Dans  le  Dictionnaire  de  d'Orbigny(*),  publié  en  1868,  on  trouve 
les  lignes  suivantes  :  «  Dans  le  balancement  des  éléments  de 
l'organisme,  le  développement  des  formes  est  au  détriment  de 
celui  du  cerveau.  Les  Grecs  lavaient  si  bien  compris  qu'ils 
avaient  donné  à  leur  Apollon  une  taille  moyenne  et  un  front 
large,  élevé,  où  rayonnait  l'intelligence,  et  à  Hercule  une  tête 
de  crétin.  »  Sans  vouloir  pi-éjuger  delà  mesure  exacte  de  l'intel- 
ligence ni  de  la  taille  d'Hercule,  il  est  incontestable  que  les 
traits  apolloniens  ne  semblent  guère  avoir  été  rencontrés  chez 
les  géants  :  Lombroso  trouve  à  son  géant  une  «  face  rappelant 
dans  sa  monstruosité  celle  du  gorille  et  du  lion  »  (voir  p.  296); 
'Woods  Hutchinson,  voyant  une  seule  fois  le  géant  Caleb, 
remarque  chez  lui  une  «  expression  de  tête  de  cheval  »  carac- 
téristique (Obs.  XIV).  Parfois  il  y  a  une  grosse  malformation  : 
ainsi  le  géant  Wilkins  (Obs.  X^  ),  observé  successivement  par 
Dana  en  1893  et  par  Lamberg  en  1896,  présentait  ce  que  le 
premier  auteur  appelle  une  hémiacromégalie  de  la  tête,  c'est-à- 
dire  un  développement  très  remarquable  d'une  moitié  de  la 
face,  portant  sur  l'os  frontal  et  les  maxillaires  supérieur  et  infé- 
rieur du  côlé  gauche,  s'accompagnant  d'un  rétrécissement  de 
la  cavité  nasale  du  même  côté.  Les  photographies  de  ce  sujet 
révèlent  à  première  vue,  encore  qu'incomplètement,  cet  aspect 
curieusement  tordu  et  asymétrique  de  la  face. 

En  dehors  de  l'impression  pins  ou  moins  horrible  ou  repous- 
sante que  peut  produire  la  face  des  géants,  si  l'on  cherche  à 
préciser  par  des  mensurations  anthropologiques  les  modifica- 
tions survenues  à  son  niveau,  on  voit  que  chez  la  plupart  elles 
ne  diffèrent  en  rien  des  malformations  acromégaliques  et 
qu'elles  sont  surtout  apparentes  et  accusées  chez  les  géants 
acromégaliques. 

(')  Dictionnaire  Universel  de  Cli.  d'ORBiGNY,  1868,  t.  VI,  p.  505. 


252  GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 

11  nous  suffira  de  rappeler  la  descriplion  qu'ont  donnée  Bris- 
saud  et  Henry  Meige  de  la  face  du  géant  Jean-Pierre  Mazas  et 
que  nous  leur  avons  empruntée  (voir  page  222).  Dans  son 
masque  hideux,  on  retrouve  l'aspect  caractéristique,  mais 
poussé  jusqu'à  l'exagération,  du  faciès  acromégalique.  Ce  qui 
frappe  tout  d'abord,  c'est  Vinégal  développement  du  crâne,  de 
dimensions  à  peu  près  normales,  el  de  la  face  énormé)nent  agrandie, 
surtout  dans  le  sens  vertical. 

La  face  prend  ainsi  un  aspect  démesurément  allongé  et 
ovalaire,  tenant  surtout  à  l'agrandissement  de  deux  diamètres 
en  particulier  :  le  diamètre  bimalaire  et  la  hauteur  générale  de 
la  face.  Le  front,  d'ordinaire  bas  et  étroit,  surplombe  les  yeux 
enfouis  dans  d'énormes  saillies  orbitaires,  formées  par  le  déve- 
loppement exagéré  des  sinus  frontaux;  ce  développement  exa- 
géré, qui  se  retrouve  sur  tous  les  sinus  de  la  face  et  aussi  sur 
les  os  malaires,  produit,  au  niveau  de  ces  derniers,  l'agran- 
dissement du  diamètre  bimalaire  qui  était  si  évident  à  la  der- 
nière période  de  la  vie  de  notre  tambour-major  (Obs.  VIII). 
Le  nez  est  toujours  volumineux;  l'augmentation  des  os 
propres,  qui  entrent  dans  sa  constitution,  était  très  appa- 
rente sur  le  crâne  de  la  géante  Aama  (Obs.  111).  Mais  les  par- 
ties molles  et  les  cartilages  qui  le  composent  sont  aussi  très 
hypertrophiés  et  l'on  peut  retrouver  chez  les  géants  toutes  les 
variétés  de  gros  nez  :  arrondis,  retroussés,  busqués  en  nez  de 
polichinelle,  etc. 

La  langue  atteint  souvent  un  volume  extraordinaire,  très 
nettement  disproportionné  même  avec  la  taille  gigantesque  du 
sujet  auquel  elle  appartient.  Les  lèvres,  surtout  la  lèvre  infé- 
rieure, sont  grosses;  cette  dernière,  proéminente  et  pendante, 
aggrave  encore  le  prognathisme  du  maxillaire  inférieur,  dont 
l'hypertrophie  localisée  et  disproportionnée  est  assurément, 
sinon  le  meilleur  signe,  du  moins  l'un  des  plus  caractéristiques 
et  des  plus  faciles  à  reconnaître  de  l'acromégalie. 

Le  menton  en  galoche,  gros,  massif,  avec  à  la  fois  augmenta- 
lion  de  la  hauteur  du  maxillaire  et  projection  en  avant  de  son 
bord  inférieur,  est  noté  chez  bon  nombre  de  géants.  Langer 
y  avait  déjà  insisté  en  1871,  et,  tout  récemment,  Papillault 
montrait  qu'à  mesure  que  la  taille  s'élève  la  hauteur  de  la 
symphyse  mentonnière  augmente  ainsi  que  la  longueur  de  la 


GIGANTISME  ET  ACROMÉGALIE.  253 

branche  horizontale  (diamètre  gonio-mentonnier),  d'où  résulte 
un  prognathisme  plus  ou  moins  marqué. 

En  somme,  l'on  peut  dire  que  les  trois  grands  signes  caracté- 
ristiques de  l'acromégalie  à  la  face  :  hypertrophie  localisée  et 
prognalhisme  du  maxillaire  inférieur;  —  saillie  exagérée  des  pom- 
mettes; —  augmentation  dos  os  propres  du  nez  et  des  sinus  fron- 
taux^ se  retrouvent  à  un  degré  plus  ou  moins  accentué  chez 
les  géants  acromégaliques. 

Après  la  face,  les  pieds  et  les  mains  offrent  chez  les  mêmes 
sujets  les  déformations  propres  à  la  maladie  de  P.  Marie.  Sans 
doute,  personne  ne  songe  à  s'étonner  que  les  géants  aient  de 
grandes  mains  et  de  grands  pieds;  mais  il  y  a  lieu  de  remar- 
quer que  le  développement  des  extrémités  de  leurs  membres  est 
lui-même  disproportionné  par  rapport  à  l'hypercroissance 
généralisée   qu'ils  présentent. 

L'histoire  des  géants  est  à  cet  égard  remplie  d'anecdotes  que 
nous  avons  déjà  mentionnées  (voir  page  28).  C'est  l'empereur 
romain  Maximin  P''  qui  prenait  pour  bague  le  bracelet  de  sa 
femme,  c'est  le  géant  Nicolas,  dont  il  est  question  dans  les 
Chroniques  de  Hollande  (1557)  de  Hadrianus  Berlandus,  et  qui 
était  si  grand  que  son  soulier  avait  5  pieds;  c'est  le  géant 
Antoine  Payne,  haut  de  2", 22,  qui  vivait  en  Cornouailles  à  la 
même  époque  et  dont  la  longueur  des  pieds  est  restée  prover- 
biale C'est  un  homme  de  9  pieds,  vu  parPlater,en  1613,  et  dont 
la  main  avait  une  longueur  de  1  pied  6  pouces;  c'est  Patrick 
Gotter,  le  successeur  du  géant  irlandais  Charles  Byrne,  qui 
mesurait  à  sa  mort,  en  1806,  8  pieds  4  pouces,  dont  le  pouce 
était  à  peu  près  de  la  grosseur  du  poignet  d'un  homme  ordi- 
naire et  dont  le  soulier  n'avait  pas  moins  de  17  pouces  de 
long('). 

Plus  récemment  nous  voyons  que  les  pieds  du  géant  espa- 
gnol Joachim  Eleiceagui,  haut  de  2™, 50,  qui  se  montra  à  Paris 
en  1845,  avaient  une  longueur  de  42  centimètres  (^). 

Enfin  Jean-Pierre  Mazas  (Obs.  IX,  page  216),  parmi  les  der- 
niers exploits  que  sa  maladie  lui  permettait  encore  d'accomplir, 
pouvait  couvrir  une  pièce  de  cinq  francs  avec  son  pouce.  Et 

{'■)  Voir  GouLD  AND  Pyle,  Anomalies  and  Ciiriosities  of  Medicine.  Londres  et 
New-York,  1898. 

(^)  Voir  E.  Garnier,  Les  Nains  et  les  Géants.  Paris,  1884. 


254  GIGANTISME  ET  AGROMEGALIE. 

le  géant  Galeb,  retirant  une  de  ses  ])agues,  avait  coutume  de 
faire  passer  au  travers  d'elle  une  pièce  d'un  demi-dollar. 

C'est  à  Woods  Hutchinson  que  nous  devons  l'histoire  de  ce 
géant  Galeb;  il  l'a  publiée  dans  le  New-York  Médical  Journal 
(21  juillet  1900).  La  description  qu'il  fait  de  la  face  est  tout  à 
fait  remarquable. 


Observation  XIV.  (Woods  Hutchinson. 

Le  géanl  Caleb. 


Il  y  a  encore  un  cas  que  je  puis  difficilement  m'empêcher  de  men- 
tionner ici,  bien  que  je  doive  avouer  qu'en  tant  qu'observation  médi- 
cale il  est  de  la  plus  faible  valeur.  C'est  le  cas  d'un  géant  qui  voya- 
geait avec  une  troupe  de  nains,  les  Lilijmtiens,  et  connu  sous  le  nom 
du  «  géant  Caleb  »,  que  je  vis  par  hasard  voici  deux  ans.  On  le  disait 
haut  de  8  pieds  5  pouces,  et  il  paraissait  bien  les  avoir.  Son  seul  aspect 
sur  l'estrade  me  fit  penser  tout  de  suite  à  lacromégalie  et  lorsque,  à  ma 
grande  satisfaction,  il  vint  à  la  fin  du  premier  acte  se  promener  parmi 
l'assistance,  afin  qu'on  pût  vérifier  qu'il  était  un  véritable  géant,  sans 
échasses,  je  vis  que  sa  face,  ses  mains  et  ses  pieds  étaient  bien  ceux 
qu'on  rencontre  dans  cette  affection. 

La  première  impression  que  me  fit  sa  face  fut  assez  singulière  :  bien 
que  grosse  et  massive  et  avec  cette  expression  de  tête  de  cheval  caracté- 
ristique de  la  maladie,  elle  ne  me  parut  pas  à  première  vue  avoir  la 
partie  inférieure  beaucoup  plus  développée  que  la  partie  supérieure  ou 
crânienne.  Mais  l'inspection  ultérieure  me  fit  découvrir  que  cette  symé- 
trie apparente  était  produite  par  une  augmentation  énorme  du  front 
saillant,  proéminent  et  surplombant,  sous  lequel  les  yeux  petits  étince- 
laient  d'une  manière  repoussante.  Je  ne  doute  pas  que  cet  aspect  ne  soit 
dû  à  l'énorme  augmentation  des  sinus  frontaux  qui  est  caractéristique 
de  l'affection,  attendu  que  les  parties  moyenne  et  postérieure  du  crâne 
n'étaient  en  aucune  façon  proportionnées  au  développement  excessif  de 
la  portion  frontale.  La  mâchoire  inférieure  était  énorme  et  massive;  son 
articulation  épaisse  et  invisible. 

Les  mains  étaient  énormes  et  offraient  l'aspect  en  battoir  caractéris- 
tique; pour  la  taille  de  ses  doigts,  elle  était  mise  en  évidence  d'une 
manière  assez  singulière  :  il  retirait  une  de  ses  bagues  et  priait  quel- 
qu'un de  faire  passer  au  travers  une  pièce  d'un  demi-dollar.  Ses  pieds 
étaient  également  de  taille  énorme;  sa  démarche  était  penchée  et  bran- 
lante. Par  malheur  pour  moi,  je  pensais  le  retrouver  le  lendemain 
matin  pour  prendre  des.  mensurations  exactes  et  le  photographier;  mais 
j'appris  en  allant  à  son  hôtel    que    la  troupe  avait    pris  le   train  de 


GIGANTISME  ET  AGROMEGALIE. 


255 


minuit  et  depuis  ce  temps  je  ne  pus  rien  apprendre  sur  lui.  Ainsi  que  je 
l'ai  déjà  dit,  je  présente  ce  cas  comme  une  simple  observation  faite  à 
l'œil  nu,  et  comme  aussi  pouvant  être  intéressante,  sans  qu'on  puisse 
toutefois  la  considérer  comme  une  addition  effective  à  la  littérature 
scientifique  concernant  le  sujet. 


he  géant  du  Minnesota  jiréseniail,  en  même  temps  qu'une  crois- 
sance générale  giganlesque,  une  hypertrophie  particulière 
d'une  portion  du  segment  céphalique.  Dana,  qui  nous  en  donne 
la  description  proposa  de  considérer  cet  exemple  comme  un  cas 
de  somatomégalie  avec  hémiacromégalie  de  la  téte^  dénomination 
qui  lui  avait  été  suggérée  par  son  collègue  le  D'  Frank  P.  Foster. 


Observation  XV.  (Dana,  1895;  —  Lamberg,  189G;  —  Villers,  1898; 
Peter  Bassoe,  1905.) 

Le  géant  du,  Minnesota,  Wilkins. 

Voici  d'abord  l'observation  publiée  par  Dana(')  en  1895  : 

Lewis  Wilkins,  âgé  de  19  ans,  de  métier  fantasque,  naquit  dans  le 
Minnesota.  Son  père  était  natif  de  New-York;  sa  mère,  née  dans  le 
Canada,  était  d'origine  anglaise.  Ses  parents  étaient  bien  portants,  de 
taille  normale  (l",61  pour  le  père,  l-^TO  pour 
la  mère).  Il  a  six  frères  et  soeurs,  tous  de 
taille  normale.  C'est  le  second  enfant.  Il  a 
toujours  été  grand  pour  son  âge,  mais  sans 
que  rien  le  rendît  remarcfuable.  Toutefois  il 
grandissait  constamment  et  atteignit  à  l'âge 
de  17  ans  une  hauteur  de  plus  de  7  pieds 
(2°", 10).  11  a  maintenant  20  ans  et  a  gagné 
1  pouce  1/2  (4'^"')  dans  la  dernière  année.  Sa  taille 
actuelle  est  de  7  pieds  4  pouces  (2™, 25);  son 
poids  de  525  livres  ;  ses  proportions  générales 
sont  bonnes  pour  la  plupart  ;  mais  ses  pieds 
el  ses  mains  sont  particulièrement  énormes  et  le 
côté  gauche  de  la  face  montre  une  remarquable 

hypertrophie  osseuse,  portant  sur  l'os  frontal  et  les  maxillaires  supérieur 
et  inférieur.  L'hypertrophie  répond  exactement  à  la  distribution  du 
nerf  trijumeau;  elle  donne  au  visage  un  aspect  curieusement  tordu  et 
asymétrique  cj[ue  la  photographie  ne  montre  que  d'une  manière  impar- 


FiG.  63.  —  Le  géant  Wilkins. 
(Dana,  1893.) 


(1)  Acromégalie  et  gigantisme  avec  hypertrophie  faciale   unilatérale.  —  The 
Journal  ofneroous  and  mental  Diseases,  1893. 


256  GIGANÏFSME  KT  AGRO\Œ(  iALIE. 

faite.  La  première  impression  est  qu'il  a  une  hémiatrophie  du  côté 
droit  de  la  face;  mais  un  examen  plus  approfondi  révèle  un  énorme 
épaississemcnt  du  bord  alvéolaire  supérieur  gauche.  L'os  surplombe 
les  dents  comme  s'il  avait  un  fjrum  boil.  La  voûte  palatine  est  égale- 
ment très  augmentée  du  côté  gauche.  La  mâchoire  inférieure  est  moins 
atteinte;  mais  elle  est  plus  large  et  plus  longue  du  côté  gauche.  Les 
dents  sont  blanches  et  ne  sont  pas  hypertrophiées.  Il  en  est  de  même 
des  cavités  orbitaires,  mais  le  sourcil  gauche  et  même  tout  l'os  frontal 
fait  une  saillie  sufhsante  pour  donner  au  crâne  un  aspect  difforme 
très  curieux. 

Je  ne  pus  en  obtenir  un  contour  exact,  mais  il  est  figuré  ici  d'une 
manière  approximative.  L'épaississement  s'étend  en  arrière  jusqu'à  la 
suture  coronale  et  s'arrête  là.  En  résumé,  la  tête  est  volumineuse, 
mesurant  65"", 5,  dans  sa  circonférence  maxima.  L'hypertrophie  osseuse 
rend  l'arc  naso-bregmatique  très  grand,  soit  18,5,  tandis  que  l'arc  bi- 
auriculaire,  mesurépar  le  bregma,  est  relativement  plus  petit,  ne  portant 
pas  sur  la  zone  hypertrophiée.  Les  mesures  sont  : 

Circonférence  maxima  de  la  tête.  .  65  centimèlres  25  5/4  pouces. 

Arc  naso-occipital 45  —  17  — 

Arc  bregmatique 18  —  7  1/8      — 

Arc  biauriculaire 57  —  14  1/2       — 

De  l'angle  maxillaire  droit  à  la  symphyse  15  (5  1/8);  à  gauche,  18 
(7  1/8),  soit  une  différence  de  8  pouces. 

La  circonférence  du  thorax,  sur  la  ligne  mammaire,  était  de 
47  pouces  1/2,  et  l'expansion  de  5  pouces;  ce  qui  montre  qu'il  a  un 
thorax  d'une  taille  qui.  proportionnellement  n'est  pas  excessive,  et  de 
beaucoup  plus  petit  que  celui  du  géant  Indien,  lequel,  pour  une  taille 
de  6  pieds  7  pouces,  avait  une  poitrine  mesurant  50  pouces. 

Les  mains  étaient  énormes,  mesurant  26""  ou  10  pouces  1/4  de  l'extré- 
mité du  médius  à  l'apophyse  du  radius  ;  la  circonférence  de  la  main 
ouverte,  passant  par  le  milieu  de  la  paume,  27"°". 

Les  pieds  sont  relativement  encore  plus  gros.  Il  porte  un  soulier  long 
d'un  pied  1/2;  la  longueur  totale  de  chaque  pied  est  de  14  pouces, 
05"", 5,  et  la  circonférence  du  cou-de-pied  est  de  11  pouces  1/2  (29,2). 

Il  n'ya  aucune  autre  asymétrie  que  celle  delà  face,  déjàdécrite.  Pour- 
tant, l'épaule  gauche  est  un  peu  plus  haute;  il  a  réellement  le  dos  rond 
et  il  existe  une  légère  incurvation  latérale  delà  colonne  dorso-lombaire. 

Il  ne  présente  pas  d'éruptions  cutanées,  pas  de  pigmentation,  ni  de 
décoloration.  Il  a  les  cheveux  épais  et  rudes  ;  mais  il  est  imberbe.  Son 
système  musculaire  n'est  cjue  modérément  développé.  Sa  poignée  de 
main  est  faible.  Il  n'aime  pas  monter  les  escaliers;  il  n'a  pas  grande 
vigueur.  Sa  coordination  est  bonne  ;  c'est  un  bon  tireur.  Ses  muscles 
du  genou  sont  lents  et  faibles. 

La  vision  est  bonne  aux  deux  yeux  et  il  n'a  pas  de  rétrécissement  du 
champ  visuel.  Les  pupilles  réagissent  normalement. 


GIGANTISME  ET  ACROMÉGALIE.  257 

Les  yeux  sont  petits,  la  fente  palpébrale  mesure  3  centimètres. 

L'intelligence  est  bonne.  II  dort  et  mange  bien.  II  a  un  appétit  prodi- 
gieux et  un  jour  il  aurait  mangé  27  assiettes  de  crème  glacée  en  un 
seul  repas,  gagnant  ainsi  un  pari  qu'il  avait  fait  de  manger  plus  que 
deux  hommes;  aucune  suite  fâcheuse  n'en  serait  résultée.  Il  a  parfois 
de  légers  maux  de  tête. 

La  respiration  et  le  pouls  sont  normaux,  de  même  que  les  fonctions 
du  cœur. 

Je  ne  pourrais  dire  si  la  glande  thyroïde  était  modifiée  dans  son 
volume  ;  en  tout  cas  elle  existait. 


C'est  Dana  qui,  le  premier,  a  étudié,  en  1895,  dans  Tobserva- 
tion  ci-dessus,  le  géant  Wilkins,  alors  âgé  de  19  ans.  Mais,  au 
cours  de  ses  pérégrinations  dans  les  deux  continents,  ce  même 
géant  a  été  l'objet  de  plusieurs  examens  médicaux. 

Le  24  avril  1896,  Lamberg  le  présentait  à  la  Société  des  Méde- 
cins de  Vienne  (').  Il  était  alors  âgé  de  22  ans.  L'auteur  le  consi- 
dère comme  un  cas  d'acromégalie.  Il  est  né  de  parents  normaux 
et  bien  portants  ;  dès  sa  naissance,  il  pesait  5  kilogrammes  et, 
jusqu'à  l'âge  de  4  ans,  sa  croissance  a  été  normale.  De  4  à 
16  ans,  il  a  grandi  rapidement,  pour  cesser  de  croître  à  partir 
de  18  ans  (^).  Sa  taille  actuelle  est  de  2'", 45, c'est-à-dire  20  centi- 
mètres de  plus  que  le  plus  grand  squelette  du  musée  de  Vienne. 
Il  présente  quelques  anomalies  du  squelette  :  une  scoliose  ver- 
tébrale^ une  asymétrie  du  bassin  et  de  la  face.  L'intelligence  est 
celle  de  son  âge  et  les  fonctions  sexuelles  sont  normales. 

Sternberg,  lors  de  cette  présentation,  fait  remarquer  que  cet 
homme  peut  être  regardé  comme  un  des  géants  les  plus  grands. 
On  n'en  connaît  que  trois  autres  qui  atteignaient  une  taille  plus 
élevée  :  249,  254  et  259  centimètres  (Patrick  O'Byrne,  le  sque 
lette  de  Saint-Pétersbourg  et  Cornélius  Magrath).  Quant  aux 
anomalies  osseuses,  Sternberg  les  regarde  comme  dues  à 
rbémiatrophie  faciale  et  non  à  l'acromégalie,  d'autant  plus 
qu'il  n'existe  pas  d'anomalies  concomitantes  des  parties  molles 
(macroglossie).  Le  gigantisme  n'est  pas  un  état  pathologique, 
mais  les  maladies  sont  fréquentes  chez  les  géants.  D'après  les 


(1)  Wien.  klin.  Wochenschr.,  t.  XLVI,  nMO,  1896,  p.  559. 

p)  On  peut  remarquer  ici  une  contradiction  :  à  19  ans,  Dana  donne  à  Wil- 
kins une  taille  de  S-'S^iS;  à  S'i  ans,  Lamberg  lui  attribue  une  taille  de  2", 45.  Il 
n'est  donc  pas  exact  de  dire  qu'il  a  cessé  de  grandir  à  18  ans.  (Note  des  A.) 

LAUNOIS   ET   ROY.  17 


258  GKi.VNTISME  (ET  AGHOMÉGALIE. 

recherches  de  Sternberg,  42  pour  100  des  géants  peuvent  être 
regardés  comme  des  malades.  Le  géant  qui  vient  d'être  présenté 
a  une  grande  analogie  avec  celui  que  Buhl  a  présenté  à 
Munich  (').  Il  mesurait  235  centimètres  et  il  avait  de  même  des 
exostoses  et  des  hyperostoses  aux  maxillaires  supérieurs  et 
inférieurs.  Il  succomba  à  des  phénomènes  de  compression 
cérébrale.  Quand  on  considère  ici  l'étroitesse  des  fosses  nasales, 
on  peut  se  demander  si  un  processus  du  même  genre,  à  marche 
lente,  ne  se  produit  pas  chez  cet  individu. 

Schlesinger,  également  présent  à  cette  séance  de  la  Société 
des  Médecins  de  Vienne,  élimine  aussi  l'idée  d'acromégalie; 
non  seulement  les  altérations  des  parties  molles  font  défaut, 
mais  encore  les  troubles  oculaires. 


En  1898,  E.  Villers  reprend  devant  la  Sociélé  cV Anthropologie 
de  Bruxelles  {Bull,  de  1898,  XVII,  174)  l'histoire  de  ce  même 
géant  qu'il  avait  eu  l'occasion  d'observer  au  «  Pôle  Nord  »  à 
Bruxelles.  Il  conclut  qu'il  s'agit  d'un  géant  scnpliocéphale  (sca- 
phocéphalie  annulaire),  ayant  eu  dans  sa  jeunesse  des  troubles 
de  la  nutrition  osseuse  rattachable  au  rachitisme  et  qui  ont 
abouti  au  gigantisme.  Son  insuffisance  intellectuelle  est 
notoire  :  il  fait  de  la  bicyclette,  s'occupe  de  photographie,  mais 
surtout  se  laisse  voir  :  «  //  vit  de  sa  grandeur  »  et  n'a  pas  d'auti-e 
métier.  «  An  point  de  vue  génital,  c'est  un  continent,  sinon  un 
abstinent.  » 

Enfin,  au  Congrès  de  V American  Association  of  pathologists 
and  hacteriologisls  ('),  tenu  à  Washington  du  12  au  14  mai  1905, 
Peter  Bassoe,  assistant  du  professeur  Ludwig  Hektoen,  de 
Chicago,  terminait  la  si  curieuse  histoire  médicale  du  géant 
Wilkins  en  rapportant  les  résultats  de  son  examen  nécrosco- 
pique. 

Depuis  trois  mois  Wilkins  souffrait  d'une  violente  douleur  à  la 
région  temporo-pariétale  du  côté  gauche  :  cette  douleur  apparaissait 

[^)  Voir  rol)s.  de  Buhl,  p.  412. 

(-)  Un  cas  de  Gigantisme  avec  Leontiasis  ossea,  The  Journ.  of  nerv.  and  men- 
lal  Disease,  sept.  1905. 


GIGANTISME  ET  ACROMÉGALIE.  259 

chaque  matin  au  lever  et  disparaissait  progressivement  vers  10  ou 
11  heures.  Depuis  un  mois  cette  céphalée  était  continue  et  l'obligeait  à 
recourir  d'une  manière  constante  aux  opiacés.  Depuis  un  mois,  {/  avail 
perdu  du  côté  gauche  la  vision,  qui  était  faible  déjà  depuis  plusieurs 
années.  Enfin,  une  semaine  avant  son  entrée,  il  avait  aussi  perdu  la  vue 
du  côté  droit,  brusquement,  disait-il  :  un  jour  il  s'était  couché  en  voyant, 
et,  le  lendemain  matin,  il  ne  distinguait  plus  la  lumière.  A  la  même 
époque  il  avait  eu  aussi  quelques  vomissements,  sans  relation  directe 
avec  l'alimentation.  Sa  parole  était  un  peu  embarrassée,  sa  voix  épaisse 
et  dure.  Il  avait  des  sonneries  dans  les  oreilles  et  était  sourd  du  côté 
gauche. 

II  entra  le  28  juin  1902  au  Presbyterian  Hospital,  dans  le  service  du 
professeur  Beva>^  :  il  était  abruti  et  presque  en  état  de  stupeur,  en 
proie  d'autre  part  à  une  diarrhée  assez  intense. 

Examen  physique  :  La  tumeur  du  crâne  est  de  consistance  ferme, 
sauf  en  une  région  un  peu  plus  grande  qu'un  dollar  d'argent  au  front  et 
au-dessus  du  conduit  auditif  externe,  où  l'on  constate  un  ramollisse- 
ment avec  pseudo-fluctuation.  L'oeil  gauche  est  fermé  :  les  pupilles  ne 
réagissent  ni  à  la  lumière,  ni  à  l'accommodation.  Il  existe  une  zone 
d'anesthésie  s'étendant  depuis  la  branche  gauche  du  maxillaire  inférieur 
jusqu'à  la  ligne  médiane.  Ni  sucre,  ni  albumine  dans  les  urines.  Pas  de 
modifications  à  l'examen  du  sang.  L'oplitalmoscope  montre  un  étrangle- 
ment bilatéral  de  la  papille. 

La  diarrhée  s'aggrava;  les  selles  étaient  un  peu  sanguinolentes,  avec 
douleur  et  ténesme.  Wilkins  s'affaiblit  graduellement  et  mourut  le 
10  juillet  1902.  Il  était  âgé  de  29  ans. 

Autopsie  (pratiquée  immédiatement  après  la  mort  par  le  yjrofesseur 
LuDWiG  Hektoen,  assisté  des  Drs  Loeb  et  Bassoe). 

Impossibilité  de  prendre  des  mesures  et  de  compléter  celles  prises 
du  vivant  par  les  autres  auteurs  à  cause  de  l'opposition  d'un  parent 
présent. 

...  Diagnostic  anatomioue.  —  lléo-colile  nécrotique  et  ulcérative;  — 
cirrhose  du  foie;  —  gastrique  chronique  catarrhale ;  —  épithéliose  de  Vœso- 
pltage;  —  broncho- pneumonie  hémorragique  du  lobe  inférieur  droit;  — 
hypertrophie  du  corps  thyroïde;  —  sarcome  dans  la  région  de  f hypophyse, 
avec  propagation  de  la  tumeur  aux  tissus  sous-cutanés  ;  —  hyperostose 
diffuse  du  frontal,  dit  pariétcd,  du  temporal  et  du  maxillaire  sujjérieur 
gauches;  —  calcification  de  la  plèvre  gauche  et  de  V arachnoïde  spjincde ;  — 
compression  du  cerveau;  —  gigantisme  généralisé. 

...  La  thyroïde  pèse  112  grammes;  elle  est  uniformément  augmentée 
de  volume  et  luisante  à  la  coupe  comme  si  les  follicules  étaient  dilatés 
et  présentaient  une  quantité  anormale  de  substance  colloïde.  Dans  le 
lobe  gauche,  on  trouve  deux  petits  nodules  circonscrits,  un  peu 
rougeâtres. 

Pas  de  vestiges  du  thymus  dans  les  masses  graisseuses  correspon- 
dantes. 


260  GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 

...  Longueur  de  Vintestin  grêle  du  début  du  jéjunum  jusqu'à  la  valvule 
iléo-cœcale  :  20  mètres.  —  Le  gros  intestin  est  très  volumineux;  sa 
longueur  est  d'environ  4  mètres. 

...  Le  foie  pèse  4  kilos;  sa  surface  est  granuleuse  et  nodulaire,  surtout 
près  du  bord  droit;  on  voit  de  larges  îlots  de  tissu  hépatique  limités 
par  des  bandes  fibreuses.  La  face  inférieure  du  foie  montre  des  lobes 
anormaux,  surtout  à  droite. 

...  Le  pancréas  pèse  273  grammes.  —  Les  surrénales,  42^', 5.  —  Les 
reins,  525  grammes  (ensemble).  —  La  vessie  est  distendue  par  l'urine 
et  très  volumineuse. 

La  prostate  n'est  pas  aussi  grande,  proportionnellement,  que  les 
autres  organes.  11  en  est  de  même  des  vésicules  séminales  et  des  testicules, 
ceux-ci  pesant  85  grammes. 

11  existe  un  petit  noyau  ramolli,  gros  comme  le  poing,  sous  la  peau 
en  avant  de  l'oreille  gauche,  et  un  autre,  de  consistance  un  peu  plus 
ferme,  occupant  les  deux  tiers  environ  du  côté  gauche  du  front.  La 
section  de  cette  tumeur  montre  un  tissu  homogène.  La  région  frontale 
du  crâne  est  très  épaisse,  surtout  du  côté  gauche.  La  calotte  crânienne 
pèse  14:50  grammes;  sa  circonférence  est  de  (j8  centimètres,  avec  une 
longueur  de  25  centimètres. 

De  la  suture  interfrontale,  oblitérée  à  la  partie  inférieure,  à  la  suture 
coronale  droite,  la  distance  inférieure  mesurée  horizontalement  est 
de  5'"', 7.  Du  même  point  à  la  suture  coronale  gauche,  cette  même 
distance  est  de  8'"', 5.  Sur  la  ligne  médiane  l'os  frontal  est  épais  de 
8""', 5,  et  un  peu  ramolli,  surtout  à  gauche.  L'asymétrie  est  notable  : 
la  suture  interpariétale  est  déplacée  vers  la  droite.  Les  sillons  pour 
les  vaisseaux  sont  relativement  étroits.  En  regard  de  la  suture  coro- 
nale l'os  est  déformé  par  suite  de  la  présence  d'une  série  de  dépres- 
sions d'un  diamètre  variable  de  0,5  à  5  millimètres.  Le  reste  de  la  calotte 
crânienne  est  lisse,  d'une  épaisseur  de  2  à  8  millimètres.  Extérieure- 
ment la  suture  interpariétale  est  saillante  dans  sa  moitié  postérieure; 
il  en  e^t  de  même  pour  la  suture  pariéto-occipitale. 

La  base  du  crâne  est  tout  à  fait  déformée.  A  gauche,  l'étage  antérieur 
est  oblitéré  par  l'os  frontal  épaissi  et  la  partie  moyenne  de  cet  étage 
est  également  presque  remplie  par  le  même  os.  La  selle  turcique  est 
large,  son  plancher  en  partie  érodé.  Dans  cette  région  on  trouve  une 
énorme  masse  néoplasique,  formée  dans  le  pharynx,  les  cavités  orbi- 
taires,  les  sinus  éthmoïdaux,  et  ayant  détruit  le  plafond  des  fosses 
nasales;  le  plafond  de  l'orbite  a  été  beaucoup  plus  envahi  à  gauche  cfu'à 
droite.  Après  avoir  enlevé  le  cerveau,  sur  la  ligne  médiane  de  la  surface 
de  la  tumeur  exposée  à  la  base  du  crâne,  se  projette  un  pédicule,  plus 
foncé  que  la  masse  néoplasique.  C'est  l'infundibulum.  Il  mesure  5  milli- 
mètres de  diamètre  et  s'insère  sur  une  élévation  arrondie  de  15  sur 
6  millimètres  et  de  la  même  coloration  que  la  tige.  Quant  à  la  tumeur, 
sa  surface  est  blanche,  lobulée,  les  lobules  larges  de  2  à  4  millimètres 
étant  séparés  par  des  fissures  étroites,  mais  profondes.  A  la  coupe  la 


(ilGANTISME  KT   ACROMEGALIE.  261 

portion  superficielle  de  la  tumeur  est  blanche  et  nettement  lobulaire; 
un  exsudât  fluide  et  gélatineux  sourd  de  la  surface  de  section.  Dans  la 
profondeur,  la  tumeur  est  plus  homogène  et  l'exsudat  visqueux  est  plus 
abondant.  Plus  profondément  encore,  des  travées  rouge  foncé  la 
traversent.  La  portion  de  la  tumeur  enlevée  avec  l'hypophyse  pèse 
150  grammes,  mais  une  quantité  certainement  beaucoup  plus  grande 
fut  ramassée  en  morceaux  ou  laissée  en  arrière. 

Le  cerveau  pèse  1450  grammes.  La  distance  du  pôle  frontal  au  pôle 
occipital  est  de  18  centimètres;  diamètre  transverse  :  14"°', 5.  11  existe 
une  déformation  marquée  de  l'hémisphère  gauche  en  rapport  avec 
l'oblitération  de  la  fosse  antérieure  du  crâne.  Le  lobe  frontal  a  été 
comprimé  en  haut  et  à  droite;  il  se  termine  par  une  bande  étroite  le 
long  de  la  scissure  médiane.  La  partie  inférieure  de  cette  bande  est  à 
8  millimètres  au-dessus  du  pôle  du  lobe  frontal  droit,  sa  largeur  est  de 
15  millimètres  à  la  base,  de  8  millimètres  à  la  partie  inférieure.  Sur  la 
gauche,  au  delà,  la  substance  cérébrale  a  été  comprimée  en  sorte  que 
la  face  inférieure  du  lobe  frontal  est  à  5"", 5  plus  haut  qu'à  droite.  Le 
lobe  temporo-sphénoïdal  est  également  plus  petit  et  comprimé  à 
gauche:  sa  face  inférieure  mesure  i'"^,b  d'avant  en  arrière,  tandis  qu'à 
droite  elle  mesure  5"'", 7.  D'une  manière  générale  les  circonvolutions 
cérébrales  sont  larges  et  aplaties,  les  sillons  peu  profonds.  Le  nerf 
optique  est  plus  étroit  du  côté  gauche  ;  les  autres  nerfs  crâniens  sem- 
blent symétriques. 

La  longueur  de  la  moelle  et  du  bulbe,  depuis  la  protubérance  jus- 
qu'au fdum  terminale,  est  de  60  centimètres.  Au-dessous  de  la  région 
thoracique  moyenne,  on  trouve,  sur  le  côté  de  la  dure-mère,  beaucoup 
de  plaques  épaisses  et  en  partie  calcifiées,  rugueuses  et  granuleuses  à 
leur  face  interne,  polies  au  niveau  de  leur  attache  à  la  dure-mère.  La 
plus  large  de  ces  plaques  mesure  5  sur  1""",2.  A  l'une  d'elles,  une  racine 
nerveuse  est  adhérente. 

Examen  histologioue.  —  A.  La  tumeur  molle.  —  Toutes  les  parties  en 
ont  été  examinées  et  la  structure  a  été  trouvée  partout  essentiellement 
la  même.  Elle  est  faite  de  cellules  ordinairement  fusiformes  avec  de 
gros  noyaux  ovales  ou  arrondis.  11  y  a  de  nombreuses  figures  karyo- 
kinétiques.  Le  protoplasma  cellulaire  se  colore  faiblement.  Il  n'y  a 
aucun  rapport  avec  la  structure  glandulaire  ou  quelque  autre  structure 
épithéliale,  car  les  cellules  n'ont  pas  d'arrangement  définitif.  La  texture 
est  lâche,  en  raison  de  l'abondance  d'une  substance  intercellulaire 
finement  granuleuse  et  colorée  légèrement  par  l'hématoxyline.  Assuré- 
ment elle  représente  en  partie  le  produit  de  coagulation  de  l'abondante 
matière  visqueuse  observée  microscopiquement.  Dans  les  parties  plus 
profondes  de  la  tumeur,  les  modifications  dégénératives  s'accentuent  : 
il  y  a  de  vastes  zones  nécrotiques  et  aussi  hémorragiques.  L'aspect 
lobule  de  la  surface  s'explique  par  la  présence  de  bandes  fibreuses 
perpendiculaires;  on  en  retrouve  de  semblables  dans  la  profondeur; 
par  places,  des  cellules,  quelquefois  en  karyokinèse,  reposent  sur  des 


262  GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 

travées.  En  certains  endroits,  plus  spécialement  dans  le  voisinage  de 
Fhypophyse,  on  trouve  des  épines  osseuses,  dont  c[uelques-unes  sont 
riches  en  corpuscules  osseux  et,  sans  doute,  de  formation  récente.  Çà  et 
là,  on  voit  des  cellules  géantes.  La  tumeur  peut  être  désignée  un 
sarcome  ostéoplastique  avec  œdème  et  dégénérescence  muco'ide. 

B.  —  UhypopJtyse  et  ses  relations  avec  la  tumeur.  —  Après  une  section 
préalable  à  travers  l'inlundibulum,  des  coupes  sagittales  sériées  ont  été 

faites  sur  chacune  de  ces 
deux  moitiés.  Une  mem- 
brane fibreuse,  la  dure- 
mère,  sépare  l'hypophyse 
de  la  tumeur;  la  limite 
nette  est  très  visible  à 
l'œil  nu  par  suite  de  la 
différence  de  coloration. 
A  gauche,  la  tumeur  et 
l'hypophyse  sont,  sur  un 
point,  directement  en 
contact,  mais  la  sépara- 
tion est  nette  et  il  n'y  a 
pas  de  formes  cellulaires 
de  transition,  llya  quel- 
que hypertrophie  de  l'hy- 
pophyse, la  plus  grande 
longueur  sur  les  coupes 
étant  de  20  millimètres; 
en  ce  point  elle  mesure 
y  8  millimètres  de  haut  en 

bas.  La  structure  histo- 
logique   est   essentiellc- 
.-    ^  -*,  ^      '  ment     normale  :     on    y 

..    -,^*  trouve  les  cellules  habi- 

^      _       „       ,  r'  ,  ,  tuelles,    grandes,    nette- 

FiG    b().  —Base  du  Cl ane  du  "eantWilkins,  montrant  tout  4.    a      •  i-,"i  ri" 

l'étape  anteiieur  lempli  pai  le  saicome  osteoplastuiue.  nient  éOSinopiUles,  dis- 
posées en  colonnes  allon- 
gées ou  en  pelotons  d'environ  la  taille  d'un  glomérule  rénal;  on  y 
trouve  également  des  cellules  plus  petites,  avec  un  cytoplasme  légère- 
ment coloré  en  bleu  par  l'hématoxyline,  des  noyaux  arrondis  et  une 
disposition  plus  ou  moins  glandulaire.  Dans  la  portion  extrême  droite 
du  lobe  antérieur,  c'est  ce  seul  type  de  cellules  qu'on  observe  et  la 
disposition  glandulaire  est  moins  apparente.  H  y  a  un  petit  nombre 
d'espaces  contenant  une  substance  colloïde  et  bordés  par  un  épithé- 
lium.  Les  vaisseaux  engorgés  sont  nombreux.  On  trouve  aussi  de 
nombreuses  hémorragies,  quelques  foyers  consistant  en  petits  paquets, 
arrondis  et  fortement  colorés,  des  cellules  mononucléaires,  un  corps 
amyloïde,  et,  par  endroits,  les  cellules  épithéliales  éosinophiles  sont 


GIGANTISME  ET  A<  ;ROMÉGA[JE.  263 

vacuolées.  Par  places,  les  travées  et  la  tunique  adventice  des  petits 
vaisseaux  ont  un  aspect  hyalin.  A  la  frontière  de  ces  zones  on  trouve 
généralement  des  dépôts  pigmentaires,  indiquant  qu'elles  marquent 
sans  doute  le  siège  d'anciennes  hémorragies. 

Le  lobe  postérieur  est  petit  et  constitué  par  une  substance  finement 
granuleuse,  légèrement  colorée  par  l'hématoxyline  et  contenant  un 
petit  nombre  de  noyaux  allongés  et  étroits,  fortement  colorés,  avec  de 
petits  vaisseaux  nombreux  et  engorgés. 

...  Sur  le  crâne,  la  texture  de  la  tumeur,  par  endroits,  est  iàche, 
rappelant  la  dégénération  mucoïde  ou  l'œdème.  On  trouve  toutes  les 
transitions  entre  le  tissu  de  la  tumeur  osseuse  et  celui  de  la  tumeur 
molle. 

...  La  substance  cérébrale  est  normale....  Il  en  est  de  même  pour  la 
moelle  :  les  plaques  calcifiées  des  méninges  spinales  renferment  de  l'os 
véritable. 

Les  deux  nerfs  optiques  sont  notablement  dégénérés,  surtout  à 
gauche. 

...  L'examen  histologique  de  la  thyroïde  (goitre  colloïde  simple),  des 
poumons,  de  la  rate,  de  l'intestin,  du  foie,  du  pancréas  (normal),  des 
surrénales  (id.),  des  reins,  ne  fait  que  confirmer  les  constatations 
macroscopiques  et  le  diagnostic  anatomique  mentionnné  ci-dessus 
(page  259). 

...  Les  testicules  montrent  des  modifications  notables  des  tubes  sémi- 
nifères  :  immédiatement  en  dedans  de  la  membrane  basale  les  cellules 
testiculaires  sustentaculaires  et  spermatogéniques  ont  subi  une  dégé- 
nérescence hyaline.  Dans  quelques  tubes,  la  dégénérescence  hyaline 
est  avancée  au  centre,  tandis  que,  dans  d'autres,  la  zone  hyaline  sépare 
les  cellules  normales  de  la  membrane  basale.  Quelques  tubes  semblent 
normaux.  11  y  a  une  légère  augmentation  du  tissu  fibreux  et  quel- 
ques zones  d'infiltration  des  cellules  rondes. 

Examen  bactériologique  (E.  H.  Ruediger).  —  Rien  n'a  poussé  avec  le 
sang  du  cœur;  les  ulcérations  intestinales  ont  fourni  deux  organismes  : 
l'un,  coli-bacille  typique;  l'autre,  bacille  non  identifié,  mais  possédant 
quelques-uns  des  caractères  du  bacille  de  Shiga  et  du  coli-bacille 
ordinaire. 

Examen  chimique  (D'  H. -G.  Wells)  de  la  glande  thyroïde.  —  Dans 
chaque  gramme  de  substance  glandulaire,  la  quantité  d'iodine  est 
normale;  mais,  étant  donnée  l'énorme  augmentation  du  volume  total  de 
la  glande,  la  quantité  totale  est  six  fois  plus  considérable  que  norma- 
lement. 


Tout  aussi  probant  est  le  cas  du  jeune  géant  Me  Indoo,  dont 
nous  devons  encore  la  relation  à  Woods  Hutchinson. 


26^1  GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 


Observation  XVI.  (Woods  Hutchinson.) 

Le  géant  Me  Indoo  (*). 

James  Me  Indoo  est  un  garçon  de  18  ans,  le  second  de  huit  enfants, 
tous  normaux  et  bien  portants,  comme  les  parents.  A  sa  naissance, 
il  pesait  9  livres,  et  sa  taille,  comme  son  développement,  n'attirèrent 
pas  spécialement  l'attention  jusqu'à  l'âge  de  13  ans;  à  cette  époque,  il 
commença  à  grandir  très  rapidement  et  il  a  atteint  actuellement  la  hau- 
teur de  7  pieds  1  pouce  et  le  poids  de  508  livres. 

Son  intelligence  est  à  peu  près  celle  d'un  garçon  de  10  ans;  bien  que 
sa  force  musculaire  soit  grande,  ses  mouvements  sont  lents  et  mal 
coordonnés.  Son  appétit  est  énorme  et  il  dort  de  15  à  20  heures  d'une 
seule  traite.  Sa  poitrine  est  fort  grande,  mesurant  49  pouces  1/2  en 
pleine  inspiration,  avec  une  expansion  de  10  pouces  1/2.  Son  dévelop- 
pement sexuel  est  en  retard. 

Les  caractères  acromégalic|ues  sont  :  1°  la  taille  disproportionnée 
des  mains  et  des  pieds  des  deux  côtés,  ce  qui  est  bien  visible  sur  sa 
photographie.  Ses  pieds  ont  IG  pouces  de  long,  c'est-à-dire  2  pouces 
au-dessus  de  la  normale,  le  sixième  de  la  taille.  Sa  main  a  une  ouver- 
ture de  14  pouces,  soit  80  pour  100  au-dessus  de  la  normale,  tandis  que 
la  taille  est  seulement  de  25  pour  100  au-dessus  de  la  normale;  2°  l'épais- 
seur, en  forme  de  coussin,  de  ses  pieds,  bien  C{ue  les  mains  soient 
comparativement  bien  formées  ;  5"  les  grandes  dimensions  de  la  portion 
faciale  de  sa  tête  par  rapport  à  la  portion  crânienne.  II  peut  porter  un 
chapeau  n"  9  et  la  circonférence  de  son  crâne  n'est  que  de  2G  pouces, 
ou  5  pouces  au-dessus  de  la  moyenne,  et  cette  augmentation  sans 
doute  est  due  pour  beaucoup  aux  sinus  frontaux  augmentés;  4°  les 
dimensions  énormes  de  l'orbite  comparées  avec  celles  de  l'ouverture 
palpébrale,  ce  qui  est  dû  sans  doute  à  l'augmentation  des  sinus  malaires 
et  frontaux. 


Ce  géant  est  mort  un  an  après  avoir  été  observé  par  Woods 
Hutchinson,  et  son  autopsie  a  été  pratiquée  par  le  D'  Cooley,  de 
Madelia  (Minnesota).  Nous  remercions  bien  sincèrement  le 
D'  Woods  Hutchinson  qui  a  bien  voulu  nous  faire  parvenir  le 
protocole  encore  inédit  de  cette  autopsie  : 

James  S.  Me  Indoo  :  19  ans. 
Poids  :  525  livres. 

Woods  Hutchinson,  Neiu-York  med.  Journ.,  21  juillet  1900 


GIGANTISME  ET  AGROMÉGALIE.  265 

Hauteur  dans  la  station  debout  :  7  pieds  5  pouces. 

Longueur  sur  la  table  d'autopsie  :  5  pieds  11  pouces  3/4. 

Face  augmentée  dans  tous  les  sens.  Maxillaire  inférieur  en  retrait, 
long  et  presque  étroit,  pour  ainsi  dire  sans  angle.  Arcade  sourcilière 
très  proéminente  avec  front  saillant.  Cheveux  bruns  et  épais. 

Mensurations  du  crâne  : 

Circonférence  par  le  verLex  et  le  menton 75    centimètres. 

—  biauriculaire 40  — 

—  de  la  racine  du  nez  à  l'occiput  .   .  57  — 

—  occipito-bregmatique    : 65,5         — 

Pas  d'asymétrie  apparente  de  la  tête. 

Les  mains  et  les  pieds  sont  augmentés  dans  tous  les  sens. 

Longueur  du  bras  gaucbe 58  1/2  pouces.   . 

—  —       droit 58  — 

Le  poignet  n'est  pas  élargi  (circonférence  :  27  centimètres). 

Longueur  de  l'index 15,5  centimètres. 

—  du  médius 16  — 

—  du  pouce 9  — 

Hauteur  du  buste 44         pouces. 

Longueur  du  pied 52,5  centimètres. 

Circonférence  de  la  cheville 25,4  — 

—  du  cou-de-pied 41  ^ 

—  au  milieu  du  [pied 55  — 

—  au  niveau  des  articulations.   ...  44  — 
— '  métatarso-phalangiennes 52,5  — 

Le  cuir  chevelu  est  épais  et  fibreux,  contenant  peu  de  graisse.  Sur  sa 
face  interne  il  est  lisse  et  sans  adhérences.  Le  péricrâne  est  également 
lisse.  Les  muscles  temporaux  ne  sont  ni  volumineux,  ni  bien  déve- 
loppés. Les  fosses  temporales  sont  très  profondes. 

Les  sinus  frontaux  sont  énormément  développés  dans  tous  les  sens.  Les 
os  du  crâne  sont  minces  et  fragiles.  A  l'extérieur,  ils  ne  présentent  ni 
saillies,  ni  dépressions.  Les  sutures  ont  disparu.  La  face  interne  est 
très  irrégulière.  Les  gouttières  pour  les  sinus  et  les  vaisseaux  sont 
profondes.  La  table  externe  a  une  épaisseur  de  1""",5  en  avant  et  de 
1  millimètre  en  arrière.  La  table  interne  est  épaisse  de  1  millimètre  en 
avant  et  en  arrière.  Sur  la  ligne  médiane,  l'os  occipital  présente  une 
gouttière  profonde,  qui  remplace  le  pressoir  d'Hérophile.  La  dure-mère 
est  légèrement  épaissie.  Les  vaisseaux  sont  gorgés  de  sang. 

Base.  —  Les  sinus  sont  remplis  de  caillots  foncés.  L'étage  antérieur 
est  petit  et  peu  profond  ;  l'étage  moyen  est  petit  latéralement,  mais 
profond.  Les  os  sont  très  irréguliers.  L'étage  postérieur  est  profond  et 
large.  Le  trou  occipital  mesure  10  centimètres  sur  12,  et  est  excavé  en 
arrière. 


266 


GIGANTISME  ET  AGROMEGALIE. 


FiG.  67.  —  Face  inférieure  du  cerveau 
(tumeur  de  l'hypopliyse)  du  géant 
Me  Indoo.  (Woods  Hutchinson.) 


Le  plancher  de  l'étage  moyen  est  occupé  par  une  tumeur.  La  dure-mère 
est  épaissie  et  adhérente.  L'os  est  excavé  des  deux  côtés,  mais  plus  profon- 
dément à  gauche.  Les  grandes  et  les  pjetites  ailes  du  sphénoïde,  le  corps  et 

la  lame  criblée  de  fethmoïde  ont  en  partie 
disparu  à  gauche  et  un  peu  à  droite  égale- 
ment. 

Cerveau.  —   Les  lobes   frontaux  sont 
pauvrement  développés,  par  absence  de 
circonvolutions     et     augmentation    du 
tissu  conjonctif.   La  tumeur,  représentée 
par  le  corps  pituitaire  hypertrophié,  enve 
loppe    les  bandelettes    optiques.   Le    nerf 
optique  à  gauche  est  entièrement  détruit. 
Les  nerfs  111,  IV,  V  et  VI  du  côté  gauche 
sont  tous  compris  dans  la  tumeur;  il  en 
est  un  peu  de  même  à  droite. 
Le  corps  pituitaire  qui  forme  celte  tu- 
meur mesure  S'^™,^  et  A  centimètres.  Il  existe  aussi  une  tumeur   kystique 
dans  la  scissure  de  Sylvius,  près  de  rinsula  de  Reil. 
Poids  du  cerveau  :  60  oz. 
Poumons  normaux,   sans  ad- 
hérences pleurales. 

Le  corps  thyroïde  n'est  pas 
développé. 

Le  thymus  est  absent. 
Cœur  relativement  petit;  poids 
estimé  :  9  oz.  Ventricule  droit 
dilaté.  Ventricule  gauche  con- 
tracté. Pas  de  graisse  à  la  sur- 
face du  cœur,  pas  d'adhérences 
péricardiques. 

Foie  normal.  Vésicule  biliaire 
vide. 

Rate  hypertrophiée  ;  poids  : 
12  oz. 

Estomac  agrandi,  d'une  capa- 
cité estimée  à  2  gais.  Agrandis- 
sement proportionné.  La  grande 

courbure    mesure   29  pouces   1/2     Fig.  68.  —  Base  du  crâne  du  géant  Me  Indoo. 
et  la  petite    II  nouces.  (Dilatation  de  la  selle  turcique.)  (Woods  Ilur- 

r  '   ,  ,    '     ,  .  CHINSON.) 

Les  capsules  surrénales  sont 
kystiques  et  si    endommagées    qu'on   ne  peut  les  extraire. 

Reins  lobules,  hypertrophiés.  Capsule  non  adhérente.  Écorce  et  sub- 
stance interpyramidale  très  augmentées.  Les  deux  reins  sont  très 
congestionnés  et  hémorragiques.  Poids  du  rein  gauche  :  10  oz.  Poids 
du  rein  droit  :  14  1/2. 


GIGANTISME  ET  AGROMEGALIE.  267 

Organes  génitaux  petits,  mal  dévelopjjés.  Testicules  de  la  taille  d'une  fève 
{lima  bean). 

II  n'y  avait  pas  de  prognathisme  du  maxillaire  inférieur,  ni  d'exophtal- 
raie.  A  ma  connaissance,  on  ne  reconnut  jamais  dliémianopsie;  mais 
Vœil  gauche  était  aveugle  et  il  y  avait  quelque  trouble  de  l'œil  droit. 

Il  était  diabétique. 

Les  extrémités  étaient  volumineuses,  donnant  l'impression  de  Vacromé- 
galie. 


Ces  faits,  qu'on  pourrait  aisément  multiplier,  démontrent 
surabondamment  que  dans  cette  forme  du  gigantisme  que  nous 
étudions,  comme  dans  l'acromégalie,  llnjpertrophie  apparaît, 
suivant  l'expression  classique  de  Pierre  Marie,  de  préférence  sur 
les  os  des  exLrémités  et  sur  les  extréniilés  des  os.  Et  toutes  ces 
dimensions  de  mains,  de  pieds  ou  de  souliers  de  géants  histo- 
riques que  nous  avons  rapportées,  mettent  en  lumière  leur  lon- 
gueur disproportionnée,  même  par  rapport  à  la  stature,  car 
riiyperbole  habituelle  aux  gazetiers  des  phénomènes  a  dû 
porter  également   sur   les   deux   chiffres. 

En  tout  cas,  cette  même  disproportion  est  constatée  dans  les 
plus  récentes  observations,  avec  toute  la  rigueur  scientifique. 
«  La  main  de  Lady  Aama  (Obs.  III),  au  lieu  d'être  d'accord  avec 
les  canons  artistiques,  I/IO  de  la  hauteur  totale  (2"\02),  c'est- 
à-dire  égale  à  20  centimètres,  était  longue  de  285  millimètres, 
soit  près  de  1/7  de  la  taille;  elle  avait,  en  outre,  la  forme  spé- 
ciale en  battoir,  avec  des  doigts  carrés  du  bout  et  de  largeur 
uniforme  sur  toute  leur  longueur.  Les  pieds,  au  lieu  d'être  les 
5/19  de  la  taille,  soit  0™,52,  mesuraient  0"\55.  » 

Mains  caniardes,  en  battoir  (P.  Marie)  ou  en  bêche  [spade-like 
des  auteurs  anglais),  mains  capitonnées  (Péchadre),  aux  plis 
accentués  et  profonds;  doigts  énormes,  aussi  gros  à  leurs  bases 
qu'à  leurs  extrémités,  doigts  en  saucisson  (P.  Marie),  carrés  du 
bout,  aux  ongles  striés  longitudinalement;  pieds  camards,  plus 
élargis  et  épaissis  qu'allongés,  et  présentant  les  mêmes  défor- 
mations que  les  mains,  tel  est  le  signalement  propre  aux 
segments  distaux  des  membres  chez  les  acromégaliques.  On 
vient  de  voir  que  ce  signalement  convenait  également  bien  aux 
géants  que  nous  étudions  en  ce  moment. 

Mais,  ici,  une  distinction  est  nécessaire  :  elle  fut  indiquée  par 


268  CJr.AMISME  ET  ACROMEGALIE. 

Pierre  Marie  dans  celte  même  communication  où  il  se  mainte- 
nait cnergiquement  dualiste  contre  les  auteurs  qui  voulaient 
identifier  le  gigantisme  et  racromégalie  :  «  Les  acromégaliques 
à  début  précoce  sont,  d'une  façon  générale,  un  peu  plus 
élancés,  un  peu  moins  «  cubiques  »  que  les  acromégaliques  à 
début  tardif,  et  même,  quand  la  hauteur  de  leur  taille  ne  pré- 
sente rien  d'extraordinaire,  on  peut,  par  la  seule  inspection  des 
mains  chez  ces  malades,  fixer  avec  une  certaine  vraisemblance 
l'époque  du  début  de  l'acromégalie....  Il  y  a  lieu,  à  côté  du  type 
massif  cubique,  en  battoir,  sur  lequel  j'ai  plus  particulièrement 
insisté,  de  décrire  un  autre  type  de  déformation  de  la  main  chez 
les  acromégaliques,  ce  dernier  consistant  toujours  en  une 
augmentation  de  volume,  mais  cette  fois,  avec  un  certain  déve- 
loppement en  longueur  à  peu  près  proportionnel  au  développe- 
ment en  largeur,  de  telle  sorte  qu'ici  la  main,  étant  plus  longue 
et  moins  grosse,  n'est  réellement  pas  aussi  monstrueuse  que 
dans  le  type  massif  oi^i  le  développement  se  fait  presque  exclu- 
sivement en  largeur.  Dans  le  premier  type,  par  suite  d'une 
moindre  épaisseur  des  parties  molles,  les  doigts  semblent 
beaucoup  plus  noueux,  les  espaces  interrosseux  plus  excavés, 
au  point  que,  dans  certains  de  ces  cas,  on  pourrait  penser  à  un 
certain  degré  d'amyotrophie  des  muscles  propres  de  la 
main  (').  » 

Si  donc  ce  type  de  déformation  <(  en  long  »  des  mains  peut  se 
rencontrer  chez  des  acromégaliques  de  taille  ordinaire  (la 
malade  présentée  par  P.  Marie  ne  mesurait  que  i"',65),  à  plus 
forte  raison  le  trouvons-nous  chez  nos  géants,  de  préférence  au 
type  «  en  large  »,  beaucoup  plus  rare  chez  les  acroméga- 
liques de  taille  élevée. 

La  cause  prochaine  de  ces  deux  types  de  mains  acroméga- 
liques paraît  bien  résider  dans  la  date  plus  ou  moins  retardée 
de  l'ossification  des  cartilages  épiphysaires,  l'hyperostéogenèse 
enchondrale  l'emportant,  dans  le  type  en  long,  sur  l'hyperos- 
téogenèse périostique,  habituelle  dans  les  cas  classiques,  à 
début  tardif.  Ainsi,  nous  trouvons,  dans  cette  étude  des  mains 
acromégaliques,  la  confirmation  des  idées  que  nous  exposons 
sur  les  rapports   de  l'acromégalie  et  du  gigantisme,  et  nous 

(1)  Soc.  méd.  des  Hop.,  l'  mai  1896. 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE.  269 

pourrions  dire  que  les  mains  allongées,  élancées,  non  cubiques, 
sont  celles  des  sujets  aux  cartilages  épiphysaires  7ion  ossifiés,  le 
type  massif  ou  en  large  pouvant  cVailleurs  venir  se  greffer  sur  le 
type  en  long,  après  F  ossification,  plus  ou  moins  retardée,  des 
épiplujses. 


Chez  les  géants  acromégaliques,  les  déformations  qui  portent 
sur  le  tronc  sont  tout  aussi  caractéristiques  que  celles  de  la  face 
et  des  extrémités.  A  cet  égard,  le  trait  le  plus  frappant,  le  plus 
fréquemment  observé  et  de  tout  temps,  c'est  qu'un  assez  grand 
nombre  de  géants  ont  vu  leur  taille  diminuer,  s'affaisser,  pour 
ainsi  dire;  et  il  est  indéniable  que  les  géants  bossus  sont  beau- 
coup trop  nombreux  pour  qu'on  ne  puisse  voir  là  qu'une 
simple  coïncidence. 

Parmi  ceux  dont  l'histoire  a  gardé  le  souvenir,  le  plus  ancien 
est  celui  de  l'empereur  romain  Antonin  le  Pieux (')  que  nous 
avons  mentionné  (voir  page  8),  et  qui,  voyant  sa  taille  se 
voûter,  avait  eu  l'idée  de  se  garnir  la  poitrine  d'une  sorte  de 
corset  en  tablettes  de  tilleul.  «  Cette  tardive  voussure,  surve- 
nant chez  un  individu  de  très  grande  taille,  écrit  Henry  Meige  ('), 
qui  rapporte  ce  fait  d'après  Garnier,  ne  rappelle-t-elle  pas  les 
déformations  analogues  qu'on  observe  dans  l'acromégalie? 
Malheureusement  l'histoire  est  muette  sur  les  apparences  des 
extrémités  d'Antonin  le  Pieux.  » 

En  revanche,  les  renseignements  que  nous  possédons  sur 
d'autres  géants  bossus,  récemment  observés,  sont  plus  com- 
plets et  offrent  aussi  des  garanties  scientifiques  plus  sérieuses. 
Ainsi  le  géant  Peter  Rhyner  (Obs.  XVII),  par  suite  d'une 
cyphose  progressive,  vit,  vers  l'âge  de  56  ans,  sa  taille  se 
réduire  à  1",58,  en  même  temps  que  ses  extrémités  (face, 
mains  et  pieds)  augmentaient  de  volume  comme  dans  l'acro- 
mégalie. 

A  ce  titre,  comme  à  plusieurs  autres,  son  observation 
mérite  d'être  reproduite. 


(')  Cilé  par  Garnier,  loc.  cit.  Note  de  la  page  279. 
(-)  Arch.  fjén.  de  Méd.,  octobre  1902. 


270  GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 


Observation  XVII.  (Fritsche  et  Klebs.) 

Le  géant  Peter  Rkyner  ('). 

Peter  Rhyner,  44  ans,  célibataire.  Aucune  affection  analogue  n'au- 
rait été  observée  dans  la  famille.  Lui-même  était  né  avec  toutes  les 
apparences  d'une  santé  normale,  pas  de  rachitisme,  et  d'ailleurs  aucune 
maladie.  Dans  les  premières  années  de  l'âge  adulte,  il  comptait  à 
Elm  parmi  les  gens  de  taille  moyenne  (les  habitants  de  ce  pays  sont 
réputés  pour  leur  taille  haute  et  leur  belle  stature).  Le  malade  ne  sait 
pas  au  juste  combien  il  mesurait,  mais  il  se  souvient  que,  quand 
il  était  militaire,  il  avait  un  peu  plus  de  6  pieds.  Il  était  alors  parfai- 
tement droit.  Le  poids  du  corps  était  de  75  kilogrammes,  il  aurait  môme 
un  moment  atteint  83  kilogrammes. 

La  maladie  actuelle  commença  il  y  a  huit  ans,  c'est-à-dire  à  l'âge  de 
50  ans,  par  des  douleurs  et  de  la  faiblesse  dans  les  mains.  Les  douleurs 
ne  se  localisèrent  pas  aux:  seules  articulations,  mais  siégèrent  vraisem- 
blablement sur  tous  les  points.  Elles  sont  décrites  par  le  malade 
comme  des  torsions,  des  tiraillements.  En  même  temps,  il  y  avait  un 
léger  gonflement  des  mains  avec  rougeur  de  celles-ci  ;  d'après  la  des- 
cription du  malade,  il  ne  s'agissait  pas  là  d'un  processus  aigu  inflam- 
matoire, non  plus  que  d'un  véritable  œdème,  car  la  pression  ne  for- 
mait pas  le  godet. 

Peu  à  peu  les  douleurs  remontèrent  dans  les  bras  et  se  montrèrent 
tantôt  plus,  tantôt  moins  sur  tout  le  corps.  Les  douleurs  de  tête  furent 
particulièrement  pénibles,  elles  étaient  fréquentes  ;  depuis  les  six  der- 
nières années,  elles  étaient  restées  localisées  derrière  les  oreilles  ; 
depuis  les  trois  dernières  années,  elles  s'étaient  étendues,  avec  moins 
d'intensité,  à  toute  la  tête.  Le  visage  a  toujours  été  un  peu  pâle  et  l'est 
resté.  C'est  seulement  dans  les  deux  dernières  années  que  les  jambes 
devinrent  douloureuses,  particulièrement  les  genoux  en  été,  mais 
jamais  les  pieds  n'ont  été  notablement  douloureux.  Dans  le  temps  le 
malade  prétend  avoir  eu  des  fourmillements  dans  la  main  et  une  dimi- 
nution de  la  sensibilité,  mais  tout  cela  a  disparu,  ainsi  qu'une  tendance 
très  marquée  à  suer  des  mains. 

En  même  temps  que  ces  sensations  douloureuses  suivent  l'augmenta- 
tion du  volume  des  mains,  des  pieds,  des  oreilles,  des  lèvres,  et  même 
de  toute  la  tête,  du  cou  et  des  genoux,  c'est  l'épaississement  des  doigts 
qui  attire  tout  d'abord  l'attention,  en  dernier  lieu  celui  des  genoux  ; 
d'qilleurs,  l'augmentation  de  volume  paraît  être  survenue  partout  en 

(')  Fritsche  et  Ivlebs,  Ein  Beitrage  zur  PaUiologie  des  Reiseniouchses  Klinische 
und  pathotogisch  anatomische  Untersuchungen.  Leipzig,  1884.  —  Nous  reprodui- 
sons cette  observation  telle  qu'elle  a  été  publiée  par  Pierre  Marie,  Nouv. 
Icon.  de  la  Salpêlrière,  1889. 


GIGAiNTISME  ET  ACROMEGALIE.  271 

même  temps.  La  circonférence  du  thorax  s'accrut  aussi  d'une  manière 
très  notable,  mais,  d'après  la  conviction  du  malade,  les  bras  et  les 
jambes  n'auraient  éprouvé  aucune  modification  en  longueur. 

C'est  également  à  cette  époque  que  se  produisit  une  incurvation  de  ia 
colonne  vertébrale,  une  cyphose  lentement  progressive. 

Depuis  environ  deux  ans,  l'augmentation  de  volume  des  différentes 
parties  du  corps  et  de  la  cyphose  s'est  arrêtée,  et,  en  effet,  pendant 
toute  l'année  où  M.  Fkitsche  a  pu  l'observer,  il  n'a  constaté  aucune 
modification. 

A  peu  près  en  même  temps  que  les  autres  symptômes  survint  une 
faiblesse  qui,  en  quelques  années,  s'accrut  au  point  de  lui  rendre  très 
pénible  une  marche  de  quelques  minutes;  depuis  quatre  ou  cinq  ans, 
dyspnée  au  moindre  effort  ;  depuis  six  ou  sept  ans  fréquentes  palpi- 
tations. 

Le  malade  n'a  jamais  été  un  fort  mangeur.  Constipation  depuis  de 
nombreuses  années.  On  n'a  pas  remarqué  que  la  quantité  d'urine  fût 
anormale. 

Depuis  plusieurs  années,  perte  de  toute  excitation  génitale;  na  plus  de 
pollutions. 

Le  malade  prétend  avoir  remarqué  une  diminution  de  la  mémoire. 

Les  yeux  seraient  devenus  plus  faibles,  mais  l'ouïe  et  les  autres  sens 
sont  bien  conservés. 

Au  premier  coup  d'œil,  augmentation  de  la  tête,  des  mains,  des  pieds, 
faisant  un  contraste  frappant  avec  le  peu  de  longueur  du  corps  ;  celle-ci 
trouve  son  application  dans  l'existence  de  la  cyphose  très  prononcée 
qui  a  amené  un  raccourcissement  du  corps:  la  tête,  vue  par  le  devant, 
est  trop  grosse,  comparativement  au  crâne,  par  suite  de  la  forte  cyphose 
entre  les  épaules.  La  face  et  surtout  sa  partie  niférieure,  notamment  le 
nez,  les  lèvres,  le  menton,  surprennent  par  leur  proéminence;  les 
dimensions  du  pavillon  de  l'oreille  semblent  aussi  expressives  (Fig.  69). 

Le  pénis  est  grand,  mais  non  d'une  façon  extraordinaire,  le  scrotum 
et  les  testicules  sont  entièrement  atrophiés. 

Les  jambes  et  les  bras  sont  d'une  maigreur  qui  contraste  avec  le 
volume  des  pieds  et  des  mains.  Les  genoux  sont  notablement  épais  en 
comparaison  avec  les  cuisses  et  les  mollets. 

Voici  quelques-unes  des  mensurations  données  par  Fritsche  et 
Klebs. 

Longueur  du  corps  dans  la  position  debout.    .  .   .  158       cenLimètres. 

—  —       sur  la  table  de  raniphithéâtre.  169  — 

Poids  du  corps 79,5  kilogrammes. 

Distance  du  menton  à  l'occipul 29      centimètres. 

Hauteur  de  la  face  (du  menton  à  la  glabelle)  .    .    .  16,5  — 

Longueur  du  pavillon  de  l'oreille  gauche 8,5  — 

—  —  droite 9  — 

Largeur  —  gauche 4,5  — 

—  —  droite 4  — 

Dos  du  nez 6  — 

Longueur  du  nez 5,5  — 


272  GIGANTISME  ET  AGROMEGALIE. 

Largeur  delà  bouche 6,5    centimètres. 

Épaisseur  de  la  lèvre  inférieure 2  — 

Distance  du  menton  à  l'articulation  temporo-maxil- 

laire  droite 15 ,6 

Distance  du  menton  à  l'articulation  temporo-maxil- 

laire  gauche 15,2  — 

Distance  du  menton  à  l'angle   du  maxillaire  infé- 
rieur   11  — 

Distance  d'un  angle  du  maxillaire  inférieur  à  celui 

du  côté  opposé 12  — 

Distance  du  menton  au    bord  des   incisives  infé- 
rieures      6,25  — 

Longueur  de  la  langue 6  — 

Circonférence  du  cou  au-dessous  du  larynx  ...  45  — 

Diamètre  antéro-postérieur  du  cou 15  — 

—          transversal 10,25  — 

Circonférence  du  thorax  à  la  hauteur  du  mamelon.  111  — 

—  —         de  l'appendice  xiphoïde  .50  — 
Diamètre    vertical    au   niveau  de    la  12°  vertèbre 

cervicale  à   l'appendice  xiphoïde 56,5  — 

Longueur  totale  du  bras  droit      81,5  — 

—  —             gauche 81  — 

Circonférence  de  la  main 51  — 

Longueur  de  la  main  (2"  au  5*=  doigt) 11  — 

—  —              (1"  au  5=  doigt) 13  — 

Circonférence  du  pouce 10  — 

—  du  médius 10  — 

Distance  de  l'épine  iliaque  antéro-supéricure  à  la 

plante  du  pied 105  — 

Longueur  du  pied  droit 29  — 

—  —      gauche 28  — 

—  du  gros  orteil  droit 9  — 

—  —           gauche 8  — 

Longueur    du   pied   au  niveau  du  renflement   du 

gros  orteil   droit 11,5  — 

Longueur  du  pied  au   niveau    du  rendement  du 

gros  orteil  gauche 11,5  — 

Circonférence  du  genou  droit 41,5  — 

—  —        gauche 41  — 

—  du  gros  orteil 12  — 


MM.  Fritsche  et  Klebs  font  remarquer  que,  tenant  compte  de  la 
perte  de  la  taille  due  à  la  cyphose,  on  arriverait  à  évaluer  la  hauteur  de 
cet  homme  avant  sa  maladie  à  environ  l"',7o. 

On  voit  d'après  ces  mensurations  que  les  os  de  la  lace  sontaugmentés 
de  volume,  le  front  est  très  bas  en  comparaison  avec  les  autres  parties 
de  la  face.  La  largeur  de  la  région  bimalaire  est  augmentée  sans  que  les 
os  malaires  paraissent  proéminer  d'une  façon  notable.  Le  maxillaire 
inférieur  est  plutôt  augmenté  dans  la  direction  antéro-postérieure  C[ue 
dans  la  direction  transversale.  Quoique  le  palais  semble  haut  et  étroit, 
la  distance  entre  les  canines  supérieures  est  cependant  plus  grande  que 
chez  un  individu  normal. 

Les  oreilles,  le  nez,  les  lèvres  et  la  langue  montrent  une  augmentation 
très  notable  de  volume. 


GICAMISME  ET  ACROMEGALIE.  273 

La  circonférence  du  cou  a  atteint  un  chiffre  élevé,  c'est  surtout  le  dia- 
mètre antéro-postérieur  qui  est  augmenté. 

Au  tronc,  en  outre  du  raccourcissement  dû  à  la  cyphose,  il  faut 
relever  l'augmentation  très  notable  de  la  profondeur  du  thorax  (dia- 
mètre antéro-postérieur),  tandis  que  le  diamètre  transversal  est  plutôt 
petit.  Le  sternum  a  une  longueur  assez  considérable.  Les  omoplates  et 
les  clavicules,  au  contraire,  ne  sont  pas  augmentées. 

La  largeur  du  bassin  est  certainement  accrue,  même  en  tenant 
compte  de  l'épaississement  des  téguments. 

Aux  membres  supérieurs  les  bras  ne  présentent  pas  d'accroissement 
dans  la  longueur;  les  os  de  l'avant-bras  sont  un  peu  plus  longs  que 
ceux  d'un  sujet  type,  mais  c'est  seulement  la  main  qui  montre  une  réelle 
différence.  En  comparant  les  différents  segments  du  membre  supérieur 
avec  ceux  d'un  sujet  normal,  on  constate  que  «  les  bras  de  Rhyner  sont 
moins  gros,  que  ses  avant-bras  ont  le  même  volume  et  enfin  que  ses 
doigts  sont  hors  de  toute  comparaison  ». 

Le  malade  semble  atteint  d'une  anémie  très  marquée.  Les  téguments 
sont  pâles,  un  peu  secs  et  assez  pigmentés.  Pas  de  taches  pigmentaires, 
de  varices  ni  d'œdème.  Pas  d'infiltration  éléphantiasique  de  la  peau, 
pas  de  verrues.  Au  mollet  gauche,  eczéma  chronique  sans  importance. 
Sur  le  dos,  quelques  éléments  de  molluscum  fibrosum.  A  l'abdomen 
qui  est  court  et  un  peu  rentré,  la  peau  assez  riche  en  graisse  est 
coupée  de  plis  profonds  transversaux  dont  l'un  cache  le  nombril.  Aux 
paumes  des  mains  et  aux  plantes  des  pieds,  la  peau  est  résistante  et 
massive  et  se  laisse  soulever  en  gros  plis  mous.  Elle  paraît  hypertro- 
phiée dans  toute  son  épaisseur  et  le  tissu conjonctif  sous-cutané  l'est 
également,  peut-être  plus  encore.  Cette  hypertrophie  se  remarque  aussi 
aux  coudes  et  aux  genoux.  La  peau  y  semble  comme  trop  large,  elle  est 
extraordinairement  mobile  et  se  laisse  saisir  en  gros  bourrelets  mous 
bien  plus  largement  que  d'habitude.  L'accroissement  anormal  de  la 
peau  est  surtout  visible  à  la  région  occipitale.  Au  niveau  de  la  protu- 
bérance occipitale  externe,  se  trouve  une  exostose  horizontale  en  forme 
de  peigne  d'environ  5  centimètres  de  long  et  de  1  centimètre  de  haut 
dans  la  région  moyenne  (vraisemblablement  congénitale).  Au-dessus 
d'elle,  jusqu'à  peu  près  à  la  hauteur  du  sommet  de  la  tête,  on  trouve 
dans  le  cuir  chevelu  quatre  à  cinq  bourrelets  longitudinaux  ayant  envi- 
ron l'épaisseur  d'un  doigt  et  une  longueur  de  près  de  12  centimètres. 
Au-dessous  de  ces  bourrelets,  on  sent  des  éminences  osseuses,  apla- 
ties, allant  des  os  pariétaux  à  l'écaillé  de  l'occipital. 

Les  cheveux  sont  abondants  et  épais;  ils  croissaient  avec  une  rapidité 
notable;  les  poils  du  corps  sont  peu  développés;  la  barbe  et  les  poils 
du  pubis  sont  peu  abondants. 

Les  ongles  sont  à  la  vérité  élargis,  mais,  en  comparaison  avec  les 
doigts  du  malade,  ils  paraissent  plutôt  petits.  Les  phalangettes  sont 
d'ailleurs  comparativement  moins  développées  que  les  autres  segments 
des  doigts;  les  ongles  poussent  rapidement. 

LAUXOIS    ET   ROY.  18 


274 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 


La  musculature  est  partout  flasque  et  maigre,  notamment  celle  des 
extrémités.  Seule,  celle  de  la  nuque  est  massive  et  ferme.  La  force  mus- 
culaire est  très  abaissée;  latrophie  des  muscles  est  surtout  marquée 
aux  bras,  aux  mollets,  et  notamment  aux  éminences  thénar   et    au  dos 

de  la  main,  où,  par  suite 
de  la  disparition  des  inter- 
osseux, de  profonds  sillons 
se  voient  entre  les  méta- 
carpiens. 

Parmi  les  artères  acces- 
sibles à  la  palpation,  les 
fémorales  et  brachiales 
montrent  une  certaine  ri- 
gidité, mais  les  radiales 
et  les  temporales  sont 
souples. 

Le  pouls  est  pour  la 
grandeur  du  corps,  et 
même  d'une  façon  abso- 
lue, petit  et  faible  ;  le  nom- 
bre des  pulsations  est  peu 
frécjuent  (48  à  la  minute). 
Les  ganglions  inguinaux 
sont  un  peu  gros  ;  à  pai't 
cela  il  n'existe  nulle  part 
de  tuméfaction  ganglion- 
naire. 

Les  dents  sont  écartées 
l'une  de  l'autre  (moins  en 
avant  ciu'eu  arrière)  ;  et 
cela  paraît-il  beaucoup 
plus  cju'auparavant:  elles 
sont  de  grosseur  normale. 
Quand  les  mâchoires  sont 
fermées,  les  dents  de  l'in- 
férieure dépassent  celles 
de  la  supérieure. 

Le  larynx  et  l'os  hyoïde 
ne  semblent  pas  augmen- 
tés de  volume. 
Aux  genoux,  les  extrémités  articulaires  sont  épaissies,  indépendam- 
ment de  l'hypertrophie  de  la  peau.  Aucun  exsudât  dans  les  jointures, 
mais,  dans  les  deux  genoux,  crépitations  lors  des  mouvements  comme 
dans    l'arthrite    déformante.    Dans   l'articulation    scapulo-humérale   il 
existe  également  des  frottements  secs. 
Au  niveau  du  rachis  cyphotique,  les  trois  à  quatre  premières  vertèbres 


Fi  G.  69. 


-  Le  géant  Peter  Rhyner  (face). 
(Fritsche   et  Klebs.) 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 


275 


dorsales  (aijophyses  épineuses)  sont  à  peu  près  de  la  même  hauteur, 
c'est-à-dire  se  dirigent  horizontalement  en  arrière;  au-dessous,  des 
apophyses  épineuses  se  disposent  de  telle  façon  que,  au  niveau  de  la 
neuvième  ou  de  la  dixième,  le  point  le  plus  proéminent  en  arrière  est 
atteint,  pour  de  là  descendre 
presque  verticalement,  seule- 
ment avec  une  très  légère  lor- 
dose, jusqu'au  sacrum.  La  mobi 
lité  du  rachis,  à  part  celle  du 
cou  qui  est  tout  à  fait  libre,  ne 
peut  être  démontrée  que  dans 
la  région  lombaire  et  y  est  fort 
limitée. 

L'incurvation  est  une  cyphose 
presque  pure,  il  n'existe  qu'un 
léger  vestige  de  déviation  vers 
la  droite.  Correspondant  à  la 
cyphose,  le  sternum  est,  dans  sa 
partie  inférieure,  notablement 
déjeté  en  avant,  de  sorte  que  sa 
direction  est  très  oblique  en 
avant.  C'est  seulement  à  la  par- 
tie inférieure  qu'il  est  vertical 
sur  une  très  petite  étendue,  pour 
se  continuer  alors  avec  l'appen- 
dice xiphoïde  fortement  plié  en 
dedans. 

Les  côtes  sont,  comme  dans 
la  cyphose  en  général,  dirigées 
à  pic  vers  le  bas.  Le  bord  infé- 
rieur des  côtes  touche  presque 
le  bord  de  l'os  coxal.  Les  extré- 
mités où  s'attachent  les  carti- 
lages sont  en  partie  très  apla- 
ties et  forment  un  chapelet  très 
prononcé. 

Rien  de  spécial  à  la  gorge  et 
au  larynx.  Des  deux  côtés,  lé- 
gère augmentation  des  lobes  du 

corps  thyroïde.  Matité  cardiaque  :  bord  supérieur  delà  deuxième  et  qua^ 
trième  côte,  bord  gauche  du  sternum  jusqu'à  un  travers  de  doigt  en 
dehors  du  mamelon.  Large  impulsion  de  la  pointe  dans  la  région  du 
mamelon  jusqu'à  deux  travers  de  doigt  en  dehors  de  celui-ci.  Souffle 
systolique  net  à  la  pointe,  faible  à  la  base.  Diastole  pure.  Action  du 
cœur  faible,  régulière.  La  matité  de  la  rate  n'a  pas  été  augmentée. 
JMatité  hépatique  :  bord  supérieur  à  la  quatrième  et  sixième  côte.  Le 


FiG. 


Le  géanL  Peler  Rliyner  (profil). 
{Fritsciie  et  Klebs.) 


276 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 


malade  tousse  et  crache  un  peu,  sécrétion  catarrhale  modérée.  L'urine 
ne  présente  rien  de  particulier,  pas  d'albumine,  pas  de  sucre,  consti- 
pation. 

L'intelligence  est   intacte.   Le    malade  jouit  même  d'une  excellente 
humeur.  On  ne  s'aperçoit  pas,  dans  la  conversation,  de  la  diminution  de 


FiG.  71.  —  Crâne  acromégaliquc.  (Fritsciie  et  Klees.) 


la  mémoire.  Les  yeux  sont  hypermétropes,  mais  d"une  acuité  visuelle 
normale.  Les  globes  oculaires  paraissent  augmentés  de  volume.  Léger 
arc  sénile.  La  sensibilité  cutanée  normale  à  la  picjùre  et  au  toucher 
semble  abaissée  à  l'exploration  électric[ue.  Ouïe,  odorat,  goût  parfaite- 
ment conservés.  A  part  la  faiblesse  générale,  la  motilité  est  partout 
conservée,  mais  lexcitabilité  électrique  (examinée  avec  les  appareils 
vulgaires)    est   abaissée   pour  les  courants  faradique   et    galvanique. 


GIGANTISME  ET  ACHOMÉGALIE.  277 

Malgré   Thypertrophie    de   la   langue   la  prononciation  est  bonne,  la 
parole  peut-être  un  peu  lente. 

Le  17  septembre,  le  malade  éprouva  du  malaise  et  eut  une  syncope; 
perte  d'appétit,  pouls  petit;  le  18,  mêmes  symptômes,  pouls  petit,  très 
lent;  trois  nouvelles  syncopes  dont  la  dernière  se  termina  par  la  mort. 


De  même,  le  tronc  de  Jean-Pierre  Mazas  offrait,  nous  l'avons 
vu,  des  déformations  tout  particulièrement  caractéristiques 
(voir  page  220). 

Un  géant  acromégalique,  tout  à  fait  comparable  aux  pré- 
cédents par  la  déformation  du  rachis,  est  le  Chinois,  décrit 
dernièrement  par  le  médecin-major  Matignon,  attaché  à  la 
Légation  de  France  à  Pékin. 


Observation  XVIII.  (Matignon.) 

Acromégalo-gigantisme  chez  un  Chinois  {*). 

A  la  séance  du  15  mai  1896,  de  la  Société  médicale  des  Hôpi- 
taux, M.  Brissaud,  parlant  des  rapports  du  gigantisme  pour  les  cas 
oi^i,  au  développement  exagéré  de  toutes  les  parties  du  corps  venait 
s'ajouter  un  excès  du  processus  normal  de  la  «  besogne  histogénétique  » 
de  la  couche  périostique  d'ossification,  portant  sur  toutes  les  têtes 
osseuses,  les  sutures  des  os  longs,  les  tables  externes  des  os  larges. 

L'observation  suivante  de  l'un  de  nos  malades  chinois  répond, 
croyons-nous,  au  type  acromégalo-gigantique  du  distingué  neurologue. 

Un  homme  de  25  ans,  mineur  de  son  métier,  vient  le  5  juillet  1896  à 
l'hôpital  français  de  Hong-Kong  de  Pékin,  se  plaignant  d'un  état  de 
faiblesse  très  marqué. 

n  a  eu,  pendant  son  enfance,  une  santé  assez  délicate.  A  19  ans,  il  a 
eu  des  accès  de  fièvre  probablement  paludéenne  et,  à  ce  moment,  il  a 
remarqué  c{ue  sa  colonne  vertébrale  s'incurvait. 

L'aspect  de  cet  homme  est  des  plus  typiques,  au  point  de  vue  de 
l'acromégalo-gigantisme.  La  tête  est  volumineuse,  le  faciès  est  celui 
d'une  brute,  les  extrémités  sont  énormes  et  frappent  d'autant  plus  par 
leurs  dimensions,  que,  chez  les  Chinois,  elles  sont  particulièrement 
fines.  Malgré  une  scoliose  considérable,  la  taille  de  notre  patient  est  de 
l",8o,  c'est-à-dire  près  de  20  centimètres  supérieure  à  la  taille  moyenne 
des  Chinois  du  nord,  qui  ne  dépasse  guère  1"',62  à  1",64. 

Prenons  en  détail  chacun  des  organes. 

(')  J.-J.  Matignon,  Médecine  moderne,  6  novembre  1897. 


278 


GIGANTISME  ET  AGROMÉGALIE. 


Tête.  — Le  front  est  très  bas;  les  cheveux  sont  durs  comme  des  crins. 
Il  n"y  a  pas  de  tubérosités  anormales  sur  le  crâne.  Les  apophyses 
mastoïdes  sont  énormes. 

Diamètres  du  crâne  :  antéro-postérieur,  20  centimètres  :  bitemporal, 


FiG.  7'2(').  —  Acroniégalo-gigantisme  chez  un  Chinois.  (Matig.non.) 

IG  centimètres.  Les  arcades  sourcilières  sont  très  accusées;  les 
pommettes  peu  saillantes.  Les  yeux  sont  normaux. 

Le  nez  est  gros,  épaté. 

La  lèvre  supérieure  est  peu  augmentée,  mais  l'inférieure  forme  un 
volumineux  bourrelet  pendant. 

Le  maxillaire  inférieur,  très  développé,  est  la  cause  d'un  progna- 


(*)  Extraite  de  la  Nouv.  Iconogr.  de  la  Salpêtrière.  1897. 


GIGANTISME  ET  AGROMÉGALIE. 


279 


Ihisme  considérable  :  les  dénis  inférieures  sont  très  écartées  les  unes  des 
autres.  Les  dents  supérieures  sont  en  attitude  normale. 

La  langue  épaisse  et  large  se  meut  lourdement  dans  la  bouche.  La 
voûte  palatine  est  normale.  Les  amygdales  ne  sont  pas  hypertrophiées. 

Les  oreilles  sont  grandes  et  écartées. 

Le  cou  n'est  pas  très  volumineux.  Il  est  infléchi  en  avant  et  enfoncé 
entre  les  épaules. 

Le  corps  thyroïde  est  atrophié. 

Thorax.  —  La  colonne  vertébrale  présente  une  incurvation  énorme. 


FlG. 


—  Acromèi;alo-giganlisme  cliez  un  Chinois.  (Maxigmj.n.) 


Le  périmètre  thoracique  pris  au  niveau  du  point  culminant  de  la 
scoliose  donne  I^/IS. 

Le  thorax  est  aplati  d'avant  en  arrière.  Le  sternum  ne  fait  point 
saillie.  Les  clavicules  sont  longues,  pas  très  grosses.  Diamètre 
bi-acromial,  48  centimètres. 

Les  seins  font  une  saillie  assez  considérable.  A  6  centimètres  au- 
dessous  de  ces  derniers,  se  voit  un  profond  sillon  circulaire  qui  semble 
séparer  le  thorax  de  l'abdomen. 

Le  bassin  est  élargi  comme  chez  une  femme.  Diamètres  :  bi-iliaque, 
37  centimètres;  bi-trochantérien,  45  centimètres.  Le  ventre  est  plat. 

La  verge  est  petite,  les  testicules  microscopiques;  à  peine  des  «  liari- 
cocèles  ». 


(')  Extraite  de  la  Nouv.  Iconogr.  de  la  Salpêlrière,  1897. 


280  GIGAMISME   ET  ACHGMÉGALIE. 

Le  memlire  supérieur  est  très  long  et  grêle.  Le  deltoïde  est  légère- 
ment atrophié.  Les  muscles  du  bras  sont  peu  développés.  Le  coude  est 
gros  et  plus  volumineux'que  l'épaule.  L'avant-bras,  développé  surtout 
dans  sa  partie  inférieure,  est  plus  gros  que  le  bras,  tant  à  droite  qu'à 
gauche. 

Les  mains  sont  remarquablement  grandes,  25  centimètres,  alors  que 
celles  des  Chinois  n'ont  guère  que  17  centimètres  en  moyenne.  Le  déve- 
loppement est  régulier.  La  paume,  très  large,  n'est  pas  très  épaisse. 
Les  éminences  thénar  et  hypothénar  sont  un  peu  atrophiées  et  la  main 
est  plate.  Les  lignes  d'opposition  y  sont  très  profondément  creusées. 

Les  doigts  sont  longs,  gros,  réguliers.  Le  tissu   mou  est  peu   déve- 
loppé. Les  doigts  ne  sont  pas  capitonnés.  La  tète  de  la  première  pha- 
lange, à  chaque  doigt,  est  surtout  développée. 
Les  ongles  sont  normaux,  sans  striations. 

La  couleur  des  mains  et  des  doigts  est  la  même  que  celle  de  la  peau. 

Le  membre  inférieur  paraît  très  long,  à  cause  du  raccourcissement 

du  tronc  du  fait  de  l'incurvation  vertébrale.  La  cuisse  et  la  jambe  sont 

volumineuses.  La  jambe,  au  premier  aspect,  semble  œdémateuse,  mais 

ne  Test  pas.  Elle  est  ferme  au  toucher. 

Le  pied  est  long  et  gros,  augmenté  dans  tous  ses  diamètres.  Sa  lon- 
gueur est  de  55  centimètres,  et  dépasse  de  10  centimètres  la  longueur 
moyenne  du  pied  chinois  qui  est  de  25  centimètres.  Le  pied  est  plat, 
les  orteils,  surtout  les  gros,  sont  un  peu  en  massue. 

Phénomènes  subjectifs.  —  L'intelligence  obtuse  frise  l'imbécillité.  Le 
malade  y  voit  bien,  mais  est  un  peu  sourd. 

Il  se  plaint  d'une  fatigue  profonde  et  continue.  11  n"a  pas  la  moindre 
force.  11  est  incapable  de  monter  seul  sur  une  chaise.  11  reste  toute  la 
journée  assis  par  terre,  les  genoux  relevés,  la  tête  penchée  en  avant, 
les  bras  reposant  sur  les  cuisses. 

Le  malade  a  la  tête  lourde,  plutôt  qu'une  céphalalgie  véritable. 
Le  sens  génésique  est  totalement  aboli,  il  ii  a  jamais  d'crectioa. 
Il  urine  et  transpire  beaucoup,  a  fort  peu  d'appétit. 
11  craint  plus  la  chaleur  que  le  froid. 
La  sensibilité  est  très  légèrement  diminuée. 

Ce  malade  est  resté  pendant  une  dizaine  de  jours  à  Fhôpital  seule- 
ment. 

Cet  homme  est  un  géant.  Sa  taille,  sa  largeur  d'épaules,  le  développe- 
ment considéi-able,  mais  régulier,  de  ses  membres  inférieurs,  de  ses 
mains,  de  ses  pieds,  tiennent  du  gigantisme,  surtout  quand  on  les  com- 
pare à  ceux  de  ses  congénères  célestes. 

Mais  l'incurvation  vertébrale,  le  prognathisme  inférieur,  le  dévelop- 
pement exagéré  des  extrémités  inférieures  de  Thumérus  et  de  celles  du 
radius,  des  apophyses  mastoïdes,  appartiennent  à  l'acromégalie. 
Comme  aspect  extérieur  mon  malade  avait  des  analogies  avec  Jean- 
Pierre  de  Montastruc,  étudié  plusieurs  fois  à  l'hôpital  Saint-André 
de  Bordeaux  pendant  mon  internat.  Mais,  tandis  que  Jean-Pierre  était 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE.  281 

fort  (je  l'ai  rencontré  souvent  parmi  les  champions  des  baraques  de 
lutteurs),  mon  acromégalique  avait  une  asthénie  musculaire  pro- 
fonde. 

11  eût  été  intéressant  desavoir  jusqu'à  quel  âge  cet  homme  a  grandi. 
Le  phénomène  acromégalique  qui  a  le  premier  attiré  son  attention, 
l'incurvation  vertébrale,  s'est  produit  vers  I*J  ans.  Il  n'y  a  pas,  croyons- 
nous,  de  rapports  à  établir  entre  les  accidents  acromégaliques. 

Au  bout  de  six  ans,  les  phénomènes  acromégaliques  restent  limités  à 
la  colonne  vertébrale,  au  maxillaire  inférieur,  aux  apophyses  mas- 
toïdes,  aux  extrémités  des  os  du  membre  supérieur.  Il  faudrait,  chose 
impossible,  pouvoir  retrouver  et  examiner  le  patient  dans  quelc|ues 
années,  pour  savoir  si  les  phénomènes  de  suractivité  histogénique  tar- 
dive delà  couche  périostique  d'ossification  n'auront  pas  atteint  d'autres 
parties. 

11  est  un  fait  singulier  à  signaler  chez  notre  homme.  A  côté  d'un  excès 
de  développement  de  certaines  pai'ties  du  corps,  nous  voyons  des  phé- 
nomènes d'arrêt  et  même  de  rétrocession  dans  le  développement  de 
certaines  autres.  Le  corps  thyroïde,  le  testicule  sont  à  l'état  rudimen- 
taire.  La  verge  n'a  pas  atteint  ses  dimensions  normales.  Certains 
muscles,  le  deltoïde,  ceux  du  bras,  des  éminences  thénar  et  hypo- 
thénar,  sont  partiellement  atteints  d'atrophie. 

Cet  homme  peut  être  placé  dans  le  type  acromégalo-gigantesque  de 
M.  Brissaud.  Le  gigantisme,  momentanément,  l'emporte  sur  l'acromé- 
galie.  Peut-être,  dans  quelques  années,  la  proposition  sera-t-elle  inver- 
sée, les  phénomènes  acromégaliques  ayant  le  rôle  prépondérant. 

L'acromégalie  seule  ou  combinée  au  gigantisme  est,  croyons-nous, 
rare  chez  le  Chinois.  Depuis  près  de  trois  ans  que  je  suis  à  Pékin,  j'ai 
vu  passer,  soit  aux  consultations,  soit  dans  les  salles  des  hôpitaux  et 
dispensaires  français,  près  de  12  000  malades.  Le  cas  ci-dessus  relaté 
est  le  seul  que  j'aie  eu  l'occasion  d'observer.  J'ai  cependant,  il  y  a  peu  de 
temps,  rencontré  dans  la  rue  une  femme  tailare  dont  la  figure  et  les 
mains  répondaient  au  type  acromégalique,  mais  sa  taille  était  absolu- 
ment normale. 


Dans  le  groupe  des  géants  bossus  doit  également  prendre 
place  le  chef  de  gare  de  ÏÉtal  d  loiva,  sur  lequel  Woods  Hut- 
chinson(*)  publia  la  note  suivante,  si  intéressante  malgré  sa 
brièveté.  On  est  amené,  après  l'avoir  lue,  à  rapprocher  la  défor- 
mation rachidienne  qu'il  présentait  de  celle  qui  existait  chez 
Jean-Pierre  Mazas  :  chez  l'un  le  «  télescopage  »  était  apparu  de 
bonne  heure,  tandis  que  chez  l'autre  il  avait  été  plus  tardif. 

(')  New-York  med.  Journ,  21  juillet  1900. 


282  GIGANTISME  ET  A(  IROMÉGALIE. 


OBSERVATION  XIX.  (Woods  Hutchinson. ) 

Le  chef  de  gave  (jéant  ('). 

Il  y  a  deux  ans,  j'étais  clans  un  train,  me  rendant,  avec  un  groupe  de 
médecins  amis,  à  l'Assemblée  de  la  Société  médicale  do  l'État  d'Iowa. 
Nous  fûmes  rejoints  à  l'une  des  petites  stations  par  un  praticien  de 
l'endroit  qui,  sachant  c|ue  je  m'intéressais  au  sujet,  se  hâta  de  m'in- 
former  que  l'employé  de  la  station  voisine  était,  ou,  plus  exactement, 
avait  été  un  géant,  et  présentait  des  symptômes  si  curieux  qu'il  me  con- 
seillait de  le  regarder  pendant  l'arrêt  du  train,  en  vue  de  faire  plus 
tard  l'étude  de  son  cas.  Je  me  plaçai  à  la  plate-forme  d'avant  du  wagon, 
et,  comme  le  train  ralentissait  en  gare,  je  cherchais  des  yeux  l'individu 
en  cfuestion,  mais,  à  mon  grand  désappointement,  il  n'était  pas  visible, 
employé  dans  son  bureau  ou  ciuelque  part  ailleurs.  Pourtant,  comme 
le  train  s'ébranlait  et  nous  emportait,  en  face  l'extrémité  du  bureau 
des  billets,  nous  découvrîmes  le  pauvre  homme  s'efforçant  évidemment 
d'échapper  à  la  curiosité  des  voyageurs  derrière  le  bâtiment.  En  nous 
voyant  le  regarder,  il  marqua,  par  sa  physionomie  et  ses  gestes,  son 
ressentiment  pour  notre  curiosité  peut-être  inconsidérée.  Le  train  se  mit 
en  marche  très  lentement,  et,  c[uoic[ue  la  durée  de  l'observation  ait  été 
très  courte,  l'impression  qu'il  nous  fit  fut  des  plus  frappantes. 

C'était  un  homme  jeune,  d'une  taille  visiblement  au-dessus  de  la 
moyenne  (étant  donnée  son  attitude,  je  pourrais  dire  6  pieds  7  pouces), 
avec  un  aspect  extraordinairement  allongé,  un  prognathisme  très  net  et 
d'un  teint  jaune  sale  ou  terreux.  Il  était  extrêmement  abaissé,  sa  taille 
primitive  ayant  été  évidemment  bien  supérieure.  Ses  yeux  étaient 
petits  et  enfoncés]  ses  sourcils  proéminents;  ses  bras  étaient  longs  et 
inutilisables,  pendant  le  long  de  son  corps  de  la  plus  simiesque  façon. 
Ses  mains  étaient  grosses  et  déformées  et  ses  pieds  parfaitement  énor- 
mes. En  fait,  l'impression  générale  était  positivement  répulsive  et  le 
pauvre  ho)nme  offrait  une  très  grande  ressemblance  avec  les  grands  singes 
anthropoïdes,  ressemblance  que  ses  gestes  et  ses  grimaces  menaçantes 
ne  pouvaient  diminuer.  Nous  apprîmes  par  la  suite  que  cet  homme 
était  devenu  un  phénomène  local  à  un  tel  degré  que  presque  chaque 
train  passant  à  sa  station  portait  un  ou  plusieurs  curieux  observateurs 
et  qu'il  fut  ainsi  conduit  à  cette  méthode  puérile  mais  excusable  de 
se  mettre  à  l'abri  d'une  aussi  désagréable  curiosité.  Nous  fûmes  infor- 
més cju'on  lui  avait  persuadé  de  venir  se  faire  examiner  par  les  mem- 
bres de  notre  Société,  dans  l'espoir  qu'on  trouverait  c{uelque  méthode 
pour  le  soulager;  mais  ce  fut  en  vain.  Peu  après  mon  retour,  j'écrivis 
à  un  de  mes  confrères,  praticien  de  la  ville  la  plus  voisine,  lui  deman- 
dant d'être  assez  aimable  pour  l'examiner,  lui  demander  son  histoire 

(1)  New-York  Mecl.  Journ.,  21  juillet  1900. 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE.  283 

et,  si  possible,  obtenir  une  photographie  et  quelques  mesures,  nie 
proposant  au  besoin  d'aller  moi-môme  faire  une  étude  soigneuse  de 
ce  cas.  Mon  ami  alla  très  obligeamment  faire  visite  à  Fagent  de  la 
station,  mais  essuya  immédiatement  un  refus  catégorique  de  communi 
quer  aucun  renseignement,  de  se  prêter  à  aucune  mensuration  ou  de 
laisser  prendre  une  photographie.  Le  pauvre  homme  était  si  sensible 
aux  remarques  curieuses  et  aux  regards  incjuisiteurs  auxquels  il  était 
si  constamment  soumis  que  la  simple  mention  de  ses  défauts  ou  la 
seule  prière  de  les  étudier  produisait  chez  lui  une  invincible  irritation. 
Tout  ce  que  mon  ami,  le  D'  Bell,  à  l'obligeance  duquel  je  suis  très 
redevable,  put  savoir,  ce  fut  son  nom  (dont,  en  considération  de  ses 
sentiments,  je  ne  donne  que  les  initiales),  son  âge  et  quelques  détails 
de  son  histoire. 

M.  K.  H...  avait  o'i  ans  et  était  né  dans  le  Missouri.  Dès  son  enfance 
il  commença  à  donner  des  signes  de  grande  taille  et  de  vigueur  et,  dès 
Vàge  de  15  ans,  il  fut  une  célébrité  locale  pour  son  remarquable  déve- 
loppement musculaire.  A  18  ans,  presque  14  ans  auparavant,  il  pensa 
qu'il  s'était  épuisé  en  luttant  contre  un  attelage  de  chevaux,  ce  qui  con- 
stituait une  de  ses  prouesses.  Peu  de  temps  après  commença  Vincuvva- 
tion  de  sa  colonne  vertébrale;  bien  qu'elle  ne  fût  pas  suffisante  pour 
empêcher  son  exhibition  comme  géant  à  la  Foire  Universelle  de  1895,  ses 
progrès  depuis  ce  temps  furent  si  rapides  et  il  perdit  une  si  rjrande  partie 
de  sa  hauteur  qu'il  dut  renoncer  tout  à  fait  aux  exhibitions  et  accepta  la 
position  qui  lui  fut  offerte  par  la  Compagnie  du  chemin  de  fer.  Sa 
vigueur  commença  à  décliner  beaucoup  plus  tôt,  en  sorte  que  5  ou  4  ans 
avant  son  incurvation  il  ne  fut  plus  capable  de  se  montrer  pour  ses  exer- 
cices de  force.  Sa  hauteur  avait  été  primitivement  de  7  pieds  4  pouces 
(2", 25),  mais  sa  taille  actuelle  ne  dépassait  certainement  pas  6  pieds 
5  pouces  ou  6  pieds  6  pouces  (i'",U8),  quoique  son  affaissement  fût  si 
grand  c[u'on  pouvait  aisément  penser  qu'il  avait  atteint  autrefois  la 
hauteur  rapportée.  Pour  ses  mains  et  ses  pieds,  leur  augmentation 
était  si  frappante  qu'il  n'y  avait  pas  besoin  d'aucune  mensuration  pour 
confirmer  ce  fait  qu'ils  étaient  immensément  hypertrophiés.  Sa  main, 
par  exemple,  était  si  grande  qu'il  pouvait  prendre  une  assiette  ordinaire 
par  sa  surface  plate  dans  sa  main  droite,  ce  qui  suppose  une  envergure 
du  pouce  au  médius  d'au  moins  15  pouces.  C'était  là  une  de  ses 
prouesses.  Les  mains  avaient  en  outre  l'aspect  en  battoir  caractéris- 
tique et  les  doigts  étaient  épais  et  en  forme  de  saucisses.  Quant  aux 
pieds,  ils  étaient  la  cause  principale  de  ses  souffrances,  comme  le  but 
facile  des  plaisanteries  du  voisinage.  L'une  des  plus  admirées  parmi 
celles-ci  fut  la  déclaration  d'un  humoriste  local  cpie  jamais  il  it  avait  de 
souliers  neufs,  chacun  devant  être  apporté  de  Chicago  dans  un  ivagon 
spécial. 

Sa  santé  générale  semblait  bonne,  sauf  qu'il  n'était  pas  capable  d'un 
effort  aussi  soutenu  c[u'un  homme  de  proportions  et  de  développement 
moyens.  Son  état  mental  paraissait  aux  environs  delà  moyenne  et  on  le 


28i  GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 

disait  apte  à  tous  les  devoirs  de  sa  situation.  Toutefois  il  semblait 
mettre  un  peu  d'irritabilité  et  d'enfantillage  dans  son  ressentiment 
contre  la  curiosité  publique. 

Une  autre  tentative  fut  faite  plus  tard  pour  avoir  des  mesures  et  une 
photographie,  mais  fut  encore  repoussée.  Je  garde  cependant  l'espoir 
d'être  plus  heureux  dans  l'avenir,  et,  au  cas  où  son  affaiblissement 
rapide  le  conduirait  à  la  mort,  d'obtenir  des  mesures  et  une  photo- 
graphie après  le  décès. 

L'impression  faite  par  l'aspect  de  M.  K.  H.  fut  si  frappante  que  je 
n'hésite  pas  à  déclarer  que,  pour  moi,  il  pouvait  être  considéré  comme 
un  cas  typique  d'acromégalie,  commençant  de  bonne  heure  et  déter- 
minant rapidement  toutes  les  manifestations  habituelles  de  cet  état 
morbide  que  nous  appelons  le  gigantisme  et  se  caractérisant,  dans  la 
suite,  par  la  forme  universellement  acceptée  aujourd'hui. 


Quand  rafleclion  a  atteint  un  degré  aussi  marqué,  le  géant 
acrouiégaliqiie,  avec  son  crâne  petit,  ses  rebords  orbitaires  saillants, 
sa  face  monstrueuse  et  souvent  grimaçante ,  ses  membres  démesuré- 
ment allongés,  ses  mains  et  ses  pieds  énormes,  son  dos  infléchi  et 
son  thorax  élargi  latéralement,  rappelle  absolument  Vaspect  d'un 
singe  anthropoïde.  Il  semble  que  fétat  morbide  ait  occasionné  un 
retour  vers  Vétat  ancestral. 

Le  tableau  symptomatique  du  gigantisme  acromégalique  ne 
comporte  pas  seulement  les  grosses  déformations,  qui  sont 
l'apanage  de  Is.  Maladie  de  Pierre-Marie;  on  retrouve  encore 
la  plupart  des  signes  subjectifs  de  racromégalie,  tels  que  la 
céphalée,  les  troubles  visuels,  l'inappétence  sexuelle,  l'as- 
thénie, etc. 

On  ne  s'attendrait  guère  à  retrouver  chez  les  géants  l'un  des 
symptômes  subjectifs  habituels  de  l'acromégalie,  Vastliénie. 
«  Les  acromégaliques,  dit  Souza-Leite,  se  plaignent  parfois  de 
faiblesse  générale,  de  lassitude,  d'inaptitude  au  travail,  parfois 
d'une  envie  presque  invincible  de  se  coucher,  même  au  com- 
mencement de  l'affection  (').  »  Comment  concilier  cette  dépres- 
sion physique  avec  les  exploits  attribués  de  tout  temps  aux 
géants"? 

Nous  avons  rapporté  quelques-uns  de  ces  exploits  légen- 
daires et  nous  avons  fait  remarquer  aussi  que,  chez  tous  les 

(^)  Souza-Leite,  De  l'acromégalie  (Maladie  de  1^.  Marie).  Thè^e  de  Paris, 
1890,  p.  G4. 


GIGANTISME  ET  ACROMÉGALIE.  285 

peuples,  on  admeltail  volontiers  que  la  souplesse  intelligente 
d'un  homme  petit  ou  de  taille  moyenne  triomphait  habituelle- 
ment, dans  les  combats  singuliers,  de  la  violence  lourde  et 
brutale  du  géant;  la  victoire  de  David  sur  Goliath  est  vraie 
partout.  Cependant  la  vigueur  paraît  avoir  existé  réellement 
chez  certains  géants  :  il  ne  s'agit  pas  seulement  des  prouesses, 
sans  doute  un  peu  hyperboliques,  de  l'empereur  romain 
Maximin,  arrêtant  un  char  lancé  avec  une  seule  main,  fra- 
cassant d'un  coup  de  poing  la  mâchoire  d'un  cheval,  etc. 
(voir  page  28)  ;  —  ni  du  soldat  géant  de  Gharlemagne,  Aventinus, 
qui  renversait  des  rangs  entiers  de  l'armée  ennemie  comme  une 
faux  ferait  des  tiges  de  blé,  et  perçait  à  la  fois  de  sa  lance  plu- 
sieurs combattants  qu'il  rapportait  ainsi  sur  son  épaule(');  — 
pas  plus  que  du  géant  anglais  Antoine  Payne  portant  sur  son 
dos  un  Ane   avec  sa  charge  de  bois  (voir  page  28). 

Tous  ces  exploits  sont  trop  visiblement  exagérés  pour  qu'il 
en  soit  tenu  un  compte  rigoureux.  Mais,  parmi  les  géants 
modernes  ou  contemporains,  parmi  ceux  mêmes  dont  nous 
avons  rapporté  l'observation,  beaucoup  ont  été  célèbres  par 
leur  vigueur,  certains  même  étaient  de  remarquables  lutteurs, 
tels  Jean-Pierre  Mazas  (obs.  IX,  page  216),  le  géant  portugais 
de  Brissaud  et  Henry  Meige  (obs.  XI,  page  255),  le  géant  égyp- 
tien de  Sirena  (obs.  XLMI,  page  585),  le  malheureux  chef  de 
gare  de  Woods  Hutchinson(obs.  XIX,  page  280),  pour  n'en  citer 
que  quelques-uns (').  Mais  il  suffit  de  se  reporter  à  chacune 
de  leurs  observations  pour  constater  combien  fut  éphémère  la 
gloire  de  ces  géants  lutteurs  :  Abdul-Hool,  qu'observa  Sirena  et 
qui  faisait  de  la  gymnastique  avec  des  poids  de  100  kilos, 
mourut  à  20  ans.  C'est  à  l'asile  des  ouvriers  invalides  que 
Brissaud  et  Meige  virent  Joaquin  Leviz  da  Silva,  lequel  autre- 
fois, aux  courses  de  taureaux,  était  réputé  parmi  les  plus 
robustes  pour  terrasser  l'animal  en  le  prenant  par  les  cornes. 
En  ses  derniers  jours  d'exhibition,  Jean-Pierre  Mazas,  le 
géant  laboureur    de   Montastruc,    qui,  jadis,    au    passant    lui 


(')  Annal.  Bo'ior.  lib.,  4.  Cité  par  Louis  Blaxc,  Les  Anomalies  chez  l'homme 
et  les  Mammifères,  p.  71. 

(-)  Nous-mêmes  avons  ohservé  un  géant  lutteur.  A...,  haut  de  2"", 16,  et  dont 
malheureusement  nous  n'avons  pu  prendre  qu'une  ohservation  très  incom- 
nlètc  (page  568). 


285  GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 

demandant  son  chemin,  l'indiquait  en  étendant  le  bras,  allonge 
de  sa  charrue,  n'était  même  plus  capable,  en  sa  baraque 
foraine,  de  se  tenir  debout.  Enfin,  le  chef  de  gare  de  Woods 
Hutchinson  qui,  avant  la  production  de  sa  cyphose  vertébrale, 
c'est-à-dire  de  son  «  télescopage  »,  s'amusait  à  lutter  contre  un 
attelage  de  chevaux,  à  l'instar  de  l'empereur  romain  Maximin, 
était  dans  un  tel  état,  quand  Hutchinson  l'observa,  qu'il  ne 
songeait  qu'à  se  mettre  à  l'abri  de  la  curiosité  publique. 

C'est  un  fait  d'ailleurs  bien  connu  que,  pour  la  lutte,  le  poids 
a  une  influence  beaucoup  plus  directe  que  la  taille.  C'est  ainsi 
que  les  lutteurs  et  boxeurs  se  classent  en  plusieurs  catégories  : 
poids  lourds,  poids  moyens,  poids  légers,  poids  de  plumes. 
Le  premier  lutteur  de  plume  sera  battu,  par  exemple,  par  un 
lutteur  de  poids  léger  de  troisième  ordre,  quelles  que  soient 
leurs  tailles  respectives. 

Au  contraire,  la  taille  des  lutteurs  ne  paraît  avoir  qu'une 
influence  très  secondaire,  et  en  tant  qu'augmentation  corres- 
pondante du  poids.  Le  lutteur  géant  A...  (obs.  XXXIX, 
page  568)  se  classa  dans  un  rang  assez  médiocre  dans  le 
championnat  auquel  il  prit  part,  bien  que  sa  taille  de  2™, 16 
semblât  devoir  lui  assurer  de  beaucoup  la  suprématie  sur  ses 
concurrents. 

Pour  bien  apprécier  la  vigueur  réelle  d'un  sujet,  en  dehors 
du  rôle  si  prépondérant  de  l'entraînement  et  de  la  bonne  utili- 
sation de  la  force,  il  convient  de  remarquer,  comme  dit  Manou- 
vrier,  que  «  les  biceps  les  plus  énormes  apparliennent  aux  bras  les 
plus  courts  »,  c'est-à-dire  que  le  type  de  V eurijplastie  est  le  plus 
favorable  pour  la  lutte ('). 

(')  Des  deux  célèbres  boxeurs  qui  disputèrent,  en  1897,  le  cbampionnat  du 
monde,  celui  qui  porta  19  coups  battit  celui  qui  pourtant  lui  avait  porté 
48  coups,  ceux  du  ])remier  étant  beaucoup  plus  vigoureux.  <■  Une  grande 
taille  n'est  nullement  Taccompagnetnent  obligé  d'une  force  au-dessus  de  celle 
de  la  moyenne  des  autres  hommes.  »  (Guyot-Daubès.  Les  hommes  phéno- 
mènes.) Les  exemples  de  «  nains  hercules  »  sont  relativement  nombreux. 
Onant  aux  tours  de  force,  ils  ne  réclament  ni  une  taille,  ni  un  poids  supérieurs 
à  la  moyenne  :  les  expériences  et  les  études  de  physiologie  expérimentale 
entreprises  par  Désaouliers,  élève  de  Newton,  au  début  du  xvii"  siècle,  ont 
montré  que,  dans  tous  leurs  exercices,  les  acrobates  et  les  «  hercules  »  em,- 
ployaient  plus  ou  moins  consciemment  des  procédés  qui  transformaient  en 
"  tours  de  force  »  des  exercices  ne  réclamant  en  réalité  qu'une  vigueur  très 
moyenne.  Désaculiers  lui-même  a  pu  exécuter  facilement,  avec  une  taille  et 
une  force  moyennes,  la  plupart  de  ces  exercices  —  Enfin,  dès  1865,  Boudin, 
dans   un    mémoire   intitulé  «  De   V accroissement   de    la    taille  et  des  conditions 


GIGANTISME  ET  AGHOMÉGALIE.  287 

Quant  aux  géants  qui  ne  s'exhibèrent  pas  pour  leur  vigueur, 
nous  avons  bien  des  preuves  de  leur  faiblesse.  Nous  avons 
rapporté  les  lamentables  promenades  nocturnes,  appuyé  sur 
les  épaules  de  deux  compagnons,  du  fameux  géant  Charles 
Byrne  (voir  page  50);  plusieurs  des  géants  exhibés  sont  dans 
le  triste  état  de  la  géante  lady  Aama  (obs.  III,  page  114)  dont  la 
faiblesse  musculaire  était  si  grande  qu'on  était  obligé  de  la 
soutenir,  étant  debout,  avec  des  tiges  fixées  sur  la  scène  où 
elle  se  montrait;  si  notre  géant  Charles  fut  employé  dans  la 
baraque  du  célèbre  Marseille,  ce  n'était  que  pour  la  «  lutte  à 
blanc  »,  c'est-à-dire  simulée  (page  57);  Dana  note  que  la  poi- 
gnée de  main  du  géant  du  Minnesota,  Wilkins,  (obs.  XV, 
page  254)  était  faible. 

Tous  ces  exemples  justifient  pleinement  l'expression  employée 
par  le  chroniqueur  de  «  Tlie  Lancet  »  (24  décembre  1898, 
p.  1747),  qui,  rappelant  la  biographie  du  géant  de  Gunéo  (Pié- 
mont) et  relevant  «  la  lenteur  éléphantine  des  mouvements 
qui  le  rendit  impropre  au  service  militaire  »,  ajoute  qu'  «  il 
11' est  bon  quà  se  montrer  en  public  ». 


En  poursuivant  l'analyse,  il  serait  facile  de  retrouver  chez 
les  géants  tous  les  autres  symptômes  subjectifs  constants  ou 
inconstants  de  l'acromégalie. 

Pour  bien  montrer  la  fragilité  des  limiles,  d'ailleurs  très 
arbitraires,  qu'on  a  voulu  établir  entre  les  deux  groupes  de 
grands  difformes,  les  géants  et  les  acromégaliqucs,  on  peut 
rapprocher  des  faits  que  nous  avons  recueillis  et  réunis  les 
observations  de  quelques  acromégaliqucs  de  grande  taille.  Une 
comparaison,  facile  à  établir,  sera  la  justification  du  groupe- 
ment que  nous  avons  proposé. 

cVaplilude  militaire  en  France  »  (Bull.  Soc.  d'Anlhrop.),  concluait  que  l'aptitude 
mililaire  était  indépendante  de  la  taille,  que  la  fixation  d'un  minimum  de  taille 
pour  l'admission  au  service  était  d'une  utilité  contestable  et  (ju'il  y  aurait 
avantage  à  abandonner  aux  conseils  de  revision  le  droit  de  décider  sur  ce 
point,  lorsque  l'homme  présente  d'ailleurs  toutes  les  autres  conditions  d'apti- 
tude. » 


288  GIGANTISME  ET  AGROMEGALIE. 

Observation    XX.   (Pierre  Marie. )(') 

C...,   acromégaUque   de  haute  taille  ('r\90). 

M.  C...  45  ans.  Sa  mère  a  82  ans,  se  porte  admirablement,  n'a  pas 
encore  perdu  une  dent.  Père  mort  à  58  ans  (ramollissement  cérébral?). 
Tous  ses  oncles  et  tantes  étaient  robustes;  personne  n'a  jamais  pré- 
senté rien  d'analogue  à  l'affection  dont  il  est  atteint.  Les  membres 
de  sa  famille  sont  en  général  de  taille  un  peu  au-dessus  de  la  moyenne, 
mais  sans  être  vraiment  des  gens  d'une  grandeur  extraordinaire. 

N'a  eu  qu'un  frère  mort  en  bas  âge.  Lui-même  a  toujours  été  d'une 
bonne  santé  pendant  son  enfance,  mais  n'a  jamais  eu  un  teint  très 
coloré.  A  l'âge  de  25  ans,  syphilis  nettement  établie,  peu  d'accidents 
ultérieurs,  sauf  du  côté  de  la  gorge.  Jusqu'à  l'âge  de  16  ans,  le  malade 
était  d'une  taille  tout  à  fait  ordinaire,  plutôt  un  peu  petite,  lorsque,  vers 
cette  époque,  tout  d'un  coup,  il  se  mit  à  grandir;  de  17  à  18  ans,  sa  taille 
s'accrut  d'une  façon  considérable  et  depuis  lors,  jusqu'à  près  de  40  ans, 
il  est  convaincu  qu'il  n'a  cessé  de  grandir,  très  peu,  il  est  vrai,  mais 
d'une  façon  sensible  cependant.  A  l'âge  de  19  ou  19  ans  et  demi,  en 
sortant  du  collège,  il  ne  mesurait  pas  moins  de  5  pieds  8  pouces;  de 
17  à  18  ans  il  avait  grandi  de  11  pouces,  de  18  à  19  ans  de  4  à  5  pouces. 

Depuis  l'âge  de  19  ans  et  demi  juscpi'à  l'âge  de  40  ans,  il  a  encore 
gagné  5  pouces  :  depuis  cette  époque,  en  effet,  il  mesure  5  pieds 
11  pouces  (1"',90). 

Le  malade  était  d'une  bonne  santé  et  d'une  force  musculaire  assez 
remarquable;  étant  soldat  il  avait  fait  la  guerre  carliste,  marchant 
beaucoup,  résistant  très  bien  à  la  fatigue. 

C'est  vers  l'âge  de  52  ou  55  ans  qu'il  remarqua  (sans  pouvoir  attrilDuer 
à  cela  aucune  raison)  que  ses  mains,  qu'il  avait  toujours  eu  à  la  vérité 
un  peu  fortes  et  charnues,  augmentaient  très  notablement  de  volume  et 
cela  d'une  façon  progressive. 

Il  semble  que  cet  accroissement  n'est  pas  encore  complètement  ter- 
miné, car  dans  ces  derniers  temps  le  malade  croit  avoir  remarqué  qu'il 
avait  un  peu  plus  de  difficulté  à  mettre  ses  gants. 

L'hypertrophie  des  pieds  se  serait  montrée  à  peu  près  en  même  temps 
que  celle  des  mains. 

Main  droite.  —  Circonférence  au  niveau  de  la  tête  des  métacarpiens, 
255  millimètres. 

Circonférence  maxima  de  la  main  au  niveau  de  l'articulation  méta- 
carpo-phalangienne  du  pouce,  les  doigts  étaient  dans  la  position  de  la 
«.  main  d'accoucheur  »,  275  millimètres. 

Longueur  de  la  main  depuis  l'interligne  articulaire  du  poignet,  jusqu'à 
l'extrémité  du  médius,  22  centimètres. 

(*)  Nouv.  Icon.  de  la  Salpêlrière,  1888. 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE.  289 

Circonférence  de  la  phalangette  du  pouce,  85  millimètres. 

Circonférence  du  médius  au  niveau  de  l'articulation  entre  la  phalange 
et  la  phalangine,  85  millimètres. 

Épaisseur  maxima  de  la  main  au  niveau  de  l'éminencc  thénar  (avec  le 
compas  d'épaisseur),  47  millimètres. 

Longueur  du  médius  prise  à  partir  du  pli  palmaire,  95  millimètres. 

Longueur  de  l'annulaire,  91  millimètres. 

Longueur  de  l'auriculaire,  80  millimètres. 

Longueur  de  l'index,  85  millimètres. 

Longueur  de  la  paume  de  la  main,  depuis  l'interligne  articulaire  du 
poignet  jusqu'au  pli  palmaire  de  la  base  du  médius,  150  millimètres. 

Largeur  de  la  paume  de  la  main  à  la  partie  moyenne,  110  millimètres. 

Le  pouce  peut  être  considérablement  écarté  des  autres  doigts,  la 
ligne  droite  menée  entre  l'extrémité  de  l'auriculaire  et  l'exl rémité  du 
pouce  ainsi  écarté  par  le  malade  est  de  ^O'i  millimètres. 

Circonférence  du  poignet  au-dessous  des  extrémités  osseuses  de 
l'avant-bras,  20  centimètres. 

La  main  gauche  présente  une  hypertrophie  tout  à  fait  analogue,  mais 
ses  dimensions  et  celles  des  doigts  sont  très  légèrement  inférieures  à 
celles  de  la  main  droite,  du  moins  quant  à  la  largeur  et  à  l'épaisseur; 
la  longueur  semble  être  exactement  la  même,  c'est  surtout  l'épaisseur 
qui  est  moindre;  les  masses  thénar  et  hypothénar  sont  moins  déve- 
loppées et  un  peu  plus  flasques  qu'à  la  main  droite. 

La  forme  des  mains  est  en  somme  régulière  bien  qu'étant  élargie. 
Les  parties  molles  ont  subi  une  hypertrophie  considérable  qui  s'observe 
surtout  nettement  à  la  face  palmaire  des  doigts,  notamment  au  niveau 
de  la  dernière  phalange,  et  à  rémine];ice  hypothénar;  on  peut  saisir  en 
cet  endroit  les  parties  molles  (assez  flasques  surtout  à  la  main  gauche), 
les  isoler  du  cinquième  métacarpien  et  juger  ainsi  de  leur  très  réelle 
augmentation  de  volume. 

Sur  le  dos  des  mains  et  la  face  postérieure  des  avant-bras,  plexus 
veineux  assez  riche;  la  largeur  des  veines  à  ce  niveau  semble  certaine- 
ment plus  grande  que  celle  des  veines  d'une  main  saine  (assez  turges- 
cente cependant)  prise  comme  terme  de  comparaison;  il  est  vrai  que 
des  différences  dans  l'épaisseur  des  téguments  à  ce  niveau  peuvent  être 
cause  de  cette  divergence. 

Les  ongles  ne  sont  pas  comparativement  très  larges,  il  est  même  dou- 
teux qu'ils  soient  hypertrophiés,  s'ils  semblent  très  légèrement  plus 
larges  que  ceux  d'une  main  normale,  c'est  phitôt  par  suite  d'un  certain 
degré  d'aplatissement;  à  leur  extrémité  libre  sur  les  côtés,  ils  ont  tous, 
mais  plus  ou  moins,  une  tendance  à  se  recourber  en  dehors  et  en  haut 
et  prennent  ainsi  la  forme  de  certaines  tuiles. 

Leur  largeur  n'étant  pas  augmentée,  on  conçoit  aisément  qu'ils  sont 
débordés  par  les  parties  molles  et  se  trouvent  comme  enchâssés  à 
l'extrémité  du  doigt. 

Ils  présentent  tous  une  striation  longitudinale  très  nette.  Leur  lon- 

LAUNOIS   ET    ROY.  19 


290  GIGANTISME  ET  ACROMÉGAUE. 

gueur  n'est  pas  augmentée  mais  semble  être  restée  tout  à  l'ait  ordinaire, 
aussi,  vu  riiypertrophie  des  parties  voisines,  les  ongles  semblent-ils  un 
peu  courts. 

A  la  paume  de  la  main,  les  bourrelets  situés  au  niveau  de  la  tête  des 
métacarpiens  sont  considérablement  augmentés  de  volume. 
-    L'annulaire  et  l'auriculaire  de  la  main  droite  présentent  très  nette- 
ment le  phénomène  du  «  doigt  à  ressort  »,  ce  que  le  malade  attribue  à 
une  sorte  de  traumatisme  éprouvé  en  soulevant  un  fardeau  trop  lourd. 

A  l'auriculaire  de  la  main  gauche  se  trouve  une  bague  qui  ne  peut  en 
être  que  très  difficilement  retirée  et  ne  peut  entrer  à  l'auriculaire  de  la 
main  droite;  il  y  a  quatre  ou  cinq  ans  cette  bague  était  très  à  l'aise  à 
l'auriculaire  de  la  main  gauche.  Son  diamètre  intérieur  mesure  20  milli- 
mètres. 

Aux  membres  supérieurs  pas  plus  du  reste  qu'aux  membres  inférieurs, 
on  ne  trouve  d"atrophie  musculaire,  mais  les  chairs  sont  en  général 
assez  flasques,  la  force  médiocre,  eu  égard  à  la  stature  du  malade. 

Quant  au  tronc^  ce  qui  frappe  immédiatement  les  regards,  c'est  une 
projection  tout  à  fait  singulière  de  l'extrémité  inférieure  du  thorax  en 
avant.  C'est  en  somme  la  bosse  antérieure  de  polichinelle;  l'analogie 
est  d'autant  plus  frappante  qu'il  existe  en  même  temps  un  certain 
degré  de  gibbosité  postérieure,  si  cette  dernière  était  plus  prononcée, 
la  ressemblance  avec  le  célèbre  pantin  serait  complète. 

La  partie  antérieure  du  thorax  présente  un  plan  obliquement  incliué 
(dans  la  position  debout)  de  haut  en  bas,  d'arrière  en  avant  de  façon  à 
faire  avec  une  verticale  correspondant  au  rachis  un  angle  d'environ 
45°;  il  en  résulte  une  projection  considérable  des  fausses  côtes  en  avant, 
à  la  partie  supérieure;  au-dessous  des  clavicules,  il  existe  plutôt  un 
aplatissement  assez  net;  on  note  aussi  sur  la  région  pectorale  droite, 
un  lipome  siégeant  à  la  hauteur  du  bord  inférieur  et  extérieur  de  l'ais- 
selle ou   un  peu  au-dessus. 

A  partir  de  l'appendice  xiphoïde  projeté  en  avant,  le  profil  du  ventre 
devient  vertical  dans  une  étendue  d'un  travers  de  doigt,  puis  il  se 
recourbe  en  bas  et  en  arrière  pour  arriver  à  l'ombilic;  à  partir  de 
celui-ci,  le  profil  redevient  à  peu  près  normal;  mais,  en  somme,  tout 
le  thorax  dans  sa  partie  inférieure,  se  trouve  comme  porté  en  avant,  ce 
qui  s'exagère  et  devient  tout  à  fait  étrange  quand  on  fait  faire  au 
malade  un  effort  inspiratoire  énergique.  Les  parties  latérales  en  sont 
aplaties,  de  sorte  qu'il  se  termine  comme  en  pointe  au  niveau  de  l'ap- 
pendice xiphoïde. 

Depuis  les  dernières  cervicales  jusqu'au  niveau  de  l'angle  inférieur 
de  l'omoplate,  il  existe  une  gibbosité  très  marquée,  puis  une  ensellure 
correspondant  en  partie  (mais  non  proportionnelle)  à  la  projection  si 
considérable  des  fausses  côtes  en  avant  signalée  plus  haut.  Peut-être 
existe-t-il  une  très  légère  courbure  latérale  du  rachis  à  concavité  vers  la 
droite,  mais  cette  courbure  est  si  peu  marquée  qu'on  ne  saurait  en 
affirmer  catégoriquement  l'existence.  L'épaule  gauche  est  un  peu  plus 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE.  291 

haute  que  la  droite.  A  la  palpation,  les  clavicules  ne  semblent  pas 
présenter  de  dimensions  exagérées  pour  un  homme  de  cette  stature; 
elles  sont  peut-être  un  peu  plus  obliques  que  chez  la  majorité  des 
individus.  La  forme  et  les  dimensions  des  omoplates  sont  trop  difficiles 
à  déterminer  pour  qu'on  puisse  rien  dire  de  précis  à  leur  égard. 

Les  côtes  ont  considérablement  augmenté  de  volume,  elles  sont  notam- 
ment beaucoup  plus  larges  que  normalement. 

U appendice  xiphoïde  est  énorme. 

La  circonférence  du  thorax  suivant  une  ligne  horizontale  passant  par 
l'extrémité  libre  de  l'appendice  xiphoïde  est  de  111  centimètres.  La 
distance  de  la  fourchette  sternale  à  la  pointe  libre  de  l'appendice 
xiphoïde  est  de  25  centimètres. 

Le  type  de  la  respiration  est  surtout  diaphragmaUque  et  cosio-infc- 
rieur.  Le  malade  marche  bien,  chasse  sans  difficulté  des  journées 
entières,  mais  cependant,  s'il  monte  un  escalier,  au  second  étage,  il 
commence  à  être  essoufflé,  et  s'il  avait  à  monter  un  peu  plus  haut,  il 
serait  obligé  de  s'arrêter  et  de  se  reposer. 

Le  bassin  ne  semble  pas  en  lui-même  avoir  des  dimensions  exagé- 
rées, mais  les  crêtes  osseuses  en  sont  certainement  augmentées  de 
volume. 

Les  cuisses,  les  fesses,  ne  présentent  rien  de  particulier;  les  masses 
musculaires  en  sont  un  peu  flasques,  la  peau  en  est  sèche,  rugueuse; 
cjuelques  vergetures  horizontalement  disposées  au  niveau  de  la  cein- 
ture. 

Les  testicules  sont  assez  gros  ;  la  verge,  très  notablement  plus  longue 
et  plus  grosse  que  chez  la  plupart  des  individus.  Les  poils  du  pubis 
sont  abondants.  Le  réflexe  crémastérien  ne  peut  être  provoqué  (n'a  été 
d'ailleurs  cherché  qu'une  fois,  les  testicules  étant  alors  fortement 
rétractés).  Le  malade  accuse  une  certaine  diminution  dans  l'appétit 
génital. 

Aux  membres  inférieurs  : 

Rotule  :  diamètre  vertical,  6  centimètres;  diamètre  transversal 
G  centimètres.  Les  condyles  du  fémur  ne  font  pas  de  saillie  normale. 
Le  plateau  du  tibia  est  cependant  très  développé. 

La  tête  du  péroné  et  les  deux  malléoles  paraissent  élargies. 

La  forme  générale  de  la  cuisse,  de  la  jambe,  du  mollet,  est  parfaite- 
ment normale  (circonférence  du  mollet,  585  millimètres);  le  malade  est 
d'ailleurs  un  grand  marcheur  et  passe,  maintenant  encore,  des  journées 
à  chasser. 

Longueur  du  tibia  en  ligne  droite,  442  millimètres. 

Les  pieds  sont  volumineux;  leur  hypertrophie  présente  les  mêmes 
caractères  généraux  que  celle  des  mains  ;  leur  longueur  maxima  est  de 
50  centimètres. 
Circonférence  au  niveau  du  cou-de-pied,  28  centimètres. 

Circonférence  passant  immédiatement  au-dessous  de  la  pointe  des 
deux  malléoles,  29  centimètres. 


292  GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 

Circonférence  du  gros  orteil,  12  centimètres. 

Circonférence  du  petit  orteil,  75  millimètres. 

Le  second  orteil,  surtout  au  pied  gauche,  est  un  des  plus  hyper- 
trophiés. 

Ici  encore,  on  constate  comme  aux  mains  une  hypertrophie  considé- 
rable des  parties  molles  et,  dans  certains  points  où  elles  se  trouvent 
comprimées,  leur  rebroussement. 

Ongles  striés  en  long  et  en  travers,  n'ayant  pas  augmenté  de  dimen- 
sions, sauf  peut-être  celui  du  gros  orteil  qui  a  des  proportions  assez 
considérables  :  longueur,  25  millimètres;  largeur,  27  millimètres. 

Depuis  quatre  ou  cinq  ans,  il  se  chausse  chez  le  même  bottier,  et 
depuis  cette  époque,  celui-ci  lui  fait  des  souliers  sur  les  mêmes  mesures 
et  avec  les  mêmes  formes.  Or  ces  souliers  lui  vont  toujours  bien  et  ne 
sont  pas  devenus  trop  étroits;  il  semble  donc  cjue  l'hypertrophie  des 
pieds  soit  restée  stationnaire  depuis  ce  laps  de  temps. 

Sur  toute  l'étendue  du  corps,  la  peau  du  malade  a  une  teinte  jaune 
brun  mélangé  d'une  légère  nuance  olivâtre;  cette  coloration  est  encore 
plus  nette  à  la  face.  La  peau  est  d'ailleurs  flasque  et  comme  trop  large 
pour  le  corps,  plutôt  un  peu  épaissie,  présentant  l'aspect  ansérin  dans 
certains  points  (surtout  face  postérieure  des  bras  et  ceinture),  sèche 
et  cependant  un  peu  grasse;  le  crayon  marque  difficilement.  Sur  le 
cou,  les  épaules,  le  dos,  plusieurs  petites  tumeurs  de  molluscum  pen- 
dulum. 

Aux  jambes,  on  trouve  quelques  varices,  mais  leur  développement 
est  bien  loin  d'être  considérable. 

Il  existe  aussi  des  hémorroules  c|ui  se  sont  montrées  vers  l'âge  de 
25  ou  26  ans,  puis  ont  augmenté  ;  assez  souvent  elles  ont  donné  lieu  à 
des  hémorragies  de  quantité  modérée. 

Le  malade  a  toujours  eu  bon  appétit  et  mange  bien,  vm  peu  plus  que 
la  majorité  des  gens,  mais  non  excessivement,  affîrme-t-il,  si  on  a 
égard  à  sa  taille.  Ses  digestions  sont  toujours  bonnes,  sauf  c{uand  il  se 
couche  trop  tôt.  Jamais  de  fringales  en  dehors  des  repas.  II  boit  une 
assez  grande  quantité  de  liquide  (eau)  aux  repas,  mais  jamais  dans 
l'intervalle  de  ceux-ci,  à  moins  cju'il  n'aille  à  lâchasse  et  sue  beaucoup. 
Il  évalue  la  quantité  bue  en  vingt-quatre  heures  à  2  litres  1/2  environ. 
Il  pisse  5  à  6  fois  par  jour  assez  abondamment  (environ  400  grammes 
chaque  fois;  cela  n'a  pu  être  contrôlé).  L\irine  est  claire,  de  couleur 
ordinaire,  ne  contient  ni  sucre  ni  albumine. 

Face.  —  Dans  son  enfance  et  jusqu'à  l'âge  de  22  à  24  ans,  le  malade 
avait  la  face  ronde  et  assez  joufflue,  le  nez  petit;  à  ce  moment,  elle 
commença  à  se  modifier,  mais  ce  n'est  que  depuis  l'âge  de  50  ans  cju'elle 
a  été  vraiment  déformée,  et  depuis,  cette  déformation  n'a  fait  et  ne  fait 
qu'augmenter. 

La  forme  générale  de  la  face  est  très  allongée  ;  longueur  (au  compas 
d'épaisseur)  de  la  racine  des  cheveux  sur  le  front  au  bas  du  menton, 
22  centimètres;  de  la  racine  des  cheveux  à  la  partie  supérieure  des  os 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE.  293 

propres  du  nez,  Gfi  millimètres;  des  os  propres  du  nez  au  bout  du  nez, 
76  millimètres;  de  la  base  de  la  cloison  du  nez  à  la  partie  inférieure  de 
la  symphyse  du  menton,  90  millimètres. 

Distance  entre  la  face  externe  des  deux  pommettes,  145  milli- 
mètres. 

Le  front  est  oblique,  les  arcades  sourcilières  font  une  saillie  considé- 
rable en  avant,  tandis  qu'en  arrière  d'elles,  latéralement,  existe  une 
dépression  qui  fait  un  peu  ressembler  la  région  frontale  de  ce  malade 
à  celle  d'une  vache.  Les  sourcils  sont  bien  fournis.  Les  paupières,  d'une 
pigmentation  plus  brune  que  le  reste  du  corps,  ne  sont  pas  épaissies; 
leur  longueur,  à  compter  de  la  partie  inférieure  de  l'arcade  sourcilière, 
est  de  25  millimètres. 

Les  yeux  sont  légèrement  saillants,  de  volume  normal,  la  conjonctive 
un  peu  vascularisée,  la  pupille  petite  (il  existe  réellement  un  certain 
degré  de  myosis);  cils  d'aspect  ordinaire. 

Le  nez  est  très  allongé,  sa  largeur  maxima  est  de  4  centimètres 
(distance  entre  la  face  externe  des  deux  ailes  du  nezj. 

La  cloison  est  un  peu  déjetée  à  droite.  La  forme  du  nez  est  régulière, 
son  extrémité  plutôt  pointue  que  camarde. 

Les  pommettes  font  une  assez  forte  saillie. 

La  bouche  n'a  pas  des  dimensions  exagérées,  mais  la  lèvre  inférieure 
est  très  saillante  et  forme  un  gros  bourrelet,  dont  la  hauteur  est  de 
17  millimètres. 

Les  dents  sont  bonnes,  leurs  dimensions  tout  à  fait  normales,  plutôt 
petites  que  grandes;  les  dents  de  la  mâchoire  inférieure,  qui  autrefois 
étaient  en  arrière  de  celles  de  la  mâchoire  supérieure,  sont  maintenant 
en  avant  de  celle-ci,  d'au  moins  2  millimètres. 

Il  y  a  douze  ou  quatorze  ans  que  le  malade  a  remarqué  un  change- 
ment dans  la  position  de  ses  dents,  et  voici  comment  :  étant  très 
amateur  de  pêche,  il  a  l'habitude  de  confectionner  lui-même  ses  lignes; 
il  coupait,  étant  plus  jeune,  avec  ses  dents,  le  crin  dont  celles-ci  se 
composent,  mais  depuis  douze  ou  quatorze  ans,  il  s'est  aperçu  que  la 
position  de  ses  dents  était  telle  qu'il  ne  pouvait  plus  couper  le  crin 
avec  elles. 

La  langue  est  très  augmentée  de  volume;  largeur  maxima,  65  milli- 
mètres. La  longueur  est  aussi  notablement  augmentée  ;  sa  face  supé- 
rieure présente  un  assez  grand  nombre  de  sillons,  mais  c'est  là  tout  au 
plus  l'exagération  de  l'état  normal. 

Le  maxillaire  supérieur  ne  présente  rien  de  bien  net;  il  est  probable- 
ment un  peu  plus  développé  que  normalement  ;  mais  cette  différence, 
si  elle  existe,  est  difficile  à  constater. 

Le  maxillaire  inférieur  est  plus  grand,  plus  large  et  plus  haut  que 
normalement;  son  angle  est  certainement  beaucoup  plus  ouvert. 

Sa  hauteur,  du  bord  libre  des  gencives  à  la  partie  inférieure  de  la 
symphyse  du  menton,  est  de  5  centimètres;  l'angle  gauche  du  maxil- 
laire fait  une  plus  forte  saillie  que  le  droit.  Distance  (au  compas  d'épais- 


294  GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 

seur)  de  l'articulation  temporo-maxillaire  à  la  partie  inférieure  de  la 
symphyse  du  menton,  142  millimètres. 

Les  oreilles  sont  un  peu  grandes  (75  millimètres),  assez  saillantes, 
mais  sans  présenter  un  aspect  réellement  anormal. 

Le  crâne  ne  présente  (à  part  la  région  frontale)  aucune  déformation 
marquée  ;  cependant  les  sutures  sont  très  faciles  à  suivre  avec  le  doigt, 
la  protubérance  occipitale  externe  et  les  lignes  qui  en  partent  font  une 
saillie  considérable,  ainsi  que  la  région  mastoïdienne. 

Les  cheveux  sont  abondants,  un  peu  grisonnants,  leur  grosseur 
semble  normale. 

Au  cou,  le  larynx  fait  une  saillie  assez  notable,  mais  non  excessive 
eu  égard  à  la  stature  ;  ses  dimensions  dans  le  sens  antéro-postérieur 
semblent  cependant  augmentées. 

L'os  hyoïde  paraît  être  aussi  d'un  volume  supérieur  à  la  normale. 

Le  corps  thyroïde  ne  peut  être  qu'à  peine  senti  par  la  palpation  et 
semble  diminué  de  volume  (on  sait  que  cette  recherche  n'est  pas  aisée, 
même  chez  l'homme  sain)  ;  ce  que  l'on  peut  affirmer,  c'est  que  cet 
organe  est  ici  non  pas  plus  gros,  mais  vraisemblablement  plus  petit  que 
normalement. 

La  recherche  du  thymus  ou  d'une  zone  de  matité  au  niveau  du  ster- 
num, suivant  les  indications  de  M.  le  professeur  Erb,  n'a  donné  aucun 
résultat. 

La  voix  du  malade,  qui,  dans  l'enfance,  était  assez  aiguë  et  pouvait 
monter  à  des  notes  élevées  et  qui  d'ailleurs,  au  moment  de  la  "puberté, 
était  devenue  plus  grave,  est  actuellement  forte,  très  grave  et  parfois 
un  peu  voilée.  Il  fume  beaucoup,  surtout  la  cigarette.  En  faisant  solfier 
le  malade  devant  un  piano  on  constate  que  les  seules  notes  qu'il  puisse 
émettre  sont  comprises  entre  mi  et  ut,  il  ne  peut  donner  de  notes  plus 
élevées. 

Au  point  de  vue  des  organes  des  sens,  voici  ce  que  l'on  peut  noter  : 

La  vue,  dit  le  malade,  est  à  peu  près  intacte  et  notamment  quand  il 
est  à  la  chasse,  il  n'a  pas  à  s'en  plaindre.  En  effet,  l'examen  pratiqué 
par  M.  Parinaud  montre  que  l'acuité  visuelle  est  très  peu  réduite  : 
V  =5/10  pour  les  deux  yeux;  pas  de  troubles  pour  l'appareil  musculaire 
et  les  pupilles. 

Mais,  à  l'ophtalmoscope,  on  constate  une  névrite  double  caractérisée 
[)ar  une  coloration  rouge  sombre  de  la  papille  avec  infiltration  de  ses 
contours  et  des  parties  voisines  de  la  rétine.  Les  veines  sont  dilatées 
et  sinueuses,  accusant  un  état  d'étranglement  assez  accentué. 

L'ouïe  d'après  le  malade,  serait  un  peu  faible,  mais  cependant  il 
entend  bien  quand  on  lui  parle,  même  à  voix  basse. 

Odorat  médiocre,  la  respiration  nasale  est  d'ailleurs  assez  pénible. 

Goût  bon. 


(IIGANTISME  ET  ACROMEG  VLIC 


Observation  XXI.  (Taruffi.jC) 

Squelette  cVun  acromégaiique 
de  haute  taille. 


L.  Marchetti,  tonnelier  de  son 
métier,  est  mort  à  Tâge  de  Al  ans, 
en  1808,  après  avoir  présenté  des 
symptômes  indiscutables  de  l'a- 
cromégalie.  En  1879,  C.  Taruffi, 
professeur  d'anatomie  patholo- 
gique à  Bologne,  décrivit,  d'une 
façon  très  détaillée,  le  squelette 
de  Marchetti,  conservé  à  peu  près 
intact  dans  un  musée  pathologi- 
que de  cette  ville;  seulement,  Ta- 
ruffi fut  d'opinion  que  le  sque- 
lette dont  il  s'agit  avait  appartenu 
à  un  géant.  Or,  cette  théorie  a  été 
démontrée  fausse  par  P.  Marie 
qui,  ayant  soumis  à  une  analyse 
critique  le  long  travail  du  pro- 
fesseur de  Bologne,  a  fait  voir, 
à  n'en  plus  douter,  que  Marchetti, 
loin  d'avoir  été  un  géant,  n'était 
autre  chose  qu'un  acromégaiique. 
Le  buste  en  plâtre  de  ce  dernier 
existe  soit  à  Bologne,  soit  à  Mi- 
lan. 


(*)  Taruffi,  SchcleLro  bolognepe 
con  prospectoria  e  Iredici  vertebra 
dorsah.  Mémo.  deW  Accademia  délie 
scienzc  de  Bologna,  1879,  X,  63;  —  eL 
obs.  I.  Délia  macrosoinia,  Annnli 
universali  di  medicina,  1879,  vol.  247, 
1).  559.  —  Nous  reproduisons  le  ré- 
sumé de  cette  observation,  tel  que 
le  donne  Souza-Leite,  Z)e  VAcroméga- 
/ie.  Thèse  de  Paris,  1890. 

(-)  C(!  squelette  d'acromégalique 
est  celui  de  l'acteur  italien  Ghiplen- 
zoNi,  dont  l'observation,  publiée  par 
Brigidi,  a  été  reproduite  par  Pierre 
Marie  {Nouv.  ieon.  de  la  Salpêlrière, 
1888-1889)  et  son  élève  Souza-Leite 
(Thèse  de  Paris,  1890).  Les  déforma- 
tions de  ce  squelette  sont  tout  à  fait 
caractéristiques. 


FiG. 


Squelette  d'un  acromégaiique 
(Brigidi)  (-J. 


296 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 


II  fut  renommé  comme  un  grand  mangeur,  sa  stature  était  de  I",80.  II 
avait  la  face  très  allongée  dans  le  sens  vertical,  modification  dans 
laquelle,  dit  Taruffi,  la  hauteur  du  crâne  n'entrait  qu'à  un  très  faible 
degré.  Son  maxillaire  inférieur  était  agrandi,  notamment  d'arrière  en 
avant;  ses  angles  n'existaient  plus  et  étaient  remplacés  par  deux  lignes 
courbes;  en  un  mot,  prognathisme  du  maxillaire. 

Les  extrémités  (mains  et  pieds)  de  Marche tti  étaient  celles  d'un 
acromégalique  (voir  l'analyse  de  P.  Marie). 

En  l'absence  de  renseignements  sur  l'état  de  la  face  intérieure  du 


FiG.  75.  —  Crâne  d'un  acromégalique  de  haule  taille  (profil).  (Taruffi.) 


crâne  dans  la  description  de  Taruffi,  dit  P.  Marie,  je  m'adressai  à  mon 
distingué  confrère  et  ami  le  docteur  G.  Melotti  (de  Bologne),  et  lui 
demandai  s'il  ne  pourrait  combler  cette  lacune  en  examinant  lui-même 
cette  partie  du  squelette. 

Voici  les  résultats  de  son  examen,  tels  qu'il  a  bien  voulu  me  les  faire 
connaître  en  juillet  1889  :  «  La  selle  turcique  est  considérablement 
agrandie  en  longueur,  largeur  et  profondeur  ;  et  cela  aux  dépens  du 
sinus  sphénoïdal  qui  a  presque  entièrement  disparu,  ainsi  que  la  gout- 
tière qui  reçoit  l'entre-croisement  des  nerfs  optiques. 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 


297 


Les    mesures   suivantes   donnent   l'idée  de    celte   augmentation  des 
dimensions  de  la  selle  turcique. 

Distance  entre  le?  deux  apophyses  clinoïdes 58  millimètres. 

—  —  trous  optiques 16         — 

Longueur  de  l'apophyse  clinoïde  antérieure  droite  ...  t6         — 

—  —  —  —  gauche.   .   .  tô         — 

La  distance  entre  les  deux  apophyses  clinoïdes  antérieures  est  presque 


ï     %|^"    -     ;c   's   :    ^^'  ^■■'  -S    f 
FiG.  76.  —  Crâne  d'un  acromégalique  de  haute  taille  (face).  (Taruffi.) 

le  tiers  de  la  largeur  totale  du  crâne;  tandis  que  normalement  elle  n'en 
est  c|ue  le  cinquième. 

Distance  entre  les  deux  apophyses  clinoïdes  postérieures.  29  millimètres. 
Distance  entre  l'apophyse  clinoïde  antérieure   droite  et 

l'apoiîhyse  clinoïde  postérieure  droite 20  — 

Distance  entre  les  mêmes  apophyses  à  gauche 17  — 

/à  l'union  du  1/5  antérieur  avec 

Diamètre   transversal  dei     les  2/5  postérieurs 51  — 

la  selle  turcique.  .    .    .lau  niveau  du  1/5  moyen  ...  52 

(au  niveau  des  2/5  postérieurs.  50         — 


298  GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 

Diamètre  antéro-postcrienr 30  millimètres. 

Profondeur 48         — 

Il  est  donc  bien  évident  que  les  dimensions  de  la  selle  turcique  sont 
pour  ce  crâne  considérablement  augmentées. 


Observation  XXII.  (Lombroso.)  (') 
Acromégalique  de  haute  faille. 

Homme  de  57  ans,  avait  joui  d'une  bonne  santé  jusqu'à  l'âge  de  24  ans; 
il  eut  alors  une  bronchite  ou  mieux  une  bronchorragie.  Lorsqu'il  fut 
guéri,  il  vit  son  corps  augmenter  tout  d'un  coup;  de  sorte  c[u'en  quatre 
mois,  il  dut  changer  trois  fois  ses  vêtements. 

Il  eut  à  ce  moment  quelques  petites  fièvres  intermittentes  et  fut  pris 
d'une  voracité  extraordinaire  et  de  quelques  douleurs  dans  les  os,  les 
articulations  et  l'estomac.  Les  forces  baissèrent,  il  survint  de  la  dyspnée 
et  de  la  cardialgie. 

Lombroso  vit  cet  homme  pour  la  première  fois  seize  ans  après  le 
début  de  l'affection;  il  pesait  120  kilog.  400,  sa  taille  était  de  1  m.  80;  la 
peau  d'un  jaune  foncé,  la  barbe  un  peu  rare,  les  cheveux,  assez  abon- 
dants, étaient  châtains  et  rudes.  Les  dimensions  de  la  tête  sont  à  peu 
près  normales,  les  oreilles  normales  de  volume  et  d'implantation. 
Mais  la  face  se  montre  disproportionnée,  surtout  en  largeur,  et  rappelle 
dans  sa  monstruosité  celle  du  gorille  et  du  lion;  grande  est  la  distance 
entre  les  deux  pommettes,  mais  plus  encore  la  longueur  et  la  largeur 
de  la  mâchoire  inférieure  qui,  malgré  son  énorme  développement,  vient 
presque  au  niveau  de  la  mâchoire  supérieure.  Les  parties  molles  de  la 
face  ne  suivent  pas  dans  une  égale  proportion  le  développement  des 
os,  les  yeux  ne  sont  guère  plus  gros  que  normalement,  le  nez  est  assez 
peu  épaissi,  les  lèvres  au  contraire  sont  très  volumineuses,  un  peu 
plus  l'inférieure  que  la  supérieure;  la  langue  n'est  pas  beaucoup  plus 
grosse  que  normalement  (plus  grand  diamètre  transverse  65  millimètres); 
les  dents  manquent  presque  toutes,  celles  qui  restent  sont  d'un  aspect 
normal.  Le  cou  est  énorme,  le  double  de  la  dimension  ordinaire 
(470  millimètres  de  circonférence);  énorme  aussi  le  développement  des 
épaules,  de  l'omoplate,  de  la  clavicule,  de  toute  la  circonférence  du 
thorax  qui  d'un  mamelon  à  l'autre  mesure  1550  millimètres.  —  Le  bras 
et  la  cuisse  ne  présentent  aucune  hypertrophie,  mais  à  partir  du  milieu 
de  la  jambe  et  du  milieu  de  l'avant-bras,  vers  en  bas  le  membre  devient 
extraordinairement  hypertrophique,  plus  encore  pour  les  membres 
supérieurs  que  pour  les  inférieurs. 

Circonférence  du  corps 500  millimètres. 

Diamètre  bi-temporal 152         — 

(*)  Lombroso,  Caso  singulare  di  macrosomia.  Annali  univcrsali  di  Meclicina, 
.  CCXXVII,  p.  505,  1872. 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 


299 


Bi-zygomalique 150  millimètres. 

Pronto-mentonnier 260  — 

Occipito-mentonnier 50"2  — 

Longueur  des  oreilles '. 65  — 

—         du  nez 65  — 

Circonférence  maxima  de  la  poitrine 1550  — 

—  du  cou 470  — 

—  de  la  partie  moyenne  du  bras.    .    .    .  550  — 

—  de  l'avant-bras 570  — 

Longueur  de  l'acromion  à  l'extrémité  du  médius.  .  840         — 

Circonférence  maxima  de  la  main 550         — 

—  .         du  pouce 120         — 

—  de  la  partie  moyenne  de  la  jambe  460         — 

—  du  cou-de-pied 550  — 

Longueur  maxima  du  pied. 500         — 

Largeur ....  148         — 

En  somme,  les  os  malaires,  les  vertèbres,  les  côtes,  le  sternum,  les  os 
de  l'avant-bras,  du  pied  et  de  la  main  ont  augmenté  de  volume,  tandis 


FiG.  77.  —  Radiographie  du  crâne  du  grand  (]harles,  montrant  l'inégale  épaisseur  des 
parois  du  crâne,  la  dilatation  des  sinus  frontaux,  le  ressaut  post-lambdoïdien  et  l'agran- 
dissemeiit  de  la  selle  turcique.  ' 


que  le  fémur,  l'humérus,  tous  les  os  de  la  voûte  crânienne  et  en  partie 
ceux  du  bassin  sont  restés  normaux. 

La  peau  est  épaissie  dans  les  régions  hypertrophiées  de  l'avant-bras, 


300 


GIGANTISME  ET  AGROMEGALIE. 


du  pied  et  de  la  face.  Les  chairs  des  membres  hypertrophiés  paraissent 
à  la  palpation  d'une  consistance  plus  grande  que  celle  d'un  muscle 
normal,  lardacée  ou  cartilagineuse. 

L'intelligence  était  très  lucide,  le  malade  manifestait  môme  une 
certaine  finesse  de  sentiments. 

Bien  qu'encore  jeune  et  d'un  tempérament  très  amoureux  dans  les 
premières  années  de  son  adolescence,  ce  malade  a  perdu  toute  tendance 
aux  plaisirs  vénériens  et  n'a  plus  de  pollutions. 


Parmi  les  lésions  propres  au  gigantisme  acromégalique,  iL 
en  est  une  dont  la  grande  fréquence,  sinon  la  constance  abso- 


FiG.  7S.  —  Schéma  du  crâne  dans  le  gigantisme  acromégalique,  construit  d'après  les  don- 
nées radiographiques  de  Béclère,  et  montrant  l'inégale  épaisseur  des  os  du  crâne, 
l'élargissement  des  sinus  frontaux,  le  ressaut  post-lanibdoïdien,  l'agrandissement  de  la 
selle  turcique. 


lue,  mérite  une  mention  tout  à  fait  particulière  :  c'est  V exis- 
tence cVune  hypertrophie  de  Vhypophyse. 

Presque  pathognomonique  dans  le  gigantisme  acromégalique, 
elle  est  facile  à  constater /jos^  mortem,  au  moment  de  l'autopsie. 
Mais,  de  même  que  les  Rayons  de  Rœntgen  nous  ont  permis  de 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE.  301 

constater,  pendant  la  vie,  la  persistance  des  cartilages  de  con- 
jugaison chez  nos  géants  infantiles,  de  même  nous  avons  pu, 
soit  à  l'aide  de  l'écran,  soit  sur  des  épreuves  radiographiques, 
retrouver,  chez  l'homme  vivant,  l'hypertrophie  de  l'hypophyse. 
L'élargissement  de  la  selle  turcique,  en  relation  constante  avec 
l'augmentation  de  volume  de  l'organe  glandulaire  qu'elle  con- 
tient, est  rendu,  de  la  sorte,  des  plus  évidents. 

En  résumant  les  épreuves  qu'il  a  pu  recueillir  dans  ces  der- 
niers temps,  en  se  basant,  en  particulier,  sur  celles  que  lui  ont 
fournies  nos  géants,  Béclère  (')  a  pu  mettre  en  valeur  les  diffé- 
rentes et  caractéristiques  modifications  que  présente  le  crâne 
acromégalique.  Nous  avons  utilisé  les  données  qu'il  nous  a  gra- 
cieusement communiquées  pour  construire  le  schéma  ci-contre 
du  crâne  des  géants  acromégaliques,  dans  lequel  on  peut 
retrouver  : 

a.  L'épaississement  inégal  des  parois  osseuses  du  crâne  ; 

b.  L'augmentation  d'étendue  des  sinus  frontaux; 

c.  L'exagération  notable  du  ressaut  post-lambdoïdien  ; 

d.  L'élargissement  plus  ou  moins  accentué  de  la  selle  turcique. 

Parmi  les  observations  d'acromégaliques  de  grande  taille 
que  nous  avons  pu  recueillir,  il  n'en  est  pas  de  plus  intéres- 
sante que  celle  que  nous  rapportons  ci-dessous  et  qui  con- 
cerne une  femme  que  plusieurs  de  nos  collègues  (')  ont  été 
amenés  à  soigner  et  qui,  au  cours  de  ses  pérégrinations  noso- 
comiales,  est  venue  faire  un  séjour  assez  prolongé  dans  notre 
service  de  l'hôpital  Tenon. 

OiîSERVATioN    XXIII  (5).    (P,-E.  Launois.) 

Une  femme  acromégalique  typique. 

Dans  les  premiers  jours  du  mois  de  juin  1905,  se  présente,  dans 
notre  service  de  l'hôpital  Tenon,  une  malade,  T.  Ch...,  âgée  de  54  ans 
et    exerçant    la    profession   de   cuisinière;  elle   se  plaint  de  vertiges, 

(')  BÉCLÈRE,  La  radioginphic  du  crâne  et  le  diagnostic  de  l'acroniégalie.  Soc. 
med.  des  Hop.,  5  déc.  1902  et  Presse  Médicale,  décembre  1905. 

(-)  En  particulier,  Pierre  Marie,  qui  l'a  soignée  et  l'a  présentée  à  son  cours 
pendant  l'hiver  1902-1905. 

("■)  Rédigée  d'après  les  notes  recueillies  par  II.  Malban,  interne  des  hôpitaux. 


302  GIGANTISME  El   ACROMEGALIE. 

d'éblouissements,  anciens  déjà,  et  d'une  lassitude  toute  particulière 
qui  remonte  à  quelques  semaines  seulement.  Mais,  avant  qu'elle  ait 
détaillé  ses  antécédents  pathologiques,  l'attention  a  été  attirée  sur 
son  faciès,  dans   lequel  le  nez  jet  le';  menton   proéminent  d'une  façon 


FiG.  79.  —  Une  femme  acromcgalique  typique  (profil). 
(Dans  le  coin  de  droite,  la  même  à  20  ans,  avant  le  début  de  l'afTection.) 

remarquable  et  par    ses    mains   de  dimensions  volumineuses.  Le  dia- 
gnostic d'acromégalie  s'impose  dès  la  première  inspection. 

Son  père  qui  était  petit,  mais  dont  les  mains  et  le  nez  étaient  très 
développés,  serait  mort  à  56  ans,  à  la  suite  d'une  assez  longue  maladie, 
sur  laquelle  on  ne  peut  avoir  de  renseignements  bien  précis. 


GIGANTISME  ET  ACHOMEGALIE.  303 

Sa  mère,  a  succombé  à  l'âge  de  42  ans,  après  avoir  présenté  des  phé- 
nomènes cérébraux. 

Elle  a  un  frère  un  peu  moins  âgé  qu'elle,  dont  la  santé  ne  laisse  rien 
à  désirer. 


FiG.  80.  —  Une  femme  acromcgalique  typique  (face). 

Quant  à  ses  antécédents  personnels,  ils  sont  relativement  assez 
chargés. 

Elle  a  toujours  été  maigre,  grande,  et  assez  mal  portante  jusqu'à  la 
vingtième  année.  Réglée  pour  la  première  fois  à  17  ans,  elle  l'a  été 
assez  irrégulièrement.  A  l'âge  de  24  ans,  survint  une  irrégularilé  plus 


304  GIGANTISME  ET  AGROMÉGALIE. 

grande  dans  la  menstruation ^  et  celle-ci  se  supprima  complètement  et  défi- 
nitivement à  25  ans. 

C'est  à  partir  de  cette  époque  que  ses  mains,  ses  pieds  et  sa  figure 
commencèrent  à  se  modifier.  Alors  que  primitivement  elle  chaussait 
du  n°  57  et  portait  des  gants  de  femme  de  taille  moyenne,  elle  fut 
obligée,  à  25  ans,  d'augmenter  progressivement  la  pointure  de  ses 
chaussures  et  de  se  procurer  des  gants  d'homme. 

Elle  ne  tarda  pas  à  présenter  des  troubles  oculaires  et  perdit  pjrogres- 
sivement  et  assez  rapidement  la  vision  de  Vœil  droit;  les  fonctions  de 
l'œil  gauche  ne  tardèrent  pas,  elles  aussi,  à  être  compromises.  Un 
traitement  prolongé  pendant  un  an  et  basé  sur  l'usage  de  l'iodure  de 
potassium,  des  applications  de  pointes  de  feu  le  long  du  rachis,  fut 
suivi  d'une  amélioration  notable,  à  ce  point  que  la  malade  put  à 
nouveau,  en  1889,  lire,  écrire,  et  même  enfiler  des  aiguilles. 

L'amélioration  persista  pendant  près  de  deux  années,  mais  à  ce 
moment  réapparurent  des  vertiges,  des  douleurs  intra-céphaliques  que 
Pierre  Marie,  qui  la  vit  pour  la  première  fois  à  cette  époque,  chercha 
à  combattre  par  l'absorption  de  corps  pituitaire,  de  glycéro-phosphate 
de  chaux  et  par  l'hydrothérapie. 

En  1900,  elle  se  trouve  assez  valide  pour  reprendre  ses  occupations  : 
elle  n'était  plus  sujette  qu'à  des  éJjlouissements  passagers. 

Les  douleurs  intra-céphaliques  devinrent  bientôt  telles  qu'elle  se 
rendit  à  la  Salpètrière,  puis  à  Tenon,  pour  y  chercher  un  soulage- 
ment. 

Ces  phénomènes  nerveux  surviennent  à  n'importe  quel  moment  de  la 
journée,  mais  sont  principalement  fréquents  le  matin,  quand  la  malade 
quitte  son  lit,  et  dans  la  journée  quand,  après  être  restée  assise  pen- 
dant un  certain  temps,  elle  veut  se  relever  et  marcher.  A  ce  moment, 
la  vue  se  trouble,  les  objets  semblent  danser,  tourner  devant  elle,  puis 
disparaître.  L'étourdissement  n'est  que  de  courte  durée  et  ne  s'accom- 
pagne pas  de  chute.  Au  cours  de  la  jouf-née,  la  malade  se  plaint  d'une 
grande  lassitude;  il  lui  semble  qu'elle  n'a  jamais  assez  dormi,  bien  que 
les  nuits  soient  satisfaisantes.  Et  cependant  elle  est  incapable  de  rester 
immobile,  car,  dès  qu'elle  se  repose,  elle  est  immédiatement  prise  de 
somnolence,  de  vertiges  et  de  malaises. 

Si  on  l'examine,  ce  sont  tout  d'abord  les  mains  et  la  face  qui  attirent 
et  retiennent  l'attention. 

Les  mains,  surtout  la  droite,  sont  comparables  à  de  véritables  battoirs. 
Les  doigts  figuraient  de  vrais  boudins,  et  il  semble  qu'il  y  ait  hypertro- 
phie de  tous  les  tissus  durs  ou  mous.  Les  parties  molles  se  plissent 
pour  former  des  bourrelets  sur  la  région  dorsale,  à  laquelle  ils  donnent 
un  aspect  tout  particulier.  Les  plis  de  la  paume  sont,  eux  aussi,  forte- 
ment exagérés.  Les  ongles  sont  petits,  mais  très  larges,  et  striés  dans 
le  sens  de  la  longueur. 

Les  dimensions  de  la  main  sont  telles  qu'elle  emplit  un  gant  d'une 
pointure  9.  Les  quelques  mensurations  suivantes  donneront  une  idée 


G[(iAXT]SME  ET  ACROMEGALIE. 


305 


exacte  des  modifications  survenues  dans  chacune  des   parties  consti- 
tuantes de  la  main  : 

Main  droite,  lariieui' l'i  1/2  centimètres. 


—  longueur 

Circonférence  de  l'index  gauche.   .    .    . 

—  du  médius  gauche  .    .    . 

—  de  l'annulaire  gauche.    . 

—  de  l'auriculaire  gauclic  . 

—  des  poignets 

Dimensions  des  ongles  de  l'index  droit 
Largeur 18 

Dimensions  des  ongles  du  pouce  droit  : 
Largeur 22 


20  — 

7  1/2    droit    8  1/2  centimètre^ 

8  —  9  — 
7  5/4  —  9  — 
61/4        —      7  1/4            — 

19  centimètres. 

longueur        9  millimètres. 
—  14  — 


Les  dimensions  du  pied  ne  le  cèdent  en  rien  à  celles  de  la  main  : 
l'hypertrophie  porte  en  particulier  sur  le  gros  orteil  qui  est  remar- 
quable par  les  proportions  C{u'il  a  acquises.  La  voiàte  plantaire  est 
L''gèrement  affaissée. 

En  comparant  entre  elles  la  photographie  actuelle  de  la  malade  et  celle 


Pio.  81.  _  Les  mains  d'une  femme  acromégalique  typique. 


qui  a  été  faite  à  l'âge  de  20  ans  (fig.  79),  on  pourra  aisément  se  rendre 
compte  des  modifications  qu'a  subies  le  visage.  La  face  s'est  accrue 
surtout  dans  le  sens  vertical;  elle  présente  un  ovale  allongé  de  haut  en 
bas;  le  Iront  paraît  petit  et  bas  par  rapport  aux  saillies  orbitaires  qui 
sont  très  accentuées.  Les  os  malaires  sont  eux  aussi  proéminents.  Les 
yeux  sont  volumineux;  il  existe  même  un  léger  degré  d'exophtalmie,  et 

20 


LAUNOIS    ET    ROY. 


306  GIGANTISME  ET  AGHOMEGALIE 

le  regard,  pour  cette  raison,  présente  quelque  chose  de  dur,  presque 
de  méchant.  En  raison  des  troubles  oculaires,  que  nous  analyserons 
plus  loin,  la  malade  déplace  d'une  façon  continue  la  tète  à  droite  ou  à 
gauche,  pour  regarder  son  interlocuteur,  et  ces  mouvements  contrastent 
avec  ceux  des  yeux  qui  semblent  figés  dans  l'orbite. 

Le  nez  est  non  seulement  très  gros,  mais  encore  très  long;  il  s'est 
incurvé  à  la  façon  de  celui  de  Polichinelle. 

Les  lèvres  sont  lippues  et  légèrement  saillantes. 

Quant  au  menton,  il  est  massif  et  carré  :  il  dépasse  notablement  le 
plan  vertical  de  la  lèvre  supérieure,  mais  le  prognathisme  n'est  cepen- 
dant pas  assez  marqué  pour  déterminer  le  chevauchement  des  incisives 
inférieures. 

Les  pavillons  des  oreilles  sont  augmentés  de  volume. 

Quant  à  la  protubérance  occipitale  externe,  elle  fait,  au-dessous  des 
cheveux,  une  saillie  que  le  palper  peut  nettement  apprécier. 

Les  quelques  dimensions  suivantes  donneront  une  idée  des  modifica- 
tions observées  du  côté  de  la  face  : 

Circonféicnce  du  visage  passant  par  le  menton  .    .  67      centimètres. 

—  fronto-occipitale 06  — 

Longueur  du  nez 5  1/2  — 

—  des  oreilles 6  — 

La  langue  est  énorme,  son  hypertrophie  porte  surtout  sur  ses  deux 
tiers  postérieurs.  Elle  ne  trouble  en  rien  les  fonctions  (mastication, 
phonation)  et  ne  présente  sur  ses  bords  aucune  trace  de  morsure.  Les 
amygdales,  la  luette  sont  très  grosses. 

Les  altérations  du  rachis  sont  celles  que  l'on  observe  habituellement 
dans  la  maladie  de  Pierre  Marie  :  il  existe  une  cyphose  cervlco-dorsale 
avec  dos  rond  ;  la  tête  est  légèrement  penchée  en  avant. 

En  examinant  les  organes  des  sens,  il  est  facile  de  reconnaître  que 
l'ouïe  est  normale  et  que  l'odorat  a  perdu  une  partie  de  son  acuité  et 
cette  perte  remonte  à  une  dizaine  d'années  environ.  Actuellement  la 
malade  peut  percevoir  par  la  narine  gauche  les  sensations  fournies 
par  l'inhalation  de  l'ammoniaque,  de  l'éther,  du  citron,  etc.,  tandis 
que  la  narine  droite  reconnaît  à  peine  l'ammoniaque.  Le  goût  est 
intact. 

Quant  aux  yeux,  ils  ont  perdu  en  grande  partie  leur  fonction  physiolo- 
gique, ainsi  qu'en  témoignent  les  résultats  fournis  par  l'examen 
pratiqué  par  Terrien  : 

Du  côté  de  l'oeil  droit,  on  constate  une  abolition  du  réflexe  pupillaire 
à  la  lumière,  une  atrophie  optique  blanche  complète  sans  trace  de 
névrite.  L'acuité  visuelle  est  nulle,  le  champ  visuel  est  nul  aussi  et  la 
sensibilité  à  la  lumière  à  peine  conservée. 

Du  côté  de  l'œil  gauche  on  constate  que  la  pupille  est  en  voie  d'atro- 
phie surtout  marquée  du  côté  nasal.  Il  existe  une  achromatopsie  à  peu 
près  complète;  le  champ  visuel  est  à  peu  près  absent  dans  toute  la 


G[GANTIS:\IE  ET  ACHOMEGALIE.  307 

moitié  gauche.  Le  réflexe  à  la  lumière  est  couservé,  il  en  est  de  même 
du  réflexe  de  l'accommodation. 

«t  Au  premier  abord,  écrit  Terrien,  il  semble  que  les  troubles  obser- 
vés sont  dus  à  une  compression  des  voies  optiques,  compression 
exercée  par  une  tumeur  c{ui  pourrait  siéger  dans  l'angle  antérieur  du 
chiasma,  le  débordant  à  droite  et  en  arrière.  Mais  si  l'on  tient  compte 
de  l'évolution  des  troubles  visuels  l'on  apprend  cjue  la  cécité  a  débuté 
tout  d'abord  à  droite  et  C{ue,  primitivement,  il  existait  une  hémia- 
nopsie  bi-temporale.  Si  la  vision  centrale  est  encore  parfaitement  con- 
servée à  gauche,  cela  tient  à  l'intégrité  du  faisceau  maculaire  gauche. 
11  semble  rationnel  d'admettre  une  compression  de  la  partie  posté- 
rieure du  chiasma  ayant  intéressé  les  deux  faisceaux  croisés  et  ayant 
enfin  débordé  à  droite  en  entraînant  l'atrophie  du  faisceau  direct  droit. 
Ainsi  s'expliquent  les  troubles  visuels  observés  à  l'heure  actuelle  et 
aussi  l'atrophie  optique  du  côté  droit. 

«  Un  autre  fait  intéressant  à  noter  c'est  l'absence  de  stase  papillaire 
comparable  à  celle  que  Ton  observe  toujours  dans  les  tumeurs  céré- 
brales. Elle  fait  d'ailleurs  fréquemment  défaut  dans  l'acromégalie.  On  a 
voulu  l'attribuer  à  une  rapide  agglutination  des  gaines  du  nerf  optic[ue 
par  suite  de  pression  exercée  par  le  corps  pituitaire  hypertrophié  inter- 
rompant la  communication  de  l'espace  inter-vaginal  du  nerf  avec 
l'espace  sous-arachnoïdien  du  cerveau.  Il  paraît  plus  rationnel  d'ad- 
mettre que  cette  absence  est  en  rapport  avec  le  développement  très 
lent  de  la  tumeur  qui  permet  une  sorte  d'accommodation  progressive. 
Quant  à  la  papille  gauche,  elle  offre  la  réaction  hémianopsicjue  analo- 
gue à  celle  cjue  l'on  observe  communément  dans  l'acromégalie.  » 

L'examen  de  Vappareil  respiratoire  ne  décèle  rien  d'anormal. 

Si  l'appareil  circulatoire  fonctionne  régulièrement,  les  battements  ciu 
cœur  sont  fréc{uents,  les  artères  sont  sinueuses.  La  pression  sanguine, 
étudiée  à  l'aide  du  sphygmo-manomètre  au  niveau  de  la  radiale,  oscille 
entre  26  et  28. 

Du  côté  de  l'appareil  digestif,  on  note  un  appétit  assez  développé  et 
surtout  une  polydypsie  marc|uée  :  la  malade  boit,  en  effet,  une  moyenne 
de  5  litres  de  liquide  par  jour  et  le  thé  entre  pour  une  assez  grande 
part  dans  cette  ration  de  liquide. 

La  quantité  d'urine  émise  dans  les  vingt-quatre  heures  est  supérieure 
à  la  normale  ;  sa  quantité  quotidienne  a  été  de  5  litres  pendant  tout  le 
séjour  qu'elle  fit  dans  le  service.  Sa  concentration  est  à  peu  près 
normale,  elle  a  une  réaction  acide  faible  et  ne  contient  ni  sucre  ni 
albumine. 

Parmi  les  matières  minérales  dosées,  l'acide  urique  s'est  montré  en 
cjuantité  élevée  (1«',71  par  24  heures);  il  en  était  de  même  pour  les 
chlorures  (10  à  15  grammes).  Quant  à  l'acide  phosphoric|ue,  la  proportion 
journalière  est  à  peu  près  normale  (5''',50).  L'examen  microscopic{ue  a 
révélé  la  présence  d'oxalate  de  chaux.  La  polyurie  s'accompagne  d'une 
sudation  abondante  aussi  bien  le  jour  que  la  nuit  et  cjui  augmente 


308  GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 

brusquement  sous  rinfluence  de  causes  multiples  telles  qu'une  émotion 
ou  un  effort. 

Du  côté  du  syslcmc  nerveux,  on  ne  constate  aucun  trouble  de  la 
motricité,  ni  de  la  sensibilité.  Le  froid  et  le  chaud  sont  normalement 
perçus  et  cependant,  vers  le  mois  de  Novembre  1905,  la  malade  s'est 
brillé  les  doigts  de  la  main  gauche  sans  trop  s'en  apercevoir.  Les 
réflexes  patellaires  sont  un  peu  exagérés.  Il  existe  une  céphalée  surtout 
frontale,  continue,  avec  exacerbations  plus  ou  moins  rapprochées. 

Parmi  les  symptômes  psychiques,  il  faut  signaler  tout  d'abord  la 
tristesse  et  l'humeur  changeante  de  la  malade  qui  se  laisse  aller 
volontiers  au  découragement.  Elle  est  très  susceptible  et  soupçonne 
volontiers  son  entourage  de  chercher  à  lui  nuire. 

L'examen  radioscopique  et  radiographique  du  crâne  a  été  fait  dans 
le  laboratoire  de  la  Salpêtrière  et  a  été  rendu  difficile  par  l'instabilité 
de  la  patiente.  Cependant,  sur  les  épreuves  obtenues,  on  peut  constater 
un  élargissement  très  grand  et  une  excavation  marr/vée  de  la  selle  lur- 
cique  qui  apparaît  comme  une  loge  susceptible  d'englober  une  man- 
darine. 

Cette  donnée,  fournie  par  l'exploration,  à  l'aide  des  rayons  Roentgen, 
permet  d'affirmer  l'existence  d'une  tumeur  hypophysaire  cjue  rendaient, 
d'ailleurs,  très  vraisemblable  les  troubles  oculaires  constatés.  L'absence 
tout  au  moins  actuelle  de  diabète  mérite  d'être  constatée. 


Observation  XXIV.  (P.  E.  Launois  et  Taburet.) 

Un  acromcgalique  de  grande  taille. 

L'un  de  nous  fut,  tout  dernièrement,  prié  par  son  voisin  et  ami  le 
docteur  Taburet  d'examiner  un  de  ses  malades,  habitant  un  petit  village 
de  Normandie  et  présentant,  au  cours  d'une  tuberculose  pulmonaire  à 
évolution  rapide,  des  manifestations   dystrophiques  assez  singulières. 

L'aspect  du  malade,  son  faciès,  le  développement  énorme  de  sa 
mâchoire  inférieure,  de  ses  exti'émités,  sa  grande  taille  étaient  suffi- 
samment caractéristiques  pour  imposer  le  diagnostic  de  gigantisme 
acromégalique. 

Troisième  enfant  d'un  père  et  d'une  mère,  dont  la  taille  dépasse  un 
peu  la  moyenne  de  celle  des  habitants  du  pays,  il  a  été  allaité  pendant 
peu  de  temps  et  soumis  à  l'alimentation  mixte.  Des  troubles  gastro- 
intestinaux graves  troublèrent  l'évolution  normale  de  la  croissance  : 
à  l'âge  d'un  an,  les  membres  inférieurs;  flasc^ues  et  grêles,  formaient 
un  contraste  marqué  avec  la  tête  et  le  ventre  anormalement  développés. 
La  marche  devint  possible  à  IG  mois;  les  premières  dents  étaient 
apparues  à  7  mois,  mais  la  dentition  était  mauvaise,  car  la  carie  les 
atteignit  les  unes  après  les  autres. 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE.  309 

Élevé  au  village,  X...  fut  envoyé  en  pension,  dans  la  ville  voisine,  à 
rage  de  16  ans.  A  cette  époque,  il  dépassait  ses  camarades  par  sa  taille 
et  les  dimensions  de  son  corps,  mais  sa  vigueur  ne  lui  donnait  aucune 
supériorité  sur  eux.  Il  se  plaignait,  en  effet,  toujours  d'une  grande  fai- 
blesse, qu'on  cherchait  à  combattre  par  l'usage  de  l'huile  de  foie  de 
morue. 

De  retour  à  la  maison,  X...  voyagea  pendant  deux  ans  et  ne  put  se 
soustraire  aux  excès  de  boissons  inhérents,  en  Normandie,  à  la  profes- 
sion de  commerçant. 

Incorporé  en  Novembre  lOO^  dans  un  régiment  d'infanterie,  X... 
mesurait  1", 81  et  pesait  85  kilogrammes.  La  vie  militaire  lui  fut  assez 
pénible,  il  se  mit  à  tousser  et  fut  réformé  en  Mars  1905  :  les  médecins 
militaires,  appelés  à  se  prononcer  sur  ses  aptitudes  physiques,  recon- 
nurent les  manifestations  habituelles  de  l'acromégalie. 

Celles-ci  ont  été  en  s'accentuant  depuis  son  retour  au  village  :  le 
crâne  apparaît  petit  par  rapport  aux  dimensions  exagérées  de  la  face; 
on  constate  à  son  niveau  une  exagération  marquée  du  ressaut  post- 
lambdoïdien. 

Le  nez  est  volumineux.  La  bouche,  agrandie,  l'enferme  une  langue 
dont  la  base  et  la  moitié  postérieure  se  sont  considérablement  élar- 
gies et  contrastent  avec  la  pointe,  qui  a  conservé  ses  proportions  nor- 
males. 

(le  qui,  dans  le  visage,  attire  et  retient  l'attention,  ce  sont  les  dimen- 
sions tout  à  fait  exagérées  de  la  mandibule  qui  donnent  à  la  face  un 
aspect  ovalaire  spécial  et,  au  menton,  la  forme  dite  en  galoche. 

La  voix  est  grave  et  légèrement  rauque  :  son  timbre  s'est  abaissé, 
paraît-il,  depuis  plusieurs  années  déjà. 

II  n'existe  pas  de  modifications  de  la  vue  et  on  ne  constate  pas 
l'hémianopsie  bitemporale,  pathognomonique  d'une  tumeur  de  l'hypo- 
physe. L'augmentation  de  volume  de  la  glande  est  cependant  pro- 
bable, en  raison  de  la  céphalalgie  presque  continue,  de  l'état  d'hébé- 
tude assez  fréquent. 

La  fatigue  est  facile,  l'asthénie  assez  marquée  :  ces  deux  symptômes 
peuvent  être  attribués  à  l'infection  bacillaire,  dont  on  constate  les 
signes  manifestes  dans  chacun  des  deux  poumons,  surtout  celui  de 
droite,  mais  ils  sont  certainement  exagérés  par  la  dystrophie  générale 
observée  chez  le  sujet. 

Les  organes  génitaux  sont  normalement  développés;  la  verge  est  très 
développée  :  une  pudeur  instinctive  empêche  toute  investigation  sur 
leurs  fonctions. 

L'analyse  de  l'urine,  pratiquée  le  15  Août,  permet  de  constater  la 
présence  du  glycose  et  de  l'albumine,  mais  en  petites  quantités;  la  pro- 
portion des  phosphates  est  de  5^,10  pai'  litre. 

Mais  de  toutes  les  manifestations  de  l'acromégalie,  celles  qui,  en 
dehors  de  la  face  et  plus  particulièrement  de  la  région  de  la  mâchoire 
inférieure,    retiennent  le    plus    l'attention,    ce    sont    les    proportions 


310  GIGANTISAIE  ET  ACROMEGALIE. 

acquises  par  les  extrémités  (mains  et  pieds).  Les  avant-bras  sont  remar- 
quables aussi  par  leur  puissante  ossature. 

Quant  à  la  prolongation  anormale  de  la  croissance,  si,  à  cause  des 
difficultés  que  présentait  un  examen  complet,  pratiqué  à  la  campagne, 
on  n'a  pu  recourir  à  l'usage  des  rayons  de  Rœntgen  et  reconnaître  la 
non-ossification  des  cartilages  juxta-épipliysaires,  elle  peut  être  affir- 
mée, en  se  basant  sur  la  constatation  suivante  :  la  hauteur  de  la  taille, 
qui  était  de  '1"\81,  au  moment  du  départ  pour  le  régiment  (Novem- 
bre 1002),  est  aujourd'hui  (Août  1905)  de  1"\85.  Il  existe  également  des 
douleurs  diffuses  dans  les  membres,  plus  particulièrement  au  voisinage 
des  articulations,  douleurs  analogues  à  celles  dont  se  plaignent  les, 
adolescents  au  moment  des  poussées  de  croissance. 

La  concordance  entre  Télargissement  de  la  selle  turcique  et 
riiypertrophie  de  l'hypophyse  est-elle  aussi  absolue  que  nous 
l'avons  admis?  Oui,  si  on  se  base  sur  les  résultats  fournis 
par  l'examen  du  crâne  de  nos  géants  acromégaliques  et  des 
acromégaliques  atteints  de  troubles  visuels  (hémianopsie  bi- 
temporale),  pathognomiques  d'une  tumeur  hypophysaire.  Il 
est  cependant  un  fait  que,  grâce  à  son  obligeance,  Huchard 
nous  a  permis  de  recueillir  dans  son  service  de  VHôpital  Neckcr^ 
fait  dans  lequel  nous  avons  constaté  qu'une  selle  turcique 
largement  élargie  renfermait  une  hypophyse  de  moyen  déve- 
loppement et  du  poids  de  80  centigrammes.  Le  microscope 
devait  nous  donner  l'explication  de  cette  apparente  contradic- 
tion :  la  glande  primitivement  hypertrophiée  et  ayant  entraîné 
la  dilatation  de  sa  loge  osseuse,  s'était  sclérosée,  et  les  parois 
osseuses  distendues  n'avaient  pu  suivre  une  rétraction  adéquate 
à  celle  de  l'organe. 

L'observation  clinique  et  nécropsique  a  pu  être  recueillie, 
grâce  au  gracieux  concours  de  Ambard,  interne  du  service. 

Observation  XXV.  (Huchard  kt  P.-E.  Launois.)(') 

Gifjantisme  acromérjalique.  —  Élargissement  de  la  selle  turcique. 
Hypertrophie  primitive  et  sclérose  consécutive  de  f hypophyse. 

Observation  recueillie  dans  le  service  de  Huchard,  hôpital  Necker 
(Mars  1905).  —  Tourmenté  depuis  quelques  semaines  par  une  toux 
c{uinteuse  et  fatigué  par  une  abondante  expectoration,  Alexandre  H..., 

('^)  Soc.  méd.  des  Hûp.,  déc.  1905. 


GIGANTISME  ET  AGHOMÉGALIE.  311 

garçon  grainetier,  âgé  de  60  ans,  demande,  le  17  mars  1905,  son  admis- 
sion à  l'hôpital  Necker,  et  est  couché  au  n°  34  de  la  salle  Trousseau. 

L'attention  est  de  suite  attirée  par  la  grande  taille  de  cet  homme 
qui,  malgré  le  léger  affaissement  dû  à  l'âge  et  à  la  maladie,  mesure 
encore  l^jOG. 

Les  différents  membres  de  sa  famille  sont  bien  conformés  et  de  taille 
moyenne;  il  n'a  pas  entendu  dire  qu'il  ait  été  ni  très  grand,  ni  très  gros 
à  sa  naissance  ;  mais  il  sait  qu'il  avait  six  doigts  à  chacune  des  mains  (') 
et  qu'une  opération,  pratiquée  de  bonne  heure,  a  fait  complètement 
disparaître  cette  malformation  congénitale. 

Dès  la  douzième  année,  il  a  commencé  à  grandir;  sa  croissance  s'est 
accélérée  entre  1(5  et  18  ans  et,  au  moment  du  tirage  au  sort,  en  1860,  il 
mesurait  l'",07. 

Il  a  eu  deux  enfants,  qui  sont  bien  conformés  et  bien  portants.  Les 
fonctions  génitales  se  sont  toujours  accomplies  régulièrement. 

La  gravité  de  l'état  dans  lequel  il  se  trouve,  au  moment  de  son 
admission  à  l'hôpital,  ne  permet  pas  de  faire  des  mensurations  très 
détaillées;  on  peut  cependant  relever  les  suivantes  : 

Hauteur  totale  du  vertex  au  sol 1"',9G 

Distance  du  grand  troclianter  à  la  malléole  externe.   .       0'",95 
Hauteur  du  grand  troclianter  au-dessus  du  sol  ....       l^jOô 

Les  extrémités  des  membres  (mains et  pieds)  sont  très  volumineuses; 
elles  paraissent  avoir  subi  un  égal  développement  en  longueur  et  en 
largeur. 

Dimension?  de  la  main  :  longueur  totale 25  centimètres. 

Longueur  du  médius 12,5        — 

Circonférence  du  médius  (2"  phalange) 5,5        — 

Circonférence  du  pouce  (2''  phalange).    ......  6  — 

Pied  :  longueur  totale  du  pied 27  centimètres. 

Longueur  du  gros  orteil 8  1/2- — 

Circonférence  bi-malléolaire 25  — 

Circonférence  du  gros  orteil 9  1/2    — 

11  n'y  a  pas  de  cypho-scoliose  dorso-cervicale  supérieure  bien  accen- 
tuée; mais  on  remarque  une  légère  saillie  en  avant  de  l'angle  formé 
par  l'union  du  manubrium  avec  le  corps  du  sternum. 

La  face  présente  les  déformations  très  caractéristiques  de  Vacromégalie  : 
les  angles  du  maxillaire  inférieur  sont  très  écartés,  bien  c{ue  le  progna- 
thisme ne  soit  pas  très  apparent.  Le  nez  est  gros,  mais  la  langue  n'a  pas 
subi  d'hypertrophie  énorme.  En  revanche,  les  os  malaires  font  une 
saillie  très  exagérée,  même  si  l'on  tient  compte  de  l'amaigrissement  du 
malade.  Mais  ce  qui  frappe  par-dessus  tout,  c'est  Vénorme  saillie  des 
arcades  sourcilières  qui  est  telle,  qu'en  passant  la  main  sur  le  front,  on 

(')  Le  géant  dont  il  est  question  au  Deuxième  Livre  des  Rois  (liv.  II,  ch.  xxi. 
20,  21)  cité  par  Henry  Meige,  avait  également  six  doigts  aux  mains  et  aux 
pieds  (voir  page  lôO). 


312  GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE. 

sent  un  véritable  ressaut  correspondant  à  la  dilatation  des  sinus  IVon- 
taux,  rendue  ainsi  apparente,  même  à  l'examen  extérieur. 

D'autre  part,  la  prolubérance  occipitale  externe  fait  une  saillie  très 
exagérée  sous  les  téguments  du  crâne. 

On  ne  note  rien  de  remarquable,  en  dehors  de  l'aflection  qui  amena 
le  malade  à  l'hôpital,  si  ce  n'est  la  trace  d'une  ancienne  hernie  inguinale 
opérée  du  côté  droit  et  une  certaine  tendance  aux  varices. 

Les  organes  génitaux  sont  bien  développés. 

Malgré  qu'un  examen  complet  de  la  vision  nait  pu  être  pratiqué,  il 
faut  noter  qu'un  examen  grossier  avait  permis  de  relever  un  rétrécisse- 
ment très  notable  du  champ  visuel  dans  toute  la  zone  temporale  du  côté 
de  l'œil  gauche. 

Il  n'y  a  ni  polyurie,  ni  glycosurie,  ni  albuminurie. 

Le  développement  intellectuel  est  ordinaire. 

Les  signes  fonctionnels  (dyspnée,  point  de  côté)  et  physiques  (soufflé, 
râles  crépitants)  avaient  fait  penser  à  l'existence  d'une  pneumonie 
droite.  Mais  l'absence  de  défervescence  au  terme  classique,  les  modifica- 
tions des  signes  sthétoscopiques  (gros  râles  humides),  celles  de  l'expec- 
toration (crachats  purulents,  légèrement  fétides,  rendus  par  petites 
vomiques  quotidiennes)  vinrent  affirmer  le  diagnostic  de  gangrène 
pulmonaire. 

Malgré  un  traitement  approprié  (révulsion,  toniques  généraux,  balsa- 
miques, etc.),  la  mort  se  produisit  assez  rapidement,  le  30  Mars,  au 
milieu  du  tableau  classique  de  l'hecticité. 

A  l'autopsie,  pratiquée  le  i"''  Avril,  on  put  faire  les  constatations 
suivantes  : 

Hauteur  totale  mesurée  sur  la  table  d'aulopsie  ....  1",96 
Hauteur  du  grand  trochanler  au-dessus  du  sol  ....  1™,03 
Circonférence  du  thorax  (ligne  niamelonnaire) O-'jD'i 

On  note  un  développement  vraiment  gigantesque  du  thorax,  surtout  en 
longueur  :  les  dernières  côtes  touchent  la  crête  iliaque  au  point  qu'il 
n'existe  plus  d'échancrure  costo-iliaque  (M;  en  revanche,  les  espaces 
intercostaux  sont  très  augmentés,  par  suite  de  l'écartement  des  côtes. 

Les  extrémités  internes  et  externes  des  deux  clavicules  sont  épaissies 
considérablement. 

Poids  du  cœur 4;)0  grammes. 

—  du  foie 2500  "^     — 

—  du  rein  droit 270        — 

—  du  rein  gauche 200        — 

—  de  la  late 225        — 

Ces  différents  organes  ne  présentent  pas  de  lésions  grossières  à 
l'examen  macroscopique. 

Des  adhérences  pleuro-pulmonaires  nombreuses  et  résistantes  rendent 
très  difficile  l'extirpation  du  poumon  droit  qui  présente  à  sa  partie 

(*)  Comparer  avec  la  description  très  analogue  du  tronc  de  Jean-Pierre 
Mazas  (Obs.  IX,  page  216). 


GIGANTISME  ET  ACROMEGALIE.  313 

moyenne  une  énorme  caverne  remplie  d'un  pus  très  lelide,  scmblaljle  à 
celui  des  petites  vomiques  observées  avant  la  mort.  Il  s'agit  là  d'un 
foyer  typique  de  gangrène  pulmonaire.  Il  n'y  a  en  aucun  point  de 
granulations  tuberculeuses. 

Le  crâne  étant  ouvert  et  après  l'extraction  du  cerveau,  deux  faits 
attirent  l'attention  : 

i"  Les  8171118  frontaux  ont  subi  une  dilatation  extrême  :  de  chaque  côté 
de  la  cloison  médiane,  un  peu  déviée  sur  la  droite,  les  sinus,  ouverts 
par  la  section  de  la  calotte  crânienne,  représentent  deux  cavités  symé- 
triques capables  de  contenir  une  noix  environ  et  présentant  les  dimen- 
sions suivantes  : 

Diamètre  transversal •    .    .   .    .       Ho  millimètres. 

—  antéro-postérieur 7)1         — 

—  vertical ......       '20  — 

2°  La  selle  lurcique  est  notablement  awjmenlêe  dans  tous  les  sens,  ainsi 
que  l'attestent  les  dimensions  suivantes  : 

Diamètre  transversal 27  millimètres  (*). 

—  antéro-postérieur 19         — 

Mais,  après  avoir  enlevé  la  tente  de  riiypo]3hyse  et  isolé  soigneuse- 
ment la  glande  pituitaire,  d'ailleurs  de  consistance  assez  ferme  et  facile 
à  séparer  des  parties  molles  environnantes,  on  est  très  surpris  de 
constater  que  cet  organe  est  très  au  large  dans  une  loge  osseuse  visible- 
ment trop  grande  pour  lui.  Pour  employer  une  comparaison  plus 
frappante  que  celle  des  chiffres  ci-joints,  nous  dirons  que  le  corps 
pituitaire  apparaissait  comme  un  pjetit  haricot  dans  une  cavité  faite  pour 
loger  au  moiyis  une  noix. 

En  effet,  dans  la  selle  turcique  dilatée  dont  nous  avons  donné  les 
dimensions,  n'était  logée  qu'une  petite  hypophyse,  d'un  poids  de 
0,80  centigrammes,  c'est-à-dire  à  peine    supérieur    au    poids   moyen. 

Le  poids  global  de  l'encéphale  est  de  1550  grammes,  dont  1270  comme 
poids  propre  au  cerveau. 

(')  Normalement  les  dimensions  de  la  selle  turcique  sont  très  varialiles,  le 
bord  antérieur  et  les  bords  latéraux  étant  irréguliers  et  mal  définis  :  par 
exemple,  la  divergence  des  apophyses  clinoïdes  antérieures  peut  varier  sans 
être  en  relation  nécessaire  avec  des  variations  parallèles  de  la  cavité  qu'elles 
limitent.  Toutefois,  les  dimensions  normales,  d'après  Woods  Hutchinson  {Neiv- 
y<irk  med.  Journal,  21  juillet  1900),  ne  varient  guère  qu'entre  les  cliiffres  suivants  : 

Diamètre  transversal  :  de 12  à  20  millimètres. 

—  anléro-postéi'ieur  :  de 10  à  15  — 

Il  est  vrai  que  la  seule  dilatation  de  la  fosse  pituitaire  est  insuffisante  à 
établir  le  diagnostic  certain  d'acromégalie.  Hinsdale  {Acromegaly.  Medicine, 
1898)  cite  un  crâne  du  Musée  Dupuylren  dont  la  selle  turcique  a  un  diamètre 
antéro-postérieur  de  18  millimètres  et  qui  ne  présente  aucune  malformation 
acromégalique.  Mais  ici  nous  avions  l'extrême  dilatation  des  sinus  frontaux 
et  tous  les  stigmates  caractéristiques  du  tronc  et  des  extrémités  iDour  con- 
firmer le  diagnostic. 


su 


GIGANTISME  liT  ACl!OMEGA].lli. 


L'examen  histologique  de  l'hypophyse,  pratiqué  au  Laboratoire,  nous 
a  permis  de  faire  les  constatations  suivantes  : 

La  pièce,  recueillie  tard  après  la  mort,  ne  présente  pas  de  détails 
cytologiques  bien  nets. 

On  peut  pourtant  constater  les  faits  suivants  : 

1"  Le  lobe  glandulaire   paraît  atrophié;   il  n'occupe   environ   qu'un 

tiers  du  volume  total 
de  la  glande.  L'or- 
gane, par  ce  fait,  a 
subi  une  sorte  de 
rétraction  et  sa  face 
supérieure  est/  ex- 
cavée. 

2°  La  charpente  con- 
jonctive de  l'organe 
est  extrêmement  hy- 
perlrophiée,  surtout 
au  voisinage  du  lobe 
nerveux.  Dans  cette 
région,  entre  les  cor- 
dons cellulaires,  on 
trouve  des  travées 
qui  atteignent  jus- 
qu'à 80  \).. 

Dans  des  points 
éloignés  du  lobe  ner- 
veux le  stroma  con- 
jonctif  est  extrême- 
ment développé  :  il 
se  forme  un  véri- 
table réticulum  dans 
les  mailles  duquel 
sont  logées  les  cel- 
lules glandulaires.  Cet  aspect  fait  absolument  songer  au  tissu  adénoïde. 
D'autant  plus  qu'en  certains  points  où  les  cellules  altérées  sont  tou- 
chées, le  réticulum  apparaît  comme  si  la  coupe  avait  été  pinceautée. 

5°  Les  éléments  nobles  de  la  glande,  très  altérés,  semblent  appartenir 
pour  la  plupart  au  type  cyanophile.  Nombreux  sont  les  points  où  ces 
cellules  disposées  en  couronne  entourent  une  goutte  de  substance 
amorphe  dite  colloïde  (?) 

4°  En  d'autres  endroits  où  le  type  cyanophile  n'est  pas  reconnais- 
sable,  il  est  impossible  de  rattacher  les  cellules  à  un  type  quelconque, 
d'autant  plus  qu'alors  les  éléments  glandulaires  sont  très  multipliés; 
leur  protoplasma  est  très  exigu  par  rapport  à  leur  noyau. 

5°  11  semble  bien  qu'en  certains  points  il  y  ait  infiltration  embryon- 
naire de  la  ûlande. 


FiG.  82. 


Base  du  crâne  (l'un  géant   aci^omégaliriuc. 
(HuciiAHi)  et  P.-E.  Launois.) 


TROISIÈME  PARTIE 
GIGANTISME  —  INFANTILISME  —   ACROMÉGALIE 


Autour  des  deux  observations  capitales  que  nous  avons  re- 
cueillies et  commentées  nous  avons  cherché  à  grouper  les 
autres  faits  et  à  tracer  les  caractères  distinctifs  qui  séparent  les 
géants  infantiles  des  géants  acromégalicpies . 

Cette  répartition  de  tous  les  géants  en  deux  groupes  (')  ne  va 
pas  toutefois  sans  présenter  quelque  difficulté.  Il  est  certains 
faits,  celui  de  Caselli  par  exemple  (acromégalie  avec  gigantisme, 
compliquée  de  sarcome  du  maxillaire  inférieur  et  de  myxome  de  la 
fosse  iliaque)  (page  591)  où  la  complexité  des  symptômes 
échappe  à  toute  classification.  Il  en  est  d'autres,  comme  celui 
rapporté  par  Bonardi  (acromégalie  et  gigantisme  avec  troubles 
trophiqnes  graves  du  sympatliique  cervical  gauche)  (page  560),  qui 
ne  sont,  actuellement,  susceptibles  d'aucune  explication  rigou- 
reusement scientifique. 

Mais  la  raison,  pour  laquelle  une  distinction  entre  le  gigan- 
tisme infantile  et  le  gigantisme  acromégalique  ne  peut  être 
aussi  irréductible  qu'on  serait  tout  d'abord  tenté  de  l'admettre, 
est  fournie  par  l'étude  de  l'évolution  des  géants  aux  cartilages 
juxta-épiphysaires  non  ossifiés. 

Dès  les  premiers  examens  que  nous  avons  pratiqués  chez  le 
Grand  Charles  (géant  infantile  type),  nous  avons  recherché  si 
on  ne  constatait  pas  déjà,  chez  lui,  quelques-uns  des  traits 
caractéristiques  de  la  Maladie  de  Pierre  Marie.   Lorsque  nous 

(*)  Langer  avait  déjà  proposé  de  dislincuer  deux  types  de  géants  :  l'un, 
élancé,  haut  sur  jamljes,  avec  le  tronc  relativement  court:  l'autre,  plus  massif, 
avec  le  tronc  plus  long.  Loc.  cit. 


316 


GIGANTISME.  —  INFANTILISME.  —  ACROMEGALIE. 


l'avons  présenté  à  la  Société  de  Neurologie^  nons  résumions  de  la 
façon  suivante  les  constatations  qu'il  nous  avait  été  permis  de 
faire. 

Actuellement,  en  ne  se  basant  que  sur  son  habitus  extérieur, 
on  ne  peut  dire  que  le  Grand  Charles  soit  un  acromégalique  :  il 
n'en  a  ni  le  faciès  si  typique,  ni  l'hypertrophie  dispropor- 
tionnée et  caractéristique  des  mains  et  des  pieds,  ni  la  cyphose 
cervico-dorsale,  etc.  Sa  tète  semble  petite,  surmontant  un  aussi 


FiG.  83.  —  Radioiiraphie  du  cr;"ine  du  Grand  Cliarles,  montrant  l'inégale  épaisseur  dos 
parois  du  cràae,  la  dilatation  des  sinus  IVontaux,  le  ressaut  post-lanibdoïdien  et  l'agran- 
dissement de  la  selle  turcique. 

grand  corps;  ses  pieds  et  ses  mains  sont  énormes,  il  est  vrai, 
mais  leur  développement  est  assez  en  rapport  avec  celui  des 
autres  segments  des  membres;  enfin,  si  son  thorax  présente 
une  scoliose  à  concavité  droite,  celle-ci,  réductible,  est  en 
rapport  avec  l'attitude  hanchée  rendue  obligatoire  par  la  défor- 
mation du  genou  gauche. 

Cependant  la  comparaison  des  mensurations  recueillies  en 


1 


GIGANTISME.  —   INFANTILISME.  —  ACROMKG.ALIE.  317 

1899  avec  celles  plus  récentes  de  1902  montre  qu'il  est  sur- 
venu, au  cours  de  ces  trois  années,  certaines  modifications 
intéressantes  dans  la  charpente  osseuse  :  le  thorax  s'est  déve- 
loppé d'une  manière  assez  notable  (circonférence  =  1"\015  en 
1899;  l'",040  en  190'2);  la  longueur  des  mains  s'est  accrue 
(de  255  à  245  millimètres)  ;  enfin  la  tête  présente  des  modi- 
fications très  caractéristiques.  En  effet,  si  le  crâne  s'est  déve- 
loppé d'une  manière  assez  régulière  dans  ses  différents  diamè- 
tres transverses  et  antéro -postérieurs  (augmentation  de 
2  millimètres  pour  le  diamètre  transverse  maximum,  etc.),  en 
revanche,  à  la  face,  les  dimensions  verticales  se  sont  accrues 
d'une  manière  tout  à  fait  particulière  et  facile  à  apprécier  dans 
le  tableau  comparatif  suivant  : 

Mai  1809.  Nov.  1902.      Accroissement. 

millimètres,  millimètres,      millimètres 

Hauteur  ophryo-mentonnière .    .    .       154  159,5               +■4,5 

Hauteur  ophi-yo-alvéolaire   ...          102  102                  -\-0 

Comme  la  haiileur  totale  {ophryo-mentonnière)  a  augmenté  et 
que  la  portion  opliryo-alvéolaire  n'a  pas  varié,  il  en  résulte  néces- 
sairement que  C augmentation  de  4""", 5,  survenue  en  trois  ans,  porte 
d'une  manière  exclusive  sur  la  portion  située  au-dessous  du  point 
alvéolaire,  c'est-à-dire  sur  le  maxillaire  inférieur. 

On  note  donc  déjà  une  tendance  assez  marquée  à  Vlnjper- 
Irophie  localisée  du  maxillaire  inférieur,  hypertrophie  qui  con- 
stitue l'un  des  premiers  et  principaux  signes  de  la  Maladie  de 
P.  Marie;  et  il  semble  qu'en  ces  trois  dernières  années  le  Grand 
Charles  se  soit,  pour  ainsi  dire,  acromégalisé  {^). 

Sur  le  conseil  que  nous  donna  Pierre  Marie  de  faire  radio- 
graphier le  crâne  du  géant  Charles,  nous  avons  prié  Béclère, 
dont  la  compétence  en  pareille  matière  est  bien  connue,  de 
pratiquer  cette  recherche.  Les  épreuves  radiographiques  qu'il 
obtint  furent  des  plus  démonstratives,  elles  permirent,  en  effet, 
de  constater  :  l'agrandissement  très  notable  de  la  selle  turci- 
que,  le  développement  exagéré  des  sinus   frontaux,  l'inégale 

(')  Langer  avait  déjà  noté  que,  chez  les  géants,  «  l'excédent  des  hauteurs 
sur  les  largeurs  ne  se  manifeste  pas  seulement  aux  pièces  longues  squelet- 
tiques,  mais  aussi  sur  toute  la  ligure  ».  —  Wachsthum  des  menschlichen  SUe- 
lettes  mit  Bezug  auf  deii  Riesen.  Denkschriften  der  liais.  Académie,  der  Wissen- 
sdiaften  in  Wien,  Math.-naturw.  Classe,  Bd.  XXXL  1872,  S.  1,  p,  91;  et  Ana- 
lomie  der  Formen  des  menscliiichen  Korpers,  p.  81. 


318  GIGANTISME.  —  INFANTILISME.  —  ACROMÉGALIE. 

épaisseur  des  parois  du  crûne  et  enfin  une  exagération  du 
ressaut  post-lambdoïdien. 

En  se  basant  sur  ces  constatations,  qui  sont  caractéristiques 
du  crâne  acroniégalique,  il  ne  suffit  donc  plus  de  dire  que  le 
géant  Charles  est  en  train  de  s'acroniégaliser  :  il  faut  convenir 
qu'il  est  vérilablenient  un  acromégalique  et  que  s'il  ne  présente 
pas  encore  toutes  les  déformations  caractéristiques  apparentes 
de  la  Maladie  de  Pierre  Marie,  son  squelette  est  déjà  modifié  et 
son  hypophyse  déjà  hypertrophiée. 

Ces  données  précises  nous  montrent  que  la  distinclion  entre 
les  deux  variétés  de  géant  infantile  et  de  géant  aeromégalirjue,  vraie 
dans  fespace,  n  est  pas  irréductible  dans  le  temps,  c'est-à-dire  que 
le  type  infantile,  demeuré  pur  pendant  un  certain  nombre 
d'années,  tend  à  évoluer  vers  le  type  acromégalique,  pour  se 
confondre  complètement  plus  tard  avec  lui. 

(Jette  fusion  de  deux  types  morphologiquement  différents 
en  un  type  unique  s'opère  à  une  époque  que  nous  n'avons  pu 
nettement  déterminer  :  se  dessinant  progressivement  a  mesure 
que  les  cartilages  juxta-épipliysaires  s'ossifient  et  diminuent  d'épais- 
seur, elle  devient  complète^  quand  les  épipkyses  sont  complète  ment 
ou  presque  complètement  soudées  aux  diaplujses.  Pendant  la  vie, 
on  voit  apparaître  et  évoluer  avec  une  progression  croissante 
les  déformations  acromégaliques  et,  à  l'autopsie,  on  constate  les 
altérations  caractéristiques,  en  particulier  la  tumeur  hypophy- 
saire  avec  élargissement  consécutif  de  la  selle  turcique. 

L'étude,  que  nous  avons  pu  faire,  grâce  à  l'extrême  obli- 
geance de  Dufrane  [de  Mans)  du  squelette  du  célèbre  géant 
Constantin,  nous  a  fourni  l'explication  des  relations  qui  existent 
entre  le  gigantisme  et  l'acromégalie  et  a  apporté  la  confirma- 
tion irréfutable  de  l'exactitude  de  nos  recherches. 


Obsp:rvation  XXVI.  (Dufrane,  P.-E.  Launois  et  Pierre  Roy)('). 

Le  géant  Conxtanlin. 

Si  nous  manquons  de  renseignements  rigoureusement  scientifiques 
sur  les  antécédents    héréditaires  ou  personnels    du    géant   Coxstan- 

(')  A.  Dltfrane  (de  Mons),  P.-E.  Launois  et  P.  Roy,  Les  relations  du  gigan- 
tisme et  de  racromégalle  expliquées  par  l'autopsie  du  géant  Constantin. 
Bulletins  et  Mémoires   de  la  Soc.  mécl.  des  Hôp.  de  Paris,  séance  du  8  mai  1905. 


GKiANTiSME. 


INFANTILISME.  —  ACROMEGALIE. 


319 


TIN,  nous  avons  pu  savoir  qu'il  était  né,  en  1872,  dans  le  Wurtem- 
berg, que  ses  parents  ainsi  qu'un  frère  étaient  de  taille  ordinaire.  Seul 
dans  la  famille,  un  oncle,  supérieur  du  couvent  de  Sursee,  aurait  eu 
la  taille  de  2™, 05.  Mais  nous  savons  quel  cas  il  faut  tenir  de  rensei- 
gnements de  ce  genre  et  ce  qu'il  faut  penser  du  gigantisme  familial  ou 
héréditaire. 
D'après  la  notice  biographiciue  que  distribuait  Constantin  ('),  à  l'âge 

de  14  ans  il  mesurait  l"',9/t 
et  à  partir  de  cette  époque 
sa  taille  se  serait  mise  à 
croître  de  15  centimètres 
par  an.  Elle  aurait  atteint 


FiG.  85.  —  Legcaiil  Consloiilin. 

2-,59  en  1898;  mais  il  faut 
toujours  se  méfier  des 
mensurations  fournies  par 
les  hommes  phénomènes. 
Son  pied  mesurait4i4:  et  sa 
main  58  centimètres.  Son 
poids  était  de  168  kilo- 
grammes. 

Sur  la  photographie 
qu'a  bien  voulu  nous  com- 
muniquer Henry  Meige,  il  est  facile  de  constater  deux  caractères  qui 
nous  paraissent  dominants  :  c'est,  d'une  part,  la  déformation  de  la 
face  (saillie  accentuée  des  os  malaires,  prognathisme  énorme  du  maxil- 
laire inférieur);  c'est,  d'autre  part,  l'allongement  exagéré  des  membres 
inférieurs  que  la  taille  de  l'habit  dont  il  est  i^evetu  rend  plus  apparent 
encore. 

Ces  déformations  si  caractéristiques  n'avaient  pas  échappé  à  l'atten- 
tion du  D'  WoiMANT,  pendant  le  séjour  qu'avait  fait  Constantin  à 
<Soissom.  11  nous  a  fourni  quelques  détails  intéressants  sur  la  mentalité 


FlG. 


Le  yéaiit  Coiistanlin. 


(')  Le  géant  Constantin  s'exhil)ait  à  Paris  au  cours  de  l'année  1809. 


320 


GIGANTISME.  —  INFANTILISME.  —  ACROMEGALIE. 


de  l'homme  phénomène,  mentalité  qui  était  celle  d'un  grand  enfant  et 
sur  son  genre  d'alimentation  :  le  géant  vivait  surtout  de  pâtisseries  et 
de  sucreries. 
Vers  la  fin  de  Tannée  1901,  pendant  un  séjour  qu'il  faisait  en  Belgijpie, 


FlG 


S().  —  Base  du  crâne  du  géant  Conslanlin. 
(Dilatation  de  la  selle  turcique.) 


le  (jôant  Constantin  se  présenta  à  VHôpital  de  Mans  pour  y  recevoir  les 
soins  que  nécessitait  une  gangrène  symétrique  des  deux  pieds. 

A.  DuFRANE  pi^atiqua  l'amputation  de  la  jambe  droite  et  les  résultats 
furent  aussi  satisfaisants  que  possible. 

L'état  du  moignon  était  tel  le  26  Février  1902  qu'il  eût  permis  l'adap- 


GIGANTISME    —   INFAxXTILISME.  —  ACROMÉGALIE.  321 

talion  de  rénorme  jambe  de  bois  qui  avait  été  fabriquée;  mais  le 
membre  inférieur  gauche,  dont  les  lésions  s'étaient  étendues,  s'affais- 
sait, i)our  ainsi  dire,  sous  le  poids  du  corps. 

Après  des  hésitations  assez  compréhensibles,  le  malheureux,  qui 
dépérissait  de  jour  en  jour,  consentit  à  une  seconde  amputation.  Le 
7  mars  1902,  le  genou  gauche  fut  désarticulé  par  le  procédé  de  Chalot. 

Les  suites  opératoires  furent  satisfaisantes  pendant  les  premiers 
jours;  mais  le  malade,  fort  indocile,  dérangea  son  pansement  et  infecta 
sa  plaie.  Une  partie  du  lambeau  se  sphacéla  et  la  fièvre  apparut. 

Le  26  mars,  des  douleurs  éclatèrent  un  peu  partout;  elles  atteignirent 
leur  maximum  au  niveau  des  articulations;  la  respiration  s'embarrassa, 
la  toux  s'accompagna  d'une  abondante  expectoration  muco-purulente. 
En  proie  à  une  véritable  septicémie,  l'opéré  succomba  le  50  mars. 

L'autopsie  flt  découvrir  les  lésions  habituelles  de  l'infection  puru- 
lente :  les  diverses  articulations,  plus  particulièrement  celles  du  poignet 
et  de  l'épaule  gauches,  étaient  remplies  de  pus.  Les  bases  des  poumons 
étaient  gorgées  de  sang  et  laissaient  sourdre  du  muco-pus  en  abon- 
dance. Les  deux  sommets  étaient  farcis  de  tubercules,  dont  quelques- 
uns  en  voie  de  ramollissement. 

On  constata  aussi  un  gigantisme  viscéral  marqué  (cœur  et  foie  en  par- 
ticulier) et  par  contre  une  alrophie  notable  des  testicules,  qui  n'étaient 
représentés  que  par  deux  petites  masses  du  volume  d'un  haricot. 

Mais  de  toutes  les  modifications  observées  la  plus  intéressante  fut, 
sans  contredit,  Vénorme  développement  de  la  glande  pituitaire,  dont  les 
dimensions  dépassaient  celles  d'une  noix.  La  selle  turcique,  qui  la 
logeait,  était  tellement  large  et  profonde,  qu'après  avoir  enlevé  les  hémi- 
sphères cérébraux  et  le  cervelet^  on  eût  pu  croire  à  Vexistence  de  deux 
canaux  rachidiens  juxtaposés. 

Si  nous  ne  pouvons  apporter  aujourd'hui  les  résultats  fournis  par 
l'examen  des  coupes  microscopiques  de  la  tumeur  hypophysaire, 
examen  qui  a  été  confié  au  professeur  Lemaire,  de  Louvain,  du  moins 
il  est  facile,  par  l'examen  de  la  base  du  crâne,  d'apprécier  les  dimen- 
sions considérables  quelle  avait  acquises.  La  selle  turcique,  qui  la 
logeait,  présente  les  dimensions  suivantes  : 

Diamètre  antéro-postérieur 50  millimètres. 

Diamètre  transversal  (y  compris  les  deux  cavi- 
tés accessoires  symétriques) .36  — 

Profondeur 50  — 

1"  Le  crâne  de  Constantin,  en  raison  môme  de  l'énormité  de  ses 
déformations,  peut  être  pris  comme  typje  du  crâne  acrom,égalique. 

Il  en  est  de  même  de  la  face  où  la  saillie  des  os  malaires  ne  le  cède 
en  rien  au  prognathisme  de  la  mandibule.  Ce  prognathisme  est  si 
accentué  qu'un  intervalle  de  trois  doigts  sépare  d'avant  en  arrière  les 
deux  arcades  dentaires  l'une  de  l'autre. 

2°  Chez  Constantin,  comme  chez  les  autres  géants  infantiles,  l'inap- 

LAUNOlS   ET    ROY.  21 


322 


GIGANTISME. 


INFANTILISME.  —  ACROMEGALIE. 


pétence  sexuelle,  qui  nous  a  été  signalée  par  A.  Dufra>e,  était  en 
rapport  avec  Vatrophie  congénitale  des  testicule;^. 

5°  L" allongement  disproportionné  des  membres  inférieurs,  déjà  visible 
sur  les  photographies,  est  pleinement  confirmé  par  la  mensuration  de 
son  fémur  monstrueux,  long  de  76  centimètres. 

4"  Quant  à  la  persistance  anormale  des  cartilages  de  conjugaison  au 


FiG.  87.  —  Le  crâne  du  géant  Constantin  (profil), 
(l^rognathisme  du  ma.xillaire  inférieur.) 

delà  du  terme  habituel  de  leur  ossification  qui  constitue  le  trait  parti- 
culier et  caractéristique  du  gigantisme  infantile,  elle  est,  chez  le  géant 
Constantin,  beaucoup  plus  apparente  encore  que  chez  le  géant  Charles, 
qui,  le  premier,  servit  de  base  à  nos  recherches.  En  effet,  chez  ce 
dernier,  la  radiographie  seule  nous  avait  permis  de  démontrer  la  per- 
sistance, à  Tâge  de  trente  ans,  des  cartilages  interdiaphyso-épiphysaires, 


i 


GIGANTISME.    -     INFANTILISME.  —  ACROMEGALIE.  323 

notamment  sur  le  fémur,  le  tibia,  le  radius,  les  métacarpiens  et  les 
divers  segments  phalangiens  des  doigts,  os  dont  l'ossification  se  ter- 


FiG.  88.  —  Le  crâne  du  géant  Constantin  (face). 
(Augmentation   du    diamètre  vertical  de  la   face.) 

mine  normalement  à  un  âge  variant  entre  dix-huit  et  vingt-quatre  ans. 
Mais  sur  les  pièces  osseuses  (fémur,  humérus),  que  nous  avons  emprun 


324  GIGANTISME.  —   INFANTILISME.  —  ACROMEGALIE. 

tces   au  squelette  de  Constantin,  il  est  facile  d'observer  directement, 


FiG.  89.  —  Le  fémur  du  géant  Constantin,  comparé  avec  le  fémur  d'un  adulte  normal. 
(L'épiphyse  inférieure  vient  à  peine  de  se  souder  à  la  diaphyse  chez  le  géant.) 

soit  la  soudure  récente,  soit  aussi  la  non-soudure  des  diverses  parties 


( 


GIGANTISME.  -    INFANTILISME.  —  ACROMEGALIE.  325 

constituantes  des  os.  On  aperçoit,  en  effet,  sur  le  fémur  les  lignes 
de  démarcation  bien  nettes  qui  correspondent  à  la  jonction  toute 
récente  des  deux  extrémités  supérieure  et  inférieure  au  corps  de 
l'os. 

Sur  niioncrus,  la  séparation   de   la  tête  est  encore  complète,  elle  s'est 


FiG.  90.  —  L'humérus  du  géant  Constantin.  (Non-soudure  de  1  epiphyse  supérieure.) 

faite  au  cours  des  différentes  manœuvres  nécessitées  par  la  préparation 
du  squelette.  Si  on  considère  que  le  géant  Constantin  avait  plus  de 
vingt-neuf  ans  quand  il  est  mort  et  que  la  tête  humérale  se  soude  au 
corps  de  l'os  normalement  de  vingt  et  un  à  vingt-cinq  ans,  chez  l'homme, 
on  reconnaîtra  que  cette  absence  totale  de  soudure  constitue  un  retard 
vraiment  remarquable  de  l'ossification. 


326  GIGANTISME.  —   INFANTILISME.  —  ACROMEGALIE. 

De  ces  différentes  constatations,  il  résulte  que  Constantin 
est  tout  à  la  fois  un  (jéanl  acroinégalique  par  le  crâne  [dilata- 
tion de  la  selle  tiircique,  prognathisme  du  maxillaire  infé- 
rieur^ etc.),  et  un  géant  infantile  par  le  squelette  des  membres 
[allongement  du  train  postérieur,  jyersistance  des  cartilages  de 
conjugaison)  et  par  V atrophie  génitale. 

Chez  lui  se  trouvent  réunis  tous  les  éléments  susceptibles  de 
confirmer  l'opinion  formulée  il  y  a  longtemps  par  Brissaud  et 
Henry  Meige,  opinion  que  nous  avons  cherché  à  étayer  sur  des 
faits  et  que  l'on  peut,  en  l'élargissant,  formuler  de  la  manière 
suivante  :  Le  gigantisme  est  V acromégalie  de  V adolescence  (Brissaud 
et  Meige),  le  gigantisme  est  V  acromégalie  des  sujets  aux  cartilages 
cpiphysaires  non  ossifiés,  quel  que  soit  leur  âge  (Launois  et  Roy). 

Pendant  un  certain  temps,  Constantin  ne  fut  qu'un  géant,  un 
«  géant  pur  »,  comme  disent  certains  auteurs,  un  «  géant  infan- 
tile »,  comme  nous  le  disons  aujourd'hui.  A  l'époque  de  sa 
mort,  il  avait  déformé  son  crâne  et  commencé  à  déformer  sa 
face,  mais  ses  os  longs  continuaient  encore  à  s'accroître  en 
longueur;  il  restait  géant  infantile  par  les  membres  alors  qu'il 
était  déjà  géant  acromégalique  par  le  crâne.  Il  n'est  pas  dou- 
teux qu'une  survie  de  quelques  années,  en  favorisant  la  clôture 
de  son  ossification  enchondrale  retardée,  ne  lui  eût  permis  de 
compléter  le  tableau  classique  des  déformations  acromégali- 
ques.  Son  évolution  dystrophiée  aurait  été  en  tous  points  sem- 
blable à  celle  du  géant  Simon  Botis,  chez  lequel,  pendant  les 
deux  dernières  années  de  sa  vie,  de  trente-cinq  à  trente-sept 
ans,  précisément  au  moment  où  la  taille  cessait  de  croître,  on 
vit  apparaître  successivement  toutes  les  déformations  acromé- 
galiques.  (Voir  page  122.) 

L'étude  biologique  et  anatomique  du  géant  Constantin  nous 
semble  apporter  la  solution  définitive  du  curieux  problème, 
naguère  encore  discuté,  des  relations  qui  existent  entre  le 
gigantisme  et  l'acromégalie.  Les  arguments  que  faisaient 
valoir  unicistes  et  dualistes  avaient  été  formulés,  pour  la  der- 
nière fois,  d'une  façon  précise,  en  1896,  à  la  Société  médicale 
des  Hôpitaux  de  Paris  (séances  du  1"  et  du  14  mai),  par  Brissaud 
et  Pierre  Marie. 

Les  dualistes  admettaient  que  l'acromégalie  est  une  affection 
caractérisée  par  l'hypercroissance  localisée  du  squelette,  tandis 


1 


GIGANTISME.  —   INFANTILISME.  —  ACROMEGALIE.  327 

que  le  gigantisme  n'est  que  l'exagération  généralisée  du  pro- 
cessus ostéogénique  normal. 

Au  contraire,  les  unicistes,  avec  Brissaud  et  Henry  Meige,  esti- 
maient que  le  gigantisme  et  lacromégalie  sont  une  seule  et 
même  dystrophie  se  manifestant  à  deux  âges,  ou,  mieux,  à  deux 
périodes  différentes  de  la  croissance. 

Les  faits  que  nous  avons  rassemblés,  les  commentaires  dont 
nous  les  avons  accompagnés  nous  paraissent  avoir  apporté 
une  confirmation  éclatante  à  l'opinion  professée  par  Brissaud 
et  Henry  Meige,  Woods  Hutchinson  et  tous  les  unicistes. 

D'ailleurs,  dans  une  des  dernières  leçons  qu'il  a  professées 
à  la  Faculté,  Pierre  Marie  (')  reconnaissait  «  que  plus  on 
observe,  plus  on  rencontre  de  géants  acromégaliques  ». 

L'observation  du  géant  Charles  et  surtout  celle  du  géant 
Constantin  confirment  pleinement  cette  assertion  et  on  peut 
ajouter  que,  non  seulement  le  nombre  des  géants  acroméga- 
liques s'élève  à  mesure  qu'on  les  étudie  mieux,  mais  aussi 
qu'il  ne  serait  guère  possible  d'apporter  aujourd'hui  une  obser- 
vation complète  de  géant,  basée  sur  des  documents  recueillis 
soit  pendant  la  vie,  soit  après  la  mort,  qui  ne  mentionnât  un 
plus  ou  moins  grand  nombre  de  déformations  acromégaliques; 
en  sorte  qu'on  est  autorisé  à  conclure  que,  si  tous  les  géants 
ne  sont  pas  des  acromégaliques,  tous  ceux  du  moins  qui  ne  le  sont 
pas  déjà  sont  aptes  à  le  devenir. 


Les  tares  physiques,  que  nous  venons  d'analyser,  s'accom- 
pagnent de  tares  psychiques,  qui  viennent  confirmer  la  dé- 
chéance des  géants.  L'étude  de  leur  état  mental  mérite  de  rete- 
nir Tattention. 


Faibles  de  corps  aussi  bien  que  d'esprit,  dit  Isidore  Geoffroy 
Saint-Hilaire  (")  en  parlant  des  géants.  Nous  ne  saurions  que 
confirmer  cette  assertion  et,  sans  vouloir  affirmer  le  constant 
parallélisme  des  tares  physiques  et  des  tares  mentales,  il  est 

(')  Pierre  Marie,  Leçons  inédites  sur  les  maladies  du  système  nerveux  pro- 
fessées à  la  Faculté  de  médecine  de  Paris,  1903  (d'après  les  notes  recueillies 
par  l'un  de  nous). 

(2)  Loc.  cit.,  t.  I,  p.  182. 


328  GIGANTISME.  —  IiNFANTILISME.  —  ACROMEGALIE. 

certain  que  tous  ces  géants  dont  nous  avons  décrit  le  corps 
dysliarmonieuxet  contrefait  ne  sauraient  posséder  un  bel  esprit 
et  bien  équilibré. 

De  tout  temps  l'inintelligence  des  géants  a  été  célébrée  dans 
tous  les  pays  par  la  victoire  sur  eux  des  petits  au  corps  souple 
et  à  l'esprit  subtil  :  les  ruses  de  David  triomphent  aisément 
de  la  lourdeur  de  Goliath;  on  a  comparé,  sans  avantage  pour 
le  plus  grand,  l'intelligence  qu'expriment  les  deux  figures 
prêtées  par  les  Grecs  au  colossal  Hercule  et  à  l'harmonieux 
Apollon  ;  les  géants  réunis  à  la  cour  de  Vienne  restent  impuis- 
sants et  désarmés  devant  les  moqueries  de  leurs  compagnons, 
les  nains;  etc.,  etc.  (^). 

Nos  observations  et  celles  que  nous  avons  reproduites 
n'infirment  guère  le  sentiment  antique  et  universel  sur  la  faible 
intelligence  des  géants.  On  trouve  parmi  eux,  a-t-on  dit,  plus 
de  tambours-majors  que  d'académiciens.  Cette  boutade  reste 
vraie  en  ce  qui  concerne  nos  observations  et,  si  nous  avons 
observé  et  décrit  un  ancien  tambour-major  haut  de  2'", 12, 
(Obs.  VIII,  page  159),  en  revanche  aucun  autre  géant  n'est 
venu  compenser  cette  vérification  par  l'éclat  de  son  esprit.  De 
profession,  ils  n'en  ont  pas;  leur  hauteur  les  a  dispensés 
d'apprendre  un  métier;  leur  stature  les  fait  vivre,  simples 
phénomènes  forains  ou  peu  redoutables  lutteurs.  Les  observa- 
teurs ne  parlent  guère  de  facultés  mentales  et  réservent  tous 
leurs  soins  j^our  l'étude  de  leurs  anomalies  physiques. 

Pourtant,  en  réunissant  quelques-uns  des  traits  mentionnés, 
on  peut  voir  que  la  mentalité  de  la  plupart  des  géants  est  iden- 
tique et  caractérisée  surtout  par  une  débilité  des  trois  grands 
modes  de  l'activité  psychique.  Cette  lenteur  des  réactions  qui 
en  fait  des  êtres  mous,  efféminés,  sans  énergie  ni  volonté,  se 
retrouve  dans  les  divers  processus  intellectuels  proprement 
dits  :  sensations  émoussées,  perceptions  imprécises,  mémoire 
languissante,  pauvreté  d'imagination;  l'état  de  leurs  facultés 
d'acquisition  et  de  conservation  ne  leur  permet  guère  d'arriver 
à  un  haut  degré  de  culture  intellectuelle,  leurs  goûts  les  portant 
bien  plus  vers  les  tours  de  force  aisés  que  vers  les  études 
ardues.   Mais    c'est    surtout    dans    les    facultés    d'élaboration 

(')  Voir  chap.  II        52. 


GIGANTISME.  —   INFANTILISME.  —  ACROMKGALIE.  329 

(raisonnement,  jugement,  etc.)  que  se  traduit  leur  débilité 
intellectuelle  :  notre  géant  Charles,  au  milieu  de  sa  grande 
détresse  physique  et  morale,  a  gardé  une  partie  de  la  verve 
qui  lui  permettait  autrefois  de  composer  les  boniments  destinés 
à  racoler  les  curieux;  aujourd'hui,  pour  exploiter  la  charité,  ses 
mots  ne  sont  jamais  bien  compliqués  ('). 

Chez  le  grand  Charles,  comme  chez  beaucoup  d'autres 
géants,  les  troubles  psychiques  se  manifestaient  dans  le 
domaine  de  la  sensibilité  bien  plus  encore  que  dans  celui  de 
l'activité  et  de  l'intelligence  proprement  dite  :  fanfarons,  au 
point  de  se  targuer  d'une  vigueur  invraisemblable  ou  de 
s'attribuer  d'impossibles  exploits  génésiques,  les  géants  sont 
menteurs  par  métier,  pour  ainsi  dire;  ils  mentiront  sur  la 
mesure  exacte  de  leur  taille,  sur  celle  de  leurs  parents,  sur  leur 
âge,  sur  leur  histoire,  sur  tout  en  un  mot,  et  l'on  conçoit 
la  difficulté  qu'il  y  a  en  certains  cas  à  prendre  d'eux  une 
observation  authentique.  Indolents,  susceptibles,  peu  aimables, 
irascibles,  insociables,  ils  ne  se  prêtent  guère  aux  exigences  de 
la  vie  en  commun  :  Charles,  hospitalisé  à  Bicêtre,  n'avait  pu  y 
demeurer;  K...,  notre  ancien  tambour-major,  s'était  rendu 
insupportable  par  ses  exigences  dans  notre  salle  de  l'hôpital 
Tenon.  Chez  beaucoup,  on  trouve  cette  mobilité  de  l'humeur, 
cette  émotivité  (Charles  pleurait  pour  un  rien;  le  seul  fait  d'at- 
tirer son  attention  sur  son  infirmité  provoquait  les  larmes)  ("), 
ces  fanfaronnades  et  jusqu'à  ces  mensonges  qui  rappellent 
l'état  mental  que  E.  Dupré  a  désigné  sous  le  nom  de  puérilisme  (^). 
Le  géant  lutteur  A...,  qui  ne  voulut  pas  consentir  à  nous  laisser 
prendre  son  observation,  montrait  avec  orgueil  ses  biceps,  ses 
bijoux,  vantait  sa  force,  sa  santé,  son  esprit,  affirmait  qu'il 
parlait  couramment  toutes  les  langues  et  se  targuait  de  fabuleux 
engagements  pour  les  Amériques.  (Obs.  XXXIX,  p.  368.) 

Sans  vouloir  insister  sur  tous   ces  faits   et   sans  rappeler 


(M  A  plusieurs  reprises  des  tentatives  ont  été  faites  ponr  produire  de 
tous  les  géants  au  théâtre;  mais  le  plus  souvent  ils  se  sont  montrés  inca- 
pables de  remplir  aucun  autre  rôle  que  celui  de  figurant  muet. 

(^)  Peut-être  aussi  faut-il  réserver  une  part  à  la  dépression  mélancolique  des 
infantiles  en  rapport  avec  l'impossibilité  de  satisfaire  leur  instinct  génésique. 
(BÉRiLLON,  Soc.  de  pathol.  comparée,  9  déc.  1902.) 

(')  <>  Leur  intelligence  ne  dépasse  pas  le  stade  de  l'enfance  »,  dit  Woods 
HuTcniNSON.  New-York  med.  Journal,  21  juillet  1900. 


330  GIGA^"TISME.  —   INFANTILISME.  —  ACROMEGALIE. 

encore  les  cas  cités  ailleurs  cValcoolisme,  fréquents  chez  les 
géants  de  la  foire,  ou  à\iliénaiion  menlale  «  prophéto manie  » 
du  géant  Daniel,  portier  de  Cromwell,  interné  à  Bedlam,  il 
semble  bien  que  le  développement  intellectuel  de  la  majorité 
des  géants  reste  au-dessous  de  la  moyenne. 

On  pourrait  se  demander  si  cette  obnubilation  intellectuelle 
n'est  pas  en  rapport,  dans  certains  cas,  avec  la  tumeur  pitui- 
taire,  dont  un  grand  nombre  de  géants  ont  été  trouvés  porteurs, 
et  ne  doit  pas  être  rapprochée  de  la  faiblesse  de  mémoire  et  de 
la  céphalée  si  fréquemment  notées  au  cours  de  racromégalie. 
Cette  explication,  valable  sans  doute  seulement  pour  un  cer- 
tain nombre  de  cas,  nous  paraît  cependant  assez  vraisemblable 
pour  rendre  compte  des  troubles  profonds  de  l'humeur  qui  se 
montrèrent  pendant  les  derniers  jours  de  la  vie  de  l'ex-tambour- 
major  K —  Une  tumeur  cérébrale  aussi  volumineuse  que  celle 
qui  fut  trouvée  à  son  autopsie  ne  va  pas  sans  déterminer 
quelques  phénomènes  de  compression  intra-crànienne.  Mais 
cette  cause  paraît  assez  exceptionnelle,  et,  chez  le  plus  grand 
nombre,  en  particulier  chez  les  géants  infantiles,  la  débilité 
mentale  est  d'origine  congénitale  et  ne  fait  que  traduire  l'arrêt 
de  développement  intellectuel  parallèle  à  l'arrêt  de  développe- 
ment physique.  Le  jyuérilisme  mental  de  certains  géants  ne  re- 
présente ainsi,  suivant  la  définition  classique,  que  la  persis- 
tance,  chez  des  svjets  ayant  atteint  ou  dépassé  fâge  de  la  puberté, 
de  caractères  psychiques  appartenant  à  V enfance. 


LIVRE    TROISIÈME 


CONSIDÉRATIONS  GÉNÉRALES  ET  PATHOGÉNIE 


Les  trois  dystrophies,  V infantilisme.,  le  çiigantisme  et  Vacromé- 
galie.,  que  nous  venons  d'étudier  isolées  ou  associées,  s'accom- 
pagnent de  troubles  manifestes  dans  la  morphologie  du  sque- 
lette. Elles  allongent  certains  os,  épaississent  leurs  segments 
terminaux,  élargissent  les  cavités  dont  quelques-uns  sont 
creusés.  Elles  doivent  aussi  modifier  plus  ou  moins  profon- 
dément leur  constitution  anatomique,  mais  les  documents  que 
nous  avons  eus  à  notre  disposition  ne  nous  ont  pas  permis  de 
poursuivre,  à  l'aide  du  microscope,  les  altérations  survenues 
dans  le  processus  histogénique  formateur,  ni  dans  la  texture  des 
os.  Pour  apprécier  l'étendue  et  l'importance  de  ces  altérations, 
il  importe  de  rappeler  le  mode  suivant  lequel,  à  l'état  normal, 
les  os  croissent  en  longueur  et  en  épaisseur.  La  comparaison 
entre  les  résultats  de  l'évolution  normale  et  de  l'évolution 
pathologique  ne  sera  pas  dépourvue  d'intérêt. 

V allongement  normal  des  os  se  fait,  pendant  la  croissance,  aux 
dépens  de  deux  lames  demeurées  cartilagineuses  et  situées,  à 
chacune  de  leurs  extrémités,  entre  les  épiphijses  et  la  diaphyse 
{cartilages  de  conjugaison,  cartilages  juxta-épipliysaires) . 

Dans  la  partie  moyenne  de  chaque  lame  on  trouve  du  tissu 
cartilagineux  et  on  le  voit  disparaître  progressivement  sur  les 
deux  faces,  à  mesure  que  l'os  se  substitue  à  lui. 

Les  modifications,  dont  il  est  le  siège,  ont  été  minutieuse- 
ment analysées  par  les  histologistes.  En  allant  du  centre  de  la 
lame  cartilagineuse  vers  l'os  diaphysaire,  on  trouve  en  effet  du 
tissu  cartilagineux  lujalin  typique,  dont  les  cellules,  encapsulées, 
sont  disséminées  sans  ordre  dans  la  substance  fondamentale.  On 


334  CONSIDERATIONS  GENERALES   ET  PATHOGENIE. 

voit  ensuite  les  éléments  cellulaires,  subissant  une  multiplica- 
tion active,  former  des  groupes  de  cellules  filles,  incluses  dans 
des  capsules  mères,  allongées,  disposées  parallèlement  les  unes 
à  côté  des  autres  et  perpendiculairement  au  plan  du  cartilage 
de  conjugaison.  Broca  avait  donné  à  cette  couche  le  nom  de 
couche  chondroïdc;  comme  il  ne  s'agit  pas  d'une  formation 
semblable  à  du  cartilage  mais  bien  de  cartilage  vrai,  dans 
lequel  les  éléments  sont  disposés  d'une  façon  particulière,  on 
l'appelle  plus  justement,  avec  Ranvier,  cartilage  sérié. 

En  se  rapprochant  davantage  de  la  diaphyse,  on  voit  immé- 
diatement succéder  à  la  zone  précédente  une  couche  dans 
laquelle  les  piles  cellulaires  sont  de  moins  en  moins  régulières. 
Les  plus  avancées  dans  leurs  transformations  se  désagrègent 
et  se  groupent  en  amas  irréguliers,  après  avoir  résorbé  leurs 
capsules  propres.  Elles  se  présentent  sous  l'aspect  de  masses 
sphériques  ou  ovoïdes  de  protoplasma  avec  un  noyau  et  sont 
redevenues  cellules  embryonnaires.  Les  cavités  qui  les  con- 
tiennent sont  limitées  par  des  bords  festonnés,  irréguliers  et 
les  travées  sinueuses,  qui  les  séparent  les  unes  des  autres,  se 
sont  infiltrées  de  sels  calcaires,  dont  on  surprend,  par  places, 
le  dépôt  sous  la  forme  de  granulations  fines  ou  de  grains  angu- 
leux. Le  tissu,  qui  a  un  aspect  blanc  mat  tout  à  fait  particulier, 
est  appelé  cartilage  calcifié. 

Ainsi  modifié  dans  sa  constitution  histo-chimique,  le  tissu 
cartilagineux  est  attaqué  par  des  macrophages,  les  ostéoclastes  ; 
ils  éventrent  les  travées,  ouvrent  les  capsules  et  préparent  le 
chemin  aux  vaisseaux  embryonnaires,  amenant  avec  eux  des 
cellules  conjonctives,  les  ostéoblastes,  qui  vont  prendre  la  place 
occupée  par  les  cellules  cartilagineuses.  On  donne  à  cette 
couche  le  nom  de  zone  ostéoïde  ou  ossiforme. 

Les  lamelles  osseuses  avec  leurs  cellules  caractéristiques  ne 
tardent  pas  à  apparaître  :  en  effet,  à  la  partie  inférieure  de  la 
zone  ossiforme,  on  voit  les  cellules  se  disposer  régulièrement  à 
la  surface  des  travées  cartilagineuses  calcifiées  et  y  produire 
graduellement,  par  élaboration  de  leur  protoplasma,  des  strati- 
fications successives  de  tissu  osseux.  Les  travées  de  cartilage 
calcifié,  servant  de  support,  méritent  à  juste  titre  l'appellation 
de  travées  directrices  de  l'ossification  qu'on  leur  a  donnée  et  la 
zone,   qui   les   renferme,  celle  de  zone  d'ossification.  Ainsi   se 


CONSIDERATIONS  GENERALES   ET  PATIIOGENIE.  335 

forme  du  tissu  osseux,  primitivement  spongieux,  qui  se  continue 
avec  celui  du  corps  et  des  extrémités  de  l'os. 

Sans  insister  plus  longuement  sur  le  sort  réservé  aux  cellules 
cartilagineuses  revenues  à  l'état  embryonnaire,  nous  admet- 
trons, avec  les  classiques,  que,  par  aucun  de  ses  éléments,  le 
tissu  cartilagineux  ne  se  transforme  en  tissu  osseux.  S'il 
présente  une  multiplication  active  de  ses  cellules,  c'est  qu'il 
doit  croître  en  même  temps  que  l'os  s'édifie,  car  toute  portion 
d'os,  une  fois  formée,  ne  croît  plus;  elle  est  soumise  à  de 
multiples  remaniements  intérieurs,  mais  le  volume  de  sa  masse 
totale  ne  subit  pas  de  variations.  «  L'os  en  formation,  dit 
Mathias  Duval  ('),  est  comme  une  ville  qu'on  démolit  et  qu'on 
rebâtit  continuellement,  mais  dont  la  superficie  ne  s'étend 
pas.  »  Le  processus,  que  nous  venons  d'analyser,  est  un  véri- 
table processus  néoplasique,  dans  lequel  un  tissu  nouveau  se 
substitue  à  l'ancien,  sans  lui  emprunter  ses  éléments  consti- 
tutifs, en  les  utilisant  simplement  comme  moyen  de  soutien  au 
cours  de  son  édification. 

Le  mode  d'ossification,  dont  nous  venons  de  résumer  les 
étapes,  est  un  mode  actif  et  continu.  Il  se  poursuit  en  effet  len- 
tement pendant  l'enfance  et,  au  moment  de  l'adolescence,  il 
s'exagère,  souvent  d'une  façon  brusque,  déterminant  une  crois- 
sance plus  ou  moins  rapide.  Celle-ci  s'arrête  d'une  façon 
définitive,  chez  l'homme,  vers  l'âge  de  vingt-quatre  à  vingt-cinq 
ans,  ainsi  qu'il  a  été  précédemment  indiqué  (page  48).  Si  on 
examine  alors  la  région  qui  correspondait  à  la  bande  cartila- 
gineuse juxta-épiphysaire,  on  n'en  retrouve  plus  de  traces  : 
le  cartilage  a  fait  place  à  l'os  et  la  fusion  de  l'épiphyse  à  la 
diaphyse  est  complète.  Cette  fusion,  si  facilement  observable 
sur  le  squelette,  après  la  mort,  l'est  également  aujourd'hui, 
grâce  à  la  radiographie,  pendant  la  vie.  A  l'âge  de  25  ans, 
chez  l'homme,  tous  les  cartilages  de  conjugaison  ont  disparu. 
Quand  l'ossification  en  longueur  est  close,  la  taille  a  acquis 
des  dimensions  qu'elle  ne  pourra  plus  dépasser  ;  elle  tendra 
au  contraire  à  diminuer  progressivement,  à  mesure  que  l'indi- 
vidu avancera  vers  la  sénescence. 

Mais,  en  même  temps  que  les  os  s'allongent,  ils  s'épaississent  : 

(')  Mathias  Duval,  Cours  cV Histologie  à  la  Faculté  (inédit). 


336  CONSIDÉRATIONS  GENERALES   ET  PATHOGENIE. 

Vépaississemenl  des  os  est  en  rapport  avec  les  fonctions  du  périoste. 
Cette  membrane  n'épuise  pas  en  effet  son  activité  formatrice 
pendant  les  premières  années  de  la  vie;  elle  la  conserve  pendant 
toute  la  durée  de  la  croissance  du  squelette.  Lorsque  le  déve- 
loppement du  squelette  est  complet,  la  couche  ostéogène  de- 
vient stérile;  toutefois,  ainsi  que  l'ont  démontré  les  expé- 
riences si  savamment  conduites  par  OUier  ('),  on  peut  rendre  au 
périoste  adulte  les  propriétés  formatrices  du  périoste  jeune.  Il 
suffit,  pour  cela,  de  le  soumettre  à  une  irritation  lente  et 
aseptique  :  en  le  piquant,  en  le  décollant,  en  le  dilacérant 
même,  mais  sans  le  faire  suppurer,  on  provoque  une  périostite 
plastique.  La  membrane  se  vascularise,  s'épaissit  :  sa  coucbe 
ostéogène  redevient  active  et  donne  naissance  à  des  lamelles 
osseuses  qui  se  superposent  à  celles  déjà  existantes. 

Tels  sont  les  deux  processus  qui,  concourant  à  l'allongement 
et  à  l'épaississement  des  os,  aboutissent  à  la  constitution 
définitive  du  squelette.  Normalement  leur  évolution  s'arrête, 
chez  l'homme,  entre  la  vingt-quatrième  et  la  vingt-cinquième 
année.  Mais,  sous  des  influences  diverses,  la  croissance  en 
longueur  peut  se  poursuivre  bien  au  delà  du  terme  habituel;  de 
même,  des  os,  déjà  complètement  formés,  peuvent  s'épaissir 
plus  particulièrement  au  niveau  de  leurs  extrémités. 

La  prolongation  de  la  croissance  en  longueur  est  bien  due, 
comme  l'avait  supposé  Brissaud,  à  la  persistance  anormale  du 
processus  ossificateur  dans  les  cartilages  de  conjugaison  et  il 
s'agit  bien  d'une  hypercroissance  par  continuité  d\ni  processus 
normal  au  delà  de  ses  limites  liabituelles.  De  même  l'épaissis- 
sement des  os,  et  plus  particulièrement  des  extrémités  des  os, 
est  bien  dû,  comme  l'avait  démontré  Pierre  Marie,  à  la  revi- 
viscence de  l'activité  ossificatrice  du  périoste. 

Quant  à  la  cause  qui  entretient  ou  qui  réveille,  dans  certains 
organismes,  le  processus  formateur  de  la  substance  osseuse,  elle 
est  demeurée  pendant  longtemps  méconnue.  Les  travaux 
entrepris  dans  ces  dernières  années,  sans  avoir  complètement 
élucidé  les  conditions  qui  régissent  le  développement  du 
squelette,   ont  cependant  permis    d'entrevoir,  sinon  de  nette- 

(')  Ollier,  Traité  des  résecLions  et  des  opérations  conservatrices  que  Ton 
peut  pratiquer  sur  le  système  osseux.  — La  régénération  des  os  et  les  résec- 
tions sous-périostées.  Encyclopédie  Léauté. 


CONSIDÉRATIONS  GÉNÉRALES  ET  PATIIOGÉNIE.  337 

ment  déterminer,  le  rôle  qui  appartient  aux  glandes  à  sécrétion 
interne  (M. 


ROLE    DES   GLANDES   A   SÉCRÉTION    INTERNE 

Les  constatations  faites  soit  chez  les  individus  privés  congé- 
nitalement  de  leurs  testicules,  de  leurs  ovaires,  soit  chez  les 
eunuques,  soit  chez  les  animaux  castrés,  ont  mis  en  lumière  les 
relations  qui  existent  entre  le  gigantisme  et  les  glandes  génitales. 

1"  Glandes  génitales.  —  Il  est  de  notion  courante  que  la 
croissance  du  squelette  est  surtout  active  au  moment  de  la 
puberté,  c'est-à-dire  à  la  période  de  la  vie  où  se  développe  l'ap- 
pareil de  la  reproduction.  On  sait  aussi  qu'elle  s'arrête  quand 
ce  même  appareil  a  atteint  son  summum  de  développement. 
Si  les  glandes  génitales  sont  atrophiées  dès  la  naissance,  ou 
enlevées  avant  la  puberté,  la  croissance  du  squelette  se  pour- 
suit comme  chez  un  enfant  et  de  la  même  façon,  c'est-à-dire  par 
persistance  de  l'ossification  dans  les  cartilages  juxta-épiphy- 
saires.  De  plus,  comme  chez  l'enfant  ou,  mieux  encore,  comme 
chez  le  pubère,  elle  est  surtout  active  au  niveau  des  extrémités 
des  os  longs  de  l'arrière-train.  Non  seulement  les  os  s'allon- 
gent, mais  ils  sont  encore  profondément  modifiés  dans  leur 
constitution  anatomique.  «  A  la  coupe,  écrit  Poncet  (^),  dont 
le  dire  a  été  confirmé  par  son  élève  Pirsche  (^),  la  substance 
compacte  semble  un  peu  augmentée  de  volume  et  le  canal 
médullaire  est  agrandi.  Les  os  sont  plus  droits  qu'à  l'état  nor- 
mal, les  inflexions  et  les  courbures  y  sont  absentes  ou  peu 
accusées.  Ces  modifications  sont  surtout  marquées  au  niveau 
des  os  qui  forment  le  squelette  des  membres  postérieurs.  » 

Quelle  explication  pouvons-nous  donner  de  ces  faits,  aujour- 
d'hui qu'instruits  par  Brown-Séquard  nous  savons  que  les 
glandes   génitales  possèdent  une  véritable   sécrétion  interne, 

(')  Robert  Caruette,  Les  dystrophies  du  cartilage  de  conjugaison  dans  leurs 
rapports  avec  la  croissance  générale  du  squelette.  Thèse  de  Paris,  1904. 

(-)  Poncet,  Influence  de  la  castration  sur  le  développement  du  squelette. 
Congrès  de  l'Assoc.  franc.,  etc.  Session  du  Havre,  26  août  1877,  et  Soc.  de  Méd. 
de  Lyon,  25  mars  1896. 

(5)  Pirsche,  Thèse  de  Lyon,  1902. 

LAUNOIS    ET   ROY  22 


338  CONSIDERATIONS  GENERALES  ET  PATIIOGENIE. 

indispensable  au  bon  fonctionnement  de  l'organisme?  Nous  ne 
pouvons  répondre  que  par  des  hypothèses  et  rappeler,  avec 
Delbet  ('),  les  observations  de  Truzzi  sur  l'influence  favorable 
de  la  castration  dans  la  cure  de  l'ostéomalacie,  la  pratique  de 
Fochier  (-)  et  de  nombre  de  chirurgiens.  Curatullo  et  Torcelli  ("'), 
Gomès  (')  ont  montré  que  la  castration,  comme  la  ménopause, 
modifie  lia  composition  normale  de  l'urine,  diminue  sensible- 
ment la  quantité  d'acide  phosphorique  éliminé  et  la  teneur  en 
sels.  Ainsi  se  trouve  en  partie  expliqué  le  rôle  que  peut  jouer 
Tablation  des  glandes  génitales  sur  la  décalcification  morbide 
du  squelette  constatée  dans  l'ostéomalacie  et  peut-être  aussi  le 
rôle  de  l'atrophie  et  de  l'ablation  des  mêmes  glandes  dans  les 
modifications  du  chimisme  urinaire  observé  chez  les  géants 
infantiles  (page  67). 

De  même,  dans  l'acromégalie,  affection  dans  laquelle  les 
troubles  génitaux  sont  fréquents  et  précoces,  on  a  constaté  des 
modifications  dans  la  composition  de  l'urine.  Si  certains  obser- 
vateurs, Schiff  (■'),  Ruttle  etDuchesneau(''),  admettent  une  élimi- 
nation plus  abondante  qu'à  l'état  normal  de  phosphore, 
d'autres,  tels  que  von  Moraczewski  ('),  Tanszk  et  B.  Vas  (^j, 
Parhonr),  constatent  au  contraire  sa  rétention  dans  l'orga- 
nisme. Cette  rétention  ne  doit  pas  être  sans  relations  avec  les 
modifications  observées  dans  l'ossature,  et  on  comprend  que 
Freud  et  Verstraeten  ('")  admettent  que  l'acromégalie,  comme 
pour  nous  certains  cas  de  gigantisme,  soit  due  à  un  défaut  de 
fonctionnement  des  glandes  génitales.  Il  n'est  pas,  dès  lors, 
irrationnel  de  supposer  que  la  castration  ou  des  troubles  impor- 
tants dans  le  fonctionnement  des  glandes  génitales  retentissent 

(')  Delbet,  Traité  de  Pathologie  générale  de  Bouchard,  t.  V,  p.  318. 

C^)  Fochier,  Académie  de  Médecine.  Séance  du  14  avril  1905. 

{"')  Curatullo  et  Torcelli,  L'influence  de  l'exlirpalion  des  ovaires  sur 
l'échange  des  matières.  Therapeutische  Wochenschrift,  1895,  p.  451  à  454. 

(*)  GoMÈs,  De  Vopo thérapie  ovarienne.  Thèse  de  Paris,  1898. 

(S)  Schiff,  Wiener  klin.  Woch.,  1897,  n°  12,  p.  279. 

(^)  Ruttle  et  Duchesneau,  cité  par  Parhon,  p.  10. 

Ç)  W.  D.  von  Moraczewski,  Stoffwechesel  bei  Agromegalie  unter  der 
Behandlung  mit  Sauerstoff,  Phosphor,  etc.  Zeitschrift  filr  klin.  MecL,  1901, 
Bd.  XLIII,  Hcft  5  und  4. 

(^)  J.  Tanszk  et  B.  Vas,  Beitrâge  zum  Slofl'vvechsel  bei  Akromegalie.  Peters. 
Mediz.  Chirurg.  Presse,  1899,  r,°  9. 

(^)  C.  Parhon,  Contributiuni  la  Sludiul  schiinburilor  nutritive  in  Acromegalie. 
Bucuresti,  1903. 

('")  Freud  et  Verstraeten,  cité  par  Parhon,  p.  37. 


■CONSIDERATIONS  GENERALES   ET  PATHOGENIE.  339 

sur  la  constitution  du  squelette,  en  supprimant  la  source  d'un 
produit  qui  normalement  active  l'oxydation  des  substances 
organiques  phosphorées.  Cette  supposition  est  d'ailleurs  d'ac- 
cord avec  la  constatation  bien  établie  du  pouvoir  oxydant 
du  suc  testiculaire  et  de  la  spermine.  En  tout  cas,  ce  trouble, 
causé  par  la  castration  dans  l'oxydalion  des  matériaux  phos- 
phores aux  dépens  desquels  sont  formés  les  os,  suffît  à  expli- 
quer l'influence  de  la  suppression  des  glandes  génitales,  tout 
au  moins  sur  le  développement  d'un  squelette  encore  jeune, 
encore  incomplet  dans  son  évolution.  «  11  est  hors  de  doute, 
écrit  Guinard('),  que  c'est  à  une  stimulation  des  échanges  et 
des  oxydations  qu'il  faut  ramener  l'influence  tonifiante  des 
glandes  génitales  et  de  leur  sécrétion  interne.  Mais,  à  ce  point 
de  vue,  ces  glandes  peuvent  trouver  des  suppléances,  soit  dans 
les  autres  glandes  et  les  autres  éléments,  soit  dans  la  stimula- 
tion générale  et  la  suractivité  fonctionnelle  qui  proviennent  du 
mouvement  et  du  travail  musculaire.  » 

Le  prohlèine  de  la  suppléance  les  unes  par  les  autres  des  glandes 
à  sécrétion  interme,  tout  nouvellement  posé,  n'a  pas  encore  reçu 
sa  solution.  Cependant  les  données  recueillies  sont  fort  impor- 
tantes et  déjà  pleines  de  promesses.  C'est  ainsi  que  l'on  a 
cherché  à  établir  la  part  qui  revient  au  thymus,  à  la  glande 
thyroïde,  à  f hypophyse  dans  les  troubles  de  V ossification. 

2"  Thymus.  —  La  persistance  du  thymus  ou  sa  reviviscence  a 
été  constatée  plusieurs  fois  à  l'autopsie  des  acromégaliques. 
Cette  constatation  a  amené  Klebs  à  regarder  l'affection  comme 
due  à  un  fonctionnement  exagéré  de  cet  organe,  susceptible  de 
jeter  dans  la  circulation  des  germes  vasculaires,  allant  se  fixer 
au  niveau  des  extrémités  des  os.  Une  semblable  hypothèse  ne 
mérite  même  pas  de  retenir  l'attention;  il  n'en  est  pas  de  même 
pour  celle  qui  a  été  formulée  par  Massalongo  et  qu'on  peut 
résumer  de  la  façon  suivante  :  l'hypertrophie  constante  du 
corps  pituitaire  et  celle  fréquente  du  thymus,  organes  ayant 
une  importante  fonction  pendant  la  vie  fœtale,  ont  conduit  cet 
auteur  à  admettre,  dans  racromégalie,la  persistance  des  fonc- 


(')  GuiNARD,  art.   Castration   du  Dictionnaire  de  Physiologie  de  Ch.  Richet, 
t.  II,  p.  195. 


3'i0 


CONSIDERATIONS  GENERALES   ET  PATHOGÉNIE. 


lions  de  certaines  glandes  fœtales.  Tant  que  l'organisme  est 
en  voie  de  développement,  les  proportions  sont  conservées  et 
les  déformations  ne  sont  qu'apparentes.  A  peine  ce  dévelop- 
pement, cette  croissance,  de  par  l'évolution  ordinaire  de  l'or- 
ganisme, viennent-ils  à  s'arrêter,  au  voisinage  de  la  vingtième 
année,  qu'on  voit  apparaître  les  premières  manifestations  de 
l'acromégalie  et,  s'il  en  est  ainsi,  c'est  que  les  glandes  fœtales 
continuent  à  fonctionner  et,  contrairement  à  leur  habitude,  ne 
rentrent  pas  en  régression. 

Certains  faits  anatomo-patliologiques,  en  particulier  celui 
rapporté  tout  dernièrement  par  de  Silvestri  ('),  tendent  à  établir 
une  connexion  entre  l'apparition  des  déformations  acroméga- 
liques  et  la  persistance  du  thymus. 


V 


}tf 


'4   m. 


3"  Thyroïde.  —  En  ce  qui  concerne  les  relations  de  la  thy- 
roïde avec  les  troubles  de  T ossification  (-),  les  docu- 
ments sont  tout  à  la  fois  plus  nombreux  et  plus 
importants. 

En  1894,  Gley(')  a  montré  à  la  Société  de  Biolo- 
gie une  chèvre  à  laquelle  il  avait  pratiqué  l'abla- 
tion de  la  thyroïde  à  l'âge 
de  6  mois  et  qui,  à  la  suite 
de  cette  opération,  avait 
présenté,  entre  autres  phé- 
nomènes, une  petitesse  très 
marquée  de  la  taille. 

L'année    suivante,     Tra- 
chewski  (')    démontre   l'ac- 
tion  de  la  glande  thyroïde 
de    la   mère    sur   le  développement    du    squelette   du    fœtus. 
Hofmeister  (')    (1895)    observa    sur   des   lapins,  auxquels  il 
avait  enlevé    la    thyroïde,    que     le    raccourcissement    consi- 


FiG.  91. 


(')  Enrico  de  Silvestri,  Saccoma  del  mediastino  ed  acroinegalia.  Riforma 
meclica,  ann-.  XIX.  Num.  51,  1905. 

(-)  G.  Denîs,  [)■:■  Vinfluence  de  la  glande  thyroïde  sur  le  développement  du  sque- 
lette. Thèse  de  Lyoa,  1896.  —  Boullenger,  De  faction  de  la  glande  thyroïde  sur 
la  croissance.  Thèse  de  Paris,  1896. 

(')  Gley,  Comptes  rendus  de  la  Société  de  Biologie,  mai  1874. 

,(*)  Trachewski,  cité  par  Danis,  p.  20. 

(•^)  Hofmeister,  Beitrag  fur  Klin.  Ghir,,  1894.  Semaine  médicale,  1894. 


CONSIDÉRATIONS  GÉNÉRALES   ET  PATHOGÉNIE. 


341 


dérable  des  os  en  longueur  ne  consiste  pas  dans  une  ossi- 
fication prématurée  du  cartilage  de  conjugaison,  mais  au 
contraire,  dans  la  diminution  de  la  prolifération  cellulaire  du 
cartilage  de  conjugaison,  qui  est  le  siège  de  modifications 
multiples, 

Eiselsberg  (')  fait  une  étude  expérimentale  très  complète  du 
développement  du  squelette  chez  les  animaux  thyroïdectomisés 
et  montre  l'arrêt  de  la  croissance  sur  trois  agneaux  et  trois 
i:hevreaux.  Sur  ces  derniers  animaux,  il  note  les  mensurations 
suivantes  : 


Al 

nimal  témoin. 

B 

ouc  opéré. 

Chèvre  opérée. 

Longueur  de  la  tête.   .    . 

W,l 

10,8 

1R,2 

—        du  radius.  .    . 

15,7 

10 

9 

—        du  métacari>e. 

16 

11, S 

11 

—        du  fémur.    .    . 

17 

11 

10 

—        du'  tibia.  .    .    • 

19 

15 

12,5 

Ces  données  de  l'expérimentation  sont  pleinement  confirmées 
par  celles  de  la  chirurgie 
d'une  part,  et  par  celles  de 
la  hiédication  opothérapique 
d'autre  part.  De  nombreux 
faits,  ceux  en  particulier  re- 
cueillis par  Bourneville  (-), 
ont  montré  que  l'idiotie 
myxœdémateuse  congéni- 
tale, qui  s'accompagne  de 
marasme,  coïncide  toujours 
avec  l'absence  ou  l'altéra- 
tion de  la  glande  thyroïde; 
dans  toutes  les  autopsies, 
cette  alliance  des  dystro- 
pliies  osseuses  et  thyroï- 
diennes a  toujours  été  re- 
levée. 

Les  observations  de  myxœdème  post-opératoire  ne  tardèrent 
pas  à  apporter  un   faisceau  de   preuves  indiquant  plus  nette- 


FiG.  92. 


,    .*)  Eiselsberg,  Arcliiv.  filr  Chir.,  von  Langenbeck,  t.  XLIX. 

(2)  Bourneville,  Comptes  rendus  de  Dicctre  de  1880   à   1890   et  Bulletin  de   la 
Soc.  Méd.  des  Hnpitaux,  1896. 


3fi2  CONSIDERA'i'IONS  GENERALES  ET  PATIIOGENIE. 

ment  encore  les  relations  qui  unissent  la  glande  thyroïde  à 
l'évolution  du  squelette. 

Enfin,  le  rôle  du  corps  thyroïde  dans  la  pathogénie  de  cer- 
taines variétés  d'infantilisme  a  été  clairement  démontré  du 
jour  où  l'examen  radiographique  a  permis  d'analyser  l'état  des 
cartilages  de  conjugaison  pendant  la  vie. 

La  thérapeutique  est  venue,  à  son  tour,  donner  une  confir- 
mation éclatante  des  rapports  qui  existent  entre  la  thyroïde  et 
les  arrêts  de  croissance.  L'ingestion  de  fragments  de  glande 
fraîche  ou  de  préparations  thyroïdiennes  fut  suivie,  dans  de 
nombreux  cas,  d'une  augmentation  plus  ou  moins  marquée  de 
la  taille  des  sujets.  On  peut  citer  comme  exemples  les  mensu- 
rations qui  ont  été  recueillies  chez  des  individus  présentant  les 
tares  habituelles  de  l'infantilisme  myxœdémateux  et  soumis  au 
traitement  thyroïdien. 

Observations  de  : 

Combe  ('),    sujet  de.  .      2  ans,  grandit  de  11  centimètres  en      6  mois. 

Combe   ...."....       4  —  ^20  —  -          13    — 

liertoghe  (-) 14  —  18  —  189  jours. 

Hertoghe 6  —  9  —  105    — 

Bourneville  (5) 4  —  7  —  5  mois. 

Bourneville 11  —  9  —  10    — 

Jaunin(*) 16  l/'2  —  28  —  2  ans! 

Dans  tous  ces  cas,  la  reprise  ou  l'augmentation  de  la  crois- 
sance sont  nettement  dues  à  la  médication  thyroïdienne,  car 
les  mesures  relevées  pendant  la  cure  sont  supérieures  à  celles 
de  la  moyenne  normale. 

L'absence  de  corps  thyroïde  dans  tous  les  cas  de  myxœdème 
infantile  est  une  donnée  trop  classique  aujourd'hui  pour  qu'il 
soit  utile  d'insister  longuement  et  d'apporter  de  nouvelles 
preuves.  Les  observations  les  plus  démonstratives  ont  été 
publiées  par  Bourneville  et,  parmi  les  faits  qu'il  a  recueillis, 
il  en  est  deux  qui,  concernant  des  enfants  atteints  de  myxœdème 
post-opératoire  avec  dystrophie  du  squelette,  ont  la  valeur 
d'expériences  bien  conduites  : 


(*)  Combe,  Revue  médicale  de  la  Suisse  romande,  1895. 

(^)  Hertoghe,  BuUelin  de  f  Académie  roya'.e  de  Médecine  de  Belgique,  1795,  t.  IX. 

(^)  Bourneville,  Loco  citato. 

(*j  Jaunin,  Revue  médicale  de  la  Suisse  romande,  20  janvier  189G. 


CONSIDERATIONS  GENERALES   ET  PATIIOGENIE.  343 

Le  premier,  emprunté  à  Lancereaux  (*),  concerne  un  enfant 
âgé  de  15  ans  qui,  opéré  quatre  ans  auparavant,  c'est-à-dire 
antérieurement  à  la  puberté,  a  conservé  la  taille  qu'il  avait 
au   moment  de  l'opération. 

L'autre,  rapporté  parBriins  et  Grundler('),  démontre  un  arrêt 
définitif  de  la  croissance  à  la  suite  de  l'ablation  de  la  thyroïde 
pratiquée  à  l'âge  de  10  ans.  Au  cours  de  l'autopsie  faite  après 
la  mort,  qui  était  survenue  à  l'âge  de  28  ans,  on  pouvait  sui 
l'humérus  distinguer  la  longueur  des  épiphyses.  11  en  était  de 
même  pour  l'extrémité  supérieure  du  fémur.  Quant  à  l'épi- 
physe  du  grand  trochanter,  elle  était  demeurée  en  grande  par- 
tie cartilagineuse. 

On  a  cherché  dans  les  modifications  du  chimisme  urinaire 
l'explication  du  mode  d'action  de  la  thyroïde  sur  la  composi- 
tion minérale  du  squelette.  Des  analyses  de  Moraczewski,  il 
résulte  que  l'ingestion  un  peu  prolongée  de  la  glande  aug- 
mente la  rétention  de  la  chaux  dans  l'organisme  et  favorise 
l'élimination  du  phosphore,  de  l'azote,  du  chlore.  Les  observa- 
tions des  chirurgiens,  celles  de  Quénu,  Reclus,  Poirier,  Ferria, 
ont  montré  l'action  favorable  des  préparations  thyroïdiennes 
dans  le  traitement  des  fractures  sans  tendance  à  la  consoli- 
dation. 

■  Quant  à  Vétat  de  la  thyroïde  dans  V acromégalie  et  le  gigantisme , 
il  a  déjà  retenu  l'attention  de  quelques  observateurs.  L'hyper- 
trophie était  manifeste  dans  certains  cas,  dans  celui  du  géant 
Simon  Botis  (page  Li'i),  dans  celui  de  notre  tambour-major  K. 
(voy.  p.  157).  La  glande,  chez  lui,  pesait  250  grammes,  c'est 
dire  qu'elle  avait  atteint  un  poids  dix  fois  supérieur  au  poids 
normal. 

En  1898,  Hinsdale,  sur  57  cas  non  douteux  d'acromégalie 
suivis  d'autopsie,  a  relevé  56  cas  où  la  thyroïde  avait  été  exa- 
minée. Ces  56  cas  se  décomposaient  de  la  manière  suivante  : 

[7)  fois  la  thyroïde  était  hypertrophiée  (Bailey,  Godlee,  Haskovec, 
Péchadre,  Osborne,  Verstraeten,  Wolf,  Garpentor,  Furnivall, 
Smith,  Henrot,  Arnold.) 


(')  Lancereaux,  Les  glandes  vasculaires  sanguines.  Leur  rôle  pendant  la 
croissance.  Semaine  médicale,  1892. 

(^)  BrCns  etGiiLNDLER.  Cité  par  Bourneville,  in  Comptes  rendus  des  Enfants 
de  Blcêtre,  1886,  p.  52.  •  ' 


3kk  CONSIDERATIONS   GENI'R.VLES  ET  PATHOGENIE. 

11  fois  la  Ihyroïde  était  atrophiée  (Erb,  Fratnich,  Minkowski, 
Haskovec,  Marie,  Curschmann,  Singurini  et  Caporiacco,  Tikho- 
miroff,  Linsmayer,  Somers,  Bonardi). 

12  /b/.s'  la  thyroïde  était  normale  (Freund,  Hadden,  Ballance, 
Comini,  d'Esterre,  Wadsworth,  Goldsmith,  Rolleston,  Roxburg 
et  Collins,  Strzeminksi,  Strœbe) 

S'il  est  facile  de  constater,  tout  au  moins  à  l'autopsie,  l'aug- 
mentation de  volume  de  la  2:lande  thyroïde  et  de  décrire  les 
modifications  histologiques  dont  elle  est  le  siège,  il  est  beau- 
coup plus  difficile  d'interpréter  la  signification  pathologique 
des  lésions  observées.  Elle  soulève,  elle  aussi,  le  difficile  pro- 
blème de  la  suppléance  de  la  thyroïde  par  l'hypophyse.  Avant 
de  l'aborder,  il  nous  paraît  utile  de  rappeler  les  observations 
de  Fiogowitch  ('),  Gley  (-),  Boyce  et  Beadles  (^),  etc.,  qui  ont 
montré  les  relations  physiologiques  qui  unissent  la  glande 
pituitaire  à  la  glande  thyroïde,  relations  qui  se  traduisent,  en 
cas  de  lésion  de  l'une  de  ces  glandes,  par  l'hypertrophie  de  sa 
congénère.  De  même,  dans  certains  cas  de  myxœdème,  de  cré- 
tinisme  sporadique,  rapportés  par  Boyce  et  Beadles,  on  note  la 
coexistence  d'une  atrophie  thyroïdienne  avec  une  hypertrophie 
pituitaire. 

4°  Hypophyse.  —  Les  altérations  macroscopiques  de  l'hy- 
pophyse chez  les  acromégaliques  n'avaient  pas  échappé  à 
Pierre  Marie (').  Dans  un  mémoire  qu'il  a  publié  en  1891,  avec 
la  collaboration  de  Marinesco,  il  avait  signalé  la  fréquence 
de  l'augmentation  du  volume  de  l'organe.  «  L'hypertrophie 
constante  de  la  glande  pituitaire,  ainsi  qu'il  résulte  de  l'ob- 
servation de  nouveaux  cas  cliniques,  paraît  être  un  fait  acquis 
dans   l'histoire   pathologique  de    l'acromégalie,  et  cependant 


(*)  RoGOwiTcii,  Effets  de  l'ablation  du  corps  thyroïde.  Arcti.  de  PhysioL, 
15  nov.  1888. 

{^)  Gley,  Sur  les  fonctions  du  corps  thyroïde.  Soc.  de  BioL,  1891;  et  Arcfi.  de 
PhysioL  norm.  et  pathoL,  '189'2. 

(■')  Robert  Boyce  et  Cecii.  E.  Beadles,  Hypertrophie  de  l'hypophyse  dans  le 
myxœdème,  avec  remarques  sur  l'hypertrophie  de  l'hypophyse  associée  aux 
modifications  du  corps  thyroïde.  Journ.  of  paltiolciay  and  bacteriology,  1895,  t.  I, 
p.  225. 

(*)  Pierre  Marie  et  Marinesco,  Sur  l'anatomie  pathologique  de  l'acromé- 
galie. Ai^chives  de  médecine  expérimentale  et  d'anatomie  pathologique^  1891, 
p.  559. 


CONSIDÉRATIONS  GÉNÉRALES   ET  PATHOGÉNIE.  345 

personne  n'ose  fixer  son  attention  sur  cet  organe  pour  le  motif 
qu'on  ne  connaît  rien  du  rôle  qui  lui  est  dévolu.  Cependant, 
dans  ces  derniers  temps,  plusieurs  auteurs  ont  tâché  de  prouver 
que  l'hypophyse  n'est  pas  un  organe  indifférent,  qu'elle  paraît 
avoir  des  fonctions  à  remplir  dans  la  vie  extra-utérine,  con- 
trairement à  l'opinion  de  W.  Bath.  » 

A  l'époque  où  ces  lignes  ont  été  écrites,  l'hypophyse  était 
encore  cet  organe  énigmatique  dont  parle  Van  Gehuchten.  Les 
recherches  modernes,  celles  de  Comte  ('),  celles  de  l'un  de 
nous  (^).  ont  montré  que  l'hypophyse  présente,  comme  d'autres 
organes  (thyroïde,  capsules  surrénales)  pendant  la  gestation, 
des  modifications  cytologiques  qui  sont  en  rapport  avec  une 
véritable  hyperactivité  sécrétoire.  On  tend  aujourd'hui  à  faire 
rentrer  Vhypopligse  dans  le  groupe  des  glandes  à  sécrétion  in- 
terne (")  et  les  physiologistes  ont  cherché  à  déterminer,  par 
l'expérimentation,  le  rôle  qu'elle  joue  dans  le  fonctionne- 
ment de  l'organisme,  bien  qu'elle  soit,  chez  les  animaux 
comme  chez  Thomme,  en  raison  de  sa  situation  intra-cépha- 
lique,  d'un  accès  difficile.  Les  effets  consécutifs  à  son  abla- 
tion, à  son  excitation,  à  l'ingestion  ou  à  l'injection  de  ses 
parties  constituantes,  ont  été  analysés  dans  ces  derniers  temps 
de  difTérents  côtés. 

U ablation  de  V hypophyse,  opération  pleine  de  difficultés,  fut 
tentée  d'abord  par  Horsley  (^),  par  Dastre  (^).  Gley  (°),  d'une  part, 
Marinesco  ('),  d'autre  part,  montrèrent  sa  possibilité  et  indi- 
quèrent sa  technique.  Celle-ci  fut  précisée  ensuite  par  Vassale 
et  Sacchi(^),  utilisée  par  Pineles  (''),  Friedmann    et  Maas,  de 

(')  L.  Comte,  Contribution  à  Uétucle  de  Vhypophyse  humaine  et  de  ses  relations 
avec  le  corps  tliyroïde.  Thèse  de  Lausanne.  léna,  1898. 

(2)  P.  E.  Launois  et  P.  Mulon,  L'apophyse  humaine  à  la  fin  de  la  gestation. 
F"  Session  du  Congrès  des  Anatomistes.  Liège,  avril  1905. 

(^)  P.  E.  Launois,  L'hypophyse  humaine. 

(*)  Horsley,  On  the  functions  of  thyroid.  British  med.  Journal,  1885. 

(»)  Dastre,  Comptes  rendus  de  la  Société  de  Biologie,  1892. 

{'')  Gley,  Note  sur  les  fonctions  de  la  glande  thyroïde  chez  le  lapin  et  chez 
le  chien.  Comptes  rendus  de  la  Société  de  Biologie,  12  décembre  1891,  p.  845. — 
Recherches  sur  les  fonctions  de  la  glande  thyroïde.  Archives  de  Physiologie 
normale  et  pathologique,  janvier  1892,  t.  IV. 

(')  Marinesco,  De  la  destruction  de  la  glande  pituitaire  chez  le  chat.  Coinjole:; 
rendus  de  la  Société  de  Biologie,  17  juin  1892. 

(*)  Vassale  et  Sacchi,  Sulla  distruzione  délia  glandola  pituitaria.  Revista 
sper.  di  Fren,  1892,  p.  525. 

O  PiNELES,  Jahrbiich.  der  Wiener  K.  Krankenaustalten,  1895,  t.  .IV,  2=  partie. 


3k6  CONSIDERATIONS  GENERALES    ET  PATIIOGENIE. 

Cyon('),  perfectionnée  enfin  par  Caselli(^).  Les  animaux  qui 
servirent  à  ces  différents  expérimentateurs  furent  la  grenouille, 
le  lapin,  le  chat,  le  chien. 

Au  cours  de  leurs  expériences,  qui  portèrent  sur  40  animaux, 
chiens  ou  chats,  Vassale  et  Sacchi  constatèrent  les  modifica- 
tions suivantes  :  abattement  psychique  prononcé;  changement 
de  caractère  et  apathie;  troubles  moteurs;  mouvements  fibril- 
laires;  secousses  musculaires;  rigidité  du  train  postérieur; 
incurvation  du  dos;  démarche  chancelante,  ébrieuse;  accès  de 
convulsions  toni-cloniques  d'intensité  variable  ;  légers  accès 
de  dyspnée  ;  anorexie  habituelle,  avec  parfois  des  alternatives 
de  voracité;  vomissements  inconstants;  polydipsie;  urines 
abondantes,  non  albumineuses,  à  densité  très  basse,  à  réaction 
alcaline;  température  subnormale  ;  amaigrissement  rapide  et 
progressif;  mort.  Ces  phénomènes  sont  à  peu  près  les  mêmes 
dans  les  destructions  totales  et  partielles.  Dans  le  premier  cas, 
la  survie  serait  de  1  à  57  jours;  dans  le  second,  elle  peut  être 
indéterminée.  D'après  les  résultats  qu'ils  ont  obtenus,  Vassale 
et  Sacchi  rangent  l'hypophyse  dans  le  groupe  des  glandes  dont  la 
destruction  donne  lieu  à  V augmentation  dans  V organisme  de  sub- 
stances toxiques  spéciales. 

Malgré  le  nombre  élevé  de  ses  expériences  (42),  Caselli  ne 
fait  état  que  de  dix  d'entre  elles;  dans  5,  la  destruction  ne 
fut  que  partielle,  dans  7  elle  fut  complète,  et,  dans  les  der- 
nières, 5  fois  les  animaux  moururent  rapidement,  soit  18  heures, 
soit  4  jours  après  l'opération.  Chez  les  trois  animaux  qui 
subirent  une  extirpation  partielle,  il  nota  :  un  fort  abattement 
psychique,  un  changement  de  caractère,  de  l'apathie,  un 
notable  ralentissement  de  la  respiration,  d'abord  de  l'anorexie 
puis  de  la  voracité  ;  de  la  polyurie  avec  urine  à  densité  faible  ; 
de  la  glycosurie  (1/2  à  2  pour  100);  un  abaissement  passager 
de  la  température;  du  dépérissement  qui  rétrocède  peu  à  peu, 
sans  que  toutefois  l'animal  revienne  à  son  poids  normal.  A  la 
suite  de  l'extirpation  totale,  les  phénomènes  précédents  sont 
beaucoup  plus  marqués,  et  on  note  en  particulier  :  une  cachexie 

(*)  Cyon,  Verrichlungen  der  Hypophyse.  Bonn,  1898  et  divers. 
(-)  Arnoldo    Caselli,    Studi   anatomici  e  sperinienlali  suUa  fisiopalhologia 
délia  glandola  pituitaria   (hypophysis    cerebri).   DaW   huliluto   psichiatrico  di 
.  Reggio,  1900. 


CONSIDERATIONS  GENERALES  ET    PATHOGENIE.  347 

qui  fait  lentement  des  progrès,  de  la  rigidité  musculaire,  de 
l'incurvation  du  dos,  des  phénomènes  parétiques  et  paraly- 
tiques. L'urine  renfermait  exceptionnellement  de  l'albumine  et 
presque  toujours  des  traces  de  glycose.  La  durée  de  la  survie 
fut  de  15  à  21  jours. 

Discutant  la  valeur  de  ces  symptômes  et  cherchant  à  en 
élucider  la  pathogénie,  Caselli  croit  devoir  attribuer  un  rôle 
certain  dans  la  production  des  phénomènes  moteurs  aux 
lésions  médullaires  qu'il  a  observées  à  l'autopsie,  lésions  qui 
rappellent  celles  qui  ont  été  décrites  par  Vassale  et  Donaggio  (') 
chez  les  animaux  auxquels  on  a  enlevé  les  parathyroïdes,  et 
par  Mosetti{^),  chez  ceux  qui  ont  été  thyroïdectomisés.  Pour 
Caselli,  ces  lésions  nerveuses,  comme  la  cachexie,  sont  attri- 
buables  à  l'intoxication  de  l'organisme. 

On  observe,  en  résumé,  un  syndrome  diabétique,  peut-être 
dû  à  une  lésion  nerveuse  de  voisinage,  greffé  sur  un  syndrome 
rappelant  celui  qui  est  consécutif  à  la  thyroïdectomie  :  dépres- 
sion psychique,  cachexie,  abaissement  de  la  température,  coma 
qui  précède  la  mort. 

Le  même  expérimentateur,  opérant  sur  des  animaux  jeunes 
en  voie  de  développement,  n'a  pu  utiliser  qu'un  chien  sur  les 
trente-sept  qui  lui  ont  servi.  Ce  jeune  animal,  qui  subit  une  des- 
truction partielle  de  l'hypophyse,  pesait  avant  l'opération 
1860  grammes;  deux  mois  après,  son  poids  s'est  élevé  à 
5010  grammes.  Pendant  le  même  temps,  un  témoin,  provenant 
de  la  même  portée,  placé  dans  les  mêmes  conditions,  passait 
de  1250  à  5915  grammes.  De  plus,  l'animal  opéré,  qui  était 
assez  vivace,  était  devenu  apathique,  à  démarche  lente,  à  tête 
basse,  à  oreilles  tombantes.  Il  semble  que,  d'après  cette  expé- 
rience, malheureusement  unique,  l'hypophysectomie  partielle 
peut  produire  un  syndrome  qui  se  rapproche  de  l'infantilisme 
et  est  caractérisé  par  un  arrêt  de  développement,  des  troubles 
psychiques,  etc. 

Tout  dernièrement,  Pirrone  ("j  a  imaginé  un  nouveau  procédé 

(*)  Vassale  et  Donaggio,  Les  altérations  de  la  moelle  épinière  chez  les 
chiens  opérés  d'extirpation  des  glandes  parathyréoïdiennes.  Arch.  ital.  de  Biol., 
1897. 

(^)  MosETTi,  Revista  sperimentale  cli  Freniairica,  -1895,  vol.  XXI,  fasc.  4. 

(^)  Pirrone,  Contribution  expérimentale  à  l'étude  des  fonctions  de  l'hypo- 
physe. Riforma  inedica,  7  et  8,  1905. 


dkS  CONSIDERATIONS  GENERALES   ET  PATIIOGENIE. 

opératoire  lui  permettant  d'atteindre  l'hypophyse  par  la  voie 
crânienne  latérale  et  d'étudier,  chez  le  chien,  les  effets  de  l'hypo- 
physectomie  totale,  de  l'excitation  électrique  et  de  l'ablation  par- 
tielle de  la  glande.  Il  exécuta  trois  séries  d'expériences  et,  pour 
s'assurer  que  certains  des  phénomènes  observés  n'étaient  pas 
dus  à  l'acte  opératoire,  il  se  contenta  dans  une  quatrième  série 
d'exécuter  l'opération,  sans  toucher  à  l'hypophyse.  Ses 
recherches  lui  ont  permis  de  formuler  les  conclusions  sui- 
vantes : 

Tous  les  phénomènes  consécutifs  à  l'hypophysectomie  ne 
doivent  pas  être  attribués  à  la  suppression  de  la  fonction  de  la 
glande  pituitaire. 

Les  troubles  de  la  motilité,  l'abattement,  la  dépression  psy- 
chique, l'amaigrissement  rapide,  la  cachexie  et  la  mort  sont  liés 
à  l'ablation  de  l'hypophyse. 

Les  phénomènes  cardio-vasculaires,  les  troubles  respiratoires 
et  thermiques  semblent  dus  au  traumatisme  opératoire. 

L'ablation  totale  ne  modifie  pas  la  composition  chimique  des 
urines. 

Quoique  le«  mécanisme  de  la  fonction  de  l'hypophyse  soit 
encore  inconnu,  cette  glande  est  cependant  d'une  importance 
capitale  par  l'économie.  La  lésion  partielle  est  compatible  avec 
la  vie,  l'ablation  totale  est  toujours  suivie  de  la  mort  à  une 
échéance  plus  ou  moins  longue,  mais  toujours  brève. 

Chez  l'homme,  Vingestion  de  glande  pituitaire  de  mouton  a 
été  mise  en  pratique  dans  la  cure  opothérapique  de  l'acromé- 
galie  par  Pierre  Marie  et  Marinesco,  par  Mendel,  etc.  Schiff, 
analysant  les  urines  émises  pendant  une  cure  de  ce  genre,  aurait 
noté  une  augmentation  dans  l'élimination  quotidienne  de  l'acide 
phosphorique,  élimination  qui  pourrait  être  due  à  la  décompo- 
sition d'un  tissu  riche  en  phosphore,  comme  l'est  le  tissu 
osseux.  D'après  les  résultats  obtenus  par  ce  physiologiste,  l'in- 
gestion d'hypophyse  semblerait  exercer  une  action  dénutritive, 
activant  peut-être  les  échanges  et  dès  lors  les  éliminations.  Son 
rôle  se  rapprocherait,  sous  ce  rapport,  de  celui  de  la  thyroïde, 
mais  les  expérences  rapportées  sont  trop  peu  nombreuses,  trop 
peu  précises  pour  justifier  des  conclusions  fermes. 

Dans /rf  pratique  des  injections  sous-cntanées  de  produits  hypo- 


CONSIDERATIONS  GENERALES  ET  PATHOGENIE.  349 

physaires,  on  a  utilisé  soit  la  glande  en  nature,  broyée  dans  de 
l'eau  salée,  soit  des  extraits  aqueux  ou  glycérines,  soumis 
ou  non  à  l'ébullition,  filtrés  ou  non.  Celles  qui  ont  été  faites 
avec  l'extrait  aqueux  glycérine  d'hypophyse  de  bœuf  par  Caselli, 
chez  des  animaux  jeunes,  n'ont  pas  donné  de  résultats  dignes 
d'être   rapportés. 

Quelle  qu'ait  été  la  méthode  employée,  l'expérimentation  n'a 
pu  déterminer  d'une  façon  précise  les  fonctions  de  l'hypophyse. 
Si  Caselli  a  noté  dans  certains  cas  des  modifications  dystro- 
phiques  analogues  à  celles  qu'on  observe  dans  l'infantilisme, 
il  n'a  jamais  constaté  l'hypertrophie  notable  des  os  et  n'a  pu 
dès  lors  démontrer  le  rôle  trophique  de  l'hypophyse  sur  le  déve- 
loppement et  la  nutrition  du  squelette.  On  peut,  il  est  vrai, 
objecter  que  la  survie  des  animaux  opérés  a  été  trop  courte 
pour  permettre  aux  dystrophies  osseuses  d'apparaître  et  d'évo- 
luer. 

,  En  utilisant  les  données  fournies  par  l'anatomie  patholo- 
gique, ne  peut-on  arriver  à  la  solution  du  problème  physiolo- 
gique que  l'expérimentation  n'a  pu  donner?  En  d'autres  termes 
est-il  possible  d'appliquer  à  l'étude  des  fonctions  de  l'hypophyse 
la  méthode  qui  a  donné  de  si  féconds  résultats  dans  l'interpré- 
tation du  rôle  de  la  thyroïde? 

Parmi  les  faits  cliniques  les  plus  démonstratifs,  il  convient 
tout  d'abord  de  rapporter  celui  qui  a  permis  à  Sternberg  de 
décrire  une  forme  d'acromégalie  à  évolution  rapide  en  rapport 
avec  un  sarcome  de  l'hypophyse. 

De  même  R.  Boyce  et  G.  Beadles  (')  ont  trouvé  chez  une 
femme  présentant  les  déformations  les  plus  caractéristiques  de 
l'acromégalie  une  tumeur  kystique  purulente,  du  volume  d'un 
œuf  de  poule,  occupant  la  cavité  considérablement  agrandie  de 
la  selle  turcique  et  ayant  repoussé  en  avant  le  chiasma  des 
nerfs  optiques. 

Chez  un  acromégalique  du  service  de  Widal  (observation  iné- 
dite), l'hypophyse  qui  ne  se  faisait  remarquer  par  aucune  modi- 
fication extérieure  ni  dans  sa  forme,  ni  dans  son  volume,  pré- 
sentait deux  formations  kystiques.  L'examen  histologique  que 


(')  R.    Boyce   et    G.    Beadles,    Contribution  à   l'étude  de  la  pathologie  de 
l'hypophyse.  Journal  of  Palhology  and  Bacteriology,  t.  I,  1895,  p.  oCO. 


350  CONSIDÉRATIONS  GENERALES    ET  PATHOGENIE. 

nous  en  avons  fait,  examen  qui  sera  ultérieurement  publié,  nous 
permit  de  reconnaître  que  la  paroi  de  chacun  de  ces  kystes  était 
tapissée  par  un  épithélium  cilié,  en  tous  points  comparable  à 
celui  que  l'un  de  nous  a  rencontré  dans  l'hypophyse  normale  et 
considéré  comme  un  vestige  de  l'état  embryonnaire  ('). 

De  ces  faits  nous  rapprocherons  encore  celui  qui,  recueilli 
dans  le  service  de  Huchard,  nous  a  permis  d'observer  une  hypo- 
physe du  volume  d'une  cerise  occupant  une  cavité  assez  grande 
pour  loger  une  noix.  La  glande  primitivement  hypertrophiée 
avait  élargi  la  selle  turcique  ;  elle  s'était  rétractée  consécutive- 
ment par  le  fait  d'une  sclérose  facilement  constatable  au 
microscope  (voir  page  509). 

Dans  ces  derniers  cas  la  glande  pituitaire  ne  présentait  pas 
d'altérations  grossières,  visibles  à  l'œil  nu;  seul  le  microscope 
permettait  de  préciser  les  lésions  dont  elle  était  le  siège.  Il  doit 
en  être  souvent  ainsi  et,  avant  de  nier  toute  relation  entre  les 
altérations  de  l'hypophyse  et  les  dystrophies  du  squelette  (^), 
faut-il  se  fonder  plus  sur  les  modifications  histologiques  que 
sur  les  altérations  macroscopiques. 

Celles-ci  n'en  ont  pas  moins  une  grande  importance,  en  raison 
même  de  leur  constance  dans  les  deux  dystrophies,  le  gigan- 
tisme et  l'acromégalie,  que  nous  avons  étudiées.  En  se  repor- 


(')  P.-E.  Launois.  Comptes  rendus  de  la  Soc.  de  bioL,  1903. 

(-)  JuLius  Arnold  (Weilere  Beitrâge  zui-  Akromegaliefrage.  In  Virchow's 
Archiv  pathologische  Anatomie  und  Physiologie,  Bd  155,  p.  11894)  fait  des 
réserves  sur  les  relations  que  l'on  admet  entre  les  altérations  de  l'hypophyse 
et  celles  du  squelette.  Il  rappelle  que,  dans  certains  cas  d'acromégaUe,  on  a 
constaté  les  lésions  osseuses,  alors  que  la  glande  pituitaire  n'était  pas 
altérée,  que,  dans  d'autres  où  elle  était  hypertrophiée,  on  n'a  pas  observé 
de  modifications  des  os.  Subdivisant  l'évolution  de  la  dystrophie  en  plusieurs 
périodes,  il  considère  l'hypertrophie  hypophysaire  comme  une  des  localisa- 
tions de  la  Maladie  de  Pierre  Marie. 

Par  contre,  G.  Modena  (L'Acromegalia,  P»assegna  critica.  In  Bevista  sperimen- 
tali  di  Freniatria,  Vol.  XVIX,  Fasc.  m  et  iv,  191)5)  a  réuni  70  autopsies  d'acro- 
mégaliques.  Dans  cinq  d'entre  eux  seulement  l'hypophyse  n'était  pas  hyper- 
trophiée et,  dans  un,  elle  paraissait  normale  quant  à  son  volume  et  à  sa 
structure.  Ce  dernier  est  rapporté  par  Labadie-Lagrave  et  Deguy  {Archi%^es 
générales  de  médecine,  1899).  Tikomiroff  a  trouvé,  dans  le  rein,  des  altérations 
cellulaires  bien  nettes;  Bonardi  a  noté  deux  fois  une  sclérose  de  la  totalité 
du  parenchyme  glandulaire.  Finzi,  enfin,  a  constaté  à  la  place  de  l'hypophyse 
la  présence  d'une  pulpe  blanchâtre. 

Les  chiffres  rassemblés  par  Modena  confirment  pleinement  la  statistique 
que  nous  avons  précédemment  publiée  (voir  p.  185)  et  permettent  d'apprécier 
les  liens  qui,  tout  au  moins,  à  l'état  pathologique,  unissent  le  squelette  à 
l'hypophyse. 


CONSIDERATIONS  GENERALES  ET  PATIIOGENIE.  351 

tant  à  la  description  anatomo-palliologique  que  nous  avons 
donnée  précédemment  (voir  page  185),  description  qui  est  basée 
sur  de  nombreux  examens  anatomiques  et  bistologiques,  on 
constatera  une  variabilité  très  grande  dans  la  constitution  cyto- 
logique  des  tumeurs  liypophysaires.  Cette  variabilité,  qui  s'ex- 
plique, en  partie  par  l'insuffisance  de  notre  connaissance  actuelle 
des  éléments  normaux  de  la  glande,  en  partie  aussi  parle  défaut 
de  concordance  des  interprétations,  montre  cependant  avec  évi- 
dence qu'il  ne  s'agit  pas  d'une  hypertrophie  fonctionnelle,  mais 
d'une  modification  profonde  survenue  dans  la  structure  normale 
du  parenchyme,  entraînant  à  sa  suite  un  trouble  grave  dans  sa 
fonction  physiologique. 

On  a,  dans  ces  dernières  années,  cherché  à  déterminer  par 
l'étude  des  modifications  chimiques  de  l'urine,  comme  on  Tavait 
fait  pour  la  thyroïde,  les  troubles  provoqués  dans  l'organisme, 
par  l'hypertrophie  de  l'hypophyse,  en  particulier  chez  les  acro- 
mégaliques.  Si,  comme  nous  l'avons  indiqué,  Schiff  a  admis 
que  l'opothérapie  hypophysaire  augmente  l'élimination  de 
l'acide  phosphorique,  d'autres  observateurs,  Tanszk  et  Vas, 
Moraczweski,  Parhon  ont,  au  contraire,  noté  sa  rétention  et 
celle  des  sels  de  chaux  dans  la  Maladie  de  Pierre  Marie.  Mora- 
czweski administrant,  pendant  trois  jours,  neuf  tablettes 
d'hypophyse  par  jour  a  trouvé  que  la  quantité  d'acide  phos- 
phorique retenue  quotidiennement  passe  de  1,128  à  1,537  et  que 
la  chaux  s'élève  de  0°'',752  à  1^'',111.  Par  contre,  l'azote  monte 
de  0°'',65  à  5^', 255  et  les  chlorures  de  5°', 070  à  5='',121.  Ces  don- 
nées sur  les  troubles  survenus  dans  les  échanges  nutritifs,  au 
cours  de  l'acromégalie,  rendent  vraisemblable  l'opinion  de  ceux 
qui  supposent  que  cette  affection  serait  due  à  une  exagération 
fontionnelle  de  l'hypophyse  (Parhon)  ('). 

(^)  G.  MoDENA  [loc:  cit.)  recherche  les  rapports  de  causalité  qui  existent 
entre  l'acromégalie  et  les  lésions  de  l'hypophyse.  Il  se  demande  tout  d'ahord 
si  les  manifestations  acromégaliques  dépendent  d'une  abolition  de  la  fonction 
de  l'hypophyse,  comme  l'a  supposé  Pierre  Marie  ou  de  son  hyperfonctionne- 
ment,  comme  le  disent  Tamburini  et  Massalongo. 

Si  l'abolition  hypophysaire  était  la  cause  des  phénomènes  acromégaliques, 
ceux-ci  devraient  être  d'autant  plus  accentués  que  la  destruction  de  la  glande 
est  plus  complète.  Or  on  trouve  de  nombreux  cas  de  tumeurs  malignes,  de 
processus  destructifs  de  la  pituitaire,  sans  qu'il  y  ait  eu,  pendant  la  vie,  appa- 
rition du  syndrome  de  Pierre  Marie.  Par  exemple,  Loth,  Arnold,  Wachsel- 

BAUM,     MOHR,    AUDRY     RAYMOND,      HOFFMANN,     BaTH,      RoSCIOLI     OUt     trOUvé     dcS 

tumeurs  atypiques;  Weigert,  Barbacci,  Sokoi.off  ont  décrit  des   gommes; 


352  CONSIDERATIONS  CiENERALES   ET  PATHOGENIE. 

Pour  Rogowitch,  par  contre,  Thypophyse,  comme  la  thy- 
roïde, serait  destinée  à  neutraliser  certaines  substances  dont  la 
rétention  aurait  une  action  toxique  sur  le  système  nerveux  cen- 
tral et  entraînerait  des  troubles  trophiques  divers  intéressant 
surtout  les  tissus  de  soutien,  le  tissu  conjonctif,  le  tissu  cartila- 
gineux, le  tissu  osseux.  «  Le  système  nerveux  n'est-il  pas, 
comme  le  dit  Brissaud,  le  régulateur  de  tous  les  phénomènes 
trophiques?  Nous  en  avons  mille  preuves.  C'est  lui  qui  est 
investi  du  pouvoir  suprême  dans  la  fédération  des  éléments  ana- 
tomiques,  c'est  lui  qui  distribue  la  tâche  à  tous  les  appareils,  à 
tous  les  viscères,  à  toutes  les  cellules;  c'est  lui  qui  commande 
le  rôle  et  la  destinée  de  chaque  organe,  qui  arrête  les  empiéte- 
ments des  uns  et  secoue  l'apathie  des  autres,  en  un  mot,  qui  met 
un  frein  à  l'individualisme  cellulaire,  d'où  résulterait  infailli- 
blement l'anarchie.  »  Comme  on  sait  aujourd'hui  que  la  trophi- 
cité  du  tissu  conjonctif  est  régie  par  la  thyroïde,  il  n'est  pas 
irrationnel  d'admettre,  en  se  basant  surtout  sur  les  consta- 
tations anatomo-pathologiques,  que  l'hypophyse,  glande  à 
sécrétion  interne,  tient  sous  sa  dépendance  la  trophicité  des 
tissus  de  soutien  plus  différenciés  que  le  tissu  conjonctif,  comme 
le  sont  le  cartilage  et  l'os.  Mais  si,  en  pareil  cas,  la  fonction  de 
l'hypophyse  semble  prépondérante,  son  action  ne  demeure  pas 
isolée;  il  y  a  le  plus  souvent  une  synergie  fonctionnelle  des 
diverses  glandes  à  sécrétion  interne,  synergie  se  traduisant  par 
une  véritable  suppléance.  On  peut  même  les  voir  toutes  simul- 
tanément plus  ou  moins  modifiées,  ainsi  qu'en  témoignent  cer- 


Bech,  Wagner,  des  lésions  tuberculeuses;  Soemmering  des  cysticerqucs. 
Dans  tous  ces  cas,  où  il  y  avait  destruction  plus  ou  moins  complète  de  l'or- 
gane et  abolition  de  sa  fonction,  on  n'a  pas  noté  d'hypertrophie  des  os,  ni  des 
tissus  connexes. 

Ces  faits  plaidraient  plutôt  en  faveur  de  la  théorie  de  Tamburini,  qui  admet 
riiyperfonction  hypophysaire  comme  cause  des  manifestations  acroméga- 
liques  ;  mais  on  peut  aussi  faire  à  cette  théorie  des  objections.  Ea  première 
et  la  plus  importante  est  basée  sur  la  nature  histologique  de  la  tumeur  hypo- 
physaire qui  n'est  pas  le  plus  souvent  constituée  par  l'hyperplasie  des  cellules 
fonctionnelles.  Tamburini  considère  cependant  que  l'adénome  est  la  variété 
histologique  la  plus  fréquente.  De  même  Benda  conclut,  après  une  enquête 
sérieuse,  que  la  diversité  est  plutôt  dans  la  dénomination  que  dans  la  consti- 
tution des  tumeurs  hypophysaires,  qui  sont  souvent  bâties  sur  le  même  type. 

Quoi  qu'il  en  soit,  il  existe  une  relation  étroite  entre  les  manifestations  acro- 
mégaliques  et  la  tumeur  hypophysaire.  Leur  coexistence  doit  être  considérée 
comme  la  règle. 


CONSIDÉRATIONS  GÉNÉRALES  ET  PATHOGÉNIE.  355 

taines  constatations  nécropsiques  et   le  fait  suivant  que  nous 
empruntons  à  la  pathologie  comparée. 

Cunningham  (')  observa  pendant  plusieurs  semaines,  en  1895, 
un  chien  mâtiné,  du  poids  de  15''°,25,  âgé  d'un  peu  plus  d'un 
an,  qui  se  faisait  remarquer  par  son  indolence  et  sa  paresse.  Il 
présentait  des  modifications  somatiques  comparables  à  celles 
qu'on  observe  chez  les  acromégaliques.  Les  membres  anté- 
rieurs, remarquablement  agrandis,  se  terminaient  par  des  pattes 
élargies  et  épaisses,  dont  les  phalanges  très  développées  sup- 
portaient des  ongles  trop  petits.  L'allongement  n'est  pas  aussi 
marqué  au  niveau  de  l'arrière-train.  Les  parties  osseuses,  de 
même  que  les  parties  molles,  participent  également  à  l'hyper- 
trophie. La  face  est  large;  les  incisives  inférieures  surplombent 
les  incisives  supérieures  d'une  façon  très  nette.  Le  rebord  de 
l'orbite,  les  os  du  nez,  les  os  malaires  se  font  remarquer  plus 
particulièrement  par  leur  épaisseur.  La  fente  palpébrale  étroite 
laisse  apercevoir  deux  yeux  qui  semblent  trop  petits  pour  une 
tête  aussi  volumineuse  que  l'est  la  sienne.  L'animal  mourut  de 
broncho-pneumonie;  à  son  autopsie,  on  constata,  entre  autres 
lésions,  du  côté  du  squelette,  une  hypertrophie  avec  éburna- 
tion  des  extrémités  inférieures  du  cubitus  et  du  radius,  des  méta- 
carpiens, des  phalanges,  un  épaississement  très  marqué  des  os 
du  crâne.  Les  différents  os,  très  compacts  à  la  périphérie,  sont 
très  vasculaires  au  centre;  ils  sont  recouverts  par  un  périoste 
très  épais  et  différent  de  ceux  que  l'on  observe  habituellement 
chez  les  jeunes  chiens  rachitiques.  Les  recherches  faites  sur  les 
glandes  à  sécrétion  interne  donnèrent  les  résultats  suivants  :  la 
thyroïde  atrophiée  est  le  siège  d'une  sclérose  interstitielle;  le 
lobe  droit  ne  pèse  que  O®"",.^),  le  gauche  l^'',i.  Les  corps  para- 
thyroïdes  ne  semblent  pas  exister.  Le  thymus  persiste  et  est 
hypertrophié;  il  pèse  10^'', 80;  l'examen  histologique  démontre 
qu'il  est  en  plein  développement.  L'hypophyse,  très  vascula- 
risée,  est  œdématiée;  elle  rappelle  par  ses  caractères  macrosco- 
piques celle  d'un  chien  qui  aurait  survécu  pendant  plusieurs 
semaines  à  la  suite  de  la  Ihyroïdectomie. 

Des  données  biologiques  que  nous  avons  rassemblées  on  peut,  dès 

(^)  R.-H.  Cunningham,  Journal  of  comparative  Medicine  and  Veterinary  Areh 
July,  1897. 

LAUNOIS   ET   ROY.  25 


554  COXSIDI^RATIONS  (iENERALES  ET  PATHOGENIE. 

mabiteuant,  déduire  quelques  conclusions  générales  sur  le  rôle  des 
glandes  à  sécrétion  interne  [ihyroïde^  thymus,  hypophyse,  glandes 
génitales).  Le  produit  de  leur  élaborcition,  encore  inconnu  dans  sa 
composition,  est,  comme  celui  des  glandes  à  sécrétion  externe,  indis- 
pensable au  juste  équilibre  organique.  Elles  ont.,  entre  autres  fonc- 
tions., celle  de  diriger,  par  V intermédiaire  du  système  nerveux,  la 
trophicité  de  certains  tissus,  plus  particulièrement  des  tissus  d'ori- 
gine mésodermique  {tissu  conjonctif,  tissii  cartilagineux,  tissu 
osseux).  Les  altérations  diverses  dont  elles  peuvent  être  le  siège, 
retentissent  en  effet  tout  particulièrement  sur  les  éléments  de  soutien 
et  s'accompagnent  de  modifications  caractéristiques,  atteignant  leur 
apogée  dans  le  myxœdème,  le  gigantisme  et  facromégalie.  Il  est 
facile  aussi  dans  ces  différentes  dystrophies  de  constater  soit  leur 
synergie,  soit  leur  suppléance  fonctionnelles  et  de  comprendre  i  im- 
portance et  la  complexité  du  rôle  qui  leur  est  dévolu  dans  la  nutri- 
tion et  le  f^onctionnement  de  Vorganisme. 


LIVRE   QUATRIÈME 


OBSERVATIONS   ET   DOCUMENTS 


SUR     LE 


GIGANTISME 


GROUPE    1 


GÉANTS    VIVANTS  ^'' 


Observation  I(-).  (P.  E.  Launois  et  Pierre  Roy.)  —  Le  Grand  Charles. 
{Société  de  NeuroL,  6  novembre  1902  et  Nouv.  Icon.  de  la  ScUpêtrière', 
n°  6,  novembre-décembre  1902,  p.  540.) 

Gigantisme  et  infantilisme.  —  Le  «  Grand  Charles  »,  50  ans,  2", 04.  Lut- 
teur, puis  phénomène  forain  (le  seul  géant  parisien),  actuellement 
réduit  à  la  misère.  «  Né  très  grand,  n'a  jamais  cessé  de  grandir.  Genu 
valgurn  apparu  à  27  ans  et  ayant  augmenté  depuis  cette  date.  Les 
■membres  inférieurs  sont  notablement  plus  allongés  que  ne  le  comporterait 
sa  taille.  »  Mains  très  grandes,  mais  par  hypertrophie  générale  et  assez 
régulière.  Asymétrie  faciale ^  saillie  de  la  pommette  gauche.  —  «  Le 
développement  de  Vafjpareil  génital  est  tout  à  fait  incomplet  »  :  deux  testi- 
cules rudimentaires,  anaphrodisie  absolue:  figure  imberbe,  pas  de 
poils  au  pubis  ni  aux  aisselles;  infantilisnie  urinaire  par  le  volume  de 
l'urine  et  l'élimination  exagérée  des  chlorures,  du  phosphate  et  d'urée. 
—  Persistance  à  50  ans  des  cartilages  de  conjugaison  aux  os  du  genou,  de 
l'avant-bras,  de  la  main,  révélée  par  la  radiographie.  —  Tendance  à 
«  s'acromégaliser  »,  manifestée  par  Vhypertrophie  localisée  du  maxillaire 
inférieur,  dont  la  hauteur  a  augmenté  notablement  pendant  les  trois 
dernières  années,  alors  que,  par  ailleurs,  la  hauteur  de  la  face  restait 
invariable.  — Augmentation  très  évidente  de  la  selle  turcique,  révélée  parla 
radiographie  et  s'accompagnant  des  autres  altérations  caractéristiques 
dncrâne  acromégcdique  :  épaisseur  inégale  des  parois  crâniennes,  déve- 
loppement exagéré  des  sinus  frontaux,  ressaut  post-lambdoïdien. 

Observation  11(5).  (p._E.  Launois  et  Pierre  Roy.)  —  Anorchide  hyper- 
MACROSKÈLE  DE  27  ANS.  {Soc.  de  Biologie,  1"  janvier  1905.) 

Allongement  des  membres  inférieurs  (1"\05  pour  une  taille  de  1",86)  et 

(*)  Ou  observés  seulement  pendant  leur  vie. 
(2)  Voir  p.  55. 
(5)  Voir  p.  82. 


358  GEANTS  VIVANTS. 

persistance  des  cartilages  de  conjugaison,  constatée  par  la  radiographie, 
chez  un  anovchide  de  27  ans. 

Observation  \1(*).  (Virchow.)  —  Le  géant  Winkelmeyer.  [Zeitschrifi 
fur  Ethnologie,  1885,  p.  469.) 

Le  géant  Winckelmeyer,  20  ans,  né  dans  la  Haute-Autriche  (fréquence 
relative  des  géants  autrichiens).  Poussée  de  croissance  à  la  puberté, 
2^,59.  Bien  proportionné  d'après  Virchow;  mais  d'autres  observateurs 
notèrent  chez  lui  V allongeraient  disproportionné  des  membres  inférieurs, 
très  apparent  d'ailleurs  sur  toutes  les  photographies. 

Observation  VII  (2).  (Woods  Hutchinson.)  —  La  géante  du  Missouri, 
MISS  Ella  EwiNG.  {New-York  mediccd  Journal,  14  juillet  1900.) 

Miss  Ella  Ewing,  géante  du  Missouri,  exhibée  dans  une  foire; 
2™, 25  environ,  23  ans,  croissance  encore  inachevée  (avait  gagné  un  pouce 
pendant  les  dernières  ^années).  Allongement  «  effrayant  »  des  membres 
inférieurs,  ainsi  que  des  membres  supérieurs;  «  développement  dispro- 
portionné, même  par  rapport  à  la  taille,  de  la  grande  envergure,  rap- 
pelant celui  des  singes  anthropoïdes  » .  Hypertrophie  des  mains,  des 
pieds,  delà  mâchoire  inférieure,  du  nez  et  des  os  malaires. 

Observation  1X{^).  (Brissaud  et  Henry  Meige.)  —  Jean-Pierre  Mazas,  le 
GÉANT  DE  Montastruc.  (Joiim.  de  rnéd.  et  de  c/iir.  pratiques,  25  jan- 
vier 1895.) 

Gigantisme  et  acromégalie.  —  Jean-Pierre  Mazas,  géant  de  Montastruc, 
-47  ans,  vigoureux  et  colossal  (2", 20),  jusqu'à  57  ans.  Son  corps  à  cette 
époque  commence  à  se  courber,  le  segment  inférieur  «  se  télescopant  » 
dans  le  supérieur  (taille  actuelle  :  1",86).  Allure  d'anthropoïde,  grande 
envergure  demeurée  gigantesque.  Double  bosse  acromégalique.  Hyper- 
trophie des  extrémités  des  membres,  du  maxillaire  inférieur,  de  la 
langue. 

Observation  XI(*).  (Brissaud  et  Henry  Meige.)  —  Le  géant  Portugais 
DA  Silva.  (Nouv.  Icon.  de  la  Salpétrière,  1897.) 

Un  cas  d'acromégalo-gigantisme.  —  Géant  portugais,  52  ans.  Jadis 
exhibé  comme  «  hercule  »  ou  comme  «  géant  »,  cyphose  réduisant  sa 
taille  à  1"',78.  Stigmates  acromégaliques  manifestes  :  hypertrophie  du 
maxillaire  inférieur,  de  la  langue,  du  nez;  mains  en  battoir;  varices 
des  membres  inférieurs. 


(*)  Voir  p.  147. 
r^)  Voir  p.  151. 
(3)  Voir  p.  216. 
(*)  Voir  p.  255. 


GEANTS  VIVANTS.  359 

Observation  XII  (*).  (Byrom  Bramwell.)  —  Une  géante  acromégalioue. 

(Edinburgh  med.  Journal,  ianviev  1894,  p.  21.) 

Gigantisme  et  acromégalie.  —  Femme,  28  ans,  6  pieds  2  pouces  et  demi 
(1"',88).  Poussée  de  croissance  de  16  à  20  ans,  âge  auquel  elle  atteignit 
sa  taille  définitive.  Céphalée,  douleurs  névralgiques.  Croissance  exces- 
sive des  cheveux  et  de  diverses  parties  du  corps.  Hémianopsie  unilaté- 
rale. Cyphose  cervico-dorsale  supérieure.  Hypertrophie  des  extrémi- 
tés :  mains,  pieds,  maxillaire  inférieur.  Pas  d'arrêt  de  la  menstruation, 
ni  d'infantilisme.  —  Traitement  thyroïdien  resté  sans  résultat;  amélio- 
ration par  traitement  pituitaire  (diminution  de  la  céphalée,  des  sueurs, 
de  l'asthénie,  du  rétrécissement  du  champ  visuel). 

Observation  XIV (2).   (Woods  Hutchinson.)  —  Le   géant   Caleb.   {?\ew- 
York  med.  Journ.,  14  juillet  1900.) 

Le  géant  Caleb,  exhibé  avec  une  troupe  de  nains,  «  les  Lilliputiens  », 
annoncé  comme  ayant  8  pieds  5  pouces  (2™50).  Hypertrophie  caracté- 
ristique de  la  face,  des  mains  et  des  pieds.  Face  grosse  et  massive  avec 
expression  de  tête  de  cheval;  front  proéminent  et  surplombant  les 
yeux,  par  expansion  énorme  des  sinus  frontaux.  Mains  en  ])attoir;  une 
pièce  d'un  demi-dollar  passerait  au  travers  d'une  de  ses  bagues. 

Observation  XVIII (^).  (Matignon.)  —  Acromégalo-gigantisme  chez  un 
Chinois.  (Méd.  mod.,  6  novembre  1897.) 

Un  cas  d' acromégalo-gigantisme.  —  Chinois,  25  ans,  mineur,  1™,85, 
malgré  une  énorme  incurvation  de  la  colonne  vertébrale,  survenue  à 
l'âge  de  19  ans,  à  la  suite  de  fièvres  probablement  paludéennes.  Hyper- 
trophie caractéristique  des  pieds  et  des  mains,  du  maxillaire  inférieur 
et  de  la  langue.  Verge  petite,  testicules  microscopiques  (haricocèles)  : 
n'a  jamais  eu  d'érection. 

Observation  XIX(*).  (Woods  Hutchinson.)  —  Le  chef  de  gare  géant. 

{New-York  med.  Journ.,  14  juillet  1900.) 

Géant  K.-H...  chef  de  gare,  32  ans,  né  dans  le  Missouri.  Développe- 
ment musculaire  considérable  pendant  plusieurs  années.  Vers  18  ans, 
incurvation  progressive  de  la  colonne  vertébrale  :  hauteur  primitive  de  2", 23, 
réduite  à  1"\98.  Hypertrophie  disproportionnée  des  mains  et  des  pieds. 
Aspect  d'anthropoïde. 


(1)  Voir  p.  556. 
(-)  Voir  p.  255. 
(3)  Voir  p.  275. 
(*)  Voir  p.  280. 


360  GEANTS  VIVANTS. 

Observation  XX(')  (Pierre-Marie).  —  C,  acromégaliouede  haute  taille. 
{Noiiv.  Icoii.  de  la  Saipcfrière,  1888,  t.  I.  obs.  I,  p.  174.) 

Acromégalie.  —  C...,  45  ans.  Poussée  de  croissance  de  17  à  18  ans; 
n'a  pas  cessé  de  grandir,  dit-il,  jusqu'à  près  de  40  ans,  1",90.  Hypertro- 
phie des  extrémités  ayant  débuté  vers  55  ans.  Double  bosse,  antérieure 
et  postérieure,  etc. 

Observation  XXII  ("-).   (Lombroso.) — Acromégalioue  de  haute  taille. 
[Annali  xmiversall  di  Medicina,  t.  CCXXVII,  p.  505,  1872.) 

Un  cas  sinrjulier  de  gigantisme.  —  Homme  57  ans.  l'".80;  «  face  rappe- 
lant dans  sa  monstruosité  celle  du  gorille  et  du  lion  ».  Hyperlrophie 
des  os  malaires,  du  maxillaire  inférieur,  des  pieds  et  des  mains.  Inap- 
pétence sexuelle. 

Observation    XXIII  (^).    (P. -E.    Launois.)  —  Une   femme   acromégalique 
typique.  (Inédite.) 

Troubles  oculaires  et  déformations  du  squelette  caractéristiques. 
Dilatation  de  la  selle  turcique  à  l'examen  radiographique  du  crâne. 

Observation  XXIV  (*).  (P.-E.  Launois  et  Taburet.)  —  Un  acromégalioue 
GÉANT.  (Inédite.) 

Déformations  caractéristiques  du  scjuelette.  Glycosurie. 

Observation  XXVII  ('').  (Henry  Meige.)  —  Acromégalioue  géant.  (Arcli. 

gén.  de  Méd.,  octobre  1902.) 

Bert...,  59  ans,  infirmier,  entré  le  4  mai  1898  dans  le  service  de 
M.  Gilbert,  hôpital  Broussais. 

Antécédents  héréditaires.  —  Père  âgé  de  65  ans,  atteint  de  bronchite 
chronique  et  d'emphysème.  Mère  morte  à  52  ans,  d'un  néoplasme. 
Deux  frères  et  une  sœur  plus  jeunes,  bien  portants.  Un  grand-oncle 
(frère  du  grand-père  maternel),  très  grand,  mesurait  au  moins  2  mètres 
et  était  d'une  force  peu  commune. 

Dans  la  famille,  on  compte  plusieurs  aliénés. 

Antécédents  personnels.  —  Dans  la  première  enfance,  le  malade  eut 
une  fièvre  typhoïde  (?),  à  la  suite  de  laquelle  //  grandit  très  vite.  A  11  ans 
et  demi,  au  moment  de  sa  première  communion,  il  mesurait  1"',70  au 
moins. 


C)  Voir  p.  286. 
(^)  Voir  p.  296. 
(^)  Voir  p.  500. 
(*)  Voir  p.  507. 
<^)  Observation  recueillie  par  M.  Lemailre,  externe  du  service. 


GEANTS  VIVANTS.  361 

Vers  la  même  époque,  il  souffrit  de  «  douleurs  de  croissance  »  dans  les 
os  et  les  articulations;  en  même  temps,  il  continuait  à  grandir  beaucoup. 

A  16  ans,  violente  attaque  de  douleurs  rhumatoïdes  pendant  un  mois 
(genoux,  poignets,  chevilles). 

A  20  ans,  2"  attaque,  plus  vive,  mais  de  môme  durée. 

A  20  ans,  5"^  attaque  cjui  dura  2  mois. 

A  50  ans,  4"  attaque  pendant  6  semaines. 

A  51  ans,  5"  attaque  qui  se  prolongea  5  mois. 

A  55  ans,  6"  et  dernière  attaque  de  douleurs  qui  durèrent  4  mois, 
localisées  surtout  au  voisinage  des  articulations. 

Vers  la  même  époque,  des  phénomènes  pulmonaires  et  cardiaques 
nécessitèrent  la  pose  de  ventouses  scarifiées  sur  la  base  gauche  du  tho- 
rax, et  d'un  vésicatoire  à  la  région  précordiale  (?). 

Le  malade  guérit  et  reprit  son  travail  quïl  n'a  cessé  que  dernière- 
ment, il  y  a  huit  jours,  ayant  éprouvé  après  un  excès  de  fatigue  une 
courbature  générale,  des  frissons,  des  maux  de  tête  et  de  la  fièvre. 

Entré  à  l'hôpital  le  -4  mai  1898,  on  constate  une  toux  légère,  sans 
crachats;  auscultation  et  percussion  normales,  sauf  une  légère  subma- 
tité  à  la  base  gauche  avec  quelques  frottements.  Foie  normal.  Premier 
bruit  du  cœur  sourd  et  prolongé.  Pouls  :  75.  Langue  saburrale.  Con- 
stipation, inappétence. 

Pas  de  paralysie,  d'anesthésie,  de  tremblement,  mais  une  faiblesse 
générale,  une  atonie  musculaire  très  grande. 

Pas  de  sucre  ni  d'albumine  dans  les  urines. 

Le  7  mai.  —  La  fièvre,  qui  était  montée  à  58'', 5,  39°,  est  tombée  à  57°, 8. 
Mais  le  malade  se  plaint  toujours  d'une  grande  faiblesse. 

Le  13  mai.  —  Bien  qu'il  n'y  ait  plus  aucun  phénomène  fébrile,  le 
malade  a  des  sueurs  très  abondantes. 

Examen  du  malade.  —  B...  mesure  196  centimètres.  Selon  ses  dires,  sa 
taille  aurait  diminué  d'un  centimètre  depuis  quelques  années.  11  est 
mince,  élancé,  peu  musclé,  se  tient  mal,  les  épaules  portées  en  avant, 
la  tête  baissée  et  inclinée  à  droite. 

Le  thorax  n'est  pas  saillant.  Il  n'y  a  pas  de  disproportion  notable 
entre  le  tronc  et  les  membres  inférieurs. 

Au  crâne,  pas  de  productions  osseuses  anormales. 

Le  visage  ne  présente  pas  les  déformations  caractéristiques  de  l'acro- 
mégalie;  cependant 'les  arcades  sourcilières  font  une  saillie  sensible; 
le  maxillaire  inférieur  déborde  notablement  le  supérieur;  mais  il  faut 
remarquer  que  sur  ce  dernier  les  dents  sont  presque  toutes  tombées. 
Le  nez  est  un  peu  gros,  la  langue  de  dimensions  normales,  mais  pré- 
sente des  sillons  profonds.  Oreilles  frangées. 

Le  cartilage  thyroïde  fait  une  saillie  très  prononcée  ;  la  voix  est  basse, 
sourde,  sans  être  très  grave. 

Les  mains  sont  longues,  mais  non  pas  «  en  battoir  »  ;  toutefois, 
l'index  et  le  médium  gauches  sont  épaissis  à  leurs  extrémités. 


362 


GEANTS  VIVANTS. 


Les  pieds  semblent  proportionnellement  beaucoup  plus  agrandis  et 
massifs.  Le  cou-de-pied  est  très  gros. 

Organes  génitaux  et  poils  normaux;  mais  le  sujet  déclare  qu'il  n'a 
aucun  appétit  sexuel. 

Ce  sujet,  dont  la  taille  atteint  presque  2  mètres,  nous  semble  bien 
pouvoir  être  rangé  parmi  les  géants. 

Il  faut  retenir  surtout  la  fréquence  des  crises  douloureuses  rhuma- 
toïdes  qui  ont  débuté  avec  la  période  de  croissance  inusitée,  et  aussi 
l'asthénie  générale  et  les  sueurs  abondantes,  enfin  la  coexistence  d'un 

individu  de  très  grande  taille  dans 
la  famille,  et  de  plusieurs  aliénés,  ^ 
ainsi  que  la  frigidité  sexuelle. 
Nous  verrons  ces  faits  signalés 
l)lusieurs  fois  dans  le  gigantisme 
et  aussi  dans  l'acromégalie. 

Observation  XXVIII.  (Taruffi.)  — 

Le  géant  chinois  Chwang-in- 
siNG.  (Bulletino  délie  scienze  me- 
diche  délia  soc.  di  Bologna,  1880, 
VI,  110.) 

55  ans,  fils  unique,  né  dans  le 
nord  de  la  Chine  (province  de 
Shantung),  dont  la  population  est 
d'une  taille  médiocre,  2". 79  d'a- 
près les  journaux  autrichiens  ; 
d'après  Taruffi,  et  bien  que  le 
géant  n'ait  pas  voulu  se  laisser 
mesurer,  il  ne  mesurait  guère 
plus  de  2'". 55.  Voix  profonde  et 
rauque,  «  rappelant  le  mugisse- 
ment d'une  vache  après  la  perte 
de  son  veau  ».  Faciès  brutal,  tête 
relativement  étroite  et  petite,  hy- 
pertrophie du  maxillaire  inférieur, 
scoliose  manifeste  à  convexité 
droite. 

Observation    XXIX.  (Bonardi.)  — 

Le  géant  Chinois  Chwang-in-sing.  AcROMÉGALIE       ET       GIGANTISME 

(Taruffi.)  AVEC   TROUBLES    GRAVES    DU    SYM- 

PATHIQUE    CERVICAL     A      GAUCHE. 

(Contributi  clinici  ed  anatomo-patologici  alla  conoscenza  dell'  acro- 
megalia.  —  Il  Morgagni.,  pog,  1899.) 

Cecchini  Pietro,  âgé  de  29  ans,  de   Borgo  Mozzano,  agriculteur.  Ses 


FiG.  93. 


GÉANTS  VIVANTS.  363 

parejîts  sont  vivants  et  bien  portants,  de  taille  élevée  et  robustes, 
surtout  la  mère;  une  sœur  également  est  très  grande  et  très  forte  de 
poitrine.  Mais  aucun  membre  de  la  famille  ne  présente  une  augmen- 
tation de  volume  des  extrémités. 

Le  malade  s'est  marié  à  21  ans  et  a  eu  trois  fils,  tous  vivants  et  bien 
portants.  A  part  un  exanthème  mal  défini  dans  la  première  enfance,  il 
n'a  jamais  été  malade,  ses  parents  affirment  qu'à  14  ou  15  ans  il  était 
déjà  si  grand,  si  robuste  et  si  vigoureux  qu'il  semblait  un  homme  fait. 
Mais  il  n'y  avait  alors  aucun  symptôme  de  la  maladie  actuelle. 

A  l'âge  de  22  ans,  il  commença  à  souffrir  de  maux  de  tète,  qui,  d'abord 
légers  et  de  courte  durée,  allèrent  toujours  en  augmentant,  pour  de- 
venir à  la  fin,  surtout  vers  le  soir,  de  véritables  crises  de  céphalée, 
persistant  quelquefois  pendant  des  jours  entiers.  Quelques  mois  après 
le  début  de  la  céphalée,  se  montra  l'augmentation  des  pieds,  des  mains, 
de  la  mâchoire  inférieure  et  de  la  langue.  En  même  temps  que  ces 
signes,  il  éprouvait  un  sentiment  de  faiblesse  générale,  et  plus  spécia- 
lement d'amyosthénie,  s'épuisant  pour  la  plus  petite  fatigue. 

L" aniyosthénie  était  surtout  localisée  aux  jambes  et  aux  muscles  de  la 
gouttière  vertébrale,  de  sorte  qu'en  se  promenant  il  devait  au  bout  de 
quelques  minutes  s'asseoir  et  exécuter  des  mouvements  répétés  d'ex- 
tension de  la  colonne  vertébrale  sur  le  bassin  pour  s'opposer  à  la  ten- 
dance du  tronc  à  se  courber  en  avant. 

Depuis  environ  un  an  les  troubles  de  la  vue  sont  apparus.  Le  malade 
dit  que  les  globes  oculaires  sont  devenus  plus  gros  et  plus  saillants,  avec 
prédominance  de  l'exophtalmie  à  gauche.  Avec  les  troubles  visuels 
existe  une  tuméfaction  de  la  partie  externe  de  la  paupière  supérieure. 

Pendant  les  périodes  les  plus  intenses  de  la  céphalalgie  les  troubles 
de  la  vue  augmentent  et  s'accompagnent  aussi  de  nausées  et  de  vomis- 
sements. Les  vertiges  ont  toujours  fait  défaut.  11  sue  facilement  et 
abondamment;  les  sueurs  augmentent  avec  la  fatigue  et  la  céphalée  ; 
elles  sont  plus  abondantes  dans  la  moitié  gauche  du  corps  et  surtout 
de  la  tête  et  du  cou  que  dans  tout  le  reste  de  l'organisme.  Ces  sueurs 
abondantes  se  sont  montrées  avec  l'amyosthénie  et,  dès  le  début,  ont 
été  localisées  presque  exclusivement  à  gauche. 

Le  malade  affirme,  sans  jamais  se  démentir,  que  les  sueurs  sont  an- 
noncées par  une  sensation  de  chaleur,  avec  rougeur  intense  et  presque 
livide  de  la  tête  et  du  cou,  tous  symptômes  qui  ont  toujours  été  pré- 
dominants à  gauche.  Il  dit  encore  être  devenu  depuis  quelque  temps 
impressionnable  et  être  préoccupé  du  fait  de  sa  faiblesse  générale,  qui 
va  toujours  augmentant,  tandis  que  le  poids  et  le  volume  de  son  corps 
augmentent  parallèlement.  II  dit  avoir  gagné  12  kilogrammes  pendant 
les  trois  dernières  années,  et  le  fait  a  été  confirmé  par  ses  parents. 

Le  malade  fut  reçu  à  l'hôpital  le  7  novembre  1897  et  y  demeura  jus- 
qu'au 26  novembre. 

Etat  actuel  (8  novembre).  —  Homme  de  taille  gigantesque,  d'un  poids 
de    93    kilos,    d'une    taille   de    l'°.94.    Decubitus    indifférent  ;    pas    de 


36k 


GEANTS  VIVANTS. 


fièvre  ;  pouls  petit,  régulier,  rythmique,  d'une  fréquence  de  64  pulsa- 
tions à  la  minute  ;  respiration  régulière.  La  station  debout  et  la  démar- 
che s'exécutent  d'une  manière  normale.  L'équilibre  est  parfaitement 
maintenu  avec  les  yeux  fermés. 

Tête.  —  Au  point  de  vue  subjectif,  douleurs  de  tête  violentes,  avec 
accès  de  véritable  céphalalgie,  s'accompagnant  de  nausées  et  parfois  de 
vomissements. 

Les  douleurs  prédominent  aux  orbites  et  à  la  racine  du  nez  ;  l'orbite 
gauche  est  plus  douloureux  que  le  droit.  Pendant  l'accès  douloureux.,  le 

visage  devient  rouge  pourpre, 
avec  une  prédominance  frap^ 
peinte  du  phénomène  à  gauche 
et  propagation  à  la  moitié 
gauche  du  cou.  Simultané- 
ment, des  sueurs  profuses, 
avec  formation  de  véritables 
gouttes,  prédominent  égale- 
ment à  gauche. 

Le  malade  accuse  une  sen- 
sation de  chaleur  également 
plus  manifeste  à  gauche.  Pen- 
dant l'accès  douloureux,  le 
pouls  devient  plus  frécjuent, 
plus  compressible  et  plus 
expansif  (de  64  battements  à 
la  minute  il  arrive  à  80-90). 
Le  malade,  malgré  son  visage 
aux  traits  massifs,  asymé- 
triques et  peu  mobiles,  est 
très  intelligent,  avec  une  mé- 
moire excellente,  une  per- 
ception exacte,  une  idéation 
prompte  et  un  jugement  très 
bon  pour  un  paysan  qui  n'a 
fait  seulement  que  la  seconde  élémentaire.  Dans  son  ensemble  la  tête 
est  très  grosse  ;  à  la  face,  la  mâchoire  inférieure  prédomine  ;  le  nez 
aussi  est  très  gros  et  charnu,  la  fente  buccale  large  et  les  lèvres  d'é- 
paisseur notable,  spécialement  l'inférieure.  Les  globes  oculaires  sont 
plus  gros  que  normalement  et  le  gauche  fait  une  saillie  sensible  hors 
de  l'orbite  (exophtalmie).  La  langue  est  très  grosse,  large  et  difficile- 
ment mobile.  Bon  appétit,  digestion  régulière.  Quant  aux  différentes 
formes  de  la  sensibilité  générale  de  la  face,  tandis  que  la  sensibilité 
au  tact  et  à  la  douleur  sont  normales,  il  y  a  une  hypoesthésie  élec- 
trique nette  sur  la  moitié  gauche;  et  sur  la  même  région  la  sensi- 
bilité thermique  montre  tantôt  de  l'hyperesthésie,  mais  plus  souvent 
de  la  paresthésie  variable  (brûlure,  piqûre  très  fine,  etc).  Du  côté  des 


FiG.  94.  —  Acromégalie  et  gigantisme.  (Bonardi.) 


GÉANTS   VIVANTS.  365 

sens  spéciaux  on  relève  :  hyjjoosmie  à  gauche  et  hypoagueusie^  spécia- 
lement pour  l'amer  et  l'acide,  au  tiers  antérieur  gauche  de  la  langue. 
Rien  du  côté  de  l'audition. 

Aux  yeux,  très  nette  hémianopsie  temporale  bilatérale,  prédominant 
à  gauche. 

Mon  collègue,  le  D'  Del  Carlo,  oculiste  de  l'hôpital,  m'a  remis  la  note 
suivante  sur  l'examen  des  yeux  de  ce  malade. 

Œil  gauche.  —  Milieux  optiques  transparents.  Notable  diminution  de 
l'acuité  visuelle,  réduite  à  5/20  (Echelle  Albini).  Sens  chromatique  très 
incertain,  surtout  pour  le  rouge  et  le  vert. 

Champ  visuel  rétréci  concentriquemeiit,  mais  réduit  au  1/5  en  dehors, 
en  haut  et  en  bas.  La  moitié  externe  de  la  papille  est  atrophiée,  l'interne 
congestionnée.  Les  veines  sont  dilatées,  les  artères  minces  et  pâles. 

Œil  droit.  -  Acuité  et  champ  visuels  normaux,  sens  chromatique  in- 
certain. Papille  pâle  en  sa  moitié  externe,  normale  dans  l'autre;  vais- 
seaux rétiniens  normaux. 

Tuméfaction  de  la  paupière  supérieure  gauche  vers  l'angle  interne, 
par  grossissement  de  la  glande  lacrymale. 

La  barbe  et  les  moustaches  sont  formées  de  poils  rares,  blonds,  courts 
et  minces. 

Mesures  de  la  tête. 

Cenlimotres. 
Diamètre  antéro-postérieur  (de  la  glabelle  à  la  protubérance 

occipitale) 20 

Diamètre  mento-occipital 2~> 

—  transversal  bimastoïdien 14 

—  —  bileniporal 15,5 

—  —  biauriculaire 14 

—  —  bifrontal 12 

Circonférence  maxima  du  crâne 59 

Longueur  de  la  i-acine  des  cheveux  au  menton 20,5 

—  — ^         du  nez  au  menton 14,5 

—  de  la  partie  inlerieure  du  vomer  au  menton  ...        8,5 

Diamètre  bizygomatique 15,5 

Hauteur  du  nez 6,8 

Largeur  du  nez  à  la  base 4,5 

Contour  de  la  mâchoire  inférieure  d'un  angle  à  l'autre.    .    .  25 

Largeur  de  la  fente  buccale 8 

Épaisseur  de  la  lèvre  supérieure 0,6 

—  inférieure 1 

Largeur  de  la  langue 6 

Longueur  de  la  langue 0,7 

Cou.  —  Gros  et  court,  avec  des  veines  légèrement  turgescentes, 
saillie  non  exagérée  du  cartilage  thyro'ide.  La  glande  thyroïde  n'est 
pas  hypertrophiée.  La  phonation  n'a  pas  le  caractère  âpre,  guttural 
et  grasseyant,  décrit  dans  les  autres  cas.  Circonférence  maxima  du 
cou  :  42. 

Thorax.  —  Ample,  légèrement  déformé  par  une  cyphose  dorsale  bien 
manifeste,  mais  à  grande  courbure.  La  circonférence  maxima  corres- 
pond au  niveau  des  mamelons  et  mesure  108  centimètres.  La  peau  du 


366  GEANTS  VIVANTS. 

thorax  est  plutôt  lisse  et  imberbe.  Les  mamelons  sont  gros  comme  un 
grain  turc,  brunâtres  et  entourés  d'une  aréole  brune.  Les  côtes  sont 
médiocrement  larges  et  les  espaces  intercostaux  plutôt  rétrécis. 

Aucune  saillie  sur  le  manubrium  du  sternum.  L'examen  de  l'appareil 
respiratoire  a  été  négatif. 

La  pointe  du  cœur  bat  dans  le  5=  espace  et  au  niveau  du  mamelon 
gauche.  La  percussion  dénote  une  légère  hypertrophie  du  cœur,  avec 
12  centimètres  de  diamètre  oblique  et  9  centimètres  de  diamètre  trans- 
versal. Les  battements  sont  plutôt  faibles  et  lointains  en  raison  de 
l'épaisseur  notable  de  la  paroi  thoracique.  Pas  de  souffle,  mobilité  nor- 
male du  cœur  dans  le  décubitus  latéral. 

Durant  les  accès  de  céphalalgie,  ily  a  d'ordinaire  quelques  palpitations. 

Abdomen.  —  Rien  d'anormal  tant  au  point  de  vue  subjectif  qu'au 
point  de  vue  objectif.  Les  viscères  abdominaux  ont  leurs  limites  phy- 
siologiques. Un  léger  degré  de  dilatation  de  l'estomac  pendant  la 
digestion  est  le  seul  fait  digne  d'être  noté. 

Les  organes  génitaux  sont  également  de  volume  régulier. 

Membres  supérieurs.  —  Ils  sont  robustes,  bien  développés,  bien  pro- 
portionnés avec  la  taille  gigantesque  du  malade.  Le  volume  extra- 
ordinaire des  mains,  leur  grosseur  et  leur  largeur  vraiment  énormes 
pour  une  longueur  presque  normale,  ne  frappent  pas  beaucoup  dans  ce 
cas,  à  cause  du  gigantisme  du  sujet  et  des  bras  et  avant-bras  extra- 
ordinairement  musclés. 

L'énergie  musculaire  est  pourtant  affaiblie,  en  rapport  avec  l'amyo- 
sthénie  générale,  déjà  mentionnée.  Doigts  ayant  l'aspect  classique  en 
boudin,  avec  des  ongles  plats,  larges,  plutôt  petits,  striés  longiludina- 
lement;  têtes  articulaires  notal)leinent  augmentées,  perceptibles  malgré 
le  développement  des  parties  molles. 

Voici  quelques  mesures  : 

A  droite.         A  gauche. 
Centimètres.     Centimètres. 

Circonférence  maxima  du  bras 26  '25 

—  du  coude 28,5  28 

Circonférence  maxima  de  l'avant-ljras,  à  10    centi- 
mètres de  l'olécràne .  50  29,5 

Circonférence  minima  de  l'avant-bras 22  21,5 

—  au  niveau  du  pouls 21  20 

Longueur  de  la  main,  de  l'interligne  radio-carpien  à 

l'extrémité  du   médius 20  19 

Longueur  du  médius,  depuis  le  sillon  interdigital.  .  10  9,7 

—         de  l'annulaire,  depuis  le  sillon  interdigital.  9  8,5 

Périmètre  maximum  de  la  main,  y  compris  le  pouce.  50  29,5 

de  la  phalangette  du  pouce 8,5  8 

—  —  de  l'index 7,4  7 

—  —  du  médius 7,9  7,5 

Membres  inférieurs.  —  Quant  au  volume  des  pieds,  considéré  en  lui- 
même,  comme  par  rapport  au  volume  des  jambes  et  des  cuisses,  on 
peut  répéter  à  son  sujet  ce  qui  a  été  dit  des  mains  par  rapport  aux  bras 
et  aux  avant-bras. 


GEANTS  VIVANTS.  367 

Mais  la  difformité  des  pieds  est  relativement  plus  grande  que  celle 
des  mains,  et,  malgré  le  gigantisme,  les  pieds  sont  proportionnellement 
plus  gros  que  ne  le  comporterait  la  taille  du  malade. 

L'hallux  est  particulièrement  monstrueux.  Le  pied  dans  son  ensemble 
est  nettement  aplati.  Les  ongles,  courts  et  larges,  sont  striés  longitu- 
dinalement. 

L'augmentation  des  têtes  articulaires  est  plus  petite  aux  membres 
inférieurs  c{u'aux  supérieurs.  La  peau  est  garnie  de  poils  épars,  non 
rudes,  quoique  très  gros  aux  pieds,  surtout  à  gauche  ;  elle  y  est  aussi 
plus  chaude  qu"en  aucun  autre  point  du  corps  et  couverte  de  sueur. 

Quoique  les  masses  musculaires  soient  aux  membres  inférieurs  très 
développées,  beaucoup  plus  relativement  que  dans  les  autres  régions  du 
corps,  en  sorte  que  la  jambe  et  la  cuisse  du  malade  rappellent  de  loin 
l'aspect  de  la  paralysie  pseudo-hypertrophique  ou  de  la  maladie  de 
Thomsen,  Tamyosthénie  est  si  accusée  que  le  malade,  en  raison  de  son 
excessive  aptitude  à  la  fatigue,  non  seulement  a  dû  renoncer  à  toute 
occupation  inhérente  à  son  métier  d'agriculteur,  mais  même  a  dû  cesser 
de  marcher  à  pied,  si  la  course  est  un  peu  longue  ou  s'il  y  a  une  montée. 

Voici  quelques  mesures  : 

A  droite.        A  gauche. 
Centimètres.    Centimètres. 

Longueur  du   pied,  du  calcanéum  à  rextrémité  de 

l'hallux 29  28,5 

Circonférence  maxima  du  cou-de-pied 54  55 

Circonférence  maxima  du  pied  au  niveau  de  la  base 

des  doigts 51  50 

Longueur  de  l'hallux 8  8 

Largeur  de  l'hallux 5,5  3,5 

La  sensibilité  générale  est  normale  sur  le  tronc  et  sur  les  membres  ;  un 
certain  degré  d'hypoesthésie  électrique  à  gauche  ne  constitue  pas  un 
fait  aussi  constant  et  certain  qu'à  la  face  et  au  cou.  Sens  musculaire 
normal. 

Les  réflexes  cutanés  et  tendineux  sont  bien  conservés  et  égaux  des 
deux  côtés  du  corps. 

L'excitabilité  électrique  farado-galvanique  présente  un  peu  d'affaiblis- 
sement, surtout  l'excitabilité  musculaire  directe.  Le  fait  est  surtout  évi- 
dent aux  membres  inférieurs. 

La  miction  et  la  défécation  se  font  normalement. 

Le  sens  génésique  a  subi  chez  le  malade  une  atteinte  notable.  Indif- 
férence pour  les  plaisirs  vénériens;  érection  incomplète  et  fugace. 

Examen  de  VuHne.  —  Quantité  par  jour  :  2000  centimètres  cubes  ;  poids 
spécifique  :  1014,  réaction  acide;  coloration  pâle;  urée  des  24  heures  : 
26  grammes.  Ni  albumine,  ni  sucre,  ni  peptone.  Légère  augmentation 
des  phosphates  terreux  et  alcalins.  Pour  le  reste,  la  détermination  quan- 
titative fait  défaut,  le  malade  n'ayant  été  traité  que  peu  de  jours  à  l'hô- 
pital. 

Le  traitement  consistait  en  galvanisation  bitemporale,  faradisation 


368  GEANTS  VIVANTS. 

du  sympathique  cervical,  particulièrement  du  ganglion  supérieur  gauche, 
usage  des  préparations  de  thyroïde. 

L'hyperidrose  de  la  moitié  gauche  de  la  face  et  du  cou,  avec  sensation 
de  chaleur  et  rougeur  livide  de  la  peau,  me  paraît  la  confirmation  cli- 
nique de  l'expérience  physiologique  de  Claude  Bernard  sur  le  sympa- 
thique cervical.  Bien  que,  je  le  répète,  le  malade  ait  voulu,  pour  des 
motifs  intéressés,  retourner  chez  lui,  au  bout  de  16  jours,  l'amélioration 
obtenue  quanta  la  céphalalgie  et  aux  troubles  circulatoires,  sensitifs  et 
trophiques  du  sympathique  cervical  fut  très  notable.  11  prit  à  l'intérieur 
70  tabloïdes  de  thyroïdine  Merk.  Le  poids  tomba,  en  16  jours,  de  95  à 
90  kilogrammes.  On  nota  une  amélioration  certaine  de  l'amyosthénie. 

Observation  XXX.   (Alihert.)   {Tr.  des  maladies  de  la  peau.  1822,  t.   II, 
p.  317.) 

Géant  scrofuleux,  52  ans,  2"',05.  Poussée  de  croissance  à  la  puberté. 
Figure  oblongue,  langue  volumineuse,  voix  rauque.  Soif  intense. 
Polyurie  extraordinaire  :  «  Il  n'éprouvait  aucun  attrait  pour  le  sexe 
féminin.  » 

Observation  XXXI.   (Quételet.)  [Anthropométrie.  \%1\,  p.  500). 

Géant  napolitain,  exhibé  à  Bruxelles;  2"", 15;  18  ans  et  demi.  Assez 
régulièrement  conformé;  embonpoint  en  rapport  avec  sa  taille.  Accrois- 
sement proportionné  des  pieds,  des  mains,  des  jambes.  Développement 
musculaire  très  prononcé. 

Observation  XXXII.  (Klein.)  Un  cas  de  gigantisme.  [Soc.  méd.  des  Hop. 
de  Nantes.  20  juillet  1899  et  Gazette  méd.  de  Nantes.  4  novembre  1899.) 

Caporal,  21  ans,  engagé  volontaire  depuis  5  ans,  d'une  taille  de  2'",02 
d'après  son  livret  militaire,  ramenée  à  l'",98  à  la  toise.  Se  trouve  actuel- 
lement en  congé  de  convalescence,  pour  fièvre  typhoïde.  Parents  : 
1  frère  et  2  sœurs  de  taille  ordinaire.  La  croissance  s'est  faite  réguliè- 
rement et  sans  à-coup.  L'intelligence  est  moyenne;  bonne  instruction 
primaire. 

Taille  rectifiée l'",98 

Poids •    . 85  kilogrammes. 

Crâne  :  diamètre  antéro-postèrieur \H"^,b 

—        diamètre  transversal 15  centimètres. 

Indice  céphalique  .       15  — 

Périmètre    tlioracique    (au-dessus    des     saillies    du 

grand  pectoral) 95  — 

Circonférence  de  la  cuisse  gauche  (partie  moyenne).  49  — 

—  du  mollet  gauche  (partie  moyenne).    .  56"". 5 

—  du  bras  droit  (partie  moyenne).   ...  20  centimètres. 

Muscles  assez  développés,  sans  exagération;  vue  normale. 
Légers  stigmates  d'acromégalie;  face  disproportionnée  par  rapport 
au  crâne;  hauteur  du  maxillaire  inférieur  (incisives  comprises)  53  milli- 


GÉANTS  VIVANTS.  369 

mètres  (44  millimètres  chez  un  sujet  normal  de  1",83)  ;  voûte  palatine 
un  peu  ogivale  ; 

Longueur  du  bras  :  de  l'acromion  à  l'olécrane)  ...  56  centimètres. 
Longueur  du  l)ras  :  de  l'olécrane  à  l'apophyse  sty- 

loïde  du  cubitus 50  — 

Longueur  de  la  main  (1/9  de  la  taille) "22  — 

Longueur  du  membre  inférieur  (du  grand  trochanter 

au  sol) 'i 108  — 

Longueur  du  pied  (1/6  de  la  taille  au  heu  de  1/7)  .   .  55  — 

Verge  pas  très  développée.  Varicocèle  assez  prononcé;  quelques 
varices  aux  deux  mollets.  Appétits  génésiques  peu  marqués. 

Observation'  XXXIII.  (W.  Lackey.)  [Philadelphia  med.  journ.  22  juillet 
1890.) 

Acromégalie,  avec  observation  d'un  cas  présentant  quelques  carac- 
tères inhabituels;  taille  du  malade  8  pieds,  6  pouces. 

Observation  XXXn\  (?leasants.)  (Maryland  med.  joura.  Baltimore,  1900, 
XLIII,  p.  578.) 

Un  cas  d'acromégalie  chez  un  nègre  associé  avec  un  léger  degré  de 
gigantisme. 

Observation  XXXV.  (Hinsdale).  (*)  — Le  géant   Cooper.   (Acromegaly. 
Medicine,  Détroit.  1898,  p.  55.) 

L'auteur  a  examiné  un  géant  actuellement  vivant,  du  nom  de  Henry 
Alexandre  Cooper,  né  dans  le  comté  d'York,  en  Angleterre,  le  12  mars 
1860.  Il  est  haut  de  7  pieds  5  pouces  avec  ses  souliers  et  la  circonférence 
de  sa  tête  est  de  25  pouces.  Il  n'y  a  ni  prognathisme  ni  exophtalmie,  ni 
hémianopsie.  Il  eut  autrefois  des  maux  de  tète  assez  graves  et  pendant 
un  temps  souffrit  des  yeux  et  eut  quelques  troubles  de  la  vue  au  moment 
de  la  période  de  sa  plus  grande  croissance.  Les  sourcils  sont  un  peu 
proéminents,  le  nez  large  ;  le  menton,  toutefois,  n'est  certainement  pas 
proéminent  en  considérant  les  dimensions  de  la  face.  Celle-ci  est  de 
forme  ovale.  Les  mains  et  les  pieds  ne  sont  pas  disproportionnés  avec 
la  taille  du  squelette.  L'abdomen  n'est  pas  proéminent  et  il  n'y  a  ni 
soif,  ni  faim  excessives.  Le  sujet  semble  avoir  maigri.  II  ne  fut  pas  pos- 
sible d'avoir  son  poids  exact.  Ce  géant  n'est  donc  pas  un  cas  d'acromé- 

(')  Nous  reproduisons  intégralement  l'observation  du  géant  Cooper  d'aiirès 
HiNSDALE.  Mais  il  serait  superilu  d'indiquer  les  critiques  nombreuses  qu'on 
pourrait  adresser  à  la  conclusion  de  l'auteur  que  ce  géant  n'est  pas  un 
acromégaUque  :  l'obseryation  est  beaucoup  trop  sommaire  pour  emporter 
la  conviction;  et  il  resterait  d'ailleurs  à  démontrer  que  Cooper,  même  non 
acromégalique  au  moment  de  l'observation,  n'était  pas  apte  à  le  devenir 
(Noie  des  A.). 

LAUNOIS   ET   ROY.  24 


370  GEANTS  VIVANTS. 

galie.  Il  serait  établi  que  l'intelligence  de  cet  homme  est  parfaitement 
lucide,  ses  manières  plaisantes  et  sa  voix  agréable. 

0)3SERVATiON  XXXVI.  (Nobl.)  —  (Gigantisme  chkz  un  syphilitique 
HÉRÉDITAIRE.  Club  inédical  vleniiois.  1"  mai  1895.  Wlen.  med.  Presse. 
1895,  n"'  19-21.) 

Homme  26  ans,  syphilis  héréditaire  certaine  (lésions  nasales  et  pala- 
tines caractéristiques,  lésions  des  cornées  et  de  l'appareil  auditif,  infan- 
tilisme, avortements  fréquents  de  la  mère,  mort  en  bas  âge  de  9  frères 
ou  sœurs  sur  12).  Diaphyse  des  os  longs  remarquable  par  sa  longueur. 
Développement  considérable  de  tout  le  squelette,  des  épiph.,  poignet, 
coude,  phalanges  terminales  des  doigls,  mais  pas  comme  dans  Fosléo- 
arthropathie  hypertrophique  de  Marie. 

Albuminurie  :  G  grammes  et  demi  par  litre,  depuis  longtemps. 
Améliorée  par  Kl,  et  salsepareille,  sans  doute  de  nature  syphili- 
tique. 

Observation  XXXVll.  (Fuchs.)  (•)  —  Hérédo-syphilis  et  gigantisme. 
(Wlen.  Klin.  Wocheitsclir.  10  septembre  1895.) 

Homme,  26  ans,  1"',88.  Poids  88  kilos.  Absolument  imberbe.  Pro- 
venait d'une  famille  notoirement  syphilitique  et  présentait  lui-même 
les  stigmates  de  cette  affection,  tels  que  :  exostoses  multiples,  perte 
de  la  cloison  nasale,  ozène,  opacités  cornéennes  résultant  de  la  kéra- 
tite interstitielle,  surdité,  lésions  dentaires,  etc.  Néphrite,  peut-être 
hérédo-syphilitique,  ayant  bénéficié  du  traitement  spécifique  (dispa- 
rition des  cylindres,  quantité  d'albumine  tombée  de  4  pour  100  à  0,5 
pour  100).  Les  membres  sont  inégalement  développés  (ceux  du  côté 
droit  sont  plus  forts). 

Observation  XXXVIIl.  (Mossé.)  —  Un  cas  d'acromégalie  associée  au 
GIGANTISME.  {Soc.  de  Biolor/îe,  15  octobre  1895.) 

Femme,  bd  ans;  l^jSô.  Mains  et  pieds  énormes.  Cyphose  cervico-dor- 
sale.  Augmentation  du  maxillaire  inférieur.  Varices  des  membres  infé- 
rieurs. —  Aucun  des  signes  fonctionnels  ou  généraux  de  l'acromégalie 
n'accompagne  les  déformations  squelettiques  caractéristicjues  de  cette 
maladie.  —  Traitement  thyroïdien  resté  sans  résultat. 

Observation  XXXIX.  (P.-E.  Launois  et  Pierre  Roy.)  —  Le  géant  lut- 
teur Ant...  (observation  inédite  et  incomplète). 

22  ans,  né  à  Sarajewo.  Taille  :  2", 16.  Poussée  de  croissance  à  la  suite 
d'une  fièvre  typhoïde,  à  l'âge  de  11  ans.  Menton  haut  et  saillant  en  avant. 
Augmentation    du    diamètre   bimalaire,  voix  extrêmement   grave.    La 


GEANTS  VIVANTS.  371 

radiofjrapkie  du   squelette  de  la  main  et  de    Pavant-bras  a    montré  fjue 


FiG.  95.  —  Le  fléaiit  liiUeur  Ant...,  22  ans; 


,16. 


les  carlilages  de  conjugaison  étaient  normalement  ossi/iés  (fig.  05  et  UO). 


Observation  XL.  —  Le  géant  Hugo  (inédite). 

Hugo,  25  ans,  2™, 50,  né  à  Saint-Martin-de-Vésubie  (Alpes-Maritimes). 
L'intérêt  de  cette  observation,  très  incomplète  et  réduite  aux  notices 
lournies  par  le  géant,  lors  de  ses  exhibitions  parisiennes  (au  «  Vieux- 
Paris  »  de  l'Exposition  universelle  de  1900;  —  à  l'Hippodrome,  1904), 
réside  dans  ce  fait  que  les  photographies  (fig.  97  et  98)  suffisent  à  faire 
soupçonner  fortement  chez  le  géant  Hugo  Facromégalie  par  l'aspect  de 
sa  face,  les  dimensions  de  ses  extrémités  et  l'ébauche  du  genu  valgum. 


372 


GEANTS  VIVANTS. 


—  Voici,  à  titre  simplement  documentaire,  les  renseignements  tournis 
par  Hugo  dans  ses  notices,  reproduites  par  plusieurs  journaux  médi- 


FiG.  915. 


Radiographie  de  la  main  du  goaiiL  luH.eur  Aul...  —  L'ossificalioii  des  carLilnges 
s'est  faite  d'une  manière  et  à  une  époque  régulières. 


eaux:  2™, 50;  201  kilos.  Dans  sa  bague  passe  librement  une  pièce  de 
10  centimes.  Il  couvre  facilement  une  pièce  de  5  francs  avec  son  pouce. 
Avec  sa  main  il  atteint  une  hauteur  de  o  mètres.  Grande  envergure  : 
2", 47.  Pointure  des  souliers  :  59.  Tour  de  taille  et  de  poitrine  :  l"\9r). 
Son  lit  a  5  mètres  de  long  sur  '1"',50  de  large.  Hugo  est  bien  propor- 


GEANTS  VIVANTS. 


373 


tionné,  les  traits  réguliers,  le  visage  éclairé  d'yeux  bruns  très  expres- 
sifs, les  oreilles  sont  plutôt  petites.   Carrure  des  épaules  :   70   centi- 


FiG.  97.  —  Le  séaiil  Huoo,  25  ans,  i"\ôO. 


mètres.  Longueur  du  pied:  41  centimètres.  La  main  ouverte  développe 
5')  centimètres.  Le  géant  Hugo  a  toujours  eu  des  proportions  extraor- 
dinaires, il  pesait,  en  venant  au  monde,  lo  livres;  à  làge  de  6  ans  il 


374  GEANTS  VIVANTS. 

mesurait  déjà    l'",23;  à  10  ans,  J'",70;   à  15  ans,  2  mètres;    à  20    ans, 
2"^", 25.  et  aujourd'hui  (1902),  mesurant  2"', 29,  il  s'est  encore  aperçu  qu'il 

avait  grandi  de  2  centimètres  l'année  der- 
nière. —  Parents,  frères  et  sœurs  de  taille 
moyenne. 

Observation  XLI.  (Lancet,  24  décembre 
1898,  p.  1748.) 

Le  géant  de  Cunéo  (Piémonl),  22  ans, 
2", 25.  Circonférence  du  thorax:  l^.BO.  Lon- 
gueur du  pied  :  45  centimètres,  «  lenteur 
éléphantine  des  mouvements,  le  rendant 
impropre  au  service  militaire.  N'est  bon 
qu'à  se  montrer  en  public  ». 

Observation  XLII  (communiquée  par 
P.  Marie).  —  La  plus  grande  femme  du 
MONDE.  {Arch.  orient,  de  méd.) 


Vu:.  98.  —  LeyéanL  Hiioo. 


Wassiliki  Calliaudjî,  jeune  fille  de  22  ans,  originaire  d'un  petit 
village  de  la  province  de  Corinthe  (Grèce),  a  une  taille  de  2'°,50.  «  Ses 
yeux  sont  aussi  gros  que  des  œufs!  Sa  tête  a  un  volume  double  de  celle 
des  femmes  ordinaires,  les  mains  et  les  pieds  à  l'avenant.  » 

Observation  XLIII  (The  Manchester  Weekly  Times,  25  avril  1902,  extrait 
envoyé  par  D''  Love,  de  Glascow  (communiqué  par  P.  Marie). 

Victor  Featherstone,  19  ans,  mort  subitement.  Sergeant  Brown  a 
mesuré  son  corps  qu'il  a  trouvé  long  de  7  pieds  2  pouces;  il  aurait  été 
plus  long  sans  une  légère  courbure  de  la  colonne  vertébrale.  Chaque 
pied  mesurait  5  pouces  de  long  et  les  mains  étaient  aussi  de  taille  extra- 
ordinaire. Le  D'Schmitz,  qui  soignait  le  malade  depuis  2  ans,  déclare 
qu'il  était  atteint  d'une  maladie  très  rare  appelée  l'acromégalie,  carac- 
térisée par  un  affaiblissement  avec  augmentation  des  os.  La  mort  est 
due  à  la  faiblesse  cardiaque. 

Observation    XLIV.    (D'après    Lissauer   et   v.    Luschan.)  —  Le  géant 
Machnow  (Zeitschrift  fvr  Ethnologie,  1005,  Heft  2j('). 

Machnow  est  le  dernier  géant  qui  se  soit  exhibé  en  Allemagne  et  en 
Hollande.  Bien  que  les  documents  recueillis  sur  lui  soient  incomplets, 
on  peut  cependant,  en  se  basant  sur  les  détails  fournis  par  Lissauer  et 
V.  Luschan,  résumer  de  la  façon  suivante  son  observation. 

Il  est  né  à  Witeàsk,  en  Ricssie,  et  appartient  à  une  famille  dont  tous 

(')  Nous  remercions  sincèreraenl  le  D"  Lorand  auquel  nous  sommes  rede- 
vables de  la  plupart  des  documents  concernant  le  géant  Machnow. 


GEANTS  VIVANTS. 


375 


les  membres  sont  de  taille  ordinaire;  lui-même,  jusqu'à  l'âge  de  4  ans, 
ne  dépassait  pas  celle  de  ses  camarades.  A  partir  de  cet  âge,  sans 
qu'on  ait  ]mi  en  reconnaître  la  cause,  il  se  mit  à  grandir  subitement  et 


FiG.  'Jit(')-  —  T.e  gjant  Machnow  avec,  à  ses  côlés,  le  professeur  Luschan, 
le  squelette  d'un  Boschimaii  de  petite  taille  et  celui  d'un  Patagon  de  haute  stature. 

rapidement.  Il  dormait  beaucoup,  souvent  pendant  24  heures  consécu- 
tives, et  n'avait  qu'un  appétit  très  modéré.  A  l'âge  de  15  ans,  il  mesu- 
rait 1™,57.  Actuellement,  il  a  atteint  Page  de  22  ans  et  mesure  2™, 58. 

En  raison  môme  de  cette  taille  exagérée,  il  se  classe  parmi  les  plus 
grands  géants  connus.  Il  dépasse,  en  effet,  le  géant  Henoch  de  Sah- 

(')  Extraite  du  Journal  des   Voyages,  1903,  p.  416. 


^ 


376  (lEANTS  VIVANTS. 

hourg,  qui  prétendait  mesurer,  à  l'âge  de  24  ans,  ^''^jO,  mais  qui,  d'après 
la  rectilication  faite  par  v.  Luschan,  n'atteignait  en  réalité  que  2™, 15.  Il 
est  plus  grand  aussi  que  le  géant  Winkelmeyer  (voir  Obs.  VI,  p.  147^, 
qui,  à  làge  de  20  ans,  était  grand  de  2", 17.  Toutefois  il  n'aurait  pas 
atteint  les  proportions  du  géant  finlandais  Cajanus  qui,  d'après  Topi- 
NARD  (Anthropologie),  aurait  atteint  2", 85. 

Les  mensurations  laites  sur  Machnow  par  v.  Luschax  sont  incom- 
plètes, parce  que  le  géant  n'a  pas  consenti  à  se  déshabiller;  elles  n'en 
sont  pas  moins  intéressantes  à  rapporter.  V.  Luschan,  comme  Lis- 
SAUER,  estime  que  la  taille  deMACHNow  correspond  assez  exactement  à 
2'", 58.  «  En  donnant  ce  chiffre,  dit-il,  je  n'oublie  pas  c|ue  cet  homme, 
examiné  après  cjuelques  journées  de  repos  au  lit  (il  avait  été  obligé  de 
garder  l'immobilité  à  cause  d'une  brûlure  au  pied),  au  moment  du 
lever,  devait  mesurer  5,  4  et  même  5  centimètres  de  plus  qu'à  la  fin 
d'une  journée  de  fatigue;  je  n'oublie  pas  non  plus  Cju'il  se  redressait 
autant  qu'il  le  pouvait  faire  et  cependant  je  considère  mon  apprécia- 
tion comme  répondant  à  la  mesure  exacte.  » 

Quant  aux  autres  mensurations  elles  ont  donné  les  résultats  suivants  : 


Longueur  la  plus  grande  de  la  tète ■    •    ■  '^^0  niillimètrcs. 

Largeur                       —                        175  — 

Longueur  de  la  base,  environ 155  — 

Hauteur  de  l'oreille,  environ 160  — 

Largeur  la  plus  petite  du  Iront 128  — 

Hauteur   de   la    l'ace   (de  la   racine  des  cheveux  au 

menlon) 222  — 

Hauteur  de  la  lace  (de  la  racine  du  nez  au  menton).  154  — 
Hauteur  de  la  face  (de  la  racine  du  nez  à  la  lente 

de  la  bouche) 99  — 

Hauteur  du  nez  (de  la  racine  à  la  poinle) 70  — 

Largeur  du  nez 50  — 

Largeur  des  arcades  zygomatiques 167  — 

Dislance  des  angles  des  mâchoires 12i)  — 

—  des  angles  internes  des  ycu^ 40  — 

—  —         externes  des  Aeu\ 118  — 

Largeur  de  la  bouche 65  — 

Hauteiu"  des  lèvres 27  — 

Longueur  de  l'oreille 74  — 

Largeur  de  l'oreille 44  — 

Hauteur  du  ccrj^s  assit 1150  — 

—  totale  du  corps  debout 2380  — 

—  du  sternum  à  terre 2000  — 

—  des  épaules  à  terre 1980  — 

—  des  hanches  à  terre 1450  — 

—  de  la  symphyse  à  terre,  environ 1260  — 

—  du  bord  inférieur  de  la  rotule 600  — 

Longueur  du  bras  pendant ,  1046  — 

—  de  l'avant-bras 640  — 

—  de  la  main 251  — 

Largeur  de  la  main 109  — 

Longueur  du  médius  (en  dedans) 107  — 

—                  (en  dehors) 457  — 

Circonférence  de  la  tète 620  — 


GEANTS  VIVANTS. 


377 


Circonférence  de  la  poiti-inc l'iOO  inilliuièlres. 

Circonférence  la  plus  ]>etito  de  la  partie  inférieure 

de  la  cuisse 290  — 

Circonférence  la  plus  grande  de  la  cuisse 410  — 

Longueur  du  pied 570  — 

Largeur  du  pied 149  — 


Dans  un  second  tableau  annexé  à  sa  communication,  v.  Luschan  a 
rapporté  ces  mensurations  à  une  hauteur  corporelle  moyenne  de 
1000  centimètres  et  les  a  rapprochées  d'autres,  empruntées  à  l'ouvrage 
de  Carl  Langer  {La  croissance  du  squelette  humain,  surtout  en  ce  qui 
concerne  les  géants.  Wiener  Akadem.  Denkschriften.,  1871,  XXXI)  et  à 
ses  propres  mémoires  {Ethnolocjie  des  possessions  allemandes  dans  les 
pays  exotiques.  Berlin,  1897).  Ce  tableau  comprend  les  mensurations 
faites  sur  11  individus  de  tailles  différentes  :  il  commence  1"  par  Faykje 
Banks,  petite  femme  rachitique  de  l'Afrique  du  Sud  et  se  termine  par 
Machnow.  Il  comprend  de  plus:  2"  Hambo  Bell,  homme  dont  la  taille 
est  petite  en  comparaison  de  celle  de  ses  compatriotes  du  Kamerun; 
5°  TiTTi,  homme  de  petite  taille  de  Togo;  A"  un  squelette  normal  mesu- 
rant Ki^O  millimètres;  5°  Ferdinand  Demoudscha,  Ilerero,  d'une  gran- 
deur et  d'une  vigueur  extraordinaires;  6°  un  individu  représentant  le 
type  d'un  grand  homme;  7°Mschungo,  Massai  très  svelte  et  très  mince; 
S"  le  Grenadier,  de  C.  Langer;  9°  le  géant  de  Saint-Pétersboicrg,  d'après 
C.  Langer;  10°  le  géant  dlnnsbruck,  d'après  C.  Langer;  11°  le  géant 
Machnow. 


6 

-/; 

~ 

J. 

:i 

e 

^ 

5 

~ 

c 

y.  T. 
y-.  % 

a  _  S 

2 

Y. 

•a  a  a 

■a  g 

o 

^i) 

c 

~ 

'"  —  -^ 

— 

a 

o  s  ■- 

o  tf. 

^ 

"  o 

-a 

— 

;^ 

p: 

a  S 

/. 

;j 

^  y 

< 

^ 

< 

S 

■^  i 

:: 

--' 

a 

~         r- 

•'• 

< 

Hauteur  lolalc 

i:)C() 

1525 

1550 

162i) 

1855 

1857 

18(311 

2087 

21::5 

222  ') 

2380 

Réduction  pour  une  haute kp 

corporelle  de  l(jÛO  cm.  : 

Longueur  de  la  lêle  .... 

158 

120 

121 

(115) 

106 



109 

91 

92 

S8 

'il 

Largeur  de  la  tête 

9-i 

88 

90 

97 

81 

— 

77 

70 

75 

71) 

75 

HauLeurde  la  lêle  (oreille). 

92 

8o 

85 

(7i) 

71 

— 

70 



_ 



67 

Hauleur  A  de  la  ligure.  .   . 

12-2 

111 

115 

(150) 

110 

(115) 

lOi 

(115) 

dOi' 

(102) 

9i 

Ilauleur  B  de  la  ligure.   .    . 

70 

66 

75 

(69) 

67 

62 

— 

— 

65 

Taille  assise 

U8 

510 

512 

(5U) 

177 

— 

1-89 



— 

— 

178 

h  lafterwelte 

1060 

1(1,5(1 

lOiO 

(107Ô) 

1060 

(1117) 

1050 

lOiO 

1165 



918 

Longueur  des  bras 

-1.1)9 

157 

i.50 

m 

458 

467 

457 

-125 

-187 



i")9 

Bras 

1(59 

17-7 

150 
165 

173 
157 

182 
165 

194 
156 

177 

168 
15-J 

ISM 

179 
16.1 

170 
165 

Avanl-bras 

196 

172 

16!» 

180 

^lain 

111 

115 

11"' 

111 

11 1 

117 

112 

101 

118 

105 

Ilauleur  de  la  cuisse.  |j1u-. 

hauteur  du  pied 

2)fi 

255 

245 

271 

27i 

2;i5 

281 

270 

289 

2>3 

290 

Longueur  du  pied 

12!)    117    iU 

(Ui) 

liO 

15ii 

— 

— 

— 

155 

378  GEANTS  VIVANTS. 

Dans  ce  ta]:)leau  comparatif  des  tailles,  les  chiffres  placés  entre  paren- 
thèses n'ont  pu  être  comparés  à  d'autres,  soit  parce  qu'ils  n'ont  pas 
été  recueillis,  soit  parce  c[ue  les  mensurations  ont  été  faites  sur  des 
squelettes. 

Quoi  qu'il  en  soit,  la  lecture  de  ce  tableau  est  très  instructive  :  elle 
met  en  évidence  la  disproportion  qui  existe  entre  la  croissance  du 
crâne,  du  cerveau  et  celle  des  autres  parties  du  corps.  Elle  met  de  plus 
en  valeur,  chez  Machnow,  la  petitesse  du  visage,  l'allongement  par 
contre  plus  marqué  des  membres  inférieurs  et  le  contraste  qui  existe 
entre  les  dimensions  de  ceux-ci  et  celles  des  membres  supérieurs  et  du 
torse. 

En  raison  même  des  dimensions  de  ses  pieds,  qui  ont  une  longueur 
de  57  centimètres,  une  largeur  de  15  centimètres,  de  celles  de  ses 
mains,  de  celles  de  son  corps,  il  est  clair  que  Machnow  est  obligé  de 
faire  confectionner  sur  mesures  ses  vêtements  comme  ses  chaussures 
et  ses  gants.  Par  contre,  la  circonférence  de  sa  tète  n'étant  que  de 
02  centimètres,  il  est  certain  de  trouver  un  chapeau  à  sa  convenance 
«  surtout  s'il  s'adresse  à  un  chapelier  ayant  l'habitude  de  coiffer  des 
clients  occupant  une  haute  situation  ». 

On  sait  jusqu'à  présent  peu  de  choses  sur  la  santé,  la  vigueur  de 
Mach.xow.  Cependant,  C{uand  Lissauer  l'examina,  il  constata  un  certain 
état  de  faiblesse  et  d'anémie,  en  même  temps  que  de  la  faiblesse  du 
cœur  et  du  pouls.  Les  démêlés,  cjuil  eut  avec  son  barnum  et  que 
viennent  de  conter  les  journaux  allemands,  nous  ont  appris  qu'il  est 
tout  à  la  fois  gros  mangeur  et  gros  buveur.  On  ignore  s'il  est  dia- 
bétique. 

Il  est  à  souhaiter  qu'une  étude  minutieuse  soit  faite  de  Machnow  et 
vienne  permettre  d'ajouter  son  observation  à  celle  des  géants  infantiles 
et  acromégaliques,  comme  on  peut,  dès  aujourd'hui,  le  supposer  en  se 
basant  sur  les  données  que  nous  venons  de  résumer. 


GROUPE    II 


GÉANTS    AUTOPSIÉS 


Observation  III  (').  (Woods  Hutchinson.)  —  Un  cas  d'acromégalik  chkz 
UNE  GÉANTE,  LADY  x\ama.  [Aiueylcait  jouvii.  of  ined.  sciences,  août  I81f5, 
p.  190.) 

Un  cas  (raci'omt'fjalie  cJiez  une  géante.  —  Lady  Aama,  née  dans  le 
Jura,  morte  en  Amérique,  à  17  ans;  2'",02.  Alïaiblissement  permanent 
et  progressif  des  forces,  alDOutissant  à  la  mort  par  syncope.  Défi- 
cience intellectuelle.  —  Autopsie  :  Retard  d'ossification  des  cartilages 
épiphysaires.  Allongement  disproportionné  des  membres  inférieurs. 
Atrophie  des  glandes  mammaires.  Glande  pituitaire  très  augmentée  de 
volume.  Hypertrophie  du  clitoris  (pseudo-hermaphrodisme).  Atrophie 
da  vagin.,  de  Vutérus  des  trompes,  des  ovaires.  Déformations  acromé- 
galiques  du  scfuelette.  Développement  excessif  et  forme  spéciale  des 
mains,  des  doigts,  des  pieds,  de  la  mâchoire,  des  os  du  nez  et  des 
sinus  frontaux. 

Observation  IV('-).  (Buday  et  Jancso.)  —  Un  cas  de  gigantisme  patho- 
logique, Simon  Botis.  (Deittscli.es  Archiv  fiir  Klin.  Med.,  1898,  p.  585.) 

Un  cas  de  gigantisme  pathologique.  —  Simon  Botis,  porcher,  commença 
à  grandir  d'une  manière  anormale  à  20  ans,  à  la  suite  d'excès  géné- 
siques,  ayant  abouti  en  2  ans  à  l'impuissance.  Continua  à  grandir 
jusqu'à  55  ans  ('i", 02).  Déformation  caractéristique  de  l'acromégalie  ; 
face,  membres,  thorax.  Genu  valgum  droit.  Faciès  imberbe.  Intelli- 
gence conservée.  Carie  tuberculeuse  du  tibia  droit. 

Dicdjète.  Tuberculose  pulmonaire.  Mort  à  57  ans  dans  le  marasme.  — 
Autopsie  :  tumeur  de  rhypophyse,  plus  grosse  qu'un  œuf  de  poule.  {An- 
giosarcome.)  Gigantisme  viscéral.  Tuberculose  pulmonaire,  néphrite 
parenchymateuse;  atropjhie  testiculaire  :  canaux  séminifères  petits  et 
sclérosés.  Déformations  acromégaliques  du  squelette. 

<»)  Voii-  p.  114. 
(-)  Voir  p.  1^22. 


380  (iEANTS   AUTOPSIES. 

OiîSKRVATiox  MIl(i).  (Achard  i:t  Lœper.  —  P.-E.  Launois  et  Pierre 
Roy,  190").)  —  Le  géant  K.,  tambour-ma.jor.  (Xouv.  Icoa.  de  la  Solpc- 
h'ière,  lUOO  et  1905.) 

déaut  acroméyalique  et  (Uabéiujue.  —  K...,  ancien  tambour-major,  mort 
à  50  ans,  le  29  mai  1902.  Hauteur  2", 12.  Poussée  de  croissance  à  18  ans. 
Hérédité  paternelle  du  gigantisme.  Diabète  sucré  koi  ans.  Malformations 
acromégaliques  des  extrémités  et  surtout  de  la  face  (saillie  très  exa- 
gérée des  pommettes).  Douleurs  névralgicjues  multiples.  Mort  brusque 
avec  convulsions  épileptiformes.  —  Autopsie  :  développement  dispro- 
portionné du  thorax  par  rapport  à  l'abdomen.  Gigantisme  viscéral  (foie, 
rate,  reins,  pancréas,  etc.).  Tuberculose  pulmonaire.  £'Hor?ne /iyj:»(?/'/ro-~ 
phie  du  corps  thyroïde  (250  grammes).  Epaississement  considérable  des 
os  du  crâne,  élargissement  des  sinus  frontaux.  Pas  d'augmentation  de 
poids  du  cerveau.  Enorme  épitliélioma  du  corps  pituitaire,  ayant  dilaté 
notablement  la  selle  turcique  (diamètre  transversal  :  40  millimètres)  et 
se  prolongeant  en  haut  par  un  pédicule  cfui  passe  entre  les  deux  nerfs 
optiques,  sans  les  comprimer,  s'enfonce  dans  la  scissure  interhémi- 
sphérique et  pénètre  dans  l'intérieur  du  lobe  frontal,  où  il  remplit 
entièrement  la  cavité  très  agrandie  du  ventricule  latéral. 

Observation  X  (-).  (Dana,  1895;  Woods  Hutchinson,  1900.)  —  Saxtos 
Mamaï,  le  géaxt  péruvien.  (Journ.  of  itcrrous  and  nieidal  Diseases, 
novembre  1895.  p.  725;  —  Xew-Vork  tncd.  journ.,  28  juillet  1900, 
p.  154.) 

Gi(jantis)ne  etacronié(jalie.  —  Le  géant  péruvien  Santos  Mamaï,  50  ans, 
2  mètres.  Mandibule  très  développée  et  thorax  énorme;  légère  cyphose; 
hypertrophie  des  extrémités.  Légère  débilité  mentale  ;  force  musculaire 
très  faible.  —  Autopsie  :  Gigantisme  viscéral.  Hypertrophie  de  la 
glande  pituitaire. 

Examen  histologique  de  la  glande  pituitaire  par  Woods  Hutchinson, 
]\ew-York  médical  journal,  28  juillet  1900,  page  154. 

«  Furieux  effort  dliyfjertropjJiie  glandulaire  excessive,  effort  relative- 
ment heureux  dans  la  portion  corticale  de  la  glande,  moins  heureux 
dans  la  zone  intermédiaire,  échouant  en  un  désordre  chaoticiue  de  cel- 
lules néoformées  et  aboutissant  à  un  simple  exsudât  hémorragique  au 
centre  de  la  glande,  et  qu'on  retrouve  à  un  degré  plus  faible  dans  la 
formation  de  la  pituitaire  normale.  » 

Observation  XV(3).  (Dana,  1895;  —  Lamberg.  1896;  —  Villers,  1898;  — 
Peter  Bassoe,  1905.)  —  Le  géant  du  Minnesota,  Wilkins. 

I.  Dana  (Journ.  of  nervous  and  mentcd  Diseases,  novembre  1895,  p.  754.) 
—  Somatomégcdie  avec  hémiacromégcdic  de  la  tête.  Géant  professionnel, 

Cj  Voir  p.  15t». 
(^)  Voh'  p.  2-27. 
(^)  Voir  p.  234. 


GÉANTS   AUTOPSIÉS.  381 

Lewis  Wilkins,  19  ans,  né  dans  le  Minnesota;  2™, 25.  Assez  bien  propor- 
tionné, mais  pieds  et  mains  énormes;  développejneitl  renia  reliai  île  d'une 
moitié  de  la  face,  portant  sur  Tos  frontal  et  les  maxillaires  supérieur  et 
inlérieur,  hypertrophie  correspondant  exactement  à  la  distribution  du 
trijumeau. 

II.  Lamberg.  (Soc.  des  médecins  de  Vienne,  24  avril  189(».  Wien.  klin. 
Woc/iensc/ir.,  t.  XLVI,  n°  19,  1896,  p.  559.)  —  22  ans,  2"", 45.  Voussure 
énorme  de  la  moitié  gauche  du  front  et  de  la  face  accompagnée  d'un 
rétrécissement  de  la  fosse  nasale  à  gauche  ;  asymétrie  du  bassin. 

III.  E.  ViLLERS,  Bull.  Soc.  d'Anthvopolofjie  de  Bruxelles,  1898,  XVII,  174. 
Géant  scaphocéphale.  Rachitisme.  Continence  génitale. 

IV.  Peter  Bassoe  {The  Journ.  of  nervous  and  mental  diseases,  se[»t.  et 
oct.  1905).  —  Un  cas  de  gigantisme  avec  Leontiasis  ossea.  —  Cécité 
double,  mort  par  iléo-colite  nécrotique  et  ulcérative.  Sarcome  dans  la 
région  de  V hypophyse,  avec  propagation  de  la  tumeur  aux  tissus  sous- 
cutanés.  Hypertrophie  du  corps  thyroïde.  Gigantisme  généralisé. 

Observation  XVI  (M.  (Woods  Hutchinson.)  —  Le  géant  Me  Indoo.  {Xew- 
York  med.  journ.,  14  juillet  1900.) 

James  Me  Indoo,  18  ans,  2'", 04,  508  livres.  Intelligence  retardataire. 
Grande  vigueur  musculaire,  mais  mouvements  lents  et  mal  coordon- 
nés. Appétit  énorme.  Retard  du  développement  sexuel.  Augmentation 
de  la  partie  faciale  du  crâne,  des  mains  et  des  pieds.  Développement 
excessif  des  sinus  malaires  et  frontaux. 

Observation  XVII (-).  (Fritsche  et  Klebs.)  —  Le  géant  Peter  Rhyner. 
(Ein  Beitrag  zur  Pathologie  des  Riesenwuchses.  Klin.  und  Pathol. 
anat.  Untersuchuncjen,  Leipzig,  1884.) 

44  ans.  Début  de  l'acromégalie  à  56  ans  :  céphalée,  névralgies,  hyper- 
trophies localisées,  cyphose  lentement  progressive,  T",60.  Impuissance, 
atrophie  testiculaire.  Mort  par  syncope.  —  Autopsie  ;  gigantisme  viscé- 
ral. Déformations  acromégaliques  du  squelette.  Tumeur  de  Vliypophyse. 

Observation  XXIII (S).  (Huchard  et  P.-E.  Launois.)  —  [Bull,  de  la  Soc. 
méd.  des  Hôp.,  1905.) 

Homme,  60  ans.  Gigantisme  (l'",96)  et  acromégalie  (mains  et  pieds 
énormes,  développement  anormal  du  thorax,  saillie  exagérée  des  os 
malaires  et  des  arcades  sourcilières,  ressaut  post-lambdoïdien).  Mort 
par  gangrène  pulmonaire.  —  Autopsie  :  Élargissement  de  la  selle  tur- 
cique,  sans  doute  par  hypertrophie  primitive  de  l'hypophyse,  ayant  fait 
place,  par  la  suite,  à  une  atrophie  scléreuse  (examen  microscopique),  si 

(»)  Voir  p.  'ie.J. 
(2)  Voir  p.  269. 
(^)  Voir  p.  COl>. 


382  (;ea>jts  autopsies. 

bien  qu'à  FaLitopsie  le  corps  pituitaire  apparaissait  comme  une  petite 
cerise  dans  une  cavité  faite  pour  loger  au  moins  une  noix. 

Observation  XXVI  (M.  (Dufrane,  P.-E.  Launois  ht  Pierre  Roy.)  —  Le  géant 
Constantin.  {Bull,  de  la  Soc.  méd.  des  IIôjj.,  mai  1905.) 

Observation  XLV.  (Bourneville  et  Félix  Regnault.)  —  Acro.mégalique  un 
TYPE  GÉANT.  (Dull.  Soc.  (uiat.  de  i-'a/'/.s,  51  juillet  189G.) 

r",88.  Aveugle  dès  les  premiers  mois  de  sa  vie  (conjonctivite  i)uru- 
lente).  Chélifet  de  petite  taille  jusqu'à  20  ans,  grandit  et  grossit  déme- 
surément de  20  à  25  ans.  Entré  à  Bicêtre  le  27  juillet  187y  (accès  d'épi- 
lepsiej;mort  le  5  mars  1881,  par  syncope  consécutive  à  une  hémorragie 
abondante.  —  Autopsie  :  Tumeur  du  corps  pituitaire.  Gigantisme  vis- 
céral :  encéphale,  1550  grammes;  poumons,  chacun  1250  grammes; 
cœur,  750  grammes;  rate,  870  grammes;  foie,  4500  grammes;  reins, 
chacun  450  grammes;  testicules  :  gauche,  50  grammes;  droit.  40  gram- 
mes. Signes  acromégalicfues  :  augmentation  de  la  face  par  rapport  au 
crâne;  dilatation  de  la  selle  turcique  (diamètre  antéro-postérieur  : 
2S  millimètres);  hypertrophie  du  maxillaire  inférieur. 

Observation  XLVI.   (Henrot.)  —  Hypertroppiie  générale  progres- 
sive. (Notes  de  cUidque  inédirale,  Reims,  1877,  p.  56.)  {^) 

Adénie  cervicale  ;  diabète  léger  ;  hypertrophie  des  mains,  des  pieds,  de  la  md- 
choive  inférieure  et  de  la  langue;  exophtaimie  ;  affaiblissenient  de  la  vue; 
hypertrophie  du  corps  pjituitaire,  de  la  glande  pinécde.,  du  grand  sympa- 
thique, du  foie,  de  la  rate  et  des  reins  ;  atrophie  du  cœur  et  des  artères. 

Le  nommé  D.  Alphonse,  âgé  de  56  ans,  entre  à  l'Hôtel-Dieu  le  20  jan- 
vier 1877;  il  est  placé  au  n°  20  de  la  salle  Saint-Rémi. 

Les  antécédents  ne  révèlent  rien  de  spécial  du  côté  de  ses  ascen- 
dants, il  n'a  jamais  eu  la  syphilis  ;  il  est  marié,  père  de  deux  enfants 
bien  portants. 

En  l'interrogeant  avec  soin,  il  nous  apprend  qu'il  porte  depuis  l'àgc 
de  6  ans  un  engorgement  des  glandes  sous-maxillaires  qui  a  toujours 
été  en  augmentant;  il  n'a  jamais  eu  d'abcès  du  cou,  il  ne  porte  pas  de 
cicatrices  strumeuses;  l'accroissement  glandulaire  s'est  fait  lentement 
d'une  façon  continue,  sans  jamais  déterminer  de  douleurs. 

Depuis  l'âge  de  15  ans,  il  remarque  une  augmentation  progressive 
des  pieds  et  des  mains. 

A  20  ans,  le  conseil  de  revision  l'accepte,  on  le  place  dans  un  régi- 
ment de  dragons,  il  y  reste  pendant  six  ans  et  demi. 

Depuis  cinq  ans  il  travaille  dans  les  caves(3);  il  interrompt  son  tra- 

(')  Voir  p.  r)17. 

(-)  Par  la   suilo.  cette   observation  a  été  reproduite  par  P.  Marie,  puis  par 
Souza-Leite,  comme  cas  typique  d'acromégalie.  {Note  des  A.) 
(^)  Détail  complénienlaire  retrouvé  dans  les  noies  de  notre  interne  d'alors, 


GEANTS  AUTOPSIES. 


383 


vail  à  la  fin  de  Tannée  J87G,  pour  entrer  à  rilôlel-Dicu,  il  passe  plu- 
sieurs semaines  dans  la  salle  Saint-Thomas;  en  dehors  de  l'aspect  exté- 
rieur, on  ne  constate  aucun  autre  symptôme  qu'un  très  grand  appétit, 
et  une  soil"  très  dil'ficile  à  satisfaire;  je  n'ai  pu  savoir  si  à  ce  moment 
les  urines  avaient  été  analysées. 

État  ou  malade  le  29  janvier  1877.  —  Ce  [malade  présente  un  faciès 
tellement  repoussant  qu'il  attire  le  regard  de  toutes  les  personnes  qui 
passent  dans  la  salle  : 
la  partie  inférieure  de 
la  face  présente  un 
développement  inso- 
lite; elle  se  confond 
sans  ligne  de  démar- 
cation avec  la  partie 
supérieure  de  la  poi- 
trine. 

Les  lèvres  sont 
boursouflées;  l'inle- 
rieure  forme  un  véri- 
table bourrelet  de  la 
grosseur  du  doigt; 
elle  est  renversée  en 
bas,  et  laisse  la  bou- 
che entr'ouverte  :  la 
langueayantau  moins 
le  double  de  son  vo- 
lume normal  emplit 
toute  la  cavité  buccale 
et  vient  faire  saillie 
au  dehors;  elle  pré- 
sente la  coloration  et 
le  degré  de  consis- 
tance ordinaires  ;  ce 
n'est  pas  de  l'œdéma- 

ciation  de  la  pointe,  mais  bien  de  l'hypertrophie  portant  sur  la  tota- 
lité de  l'organe. 

L'arcade  dentaire  supérieure  est  normale,  elle  porte  toutes  ses  dents; 
l'arcade  dentaire  inférieure  appartient  à  une  circonférence  beaucoup 
plus  grande  que  la  supérieure;  on  dirait  la  mâchoire  d'un  géant  appli- 
quée contre  le  maxillaire  supérieur  d'un  adulte;  on  peut,  lorsque  la 
mâchoire  inférieure  est  aussi  rapprochée  que  possible  de  la  supé- 
rieure, passer  le  bout  de  l'indicateur  entre  les  arcades  dentaires. 

^I.  Launois,  actuellement  interne  des  hôpitaux  de  Paris  :  A  cette  époque,  le 
malade  est  pris  de  douleurs  rliumatismales  très  aiguës  dans  les  membres 
supérieurs,  les  membres  inférieurs  et  les  reins.  PendanI,  o  ans,  son  travail 
dut  être  souvent  interrompu,  il  était  devenu  très  irrégulier  depuis  4  ans. 


FiG.  100.  —  Le  oéant  de  Iii:>r,oT. 
(Dessin  de  F.-E.  Launois,  interne  du  service. 


384  GEANTS  AUTOPSIES. 

Les  dents  du  maxillaire  inférieur  présentent  une  hypertrophie  dans 
tous  les  diamètres  :  elles  sont  plus  longues  et  plus  larges  que  les  supé- 
rieures; quand  on  lait  rentrer  la  langue  et  que  Ton  rapproche  pour  un 
instant  les  mâchoires,  il  est  facile  de  constater  que  les  incisives  infé- 
rieures, légèrement  encroûtées  de  tartre,  sont  d'un  quart  ou  d'un  cin- 
quième plus  larges  que  les  incisives  supérieures  correspondantes. 

Les  globes  oculaires  font  une  saillie  considérable  :  le  regard  manque 
de  vivacité,  il  semble  à  demi  éteint;  les  paupières,  sans  être  oedéma- 
tiées,  présentent  un  gonflement  spécial  :  la  supérieure  recouvre  la 
moitié  de  la  cornée;  on  dirait  qu'elle  est  trop  longue.  Les  pupilles  sont 
égales,  modérément  dilatées,  peu  impressionnables  à  la  lumière;  dans 
certains  moments,  il  y  a  peut-être  un  peu  de  loucherie,  ce  n'est  pas 
constant,  ni  assez  accentué,  pour  qu'on  puisse  indiquer  l'œil  dévié. 

Le  nez  est  extrêmement  développé. 

L'élargissement  de  la  face  est  considérable;  d'une  région  paroti- 
dienne  à  l'autre,  on  constate  au  moins  6  ou  7  centimètres  de  plus  que 
dans  l'état  normal.  Tout  le  pourtour  du  maxillaire  inférieur  aussi  bien 
au  niveau  des  branches  montantes  que  des  branches  horizontales  con- 
tient d'immenses  paquets  ganglionnaires,  confondus  en  une  seule 
masse  semblant  faire  corps  avec  l'os  lui-même;  ces  masses,  uniformé- 
ment arrondies,  ont  une  consistance  telle  que,  dans  beaucoup  de  points, 
il  est  impossible  de  dire  si  c'est  la  surface  de  l'os  ou  la  surface  de  la 
tumeur  qu'on  a  sous  la  main  ;  ces  tumeurs  qui  ont  développé  les  régions 
parotidiennes  et  sous-maxillaires  d'une  façon  uniforme,  se  continuent 
sans  ligne  de  démarcation  avec  la  partie  supérieure  de  la  poitrine.  Le 
corps  thyroïde  hypertrophié  se  confond  dans  la  masse  commune. 

Le  front  est  normal;  il  ne  présente,  ainsi  que  le  crâne,  aucune  défor- 
mation; à  première  vue,  il  semble  atrophié  à  cause  du  développement 
énorme  de  la  face,  mais  un  examen  plus  attentif  permet  de  reconnaître 
que  la  face  seule  est  hypertrophiée. 

Le  teint  est  d'un  blanc  mat. 

Le  faciès  présente  à  la  fois  le  type  du  scrofuleux,  du  leucocythé- 
mique  et  de  l'idiot;  comme  expression,  c'est  un  mélange  d'avachisse- 
ment et  de  basse  sensualité. 

La  poitrine  et  les  épaules  sont  larges. 

La  partie  inférieure  du  thorax  est  renversée  en  dehors  comme  cela 
se  présente  chez  les  personnes  qui  ont  beaucoup  maigri  après  avoir 
eu  un  abdomen  très  volumineux. 

Le  ventre  est  souple,  il  est  encore  chargé  de  graisse,  la  verge  et  les 
bourses  sont  normales. 

Les  membres  supérieurs  et  inférieurs  ont  leur  volume  ordinaire;  ils 
semblent  plutôt  amaigris  si  on  les  compare  à  l'ensemble  de  l'individu; 
la  peau  est  saine,  blanche,  fine,  anémique,  sans  œdème. 

Comme  contraste,  les  mains  et  les  pieds  sont  phénoménaux;  la  forme 
de  ces  extrémités  n'est  pas  sensiblement  modifiée;  il  y  a  de  l'hypertro- 
phie totale;   la  longueur,  la  largeur,  l'épaisseur  des  doigts  et  de  la 


GEANTS  AUTOPSIES.  385 

main  ont  subi  un  accroissement  proportionnel  ;  les  ongles  présentent 
une  large  surface  plane. 

Le  système  veineux  superficiel  ne  présente  rien  de  spécial,  il  n'est 
nulle  part  variqueux.  Les  lymphatiques  ne  sont  enflammés  d'aucun  côté; 
les  ganglions  de  l'aisselle,  de  Faîne,  du  creux  poplité  sont  normaux.. 

11  n'y  a  pas  de  paralysie;  le  malade  peut  remuer  bras  et  jambes, 
cependant  les  mouvements  sont  lents;  il  faut  un  certain  effort  pour 
soulever  les  mains  et  surtout  les  pieds  :  y  a-t-il  de  l'affaiblissement 
musculaire,  ou  est-ce  le  poids  des  extrémités  qui  rend  les  mouvements 
pénibles?  il  est  vraisemblable  que  ces  deux  causes  agissent  dans  le 
même  sens,  toujours  est-il  qu'il  garde  dans  son  lit  une  immobilité  à 
peu  près  complète;  on  dirait  un  homme  de  cire. 

La  sensibilité  cutanée  semble  un  peu  obtuse,  il  n'y  a  nulle  part  danes- 
thésie. 

Le  malade  n'a  pas  de  fièvre,  le  pouls  est  petit,  régulier  ;  la  tempéra- 
ture du  corps  est  normale,  les  fonctions  digestives  se  font  bien;  il  n'a 
ni  constipation,  ni  diarrhée;  il  a  peu  d'appétit  depuis  une  quinzaine  de 
jours,  la  soif  est  toujours  très  vive. 

La  miction  est  facile,  les  urines  ne  sont  pas  albumineuses;  elles  con- 
tiennent une  petite  quantité  de  sucre. 

La  respiration  se  fait  librement,  rien  de  particulier  au  cœur. 

L'intelligence  est  lourde  ;  il  entend  sans  que  l'on  soit  obligé  d'élever 
notablement  la  voix,  il  répond  avec  assez  de  précision  aux  questions 
qu'on  lui  adresse;  il  se  plaint  constamment  d'une  céphalalgie  profonde 
sans  irradiation  périphérique.  La  vision  est  très  incomplète;  dans  cer- 
tains cas  il  éprouve  des  difficultés  à  saisir  les  objets  qu'on  lui  présente, 
surtout  quand  ils  ont  un  petit  volume. 

En  un  mot,  ce  malade  est  étendu  dans  son  lit  comme  une  masse 
inerte;  il  ne  cause  pas  avec  ses  voisins,  et  ne  semble  prêter  qu'une 
attention  très  distraite  à  tout  ce  qui  se  passe  autour  de  lui,  il  faut  le 
questionner,  l'exciter  pour  obteuir  une  réponse. 

L'examen  microscopique  du  sang  nous  permet  de  constater  que  nous 
n'avons  pas  affaire  à  une  leucocythémie;  il  y  a  seulement  2  ou  3  glo- 
bules blancs  sous  le  champ  du  microscope,  les  globules  rouges  sont 
pâles,  non  déformés. 

Le  25,  cinq  jours  après  son  entrée,  un  grand  affaiblissement  et  des 
vomissements  verdâtres  se  produisent;  le  m.alade  devient  gâteux.  Le 
26,  les  vomissements  verdâtres  continuent,  le  pouls  devient  très  petit,  le 
râle  trachéal  s'entend  à  distance,  le  malade  connaît  encore;  il  meurt  le 
27  au  matin  par  suite  de  l'accroissement  de  la  gêne  de  la  respiration. 

Autopsie.  —  Une  main  et  un  pied  sont  conservés. 

Peau.  Partout  elle  est  saine;  elle  n'est  nulle  part  adhérente  aux  tissus 
sous-jacents;  celle  qui  recouvre  les  parties  hypertrophiées  ne  présente 
rien  de  spécial. 

Les  veines,  les  vaisseaux  et  les  ganglions  lymphatiques,  excepté  ceux 
du  cou,  sont  sains. 

LAUN^OIS   ET    ROY,  .  25 


386  GEANTS  AUTOPSIES. 

Poumons.  —  Sains,  bien  développés,  un  peu  de  congestion  aux  bases. 
Cœur.  —  Le  cœur  est  très  petit,  il  a  subi  un  degré  d'atrophie  consi- 
dérable, il  ne  présente  guère  que  les  2/5  du  volume  de  mon  poing,  et 
celui-ci  ne  représente  pas  la  moitié  du  poing  de  notre  sujet. 

Pas  de  sérosité  dans  le  péricarde,  quelques  plaques  laiteuses  sur  le 
péricarde,  particulièrement  le  long  de  l'aorte  et  de  l'artère  pulmonaire. 

Les  parois  du  ventricule  droit  sont  très  amincies,  celles  du  ventricule 
gauche  sont  peu  épaisses;  le  muscle  n'a  pas  subi  de  dégénérescence. 

Il  y  a  un  caillot  fibrineux  dans  le  cœur  droit. 

Le  foie  est  volumineux,  mou,  flasque;  il  ne  présente  rien  de  spécial  à 
la  coupe. 

La  rate  a  au  moins  le  triple  de  son  volume  normal;  la  consistance  est 
normale,  on  trouve  dans  son  épaisseur  une  petite  tumeur  du  volume 
d'une  noisette,  d'une  dureté  pierreuse. 

Le  pajicréas,  Vestornac  et  les  intestins  sont  sains. 

Les  reins  sont  volumineux,  sains. 

Le  corps  thyroïde  est  très  développé  ;  il  a  4  ou  5  fois  son  volume  normal. 

La  langue  est  hypertrophiée,  les  papilles  gustatives  sont  très  sail- 
lantes; elles  sont  manifestement  hypertrophiées. 

Les  glandes  sous-maxillaires  sont  perdues  dans  d'immenses  masses 
ganglionnaires  qui  ont  renversé  le  bord  libre  du  maxillaire  inférieur,  à  ce 
point  que  la  face  antérieure  de  cet  os  est  devenue  presque  horizontale; 
l'os  a  un  aspect  tout  particulier;  ses  déformations  symétriques  pour, 
raient  faire  croire  qu'il  provient  plutôt  d'un  singe  géant  que  d'un 
homme. 

Les  glandes  parotides  sont  saines;  il  ne  nous  a  pas  été  possible  de 
retrouver  les  glandes  sous-maxillaires. 

Les  tumeurs  sous-maxillaires  et  péri-parotidiennes  sont  constituées 
par  des  amas  ganglionnaires  appliqués  les  uns  contre  les  autres;  elles 
sont  formées  par  un  tissu  homogène,  dur,  très  cohérent  et  n'ayant 
aucune  tendance  à  subir  la  dégénérescence  graisseuse,  caséeuse  ou 
tuberculeuse. 

La  plupart  des  nerfs,  le  pneumogastrique,  le  glosso-pharyngien,  le 
plexus  brachial  ont  subi  une  notable  augmentation  de  volume. 

Deux  organes  méritent  de  fixer  notre  attention  d'une  façon  toute  par- 
ticulière :  le  cerveau  et  le  nerf  grand  sympathique. 

Encéphale.  —  Les  parois  du  crâne  ne  sont  ni  épaissies,  ni  déformées  ; 
la  base  est  normale  dans  toute  son  étendue,  excepté  au  niveau  de  la 
selle  turcique;  là,  nous  trouvons  des  modifications  considérables;  la 
lame  quadrilatère  du  sphénoïde  et  les  apophyses  clinoïdes  postérieures 
sont  très  élargies  ;  elles  présentent  beaucoup  moins  d'épaisseur  que 
dans  l'état  ordinaire;  elles  sont  complètement  déjetées  en  arrière  de 
façon  à  agrandir  la  fosse  pituitaire;  celle-ci  en  effet,  au  lieu  de  pouvoir 
contenir  une  noisette,  a  pris  des  dimensions  telles,  qu'elle  peut  loger 
un  petit  œuf  de  poule. 

La  paroi  antérieure  de  la  fosse,  au  lieu  de  présenter  une  saillie,  est 


GEANTS  AUTOPSIES. 


387 


loitcment  excavce.  Quoique  amincie,  la  lame  quadrilatère  est  encore 
assez  solide  pour  résister  au  scalpel. 

En  enlevant  le  cerveau,  M.  Launois,  mon  interne,  éprouve  une  cer- 
taine difficulté  à  détacher  le  corps  pituitaire;  malgré  les  précautions 
qu'il  prend,  l'adhérence  est  telle  qu'il  coupe  la  partie  la  plus  saillante 
de  l'hypophyse;  il  s'écoule  quelques  gouttes  d'un  liquide  noirâtre,  légè- 
rement visqueux  (1). 

Le  cerveau,  examiné  par  sa  face  supérieure,  ne  présente  rien  de  par- 
ticulier; l'hémisphère  gauche  est  peut-être  un  peu  plus  volumineux  que 
le  droit,  mais  la  différence  n'est  pas  assez  sensible  pour  qu'on  puisse 
rien  affirmer  à  cet  égard. 

A  la  base,  on  constate  sur  la  ligne  médiane,  au  lieu  et  place  du 
corps  pituitaire,  une  tumeur  ovoïde  du  volume  d'un  petit  œuf  de  poule; 


FiG.  101.  —  Face  inférieure  du  cerveau 
(géant  de  IIenrot). 


FiG.   102.  —  Coupe  médiane  du  cerveau 
(géant  de  Henrot). 


le  diamètre  longitudinal  mesure  30  millimètres,  le  diamètre  transversal 
le  plus  grand  mesure  42  millimètres;  elle  est  limitée  par  les  organes 
suivants  :  en  avant  le  chiasma  des  nerfs  optiques  qui  est  complètement 
aplati,  et  forme  une  large  bandelette  rubanée,  ayant  plus  d'un  centi- 
mètre et  demi  de  largeur;  son  épaisseur  est  réduite  à  un  ou  deux  mil- 
limètres; elle  forme  une  vaste  concavité  en  rapport  de  configuration 
avec  la  tumeur.  Sur  les  côtés,  les  lobes  sphénoïdaux  du  cerveau  se  sont 
excavés;  en  arrière,  elle  repose  sur  les  pédoncules  cérébraux. 

Quoique  régulière  dans  son  ensemble,  elle  présente  en  avant  et  à 
gauche  une  petite  saillie  arrondie  qui  semble  surajoutée.  C'est  dans 
ce  point  que  la  section  a  laissé  une  partie  de  la  tumeur  adhérente  à  la 
selle  turcique. 

(1)  Comparer  avec  les  détails  de  l'autopsie,  rendue  également  difficile,  dans 
notre  observation  du  géant  tambour-major  (page  172).  —  [ISote  des  A.) 


388  GEANTS  AUTOPSIES. 

La  consistance  est  demi-molle  ;  à  la  coupe  on  constate  une  partie 
antérieure,  et  une  postérieure  ne  présentant  pas  le  même  aspect. 

En  la  soulevant  avec  précaution,  on  voit  ses  connexions  intimes  avec 
la  base  du  cerveau;  elle  se  continue  directement  par  l'infundibulum 
jusqu'au  tuber  cinereum  c{u'on  tiraille  lorsqu'on  exerce  sur  elle  une 
égère  traction.  L'unfundibulum  est  résistant,  il  est  beaucoup  plus 
développé  que  dans  l'état  normal.  La  glande  pinéale  a  au  moins  le  dou- 
ble de  son  volume  ordinaire. 

Le  cerveau,  le  cervelet,  l'isthme  de  l'encéphale,  la  moelle  ne  présen- 
tent extérieurement  rien  d'anormal,  ils  sont  placés  dans  de  l'alcool 
pour  être  ultérieurement  examinés. 

Nerf  grand  sympathique.  —  Le  sujet  étant  réclamé,  il  ne  nous  a  pas 
été  possible  de  pousser  l'examen  aussi  loin  c{ue  nous  l'aurions  désiré; 
après  avoir  enlevé  le  maxillaire  inférieur  et  les  paquets  ganglionnaires, 
nous  avons  disséqué  et  examiné  sur  place  le  grand  sympathique,  puis 
nous  l'avons,  non  sans  peine,  détaché  en  coupant  toutes  ses  communi- 
cations avec  la  moelle;  nous  l'avons  étendu  sur  une  planche  et  nous  en 
avons  fait  un  dessin  de  grandeur  naturelle,  les  dimensions  de  chaque 
organe,  leur  rapport  ont  été  scrupuleusement  respectés. 

Ce  qui  frappe  tout  d'abord,  c'est  une  hypertrophie  considérable  de 
tous  les  ganglions  et  de  tous  Jes  nerfs  qui  constituent  le  sympathique. 
Nous  allons  successivement  décrire  les  portions  cervicale,  dorsale  et 
abdominale. 

Portion  cervicale.  —  Le  ganglion  cervical  supérieur  gauche  est  très 
volumineux;  il  a  conservé  sa  forme  et  mesure  -45  millimètres  de  longueur 
sur  15  millimètres  de  largeur. 

Le  filet  carotidien  a  5  ou  4  fois  le  volume  normal;  nous  regrettons 
bien  vivement  de  ne  pouvoir  le  suivre  jusque  dans  le  sinus  caverneux, 
mais  la  destruction  qu'il  aurait  fallu  faire  n'aurait  plus  permis  le  réta- 
blissement du  cadavre.  En  avant  nous  trouvons  trois  grosses  anasto- 
moses avec  le  pneumogastrique;  en  arrière  trois  gros  filets  vont  se  jeter 
dans  l'anse  formée  par  la  première  et  la  deuxième  paires  cervicales;  de 
l'extrémité  inférieure  partent  plusieurs  rameaux;  le  plus  volumineux 
aboutit  au  ganglion  moyen  qui  est  placé  très  bas  immédiatement  au- 
dessus  du  ganglion  cervical  inférieur;  ce  dernier,  étalé  transversalement, 
mesure  15  millimètres  de  largeur  sur  40  millimètres  de  longueur. 

Portion  dorsale.  —  Le  grand  sympathique,  dans  toute  cette  région, 
forme  un  cordon  présentant  au  niveau  des  ganglions  de  légers  renfle- 
ments; il  mesure  5  millimètres  de  largeur  dans  certains  points,  6  milli- 
mètres dans  d'autres.  En  avant,  on  suit  parfaitement  les  branches  qui  se 
rendent  à  l'aorte. 

Vers  la  partie  inférieure,  il  se  partage  en  deux  branches  qui  ant  elles- 
mêmes  la  même  importance  que  le  tronc,  0  millimètres  :  le  grand 
splanchnique  et  la  continuation  du  sympathique.  Ces  cordons  sont  plus 
volumineux  que  le  pneumo-gastrique  dans  la  région  cervicale,  ne  mesurant 
que  4  millimètres.  Au  lieu  de  trouver  une  succession  de  ganglions  réu- 


GEANTS  AUTOPSIES.  389 

nis  par  des  filets  nerveux  plus  ou  moins  importants,  nous  ne  trouvons 
qu'un  gros  tronc  nerveux,  irrégulièrement  bosselé. 

Portion  abdominale.  —  Le  grand  nerf  splanchnique  gauche,  après 
avoir  traversé  les  piliers  du  diaphragme,  vient  se  jeter  à  l'angle  supé- 
rieur gauche  du  ganglion  semi-lunaire;  il  se  continue  à  plein  canal  à  sa 
sortie  du  ganglion  avec  une  branche  volumineuse  du  pneumogastrique 
droit. 

Le  ganglion  serai-lunaire  et  le  plexus  solaire  mesurent  45  millimètres 
de  largeur  sur  50  millimètres  de  hauteur;  ils  ne  donnent  aucune  branche 
par  leur  bord  supérieur  concave,  mais  par  leur  bord  inférieur  convexe, 
ils  fournissent  de  nombreux  rameaux  cjui  suivent  les  artères  mésenté- 
rique  supérieure,  coronaire  stomachique,  splénique,  etc. 

Le  grand  sympathique  du  côté  droit,  quoique  n'ayant  pas  été  disséqué 
avec  le  même  soin,  est  aussi  hypertrophié  c[ue  celui  de  gauche  dans  toutes 
les  parties  que  nous  examinons. 

Observation  XLVII.  (Sirena.)  —  Observation  anatomo-patiiologioue 
DU  CADAVRE  d'ux  GÉANT.  Contribution  à  la  macrosomie  et  à  la  syphilis 
héréditaire  tardive.  [Riforma  medica,  1804,  vol.  Il,  p.  785.) 

Aboul-Hool  naquit  à  Assuan,  dans  la  Haute-Egypte,  de  parents  de 
taille  normale.  Quatre  frères  et  deux  sœurs  sont  également  de  taille  or- 
dinaire. 

Aboul-Hool  était  ennemi  de  la  fatigue  et  ne  dormait  pas  moins  de 
huit  heures.  Il  était  très  glouton  et  mangeait  en  moyenne  14  kilos  de 
vivres  par  jour,  buvait  2  litres  de  lait,  5  à  6  litres  d'eau  ;  loin  d'être  attiré 
par  la  femme,  il  la  fuyait  au  contraire.  A  l'Exposition  de  Paris,  en  1889, 
ce  fut  le  plus  grand  des  géants  exhibés  :  il  mesurait  2"', 40  et  avait  une 
force  musculaire  considérable,  soulevant  du  sol  un  poids  de  200  kilos, 
exécutant  des  exercices  de  gymnastique  avec  des  massues  ou  des  bou- 
lets de  100  kilos;  son  aspect  était  horrible,  olivâtre,  chauve  avec  très 
peu  de  poils;  il  avait  la  tète  monstrueuse,  les  yeux  petits  et  vifs,  la 
face  difforme,  le  nez  camus,  et  proportionnellement  petit,  la  bouche 
oblongue,  les  dents  d'un  très  petit  enfant,  le  menton  large  et  aplati.  Le 
thorax  était  ample,  les  épaules  carrées  et  le  corps  bien  conformé,  quoi- 
qu'un peu  courbé  en  avant. 

Après  avoir  souffert  quelque  temps,  il  mourut  célibataire  à  l'âge  de 
20  ans,  de  néphrite  parenchymateuse,  à  Palerme,  le  27  avril  1802,  et  son 
imprésario  remit  le  cadavre  à  l'Institut  d'anatomie  pathologique  de  l'Uni- 
versité de  Palerme. 

A  l'autopsie,  le  cadavre  pesait  218  kilos.  La  tête,  détachée  au  niveau 
de  l'articulation  occipito-atloïdienne,  pesait  8'"', oOO.  Le  corps  était  long 
de  2-,40. 

Stature 2400  millimètres. 

Longueur  du  cou 537'»'", 57 

—  du  tronc 681-"'",81 

—  de  la  tète 250""-\82 


3S0  GEANTS  AUTOPSIES. 

Longueur  des  menibres  thoraciqucs  (de  la  léle  de 

riiumérus  à  rexlrémilé  du  [médius) 1000  millinièlrcs. 

Longueur  du  bras 4i5  — 

de  l'avanl-bras 557 

—  de  la  main 220  — 

De  l'extrémilé  inférieure   du  grand  Irochanter  au 

bord  externe  du  pied.   . 1150           — 

Longueur  de  la  cuisse 559"", 81 

—  de  la  jambe 498™'",67 

Hauteur  du  pied 0l"™,52 

Longueur  de  la  plante   du    pied  (du  calcanéum  à 

l'extrémité  de  l'hallux) 550  millimètres. 

Largeur  du  bord  interne  de  l'articulalion  métatarso- 
pbalangienne  de  l'hallux  au  bord  externe  de  l'ar- 

liculation  du  5"  orteil 150  — 

Circonférence  du  thorax 1220  — 

Distance  biacromiale 490  — 

Diamètres  de  la  tête. 

Occipito-mentonnier 275  — 

Bipariétal 250 

Bilemporal 190  — 

Mento-frontal  ou  facial 250  — 

Fronto-occipital 280  — 

Sous-occipito-frontal 170  — 

Circonférence 790  — 

On  notait  en  outre  sur  ce  cadavre  :  le  développement  considérable  du 
tissu  adipeux  sous-cutané  et  très  faible  des  organes  génitaux;  une  mus- 
culature flascfue  et  pâle;  un  éléphantiasis  des  Arabes  s'étendant  du  tiers 
inférieur  de  la  jambe  juscju'aux  orteils,  plus  marqué  à  la  jambe  et  au 
pied  droits;  un  cerveau  déformé,  petit,  avec  des  lobes  frontaux  réduits, 
presque  disparus;  un  cœur  énorme  (poids:  890  grammes),  avec  un 
liquide  séreux  dans  le  péricarde  et  l'abdomen  (la  cavité  abdominale  con- 
tenait environ  20  litres  de  liquide);  des  poumons  présentant  une  conges- 
tion par  stase  œdémateuse  ;  une  rate  énormément  augmentée  (875  gram- 
mes) avec  trois  gros  infarcTus  hémorragiques  de  date  différente  ;  des  reins 
très  augmentés  (le  droit  pesait  470  grammes  et  le  gauche  400)  offrant 
les  caractères  de  la  néphrite  parenchymateuse;  un  foie  énorme  ayant 
tous  les  caractères  du  foie  muscade  (4050  grammes). 

Sur  le  squelette,  en  dehors  d'un  développement  énorme  de  tous  les 
os  qui  le  composaient,  on  nota  :  une  cyphose  angulaire  légère  au  niveau 
des  5%  G"  et  7"  vertèbres  dorsales  avec  lordose  de  la  portion  sus-jacente 
et  scoliose  de  la  portion  lombaire  ;  synostose  de  la  5"  avec  la  6"  vertèbre 
dorsale,  ainsi  que  de  la  6°  avec  la  7';  graves  lésions  d'ostéo-périostite 
poreuse  diffuse,  en  particulier  au  frontal,  au  temporal  droit,  à  l'occipital, 
au  sphénoïde,  aux  maxillaires  (supérieur  et  inférieur)  aux  os  du  nez,  aux 
5",  4°,  5%  8%  9=  côtes  droites,  aux  I'",  4",  7"  côtes  gauches,  à  l'os  iliaque, 
au  fémur  droit;  ostéomes  spongieux  et  exostoses  à  la  tête  des  o",  A"  et 
5"  côtes  droites  et  de  la  ¥  côte  gauche;  renversement  des  dents,  micro- 
dontisme;  agrandissement  des  troncs  et  canaux  des  os  du  crâne  et  de 


GEANTS  AUTOPSIÉS.  391 

la  l'ace,  spécialement  des  canaux  nasaux  et  du  conduit  auditif  externe 
gauche;  rétrécissement  du  trou  occipital;  agrandissement  très  notable 
des  apophyses  mastoïdes,  surtout  à  droite,  ainsi  que  des  épiphyses  ou 
saillies  des  insertions  musculaires;  synostose  de  la  suture  temporo- 
pariétale  droite. 

Dans  ce  cas,  on  ne  peut  dire  avec  toute  certitude  quand  a  commencé 
l'accroissement,  puisque  l'imprésario  ne  le  savait  pas.  Mais  on  peut  dire 
qu'il  débuta  peu  après  ou  quelques  années  après  la  naissance,  en  raison 
des  altérations  des  os  du  crâne,  de  l'aspect  du  frontal  et  du  sphénoïde 
et  de  la  réduction  du  cerveau  par  suite  du  défaut  de  capacité  du  crâne; 
les  lobes  antérieurs  étaient  à  peu  près  entièrement  disparus,  n'ayant 
pu  se  développer  dans  le  sens  antéro-postérieur  à  cause  de  la  néofor- 
mation osseuse  originaire  de  la  surface  interne  du  frontal  et  de  l'ethmoïde, 
néoformation  paraissant  s'être  développée  por?'  passa  avec  le  développe- 
ment du  cerveau;  celui-ci  s'était  donc  accommodé  delà  capacité  réduite 
du  crâne,  et  l'on  peut  dire  accommodé  parce  que  Aboul-Hool,  ainsi  c^ue 
le  confirmèrent  l'imprésario  et  le  D'  Fileti,  qui  l'assista  dans  sa  dernière 
maladie,  ne  ressentit  jamais  aucun  trouble  des  facultés  intellectuelles; 
moi-même,  lorsque  parmi  les  nombreuxcurieux  j'allai  le  visiter  en  public, 
je  pus  m'assurer  qu'il  parlait  correctement,  voyait,  sentait  et  mangeait 
de  même,  cju'il  avait  une  sensibilité  normale  au  tact  et  à  la  douleur  et 
qu'il  montrait  une  intelligence  discrète.  Conduit  à  Paris  un  an  avant  sa 
mort,  il  apprit  en  peu  de  temps  la  langue  et  s'exprimait  correctement 
en  français;  il  savait  également  un  peu  d'italien. 

D'autre  part  la  forme  dolichocéphaliciue  très  accusée  du  crâne,  le  dia- 
mètre longitudinal  du  frontal,  la  projection  en  arrière  des  deux  parié- 
taux, viennent  confirmer  mon  opinion  que  le  cerveau,  ne  pouvant  se 
développer  en  avant,  où  il  trouvait  la  forte  résistance  de  la  néoplasie 
osseuse  du  sphénoïde  et  du  frontal,  ni  non  plus  transversalement  en 
raison  de  la  synostose  des  sutures  temporo-pariétales,  se  développa 
en  arrière;  et  ainsi,  la  pression  endocrânienne  s'exerçant  de  préférence 
dans  le  sens  antéro-postérieur,  se  produisit  la  forme  dolichocéphalique 
très  accentuée  du  crâne.  Au  contraire,  si  la  néoplasie  susdite  avait 
débuté  à  l'âge  adulte,  il  n'aurait  pas  eu  le  même  accommodement,  et,  par 
le  seul  fait  de  la  compression,  le  ci'âne  ne  pouvant  grandir,  le  patient 
serait  mort,  ou,  en  tout  cas,  n'aurait  pas  conservé  l'intégrité  de  ses  or- 
ganes des  sens  et  de  ses  facultés  intellectuelles. 

En  ce  qui  concerne  la  nature  de  cette  altération,  nous  n'hésitons  pas 
à  déclarer  c[ue  c'est  une  tâche  difficile  que  de  l'établir.  Un  fait  qui  nous 
paraît  de  la  plus  grande  évidence  est  c{ue  des  altérations  osseuses  géné- 
ralisées, comme  celles  qui  s'observent  chez  ce  sujet,  ne  peuvent  s'ex- 
pliquer que  par  une  véritable  infection.  Or,  l'infection  cjui  explique  le 
mieux  ces  altérations,  soit  pour  leur  siège,  soit  pour  leur  étendue,  est  la 
syphilis.  Mais  cette  hypothèse  que  nous  trouvons  fondée,  à  ne  regarder 
que  le  squelette,  et  en  particulier  le  crâne,  ne  s'appuie  sur  aucune  autre 
observation.  D'après   son  imprésario,  notre  sujet  n'eut  jam.ais  d'acci- 


392  .GBANTS  AUTOPSŒS. 

dents  syphilitiques  primaires  ou  secondaires;  à  l'autopsie  on  ne  trouva 
non  plus  ni  plaques,  ni  cicatrices  pigmentaires  aux  organes  génitaux,  à 
la  région  périnéale,  à  la  commissure  des  lèvres,  à  l'isthme  du  gosier;  ni 
engorgement  des  ganglions  lymphatiques  électifs,  ni  gommes,  ni  cica- 
trices de  gommes  au  foie  ou  dans  aucun  autre  organe.  D'autre  part, 
dans  la  syphilis  héréditaire,  d'après  Fournikr,  il  y  a  plutôt  arrêt  de  déve- 
loppement et  infantilisme,  que  développement  considérable  du  squelette 
et  de  tout  le  corps  en  général,  comme  nous  l'observons  ici. 

Mais  l'hypothèse  de  la  nature  syphilitique  garde  pour  elle  le  siège,  la 
forme  (exostoses  ou  ostéo-périostite  poreuse)  des  altérations  osseuses, 
la  possibilité  de  trouver  des  lésions  osseuses  syphilitiques  accompa- 
gnées de  lésions  semblables  des  parties  molles,  l'anémie  profonde  du 
malade,  la  marche  lente  avec  laquelle  se  sont  produites  ces  altérations, 
et,  par-dessus  tout,  l'existence  de  la  triade  d'HuTCHiNSON,  presque  au 
complet  :  renversement  des  dents,  microdontisme,  lésion  d'un  des 
organes  de  l'audition,  à  droite  le  rocher  est  le  double  de  la  normale;  il 
est  manifestement  altéré;  le  conduit  auditif  externe  est  presque  complè- 
tement oblitéré.  Il  manque  la  kératite  parenchymateuse  ou  ses  traces. 

La  syphilis  étant  la  seule  infection  cfui  puisse  donner  l'explication  de 
ces  diverses  lésions,  il  me  paraît  très  vraisemblable  de  les  attribuer  à  la 
syphilis  héréditaire,  bien  c{ue  nous  manquions  de  tout  renseignement 
sur  les  ascendants,  frères,  sœurs,  etc.,  d'ABOUL-HooL. 


Observation  XLVIll.  (Dallemagne.)  —  Le  géant  Goliath.  {Arch.  de  méd. 
expérim.  1895,  obs.  1,  p.  58',)). 

Clinique. — Dol....,  Jone,  âgé  de -47  ans,  présentait  depuis  plus  de 
là  ans  le  faciès  acromégalique.  Il  portait,  parsemant  presque  tout  le 
corps,  des  petites  tumeurs  d'allure  xanthomateuse.  Il  était  diabétique  ; 
il  existait  en  outre  un  notable  abaissement  de  la  vue  avec  atrophie 
papillaire.  Toutefois  le  malade,  qui,  outre  les  manifestations  acromé- 
galiques,  était  énorme,  circulait  dans  les  salles  sans  trop  se  plaindre. 
Sa  haute  stature  lui  avait  valu  de  notre  maître  M.  le  professeur  Rom- 
MELAERE,  à  la  bienveillance  duqucl  nous  devons  de  publier  cette  note,  le 
surnom  de  Golialh.  11  mourut  assez  brusquement,  dans  un  accès  de  coma 
diabétique.  En  dehors  des  troubles  dus  au  diabète  et  des  altérations  de 
la  vue,  Goliath  n'accusait  aucune  souffrance.  Les  renseignements  cli- 
niques ne  dénotent  point  qu'il  se  fût  jamais  plaint  de  céphalalgie. 

Autopsie.  —  Sur  la  table  d'autopsie,  la  taille  mesure  l'°,78  ;  le  tronc 
0",95  ;  le  crâne  0'",'2]  et  0", 105.  A  l'ouverture  de  la  cavité  thoracicjue 
on  ne  constate  pas  d'épanchement  pleural  ;  à  gauche,  les  plèvres  sont 
libres  ;  à  droite,  il  existe  des  adhérences  nombreuses  et  assez  fortes 
reliant  les  deux  feuillets  de  la  plèvre. 

Le  poumon  droit  est  un  peu  affaissé.  Outre  les  brides  pleurales  si- 
gnalées ci-dessus,  on  constate  dans  le  parenchyme  un  foyer  hémorra- 
gique enkysté  et  des  traces  de  pneumonie  hypostatique  à  la  base. 


GEANTS  AUTOPSIES.  393 

Le  poumon  gauche  présente  des  lésions  de  pneumonie  au  stade 
d'hépatisation  rouge;  en  certains  points  ces  noyaux  hépatisés  tendent 
vers  le  gris. 

Le  cœur,  volumineux,  pèse  885  grammes,  il  mesure  15,18,7  centimè- 
tres, le  ventricule  gauche,  notablement  hypertrophié,  présente,  vers  sa 
partie  moyenne,  une  épaisseur  de  5  centimètres.  La  mitrale,  un  peu 
épaissie,  est  légèrement  adhérente  à  ses  bords  libres,  ce  qui  con- 
stitue un  faible  rétrécissement.  La  valvule  aortique  et  l'aorte  sont  in- 
tactes. 11  existe  un  peu  d'hypertrophie  du  cœur  droit,  mais  elle  est 
moins  considérable  que  celle  de  gauche.  Le  myocarde  brunâtre  paraît 
plus  consistant  que  normalement. 

Le  foie  est  énorme  :  il  mesure  59,55,11  centimètres  et  pèse 
5,900  grammes.  La  capsule  est  lisse  et  ne  présente  que  quelques  fîcelures 
linéaires  superficielles  sans  rétraction.  Le  parenchyme  est  brun,  de 
coloration  uniforme  assez  gorgé  de  sang  ;  la  consistance  est  à  peu  près 
normale  ;  l'examen  macroscopique  laisse  soupçonner  cependant  une 
sclérose  très  légère  avec  un  peu  d'infiltration  graisseuse. 

La  rate  mesure  25,15,6  centimètres  et  pèse  920  grammes.  Elle  est 
d'une  consistance  assez  ferme;  la  capsule  est  lisse,  transparente  et  sans 
exsudât  :  la  pulpe  est  brunâtre,  parfois  même  pigmentée  de  noir  ;  elle  est 
très  résistante  et  accuse  un  certain  degré  d'hypertrophie  de  la  trame. 

Le  pancréas  pèse  220  grammes.  Il  est  injecté,  sans  toutefois  présenter 
d'induration  ni  de  néoplasie.  Au  niveau  de  la  tête,  on  constate  la  pré- 
sence d'un  ganglion  assez  développé. 

Les  reins  sont  très  volumineux  ;  ils  pèsent  :  le  droit  550  grammes,  le 
gauche  620  grammes  ;  ils  mesurent  respectivement  18-8  et  demi,  4  et  demi, 
et  19-9,4  et  demi  centimètres. 

Le  cerveau  pèse  1,400  grammes.  Dans  le  cerveau  on  constate,  enclavée 
dans  la  selle  turcique,  la  présence  fîune  tumeur  du  voh.tme  d\in  œuf  de 
pigeon.  Cette  tumeur  présente  à  sa  surface  plusieurs  petits  noyaux 
secondaires  logés  dans  des  dépressions  creusées  aux  dépens  des 
parties  encéphaliques  voisines.  Cette  tumeur,  ainsi  que  ses  noyaux 
secondaires,  a  exercé  une  compression  particulièrement  visible  au 
chiasma  ainsi  que  sur  les  nerfs  optiques.  Cette  compression  commence 
à  peu  près  à  un  centimètre  environ  de  la  partie  antérieure  du 
chiasma.  A  ce  point  les  nerfs  optiques  sont  atrophiés  assez  unifor- 
mément; ils  sont  réduits  d'un  tiers  environ,  et  leur  section  est  nette- 
ment pyramidale.  A  partir  de  ce  point  les  traces  de  la  compression 
a{)paraissent  un  peu  différemment  sur  chacun  des  nerfs.  Le  nerf  gauche 
continue  à  s'atrophier  et  à  porter  l'empreinte  des  noyaux  secondaires  de 
la  tumeur  ;  mais  le  nerf  droit  surtout  se  déforme  plus  considérablement  : 
au  lieu  d'une  réduction  atrophique,  c'est  une  réelle  lamination  qu'il 
subit,  de  telle  façon  que  le  nerf  est  relié  à  ce  qui  subsiste  du  chiasma 
par  une  bande  de  tissu  nerveux  très  amincie,  de  7  millimètres  de  long 
et  de  5  millimètres  de  large.  Cette  lamination  est  due  à  la  compression 
très  visible  d'un  gros  lobule  complémentaire  silué  à  droite,  au  sommet 


394  GÉANTS  AUTOPSIÉS. 

delà  tumeur  principale;  ce  qui  subsiste  du  chiasnia  n'est  plus  repré- 
senté que  par  une  sorte  de  moignon.  Ce  moignon  duchiasma  est  reporté 
vers  la  droite  et  semble  séparé  du  point  d'union  des  deux  nerfs  optiques 
par   un   sillon  linéaire  dans  le  fond  duquel  est  logé  un  vaisseau. 

La  tumeur  enclavée  dans  la  selle  turcique  a  créé  là  une  petite  cavité 
de  6  millimètres  de  profondeur  environ  tapissée  par  une  sorte  d'apo- 
névrose épaissie  et  très  résistante;  cette  tumeur  est  blanchâtre,  assez 
friable  et  présente  l'allure  sarcomateuse. 

Le  cerveau  paraît  plutôt  petit  ;  les  circonvolutions  semblent  peu 
développées  ou  atrophiées;  les  sillons  sont  très  nombreux,  mais  ils  sont 
peu  profonds  et  même  sur  certains  points  ne  marquent  que  superficiel- 
lement la  partie  cérébrale. 

Examen  du  squelette.  —  Des  circonstances  spéciales  nous  ont  permis 
de  conserver  le  squelette  de  D....  Nous  y  avons  relevé  entre  autres  les 
particularités  suivantes. 

Le  crâne  nous  a  donné  les  mensurations  que  voici  : 

Projection  antérieure 8,8 

Projection  postérieure .  10,9 

Indice  céphalique 73,5 

Indice  frontal 78,8 

Indice  stéphanique 87,0 

Les  os  du  crâne  sont  remarquablement  épaissis.  Aucune  des  grandes 
sutures  n'est  ossifiée  ;  elles  sont  peu  compliquées,  et,  aux  environs  de 
l'obélion,  elles  affectent  même  une  allure  rectiligne.  L'orifice  et  le  canal 
auriculaire  sont  très  enfoncés,  à  direction  oblique  en  haut  ;  le  fond 
très  rétréci  est  à  peine  visible.  Les  apophyses  styloïdes  mesurent  5  cen- 
timètres. Les  sinus  frontaux  sont  énormes  et  remontent  dans  le  frontal 
jusqu'au  delà  de  la  demi-hauteur  de  cet  os.  Le  pariétal  mesure  au 
niveau  de  la  bosse  G  à  U  millimètres.  La  distance  entre  le  sommet  de 
l'apophyse  occipitale  intérieure  est  de  5"'", 2.  L'intérieur  du  crâne  pré- 
sente comme  particularité  remarquable  l'élargissement  de  la  selle  tur- 
cique :  le  diamètre  antéro-postérieur  mesure  de  L",9;  le  transversal 
2"", 5;  la  profondeur  est  de  1"'",5  :  la  lame  postérieure  est  refoulée  en 
arrière,  amincie,  même  perforée.  La  gouttière  optique  notablement 
déformée  présente,  au  lieu  de  sa  régularité  habituelle,  une  convexité 
vers  la  gauche  et  un  aplatissement  à  droite.  L'apophyse  crista-galli  et 
les  deux  rebords  externes  des  gouttières  olfactives  sont  développés  au 
point  de  ne  laisser  persister  qu'une  simple  fente.  Du  reste  on  a  l'im- 
pression d'un  développement  osseux  très  intense,  de  nature  à  gêner, 
à  comprimer  les  origines  des  nerfs  sensoriels. 

La  face  présente,  comme  le  crâne,  des  modifications  et  un  dévelop- 
pement considérable  de  certaines  de  ses  parties.  Ce  développement 
porte  tout  particulièrement  sur  la  projection  antérieure.  Cette  projec- 
tion dépasse  la  nasion  de  5  centimètres  et  présente  du  prognathisme 
maxillaire.  La  face  mesure  de  l'ophrion  au  point  mentonnier  10  centi- 


GEANTS  AUTOPSIES.  395 

mètres.  Reposant  sur  un  plan  liorizontal,  elle  dépasse  la  nasion  de 
9  centimètres.  La  mâchoire  inférieure,  énorme^  se  porte  fortement  en 
avant.  Le  crâne  reposant  sur  le  plan  alvéolo-condylien,  la  limite  anté- 
rieure du  menton  dépasse  le  bord  alvéolaire  de  16  millimètres.  La  plus 
grande  largeur  aux  deux  angles  mesure  11"°, 2.  La  hauteur  sur  la  ligne 
médiane  est  de  4  centimètres;  elle  mesure  sur  les  côtés  4"", 5;  la  hau- 
teur verticale  prise  au  sommet  de  l'apophyse  coronoïde  donne  8""", 5. 

Les  mains  et  les  pieds  sont  lourds,  massifs,  uniformément  augmentés 
de  volume.  La  main  dans  sa  plus  grande  longueur  (de  l'interligne  arti- 
culaire au  sommet  du  médius)  mesure  20  centimètres.  Le  pied  mesure 
24  centimètres.  Les  crêtes  des  os  sont  rugueuses,  moussues;  le  cin- 
quième métatarsien  présente  notamment  ces  crêtes  et  ces  rugosités 
d'une  manière  remarquable. 

Les  autres  os,  sans  offrir  de  caractères  analogues  à  ceux  indiqués 
précédemment,  paraissent  avoir  subi  un  développement  plus  accusé 
que  normalement,  et  leurs  extrémités  participent  de  l'allure  spéciale 
relevée  aux  pieds  et  aux  mains. 

Analyse  histologique.  —  La  peau,  dont  nous  avons  relaté  les  altéra- 
tions dues  au  œanthome  diabétique,  présente  à  l'examen  microscopique 
■le  détail  de  cette  lésion.  Les  petites  nodosités  sont  constituées  d'une 
manière  identique  par  des  réactions  prolifératives  siégeant  dans  la 
partie  superficielle  du  derme;  ces  réactions  finissent  par  engendrer  un 
noyau  de  nécrose  et  une  sorte  d'exsudation  sous-épidermique,  qui  se 
termine  fréc|uemment  par  une  petite  ulcération. 

Les  poumons  ne  présentent  Cfue  les  caractères  de  pneumonie  remar- 
qués  lors  de  l'autopsie;  ils  sont  le  siège  d'une  hypostase  considérable. 

Le  cœur  ne  présente  aucune  altération  bien  marquée;  il  n'y  a  guère 
à  indiquer  qu'un  léger  effacement  des  striations  de  la  fibre  musculaire, 
mais  pas  de  sclérose  en  dégénérescence  graisseuse;  toutefois  la  fibre 
musculaire  est  véritablement  hypertrophiée  en  la  plupart  des  points; 
son  volume  paraît  souvent  doublé. 

Le  foie  est  légèrement  infiltré  de  graisse  à  la  périphérie  des  lobules; 
cette  périphérie  est  un  peu  sclérosée;  les  contours  des  lobules  sont 
accusés  par  de  petites  bandes  de  tissu  conjonctif  les  circonscrivant 
incomplètement;  les  espaces  portes  ne  sont  guère  épaissis  ;  toutefois  les 
vaisseaux  sont  frappés  d'artério-sclérose  d'une  manière  assez  généra- 
lisée et  assez  notable.  La  rate  ne  présente  qu'un  peu  d'hypertrophie 
de  sa  trame;  les  corpuscules  sont  un  peu  plus  développés  que  nor- 
malement. 

Les  reins  sont  très  altérés  tant  à  droite  qu'à  gauche,  et  cette  altéra- 
tion est  généralisée  à  la  totalité  de  chacun  des  deux  organes.  Les 
lésions  portent  à  la  fois  sur  les  vaisseaux  et  sur  les  épithéliums  des 
canalicules  contournés.  Les  épithéliums  sécréteurs  sont  gonflés,  trou- 
blés; la  délimitation  cellulaire  est  souvent  impossible  et,  dans  bien  des 
cas,  par  suite  de  cette  tuméfaction  trouble,  légèrement  vitreuse,  la 
lumière  du  canal  a  disparu. 


396  GEANTS  AUTOPSIES. 

Les  vaisseaux  sont  épaissis,  enchâssés  dans  des  plaques  de  sclérose 
jaune;  ces  plaques  semblent  occasionnées  par  la  nécrose  des  territoires 
voisins  due  à  l'oblitération  des  petites  branches  artérielles  éntanées 
des  vaisseaux  frappés  de  périartérite;  le  processus  relève  à  la  fois  de  la 
périartéiite  et  de  l'endartérite.  Il  existe  en  même  temps  et  particuliè- 
rement dans  la  substance  corticale  une  stase  sanguine  très  prononcée 
allant  même  parfois  jusqu'à  la  formation  de  petites  hémorragies  micro- 
scopiques. 

Le  pancréas  est  envahi  par  d'épais  et  nombreux  tractus  conjonctifs; 
les  veines  glandulaires  sont  comme  étouffées  dans  des  gangues  de  tissu 
fibreux  qui  les  séparent  presque  complètement  les  unes  des  autres  ;  les 
conduits  excréteurs  sont  peu  altérés,  mais  les  vaisseaux  présentent  de 
l'artério-sclérose. 

Les  capsules  surrénales,  sauf  leur  développement,  ne  présentent  qu'un 
peu  de  sclérose  avec  des  plaques  de  périartérite. 

La  glande  thyroïde  est  frappée,  et  à  un  haut  degré,  de  dégénérescence 
kystique  colloïde  ;  les  kystes  sont  petits,  assez  uniformes,  et  leur  dimen- 
sion, à  l'œil,  ne  dépasse  guère  les  dimensions  d'une  tète  d'épingle.  La 
plupart  ne  sont  plus  formés  que  par  une  mince  membrane  fîbroïde 
enserrant  une  substance  amorphe  présentant  les  réactions  de  la  sub- 
stance colloïde.  Mais  en  dehors  de  ces  endroits  complètement  transfor- 
més on  peut  suivre  toutes  les  transitions  qui  mènent  de  la  proliféra- 
tion cellulaire  primordiale  à  la  régression  colloïde  définitive.  11  n'existe 
presque  plus  de  cavité  glandulaire  intacte;  les  moins  atteintes  attestent 
néanmoins  déjà  de  la  prolifération  endothéliale;  les  vaisseaux  ne  pré- 
sentent guère  d'altération. 

La  glande  pituitaire  est,  comme  l'indique  l'autopsie,  notablement 
augmentée  de  volume;  nous  l'avons  analysée  en  différents  points,  et 
partout  les  caractères  ont  été  analogues  :  la  glande  semble  transformée 
en  une  masse  sarcomateuse  pourvue  d'une  forte  capsule  fibreuse.  Elle 
est  formée  en  grande  partie  de  capillaires  circonscrivant  des  mailles 
dans  l'intérieur  descpielles  on  ne  constate  que  de  petites  cellules  sphé- 
riques  à  protaplasma  peu  abondant,  mais  à  noyaux  très  avides  des 
matières  colorantes. 

Les  recherches  concernant  le  système  nerveux  ont  porté  sur  les  nerfs 
optiques,  le  moelle  et  le  bulbe. 

Les  nerfs  optiques  sont  nettement  atrophiés  et  présentent  des  lésions 
de  sclérose  consécutives  à  la  compression;  le  tissu  nerveux  est  remplacé 
presque  complètement  en  certains  points  par  du  tissu  fibreux.  La  moelle 
n'a  point  présenté  de  lésion  systématique;  les  cordons,  tout  comme  les 
cornes,  n'offrent  aucune  altération  décelable  sous  le  microscope;  nous 
avons  employé  la  méthode  de  Pal  et  la  coloration  consécutive  par  le 
carmin  aluné.  Les  vaisseaux  sont  normaux.  La  seule  modification  nota- 
ble à  indiquer  dans  la  moelle  consiste  dans  la  prolifération  du  canal 
épendymaire  ;  l'épithélium  de  ce  canal  n'a  plus  en  aucun  point  son  aspect 
cylindrique  normal;  la  lumière  du  canal  est  presque  partout  obstruée 


GEANTS  AUTOPSIES.  397 

par  des  amas  de  petites  cellules  à  noyaux  apparents  et  se  colorant  très 
fortement  par  le  carmin;  la  prolifération  a  même  envahi  la  substance 
gélatineuse  de  Rolando,  dans  l'intérieur  de  laquelle  on  retrouve  de  petits 
amas  cellulaires  qui  semblent  comme  émigrés  des  masses  prolifératives 
qui  encombrent  le  canal  central. 

Le  bulbe  nous  a  fourni  des  altérations  qui,  quoique  d'apparence  dif- 
férente, pourraient  bien  procéder  d'une  même  origine.  Le  canal  est 
intact  dans  ses  parties  inférieures,  ou  en  tout  cas  la  prolifération  épen- 
dymaire  y  est  très  peu  marquée;  elle  cesse  au  niveau  du  plancher 
ventriculaire  ;  mais  à  ce  niveau  nous  trouvons  dans  l'intérieur 
de  la  substance  nerveuse  des  productions  gliomateuses  spéciales; 
elles  sont  formées  de  noyaux  non  visibles  extérieurement,  c'est-à-dire 
ne  déterminent  aucune  modification  interne.  Ces  noyaux,  au  nombre  de 
deux,  sont  situés  à  droite,  superposés  et  proches  du  rebord  du  sillon 
du  plancher  ventriculaire;  sur  la  coupe  vue  à  l'œil  nu  par  transparence 
ce  sont  de  petites  masses  arrondies  ayant  à  peine  un  millimètre  de 
diamètre.  Elles  sont  uniformément  formées  d'une  enveloppe  de  tissu 
d'allure  conjonctive  très  mince,  de  tissu  lamelleux.  Cette  gangue  enserre 
une  matière  amorphe,  granuleuse,  dans  laquelle  sont  disposées,  comme 
enroulées  parfois  en  tourbillons,  de  petites  cellules  à  noyaux  développés 
et  se  colorant  fortement  parle  carmin.  Ces  cellules  ressemblent  à  celles 
qui  remplissent  le  canal  central.  On  a  l'impression  de  masses  cellulaires 
d'origine  épendymaire  émigrées  et  enkystées  dans  la  substance  ner- 
veuse. Quant  à  cette  substance  nerveuse,  elle  ne  paraît  guère  avoir 
souffert  de  la  présence  de  ces  petites  masses  gliomateuses  ;  tout  au 
plus  peut-on  supposer  qu'elles  ont  dû  exercer  une  certaine  compres- 
sion, mais  dont  les  traces  ne  sont  guère  appréciables. 

Observation   XLIX.    (Caselli.)  —  Acromégalie  avec  Gigantisme   com- 
pliquée   DE    sarcome    du   maxillaire    INFÉRIEUR    ET    DE  MYXOME    DE  LA 

FOSSE    ILIAQUE  (•).  {Stucli  anatomici  e  sjyerimentali  sulla  fisiopatologia 
delta  glandola  piluùaria.  Reggio-Emilia,  1900,  p.  189.) 

Ivo  L.,  né  en  18G6.  Père  alcoolique  et  perverti.  Deux  frères  et  une 
sœur  normaux,  ayant  des  enfants  normaux,  et  de  taille  moyenne.  Un 
frère  plus  petit  et  de  taille  si  faible  qu'il  s'en  fallut  de  peu  qu'il  ne  fût 
exempté  du  service  militaire. 

A  5  ans  scrofule  (cicatrice  de  l'incision  à  angle  droit  de  la  mandibule), 
à  4  ans  scarlatine,  puis  rachitisme  avec  déviation  en  X  des  membres 
inférieurs.  D'ailleurs  développement  physique  et  mental  très  régulier 
jusqu'à  l'âge  de  17  ans. 

A  17  ans  le  malade  qui  fréquentait  l'école  et  ne  se  distinguait  en  rien 
de  ses  camarades,  était  haut  de  1",75,  mais  pas  encore  monstrueux 

(*)  Les  premières  périodes  de  la  maladie  ont  été  décrites  par  Tanzi,  Due 
casi  di  acromegalia.  Archivio  italiano  di  clinica  medica,  1891.  L.  Ivo  fît  égale- 
menL  l'objet  d'une  leçon  clinique  de  Mokselli. 


398  GEANTS  AUTOPSIES. 

(fig.  22).  Un  jour  il  eut  un  évanouissement  et  comme  une  sensation 
d'aura  de  Féchine  jusqu'au  front,  avec  larmoiement,  mais  sans  perte  de 
connaissance  ni  de  l'équilibre. 

Il  était  tailleur.  De  sa  patrie,  Boccaleone  de  Ferrare,  il  émigra  à 
Marseille,  puis  à  Uyon,  où  il  rencontra  le  D'  Rodin,  fut  engagé  à  se 
rendre  à  Paris,  pour  se  faire  redresser  les  jambes.  Il  accepta,  subit 
l'opération  et  guérit.  Puis  il  vint  à  Gênes,  où  peu  à  peu  ses  jambes  se 
remirent  à  fléchir,  non  plus  en  X,  mais  en  O.  La  tête  du  fémur  gauche 
était  située  très  en  dehors  et  en  haut,  la  diaphyse  extraordinairement 
oblique,  d'où  résultait  une  déformation  notable  de  tout  le  bassin.  A  la 
fin  de  cette  même  année  1884  le  malade  fut  pris  d'un  second  évanouis- 
sement avec  perte  des  matières  fécales. 

En  même  temps  son  corps  s'accrut,  en  particulier,  à  la  tête,  à  la  face, 
aux  mains  et  aux  pieds,  et  devint  rapidement  démesuré.  En  7  ans  il 
s'accrut  en  hauteur  de  18  centimètres,  s'élevant  de  I",7o  à  l'",95,  quoi- 
que l'obliquité  des  jambes  et  une  scoliose  notable,  qui  allait  toujours 
augmentant,  aient  diminué  la  taille  apparente.  Le  malade  ne  trouvait  ni 
chapeaux,  ni  souliers  s'adaptant  à  sa  taille;  il  les  commandait  grands 
à  dessein  et  devait  les  renouveler.  Il  ne  portait  ni  gants,  ni  bague, 
mais  il  voyait  ses  mains  croître  à  vue  cVœil.  La  paume  ouverte  mesurait 
50  centimètres. 

Durant  ce  processus  d'hypertrophie,  la  vue  de  l'œil  gauche  se  troubla 
et  s'altéra  gravement  (diplopie)  jusqu'à  se  perdre  tout  à  fait.  Une 
céphalée  intense  à  gauche  ne  cessa  plus  de  le  tourmenter.  La  cuisse 
gauche  était  douloureuse  et  le  grand  trochanler  faisait  saillie  sous  la 
peau  comme  la  garde  d'un  poignard.  Au  tibia  gauche  on  sentait  des 
grosseurs  et  des  aspérités  indolentes,  qui  changeaient  de  place  tous 
les  mois.  La  jambe  était  très  gonflée  et  de  la  peau  sortait  une  matière 
jaunâtre,  liquide  et  sans  odeur.  Mais  ces  phénomènes  furent  de  courte 
durée.  Il  s'y  ajouta  bientôt  des  battements  de  cœur. 

En  même  temps  la  voix  devenait  extraordinairement  grave,  le  champ 
visuel  se  rétrécissait  aussi  à  Fœil  droit,  et  la  langue,  bien  que  de  volume 
normal,  était  mal  contenue  dans  la  cavité  buccale,  encombrée  par  une 
tumeur  intérieure  de  la  mandibule.  On  dut  extraire  toutes  les  dents  de 
la  mâchoire  droite,  où  siégeait  la  tumeur,  tant  en  haut  qu'en  bas. 

En  1892,  le  malade  n'avait  jamais  eu  de  rapports  sexuels  et  ne  se 
rappelait  pas  avoir  eu  ni  éjaculation,  ni  érection,  ni  sensation  ero- 
tique d'aucune  espèce.  Du  reste  il  était  très  intelligent,  conscient  de 
sa  difformité  et  capable  de  fournir  des  renseignements  exacts  sur 
son  compte.  Il  se  trouvait  à  l'Hôpital  de  Gênes  plus  par  charité  que 
pour  subir  l'opération  de  la  tumeur  osseuse.  En  effet,  le  malade  était 
dans  l'impossibilité  de  travailler  ou  de  trouver  un  emploi.  Sa  diffor- 
mité était  telle  qu'il  ne  pouvait  sortir  de  la  maison  sans  attirer  une 
foule  curieuse  qui  lui  montrait  sans  retenue  son  étonnement  mêlé 
d'horreur. 

Aspect  infantile,  qui  contrastait  avec  l'âge   (25  ans),   avec  la  taille 


GEANTS  AUTOPSIES.  399 

gigantesque  et  la  voix  très  grave.  Peau  livide,  pâle,  jaunâtre,  tout  à  fait 
glabre,  élastique,  ni  ridée,  ni  tendue.  Muscles  peu  développés. 
Muqueuses  pâles. 

Corps  gigantesque,  mais  faible  et  difforme.  Bassin  irrégulier,  jambes 
énormément  arquées  et  asymétriques,  scoliose  de  la  colonne  verté- 
brale, hypothricose  générale  :  absence  de  toute  trace  de  barbe,  absence 
de  poils  aux  aisselles. 

Poids  du  corps .      93  kilogrammes. 

Grande  envergure .■ 1",98 

Taille  apparente 1",93 

Têle  difforme,  très  grande,  très  asymétrique,  c'est-à-dire  aplatie  à  la 
région  pariétale  droite,  saillante  sur  toute  la  moitié  gauche.  Front 
monstrueusement  saillant  à  la  glabelle,  enfoncé  vers  la  région  tempo- 
rale. Occipital  régulier.  Apophyses  mastoïdes  très  proéminentes.  Un 
peu  en  avant  du  bregma  un  enfoncement  profond  de  15  millimètres  de 
forme  arrondie,  plus  étendu  à  droite  qu'à  gauche,  d'un  diamètre  de 
55  millimètres.  Paupières  flasques,  longues,  plissées,  tombantes  avec 
un  bord  externe  sur  le  bulbe  oculaire,  avec  le  tarse  normal. 

ISez  cornu,  mou,  fluctuant  en  bas  et  sans  résistance  cartilagineuse; 
ayant  en  haut  un  squelette  très  dur  et  extraordinairement  élargi.  11  est 
situé  sur  un  plan  vertical  postérieur  de  2  ou  5  centimètres  à  celui  du 
front.  De  la  racine  du  nez  partent  de  chaque  côté,  oblic|ues  en  bas  et 
en  dehors,  deux  crêtes  symétriques  formant  sur  les  joues  deux  plateaux 
osseux  qui  altèrent  la  figure  des  maxillaires,  hypertrophiés  comme  les 
os  propres  du  nez.  Oreilles  régulières,  petites.  Lèvres  grosses,  mais 
bien  dessinées.  Langue  plutôt  petite  que  grande. 

Tumeur  osseuse  endo-orale  de  la  mandibule  droite,  du  volume  d'une 
pomme,  couverte  d'une  muqueuse  normale.  La  langue  était  repoussée 
à  gauche,  mais  n'était  pas  encore  projetée  hors  de  la  bouche.  Pronon- 
ciation difficile  spécialement  pour  l's.  Cette  tumeur  est  douloureuse  à 
la  pression  même  légère  et  ne  permet  pas  au  malade  de  toucher  à  sa 
joue  correspondante.  La  mastication  s'accomplit  assez  bien.  L'extraction 
des  dents  ne  donna  pas  lieu  à  une  hémorragie  extraordinaire,  ni  à  des 
douleurs,  ni  à  une  augmentation  rapide  de  la  tumeur,  ni  à  quelque 
autre  indice  de  malignité  du  néoplasme. 

Circonférence  de  la  tète 69'2  millimètres. 

Courbe  bi-auriculaire 465  — 

—      antéro-postérieure 405  — 

Demi-com'be  antérieure 210  — 

—           postérieure 195  — 

Diamètre  antéro-postérieur 240  — 

—         bipariétal 185  — 

Hauteur  de  la  face 146  — 

Diamètre  bizygomatique 140  — 

Cou  faible,  sans  goitre,  sans  dépression  au-dessus  du  sternum,  de 


400  GEANTS  AUTOPSIES. 

forme  régulière,  mesurant  57  centimètres  de  circonférence.  Larynx 
augmenté.   Voix  extraordinairement  grave  et  gutturale. 

Thorax  sans  lordose  antérieure,  petit,  cylindrique.  Scoliose  dorsale 
à  convexité  droite.  Moitié  inférieure  droite  très  saillante. 

Circonférence  thoracique  au  niveau  des  mamelons,  965  millimètres. 

Bassin  déformé.  Le  trochanter  du  fémur  gauche,  déplacé  en  bas,  se 
voit  et  se  sent  sous  la  peau.  Les  viscères  abdominaux  ne  semblent  pas 
hypertrophiés  à  la  percussion.  Ventre  tendu,  proéminent. 

Ceinture,  825  millimètres. 

Humérus,  radius,  cubitus  normaux,  de  longueur  proportionnée.  Bras 
et  avant-bras  très  grêles. 

Circonférence  du  bras 225  millimètres. 

—  de  favant-bras 168  — 

Fémurs  à  courbure  de  convexité  externe,  le  droit  luxé.  Tibias  recour- 
bés, avec  exostoses. 

Circonférence  du  mollet,  510  millimètres. 

Mains  énormes,  bien  faites,  mais  aux  doigts  énormes,  assez  allongés, 
bien  séparés  et  mobiles  comme  à  l'ordinaire.  Ongles  en  rapport  avec 
les  doigts,  ni  petits,  ni  amincis.  L'empreinte  palmaire  de  la  main  remplit 
la  page  d"un  volume  in4°. 

Longueur  de  la  main,  de  l'articulalion  à  rextrémité 

du  médius 285  millimètres. 

Longueur  du  médius 115  — 

Circonférence  de  la  main  droite 250  — 

du  pouce  gauche 80  — 

Ongle  de  l'annulaire  gauche  :  longueur 22  — 

—                       —          largeur 21  — 

Pieds  très  grands,  plus  gros  que  longs,  spécialement  au. cou-de-pied, 
avec  gros  orteils. 

Circonférence  du  pied  à  la  région  métatarsienne.  .       270  millimètres. 

Circonférence  de  l'hallux 110  — 

Longueur  du  pied 265 

Testicules  de  volume  normal,  venje  non  hypertrophiée. 

Vue  pour  ainsi  dire  perdue  à  gauche,  où  la  pleine  lumière  solaire  est 
distinguée  à  peine  des  ténèbres.  L'examen  ophtalmoscopique  donne  : 

Atrophie  grise  complète  du  nerf  optique  gauche.  Atrophie  grise 
commençante  du  nerf  optique  droit,  légère  concavité  de  la  papille,  sans 
anomalie  des  vaisseaux  papillaires.  Le  champ  visuel  droit  est  limité  à 
la  moitié  interne,  tandis  que  l'externe  est  à  peu  près  entièrement 
abolie  (professeur  Lecondi). 

Audition,  olfaction,  goût  conservés,  et  même  très  bien  développés 
également  des  deux  côtés. 

Réflexes  de  la  pupille  à  la  lumière,  à  l'accommodation,  à  la  douleur 
normaux. 


GEANTS  AUTOPSIES.  401 

Réflexes  rotuliens  abolis. 

Voix  irès  grave,  gutturale,  légèrement  nasillarde,  avec  prononciation 
défectueuse  des  .s. 

Langue  normale. 

Boulimie,  palpitations,  céphalée  gauche.  Ni  polyurle.  ni  albuminurie, 
ni  peptonurie,  ni  glycosurie. 

Mémoire,  intelligence  et  facultés  'affectives  intactes.  Impjuissance, 
absence  du  sens  erotique. 

Tel  était  l'état  du  malade  à  la  fin  de  1891.  Depuis  cette  époque,  il  fut 
recueilli  dans  un  Institut  de  bienfaisance,  où  j'ai  pu  suivre  le  progrès 
de  la  maladie. 

Le  malade  à  cette  époque  était  toujours  très  intelligent,  de  caractère 
doux  et  bon;  en  raison  de  la  gravité  de  sa  maladie,  il  passait  tristement 
ses  jours  sans  occupation  d'aucune  sorte.  Son  aspect  avait  perdu  le 
caractère  infantile  qui  le  distinguait  antérieurement.  Mais  toute  la  tête 
était  énormément  augmentée  de  volume  et  la  face  particulièrement 
déformée  au  niveau  de  la  mâchoire  inférieure.  Le  crâne,  asymétrique, 
était  plus  développé  à  droite  qu'à  gauche.  Le  front  était  aussi  plus 
saillant;  le  nez,  camus  et  énorme.  La  tumeur  saillante  hors  de  la  bouche 
ouverte  donnait  au  sujet  un  aspect  des  plus  monstrueux. 

La  taille  apparente  était  diminuée  (1°',90).  Ce  fait  était  dû  à  l'augmtîîi- 
tation  très  notable  de  la  déformation  des  genoux  en  varus.  Le  poids 
était  de  95  kilogrammes  (2  kilogrammes  d'augmentation  depuis  1892). 
Grande  envergure  :  2", 02. 

La  tumeur  endo-orale  a  atteint  le  volume  d'une  pomme;  recouverte 
en  dehors  d'une  muqueuse  normale,  elle  présente  en  dedans,  à  l'inté- 
rieur de  la  cavité  buccale,  une  solution  de  continuité  d'une  largeur  de 
5  centimètres  et  demi.  Cette  solution  de  continuité  a  des  bords  irrégu- 
liers, recouverts  de  granulations.  La  tumeur  se  projette  hors  de  la 
bouche,  que  le  sujet  tient  ouverte  à  demi,  sans  que  les  lèvres  soient 
recouvertes  complètement;  elle  est  douloureuse  à  la  pression.  Lalangue 
est  devenue  volumineuse.  La  prononciation  est  assez  difficile  et  c'est  à 
peine  si  l'on  entend  la  voix  profonde.  Les  aliments  durs  ne  peuvent 
être  mastiqués  et  le  malade  préfère  ingérer  des  aliments  liquides, 
versés  dans  la  bouche  au  moyen  d'une  pipette. 

Les  principales  mesures  crànio-frontales  sont  les  suivantes  : 

Circonférence  de  la  tète 728  millimètriis. 

Courbe  biauriculaire 473  — 

—      antéro-postérieure 422  — 

Demi-courbe  antérieure 221  — 

—  postérieure 201  — 

Diamètre  antéro-postérieur .    .    .    .    .    .    ...    .   .    ,    .  262  — 

—        bipariélal 197  — 

Hauteur  de  la  face 153  — 

Diamètre  bizygomatique 148  — 

Le  bassin  est  déformé.  A  la  palpation  les  organes  abdominaux  sem- 

LAUNOIS   ET   ROY  26 


402  GEANTS  AUTOPSIES. 

blent  normaux.  Dans  la  fosse  iliaque  droite,  on  sent  un  corps  un  peu 
plus  volumineux  qu'une  pomme,  indolent,  fixe,  mou,  qu'on  diagnostique 
tumeur  en  voie  de  développement. 
Les  mains  sont  énormes,  les  doigts  mobiles,  les  ongles  développés. 

Mesures  de  ta  main. 

Longueur  de  la  main 522  millimèlres. 

—  du  médius 152  — 

Circonférence  de  la  main  droite 261  — 

—  du  pouce  gauche 91  — 

Ongle  de  l'annulaire  gauche  :  longueur 24  — 

—  —  largeur 15-  — 

Les  pieds  sont  proportionnellement  encore  plus  augmentés  de  vo- 
lume. Circonférence  du  pied  à  la  région  métatarsienne  :  278  milli- 
mètres. Circonférence  de  Fhallux  :  110  millimètres.  Longueur  du  pied  : 
273  millimètres. 

Les  testicules  et  la  verge  sont  atrophiés.  Impuissance.  Vue  perdue 
complètement  à  gauche  :  à  droite  hémianopsie  temporale.  Audition 
assez  compromise  à  droite.  Voix  grave,  gutturale,  profonde.  Langue 
hypertrophique.  Boulimie.  Palpitations.  Abolition  des  réflexes  rotu- 
liens.  Polyurie  et  glycosurie  :  glucose,  dosé  parla  méthode  deFehling  : 
20  grammes  par  litre. 

A  l'époque  où  il  me  fut  donné  de  pratiquer  cet  examen,  Lug.  passa 
d'un  Institut  de  bienfaisance  dans  un  autre,  son  état  général  continuant 
à  s'aggraver.  Complètement  aveugle,  incapable  de  se  mouvoir,  il  alla 
déclinant  progressivement.  L'incurvation  de  la  colonne  vertébrale 
s'accentuant  toujours,  la  taille  diminua  jusqu'à  1"',82.  La  tète  n'aug- 
menta plus  de  volume,  mais  la  tumeur  du  maxillaire  alla  en  grossissant 
jusqu'à  atteindre  le  volume  d'une  tête  de  petit  enfant.  L'ulcération 
mentionnée  ci-dessus,  qui  s'était  élargie  et  creusée,  saignait  aisément 
et  en  abondance. 

Les  membres  s'étaient  incurvés  encore  davantage.  En  raison  de  la 
grosseur  de  la  tête  et  de  l'état  des  membres  inférieurs,  la  marche  était 
à  peu  près  impossible. 

La  mort  survint  avec  des  phénomènes  d'adynamie  le  10  juillet  1896. 

Examen  nécroscopioue.  —  {Autopsie  pratiquée  ^0  heures  après  (a  mort). 
—  Aspect  extérieur  :  cadavre  de  développement  squelettique  anormal, 
avec  des  masses  musculaires  et  un  pannicule  adipeux  médiocres. 

Ni  œdèmes,  ni  signes  de  putréfaction  :  taches  brunes,  livides,  à 
l'épaule,  au  bras  et  à  la  jambe  gauches.  Courbure  manifeste  des  fémurs, 
avec  déviation  de  la  jambe.  Pénis  peu  développé;  testicules  atrophiés 
pour  ainsi  dire. 

Mensurations  : 

Longueur  du  cadavre •1™,82 

Circonférence  de  la  tète  au  niveau   de  la  glabelle.   .       728  millimètres. 


GEANTS  AUTOPSIES.  403 

Diamètre  biacromial 45  centimètres. 

Circonférence  du  thorax  au  niveau  de  l'appendice 

xiplioïde 88  — 

Diamètre  biiliaque 55  — 

Distance  intercondyiienne  interne 25  — 

Largeur  du  pied  au  niveau  de  l'extrémité  antérieure 

des  métatarsiens 12  — 

Longueur  de  la  main 52  — 

Largeur  au    niveau    de  l'extrémité   antérieure    des 

métacarpiens 11  — 

Longueur  du  médius 152  millimètres. 

Diamètre  vertical  de  l'ouverture  buccale M  centimètres. 

—        transversal 12  — 

Tête.  —  On  est  frappé  par  l'énorme  développement  du  crâne,  lequel 
est  en  outre  notablement  déformé  :  les  arcades  sus-orbitaires  sont  assez 
proéminentes,  le  pariétal  gauche  est  saillant  en  dehors  et  le  droit 
aplati;  par  suite,  le  bregma  reste  un  peu  sur  la  gauche  de  la  ligne 
médiane.  Les  os  du  nez  sont  aplatis  et  déviés,  en  sorte  que  les  narines 
régardent  en  avant  plutôt  qu'en  bas,  les  cartilages  du  nez  ayant  en 
même  temps  disparu  presque  complètement. 

Les  conjonctives  bulbaires  sont  sèches  et  bien  conservées  :  oedème 
sous-conjonctival  à  droite. 

L'ouverture  buccale  est  notablement  déviée  :  la  lèvre  supérieure  est 
retournée  en  haut  et  en  dehors,  l'inférieure  en  dedans  et  en  bas;  de  la 
cavité  buccale  est  projetée  une  masse  énorme  exulcérée,  rouge  brun, 
globuleuse,  pédonculéeet  de  consistance  fibreuse  presque  uniforme.  En 
écartant  les  lèvres,  on  observe  un  déplacement  dans  le  sens  vertical  en 
bas  des  deux  petites  molaires,  de  la  canine  et  des  deux  incisives  gauches  ; 
à  la  première  incisive  gauche  correspond  le  commencement  du  pédon- 
cule de  la  tumeur  saillante  hors  de  la  bouche,  tandis  qu'à  la  partie  infé- 
rieure de  ce  pédoncule  se  trouvent  disséminées  et  mobiles  cinq  autres 
dents. 

La  langue  est  intacte,  repoussée  à  gauche.  Tout  le  bord  externe  du 
pédoncule  de  la  tumeur  fait  corps  avec  une  énorme  masse,  de  consis- 
tance éburnée,  siégeant  sur  une  partie  de  la  branche  montante  du 
maxillaire  inférieur,  sur  toute  la  portion  horizontale  et  la  portion 
correspondant  à  la  symphyse  mentonnière. 

En  pratiquant  une  coupe  dans  l'épaisseur  de  la  tumeur,  on  note  que 
la  superficie  est  homogène,  fibreuse,  pauvre  en  vaisseaux,  blanchâtre,  et 
qu'on  obtient  en  raclant  avec  un  couteau  un  suc  dense  et  blanchâtre. 

Crâne.  —  Épaisseur  énorme  des  os  du  crâne;  la  distinction  des  deux 
tables  et  du  diploé  a  disparu,  laissant  une  surface  de  section  homo- 
gène, poreuse,  spongieuse.  L'épaisseur  est  de  -4  centimètres  au  niveau 
de  l'occipital,  de  *2  à  5  sur  le  temporal,  et  atteint  son  maximum  sur 
le  frontal,  dont  l'apophyse  orbitaire  est  constituée  par  une  grosse 
masse  poreuse,  large  de  6  à  7  centimètres,  au  milieu  de  laquelle  se 
creuse  une  excavation  de  4  centimètres  de  longueur  sur  1  centimètre  de 
largeur,  où  s'enfonce  l'apophyse  crista-galli  de  l'ethmoïde. 


kOk  GEANTS  AUTOPSIES. 

L'examen  de  la  voûte  crânienne  par  sa  face  interne  permet  de  relever: 
le  grand  développement  des  gouttières  ramifiées  de  l'artère  méningée. 

Dans  la  fosse  occipitale  droite,  une  protubérance  osseuse  arrondie 
mesure  2  centimètres  de  diamètre  à  la  base  et,  siégeant  à  peu  près  au 
centre  de  la  fosse,  élève  son  niveau  d'un  centimètre  environ. 

Face.  —  L'examen  du  maxillaire  inférieur  montre  que  la  branche 
horizontale  et  une  partie  de  la  branche  montante  à  droite  sont  énor- 
mément augmentées  et  donnent  implantation  à  la  tumeur  susdite;  la 
branche  ascendante  gauche  à  sa  partie  inférieure  est  augmentée  de 
volume  d'une  manière  régulièrement  fusi forme.  Les  condyles  sont 
aplatis,  la  branche  montante  est  plus  petite  à  gauche  qu'à  droite. 

Cerveau —  Absence  de  l'artère  vertébrale  gauche;  augmentation  de 
volume  de  la  vertébrale  droite.  Au  niveau  du  sillon  bulbo-protubé- 
rantiel  la  basilaire  se  continue  par  la  vertébrale  droite  qui  se  pour- 
suit, sur  la  ligne  médiane  du  pont  de  Varole,  pour  se  diviser  en  deux 
cérébrales  postérieures. 

Espace  interpédonculaire.  — Tout  cet  espace  est  occupé  par  une  masse 
qui  représente  indubitablement  le  corps  pituitaire;  fortement  augmenté 
de  volume,  ce  corps  ne  présente  plus  sa  forme  caractéristique,  ni  sa 
position,  parce  cjne,  en  raison  de  son  volume,  il  est  dévié  pour  une 
bonne  partie  sur  le  côté  gauche.  Il  s'étend  beaucoup  en  avant,  au  point 
d'entrer  en  rapport  avec  le  chiasma  des  nerfs  optiques,  et  en  arrière  il 
atteint  presque  l'angle  de  convergence  des  deux  pédoncules  cérébraux; 
il  présente  en  outre  en  avant  une  petite  lame  de  connexion  avec  le 
chiasma,  vestige  du  tuber  cinereum  et  présente  encore  sur  le  côté  droit 
un  sillon  qui  le  divise  en  deux  portions  :  l'une,  plus  grande,  presque 
médiane  ;  l'autre,  petite,  à  gauche,  qui  se  moule  sur  le  pédoncule 
cérébral  correspondant  et  qui  répond  à  la  face  latérale  du  corps  du 
sphénoïde  et  au  sinus  caverneux. 

Cette  lobulation  spéciale  de  gauche  est  traversée  d'avant  en  arrière 
par  l'artère  communicante  postérieure  et  comprime  la  bandelette 
optique  correspondante.  Il  ne  reste  pas  trace  de  la  tige  pituitaire;  le 
tuher  cinereum  est  réduit  à  une  mince  lame  qui  pénètre  dans  le  ù"  ven- 
tricule. 

Nerfs  optiques.  —  Mous,  particulièrement  le  gauche;  atrophie  du 
chiasma;  les  bandelettes  opticjues,  d'aspect  jaunâtre,  ramollies,  sont  à 
peine  reconnaissables  sur  leur  trajet. 

Bulbes  olfactifs.  —  On  n'en  trouve  trace  ni  dans  le  crâne,  ni  dans  le 
cerveau  ;  seul  un  reste  très  atrophié  de  la  bandelette  olfactive  persiste 
à  l'extrémité  postérieure  de  la  scissure  olfactive;  après  un  trajet  de  7  à 
8  millimètres,  cette  bandelette  olfactive  se  perd  dans  l'espace  perforé  de 
gauche.  , 

Circonvolutions.  —  Pas  de  modifications  notables  dans  la  confor- 
mation, le  trajet,  le  volume,  à  l'exception  des  lobes  frontaux  qui 
présentent  un  léger  aplatissement  de  haut  en  bas  et  sont  un  peu 
acuminés. 


GÉANTS  AUTOPSIÉS.  405 

Cou.  —  La  thyroïde  semble  normale.  Pas  de  traces  de  thymus. 

Cavitr  thoracique.  —  Pas  de  changement  dans  la  disposition  et  les 
rapports  des  viscères.  Les  poumons  ont  une  surface  lisse,  régulière;  un 
peu  d'oedème  des  bases.  Muqueuse  bronchique  lisse  et  nette;  ganglions 
du  hile  parfaitement  normaux.  Cœur  normal. 

Cavité  abdominale.  —  Les  viscères  se  trouvent  en  position  normale. 
Pas  d'altérations  du  foie,  des  reins,  de  la  rate,  non  plus  que  de  l'estomac 
et  de  l'intestin,  de  la  vessie,  des  uretères. 

Membres.  —  L'examen  des  membres  a  permis  de  reconnaître,  derrière 
le  grand  trochanter  gauche,  la  présence  d'une  tumeur  d'aspect  et  de 
consistance  fibreux,  de  forme  sphéroldale,  d'un  diamètre  d'environ 
8  centimètres.  Près  de  celle-ci,  une  autre  tumeur  d'aspect  semblable  et 
de  2  centimètres  environ  de  diamètre.  La  section  de  cette  tumeur 
montre  l'existence  à  la  périphérie  d'une  couche  plus  épaisse,  fibreuse, 
presque  capsulaire,  qui  renferme  vers  l'intérieur  une  masse  uniforme, 
gélatineuse  et  rosée. 

L'examen  histologique  des  différentes  pièces  m'a  donné  les  résultats 
suivants  : 

Cerveau  et  moelle.  —  Rien  de  notable. 

Hypophyse.  — •  Formée  d'un  stroma  conjonctir  réticulaire  et  d'élé- 
ments qui  rappellent  les  cellules  normales  de  la  pituitaire.  Elles  sont 
de  forme  polygonale,  ou  subrondes,  avec  un  protoplasma  pourvu  de 
grosses  granulations.  En  quelques  points  elles  sont  disposées  d'une 
manière  un  peu  désordonnée;  en  d'autres,  elles  se  groupent  pour 
former  de  véritables  acini,  entre  lesquels  est  accumulée  de  la  substance 
colloïde.  A  la  périphérie,  où  la  glande  est  ramollie,  elle  est  constituée 
par  un  grand  nombre  d'éléments  prenant  mal  les  couleurs  habituelles, 
peu  adhérentes  entre  elles,  de  forme  presque  toujours  arrondie,  avec 
des  bords  un  peu  découpés.  En  raison  de  ces  caractères  la  tumeur  de 
l'hypophyse  doit  donc  être  considérée  comme  un  adénome  de  cette 
glande. 

Thyroïde.  —  Rien  de  notable,  si  ce  n'est  une  quantité  de  substance 
colloïde  un  peu  supérieure  à  la  normale. 

La  tumeur  du  maxillaire  inférieur  était  un  ostéosarcome  fuso-cellulaire. 
La  tumeur  de  la  fosse  iliaque  fut  reconnue  être  un  myxome. 

Testicules.  —  H  y  a  des  altérations  de  la  paroi  des  conduits  sémi- 
nifères.  Il  existe  une  hyperplasie  des  éléments  conjonctifs  de  cette 
paroi,  qui,  en  certains  points,  présente  une  dégénérescence  hyaline 
évidente.  L'hyperplasie  conjonctive  et  la  sclérose  consécutive  ont 
notablement  rétréci  la  lumière  des  canaux  séminifères. 

Foie.  —  Dégénérescence  graisseuse. 

Reins.  —  Dégénérescence  graisseuse  très  avancée. 

Cœur.  —  Dégénérescence  graisseuse. 


GROUPE    III 

SQUELETTES    DE    GÉANTS 


Observation  V(*).  (Lortet.)  —  Allongement  des  membres  inférieurs 
DU  x\  LA  CASTRATION  CHEZ  UN  EUNUQUE  ÉGYPTIEN.  {Arcli.  cP Anthropologie 
criminelle,  Lyon,  1896.) 

Observation  XIII  (-).  (Cunningham.)  —  Le  squelette  du  géant  irlan- 
dais Magrath.  (Transact.  of  the  Royal  Irish  Academy,  26  janvier  1891, 
vol.  XXIX,  p.  555.) 

Cornélius  Magrath  (squelette  du  musée  de  Dublin),  2"^, M;  né  en  1756, 
mort  en  1760,  à  l'âge  de  '24  ans.  Diagnostic  rétrospectif  d'acromégalie 
basé  sur  les  déformations  caractéristic{ues  des  extrémités  des  membres, 
du  thorax  et  de  la  face,  le  double  genu  valgum,  le  retard  d'ossification  des 
cartilages  épiphysaives  et  la  dilatation  de  la  selle  turcique. 

Observation   XXI  (^).   (Taruffi.)   —  Squelette  d'un  acromégalique    de 

HAUTE  TAILLE,  MaRGHETTI. 

Observation  L.  (Lemolt.)  —  Le  géant  Louschkin.  (Bull,  de  VAcad.  do 
Méd.  de  Paris,  1846-1847,  XII,  p.  412.) 

Kalmouck,  tambour-major  du  régiment  de  Préobrajensky,  mort  tuber- 
culeux à  55  ans.  La  longueur  des  bras  et  des  jambes  indique  chez-  lui  une 
hauteur  de  9  pieds;  mais  une  gibbosité  postérieure  réduisait  cette  hauteur 
à  2"", 54.  —  Moulages  conservés  au  musée  Orfila  (Paris).  —  Portrait  au 
musée  Tussaud  (Londres). 

Observations  LI  à  LUI.  (Langer).  —  (Wachsthum  des  Menschlichen 
Skelettes  mit  Bezug  auf  den  Riesen.  Denkschriften  der  Kaiserl.  Acadé- 
mie der  Wissenschaften  in  Wien.  Mathemat.  Naturw.  classe,  Bd.  XXXI, 

1872,  S.  l,p.  91.) 

LI.  LoLLY,  géant  poméranien.  Squelette  conservé  au  Muséum  anato- 

(')  Voir  p.  157. 
(-)  Voir  p.  257. 
(3)  Voir  p.  295. 


SQUELETTES  DE  GEANTS.  407 

inique  de  Saint-Pétersbourg.  2'", 19.  Mort  à  Saint-Pétersbourg  en  181(3. 
Genu  valfjum  à  droite. 

LII.  Le  géant  d'Innsbruck.  Squelette  au  Muséum  d'Innsbruck,  2"", 22. 
Trouvé  lors  de  la  reconstruction  de  la  crypte  de  la  cathédrale.  Incom- 
plet :  les  mains,  les  pieds  et  quelques  autres  os  font  défaut.  «  Des 
notices  historiques  et  la  comparaison  du  squelette  avec  un  portrait 
de  la  collection  du  château  d'Ambras,  à  Innsbruck,  ne  laissent  presque 
aucun  doute  que  ces  restes  ne  soient  ceux  du  fameux  porte-armure  de 
l'archiduc  Ferdinand  du  Tyrol,  le  fondateur  de  la  célèbre  collection 
Ambras,  où  est  aussi  conservée  l'armure  du  géant.  »  (Cunningham.)  Lan- 
ger reproduit  le  portrait  du  géant  dans  son  Mémoire. 

LUI.  Cajanus,  Finnois,  l'un  des  fameux  gardes  de  Frédéric  II,  dont 
le  fémur  est  conservé  au  Leyden  Muséum.  2™, 22.  Mort  en  17-49.  Topinard 
lui  donne  2"85,  ce  qui  est  assurément  inexact,  car  le  fémur  mesure 
615  millimètres  (Langer),  ce  qui  permettait  de  calculer  une  taille  de  2™, 22. 

Observation  LIV.  (Langer.)  —  (Anatomie der  Forrnen  des  m.  Korpes,  p.  81.) 
Squelette    dune  Lapone   géante  (2", 03),   d'autant  plus  remarquable 
qu'elle  appartient  à  une  race  très  petite.  Musée  de  Stockholm. 

Observations    LV  et  LVI.    (Topinard.)  -     {Élém.  d'Anthropologie   gén., 
1885,  p.  436.) 

LV.  Un  Autrichien  de  l'Exposition.  2", 55.  (Soc.  Anfhrop.  de  Paris.) 
LVI.  Squelette  d'un  garde  suédois  de  Frédéric  II.  (2™, 52.) 

Observations  LVIl  à  LXV^  (Taruffi.)  —  Caso  délia  macrosomia.  {Annali 
universali  di  rnedicina,  1879,  t.  247  et  249.) 

9  observations  de  géants,  mais  d'une  taille  assez  peu  élevée  (I'",8I, 
1",85,  etc.). 

Observations  LXVI  à  LXX.  (Tamburini.)  —  Communication  au  Congres 

international  de  Neurologie  de  Bruxelles,  septembre  1897. 

5  squelettes  de  géants  :  1  dans  le  musée  anatomique  de  Rome;  2  dans 
celui  de  Florence;  2  dans  le  musée  anatomique  de  l'Institut  Psychia- 
trique de  Reggio-Emilia.  —  Chez  tous,  «  agrandissement  de  la  selle 
turcique,  beaucoup  plus  considérable  et  bien  différent  de  celui  qui 
aurait  été  produit  par  le  simple  accroissement  gigantesque  du  crâne». 

Observation    LXXl.  (Cunningham.)    —  (Transaction  of  the  Royal  Irish 
Academy,  27  janvier  1891,  vol.  XXIX.  p.  555.) 

Le  squelette  de  Charles  Byrne('). 
(')  Voir  p.  241. 


408  SQUELETTES  DE  GEANTS. 

Observation  LXXII.  (Buhl.)  —  Un  géant  avec  iiyperostoses  des  os, 
DE  LA  FACE  ET  DU  CRANE.  (M'ittheUuiKjen  (lus  dem  'patliologiscJt.en  Insti- 
tiite  su  Mûnchen,  1878,  S.  301.) 

Le  28  juin  J87G,  je  reçus  de  Giniund,  près  du  Tegernsee,  la  lettre  sui- 
vante, en  date  du  27  juin  :  «  Je  vous  annonce  que  Thomas  Hasler, 
l'homme  grand,  se  rendra  à  Munich,  le  vendredi  50.  »      Th.   Hasler. 

Le  29,  je  reçus  un  télégramme  du  médecin  de  district,  D'  Rosner,  à 
Tegernsee  : 

«  Thomas  Hasler  est  décédé  ».  On  me  demandait,  en  môme  temps, 
si  je  désirais,  dans  un  but  scientifique,  le  cadavre. 

Le  30,  par  conséquent  le  jour  même  oîi  Th.  Hasler  devait  se  présen- 
ter devant  moi,  arrivait  son  cadavre,  à  l'Institut  pathologique. 

Je  connaissais  cet  homme  antérieurement;  il  avait  été  présenté  au 
point  de  vue  anatomi((ue,  attendu  qu'il  avait  des  hyperostoses  crâ- 
niennes et  faciales. 

Mon  collègue  Rosner  n'a  pu,  malgré  de  nombreuses  recherches, 
obtenir  cjuelque  chose  de  fort  précis  sur  les  antécédents  :  ce  qu'il  a  pu 
apprendre  se  restreint  aux  quelques  données  qui  suivent  : 

Son  pèi^e  est  mort  de  phtisie  pulmonaire  à  56  ans,  sa  mère  est  encore 
en  vie.  Son  frère  aîné  s'est  pendu  en  prison.  Celui-ci  mis  à  part,  il 
existe  encore  quatre  enfants,  tous  bien  conformés.  Thomas  eut  un  déve- 
loppement normal  jusqu'à  sa  neuvième  année. 

A  cette  époque,  il  reçut  un  coup  de  pied  de  cheval  à  la  joue  gauche. 
Bientôt  après  il  se  mit  à  croître  considérablement.  Il  mangeait  beau- 
coup, de  préférence  surtout  du  beurre  et  desgiaisses,  alimentation  qui 
est  habituelle  dans  nos  montagnes.  A  11  ans,  il  était  si  gros,  qu'on  dut 
le  renvoyer  de  l'école,  parce  qu'il  ne  pouvait  plus  prendre  place  sur  les 
bancs.  A  12  ans,  il  mesurait  déjà  6  pieds.  A  U  ans,  il  tomba  dans  sa 
chambre  et  se  fit  une  fracture  de  cuisse. 

A  partir  de  ce  moment,  à  part  une  pneumonie,  dont  la  guérison  fut 
parfaite,  il  ne  se  produisit  plus  aucun  incident  notable;  mais  les  os  de 
la  face  et  du  visage  s'épaississaient  jusqu'à  la  monstruosité,  et  non  pas 
exclusivement  sur  le  côté  où  il  avait  reçu  le  coup  de  pied  de  cheval. 

Depuis  que  sa  croissance  s'était  accomplie,  il  mangeait  relativement 
peu.  La  couleur  de  sa  peau  devenait  pâle. 

H  était  appliqué  et  bien  vivant.  Cependant  chaque  mouvement  lui 
était  pénible  et  fatigant.  De  temps  à  autre,  il  se  plaignait  de  mal  à  la 
tête. 

Le  jour  qui  précéda  sa  mort,  il  était  encore  gai  et  bien  portant. 

Le  29  au  matin,  il  se  mit  à  respirer  difficilement;  il  eut  de  la  raideur 
tétanic|ue  de  la  nuque  qui  alternait  avec  des  secousses  convulsives.  On 
pratiqua  le  cathétérisme  vésical,  parce  qu'il  y  avait  de  la  rétention 
d'urine.  A  midi,  il  était  déjà  mort.  Il  était  âgé  de  25  ans. 

Le  cadavre,  transporté  pendant  la  nuit,  arriva  dans  un  état  de  décom- 
position  très  avancé,  ce  qui,  sous  le  rapport  de  la  conservation  des 


SQUELETTES  DE  GEANTS.  409 

organes  internes,  est  très  regrettable.  Je  suis  cependant  arrivé  à  con- 
server le  cœur. 

Avant  l'autopsie,  nous  avons  pris  quelques  mensurations  et  pesées. 

Le  poids  absolu  du  corps  est  de  155  kilogrammes;  le  cadavre  dépas- 
sait donc  (si  nous  acceptons  comme  poids  moyen  de  l'homme  celui 
donné  par  Hoffmann  de  6I''i^.55)  94'^'=, 65,  ou,  ce  qui  revient  au  même,  il 
avait  atteint  2  fois  et  demie  le  poids  normal. 

D'après  les  pesées  entreprises  dans  notre  Institut,  le  D"'  Hermann  a 
calculé  que  le  poids  moyen  pour  un  homme  de  19  à  2'J  ans  était  de 
67''s,06;  même  encore  Th.  Hasler  dépasse  ce  poids  de  87''°,4;  il  pèse 
donc  2,5  fois  la  normale. 

La  longueur  du  corps  atteignait  2", 27.  Attendu  que  la  colonne  verté- 
brale était  d'une  façon  assez  appréciable  scoliotique,  nous  devons 
ajouter  au  moins  8  centimètres,  ce  qui  donne  ime  Itauteur  totale  de  2™, 55. 

Hoffmann  calcule,  comme  moyenne  de  la  longueur  du  corps  de 
l'homme,  1",678;  d'après  Th.  Hasler  nous  trouvons  donc  642  centi- 
mètres en  plus.  D'après  la  statistique  d'HERMANN,  la  longueur  pour 
l'âge  de  19  à  29  ans  est  de  r",654.  Ce  nombre  retranché  des  2", 55  donne 
69  centimètres. 

J'aurais  désiré  pouvoir  déterminer  le  volume  corporel.  Mais  la  cuve 
à  eau  destinée  à  cet  usage  dans  l'Institut  n'est  pas  construite  pour  de 
pareilles  tailles,  et  il  ne  nous  resta  plus  qu'à  prendre  pour  base  le 
volume  moyen  pour  cette  période  de  la  vie  (d'après  Hermann  69''«,4j, 
et  de  calculer  celui  de  Th.  Hasler. 

On  note  ainsi  159,1  livres,  c'est-à-dire  89,7  livres  au-dessus  de  la  nor- 
male. 

En  raison  de  la  putréfaction  considérable,  déterminer  autre  chose  que 
la  longueur  et  le  poids  du  corps  n'était  guère  possible;  nous  passâmes 
le  plus  vite  possible  à  l'ouverture  du  cadavre.  Les  mensurations  que 
nous  avons  rapidement  prises,  du  pourtour  de  l'extrémité  supérieure  du 
bras  (46  centimètres),  de  la  partie  supérieure  de  la  cuisse  (79  centimètres) 
et  du  mollet  (50  centimètres),  sont  sans  valeur  bien  considérable. 

A  l'ouverture,  il  apparut  avant  tout  que  la  grosseur  des  poumons,  du 
cœur,  du  foie,  de  la  rate  et  des  reins,  etc.,  correspondaient  à  peu  près 
à  la  grosseur  du  corps  et  que,  dans  aucun  organe,  ne  se  montraient 
des  changements  pathologiques.  C'est  là  tout  ce  que  la  putréfaction 
permit  de  constater. 

Le  cerveau,  tout  aussi  putréfié,  ne  présentait  aucun  changement  patho- 
logique. 

Le  squelette  fut  conservé  et  monté.  Il  se  trouve  maintenant  dans  notre 
collection  anatomo-pathologique. 

Ce  squelette  en  impose,  non  seulement  par  sa  taille,  mais  des  recher- 
plus  précises  montrèrent  des  points  intéressants  pour  l'anatomie  nor- 
male; ainsi,  par  exemple,  toutes  les  épiphyses  et  non  seulement  celles 
des  extrémités  articulaires,  mais  aussi  celles  des  attaches  des  gros 
muscles,  par  exemple  les  trochanters,  sont  fortement  marquées. 


410 


SQUELETTES  DE  GEANTS. 


Je  veux  cependant  ne  faire  mention  que  des  particularités  patholo- 
giques. 

Les  disques  intervertébraux,  qui  pendant  la  macération  disparurent, 
furent  remplacés  par  du  cuir;  mais  ceux-ci  sont  trop   minces,  de  sorte 


FiG.  105.  —  Le  squeleLle  du  géant  Thomas  Ilasler  comparé  à  un  squclelle 
d'aciulle  normal  (Buhl). 


que  la  hauteur  du  squelette,  par  rapport  à  la  taille  pendant  la  vie,  a 
perdu  10cm.  5. 

Du  reste,  le  crâne  excepté,  le  squelette  était  parfaitement  propor- 
tionné, mettant  à  part  l'influence  de  la  fracture  de  cuisse. 

Le  fémur  droit  (non  fracturé)  mesurait,  de  l'extrémité  de  la  tête  fémo- 
rale jusqu'au  milieu  des  deux  condyles,  67  centimètres,  et,  du  sommet 


SQUELETTES  DE  GÉANTS.  411 

du  grand  trochanter,  50  centimètres  ;  donc  15  centimètres  de  plus  qu'un 
fémur  normal.  Le  tibia  mesurait  48  centimètres,  le  péroné  47'-", 5,  une 
différence  de  8  à  9  centimètres,  en  comparaison  avec  la  longueur  des 
mêmes  os  normaux.  De  l'articulation  tibio-tarsienne  jusqu'au  sol,  nous 
trouvons  9""', 5. 

Cela  fait  pour  le  membre  inférieur  droit  114''", 5. 

Par  contre,  en  raison  de  la  fracture  du  col  du  fémur  gauche,  la  lon- 
gueur de  l'extrémité  supérieure  de  la  tète  du  fémur  au  milieu  des  con- 
dyles  n'est  plus  que  de  51  centimètres.  La  distance  du  grand  trochanter 
au  même  point  est  la  même  que  pour  le  fémur  droit. 

On  voit  d'après  cela  que  le  col  du  fémur,  au  lieu  de  former  un  angle 
oblique  avec  le  corps,  forme  un  angle  droit. 

Le  péroné  gauche,  fortement  épaissi  dans  son  tiers  supérieur  par  le 
cal  de  la  fracture,  attendu  que  le  tibia  est  intact,  ne  présente  aucune 
autre  anomalie. 

La  conséquence  de  ce  changement  de  forme  du  col  du  fémur  est  une 
direction  plus  oblique  en  dedans  du  fémur  gauche  et  un  raccourcisse- 
ment du  membre  inférieur  gauche. 

Aussi  le  bassin  se  présentait  nécessairement  oblique,  la  moitié  gauche 
inférieure  à  la  moite  droite  de  9  centimètres.  Ceci  ne  peut  malheureu- 
sement être  vu  sur  le  squelette  monté  ;  le  bassin  se  montre  horizontal, 
le  pied  gauche  n'atteint  pas  le  sol(i). 

Le  bassin  a  subi  peu  de  changements,  malgré  son  obliquité.  L'os 
iliaque  gauche  est  quelc|ue  peu  plan,  le  droit  plus  courbe^.  Les  mensu- 
rations, dont  je  ne  donne  que  les  principales,  sont  plus  considérables 
que  d'ordinaire.  Distance  entre  les  deux  épines  iliacjues  antérieures  : 
55  centimètres;  diamètre  transversal  au  détroit  supérieur  :  17  centi- 
mètres; diamètre  antéro-postérieur  :  12  centimètres;  de  la  crête  iliac]ue 
à  l'ischion  :  27  centimètres;  distance  des  deux  ischions:  12  centimètres. 

La  colonne  vertébrale  présentait  en  raison  de  la  conformation  du 
bassin  une  cypho-scoliose. 

Examinant  de  plus  près  les  corps  vertébraux,  nous  trouvons  que  de  la 
6°  à  la  10°  vertèbre  dorsale  le  côté  droit  est  plus  petit  que  le  côté 
gauche;  la  colonne  vertébrale  devait  donc  présenter  une  scoliose 
à  convexité  gauche  en  même  temps  qu'une  rotation  correspondante  des 
corps  vertébraux  à  gauche. 

De  plus,  les  corps  vertébraux  de  la  6°  à  la  8°  dorsale  sont  sur  la  face 
antérieure   moins  élevés   que   sur   les  faces    latérale    et    postérieure, 

(1)  La  longueur  de  la  plante  du  pied  du  calcanéum  jusqu'à  l'extrémité  du 
gros  orteil  donne,  mensuration  le  long  du  bord  interne,  50  centimètres;  le 
long  du  bord  externe,  mensuration  jusqu'à  l'extrémité  du  petit  orteil,  24"'", 5. 

Le  gros  orteil  mesure  15  centimètres,  le  métatarsien  8  centimètres,  la 
l"'"  phalange  4  centimètres,  la  i",  3  centimètres. 

Le  petit  orteil  mesure  14  centimètres,  le  métatarsien  9  centimètres,  la 
!'■'=  phalange  3  centimètres,  la  2^,  2  centimètres. 

Le  2°  orteil  mesure  la'", 5,  le  métatarsien  9'-'". 5,  la  1"=  phalange  3"'", 5,  la 
2°,  1  centimètre,  la  3".  l'"'',5. 


412  SQUELETTES  DE  GEANTS. 

ce  que  montre  clairement  la  flexion  cypliotique  de  la  colonne  vertébrale. 

La  sixième  vertèbre  dorsale  paraît  rongée  sur  sa  face  antérieure,  de 
sorte  que  la  courbure  postérieure  a  dû  être  ici  au  maximum.  Il  est  fort 
difficile  de  décider  si  la  cause  de  cette  destruction,  analogue  à  la  carie, 
était  une  fracture  produite  au  même  nipment  de  la  fracture  du  col  du 
fémur.  Il  y  a  ce  fait  qu'il  n'existe  pas  seulement  une  simple  courbe,  mais 
un  déficit  de  substance,  à  côté  des  formations  d'ostéophytes,  ce  que  l'on 
peut  interpréter  comme  une  réaction  inflammatoire.  Si  l'on  met  la  frac- 
ture en  cause,  ceci  est  alors  très  important  pour  la  présente  formation  des 
os,  en  ce  sens  que  Ton  doit  compter  comme  allant  de  pair  la  croissance 
gigantesque  et  la  fragilité  exagérée  (•). 

Le  crâne  est  vraiment  digne  d'intérêt.  Par  ses  formes  colossales,  il 
fait  véritablement- une  impression  effrayante. 

Tandis  que  le  reste  du  squelette  se  montre  seulement  gigantesque, 
proportionné  dans  ses  rapports,  harmonie  troublée  seulement  par  la 
fracture  du  col  du  fémur,  le  crâne  est  mal  conformé,  surtout  à  gauche 
par  ses  massives  et  lourdes  hyperostoses. 

Ces  hyperostoses  se  montrent  particulièrement  sur  les  os  suivants  : 

Maxillaire  inférieur  (fig.  101  et  102).  11  est  augmenté  de  volume  dans 
tous  les  sens  et  très  irrégulièrement  conformé.  En  hauteur,  dans  sa  partie 
antérieure,  sur  le  milieu  du  menton,  il  mesure  12  centimètres;  en  épais- 
seur, 9  centimètres;  à  gauche,  il  est  quelque  peu  plus  épais  qu'à  droite. 

(')  Voici  des  mensurations  plus  précises  : 

H"  vertèbre  dorsale  : 

Face  antérieure.   .   .   .     0'^^'",5.  Face  laléro-postérieure  .    .    .     ^■"'.SS. 
7=  et  S*"  vertèljres  dorsales  : 

Face  antérieure.   .    .    .     l'"\5.  Face  latéropostérieure  .    .    .     2"", 25. 
■   U"  et  10'^  vertèbres  dorsales  : 

Face  antér.  à  droite.  .     2"", 5.  Face  latéro-postcr.  à  gauche.     2  cm 

Vertèbres  dorsales  de  1  à  5,  pourtour 2"">,.5 

11''  vertèbre  dorsale,  pourtour 2""", 5 

12"  —  —       5  centimètres. 

Hauteur  des  2  premières  vertèbres  lombaires.   .        o  centimètres. 

—  de  la  5"=  vertèbre  lombaire ~j'"\o 

—  des  4=  et  5=  vertèbres  lombaires  ....        4  centimètres. 

"1"  côte 40  centimètres. 

Clavicule 19""', 5 

Bord  postérieur  de  l'omoplate. 19  centimètres. 

Bord  supérieur 15'"", 5 

Bras 40  centimètres. 

Avant-bras 52           — 

De  l'avant-bras  à  l'extrémité  du  médius 25           — 

5"=  métacarpien 7            — 

1'°  phalange  du  médius 5'=", 5 

2'^  phalange 5'''",5 

5''  phalange 2''",5 

Longueur  du  pouce 15  centimètres. 

—  du  petit  doigt 15  — 


SQUELETTES  DE  GEANTS 


413 


On  note,  du  condyle  à  l'extrémité  du  menton,  21  centimètres;  la  distance 
entre  les  2  angles  maxillaires  égale  51""', 5. 

On  ne  peut  distinguer  un  rebord  alvéolaire;  cependant  se  montrent 
dans  les  masses  osseuses  encore  deux  incisives  médianes  et  la  5°  inci- 
sive droite,  quelque  peu  cariée.  Loin  en  arrière,  profondément  située 
en  pleine  éruption,  se  trouve  une  canine.  Elle  est  déplacée  par  les  masses 
osseuses  qui  l'entourent  et  se  trouve  située  à  2  centimètres  en  arrière 
de  l'incisive  médiane  gauche.  La  macération  a  produit  au  menton  de 


F:g.  lOi.  —  Le  crâne  (face)  du  géant 
Thomas  Hasler  (Buiir.). 


FiG.  103.  —  Le  crâne  (face  postérieure) 
du  géant  Thomas  Hasler  (Buiil). 


grosses  excavations.  Elles  n'étaient  pas  encore  ossifiées,  mais  remplies 
de  masses  fibreuses  sans  cellules  cartilagineuses. 

Maxillaire  supérieur,  très  hyperostosé.  Épaisseur  :  5  centimètres; 
au  contraire  du  maxillaire  inférieur,  il  est  plus  épais  à  droite  et  en  ar- 
rière qu'à  gauche. 

Le  maxillaire  inférieur  proémine  assez  sur  le  maxillaire  supérieur. 
De  la  racine  du  nez  jusqu'au  rebord  alvéolaire  mal  dessiné  on  note 
10  centimètres. 

Les  dents  sont  disparues  jusqu'à  la  canine  droite  et  la  1'"  molaire. 

Le  processus  frontal  gauche  est  extraordinairement  épaissi  ainsi  que 


414  SQUELETTES  DE  GEANTS. 

l'os  nasal,  l'os  malaire,  l'etlimoïde  e  l'os  lacrymal.  Le  pourtour  de 
la  cavité  orbitaire  gauche  est  épaissi  aux  dépens  de  cet  espace,  son 
plancher  porté  vers  le  haut;  la  cloison  nasale  gauche  est  de  môme 
portée  à  droite  aux  dépens  des  cavités  nasales;  le  vomer  porte  à  droite, 
les  fentes  orbitaires  du  côté  gauche  sont  presque  fermées.  Le  canal 
lacrymal  seul  est  large,  même  au-dessus  du  diamètre  moyen. 

Le  temporal,  surtout  du  côté  de  l'apophyse  mastoïde,  l'occipital  et  le 
pariétal  du  côté  gauche  participent  également  pour  une  bonne  part  à 
l'hyperostose.  Le  temporal  gauche  mesure  1,5  d'épaisseur,  le  droit  seu- 
lement 1  centimètre.  Encore  plus  épaissi  se  montre  le  frontal;  son  épais- 
seur est  de  6  centimètres,  sur  un  plan  sagittal.  Il  est  soudé  avec  le  sphé- 
noïde non  moins  gros  et  non  moins  massif  et  celui-ci  avec  le  temporal. 

De  plus,  grâce  à  ce  développement  puissant,  les  sutures  du  crâne, 
tout  autant  cju'elles  subsistent  (et  c'est  le  cas  pour  la  suture  coronale 
et  sagittale,  en  partie  pour  la  moitié  droite  de  la  suture  lambdoïde),  sont 
déplacées  ;  la  suture  coronale  gauche  est  repoussée  en  avant,  la  sagittale 
à  droite. 

Sur  la  face  externe  du  frontal,  ainsi  que  sur  les  deux  pariétaux,  on 
remarque,  de  préférence  sur  les  deux  bosses  pariétales  et  la  partie 
médiane  du  frontal,  des  îlots  de  porosité  superficielle. 

On  doit  s'attendre,  après  ce  que  nous  venons  de  mentionner,  à  ce  c[ue 
la  cavité  crânienne  soit  profondément  influencée  par  lesépaississements 
des  os  qui  la  composent.  En  effet,  du  côté  gauche,  le  rapetissement  est 
considérable. 

La  fosse  crânienne  postérieure  gauche,  par  suite  de  l'épaississement 
des  os  est  moins  profonde  que  la  droite.  Le  sinus  Iransverse  c{ui  la 
parcourt  présente  une  gouttière  étroite  et  peu  profonde.  L'os  basilaire 
proémine  fortement  avec  des  saillies;  les  rochers,  surtout  le  gauche, 
sont  massifs  et  se  dressent  semblables  à  une  crôte  de  montagnes. 

L'épaisseur  du  pariétal  et  du  temporal  est  de  1  "^"^S  à  gauche,  à 
droite  de  1  centimètre.  La  gouttière  de  l'artère  méningée  moyenne  est 
plus  profonde  à  gauche  qu'à  droite  ;  de  la  crête  du  rocher  jusqu'à  la 
protubérance  occipitale  interne,  on  note  à  gauche  7  centimètres,  à 
droite  9  centimètres. 

La  fosse  crânienne  moyenne  gauche  estencore  bien  plus  diminuée.  Grâce 
à  l'accroissement  considérable  de  volume  de  la  grande  aile  du  sphénoïde 
gauche,  le  plancher  a  été  fortement  repoussé  en  haut,  et,  grâce  à  l'épais- 
sissement encore  plus  considérable  et  au  boursouflement  de  la  petite 
aile  du  sphénoïde  gauche,  la  limite  antérieure  a  été  repoussée  d'avant 
en  arrière,  elle  mesure  7  centimètres,  à  droite  9  centimètres. 

La  fosse  crânienne  antérieure  gauche  manque  complètement  ;  elle  a 
disparu  dans  les  puissantes  masses  osseuses  qui  ont  transformé  l'os 
frontal.  A  droite,  cette  fosse  a  subi  peu  de  changements.  L'apophyse 
crista-galli  fait  une  saillie  de  la  grosseur  d'une  cerise. 

La  distance  antéro-postérieure  à  la  base  du  crâne  est  à  gauche  de 
14  centimètres,  tandis  qu'à  droite  nous  notons  18  centimètres,  le  pour- 


SOUEI.ETTKS  DE  GEANTS. 


415 


tour  interne  de  la  moitié  du  crâne  à  gauche  est  de  là  centimètres,  à 
droite  de  25  centimètres. 

Le  cerveau  devrait  donc,  d'après  cela,  en  avant  et  à  gauclic,  être  dé- 
primé en  arrière  et  à  droite.  La  selle  turcique  se  trouve  déplacée  par 
cette  poussée  fortement  à  droite.  Dans  ce  déplacement  scoliotique  de 
la  selle  turcique  vers  la  droite  se  trouve  la  meilleure  preuve  que  ce 
n'est  pas  l'hémisphère  gauche  qui  était  primitivement  atrophié  et  que 
secondairement  se  montrait,  remplissant  l'espace  libre,  l'épaississement 
des  os  du  crâne,  car  alors  la  selle  turcique  eût  été  déplacée  plutôt  à 
gauche.  Pour  obtenir  un  moulage  et  une  mensuration  de  la  cavité 
crânienne,  et  ainsi  une  idée  approximative  de  la  conformation  du  cer- 
veau, nous  limes  remplir  la  cavité  crânienne  d'une  masse  faite  de  cire 
et  d'huile.  Nous  pûmes  ainsi  déterminer  le  volume  de  la  cavité  crâ- 
nienne ;  nous  obtînmes  1500. 

Si  je  ne  savais  rien  du  poids  du  cerveau  de  Tii.  Hasler  et  si,  me  fon- 
dant seulement  sur  la  mensuration  obtenue  de  la  cavité  crânienne,  je 
voulais  représenter  le  volum.e  et  le  poids  absolu  du  cerveau,  je  trouvais, 


FiG.  lOG.  —  Moul;igc  du  cerveau,  base  du  crâne  et  caloUe  crânienne  du  géant 
Thomas  Ilasler.  (Buiil.) 


d'après  le  tableau  de  Bischoff,  un  volume  de  1080  et  un  poids  de  1150. 

En  un  mot,  le  géant  Hasler  avait  un  cerveau  qui  correspondait  à  un 
des  plus  petits  cerveaux  de  femme. 

Nous  aurions  par  le  rapport  du  poids  moyen  du  cerveau  au  poids  du 

corps  y-p-TTj  (d'après  TiEDEMAM  et  Huschke)  ;  chez  Hasler  nous  trouvons 

j^,  5  fois  autant  par  conséquent. 

J'ai  pris  le  poids   du    cerveau,  bien   que  la    iiutréfaction    ne  permît 
guère  la  conservation  et  j'ai  trouvé  1465  grammes.  C'estdoncun  rapport 

1 
de  -jr-,  ;  donc  le  cerveau  de  Hasler  était  plus  encore  C{u'une  fois  trop  faible. 

Ce  poids  mentionné  correspond  à  une  cavité  crânienne  de  1650  et  à  un 
volume  cérébral  de  1400,  attendu  que  j'ai  trouvé  1500,  donc  550  en  moins, 


416  SQUELETTES   DE  GEANTS. 

ce  qui  signifierait  que  le  volume  du  cerveau  devait  être  de  100  centi- 
mètres cubes  plus  considérable  que  la  cavité  crânienne  ;  il  résulte 
clairement  de  ce  rapport  que  le  cerveau  a  été  fortement  comprimé.  Le 
volume  du  cerveau  calculé  de  son  poids  absolu  est  de  140  ;  par  contre 
celui  que  Ton  obtient  en  partant  de  la  cavité  crânienne  est  de  1080  seu- 
lement ;  cela  signifie  donc  que  le  cerveau  est  comprimé  sur  un  espace 
trop  petit  de  520  centimètres  cubes. 

Cette  grandeur  de  compression  progressive  doit  être  envisagée  comme 
un  maximum  de  possibilité  de  vie.  A  la  vérité  il  n'y  a  aucune  preuve 
expérimentale  permettant  de  la  démontrer. 

Cependant  on  serait  en  droit  de  soutenir  que  la  limite  pourrait  être 
placée  dans  une  compression  moins  considérable  et  que  chez  un  homme 
normal  la  limite  donnée  eût  pu  être  dépassée.  Un  événement  insigni- 
fiant, la  congestion  la  plus  légère,  l'œdème  le  plus  léger  de  la  substance 
cérébrale  devraient  être  accompagnés  de  troubles  de  l'innervation 
très  dangereux  pour  la  vie. 

On  peut  donc  s'imaginer  comment  un  catarrhe,  soit  au  niveau  des 
muqueuses  nasales,  bronchiques,  ou  digestives,  pourrait  amener  fièvre, 
convulsions  et  la  mort.  Attendu  que,  dans  les  autres  organes,  il  ne  se 
montrait  aucune  lésion  pathologique,  il  ne  nous  reste  plus  que  d'ex- 
pliquer la  mort  et  sa  rapidité  de  la  manière  suivante  :  Th.  HASLERCst 
mort  d'étroitesse  de  la  cavité  crânienne. 

Quant  à  expliquer  le  développement  squelettique  gigantique,  on  peut 
émettre  plusieurs  hypothèses,  mais  on  ne  peut  se  baser  sur  aucune 
donnée  scientifique.  A  la  vérité,  après  le  coup  de  pied  se  sont  développées 
non  seulement  les  hyperostoses  des  os  du  crâne  et  de  la  face,  mais 
aussi  celles  du  squelette  entier.  Les  premières  se  laisseraient  expliquer 
par  l'irritation  du  traumatisme  ;  mais  comment  expliquer  la  formation 
du  squelette  gigantique,  comment,  à  l'exception  du  cerveau,  les  organes 
ont  correspondu  à  cet  accroissement? 

On  peut  accepter  que  la  tendance  à  la  croissance  gigantique  se  trou- 
vait chez  Th.  Hasler  ;  elle  se  montra  en  un  moment  où  le  corps  commence 
à  croître  plus  rapidement  et  coïncide  avec  l'avènement  du  coup  de  pied 
de  cheval.  Mais  on  ne  peut  nier  que  le  traumatisme  est  seul  coupable 
et  ait  eu  une  action  loin  de  son  point  d'immédiate  application;  je  veux 
dire  par  là  qu'il  incita  la  formation  squelettique  entière  à  une  crois- 
sance considérable.  De  quelle  manière?  Aborder  cette  question  ne 
serait  possible  qu'après  la  solution  de  nombreuses  questions  préalables. 


Observation  LXXIII.   (Hinsdale.)   —  Squelette  d'un   géant  (Acrome- 
galy,  p.  60,  Medicine,  1898). 

Sur  le  sujet  dont  je  vais  décrire  le  squelette,  on  ne  sait  rien,  sinon 
qu'il  naquit  dans  le  Kentucky,  Û.  S.  A.  En  1877,  le  professeur  Joseph 
Leidy  fut  informé  par  le  professeur  A.  E.  Foote  qu'un  corps  de  géant 
était  à  vendre,  à  la  condition  qu'aucune  question  ne  fût  posée  pour 


SQUELETTES  DE  GÉANTS. 


417 


établir  son  identification.  Des  arrangements  furent  aussitôt  établis  avec 
le  D'  William  Hunt  et  le  corps  fut  transporté  à  Philadelphie,  où  le 
squelette  fut  préparé  et  monté  par  M.  R.  H.  Nash. 

Toutes  ces  personnes  sont  maintenant  mortes.  Elles  ne  furent  jamais 
capables  de  fixer  les  antécédents  ou,  du  moins,  pensèrent  quïl  était 
prudent  de  ne  pas  faire  d'enquête  sur  ce  géant,  dont  le  squelette,  le 
plus  long  et  le  plus  intéressant  d'Amérique,  fait  aujourd'hui  Forne- 
ment  du  Mûtter  Muséum  du  Collège  des  médecins  de  Philadelphie. 

11  sera  intéressant  de  faire  une  comparaison  de  ce  squelette  pour  l'en 


FiG.  107. 


SqueleUe  du  géant  américain  comparé  à  un  squelette d'aduUe  normal. 

(HlNSDALE.) 


semble  et  pour  les  différents  os  qui  le  composent,  avec  quelques-uns 
des  fameux  géants  dont  nous  avons  l'observation,  et  en  particulier  avec 
les  squelettes  de  géants  de  Dublin  et  de  Londres,  et  avec  le  squelette 
acromégalique  d'Edimbourg,  qui  fut  l'objet  de  l'attention  universelle. 
L'auteur  est  redevable  au  professeur  Cunningham  des  mesures  de  ces 
derniers  squelettes  et  s'est  efforcé  de  disposer  sa  description  confor- 
mément au  modèle  donné  par  le  professeur  Cunmjngiiam.  Aucun  nom 


(!)  Hwnan  Skeleton,  1858,  Table  IV,  p.  108. 

LAUNOIS   ET   ROY. 


27 


418  SQUELETTES  DE  GEANTS. 

n'ayant  été  fourni  pour  le  sujet  dont  je  décris  le  squelette,  je  rappellerai 
le  Géant  américain. 

Hauteur.  —  Il  est  probable  que  le  géant  américain  avait  atteint  l'âge 
de  22  ou  24  ans  au  moment  de  sa  mort.  Les  os  semblent  avoir  atteint 
leur  entier  développement,  quoique  les  jonctions  épiphysaires  soient 
encore  visibles  sur  tous  les  os  longs. 

La  colonne  vertébrale  est  le  siège  d'une  cypho-scoliose  qui  diminue 
considérablement  la  hauteur  qui  dut  exister  autrefois.  Tel  que  nous  le 
trouvons,  le  squelette  a  sept  pieds  six  pouces  (2™, 295).  Dans  cette  mesure 
sont  compris  les  disques  intervertébraux  artificiels,  indispensables  à  la 
préparation.  Il  y  a  une  règle  formulée  par  le  professeur  Sir  George 
HuMPHREY  par  laquelle  nous  pouvons  considérer  la  hauteur  d'un  indi- 
vidu quelconque,  en  circonstances  normales,  comme  étant  par  rapport 
à  la  longueur  du  fémur  comme  1000  est  à  275.  Mais  dans  notre  cas, 
comme  dans  les  autres  squelettes  anormaux,  cette  règle  peut  nous 
égarer.  Quoique  l'erreur  puisse  exister  dans  les  petits  squelettes  ou 
dans  ceux  de  taille  moyenne,  dans  les  cas  de  géants  la  longueur  dis- 
proportionnée des  os  longs,  particulièrement  de  ceux  des  membres 
inférieurs,  prise  comme  base  de  calcul,  peut  nous  induire  à  une  esti- 
mation légèrement  exagérée  de  la  hauteur  totale.  Quoi  qu'il  en  soit,  en 

,.  .       ..       -    1  ■     i         ...  275         650 

appliquant  cette  règle  au  géant  americani,  nous  avons  rrrrr?:  =  -':?r-7^  ■=■ 

7  pieds  et  5/4  de  pouce  avec  le  fémur  droit  (fig.  107)  et  7  pieds  et 
M  pouces  avec  le  fémur  gauche. 

Aussi  les  mesures  données  dans  la  table  suivante,  prises  sur  le 
squelette  lui-même,  dépassaient  sans  doute  la  taille  du  géant,  avant  que 
la  cyphose  ne  devînt  excessive. 

Mètres.  Pieds.  Pouces. 
T.  Un  Autrichien  (Colleclion  de   la  Société  an- 

thropoloi^ique  de  Paris) 2,550  8  4  1/4 

R.  Marianne  Wehde 2,550  8  4  1/4 

T.  Un  Kalmouck,  musée  Orlila 2,550  8  5  1/2 

T.  Un  Suédois,  i^avde  de  Frédéric  II 2,520  8  5  1/8 

R.  Chang.    .    .    .^ 2,360  7  8  5/4 

C.  Byrne,  R.  G.  S.  E 2,510  7  7 

R.  Drasal  (Olmutz) 2,500  7  6  1/2 

A.  The  American  Giant 2,295  7  6 

V.  Winkelmeier,  né  en  Autriche 2,278  7  5  5/8 

R.  Thom.  Hasler,  Bavière  (acromégalique?).  .    .  2,270  7  5  i/4 
A.  Henry   Alexander  Gooper,   géant   du    York- 

shire 2,250  7  5 

L.  Le  géant  d'Innshruck 2,226  7  5  5/8 

V.  Murphy  (Irlandais),  musée  de  Marseille.   .    .  2,220  7  3  3/8 
L.  Berlin  (Gat.  n°  5040),  un  des  fameux  gardes 

de  Frédéric  II ."  .    .    .  2,220  7  2  1/2 

L.  Lolly,  Poméranien,  Saint-Pétersbourg  .    .    .  2,195  7  2  5/8 

G.  Magrath  (géant  Irlandais),  Dublin.    .....  2,177  7  2  1/4 

Crâne.  —  Le  crâne  du  géant  américain  est  en  bonne  proportion  avec 
la  taille  du  squelette.   Il  y  a  eu  des  discussions    parmi  les   cràniolo- 


SQUELETTES  DE  GÉANTS 


419 


gisles  sur  la  proportion  habituelle  de  la  taille  du  crâne  avec  celle 
du  squelette  chez  les  géants.  Vircmow  soutient  que  la  circonférence 
horizontale  et  les  différents  diamètres  du  crâne  dépassent  la  moyenne. 
Il  déclare,  toutefois,  que  la  base  du  crâne  est  relativement  étroite. 
Langer  soutient  que  la  règle  est  que  la  tête  des  géants  soit  relativement 
petite  ('). 


MESURES    DU    CUANE. 


Capacité  cubique 

Longueur  glabelle-occipital.  .    . 

Longueur  intérieure 

Hauteur  de  la  base  au  bregnia . 
Hauteur  binaurale  avec  bregma. 

Index  vertical 

Largeur  maxinia  . 

Largeur  minima  frontale.    .   .    . 

Index  céphalique 

Circonférence  horizontale  .  .  . 
Longueur  du  foranien  magnum. 
Largeur  du  foramen  magnum  . 
Largeur  interzj-gomatique  .    .    . 

Largeur  intermalaire 

Index  facial 

Largeur  de  l'orbite 

Hauteur  de  l'orbite 

Index  orbitaire 

Longueur  palato-maxillaire.  .  . 
Largeur  palato-maxillaire  .  .  . 
Index  palato-maxillaire 


GEAXT 
AMÉRICAIN. 


2020 

2.j4 

\m 

)> 

5.^1 

78,5 
145 


OiO 
51 

147 

lô.ï 


XO 


GEANT 
IRLA^'rJAI^ 


1600 

198 

ry.) 

» 

70,2 
1.55 

78,5 
508 

40 

» 
150 


BYRNE 
R.  (',.  S.  E 


1520 
215 

148 

» 

08,8 
151  ' 

j) 

70,2 
595 


148 


01  ,5 

55,4 

44 

42 

45 

54 

97,7 

81 

50 

01 

05 

02 

50 

101,0 

SQUELETTE 

ACROMÉGALIQUE 

D'EDIMBOURG. 


1580 
200 

» 

71 

148 

1) 

74 
5Gt 


150 
126 
54 
45 
50 
80 
07 
70 
104, 


Les  mesures  montrent  donc  que  nous  avons  affaire  à  un  crâne  vrai- 
ment gigantescjue,  sa  capacité  intérieure  étant  encore  de  près  de  moitié 
plus  large  cfue  dans  les  cas  des  squelettes  de  Londres,  Dublin  et  Edim- 
bourg. Cette  augmentation  de  la  capacité  est  due  surtout  à  l'augmenta- 
tion de  la  longueur,  qui  fait  que  le  crâne  est  classé  comme  dolichocé- 
phale. Le  diamètre  interzygomatique  est  un  peu  au-dessous  de  celui  des 
trois  crânes  avec  lesquels  je  Lai  comparé.  La  largeur  intermalaire, 
d'autre  part,  est  supérieure,  ce  qu'elle  doit  surtout  au  grand  dévelop- 
pement de  l'autre.  Les  sinus  frontaux  ont  les  diamètres  suivants  (repré- 
sentent 2  ou  0  fois  la  taille  normale,  d'après  Woods  Hutchinson)  : 

Tranp  verse ,, 7,5 

Vertical 7 

Antéro-postérieur,  supra-orbital 2.4 


(')  T.    Topixard;    C.   Cunningham;    L.    Langer;   R.    Ranke;    V.    Vircuow; 
A.  Auteur. 


420  SQUELETTES  DE  GEANTS. 

GéanL  Squcletle 

Fosse  piUiii.aire  (').                américain.                Magralh.  d'Edimbourg. 

Longueur -11                          58  22,5 

Profondeur 17                           28  28 

Largeur 52                         —  21 

Face.  —  La  face  est  grosse,  même  en  proportion  du  gros  crâne.  Les 
sinus  aériens  sont  vastes  et  donnent  la  grande  dimension  intermalaire, 


FiG.  108.  —  Crâne  (face)  du  géant  américain  comparé  à  un  crâne  d'adulte  normal. 

(IIlnsdale.) 

et  le  maxillaire  inférieur,  présentant  un  léger  prognathisme,  est  massif. 


PROFONDEUR    VERTICALE    DE     LA    FACE    (dU     NASION    AU    MENTOX) 

Longueur 
de  la  face. 

Géant  américain 148 

Géant  irlandais 156 

Winkelmeier 149 

Acromégalique  d'Edimbourg.  148 

Mui-phy 145 

Bvrne,"!!.  G.  S.  E 137 

Normal 120 


Rf 

ipport  de  la  taille 

Taille. 

à  la  face. 

2285 

6,48 

2177 

7,16 

2278 

6,54 

1851 

8,08 

2220 

0,4i 

2287 

5,09 

1710 

7,01 

I 


(')  D'après  Woods  Hutchinson,  les  diamètres  normaux  de  la  fosse  pituitaire 
sont  de  12  millimètres  d'avant  en  arrière  et  de  8  transversalement.  Ici  ils 
sont  donc  plus  que  doublés.  [IS'ole  des  A.) 


SQUELETTES  DE  GEANTS. 


421 


Longueur 
naso-alvéolairc. 

Géanl  américain (10 

Géant  irlandais 9() 

Byrne,  R.  G.  S.  E.. 8^2 

Acromégalique  d'Edimbourg  .    .  SI 

Normal 70 


Rapport  (le  la  laiUe 
à  l'Index  naso-alvéolalre. 

7.,  95 
4,40 
5,58 
4,4-2 
4,'26- 


La  mandibule  est  très  grande,  ainsi  qu'on  peut  le  voir  d'après  les 
dimensions  suivantes  :  intercondyloïde,  141  millimètres;  intergonial, 
115  millimètres;  mento-alvèolaire,  40  millimètres;  largeur  à  l'angle, 
53  millimètres;  largeur  de  la  branche,    iO  millimètres;  angle,   '140°(*). 

L'apophyse  coronoïde  s'élève  plus  haut  que  le  condyle.  La  mâchoire 


FiG.  1G9.  —  Crâne  (profil)  du  géant  américain  comparé  à  un  crâne  d'adulle  normal. 

(IJiNSDALE.) 


inférieure  est  en  prognathisme,  de  telle  sorte  que  les  quatre  dents  inci- 
sives sont  projetées  un  peu  en  avant  des  dents  du  dessus.  Toutes  les 
dents  des  deux  mâchoires  sont  en  place  et  presciue  toutes  recouvertes 
de  tartre. 


Longueur  de  là  face 

du  nasion  au  menton, 

comparée  avec 

la  taille  du  crâne. 
Circonférence  :  lUO. 


Géant  américain  .  . 
Géant  écossais.  .  . 
Crâne  d'Edimbourg. 
Byrne,  R.  C.  S.  E.\ 
Moyenne 


25  1 
27,4 
20.5 
25,1 
22,8 


Longueur 

naso-alvéolaire 

comparée  avec 

la  taille  du  crâne. 

Circonférence  :  lUO. 

14,0 
10,8 
14,4 
15,8 
15.8 


Ces  rapports  montrent  qu'il  y  a  une  légère  augmentation  dans  les 

(')  D'après  "Woods  Hutciiinson,  la  distance  de  l'angle  du  maxillaire  à  la 
symphyse  (15  centimètres)  est  en  excès  de  S"", 7  sur  la  normale  (9,5),  soit  de 
près  de  42  pour  100;  tandis  que  l'excès  de  la  taille  totale  sur  la  normale  est 
seulement  de  8  pour  100.  {Nule  des  A.) 


k22  SQUELETTES  DE  GEANTS. 

deux  mâchoires  et  les  portions  mandibulaires  de  la  face.  Les  portions 

alvéolaires  des  mâchoires  sont  parfaites  et  n'ont  subi  aucune  résorption. 

Rapport  du  maxillaire  aux  portions  mandibulaires  de  la  face;  hauteur 

symphysaire,  100  millimètres  :  géant  américain,  44  millimètres;  géant 


FiG.  110.  —  Base  du  crâne  du  géant  américain  comparé  à  la  base  du  crâne 
d'un  adulte  normal.  (Hinsdale.) 

écossais,  47""", 9;  Byrne,  R.  C.  S.E.,50  millimètres;  crâne  d'Edimbourg, 
56""',4. 

Les  cavités  orbitaires  sont  extrêmement  vastes. 

Colonne  vertébrale.  —  Les  vertèbres  sont  l'objet  de  remarquables  alté- 
rations, mais  elles  ont  été  montées  de  manière  à  donner  une  représen- 
tation correcte  des  courbes  existant  pendant  la  vie.  Comme  c'est  la 
règle  dans  l'acromégalie,  nous  trouvons  une  cyphoscoliose,  à  laquelle 
toutefois  les  vertèbres  cervicales  ne  prennent  pas  part. 

Sur  une  vue  d'avant  en  arrière,  nous  trouvons  une  courbe  aiguë  à  la  ré- 
giondorsale  etlombaire,  dontlaconvexitéestàdroite.  La  cyphose  atteint 
son  maximum  à  la  9°  vertèbre  thoracique,  le  corps  de  cette  vertèbre 
étant  comprimé  et  résorbé.  Les  mesures  de  la  surface  antérieure  des 
corps  vertébraux  sont  les  suivantes  :  2"  thoracique,  oO  millimètres  ; 
")"  thoracique,  28  millimètres;  7°  thoracique,  25  millimètres;  9"  thora- 
cique, 10  millimètres;  11°  thoracique,  51  millimètres;  1'"  lombaire, 
56  millimètres  ;  2'  lombaire,  45  millimètres  ;  5"  lombaire,  45  millimètres  ; 
4°  lombaire,  47  millimètres;  b"  lombaire,  50  millimètres.  La  plus  grande 
largeur  s'observe  sur  la  1""  vertèbre  thoracique,  97  millimètres  (5  pou- 
ces 75).  De  l'atlas  au  promontoire  du  sacrum,  820  millimètres  ;  de  l'atlas 
au  sommet  du  coccyx,  le  long  des  bords  antérieurs  des  vertèbres, 
1030  millimètres. 

Vue   de  côté,   nous  trouvons  les  épines  des  quatre  premières  ver- 


SQUELETTES  DE  GÉANTS.  423 

tèbres  thoraciques  formant  la  saillie  de  la  convexité  ;  puis  l'apophyse  trans- 
verse droite  des  6%  7%  8",  9%  10°  et  11°  vertèbres;  enfin  les  apophyses 
épineuses  de  la  12"  thoracique  et  des  vertèbres  lombaires.  Le  grand 
déplacement  latéral  des  vertèbres  porte  le  bord  postérieur  de  l'omoplate 
du  côté  droit  7  centimètres  en  arrière  du  bord  correspondant  du  côté 
g-auche,  et  au  niveau  de  l'apophyse  transverse  droite  de  la  7°  vertèbre 
thoracique. 

Les  vertèbres  lombaires  sont  massives.  Le  sacrum  est  composé  de 
4  vertèbres,  au  lieu  du  nombre  habituel,  5.  Sa  largeur  est  de  16  centi- 
mètres; sa  longueur,  13'^°", 2. 

Le  coccyx  comprend  o  vertèbres,  au  lieu  du  nombre  habituel,  4. 

Les  côtes  sont  longues  et  étroites,  et  relativement  droites.  Les  7"  et 
8°  côtes  droites,  mesurées  le  long  de  leur  bord  inférieur,  ont  45  et 
A'ô"^,^  de  longueur;  la  6"  côte  du  côté  gauche,  sur  sa  face  extérieure, 
mesure  45"", 5;  la  7°;  mesurée  le  long  de  sa  face  inférieure,  a  45"°, 8  de 
long. 

Le  sternum  a  une  longueur  totale  de  25"", 5.  C'est  un  os  grand  et  bien 
proportionné. 

Longueur  Largeur 

en  centimètres.  en  centimètres. 

Manubrium 6,7  8,4 

Corps,  1"''  segment 4  4 

—     le  reste 8,9  5,8 

Cartilage  ensiforme 2  — 

Le  thorax  est  vaste,  mais  étroit  en  proportion  de  sa  profondeur. 
Circonférence,  109"", 7  (45  pouces  1/4);  diamètre  antéro-postérieur, 
45  centimètres;  diamètre  latéral,  28  centimètres. 

Ce  sujet  vient  donc  à  l'appui  de  l'observation  de  Langer  que  les 
individus  de  grande  taille  ont  le  thorax  relativement  étroit.  Sous  ce 
rapport,  le  géant  américain  diffère  du  géant  écossais,  Magrath,  dont  la 
large  poitrine  et  les  côtes  bien  courbées  donnent  une  circonférence  de 
152  centimètres  (52  pouces  1/8). 

Bassin.  —  Le  bassin  est  vaste  et  en  rapport  avec  la  taille  du  squelette. 
Les  os  sont  épaissis  à  leurs  bords  et  portent  les  marques  d'une  inflam- 
mation périostique,  particulièrement  visible  sur  les  crêtes  iliaques  et 
sur  l'acétabulum,  qui  est  probablement  de  nature  arthritique.  La  con- 
formation est  du  type  rachitique,  si  on  en  juge  d'après  l'augmentation 
des  dimensions  entre  les  épines  antérieures  et  supérieures  et  les  crêtes. 

Centimètres. 

Entre  les  épines  antérieures  et  supérieures 55.5 

Entre  les  crêtes .        53,5 

Entre  les  points  médiaux  des  ischions .         1.5,5 

Diamètre  antéro-postérieur  du  détroit  inférieur  ....        14 

—  oblique  antérieur  droit  du  détroit  inférieur. .        17,5 

—  —  gauche  du  détroit  inférieur.        17,7 

Profondeur  de  la  cavité  pelvienne — 

Hauteur  du  pelvis — 

Le  bassin  est  donc  un  peu  plus  petit  que  celui  de  Magrath  (Dublin) 


i24 


SQUELETTES  DE  GÉANTS. 


et  de  Byrne  (R.  C.  S.  E.).  Ces  derniers  ont  une  largeur  respective  de 
58"", 6  et  58  centimèlres. 

La  cavité  du  bassin  est  considérablement  augmentée  par  les  convexités 
qui  marquent  la  position  des  cotyles,  surtout  le  cotyle  gauche.  Les 
cavités  cotyloïdes  sont  très  profondes  et  séparées  par  une  mince 
couche  osseuse  de  la  cavité  pelvienne.  Les  corps  des  os  iliaques  sont 
excessivement  épais. 

Membres  supérieurs.  —  Les  clavicules  :  longueur,  212  millimètres.  Les 
omoplates  :  longueur,  de  l'acromion  à  l'angle,  à  droite  268  millimètres, 
à  gauche  68;  largeur,  à  droite  144  millimètres,  à  gauche  150. 

Les  humérus.  —  L'humérus  droit  est  long  de  47°", 5  et  a  une  perforation 
circulaire  dans  la  fosse  olécranienne  de  16  millimètres  de  diamètre. 


Géant  américain  .    .    . 
Géant  irlandais .... 

Byrne 

Squelette  d'Édinibouri: 


LONGUEUR 
DE    l'humérus. 


Droit. 


47,5 
43,1 
45,0 

54,8 


Gauche. 


RAPPORT  DE  L  HUMERUS 
A  LA  TAILLE 

(Taille  =100). 


45,0 
55,1 


Droit. 


19,7 
19,0 
19,6 


Gaiiclie. 


19,8 
18,1 

18,8 


Cubitus.  —  Droit,  57°'", 8;  gauche,  57°'", 5  de  long. 
Radius.  —  Droit,  554  millimètres;  gauche,  560. 

Main{^).  —  Longueur  du  scaphoïde  à  l'extrémité  du  médius,  25  centi- 
mètres. 

Longueur  Rapport  avec  la  taille, 
de  la  main.  (Tailie  :  100.) 

Géant  américain .  25,0  10,9 

Géant  écossais 25,8  11,8 

Byrne  (R.  G.  S.  E.) 26,3  11,3 

Membres  inférieurs.  —  Fémurs.  —  Les  fémurs,  quoique  élancés,  en 
proportion  de  la  grande  taille  du  corps,  sont  symétriques,  et  les  corps 
sont  bien  formés  et  non  indûment  incurvés.  Ils  diffèrent  de  11  milli- 
mètres en  longueur;  le  droit  a  65°"", 5  de  long;  le  gauche,  66°"', 6.  Les 
corps  fémoraux  ont  84  et  85  millimètres  de  circonférence  pour  les  côtés 
droit  et  gauche  respectivement,  et  20  millimètres  de  diamètre.  Les 
corps  ne  sont  donc  pas  plus  épais  que  chez  des  individus  ordinaires. 

Les  hanches  sont  notablement  arthritiques.  Les  têtes  fémorales  sont 
déformées,  de  môme  que  les  cols.  Les  cols,  au  lieu  d'avoir  une  section 
circulaire  en  forme  de  croix,  sont  semi-lunaires,  avec  la  face  antérieure 

(')  Ces  proportions  sont  un  peu  au-dessous  de  la  normale  (Woods  IIut- 
chinson).  Mais,  ajoute  cet  auteur,  il  faut  tenir  compte,  avec  Cunningham,  de 
la  participation  des  parties  molles  à  l'augmentation  des  extrémités,  pendant 
la  vie.  {Note  des  A.) 


SQUELETTES  DE  GÉANTS. 


k^b 


aplatie;  ils  sont  courts,  et,  au  lieu  d'être  placés  obliquement,  forment 
presque  un  angle  droit  avec  le  corps.  La  circonlerence  et  le  plus  grand 
diamètre  des  cols  sont  les  suivants  :  circonférence,  à  droite,  lo^'^jS;  à 
gauche,  15  centimètres.  Le  plus  grand  diamètre,  à  droite,  5  "',7;  à  gauche, 

Les  condyles  sont  bien  conformés  et  en  rapport  convenable  avec  les 
tibias.   Le  tissu  compact  est  très  épais  aux  extrémités. 


Géant  américain 

Géant  irlandais  (Magrath) 

Byrne,   R.  G.  S.  E 

Squelette  d'Edimbourg.   . 


LONGUEUR   DU   FEMUR. 


Droit.  Gauche. 


65,5 

66,6 

60,5 

Gti,4 

62,5 

6i,2 

47,9 

48,7 

CIRCONFERENCE  DU  CORPS. 


Droit 


84 


Gauche. 


85 


Tibias  et  Péronés.  —  Les  péronés  sont  courbés,  ayant  leur  convexité 
en  arrière  ;  la  laerpendiculaire  à  la  corde  de  l'arc  serait  de  kl  millimètres. 
La  portion  moyenne  du  corps  dans  les  deux  cas  est  tout  à  fait  en  arrière 
des  tibias. 


Géant  américain 

Géant  irlandais  (Magratli) 
Byrne,  R.  G.  S.  E.  .'".  .  . 
Squelette  d'Edimbourg.  . 


LONGUEUR 
DU  TIBL\. 


Droit. 


50,6 
54,1 
40, 2 


Gauche. 


56,5 
50,4 
5.j,7 
59,2 


RAPPORT   DU   TIBIA 
A  L.\  TAILLE 

(Taille  =  100). 


Droit. 


'i4 ,  o 
25,2 
25  ,6 
21,9 


Gauche. 


24, -7 
25.1 
25,4 
21.4 


LES    PIEDS 


Géant  ainéricain 

Géant  irlandais  (Mauratb) 

Byrne,  R.  G.  S.  E..  !   . 

Murphy , 

.-■P  V   i       •  mesures 

NA/inkelmeier }    i     i  •        , 

n       1     T  AA'  A^-  11  \  tle  leur  vivant 

Cas  de  J.  W.  ^\  alker  .  ) 


LONGUEUR  EFFECTIVE. 


Cm. 


506 
500 
517 
510 

558 

560 


Pouces 


12 

11,75 

12,50 

12,25 

14,12 

14,15 


COMPAREE 

AVEC 

LE   SQUELETTE 

(Tnine  =  100). 


15,4 
15',  7 
15,  S 
15.9 
15,7 
18,5 


426  SQUELETTES  DE  GÉANTS. 

Observation  LXXIV  {Inédite).  (R.  Verneau)(\).  —  Le  géant  du  Muséum 
d'histoire  naturelle  de  Paris. 

L  —  Le  géant  dont  le  Muséum  d'histoire  naturelle  de  Paris  possède  le 
squelette,  est  né  le  20  décembre  1847,  dans  une  commune  du  départe- 
ment d'IndreTct-Loire,  située  à  la  lisière  de  l'Anjou;  il  est  décédé  le 
21  janvier  1875,  à  l'âge,  par  conséquent  de  27  ans  et  un  mois.  11  était  fils 
unique  de  parents  normalement  constitués.  Nous  n'avons  pas  de  rensei- 
gnements sur  les  premières  années  de  sa  vie;  ce  que  nous  savons,  c'est 
que  lorsqu'il  commença  son  apprentissage  de  sabotier,  il  était  d'une 
taille  bien  supérieure  à  celle  des  enfants  de  son  âge.  Son  état  de  santé 
laissait  déjà  à  désirer;  cependant  il  put  terminer  son  api3rentissage  et 
il  entra  comme  ouvrier  chez  un  fabricant  d'un  chef-lieu  de  canton  de 
l'arrondissement  de  Tours. 

Louis  R...,  à  cette  époque,  avait  singulièrement  dépassé  la  taille 
moyenne.  Les  établis  qui  servaient  à  son  patron  se  trouvaient  trop  bas 
pour  lui,  et,  afin  de  lui  permettre  de  les  utiliser  sans  l'obliger  à  se  cour- 
ber trop  fortement,  on  dut  lui  creuser  un  trou  dans  le  sol  de  l'atelier. 

La  force  musculaire  de  notre  géant  était  loin  d'être  en  rapport  avec 
sa  taille;  la  somme  de  travail  qu'il  pouvait  fournir  n'était  pas  suffi- 
sante pour  lui  assurer  un  gain  raisonnable,  et  il  fut  souvent  obligé  de 
réduire  sa  nourriture.  Son  appétit  était,  en  effet,  formidable  :  il  était 
atteint  à  la  fois  de  boulimie  et  de  polydipsie.  On  nous  a  souvent  raconté 
que,  lorsqu'il  lui  était  possible  d'acheter  12  livres  de  pain,  il  faisait  tout 
disparaître  dans  son  estomac  avant  la  fin  de  la  journée.  Quand  il  se  mon- 
trait dans  une  fête,  il  excitait,  naturellement,  la  curiosité  générale;  on 
lui  offrait  à  boire,  et,  s'il  se  décidait  à  accepter,  il  ingurgitait  parfois 
d'un  trait  un  litre  de  liquide. 

Louis  R...  était  d'une  grande  timidité;  au  lieu  d'être  fier  de  sa  taille, 
il  se  sentait  gêné  d'attirer  tous  les  regards.  A  diverses  reprises,  on  lui 
avait  conseillé  de  s'exhiber  en  public,  en  lui  assurant  qu'il  aurait  une 
existence  facile;  il  résista  longtemps,  mais,  à  la  fin  de  l'Empire,  il  se 
décida  néanmoins  à  quitter  son  pays.  Il  se  lassa  bien  vite  de  son  exis- 
tence nouvelle  et  il  ne  tarda  pas  à  aller  rejoindre  ses  parents  et  à  re- 
prendre son  ancien  métier.  A  partir  de  ce  jour,  la  vie  devint  de  plus  en 
plus  difficile  pour  lui;  sa  santé,  depuis  longtemps  chancelante,  s'altéra 
davantage  et  il  ne  put  travailler  c[ue  d'une  façon  intermittente. 

De  bonne  heure,  sa  charpente  osseuse  avait  été  le  siège  de  lésions. 
Nous  avons  sous  les  yeux  une  photographie  de  notre  géant  exécutée  à 
Angoulême  lorscju'il  avait  20  ans  :  il  présente  une  forte  voussure  de 
la  colonne  vertébrale.  Ce  n'était  pas  seulement  de  cyphose  qu'il  était 
atteint;  les  gens  qui  l'ont  vu  fréquemment  prétendent  qu'il  ne  grandis- 
sait que  d'un  côté  à  la  fois.  Il  était  incliné,  affirme-t-on,  tantôt  à  droite 

(')  Nous  remercions  bien  sincèreinenL  M.le  D'  Verneau  de  nous  avoir  donné 
la  primeur  d'une  description  aussi  intéressante  que  précise  du  squelette  d'un 
géant,  dont  l'histoire  n'avait  pas  encore  été  rapportée. 


SQUELETTES  DE  GÉANTS.  427 

et  tantôt  à  gauche.  Sans  doute,  longtemps  avant  sa  mort,  avait  com- 
mencé la  scoliose  prononcée  que  nous  allons  retrouver  sur  le  sque- 
lette. 

Louis  R.,.  avait  une  intelligence  plutôt  bornée.  D'humeur  triste,  il 
était  généralement  doux,  mais  il  entrait  dans  de  violentes  colères  lors- 
qu'on le  taquinait;  il  perdait  alors  toute  mesure.  L'affection  filiale 
était  très  développée  chez  lui,  beaucoup  plus  qu'elle  ne  l'est  chez  un 
grand  nombre  de  paysans. 

IL  Taille  et  Proportions  du  corps.  —  Notre  géant  avait  atteint,  au  mo- 
ment de  sa  mort,  la  taille  de  2"", 14;  il  n'y  avait  guère  que  deux  ans  qu'il 
ne  grandissait  plus.  Il  avait  cessé  depuis  longtemps,  avons-nous  dit, 
d'être  d'aplomb;  et,  en  effet,  le  squelette  dénote  un  notable  excédent 
de  longueur  pour  tous  les  os  du  membre  inférieur  gauche.  Il  en  est 
de  même  pour  les  os  du  membre  supérieur,  qui  offrent  également,  à 
Lexception  du  radius,  une  longueur  moindre  du  côté  droit.  Voici  les 
chiffres  que  nous  avons  obtenus  : 


Côlé  flroil. 

Fémur  (en  position)  .    .  566  mm. 

—      (en  projection)  .  575  — 

Tibia  (sans  l'épine)  .   .  471  — 

Péroné 480  — 

Humérus 405  — 

Cubitus 5Ô9  — 

Radius .517  — 

Si  nous  ajoutons  à  la  différence  des  fémurs  la  différence  moyenne  des 
tibias  et  des  péronés,  nous  voyons  que  le  membre  inférieur  gauche  était 
de  15  millimètres  plus  long  que  le  droit.  En  même  temps,  le  fémur  droit 
était  dirigé  plus  obliquement  en  bas  et  en  dedans  {genu  valgum)  c{ue 
celui  de  l'autre  côté,  car  l'écart  entre  la  longueur  maxima  et  la  longueur 
en  position,  qui  n'est  que  de  5  millimètres  pour  le  fémur  gauche,  s'élève 
à  9  millimètres  pour  l'autre.  Cette  obliquité  plus  grande  à  droite,  jointe 
aune  réduction  notable  de  la  longueur  absolue  des  os  de  ce  côté  avait 
forcément  pour  conséquence  une  déviation  du  centre  de  gravité. 

Lorsqu'on  calcule  la  taille  à  l'aide  des  chiffres  qui  précèdent,  en  em- 
ployant les  coffîcients  de  M.  Makouvrier,  on  arrive  à  des  résultats  qui 
ne  manquent  pas  d'intérêt;  aussi  me  paraît-il  utile  de  les  donner  inté- 
gralement dans  le  tableau  qui  suit  : 

TAILLE    CALCULÉE    A   l'aIDE    DES   OS   LONGS. 

Mètres. 
A  l'aide  du  fémur  droit 1,996 

—  —      gauclie 2,026 

—  du  tibia  droit 2,0.55 

—  —     gauclie 2,069 

—  du  péroné  droit 2,098 

—  —        gauclie 2,124 


Difîérence 

en  faveur 

Côté  gauclie. 

cl 

u  côté  gauche 

574  mm. 

8  mm. 

577     — 

2     

479     — 

8    — 

486    — 

6    — 

407    — 

2    — 

545    — 

6    — 

517     — 

0    — 

428 


SQUELETTES  DE  GEANTS. 


A  l'aide  de  l'humérus  droit 

—  —  gauche.  .    .    . 

—  du  cuhitus  droit 

—  —        gauche 

—  du  radius  droit 

—  —        gauche    

Moyenne. 


Me 

très. 

1 

IHIG 

•■) 

OOG 

9 

,122 

2 

,160 

'2 

,124 

2 

,124 

2,07- 


Tous  les  chiffres  ainsi  obtenus,  à  l'exception  de  celui  c[ue  donne  le 
cubitus  g-auche,  sont  donc  au-dessous  de  la  vérité,  et  la  moyenne  est 
erronée  de  près  de  7  centimètres.  Il  est  certain  qu'avec  un  sujet  aussi 
mal  conformé,  on  ne  saurait  en  conclure  que  les  coefficients  de  M.  Ma- 
NouvRiER  ne  permettent  pas  de  calculer  la  taille  d'une  manière  satisfai- 
sante. Néanmoins,  plusieurs  opérations  du  nK'me  genre  que  nous  avons 
tentées  sur  des  hommes  de  haute  stature  nous  portent  à  croire  cfue 
ces  coefficients  sont  un  peu  trop  faibles  pour  les  individus  de  taille 
élevée.  C'est  là,  d'ailleurs,  un  point  ciu'il  convient  de  vérifier  et  sur 
lequel  nous  n'avons  pas  à  insister  pour  le  moment. 

Ce  qui  est  plus  intéressant,  c'est  de  constater  que  les  segments  proxi- 
maux,  tant  des  membres  supérieurs  que  des  membres  inférieurs,  sont 
relativement  plus  courts  c|ue  les  segments  distaux,  disposition  que  l'on 
constate  dans  les  races  inférieures.  Les  indices  tibio-fémoral  et  anti- 
brachial feront  ressortir  d'une  façon  bien  nette  les  analogies  dont  il  est 
question.  Nous  empruntons  les  chiffres  qui  nous  servent  de  termes 
de  comparaison  à  l'ouvrage  de  M.  Topinar»  intitulé  :  Eléments  d'an- 
thropologie générale. 

INDICES   ANTIBUACHIAL   ET  TIBIO-FÉMORAL 


Indice  antibrachial  . 
—       libio-fémoral. 


w      u 

» 

u] 

g  d 

«    r^ 

u 

2 

■Sg5 

O    2 

Y< 

2   ."^ 

2     3 

X 

~ 

74.05 

79,0 

76,0 

78,7 

81,1 

82 , 9 

83,1 

8">,6 

GEANT 


COTE    DROIT. 


78,4 
85.2 


COTli    GAUCHE. 


77,9 

85,4 


Nous  savons,  d'un  autre  côté,  que  le  grand  développement  relatif  de 
l'avant-bras  chez  le  nègre  reproduit  une  disposition  normale  chez  l'em- 
bryon et  l'enfant  européens;  les  recherches  de  M.  Hamy(')  ne  laissent 
aucun  doute  à  cet  égard.  Et  si  nous  comparons  aux  chiffres  donnés  par 

(')  E.-T.  Hamy,  Becherehes  sur  les  proportions  du  bras  et  de  l'avant-bras  aux 
différents  âges  de  la  vie.  Bull,  de  la  Soc.  anthrop.  de  Paris,  2"  série,  t.  VII,  1872. 


SQUELETTES  DE  GÉANTS. 


429 


cet  auteur  ceux  que  nous  avons  obtenus  sur  notre  géant,  nous  voyons 
que  son  indice  antibrachial  correspond  à  celui  d'un  fœtus  de  5  à  7  mois. 
Par  suite,  nous  pouvons  dire  que  Louis  R...,  comme  les  nègres,  présente, 
au  point  de  vue  du  rapport  des  deux  segments  de  ses  'membres  supérieurs, 
un  véritable  arrêt  de  développement. 

Si  nous  calculons  le  rapport  de  la  longueur  totale  du  membre  supé- 


FiG.  111.  —  Squelellr  «lu  '^i  .ml  du  Muséum  à  ciu -i|i 

(if  Luille  moyenne  (l'",66  eiivu-dii) 


d'un  Flamand 


rieur  ou  celui  de  la  longueur  du  membre  inférieur  à  la  taille,  nous  ver- 
rons que  notre  sujet  se  rapproche  au  contraire  des  Européens  adultes. 
Nous  avons  encore  emprunté  à  M.  Topjnard  les  chiffres  qui  nous  ser- 
vent de  termes  de  comparaison;  il  nous  a   fallu,  pour  que  les  nôtres 


430 


SQUELETTES  DE  GÉANTS. 


leur  fussent  comparables,  opérer  comme  cet  auteur,  c'est-à-dire  addi- 
tionner les  longueurs  maxima  des  os  de  chaque  segment.  En  procédant 
ainsi  nous  avons  obtenu  les  résultats  suivants  : 

riAPPOriT    DE    LA    LONGUEUR   TOTALE   DES   MEMBRES  A   LA   TAILLE 


XTi 

z 

GEANT 

u 

NEGRES 

■K 

c    ?-. 

C 

-u    o 

^ — 

— ^^ 

o 

;<.    a 

ce 

D  AFRIQUE. 

■w 

'^ 

_) 

CÔTÉ    DliOlT. 

COTK    GAUCHE. 

s 

Membre 

supérieur. 

55,0 

55,0 

55 .5 

53,7 

55,8 

— 

inférieur  . 

49,4 

51,0 

51,7 

48,8 

49,5 

Tandis  que  le  membre  inférieur  gauche  présente  à  peu  près  le  même 
développement  relatif  que  chez  l'Européen  adulte,  le  membre  inférieur 
droit  est  proportionnellement  un  peu  plus  court.  Mais  la  diminution  de 
longueur  s'accentue  bien  plus  au  membre  thoracique,  de  sorte  que, 
chez  notre  géant,  comme  chez  celui  étudié  par  le  D'  Papillault,  «  le 
membre  inférieur  s'est  accru  davantage  que  le  supérieur  »('),  tout  en 
n'offrant  que  des  dimensions  relativement  faibles. 

Les  extrémités  sont  plutôt  petites.  Voici  les  chiffres  absolus  que  nous 
avons  obtenus  sur  le  squelette  : 

Longueur  de  la  main  droite 217  millimètres. 

—  —  gauche 216  — 

—  du  pied  droit 279  — 

—  —     gauche 278  — 

Si  nous  calculons  le  rapport  qui  existe  entre  ces  mesures  et  la  taille 
=  100,  nous  trouvons  10,1  pour  la  main  et  15  pour  le  pied.  Or,  HuiMphry 
admettait  que,  chez  l'homme,  ces  rapports  atteignent  respectivement 
11,8  et  16,9.  Il  est  probable  que  les  chiffres  donnés  par  cet  auteur  sont 
trop  élevés,  car  M.  Topinard,  en  utilisant  de  nombreuses  mesures 
prises  sur  le  vivant,  a  dû  les  ramener  à  11,6  et  14,8.  Or,  ces  rapports 
devraient  être  encore  réduits  si  l'on  tenait  compte  du  squelette,  puis- 
qu'ils ont  été  obtenus  à  l'aide  de  mesures  comprenant  la  longueur  de  la 
charpente  osseuse  et  des  parties  molles. 

Examinons  un  dernier  rapport,  celui  de  la  longueur  de  la  clavicule  à 
la  longueur  de  l'humérus.  La  clavicule  droite  de  notre  géant,  contraire- 
ment aux  os  de  ses  membres,  est  plus  longue  que  la  gauche;  elle  me- 
sure, en  effet,  222  millimètres,  tandis  que  la  seconde  ne  dépasse  pas 


(*)  G.  Papillault,  Mode  de  croissance  chez  un  géant.  Bull,  de  la  Soc.  d'anthrop. 
de  Paris,  i"  série,  t.  IV,  1809.  (Voir  notre  obs.  I  :  Le  grand  Charles.) 


SQUELETTES  DE  GEANTS.  431 

2J2  millimètres.  Le  rapport  qu'on  obtient  de  chaque  côté  est  intéres- 
sant à  rapprocher  du  rapport  que  Broca  a  obtenu  chez  les  Européens 
et  chez  les  nègres. 

rapport.de  la  longueur  de  la  clavicule  a  la  longueur  de  l'humérus^  100 

Européens     Nègres.  Géant. 

Moyenne 44,.)  45  9  55,.')  (à  gauche) 

Maximum 48,1  h'ijO  54,8  (à  droite). 

Notre  géant  s'écarte  donc  sensiblement,  à  ce  point  de  vue,  de  l'Euro- 
péen et  il  se  place  bien  au-dessus  du  nègre  par  la  longueur  relative  de 
sa  clavicule. 

En  résumé,  V étude  des  proportions  du  squelette  montre  que  Louis  R...  a 
les  membres  relativement  courts,  ainsi  que  les  extrémités.  En  revanche, 
ses  clavicules  sont  d'une  longueur  exagérée. 

Le  membre  supérieur  est  fjroportionnellement  plus  réduit  que  le  membre 
abdominal. 

Dans  chaque  membre,  le  segment  proximal  présente  un  développement 
relatif  moindre  que  le  segment  distal,  ce  qui  rapproche  noire  géant  des 
nègres,  comme  l'en  rapproche  aussi  le  rapport  de  la  clavicule  à  l'humérus. 

Le  squelette  offre,  au  point  de  vue  de  la  longueur  des  os,  une  asymétrie 
très  marquée.  A  l'exception  des  radius,  qui  sont  égaux,  tous  les  os  des 
membres  accusent  un  excédent  de  longueur  à  gauche.  Par  contre,  les  ex- 
Irém^ités,  et  surtout  les  clavicules,  sont  moins  développées  à  gauche  qu'à 
droite. 

III.  Comparaison  du  côté  droit  et  du  côté  gauche.  —  En  dehors  des  lon- 
gueurs, nous  avons  pris  sur  l'humérus,  le  fémur  el  le  tibia,  quelques 
mesures  qu'il  nous  paraît  utile  de  reproduire  ici. 

A  droite.  A  gauche. 
Humérus  : 

Millimètres.  Millimètres. 
Diamètre  antéro-postérieur  de  la  diaphyse 

au  V  deltoïdien 49  59 

Diamètre  transv.  de  la  diaphyse  au  V  del- 
toïdien          56  56 

Largeur  max.  de  l'extrémité  inférieure.   .    .        72  70 

—  de  la  surface  articulaire  inférieure.        55  51 

Fémur  • 

Distance  max.  du  grand  trochanter  à  la  tète.  116  113 

Hauteur  de  la  tête 57  59 

Largeur         —         58  58 

Diamètre  antéro-postérieur  de  la  diaphyse, 

au-dessous  du  petit  trochanter 46  49 

Diamètre  transv.  de  la  diaphyse,  au-dessous 

du  petit  trochanter 49  45 

Indice  supérieur 95,8  108,9 

Diamètre  ant.-post.  max.  delà  diaphyse.    .  49  49 

—  —         delà  diaphyse  à  4  cent. 

au-dessus  des  condyles 57  36 


432 


SQUELETTES  DE  GÉANTS. 


A  droite. 
Millimètres. 


A  gauche. 
Millimètres. 


Diamètre  transv.  de  la  diaphypc  à  4  cent 

au-dessus  des  condyles 49,5  48 

Indice  inférieur 74,7  75 

Largeur  max.  de  l'extrémité  inférieure.    .    .  92  89 

Tibia  : 

I>argeur  max.  de  l'extrémité  supérieure  .    .  88  86 
Diamètre  antéro-postérieur  de  la  diaphyse 

au  trou  nourricier 40  46 

Diamètre   transv.   de  la   diaphyse  au    trou 

nourricier 55  Zô  --- 

Indice 76,1  7.s,3 

En  comparant  les  chiffres  fournis  par  le  côté  droit  à  ceux  obtenus 
sur  le  côté  gauche,  on  remarque  que  l'asymétrie  que  nous  avons  signalée 
plus  haut  à  propos  des  longueurs  s'accuse  également  dans  les  diamètres 
transversaux  et  antéro-postérieurs.  Mais,  tandis  que  l'humérus,  le  fémur 
et  le  tibia  gauches  sont  plus  longs  que  ceux  du  côté  opposé,  ils  sont 
moins  développés  en  largeur  et  d'avant  en  arrière.  Cette  inégalité  est 
très  apparente  sur  l'humérus,  celui  de  droite  offrant  au  niveau  du  V 
deltoïdien,  un  excédent  de  40  millimètres  dans  le  sens  antéro-posté- 
rieur. Toutefois,  le  diamètre  antéro-postérieur  de  la  diaphyse  fémorale, 
mesuré  au  point  choisi  par  M.  Manouvrier  pour  évaluer  l'indice  de  la 
platymérie,  est  sensiblement  plus  grand  à  gauche  qu'à  droite,  de  telle 
sorte  qu'il  surpasse  le  diamètre  transverse  ;  mais  cela  tient  aux  lésions 
osseuses  dont  il  sera  question  plus  loin. 

Notons  C[ue  les  deux  fémurs  ne  sont  nullement  platymériques  et  que 
la  platycnémie  n'existe  ni  sur  un  tibia,  ni  sur  l'autre. 

IV.  Omoplate.  —  L'omoplate  ne  nous  arrêtera  pas  longtemps.  La  diffé- 
rence entre  celle  de  droite  et  celle  de  gauche  est  assez  minime,  ainsi 
qu'on  peut  en  juger  par  les  chiffres  ci-dessous  : 

DIMENSIONS  DE    l'oMOPLATE  (1) 

A  droite.  A  gauche. 

Millimètres.  Millimètres. 

Longueur  totale 212  210 

Largeur  (de  la  base  de  l'épine  au  bourrelet 

glénoïdien) 156  159 

Hauteur  de  la  fosse  sous-épineuse 171  168 

Longueur  du  bord  axillaire 178  177 

—  de  l'épine  et  de  l'acromion  .    .    .  180  180 

—  de  l'acromion 69  64 

Largeur                 —            58  40 

Hauteur  de  la  cavité  glénoïde 45  45 

Largeur  max.            —                 54  55 

Indice  scapulaire 64,15  66,19 

—      sous-épineux 79,55  82,74 

(*)  Les  points  de  repère  qui  nous  ont  servi  sont  ceux  adoptés  par  le  D""  Livon. 


SQUELETTES  DE  GEANTS.  433 

Nous  constatons  encore  une  asymétrie  marquée  entre  les  deux  côtés. 
D'une  façon  générale,  les  hauteurs  sont  plus  grandes  à  droite  et  les 
largeurs  plus  petites.  Il  en  résulte  une  différence  très  notable  dans  les 
indices,  qui  aboutit  à  cette  singulière  conséquence  que  l'omoplate 
droite  affecte,  dans  ses  proportions  générales,  le  type  masculin,  tandis 
que  l'omoplate  gauche  rappelle  le  type  féminin  par  son  indice  scapu- 
laire.  D'ailleurs,  ni  à  droite,  ni  à  gauche,  nous  n'observons  aucun 
caractère  qui  puisse  écarter  Louis  R...  des  Européens  pour  le  rappro- 
cher des  individus  de  race  inférieure. 

Il  est  même  curieux  de  noter  que  son  indice  sous-épineux  est  moins 
élevé  que  chez  les  «  Français  et  Européens  »  dont  le  D'  Livon  a  étudié 
le  scapulum;  et  cet  auteur  nous  a  montré  que  la  hauteur  de  la  fosse 
sous-épineuse  décroît  dans  tous  les  autres  groupes  humains  et  que,  par 
suite,  l'indice  s'élève,  comme  il  augmente  dans  la  série  mammalogique 
envisagée  en  général.  Nous  ne  voudrions  pas  en  conclure,  néanmoins,  que 
notre  géant  ait  plus  évolué  que  la  moyenne  des  Européens  eux-mêmes 
au  point  de  vue  de  l'omoplate.  La  faiblesse  de  son  indice  sous-épineux 
tient  uniquement  à  ce  que  l'épine  scapulaire  est  placée  très  haut  et  que 
la  fosse  sous-épineuse  a  acquis  de  grandes  dimensions  verticales  aux 
dépens  de  la  fosse  sus-épineuse.  Il  nous  semble  beaucoup  plus  juste  de 
dire  que,  là  encore,  la  charpente  de  notre  géant  accuse  une  anomalie 
dans  le  développement. 

V.  Bassin.  —  Le  bassin  présente,  lui  aussi,  des  caractères  tout  à  fait 
exceptionnels,  que  nous  n'avons  jamais  rencontrés  chez  les  nombreux 
individus  que  nous  avons  étudiés  autrefois.  Nous  allons  essayer  de 
faire  ressortir  ces  caractères  après  avoir  donné  les  dimensions  princi- 
pales du  pelvis.  En  regard  des  chiffres  cjue  nous  avons  obtenus  sur 
Louis  R...,  nous  faisons  figurer  les  moyennes  que  nous  ont  fournies 
jadis  65  bassins  d'Européens  adultes  ('),  normalement  conformés. 

PRINCIPALES   DIMENSIONS   DU  BASSIN 

1"  Dimensions   transversales. 

Européens  (moy.)  Géant. 

Largeur  maxima 279  579 

Distance  max.  des  crêtes  iliaques  (lèvre  profonde).  255  535 

—  desépincis  iliaques  postéro-supérieures  .  72  121 

—  —  —        antéro-supérieures.   .  251  527 

—  —  —         antéro-inlerieures  .    .  191  256 

—  des  échancrures  ilio-pubiennes 160  259 

—  des  trous  ischio-pubiens 51  78 

—  des  échancrures  ischio-pubiennes  ....  129  215 

—  ilio-sciatiqucs 197  282 

(Cf.  De  Fomoplate  et  de  ses  indices  de  largeur  dans  les  races  humaines.  Thèse  de 
médecine,  Paris,  1879). 

(')  R.  Verneau,  Le  Bassin  dans  les  sexes  et  dans  les  races.  Paris,  J.-B.  Bail- 
lière  et  fils,  1875.  ,  .  ... 

LAUNOIS   ET  ROY.  28 


153 

2i5 

90 

155 

25 

46 

434  SQUELETTE>^  DE  (ll'AXTS. 

Européens  (moy.).    Géanl. 
Distance  max.  des  ischions 

—  des  épines  scialiques 

—  du  trou  sous-pubien  à  la  symphyse  pub. 

—  de  l'épine  sciatique  au  sommet  du  sacrum.  49 

2°  Dimensions  verticales. 

Hauteur  maxima 

—  de  la  fosse  iliaque  interne 

Distance  de  l'épine  antéro-supérieure   à  l'échan- 

crure  ilio-pub 

—  del'éminenceilio-pectinéeà  l'épine  sciatiq. 

—  —  —  à  l'ischion  .    .   . 

—  de  l'épine  ant.-sup.  à  l'épine  sciatique.    . 

—  —  —        à  l'ischion 

—  de  l'épine  sciatique  à  la  crête  iliaque  (max.) 

3'  Dimensions  anléro-poslérieures 

Diamètre  antéro-postérieur  maximum 

Distance   de  Tépine  antéro-supérieure  à  la    sym- 
physe sacro-iliaque 

—  de  l'épine  antéro-supérieure  à  l'épine  pos- 

léro-supérieure 

4°  Détroit  supérieur 

Diamètre  antéro-postérieur 

—  transverse  

—  oblique 

Distance  de  l'articulation  sacro-iliaque  à  la  sym- 
physe pubienne 117  148 

5"  Détroit  inférieur. 

Diamètre  sacro-pubien 

—  transverse  maximum 


220 

275 

104 

154 

80 

97 

77 

90 

107 

127 

150 

189 

182 

218 

167 

207 

171 

239 

92 

126 

164 

221 

104 

140(?' 

150 

189 

128 

176 

6"  Sacrum. 

Largeur  en  arrière 

—  à  la  base 

—  au  détroit  supérieur 

—  en  bas  

Hauteur 

Flèche 


7"  Mesures  diverses. 

r     -,  ■      ,   1   ■  1  \  Hauteur 

Cavité  cotiitoiae \  -, 

■^  (  Largeur 

(  Largeur  de  la  por- 

Grande  cchancrure  sciatique  .  )   tion  iliaque.    .    .    . 

(  Profondeur   .    .    .    . 

\ Longueur  

.argeur  

Concavité  de  la  fosse  iliaque  interne 

Éi^aisseur  max.  de  la  crête  iliaque 

—         min.  de  l'os  —        


Trou  ischio-nulnen ]  j 

'  I  Lai 


Angle  de  l'arcade  pubienne 


109 

143 

12-2 

202 

93 

125 

118 

159 

108 

156 

92 

139 

105 

139 

27 

26 

58 

68 

56 

66 

50 

51 

40 

42 

57 

69 

35 

48 

9 

14 

19 

28 

60O 

d"- 

gcho 

5 
6 
90" 

SOTIKLETTKS  [iR  CITANTS.  435 

Européens  fmoy.)    Géant. 
8"  Indices. 

Horizontal  (Diam.  A.  P.:  Diam.  Tr.  max.) 0,62  0,6." 

Transverso  vertical  (Haut,  max.:  Diam.  Tr.  max.).  0,79  0,73 

Du  détroit  supérieur 0,80  0,74(?) 

Ce  qui  frappe,  au  premier  abord,  c'est  l'aspect  féminin  que  présente 
le  bassin  de  notre  géant.  Si  l'on  n'examinait  que  la  marge,  on  pourrait 
méconnaître  sa  caractéristique  à  cause  de  l'épaisseur  des  os.  Par 
exemple,  la  crête  iliaque  atteint,  au  niveau  du  tubercule  du  moyen 
fessier,  une  épaisseur  de  28  millimètres,  soit  9  millimètres  de  plus  que 
chez  la  moyenne  des  Européens.  Mais  nous  avons  démontré,  en  1875. 
que  ce  n'est  pas  dans  le  grand  bassin  qu'il  faut  aller  chercher  les  diffé- 
rences sexuelles;  elles  résident  essentiellement  dans  le  petit  bassin  et 
sont  en  corrélation  avec  la  présence  de  l'utérus.  Pour  loger  cet  organe 
supplémentaire,  l'excavation  se  dilate  dans  tous  les  sens  chez  la  femme 
et  cette  dilatation  se  fait  aux  dépens  de  la  hauteur.  C'est  précisément 
ce  que  nous  montre  le  pelvis  de  Louis  R.... 

Cette  réduction  relative  des  dimensions  verticales  de  la  région  sous- 
pubienne  devient  très  manifeste  lorsqu'on  étudie  certains  rapports. 
Ainsi  la  distance  de  l'éminence  ilio-pectinée  à  l'ischion  représente  chez 
les  hommes  normaux  de  race  blanche  -49  pour  100  de  la  hauteur  totale 
du  bassin  et  47  pour  100  seulement  chez  la  femme;  chez  notre  sujet,  le 
rapport  tombe  à  46  pour  100.  Si  l'on  compare  cette  même  distance 
ischio-pectinée,  non  plus  au  diamètre  vertical  maximum,  mais  à  la 
hauteur  de  la  fosse  iliaque  interne,  on  constate  que  la  diminution  rela- 
tive du  bassin  de  notre  géant  dans  le  sens  vertical  a  réellement  pour 
cause  une  réduction  proportionnelle  de  la  région  sous-pubienne.  En 
effet,  chez  les  individus  normaux,  la  hauteur  ischio-pubienne  est  plus 
grande  que  celle  de  la  fosse  iliaque  interne;  le  rapport,  qui  est,  chez 
l'homme,  de  1,03,  s'abaisse  légèrement  chez  la  femme  (1,02);  chez  notre 
sujet,  il  tombe  à  0,95. 

Par  suite  de  la  diminution  relative  des  dimensions  verticales  de  son 
petit  bassin,  Louis  R...  nous  a  donné  un  indice  pelvien  transverso- 
vertical  (Hauteur  :  Diam.  Tr.  max.)  extrêmement  faible.  Cet  indice 
fournit  une  bonne  caractéristique  sexuelle,  et  nous  voyons  que  notre 
géant  exagère  encore  ici  le  type  féminin.  Un  simple  coup  d'œil  jeté  sur 
les  trois  chiffres  qui  suivent  le  démontre  surabondamment  : 

INDICE  TRANSVERSO-VERTICAL 

Européen  (moy.) 0,79 

Européenne  (moy.) 0,74 

Géant 0,75 

L'indice  du  détroit  supérieur  conduit  à  des  conclusions  toutes  sem- 
blables. Il  suffît,  pour  être  convaincu,  de  rapprocher  les  chiffres  sui- 
vants : 


436  SQUELETTES  DE  CEANTS. 

INDICE   DU   DÉTROIT  SUPÉRIEUR 

Européen  (moy.) ' 0,80 

Européenne  (moy.) 0,77 

.  Géant !.  .......... 0,74  (?) 

Nous  ne  donnons  le  dernier  chiffre  qu'avec  doute,  parce  que  la  partie 
supérieure  de  la  symphyse  pubienne  a  été  brisée  et  réparée;  mais  l'er- 
reur qui  peut  en  résulter  est  tout  à  fait  insignifiante,  et  il  est  permis 
d'affirmer  que  l'indice  du  détroit  supérieur  n'atteignait  pas  celui  de  la 
femme  blanche. 

L'énorme  écartement  des  épines  sciatiques  est  encore  un  caractère 
féminin. 

Pour  avoir  une  idée  de  la  dilatation  du  bassin  dans  sa  partie  infé- 
rieure, nous  avons  calculé  le  rapport  du  diamètre  transverse  maximum 
du  détroit  inférieur,  tel  qu'on  peut  le  mesurer  sur  le  squelette,  à  la 
largeur  maxima  de  la  marge.  Là  encore,  nous  voyons  notre  géant  se 
rapprocher  beaucoup  plus  de  la  femme  que  de  l'homme,  et  même  exa- 
gérer les  caractères  de  la  première;  voici  les  chiffres  que  nous  avons 
obtenus  : 

RAPPORT   DU   DIAMÈTRE    TRANSVERSE   MAX.    DU   DÉTROIT    INFÉRIEUR 
A    LA    LARGEUR   MAX.    DU    BASSIN 

Européen  (moy.) 0,45 

Européenne  (moy.) 0,515 

Géant 0,55 

C'est  avec  juste  raison  qu'on  a  attribué,  pour  la  distinction  des  sexes, 
une  grande  importance  à  l'angle  d'ouverture  de  l'arcade  pubienne.  Or, 
avec  son  angle-de  90°,  Louis  R...  surpasse,  non  seulement  la  moyenne 
féminine  que  nous  avons  obtenue  sur  des  bassins  d'Europe,  mais 
encore  la  moyenne  que  nous  ont  fournie  les  femmes  de  toutes  les 
races  humaines. 

Et,  si  nous  examinons  le  sacrum,  nos  conclusions  se  trouveront  une 
fois  de  plus  confirmées.  Quoi  qu'en  disent  encore  quelques  auteurs 
classiques,  la  courbure  du  sacrum  est  moindre  chez  la  femme  que  chez 
l'homme.  A  priori,  on  pouvait  penser  qu'il  devait  en  être  ainsi,  car 
une  grande  courbure  a  forcément  pour  résultat  de  reporter  en  avant  le 
sommet  du  sacrum  et,  par  suite,  de  diminuer  le  diamètre  antéro- 
postérieur  du  détroit  inférieur;  si  la  femme  avait  un  sacrum  très 
concave  en  avant,  l'opération  de  l'accouchement  serait  rendue  plus  dif- 
ficile. Mais  les  raisonnements  a  priori  étant  souvent  dangereux  en 
science,  le  véritable  moyen  de  trancher  la  question  était  d'évaluer  la 
courbure  de  la  face  antérieure  du  sacrum  en  mesurant  la  longueur  de 
la  flèche,  c'est-à-dire  de  la  perpendiculaire  élevée  sur  une  ligne  passant 
par  le  milieu  de  la  base  et  du  sommet  et  allant  aboutir  au  point  le 
plus  éloigné  de  la  face  concave.  C'est  ce  qu'a  fait  le  D'  Bacarisse,  et 
voici  la  conclusion  à  laquelle  il  a  été  amené  :  «  Quoi  qu'en  aient  dit  les 


SQUELETTES  DE  GÉANTS.  kZl 

auteurs,  dans  toutes  les  races  le  sacrum  de  rhomme  est  plus  fortement 
courbé  que  celui  de  la  femme  (').  »  Nos  propres  recherches  n'ont  fait 
que  confirmer  ce  qu'avait  dit  notre  confrère;  nous  avons  trouvé  que 
«  chez  la  femme,  le  sacrum  et  le  coccyx  sont  moins  élevés  et  plus 
aplatis  (2)  ». 

Or,  chez  notre  géant,  la  flèche  du  sacrum  ne  mesure  que  26  milli- 
mètres, tandis  que  chez  l'Européen  elle  atteint,  en  moyenne,  27  milli- 
mètres. L'écart  est  minime,  sans  doute;  mais  si  l'on  tient  compte  de  la 
différence  de  hauteur  (139  millimètres  chez  le  premier,  105  millimètres 
chez  le  second),  on  devrait  trouver  un  rapport  inverse. 

Le  rapport  de  la  hauteur  du  sacrum  à  la  largeur  maxima  ■=■  100 
donne  les  indices  suivants  :  ; 

INDICE   DU   SACRUM   (lIAUT.   :    LARGEUR   A   LA   BASE) 

Européen  (moy.) 0,89 

Européenne  (moy.) 0,87 

Géant 0,87 

Quels  que  soient  les  rapports  pu  les  dimensions  que  l'on  compare,  on 
aboutit  toujours  à  cette  conclusion  :  Par  tous  ses  caractères,  le  bassin  de 
notre  géant  reproduit  exactement  ou  exagère  même  les  caractères  du  pelvis 
féminùi. 

Par  certaines  particularités  de  sa  ceinture  pelvienne,  Louis  R...  est 
en  même  temps  un  infantile.  C'est  ce  que  montre  la  crête  iliaque  qui 
n'est  pas  encore  soudée  au  reste  de  l'os  dans  sa  moitié  postérieure; 
c'est  ce  que  montre  également  le  cartilage  de  l'arcade  ischio-pubienne 
qui  n'étant  qu'incomplètement  ossifiée  a  disparu  dans  une  grande 
partie  de  son  étendue.  Par  suite  de  cet  arrêt  de  développement,  le 
tubercule  ischio-pubien  interne  est  réduit  à  son  minimum  et  les  deux 
branches  de  l'arcade  pubienne  offrent  une  apparence  grêle  qui  con- 
traste avec  l'aspect  massif  du  reste  du  bassin. 

VI.  Colonne  vertébrale,  sternum  et  côtes.  —  Les  vertèbres  présentent 
pour  la  plupart  une  asymétrie  marquée  par  suite  de  la  déviation  du 
rachis  dont  il  sera  question  plus  loin.  Aucune  d'elles  n'a  sa  face  supé- 
rieure ou  sa  face  inférieure  complètement  soudée  au  corps. 

Au  point  de  vue  de  leurs  dimensions,  elles  n'offrent  aucune  régula- 
rité, comme  il  est  facile  de  s'en  convaincre  en  jetant  un  coup  d'oeil  sur 
le  tableau  suivant.  Les  mesures  qui  y  figurent  représentent  la  hauteur 
du  corps  vertébral  et  sa  largeur  prise  au  milieu  de  la  hauteur  : 

■  (*)  Bacarisse,  Du  sacrum  suivant  le  sexe  et  suivant  les  races.  Paris,  187.5. 
(^)  R.-  Verneau,  op.  cit.,  p.  73. 


k38 


SOUELETTES  DE  GEANTS. 


DIMENSION!*   DES    CORPS    VERTEBRAUX 


HAUTEUR. 

LARGEUR. 

HAUTEUR. 

LARGEUR. 

inillimètres. 

inilliinélres. 

millimt'li'cs. 

millimètres. 

2''  cervicale  . 

21» 

.51 

7''  dorsale.  . 

25 

4i 

0"            — 

22 

29 

8^      — 

27 

44 

i-        — 

21 

27 

9"       — 

29 

46 

5°        — 

ÏH 

51 

10=      — 

28 

49 

G-        — 

16 

50 

11=      — 

50 

55 

7c        _ 

10 

41 

12-      — 

52 

56 

1"=  dorsale.  . 

21 

m. 

1'-  lombaire. 

52 

:)4 

2c        

22 

57 

2c        

52 

57 

5''        — 

25 

58 

5°        — 

40 

65, 

4c        _ 

26 

58 

.-Je                

51 

67 

5^        — 

20 

58 

5-        — 

m. 

m. 

&        — 

26 

42 

Le  sternum  ne  comprend  que  les  deux  pièces  habituelles  (manubrium 
et  corps);  mais  ses  proportions  sont  intéressantes  à  noter,  car  cette 
partie  du  scjuelette,  comme  le  bassin,  nous  offre  des  caractères  fémi- 
nins. C'est  ce  qui  ressort  très  nettement  de  l'examen  du  petit  tableau 
suivant  sur  lequel  nous  avons  fait  figurer,  à  côté  des  chiffres  obtenus 
sur  notre  géant,  ceux  que  le  D'  H.  Weisgerber  a  trouvés  chez  des  Euro- 
péens et  Européennes  (')• 

DIMENSIONS    ET    INDICE   DU   CORPS    DU    STERNUM 

Longiieiir.  Largeur.  Indice. 

Européens  (moy.) 101  mm.  42  mm.  26 

—  (max.) "       —  58    —  58       ^ 

Européennes  (moy.) 155    —  41     —  50 

—  (max.) y      —  ..     —  48 

Géant 158    —  62    —  45 

Ce  qui  caractérise  la  femme,  c'est  la  brièveté  relative  du  corps  du 
sternum,  d'où  résulte  un  indice  sensiblement  plus  élevé  que  chez 
l'homme.  Or,  à  ce  point  de  vue,  Louis  R...  se  rapproche  des  Européennes 
qui  ont  fourni  à  notre  confrère  les  chiffres  les  plus  exagérés. 

Le  manubrium  mesure  68  millimètres  de  hauteur  et  79  millimètres  de 
largeur;  lui  aussi  est  d'une  largeur  relativement  considérable  pour  sa 
hauteur,  car  Sappey  lui  attribue,  chez  les  Européens  normaux,  50  milli- 
mètres dans  le  sens  vertical  et  50  à  60  millimètres  dans  le  sens  trans- 
versal. 

Les  côtes  ne  sont  pas  de  la  même  longueur  à  droite  et  à  gauche.  A 
droite,  la  septième  et  la  huitième  mesurent  environ  492  millimètres;  à 
gauche,  la  septième  est  la  plus  longue,  mais   elle  n'atteint  pas  les 


(')  IL  Weisgeiîcer,   De  L'indice   thoraciqiie.   Tiièse  de  médecine.   Paris,  1879. 


SQUELETTES  DE  GEANTS.  439 

dimensions  de  sa  congénère  (7'  côte  gauche  =  485  millimètres;  8°  côte 
gauche  =  482  millimètres). 

Dans  son  ensemble,  le  thorax  affecte  une  forme  tout  à  fait  anormale  : 
il  est  extrêmement  dilaté  en  travers  et  aplati  dans  le  sens  antéro- 
postérieur.  La  monture  en  est  un  peu  défectueuse,  le  cartilage  sternal 
artificiel  qu'a  employé  le  naturaliste  ramenant  trop  le  sternum  en  arrière. 
Nous  en  avons  mesuré  cependant  les  dimensions  au  niveau  du  plan 
horizontal  passant  par  l'extrémité  inférieure  du  corps  du  sternum  et 
nous  avons  trouvé  les  chiffres  suivants  : 

Diamètre  antéro-postérieur  du  thorax 2i8 

—         transverse 597 

Indice  thoracique 160 

Cet  indice  n'a  jamais  été  rencontré  que  chez  quelques  nègres.  En 
■Europe,  il  ne  dépasse  pas,  en  moyenne,  112  chez  l'homme  et  115  chez 
la  femme.  En  faisant  même  la  correction  que  réclame  la  monture 
défectueuse  du  sternum,  on  obtiendrait  encore  un  chiffre  tout  à  fait 
insolite  pour  un  Européen. 

Vil.  Tête.  —  La  tête  n'est  pas  la  partie  la  moins  intéressante  du 
squelette  de  notre  géant.  La  morphologie  faciale,  principalement, 
offre  des  bizarreries  qui  attirent  l'attention  des  visiteurs  de  nos  gale- 
ries les  moins  versés  en  anatomie. 

Dans  son  ensemble,  cette  tête  est  néanmoins  harmonique,  c'est-à-dire 
que  le  crâne  étant  très  dolichocéphale,  la  face  est  très  développée  dans 
le  sens  vertical. 

A.  Crâne.  —  Le  crâne  est  d'une  capacUê  plutôt  médiocre,  lorsqu'on 
tient  compte  de  la  taille  du  sujet;  elle  atteint  1755  centimètres  cubes.  Si, 
à  l'exemple  de  M.  Manouvrier,  nous  multiplions  la  capacité  par  le 
coefficient  0,87  pour  obtenir  le  poids  de  l'encéphale,  nous  trouvons  que 
le  cerveau  de  Louis  R...  devait  peser  1509  grammes.  On  sait  que  le 
poids  moyen  du  cerveau  du  Parisien  est  d'environ  1557  grammes. 
Mais,  la  quantité  de  substance  encéphalique  augmente  quand  la  taille 
s'accroît,  dans  la  proportion  de  50  grammes  environ  pour  10  centi- 
mètres de  taille  en  plus.  Par  suite,  notre  géant,  dont  la  taille  l'empor- 
tait d'à  peu  près  49  centimètres  sur  la  stature  moyenne  des  Parisiens, 
aurait  dû  avoir  244  grammes  de  cerveau  de  plus  que  ceux-ci,  et,  en 
réalité,  l'excédent  se  réduisait  approximativement  à  152  grammes.  Par 
conséquent,  nous  sommes  en  droit  de  dire  que  sa  capacité  crânienne  est 
plutôt  médiocre. 

Vindice  céphalique  horizontal  (70,55)  accuse  une  dolichocéphalie  très 
prononcée.  Les  indices  verliraux  dénotent  un  faible  développement 
relatif  du  crâne  dans  le  sens  vertical.  En  effet,  l'indice  transverso- 
vertical  (Diam.  basilo-bregmatique  :  largeur)  ne  dépasse  pas  96,57  et 
range  notre  sujet  parmi  les  mésosèmes.  L'indice  de  hauteur-longueur 
(68^08)  le  classe  parmi  les  microsèmes. 


4^0  SQUELETTES  DE   GEANTS. 

C'est  dans  les  régions  pariétale  et  frontale  postérieure  que  la  tète  se 
montre  surtout  rétrécie,  car  le  diamèlre  transverse  maximum  (140  miUi- 
jnètres)  est  sensiblement  le  même  que  chez  la  moyenne  des  Parisiens 
^1 45mm  9^  d'après  Broca).  Au  niveau  de  la  suture  coronale,  le  crâne  est 
étroit  d'une  façon  absolue,  puisque  le  diamèlre  frontal  maximum  de 
notre  géant  reste  un  peu  au-dessous  de  la  moyenne  des  Parisiens  nor- 
maux. En  revanche,  le  diamètre  frontal  minimum  est  relativement 
élevé  (110  millimètres),  de  sorte  que  l'indice  fronto-pariétal  atteint  le 
chiffre  très  rare  de  75,54. 

Il  ne  faudrait  pas  en  conclure  que  Louis  R...  eût  des  loges  frontales 
d'une  amplitude  remarquable.  Le  front  n'est  large  qu'en  avant;  en 
arrière,  nous  venons  de  le  dire,  il  est  étroit,  et  cette  étroitesse  n'est 
pas  compensée  par  un  excédent  de  développement  antéro-postérieur. 
En  effet,  ses  courbes  frontales  médianes,  tant  cérébrale  que  sous-céré- 
brale, n'arrivent  pas  aux  chiffres  obtenus  par  Broca  sur  une  série  de  Pari- 
siens contemporains.  11  conviendrait  encore  de  lenir  compte  de  l'énorme 
développement  des  sinus  frontau.r. 

La  région  pariétale  n'offre  pas  des  dimensions  plus  considérables 
que  chez  les  individus  de  taille  normale.  Nous  avons  vu  que  le  dia- 
mètre transverse  maximum  est  sensiblement  le  même  dans  les  deux  cas; 
la  courbe  pariétale  de  notre  géant  (['21  millimètres)  est,  on  peut  le  dire, 
identique  à  celle  du  Parisien  (120™"", 5). 

C'est  donc  la  région  occipitale  qui  s'est  développée  chez  Louis  R...  et 
c'est  à  l'exagération  de  ses  dimensions  transversales  et  verticales  qu'il 
doit  l'accroissement  de  sa  capacité  crânienne.  Les  chiffres  démontrent 
qu'il  en  est  bien  ainsi,  car  le  diamètre  occipital  maximum  atteint 
129  millimètres  (au  lieu  de  M 2'"™, 5)  et  la  courbe  occipitale  totale  arrive  à 
158  millimètres  (au  lieu  de  119""°, 4).  Étant  donné  ce  que  nous  savons  de 
l'intelligence  paresseuse  de  notre  sujet,  on  est  tenté  de  croire,  avec 
beaucoup  de  savants  d'ailleurs,  que  la  portion  postérieure  de  l'encé- 
phale ne  joue  pas  un  grand  rôle  dans  les  phénomènes  intellectuels. 

Le  trou  occipital  est  relativement  très  peu  développé  en  largeur;  son 
indice  tombe  à  70,92  (au  lieu  de  84,9  chez  l'Européen).  Sa  position  va 
nous  montrer  que  Louis  R...  s'éloigne  encore  à  ce  point  de  vue  des 
Européens  pour  se  rapprocher  des  nègres,  dont  il  exagère  même  les 
caractères. 

En  effet,  si  nous  comparons  à  la  projection  totale  de  la  tête  (sur  le 
plan  alvéolo-condylien)  la  projection  postérieure,  la  projection  crâ- 
nienne antérieure  et  la  projection  faciale,  nous  voyons  que  le  trou 
occipital  est  reporté  en  arrière,  plus  même  que  chez  les  nègres 
d'Afrique.  Voici  les  rapports  que  nous  avons  obtenus  : 

RAPPORT  DES  PROJECTIONS  PARTIELLES  DE  LA  TÈTE  A  LA  PROJECTION  TOTALE 


I 


Européens 

Nègres 

Géant. 

(Broca). 

(Broca). 

Projection  postérieure:  projeclion  totale. 

52,5 

50, t 

48,2 

—           crânienne  ant.:    —             — 

40,9 

36,1 

55,5 

—           faciale  :                —   .         — 

0,4 

15,7 

18,5 

SOUELETTES  DE  GEANTS. 


kkl 


Ces  chiffres  prouvent,  en  outre,  que  le  crâne  antérieur  est  fort  peu 
développé,  tandis  que  la  face  se  projette  en  avant  de  l'ophryon  d'une 
manière  excessive. 

La  courbe  antéro-postérieure  nous  montre  un  front  très  fuyant;  mais, 
à  partir  du  bregma,  la  courbe  se  poursuit  régulièrement,  sans  autre 
accident  qu'un  très  léger  ressaut  de  l'écaillé  occipitale  au  niveau  du 
lambda. 

Les  sutures  offrent  des  particularités  qu'il  convient  de  noter.  La 
<ioronale  est  simple  et  complètement  ouverte.  Sur  les  côtés  elle  est 
longée  en  avant  par  un  sillon  assez  étroit  et  en  arrière  par  une  dépres- 
sion plus  large,  de  sorte  que  la  partie  suturale  elle-même  forme  un 
bourrelet  saillant.  —  La  suture  sagittale  est  synostosée  dans  toute  son 
étendue,  et,  à  sa  place,  se  voit  une  crête  qui  va  du  bregma  au  lambda. 
—  La  lambdoïde  est  ouverte,  comme  la  coronale,  mais  elle  est  beau- 
coup plus  compliquée.  Elle  renferme,  de-ci  delà,  quelques  os  wor- 
miens  de  très  petit  volume.  Tout  le  long  de  cette  suture,  l'écaillé  occi- 


FiG.  112.  —  Tète  du  géanl  du  Muséum  (profil). 


pitale  déborde  légèrement  les  pariétaux,  de  sorte  qu'il  existe  un  petit 
ressaut,  fort  peu  accentué,  d'ailleurs. 

Par  suite  de  la  grande  largeur  du  crâne  au  niveau  de  l'ophryon  et  de 
son  étroitesse  au  niveau  du  bord  postérieur  du  frontal,  les  lignes 
courbes  temporales  vont  en  convergeant  jusqu'à  la  suture  coronale. 

Sur  les  parties  latérales,  les  parois  du  crâne  sont  planes  et  des- 
cendent verticalement  jusqu'à  la  racine  de  l'arcade  zygomatique.  Les 
diamètres  transverse  maximum  (146  millimètres),  le  temporal  (145  milli- 
mètres) et  bi-auriculaire  (145  millimètres)  sont  sensiblement  égaux. 


442 


SQUELETTES    DE  GEANTS. 


Toutes  les  surfaces  d'insertions  musculaires  sont  bien  marquées.  Les 
apophyses  mastoïdes  sont  énormes  (hauteur  =  57  millimètres)  et  très 
rugueuses.  La  région  iniaque  est  bizarrement  conformée  :  la  protubé- 
rance occipitale  exterit.e  fait  défaut;  elle  est  remplacée  par  deux  fortes 
saillies  (celle  de  gauche,  d'un  volume  exagéré)  qui  siègent  au  niveau 
des  lignes  courbes  occipitales  inférieures,  de  chaque  côté  de  la  crête 
médiane. 

Notons  encore,  sur  le  tempoi'al,  la  grande  profondeur  de  la  cavité 
glénoïde  et  la  saillie  de  l'apophyse  styloïde  gauche,  qui  mesure  55  milli- 
mètres de  longueur. 

Nous  n'avons  pu  étudier  l'endocrâne,  car  la  calotte  crânienne  n'a 
pas  été  sciée.  Toutefois,  grâce  au  trou  pratiqué  au  niveau  du  bregma 

pour  monter  le  squelette,  et  qui  per- 
met un  certain  éclairage  de  la  cavité 
encéphalique,  nous  avons  constaté 
quelques  particularités  que  nous  de- 
vons signaler  :  1°  le  plan  de  la  gout- 
tière occipitale  est  beaucoup  plus 
relevé  qu'il  ne  l'est  d'habitude;  2°  la 
selle  turcique  est  d'une  profondeur 
inusitée;  5°  à  gauche,  l'apophyse  cii- 
noïcle  antérieure  est  reliée  à  l'apo- 
physe clinoïde  postérieure  par  un 
pont  osseux. 


B.  Face.  —  La  face  est  relative- 
ment fort  allongée;  son  indice  s'élève 
à  78,81.  Les  orbites  sont,  au  con- 
traire, très  développées  en  largeur 
et  donnent  un  indice  franchement 
microsème  (70,09).  Quant  au  nez, 
malgré  sa  grande  largeur  (50  milli- 
mètres), il  est  leptorhinien  (indice 
nasal  =  46,87),  car  il  atteint  une  lon- 
gueur remarquable  (64  millimètres). 
Les  hauteurs  de  la  pommette  (57  mil- 
millimètres)  et  de  V intermaxillaire 
(55  millimètres)  présentent  des  dimensions  tout  à  fait  exceptionnelles. 
Dans  son  ensemble,  la  face  offre  quelque  chose  de  tout  particulier. 
Par  suite  du  volume  énorme  des  sinus  frontaux  et  maxillaires,  qui  sont 
limités  par  des  parois  d'une  extrême  minceur,  elle  semble,  pour  ainsi 
dire,  soufflée.  La  glabelle  est  complètement  arrondie  et  malgré  le  relief 
qu'elle  forme,  la  racine  du  nez  est  à  peine  indiquée.  L'ophryon  se  trouve 
reporté  en  haut  et  en  arrière,  tandis  que  la  portion  moyenne  des  maxil- 
laires supérieurs  est  renvoyée  considérablement  en  avant.  Aussi,  quoi- 
que la  région  alvéolaire  soit  plutôt  réduite  dans  ses  dimensions  trans- 
versales et  qu'elle  ne  se  projette  guère  en  avant,  le  prognathisme  général 


FiG.  113.  —  Tôle  du  géaiiL  du  Muséum 
(face). 

limètres),    orbito  -  alvéolaire    (65 


SQUELETTES   DE  GEANTS.  kkS 

est-il  très  exagéré  :  l'angle  facial  sous-nasal  n'atteint  que  67  degrés; 
l'angle  alvéolaire  tombe  à  61  degrés  et  le  dentaire  à  02  degrés.  La  jy^o- 
jection  faciale  atteint  le  chiffre  insolite  de  41  millimètres. 

Nous  venons  de  dire  que  la  portion  alvéolaire  ne  participe  guère  au 
mouvement  de  projection  de  la  face  en  avant.  En  effet,  bien  que  la  hau- 
teur de  l'intermaxillaire  s'élève  à  35  millimètres,  la  différence  entre 
l'angle  sous-nasal  et  l'angle  alvéolaire  n'est  que  de  0  degrés. 

L'arcade  dentaire  supérieure,  relativement  réduite,  porte  des  dents 
petites,  qui  n'offrent  pas  de  traces  d'usure;  mais  plusieurs  sont  forte- 
ment cariées.  Ainsi,  les  deux  prémolaires  droites  et  la  première  prémo- 
laire gauche  ont  leur  couronne  détruite  ;  les  deux  incisives  médianes 
sont  également  atteintes  de  carie.  Les  incisives  s'inclinent  en  avant 
pour  rejoindre  les  incisives  inférieures.  Quant  aux  petites  et  aux  grosses 
molaires,  elles  sont  implantées  verticalement. 

Les  deux  premières  molaires  vraies  de  chaque  côté  montrent  un  qua- 
trième tubercule  (postéro-interne)  complètement  isolé  des  autres  par 
un  sillon  profond.  C'est  là  une  disposition  qui  existe  dans  les  races 
inférieures  et  que  M.  Gaudry  a  retrouvée  sur  le  jeune  sujet  quaternaire, 
à  type  négroïde,  que  le  prince  de  Monaco  a  découvert  dans  une  des 
grottes  des  Baoussé-Roussé('). 

La  voûte  palatine,  dont  l'indice  est  élevé  (80),  présente  une  forme 
triangulaire  des  plus  accentuées  et  une  grande  profondeur. 

11  nous  reste  à  dire  quelques  mots  de  la  inandibule  qui  offre  tous  les 
caractères  des  maxillaires  inférieurs  d'acromégaliques.  Nous  donnons 
plus  loin  les  mesures  intrinsèques  qu'elle  nous  a  fournies. 

Comme  chez  tous  les  géants  acromégaliques,  la  branche  montante  du 
maxillaire  est  extrêmement  oblique:  Vangle  mandibulaire  atteint  150  de- 
grés. Le  menton  se  projette  en  avant  au  delà  de  toute  expression  :  Vangle 
symphysien  ne  dépasse  pas  51  degrés  (au  lieu  de  72  degrés  chez  le  Pari- 
sien). La  largeur  de  la  branche  montante  est  de  39  millimètres  à  gauche 
et  de  56  millimètres  à  droite;  mais  son  épaisseur  est  plutôt  faible 
(12  millimètres  à  gauche,  11  millimètres  à  droite).  Cette  branche  se  ter- 
mine en  haut  par  une  apophyse  coronoïde  d'une  longueur  inusitée  et 
par  des  condyles  extrêmement  minces;  dans  leur  partie  la  plus  épaisse 
(en  dedans)  l'épaisseur  de  la  surface  articulaire  ne  dépasse  pas  8  milli- 
mètres. —  Les  angles  du  maxillaire  rentrent  fortement  en  dedans,  de 
sorte  que  la  distance  biangulaire  (107  millimètres)  est  en  rapport  avec 
l'étroitesse  relative  de  la  face  et  du  crâne.  L'arcade  dentaire  est,  elle- 
même,  étroite  quoiqu'un  peu  plus  large  que  l'arcade  dentaire  supérieure  ; 
aussi  les  dents  du  bas  débordent-elles  un  peu  celles  du  haut.  Les  inci- 
sives et  les  canines  sont  fortement  obliques  en  arrière,  et  les  prémo- 
laires un  peu  moins.  A  gauche,  la  deuxième  molaire  s'incline,  au  con- 
traire, très  notablement  en  avant,  de  sorte  qu'il  ne  restait  pour  la  pre- 


(*)  Alb.    Gaudry,   Contribution  à    l'Iiisloire   des  liommes  fossiles.   U Antliropo - 
logie,  t.  XIV,  1905. 


444 


SQUELETTES  DE  GÉANTS. 


mière  molaire,  délruile  par  la  carie,  qu'un  espace  triangulaire  à  sommet 
supérieur.  Comme  celles  du  haut,  toutes  les  dents  du  bas  offrent  un 
volume  très  réduit;  plusieurs  sont  fortement  cariées. 

Par  suite  de  la  projection  énorme  du  menton,  la  hauteur  de  la  man- 
dibule, au  niveau  de  la  symphyse,  s'élève  à  44  millimètres.  En  môme 
temps,  la  branche  horizontale  s'épaissit  et  présente  l'aspect  empâté  que 
nous  avons  déjà  signalé  à  propos  de  la  région  supérieure  et  moyenne 
de  la  face  (épaisseur  à  la  symphyse  =  IG  millimètres).  —  Les  apophyses 
géni  sont  fusionnées  en  une  masse  unique,  volumineuse. 


à 


Nous  donnons,  dans  les  tableaux  suivants,  les  principales  mesures  du 
crâne  et  de  la  face  de  notre  sréant. 


PRINCIPALES  MESURES  DE  LA  FACE  ET  DU  CRANE 


CRANE. 


Capacité  crânienne  .   .    . 
Projection  l  totale  . 

anlérieure  .    .  /faciale. 
Projection  postérieure  . 
Diamètres  : 
Antéro-postérieur  max.  . 

Transverse  niax 

Bitemporal 

Biauriculaire 

Bimastoïdien  .    .   .    -   .    . 
Frontal  max 

—  min . 

Occipital  max  ...... 

Vertical  basilo-bregm.    . 

Co  urbes  : 
Horizontale  totale.  .   .   . 
^—         préauriculaire 
Transverse  totale.    .    .    . 

—  sus-auriculaire 
Frontale  cérébrale.  .   .    . 

—  totale  

Pariétale 

Occipitale . 

Longueur  du  trou  occi- 
pital  

Largeur  du  trou  occipital. 
Ligne  naso-basilaire.   .   . 
Indices  :■ 
Céphalique  liorizontal.    . 

Vertical 

Transverse-vertical  .    .   . 
Fronto-pariétal 


1755 

115 

41 

107 

207 
44t3 
145 
145 
MO 
120 
MO 
129 
141 


577 
276 
485 
517 
104 
126 
127 
158 

59 

50 

122 

70,53 
08,08 
96,57 
75,34 


FACE. 


Largeurs  : 

Biorbitaire  externe  .    .    . 

125 

Interorbitaire 

51 

Bizygomatique  max.    .    . 

151 

Bimaxillaire  min 

78 

Orbites  : 

Largeur 

4G 

Hauteur. . 

55 

Nez  : 

Largeur    (  supérieure . 

17 

des         <min  .    .   .   . 

15 

os  propres,  (inférieure  . 

25 

Largeur  maxima  de  l'ou- 

verture   

50 

Longeur  totale  .    .    .   .    . 

04 

Hauteurs  : 

Sous-cérébrale  du  front. 

22 

Intermaxillaire 

35 

Totale  de  la  face  .... 

119 

De  la  pommette 

57 

Orbito-alvéolaire  .... 

65 

De  l'apophyse  mastoïde. 

57 

Voûte  palatine  : 

Longueur  totale 

60 

Largeur  postérieure  .    . 

48 

Distance  au  trou  occipital 

52 

Angles  : 

Facial  sous-nasal  .... 

67» 

Alvéolaire.   .    .    .    .    .    .    . 

610 

Dentaire 

520 

Indices  : 

Facial 

78,81 

Orbitaire 

76,09 

Nasal 

46,87 

1 


SQUELETTES   DE  GEANTS.  4^15 


PRINCIPALES   MESURES    DE    LA   MANDIBULE 

Géant. 

Distance  biangulairc 107 

—         angulo-symphysaire 152 

Hauteur  de  la  branche  montante 64 

à  droite.   .    .  36 


Largeur                    —                 —                ^  -           i  ^n 

a  gauclie  .   .  o9 

Hauteur  à  la  symphyse 44 

T-,     .             111          1              11            "  y  à  droite.    .    .  i\ 

Epaisseur  de  la  branche  montante.    ...  -           ,  ,u> 

'                                                                      (  a  gauche  .    .  v2 

—         de  la  symphyse 16 

Angles. 

Mandibulaire 150^ 

Symphj'sien .  51° 


Vin.  Caractères  anormaux  et  pathologiques.  —  Jusqu'ici,  nous  avons 
envisagé  les  caractères  de  notre  géant  presque  uniquement  au  point  de 
vue  anthropologique;  toutefois,  nous  avons  signalé  en  passant  quel- 
ques traits  pathologiques.  Il  ne  sera  peut-être  pas  superflu  de  consa- 
crer un  petit  paragraphe  aux  anomalies  et  aux  lésions  que  présente 
le  squelette. 

1°  Asymétrie.  — La  charpente  osseuse,  principalement  celle  des  mem- 
bres, est  grandement  asymétrique;  les  mesures  que  nous  avons  données 
plus  haut  le  démontrent  suffisamment,  et  il  serait  oiseux  d'y  revenir. 

2"  Infantilisme.  —  Louis  R...  était  un  infantile.  Quoique  sa  voix  fût 
grave,  il  n'avait  pour  ainsi  dire  pas  de  barbe,  et  son  squelette  nous 
montre,  en  nombre  de  points,  un  développement  inachevé.  Cependant 
les  épiphyses  des  os  longs  sont  partout  soudées,  mais  la  synostose 
s'est  accomplie  peu  de  temps  avant  la  mort  pour  les  extrémités  supé- 
rieures des  humérus.  A  droite,  le  point  d'union  de  la  tête  à  la  diaphyse 
est  encore  indiqué  par  un  sillon  profond  qui  occupe  environ  le  quart 
de  la  circonférence  de  l'os.  A  gauche,  une  trace  semblable  existe  sur 
une  longueur  de  8  millimètres. 

Tous  les  cartilages  qui  devaient  former  les  faces  supérieure  et  infé- 
rieure du  corps  vertébral,  incomplètement  ossifiés,  sont  encore  déta- 
chés des  corps  des  vertèbres. 

La  moitié  postérieure  des  crêtes  iliaques  n'est  pas  soudée  au  reste 
ide  l'os  et  le  cartilage  marginal  de  la  branche  ischio-pubienne,  qui  était 
loin  d'être  entièrement  ossifié,  a  presque  totalement  disparu. 

La  clavicule,  enfin,  est  dépourvue  de  la  plaque  de  son  extrémité  ster- 
nale.  L'ossification  n'en  était  pas  achevée  et  la  plaquette  engendrée  par 
le  point  complémentaire  a  disparu. 

3°  Féminisme.  —  Le  bassin  et.  le  sternum  de  notre  géant  présentent 
des  signes  de  féminisme  extrêmement  accentués.  Les  détails  dans  les- 


446 


SQUELETTES  DE  GÉANTS. 


quels  nous  sommes  entrés  suffisent  à  prouver  que,  à  beaucoup  de  points 
de  vue,  le  pelvis  et  le  sternum  exagèrent  les  caractères  féminins. 

•4°  AcROMÉGALiR.  —  Malgré  les  dimensions  exagérées  des  pieds  et  des 
mains,  on  ne  saurait  dire  que  les  extrémités  soient  frappées  d'acromé- 
galie,  car  il  manque  aux  métacarpiens,  aux  métatarsiens  et  aux  pha- 
langes l'épaisseur  exagérée  que  l'on  considère  comme  le  signe  classique 
de  Talfection.  Voici,  d'ailleurs,  la  longueur  et  la  largeur  (mesurée  au 
milieu)  de  chacun  de  ces  os. 


Main. 


DlMEN?iIONS     DES     MÉTACARPIEXS    ET    DES    PHALANGES 


MAIN    ] 

DROITE 

LARGEUR. 

MAIN  G 

LONGUEUR. 

AUCHE 

LONGUEUR. 

LARGEUR. 

i"  métacarpien  .    . 

58 

19 

57 

17 

2=             

78 

10 

79 

10 

3=             — 

76 

10 

78 

9 

■i'             — 

63 

9 

67 

8 

b'             — 

62 

12 

64 

9 

4'e  phalange.    .    .    . 

39 

11 

59 

10 

2e                      

52 

13 

50 

13 

3°            — 

55 

15 

55 

14 

4e                    — 

51 

14 

52 

13 

5e                    — 

m. 

m. 

41 

12 

2"  phalan^ine  .    .    . 

m. 

m. 

28 

9 

3e                    — 

39 

Il 

58 

11 

4»            — 

58 

11 

57 

11 

I 


La  cinquième  phalangine  manque  aux  deux  mains  et  toutes  les  pha- 
langettes font  défaut. 


Pied.  —  Dimensions  des  métatadsiens  et  des  PiiAL.\Nr.ES 


PIED 

DROIT 

PIED   GAUCHE 

y 

--                ^ 

' y 

V — — 

LONGUEUR. 

LARGEUR. 

LONGUEUR. 

LARGEUR. 

1''^  métatarsien.  . 

73 

14 

72 

14 

2e                    

90 

10 

90 

10 

3e                    

81 

9 

81 

9 

4e                    — 

82 

10 

78 

10 

5e                    • — ■ 

90 

13 

89 

12 

1  '"  phalange  .... 

40 

9 

38 

10 

2e                    

50 

4 

53 

4 

3°            — 

m. 

m. 

52 

4 

4e                    — 

m. 

m. 

29 

4 

5e                    

27 

4 

27 

3 

2e  phalangine  .    .   . 

m. 

m. 

18 

5 

i 


SQUELETTES   DE  GEANTS.  447 

Les  autres  os  des  orteils  font  défaut. 

Il  n'est  pas  besoin  d'établir  des  comparaisons  entre  ces  chiffres  et  ceux 
que  fourniraient  des  sujets  normaux  ou  acromégaliques  pour  être  con- 
vaincu que  la  largeur  des  os  n'a  rien  d'exagéré.  Il  nous  suffira  de  dire 
que  le  naturaliste  qui  a  monté  le  squelette  a  complété  les  mains  et  les 
pieds  à  l'aide  de  phalanges  choisies  dans  ses  magasins  et  que  toutes 
celles  qu'il  a  ajoutées  sont  plus  larges  que  les  phalanges  de  notre 
géant. 

Mais  la  profondeur  de  la  selle  turcique('),  l'énorme  volume  des  sinus 
de  la  face  et  la  forme,  aussi  bien  que  les  dimensions  de  la  mandibule 
sont  autant  de  caractères  qui  doivent  faire  classer  notre  sujet  parmi  les 
acromégaliques.  Nous  serions  tentés  de  rattacher  à  la  même  cause  cer- 
taines des  lésions  dont  il  nous  reste  à  dire  deux  mots. 

5°  Lésions  osseuses.  —  En  parlant  de  la  face,  nous  avons  mentionné 
son  aspect  bizarre  :  elle  semble,  en  quelque  sorte,  soufflée.  Beaucoup 
d'autres  os  du  squelette  offrent  la  même  apparence.  Les  humérus  et  les 
fémurs  présentent  une  boursouflure  identique  dans  leur  tiers  supérieur 
ou  même  dans  leur  moitié  supérieure.  Le  tissu  compact  est  partout 
réduit  à  une  mince  couche  qui  se  brise  en  maints  endroits  avec  la  plus 
grande  facilité. 

Sur  les  fémurs,  la  ligne  intertrochantérienne  antérieure  forme  un 
véritable  bourrelet  saillant,  très  marqué  à  droite,  où  il  va  en  s'élargis- 
sant  depuis  le  grand  trochanter  jusqu'au  bord  interne.  La  lamelle  de 
tissu  compacte  qui  recouvrait  ces  bourrelets  était  d'une  telle  minceur 
qu'elle  a  disparu  par  place  et  qu'on  voit  très  nettement  le  tissu  spon- 
gieux. 

A  leur  extrémité  inférieure,  les  deux  fémurs  présentent  des  troubles 
d'ossification  fort  apparents.  La  surface  articulaire  des  condyles  est 
limitée  en  haut  et  en  avant  par  un  véritable  sillon,  large  et  profond  à 
gauche. 

Nous  avons  noté,  sur  le  fémur  droit,  une  différence  de  9  millimètres 
entre  la  longueur  en  projection  et  la  longueur  en  position,  d"où  genu 
valgum  qu'on  observe  aisément  lorsqu'on  met  en  contact  les  surfaces 
articulaires  du  fémur  et  du  tibia. 

Les  tibias,  principalement  le  gauche,  offrent,  dans  leur  tiers  inférieur, 
une  courbure  à  concavité  interne. 

Les  péronés  sont  aussi  fortement  incurvés  et  tordus.  Du  côté  droit, 
on  constate  une  convexité  postérieure  qui  siège  sur  presque  toute  la 
diaphyse;  de  l'autre  côté  l'incurvation  est  surtout  manifeste  sur  le 
tiers  supérieur. 

La  colonne  vertébrale,  enfin,  montre  une  scoliose  bien  marquée  avec 
déviation  à  droite  de  la  région  dorsale.  La  cyphose  qu'on  remarque  sur 

(*)  En  voulant  mesurer  avec  l'endocràne  l'épaisseur  des  os  de  la  voûte  crâ- 
nienne, nous  avons  touché  la  gouttière  basilaire  qui  a  cédé  immédiatement 
et  nous  avons  pu  Juger  ainsi  qu'elle  est  d'une  minceur  remarquable. 


448  SQUELETTES  DE  GÉANTS. 

la  photographie  de  l'individu  vivant  nest  pas  apparente  sur  le  sque- 
lette, ce  qui  tient  sans  doute  à  un  défaut  de  montage. 

En  résumé,  notre  géant  présente  des  signes  très  manifestes  d'infan- 
tilisme, de  féminisme  et  à'acromégnlie.  Sa  charpente  osseuse,  fortement 
asymétrique,  laisse  voir  une  foule  d'anomalies  et  de  lésions  qui  parais- 
sent dues  à  une  ostéoporose  particulière.  C'est  ce  que  l'on  a  constaté 
maintes  fois  dans  des  cas  de  gigantisme.  Noti-e  sujet  rentre  donc  dans 
la  règle  commune  à  ces  divers  points  de  vue,  comme  il  y  rentre  par  le 
développement  relativement  plus  considérable  de  ses  membres  infé- 
rieurs que  de  ses  membres  thoraciques.  Mais  il  se  distingue  de  beau- 
coup de  géants  par  le  rapport  des  membres  et  des  extrémités  à  la 
taille.  Ce  rapport  dénote  une  brièveté  relative  de  ces  parties,  même  du 
membre  abdominal.  La  réduction  porte  principalement  sur  les  segments 
proximaux,  de  sorte  que  Louis  R...,  sous  ce  rapport,  rappelle  le  nègre 
ou  l'embryon  humain,  ce  qui  ne  saurait  surprendre  chez  un  individu 
dont  le  développement  a  été  fortement  retardé.  11  se  rapproche,  d'ail- 
leurs, du  nègre  par  beaucoup  d'autres  caractères,  notamment  par  les 
proportions  de  sa  clavicule  et  de  son  thorax  et  par  la  projection  en 
avant  de  la  partie  supérieure  de  sa  face.  C'est,  en  somme,  un  dégénéré, 
dont  la  charpente  osseuse  présente  de  nombreuses  anomalies  et  des 
lésions  multiples. 


I 


INDEX  ALPHAliÉTIQUE  DES  NOMS  D'AUTEURS 


AciiAnD  et   Lul;i»er,    150,    lor»,  164,   ]().'), 

170,  208,  580. 
Alemdert  (d"),  h. 
Alibert,  195,  508. 
Amicis  (de),  155. 
Am.mon  (Otto),  110,  151. 
Apollinaire  Sidolne,  17. 
Arnold.  186,  545,  550,  551. 
AuDRY  (Raymond),  551 . 

Babinski,  151,  loi,  198. 

Baccarisse,  457. 

Bachaumont,  '21. 

Bailey,  187,  THi. 

Ballance,  54i. 

Barbacci,  551. 

Baruch,  187. 

Bassoë,  258,  25U,  580. 

Batii,  5i5,  551. 

Bauiiin,  220. 

Beadles  (('..),  180,  544, 

Beaunis,  258. 

Bech,  552. 

Becker,  85,  8^,  140. 

Béclère,  81,  192,  500, 

Benda,  252. 

Berkley,  2.55.  285. 

Bérillon,  5i8. 

Bernard  (Claude).  201. 

Bernhardt,  198. 

Bevan,  259. 

Bl\nchi  Giovanni,  241. 

Bischoff,  415. 

Blair(W.).  29. 

Blanc  (Charles),  58. 

BOLTZ,   189. 

Bonardi,   112,   180,    519,    5i4,   .550,    502. 

5H4. 
Bonnet,  87. 
BouDTN,  285,  501. 

BOUGAINVILLE,    24. 
BOULLENGER,   540. 

r.TURNzviLLE    et    Regnault.    184,    191, 

541,  342,  582. 
BoYCE  et  Beadles,  146,  544,  549. 
Breschet,  14. 
Brian.  154. 


\W. 


.500. 


Brigidi,  187. 

Brissaud  et  Henry  Meige,  2,   10,   155. 

206,  207,   208,   209,  214,  215,   210,  217 

218,  219,   225,  2.54,   2.35,  252,   285,'  520'. 

527,  558. 
Brissaud,  10,  12.  25,  54.  77, 154.  159.  181. 

209,  212,  251,  279.  520,  .550,  552. 
Brooa,  554.  440. 
Broky  et  Bai!uch,  187. 
Brooks,  189,  2.55. 
Brouardel,  81. 
Brown-Séouard,  257. 
Bruns  et  Greudler,  545. 
Bryan  Robinson,  258. 
BuDAY  et  Jancso.  78,  80,  81,  85,  91    115 

122,  125,  150,   151,   182,  185,    184.'  189^ 

190,  191,  195,  208.  579. 
BuFFON,  25,  24,  220. 
Buhl,  258,  408,  415. 
BuRR,  198. 
BuRY,  189. 
Byrom-Bramwell.  250.  559. 

Campbell  (Henry),  220. 

Candiscii,  25. 

Capitan,  72,  75,  74,  70.  90,  99. 

Caporiacco,  187,  454. 

Carnot  (Paul),  199. 

Carron  de  la  Carrièiîe  et  ÎMonfet.  67. 

Caruette,  557. 

Caselli,  115,  180,  189,  190,  191,  195.  195 

198.   200,  205,  20i,  208.  515,   545,  540.' 

54S,  549,  597. 
Caton  et  Paul,  1^7,  189. 
Cepeda,  189. 
Ciiangeux,  52,  112. 
Ciiadbourne,  194. 
Chauffard  et  Ravaut,  184,  i90. 
Chenev,  195. 
Ciivostek,  194. 
Claudien,  17. 
Claus  et  Stricht,  IS'.j. 
CoLLiNS,  187,  189,  545. 
Combe,  542. 
CoMiNi,  544. 
Comte.  180,  190,  5i5. 
COOLEV,  195. 


LAUNOIS    et    ROV, 


29 


450 


INDEX   AI.PlTAr.ÉTTQCK  Dl^S  XoMS  IVALTKUnS. 


C^^•^^INGHAM,  2,  W,    4"),   80,  .^5,  !)1. 

207,  257,  258.  242,  245,  2ii.    2W, 

550,  555,  401).  407,  419. 
CuRATULLO  et  Tor.nELM,  558. 

CURSCHMANN,   54 'k 
CUVIER,    21. 

CvoN  (de),  546. 

18'.),    100,     105, 


108. 

2iS. 


100. 


149, 

228, 


151, 
252. 


Dallemagxe,   184, 

502. 
Dalton,  180. 
Dana,  2,    15,  27,  70.    110,   112. 

185,  187,   189,    190,   208,  227 

255,  251,  254,  257,  287,  580. 
D.\STRE,  545. 
Deguv,  550. 
Delbet,  557. 
Delisle  (F.),  7. 
Delrio  (M.),  226. 
Deîviker,  11,  12,  25,  151. 
Denis  (Cj,  540. 
Desaguliers,  286. 
Diderot,  7,  14. 
Diemerbrock,  220. 
Dieudonné-Thibault.   151. 
Doxaggio,  547. 
Donnât  Marcel,  29. 
Duchenne  de  Boulogne,  07. 
Duchesneau,  182,  188,  558. 
DuFRANE,115,  182,  101,215,  2 M-.  518.  520. 

524,  581. 

DUAIESNIL,   195. 

DuPRÉ  (E),  529. 
Durer  (Albert).  5S. 
DuvAL  (MatiiiasI.   55'), 

Ecker,  85,  150. 
Eckhardt.  201. 
Eiselsberg,  5il. 
Erb,  292.  545. 
Esterre  (d"),  544. 

Fairfax,  54. 

Falkenberg,  205. 

Feindel,  22. 

Ferrand,  190. 

Ferrier,  545. 

FiNzi,  182,  194,  108.  208,  250. 

Foc  hier,  558. 

FOSTER,   255. 

Fr.ï:nkel  (.I.-lî.),  147. 

FR.r^NKEL  (A.),  I9i. 

Featnicii,  515. 

Freund,  111,  5i4. 

Freud  et  Versti!Oi;ten.  558. 

Freycinet  (L.),  25. 

Friedmann  et  Maas,  545. 

Friedreich  et  Arnold,  180. 

Frit^^ciie.  115,  185,  207. 


Fritsciie  et    Klebs.  185.  190.    207.  2i5. 

270,  271,  272.  274,  275.  276.  581. 
FucHS,  570. 

l'URNlVALL,    545. 

Galloway,  25. 

Garnier,    16,  19,   24,  26.  27,  28,  29,  50. 

.55,  151,  210,  255,  269. 
Garnier  et  Poupine l,  81. 
Garnier  (S.)  et  Sautenoiise,  115. 
Gastou  et  Brouardel,  81. 
Gauchery  (Paul),  8. 
Gaudry  (Albert),  445. 
Gauthier,  191,  192. 
Gehuchten  (Van),  545. 
Geoffroy  St-hilaire  (Isidore).  1,  7.  15. 

15,22.  50,52.  78,  111,  112,  527. 
Géraudel,  157. 
Gerdy,  58,  59. 
GiBSON,  81. 

Gilbert,  81,  112,  100. 

Gleghorn,  259. 

Gley,  205,  559,  544.  545. 

Godard,  155. 

GoDiN  (Paul),  47,  158. 

GODLEE  Lawrance,  187,  180.  5i5. 

GOLDSMITH,   544. 

GoMÈs,  458. 

GouLARD  (Simon),  28,  29. 

GouLD  et  Pyle,  26,  51.  241,  255. 

Grasset,  12. 

Grundler,  545. 

GuiNARD,  154,  559. 

GuiNON  (Georges),  205,  206. 

GuizoT,  54. 

Guyot-D AUBES,  10.  26,  148. 

Guy-Patin.  52. 

IIabicot,  21.  22. 
IIadden,  544. 

Madrianus-Berlandus,  51,  252. 
IlAMY  (E.-T.),  428. 

1I.\NSEMANN,   180.    lOi,    108.    100. 

Marris,  25. 

ITaskovec,  544. 

IIawkins,  25. 

IIenrion.  18. 

Henrot,  182.  187.  188,  190.  292,  555.582, 

585,  587. 
Hektoen,  258,  259. 
IIermann  (G.),  8,  409. 
Hérodote,  51. 
Mertoghe,  542. 
Hésiode,  17. 

Hikmet  et  Regnailt,  155. 
HiNSDALE.  79,  85.  111.104.  515.545.  560. 

415. 

IIlTSCHMANN.    91. 


INDEX  ALPHABÉTIQUE  DES  NOMS  D'AUTEURS. 


hbl 


HoLSTi,  187,  188,  189. 
Hoffmann,  551.  409. 
hofmeister,  541. 

IIOfiSLEY,   545. 

IlucHARD,  510,  514,  550,  581. 
iiumpiiry,  257. 
Hunt  (William),  417. 
Monter  (John),  i'ii. 

liUTINEL,  155. 

Jancso,  78,  80.  81,  85,  91,  115,  i'22,  125. 

128,  150,   151,   182,    185.    ISi.    189.    190, 

191,  195,  i'08,  579. 
.Iainin,  542. 
.lOFIROY,   151.   157. 
.IuLiEN  (Alexis),  47. 

.lUVÉNAL,    15. 


Kalindeiu),  194. 
Kevtler,  52. 

KlMWEL,  25. 

Klebs,  115,  185,  190,  207,  2 
272,  274,  275,  270,559.581. 
Klein,  508. 

Klippel  et  Lefas,  175. 
KoENiG,  225. 
KonsAKOw,  155. 


270, 


Laradie-Lagrave  et  Deguy, 

Lacassagne,  159. 

Lacondamine  (de),  24,  159. 

Lakey,  109. 

Lamberg,  251,  255,  259. 

Lambert,  580. 

Lancereaux,  194,  515. 

Landouzy,  156. 

Langer,   2,  20,  57,  45,  78,  90. 

'190,  207,  240,   249.  2.50.  252 

575,  407,  419,  425. 
Larcher,  8,  9,  220. 
Laveran,  142. 
Lefas,  174,  175,  177. 
Lejars,  107. 
Lemaire,  23. 
Lemaitre,  260. 
LÉPINE,  201. 
Linsmay'er  et  Regnault,  184-5*4 

LiNSMAY'ER,   544. 

LissAUER  et  V.  LusciiAN.  574. 
LissAUER,  576. 
LOEB,   195,   199,  ^.00, 

259. 
LOEPER,  159,  105j  16 

208,  580. 
LoMBROso,  251,  298,  500. 
Littré,  14. 

LORAIN,    151. 

LoRAND  (Arnold),  199.  200. 


148, 
5L5. 


149. 
517' 


201 


165, 


202,    205,  204. 
166,  170.  185. 


LoREAu  (Mme  H.).  26. 

Lortet,  25,  85,  155,  150,    157,  158.  406. 

Loth,  551. 

Love,  574. 

lucas-champi0nniè1!e  (g.),  72,  74,  76,  90. 

106,  216. 
Lucrèce,  15. 
LuscnAN,  574,  575. 


Maag,  240. 
Maas,  545. 
Macalister,  258. 
Mac-Alpin,  229. 
Magellan,  25. 
Malacarne,  15. 
Mallory,  195. 
Manouvrier.    1  i. 


22,  25,  55,  56,  40,  41. 


44,  45,  46,  49,  107,  155,  286,  459. 

Marie  (Pierre),  55,  54,  59,  72,  110, 
182,  186,  187,  191»,  194,  195,  204, 
206,  207,  209,  210,  211,  215,  252, 
268,  270,  28 i,  288.  296,  501,  505, 
517,  518,  526,  527,  550,  340.  544. 
551,  560,  574. 

Marinesco,  81,  194,  545,  548. 

Martin,  8,  9. 

Massalongo,  208,  559. 

Matignon,  112,  155,  208,  275,  278. 
559. 

Maty,  24. 

Mauban,  299,  501. 

Maurel,  185. 

Meige  (Henry),  9,  10.  15,  14,  20.  50 
90,   91,    112,   131,    155,    204,    269, 
519,  560. 

Mello-Rreymer  (de),  25}. 

Melotti,  296. 

Mendel,  548. 

Merschejewski,  141. 

Middleton,  91. 

minko^^'ski,  545. 

Mohr,  551. 

Molyneux,  22. 

Momus  (J.-P.),  89. 

Monfet,  67. 

MoRACzE^vsKI  (Von).  558.  54".  551. 

MosETTi,  547. 

Mosler  (R.),  78. 

MossÉ,  570. 

MuLON,  175,  170,  545. 

MuRPiiY,  250. 

Nash,  417. 
Naunyn,  201. 
Neuville  (de),  26. 
Newton,  285. 
NoBL,  570. 

NODAL,   25. 


159. 

205', 
267, 
515. 
548, 


279, 


.52. 
■•11, 


452 


INDEX  ,\,M'IIAIii:TlnUE  DES  NOMS  D'AUTEUHS. 


N'ORDEN.  2'2. 

Olliei!.  5")0. 

OrBIGNV  ((]'),   IS.  Vi:  iM. 

OsBORXE,  91,  189;  ".id. 

PACKAno,  187,  198. 

Papillault,  50,    iO,   41.    'l'I.    i").  4i,  49, 
(58,  7i>,  92,  105,  197,  108,  109,  'i5(i,  450, 
Paiîhon,  558.  551. 
Pari\ald,  292. 
Parona,  185,  190. 
Paul,  187,  189. 
Pausanias,  17. 
péci1arde,  266,  545. 
Pelikax,  141. 
Peter  Bassoë,  254. 
PlERSOLL,  255. 
PiGAFETTA,  25,   24. 

PiN'ELES,  195,  199,  545. 

PiRONE,  547. 

PiRSCiiE,  85,  87,  88.  154.  155,  158,  557. 
PiTTARD  (E.),  142. 
Platter,  19,  255. 

PLEAfiANT,   519. 

Pline.  19. 

Plutarql'e,  19. 

Poirier,  97,  145. 

PoN'CET,  87,  88,  155,  1.54,  151,  557. 

poupinel,  81. 

Pyle,  36,  151,  241,  255. 

pvtiiagore,  57,  58. 

OUAIN,    116. 

OuÉNU,  545. 

OuÉTELE']-.  1,  7,  11.  27,  59,  59,   18 i.  56S. 

Raiion,  22,  25. 

Ranke.  419. 

Ranvier.  554. 

Ravaut,  184,  185,  190. 

Reclus  (Elisée),  24. 

Reclus  (Paul),  545. 

Regnault   et   Bourneville,     155.    184, 

191,  582. 
Rendu,  166,  185. 
Riciier  (P.),  57,  59,  225,  227. 
RiciiET  et  Maurel,  185. 

RiCKMANN  GODLEE,   2i6. 
RiESMANN,   198. 
RiOLAN,    15. 

RiOLAN  et  Haricot,  20,  2L 
Robin  (Albert),  72,  1.56. 
RoBiNsox  (Robert),  '.'58. 
Rocher  (Charles),  40,  154. 
RoGOwiTCH,  205,  244,  552. 
ROLLESTOX,  187,  189. 
RoLLET  (Étienxe),  44,  150,  157. 

ROMJIEL.\ERE,   592. 


ROXTC.EN,    107. 

RoscjOLi,  551. 
RosEXTiiAL.  19:.,  198. 

ROSEWELL  PaRK,    91. 

RosxER,  408. 
Rossix,  155. 

ROTHMELL.  187. 

RoxBUP.G,   187,  5i5. 

Roxni  RG  et  Collixs.  187,   189. 

RUEDIGER,  Y65. 

RUTLE    et   DUCHESXEAU,    558. 

Sacchi,  158,  545.  546. 
Saemisch,  202. 
Saint-Paul  (Yves),  7. 
Saixton.  182. 
Saxtexoise.  115. 
Sarbo,  186. 
Sarmexto,  25. 

SCHADOW.   58. 

Schaffer,  194. 
ScHECii,  205. 
ScHiFF,  201,  558,  541. 

SCHLESIXGER,   198,  258. 
SCHMIDT  (C),  58. 
SCHULTZE,   91,  187. 

ScnwEixFURTH  (Georges),  26. 
Sebald  de  Noort,  25. 
Sellheim,  87,  89,  154. 
Sertorius,  19. 
SiGURixi  et  Capriacco,  187,  54i. 

SiLVESTRi  DE  EXRICO,  540. 

SiREXA.  115,  185,  285,  584,  589. 

Smith.  545. 

S.MYTH,    187. 

SOEMMERlXi;.  552. 

SOKOLOFF,  551. 

SOMERS,  544. 

Souz.vLeite,  206,  28  4,  582. 

Spilberg,  25. 

Staté,  182. 

Sterxberg,   2,    110.    198,    207.    210,   21 E 

215,  257,  5i.8. 
Stewart.  241. 
Stroebe,  187,  5ii. 
Stricht,  189. 
Stroxg,  229. 

Strû.mpell,  187,  199,  202. 
Strzemixski,  544. 

Taburet,  508,  560. 

Tamburixi,  187,  189,  20S,  552,  407. 

Taxszk  et  B.  Vas,  558,  551. 

Taruffi,  2,  7,  15,  208,  295,  296,  297.  562. 

407. 
Teixturier  (E.).  140. 
Terriex,  505. 
Théodoret,  18. 


IXDKX  Al.l'îlAP.l'niQnK  DES  NOMS  D'AUTEURS. 


453 


TlIIUAULT,    loi. 

TiiiKOMinoF,  544,  ô'iO. 
TiioMsox,  187,  lus,  tiU. 

TiEDEMANN    Cl  IIl'SCIIKE,  41"). 

TrssoT  (Jacques),  '20,  "22. 
ToPiNAUD,  2,  12,  24,  25,  4S,  78.  1^5 

259,  241,  247,  i'50,  419,  429.  45!). 
torcelli.  358. 
Traîna.  205. 

TRACIlEWPKr.  5i0. 

Truzzi,  55^. 
TuLOT,  55. 

UFFENnECIv,  226. 
UllTflOFF,    189. 
USCIIKE,  415. 

Van  der  Linden,  223. 
Vassale  et  Donaggio,  547. 
Vassale  et  Sacchi,  545,  54(i. 
Verneau,  426,  455,  450. 
Verstraeten,  558,  545. 
Villers,  255,  ?58,  580,  581. 
ViRCiiow,  147.  207.  .558.  ilO. 
Vire  Y,  25. 


118. 


Virgile,  15. 

VlTIiUVE,  5S. 

X'laming,  25. 

Vos  (B.),  558.  551. 

Waciiselral  M ,  55 1 . 

Waddel,  198. 

Wadsworth,  544. 

Wagner,  552. 

Walton,  Cheney  et  Mallory.  195. 

Weigert,  550. 

Wells,  265. 

W"idal.  549. 

Wiesgerrer,  458. 

WlLKS,   198. 

WiNKOWSKI,    240. 

WOIMANT,  518. 

WoLF,  545. 

Woods  Hutciiinson,  2,  27,  79,  110,  111. 
115,  11  i,  118,  119,  151,  147,  148,  151^ 
155,  185,  187,  188,  190,  191,  192,  195, 
208,  212,  215,  214,  227,  228,  2.52,  254, 
265,  264,  266,  281.  285,  286.  515,  527, 
.529.  558,  559,  579.  .580.  .58],  420,  421. 


TABLE   DES   MATIERES 


Inthoductio^  de  M.  le  pi'ofesseur  Brissaud vu 

Introduction.  —  Im  phase  médicale  du  gigantisme i 

LIVRE     PREMIER 

Chapitre  I.  —  Définition 7 

Sens  courant  du  mot  géant 7 

Définitions  des  dictionnaiies  usuels  et  scientifiques 7 

Distinction  du   gigantisme   vrai    avec    le  gigantisme  endémi(iue.  le 

gigantisme  passager,  le  gigantisme  partiel (S 

Le  géant  harmonieusement  idéal  n'existe  jjas '.• 

Notre  définition  pathologique  du  gigantisme  :  dysharmonie  morpho- 
logique et  fonctionnelle 10 

Objections  à  cette  détinition  : 10 

1"  objections  courantes  :  géant  ou  homme  grand?  combien  faut-il 

de    centimètres  pour  faire  un  géant? 10 

'2°  objection  anthropologique  :  l'homme  moyen  et  la  loi  des  grands 

nombres M 

5°  objection    philologique 15 

Réfutation  :  notre  définition  pathologique  ne  fait  (jue  préciser  des 
faits   indiqués  depuis    longtemps   et   déjà   prestfue   implicitement 

contenus  dans  les  définitions  les  plus  usuelles ii 

Chapitre  II.  —  Étude  historique  et  critique 15 

Croyance  antique  à  la  décroissance  dégénérative  continue  de  la  taille 

humaine I.j 

Persistance    contemjjoraine    de   festivités     urbaines    célébrant    des 

géants 16 

Géants  de  la  Bible 17 

Gigantomachies 17 

Henrion  (1718)  :  décroissance  continue  de  la  taille  humaine  d'AoAM 

(40  m.)  au  Messie  et  à  Jules  César  (l"/)^) 18 

Les  faux  ossements  de  géants 10 

Teutorochus  et  la  polémique   entre  Biolan   et  Haricot '■10 

Les  vrais  ossements  de  géants  :  Cuvier,  Manouviuer,  Raiion.  .  .  .  2'2 
Les  Patagons  et  les  autres  populations  géantes  (Il  n'existe  pas  de 

gigantisme  endémique) '24 

Le  gigantisme  sporadique  est  accidentel  et  morbide 2() 


456  TAr.l.l';    DKS   MATIKP.ES. 

(léanls  de  l'Ilisloirc  el  géaiils  (le  l;i  Fnl)l<' '28 

Les  tares  pliysiques  el  iiienlalcs  îles  Ljéaiits  e(Mèbres 55 

Chapitre  III.  —  Étude  anthropologique 53 

Comment  distinguer  riioinme  grand  du   géant 55 

«   Deux  statures   égales  peuvent  être  dissemblables  quant  à   leur 

composition  numérique  »  (Manouvrier) 55 

Entre  l'homme  grand  et  le  géant  il  y  a  les  mêmes  et  aussi  impré- 
cises frontières  qu'entre  l'état  sain  et  l'état  moi'bide 50 

Le  type  humain  normal,  archétype  idéal,  aux  proportions  invarial)les, 

n'existe  pas 57 

Les  canons  des  proportions  du  coqts  humain,  artistiques  ou  antln-o- 

pologiques,  ont  surtout  une  valeur  mnémotechnique 58 

Le  mémoire  de  Papillault  :  les  proportions  du  tronc,  des  membres 

et  de  la  tête  chez  les  hommes  grands i\ 

Le  mémoire  de  Manouvrier:  accroissement  variable  des  différentes 

parties  du  corps  à  mesure  que  la  taille  s'élève 44 

Brachyskèles  et  raacroskèles 45 

Mégasomie  et  microsomie 45 

Macroplastie  et  euryplastie 45 

Piusticité  des  proportions 4(') 

Le  mémoire  de  Godin  :  les  lois  de  la  croissance  noi'male  aux  diffé- 
rents stades  de  l'adolescence 47 

La  persistance  anormale  de  certains  caractères  de  la  croissance  pu- 
bérale  normale  constitue  le  gigantisme  infantile 50 


LIVRE     DEUXIÈME 

PREMIÈRE   PARTIE.   —   GIGANTISME    ET    INFANTILISME 


Olixervatioii  I.  (P.-E.    Launois  et   Pierre    Rov).   —   Le   grand    Charles 

(1902) ^ 50 

Observation  du  même  sujet  par  Capitan  (1895) 75 

Observation  du  même  sujet  par  .1.   Lucas-Championxière  (1899)  .    .  74 

Chapitre    I.   —    La    persistance  de  l'ossification  dans  les  cartilages  de 

conjugaison 77 

Gigantisme  par  accélération  du  développement  et  gigantisme  par 
prolongation  de  la  croissance  au  delà  de  son  terme  normal.    .    .        78 

Non-soudure  des  épiphyses  des  os  longs  sur  les  squelettes  de 
géants 79 

Radiographie  du   squelette  des  géants   vivants 82 

Observation  II.  (P.-E.  Launois  et  Pierre  Roy).  —  Anorchide  hyperma- 

croskèle  de  vingt-sept  ans 82 

Non-soudure  des  épiphyses  sur  trois  squelettes  d'eunuques  (Lois- 
tel,  EcKER,  Becker) 85 

Chez  les  animaux,  la  castration  retarde  la  soudure  des  éiîijihyses 
à  la  diaphyse  des  os  longs  (Sellheim,  Poncet,  Pirsche,  etc.)  .    .        87 


TAlîLI^  DES    MATII'HKS.  457 

Chapitre  II.  —  La  croissance  gigantesque  et  ses  anomalies Si) 

Proloni^ation  de  la  croii^s;ancc  à  un  agi»  aiionnal 89 

Le  genu  valgum 1)0 

1°  chez  les  géants !)0 

2"  chez  les  acromégaliques ill 

5°  chez  les  inlanliles Ul 

Croissance  inégale  des  différcnls  segments  du  squelette '.)2 

Le    mémoire    de   Papillault  :   le    mode   de   croissance   du   grand 

Charles  en  1899 02 

Analogie  entre  les  conclusions  de  Papillault,  particulières  au 
grand  Charles,  et  les  lois  générales  de  Manouvrier  sur  les  va- 
riations dans  le   propoi'lionnement  des  membres  à  mesure  que 

la  taille  s'élève 107 

De  1899  à  1905,  le  grand  Charles  a  vu  sa  taille  augmenter  encore, 
de  vingt-sept  à  trente  ans,  par  allongement  disproportionné  des 
membres  inférieurs 108 

Chapitre  III.  —  Atrophie  génitale  et  infantilisme 110 

L'atrophie  génitale  dans  l'acromégalie  :  arrêt  des  règles,  impuis- 
sance, perte  de  l'instinct  sexuel,  atrophie  des  testicules,  stérilité.  110 

L'atrophie  génitale  dans  le  gigantisme 111 

Les  géants  impuissants 112 

Observation  III.  (Woods  Hutchinson).   —    Un  cas  d'acromégalie  chez 
une  géante  (lady  Aama) 114 

Observation  IV.  (Buday   et   Jancso).  —  Un  cas  de  gigantisme  patholo- 
gique (Simon  Botis) 122 

L'infantilisme  chez  les  sujets  de  taille  élevée 151 

Les   modifications  du    squelette  consécutives  à   la   castration   de 

convenance  des  animaux  domestiques 152 

Les  modifications  du  squelette  consécutives  à  la  castration  expé- 
rimentale (Poncet,  Pirsche,  etc.) 155 

Le  gigantisme  des  eunuques 155 

Observation  V.  (Lortet).  —  Allongement  des  membres  inférieurs  dû  à 

la  castration  chez  un  eunuque  égy})tien 157 

Même  disproportion  étonnante  des  membres  inférieurs  par  rapport 

à  la  taille  sur  les  squelettes  d'eunuques  d'EcKER  et  de  Becker.       159 
Le  gigantisme  des   Skoptzys   :  même  allongement   spécifique  des 

membres  inférieurs  (Pittard) 140 

Le  grand  Charles,  vérital)le  castrat  congénital,  est  grand  à  la  façon 
d'un  chapon,  d'un  bœuf  ou  d'un  eunuque 146 

Observation  VI.  (Virchow).  —  Le  géant  Winkelmeier 147 

Observation  VII.  (Woods  Hutchinson).  —  La  géante  du  Missouri  .    .    .  151 

Définition  du  gigantisme  infantile 155 

Sa  fréquence  relative 155 

Le  gigantisme  passager  de  l'âge  ingrat 150 

Le   gigantisme   infantile  est  le  gigantisme  des  sujets  adultes  aux 

épiphyses  non  soudées 158 


DEUXIÈME    PARTIE.   —   GIGANTISME    ET    ACROMÉGALIE 


Observation   VllI.  (Achard  et  Loeper.  P.-E.  Lauxois  et  Pierre  I'ov 
Le  tambour-major  K 


458  TAIiM-:   DKS   MATIERES. 

Obsci'valioii  (•liiii(|nc  <l"A(;iiAiii)  (M,  LoKPEiî  (llidO) 150 

CompléiiieiiLs   à    roh^^cM'v.'ilioii   clinique   (P.    !■;.   Lainois  eL  Pii;i!r,i: 

Rov)  (190Ô) l(i() 

Autopsie  du  géant  acioinéiialiquc  cl  (liahclique    PiionnE   K.  (P. -11. 

Launois  el  PiEHiuî  Roy)  (190')) 109 

Particularités  concernant  le  géant   K.,  Iy])e  de  géant  acroniégalique 

à  tumeur  hypo])liysaire  : lï^l 

1"  plaques  osseuses  méningées  spinales 182 

2"  tuberculose  pulmonaire 182 

.>  liypertroj)hie  énorme  du  corps  lliyinïde  (2r)U  grannnes)  .    .    .  182 

4°  épithélioma  primitif  du  corps  pituitaire 182 

5' gigantisme  viscéral  (splanchnomégalic  des  aeromégaliqucs)   .  183 

(•)»  diabète .' '. 185 

Chapitiu:  I.  —  L'hypophyse   dans   l'acromégalie   et   le  gigantisme  acro- 

mégalique 185 

Presque  constante  dans  l'acromégalie,  l'hypertrophie  de  l'hypo- 
physe ne  fait  presque  jamais  défaut  dans  le  gigantisme  acroiné- 
galique 18() 

Poids,  volume,  dimensions,  forme,  consistance  de  l'iiypophyse 
acroniégalique,  compression  des  parties  voisines 187 

Nature  histologique  de  la   tumeur  hypophysaire 189 

Dilatation  disproportionnée  de  la  selle  lurcique  constatée  par  l'exa- 
men direct  sur  les  squelettes  de  géants  (Langer)  et  par  la 
radiographie  du  crâne  chez  les  géants  vivants  (BÉCLÈRE) 191 

Le  gigantisme  acroniégalique,  comme  l'acromégalie,  constitue  un 
syndrome  hypophysaire 193 

Chapitre  IL  —  Glycosm-ie  et  hypophyse 195 

Fi'équence  de  la  glycosurie  chez  les  acvomégaliqucs  et  aussi  chez 

les  géants 194 

Dans  16  observations  d'acromégaliques  diabétiques  avec  autopsie. 

la  tumeur  de  l'hypophyse  a  toujours  coexiste  avec  la  glycosurie.       19(3 
Observations  de  lésions  hypophysaircs,    sans  acromégalie   ni   gi- 
gantisme, s'accompagnant,  ou  non,  de  glycosurie 198 

Pathogénie  de  la  glycosurie  oljservée  dans  les  tumeurs  de  l'hy- 
pophyse : 199 

1"  coexistence  d'une  lésion  panciéatique  ou  du  quatrième  ven- 
tricule (Dallemagme,  Hansemann,  Pineles) 199 

2"  trouble  de  la  fonction  glandulaire  de  l'hypophyse  (Lorand)  : 

hyper-  ou  hypo-fonctionnement 199 

5"  compression  exercée  par  la  tumeur  pituitaire  sur  les  parties 
voisines  de  l'encéphale,  peut-être  le  tuber  cinereuni  (Loeb)  .      200 

Chapjtp.e  III.  —  Historique  du  gigantisme  acromégalique 201 

Les  deux  théories  sur  les  rapports  de  l'acromégalie  et  du  gigan- 
tisme : 204 

1°    les    dualistes   :    Pierre    Marie,    Georges    Guinon,    Souza- 

Leite,  Sternberg,   etc 205 

2"  les   unicistes  :  Langer,  Cunmngham.  Taruffi,  Brissaid  e! 
Metge,  Woods  Hutcuinson,  etc 207 

Chapitiu:  IV.  —  Description  du  gigantisme  acromégalique 215 

Observation  IX.   (Brissaud  et   IIenp.v   Meige).    —    Jean-Pierre  Mazas, 
géant  de  Montastruc 210 


TABLE  DES  MATIERES.  459 

Oùtiervalioii  X.  (Dana,  ISUô;  Woods  Huïciiinson,  11)00).  —  Santos  ÎNIamaï, 
le  géant  péruvien 'i'-iS 

(ïbservalion  XL  (Brissaiid   oL  MiiiOE).  —  Le  géant  portugais  da  Silva.       tiôi 

0/jservaiio)i  Xll.  (Byram  Bramwell)  :  une  géante  acromégaliqne  ....       25G 

Observation  XIII.  (Cunningham).  —  Le  squelette  du  géant  irlandais  Con- 

NELius  Magrath i!57 

Les    déformations   acromégaliques   chez   les  géants    :    face  mon- 
strueuse, mains  et  pieds  énormes '251 

Observation  XI]\  (Woods  Huïchinso\). —  Le  géant  Calki; 254 

Observation  XV.  (Dana.  1895;  Lamberg,  1896;  Villers,  1898:  Peter 
Bassoë,  1905).  —  Le  géant  du  Minnesota  Wilkins 255 

Observation  XVI.  (Woods  Hutchinson).  —   Le  géant  Me  Indoo 204 

Les  géants  bossus  (cyphose  acromégalique) 269 

Observation  XVII.  (Eritscue  et  Klebs).  —  Le  géant  Peter  Rhynei!.  .    .       270 

Observation    XVIII.    (Matignon).    —    Acromégalo-giganlisme    chez    un 

Chinois 277 

Observation  XIX.  (Woods  IlLTcniNSON).  —  Le  chet  de  gare  géanl.   .    .    .       282 

Les  signes  subjectifs  de  l'acromégalie  chez  les  géants 284 

L'asthénie  acromégalique  et  la  prétendue  vigueur  des  géants  .    .    .       285 

Observation  A'A.  (Pierre  Marie).  —  C..,  acromégalique  de  haute  taille 
(l-",90) ^ 288 

Observation  XXI.  (Taruitt).  —  Squelette  d'un  acr()inégaU(|ue  de  haule 
taille 295 

Observation  XXII.  (Lombroso). — Acromégalique  de  haute  taille.   .    .    .       298 
Valeur  diagnostique  de  la  radiographie  du  crâne   dans  l'acromé- 
galie et  le  gigantisme  acromégalique  (Béclère) 5tl0 

Observation  XXIII.  (P.-E.  Latnois).  — •  Une  femme  acromégalique  ty- 
pique        501 

Observation  XXIV.  (P.-E.  Lalnois  et  Taburet).  —  Un  acromégalique 
géant 508 

Observation  XXV.  (Huciiard  et  P.-E.  Launois).  —  Gigantisme  acroiné 
galique,  élargissement  de  la  selle  turcique,  hypertrophie  primitive 
et  sclérose  consécutive  de  l'hypophyse 510 


TROISIÈME   PARTIE.    —   GIGANTISME,    INFANTILISMi:,   AClîOMÉGALlE. 


Les  faits  de  passage  entre  les  géants  infantiles  et  les  géants  acro- 
mégaliques :  la  distinction,  vraie  dans  l'espace,  n'est  pas  irré- 
ductible dans  le  temps 515 

Le  grand  Charles  {Observation  /),  type  de  géant  infantile,  est  en 
train  de  s'acromégaliser 517 

Observation  XXVI.  (Dufrane,  P.-E.  Launois  et  Pierre  Roy). —  Le  géant 

Constantin 518 

Si  tous  les  géants  ne  sont  pas  des  acromégaliques.  tous  ceux  du 

moins  qui  ne  le  sont  pas  déjà  sont  aptes  à  le  devenir, 527 

L'état  menlal  des  géants 527 


460  TAI'.LI':   l)|':s   MATlKliKS. 

LIVRE     TROISIÈME 

CONSIDÉRATIONS    GÉNÉRALES    ET    PATIIOGÉNIE 


Ln  croissance  normale  des  os  :  croissance  cartilagineuse  et  crois- 
sance périosUque "tù 

Ilypercroissance  par  continuité  d'un  processus  normal  au  delà  de 

de  ses  limites  habituelles ôriG 

Rôle  des  glandes  à  sécrétion  interne  : ^'57 

1°  Glandes  génitales oô7^ 

2"  Thymus 5")'.) 

')"  Corps  thyroïde ")40 

4"  llypopliyse 7>H 

Synergie  et  suppléance  des  glandes   à   sécrélion  inlerne  dans  les 

diverses  dystrophies  du  squclelle ")r)4 


LIVRE    QUATRIEME 

OBSERVATIONS   ET  DOCUMENTS   SUR   LE   GIGANTISME 

Groupe  I.  —  Géants  vivants. 

Observation  1.  (P.-E.  Lauxois  et  Pierre  Roy).  —  Le  Grand  Charles.    .  557 

Observation  IL  (P.-E.   Launois  et  Pierre  Roy).  —  Anorchide  hyperma- 

croskèle  de  27  ans '  o57 

Observation  VI.  (Vircuow).  — Le  géant  Wi^îkelmeyer 558 

Observation    VIL   (Woods   Hutchinson).  —  La  géante  du  Missouri,  miss 

Ella  Ewing 558 

Observation  IX.  (Brissaud   et  Henry   Meige).  —  Jean-Pierre   Mazas,    le 

géant  de  Montastruc 558 

Observation    XL    (Brissaud    et    Henry"   Meige).    —    Le    géant   portugais 

DA  SiLVA 558 

Oljservalion  XII.  (Byram  Bramwell).  —  Une  géante  acromégalique.  .    .    .  551) 

Observation  XIV.  (Woods  Hutchinson).  —  Le  géant  Caler 559 

Observation  XVIIL  (Matignon).  —  Acromégalo-gigantisme  chez  un  Chinois.  559 

Observation  XIX.  (Woods  Hutchinson).  —  Le  chef  de  gare  géant  ....  559 

Observation  XX.  (Pierre  Marie).  —  C,  acromégali(iue  de  haute  taille  .    .  .500 

Observation  XXII.  (Lombroso).  —  Acromégalique  de  haute  taille 500 

Observation  XXIV.  (P.-E.  Launois).  —  Une  femme  acromégalique  typique.  500 

Observation  XXV.  (P.-E.  Launois  et  Taburet).  —  Un  acromégalique  géant.  500 

Observation  XXVII.  (Henry  Meige).  —  Acromégalique  géant 500 


TABLE  DES  MATIÉKES.  461 

0^.sc'*'Utt/iou  A.VI 77/.  (TAiiUFFi).  —  Le  géani  chinois  CiivvAi\G-iN-siN(;   .    .    .  3(W 

Observation  AA7A'.  (Boxardi).  —  Acromégalie  et  gigantisme  avec  troubles 

graves  du  sympathique  cervical  à  gauclic 3(W 

OliservnLlon  A'A'A'.(  Aluîert) ")68 

Observalion  A'A'AY.  (Oiételet) .KiS 

Observation  XXXIJ.  (Klein).  —  L'n  cas  de  gigantisme 508 

Observation  A'A'AY//.  (W.  Lackey) 569 

Observation  A'A'AY!'.  (Pleasants) 369 

Observation  A'A'AT.  (IIinsdale).  —  Le  géant  Cooper 56!) 

Observation   XXXVJ.  (Nobl).  —  Gigantisme  chez  un  syphilitique  hérédi- 
taire   570 

Observation  XXXVII.  (Fucus).  —  Hérédo-syphilis  et  gigantisme 570 

Observalion  XXXVIII.   (MossÉ).   —   Un    cas   d'acromégalie    associée    au 

gigantisme 570 

Observalion  A'A'A7A'.   (P.-E.  Launois  et  Pierre  Roy).  —  Le  géant  lutteur 

ÀNT 570 

Observation  XL.  —  Le  géant  Hugo 571 

Observalion  XLl.  —  Le  géant  de  Cunéo 574 

Observation  XLII.  — Wassiliki  Calliaudji 574 

Observalion  XLIII.  —  Victor  Featherstone 574 

Observalion  XLIV.  (Lissauer  et  v.  Luschax).  —  Le  géant  Machnow  .    .    .  574 


Groupe  II.  —  Géants  autopsiés.  ^ 

Observalion  III.  (Woods  Huïchinson).  —  Un  cas  d'acromégaUe  ciiez  une 
géante,  lady  Aama 579 

Observalion  IV.   (Buday   et  Jancso).   —    Un  cas  de  gigantisme  patholo- 
gique, Simon  Botis 579 

Observalion    VIII.  (Achard  et  Loeper;  P.-E.  Launois  et  Pierre  Roy).  — 
Le  géant  K.,  tambour-major 589 

Observalion  X.  (Dana,   Woods  Hutciiinson).  —  Santos  Mamaï,   le  géant 
péruvien 589 

Observalion  XV.  (Dana,   Lamderg,  Villehs,    Peter   Bassoi-:).  —  Le  géant 
du  Minnesota,  Wilkins 589 

Observalion  XVI.  (Woods  Hutchinson).  —  Le  géant  Me  Indoo 581 

Observalion  XVII.  (Fritsche  et  Klebs).  —  Le  géant  Peter  Ruyxer  .    .    .       581 

Observation  XXIIl.  (Huciiard  et  P.-E.  Launois) 581 

Observation  XXVI.  (Dufrane.  P.-E.  Launois  et  Pierp.e  Roy).  —  Le  géant 
Constantin 58"2 

Observation  XLV.   (Bourneville  et   Félix  Regnault).  —  Acromégalique 
du  type  géant 58'2 

Observation  XLVI.  (Henrot) 582 

Observalion  XLVII.  (Sirena) 589 

O/j.seraai/oji  A'LIY//.  (Dallemagne)    —  Le  géant  Goliath 592 

Observalion   XLIX.  (Caselli) 597 


462  TABLE  DES  MATlKlîES. 


("iiîoi  PE  m.  —  Squelettes  de  géants. 

Obseroalion  V.  (Lortet).  —  L'eunuque  égyplien 4015 

Observation  XIII.  (Cunningham).  —  Le  géani  irlandais  Cornemus  Magiï.vtm.  40G 

Observation  XXI.  (Taruffi).  — •  Marchetti 400 

Observation  L.  (Lemolt).  —  Le  géant  Louschkin 400 

Observations  LI  à  LUI.  (Langer).  —  Lolly,  Ca.ianus  et  le  géant  d'innshruck.  40(') 

Obsen^ation  7./^!'.  (Langer).  —  Lapone  géante 407 

Observations  /,!'  et  lA'l.  (Topinard) 407 

Observations  LVfl  à  LXV.  (Taruffi) 407 

Ohservaiions  LXVI  à  LXX.  (Tamburini) 407 

Observation  LXXl.  (Cinningham).  —  Charles  Byrne 407 

Observation  LXXII.  (Bihl).  —  Thomas  Hasler 408 

Observation  LXXIIl.  (Hinsdale;.  —  Le  géant  américain 410 

Observation  LXXIV.  (Verneai).  —  Le  géant  du  Muséum 420 

IXDEX    ALPHARÉTKU  E    DES    NOMS    d'aUTEURS 440 


olfldO.  —  PAP.IS.  IMIT.IMERIR  (iKMT.ALE  LAIILIRE 

9,  rn(^  f]o  Fleunis,  0. 


'^'■/^r^: 


-r-ty 


W', 


T-^' 

.^^*: 

1 

^r^: 


if*''  — 


\,^^m^^ 


':-:.^ 


r^-< 


-*■        .>i>n 


'^::'^M.^